"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mercredi 14 janvier 2015

Vie de saint Oyend


SAINT OYEND
1/14 Janvier

Saint Oyend (ou Eugende) naquit vers 450 près d'Izernore (Izarnodurum, dont le nom en langue celtique signifie porte de fer car elle était entourée de fortifications), et il partit au Ciel dans la paix du Christ en 510 à Condat, plus tard nommé saint Oyend, puis Saint-Claude. Il fut un disciple de saint Romain et de saint Lupicin et higoumène du monastère de Condat (aujourd'hui Saint-Claude dans le département français du Jura), et il est fêté le 1/14 janvier.

Son père, étant prêtre, initia son fils dès son enfance aux mystères de Dieu, et il sut lui faire aimer l’Eglise.

A l’âge de 6 ans, Oyend raconta à son père un rêve, où saint Romain et saint Lupicin (qui, encore vivants à cette époque, étaient renommés pour leurs exploits spirituels) venaient l’enlever de sa couche et le placer devant le seuil de sa maison, le visage tourné vers l’Orient. Puis ils lui dirent, en lui montrant les étoiles, comme le Seigneur l’avait fait pour Abraham : Ainsi sera ta postérité, et dans la vision, ils vint venir vers lui les deux saints et une foule de moines, puis le Ciel s’ouvrit et des anges montaient et descendaient jusques au lieu où Oyend gisait. Ils parlaient d’abondance, mais il n’entendit que la Parole du Seigneur: JE SUIS LA VOIE, LA VERITE ET LA VIE.
Son père décida alors qu’il serait éduqué au monastère de Condat.  Saint Romain et saint Lupicin le dirigèrent dans la vie spirituelle, et jusques à l’âge de 60 ans, il ne quitta guères le monastère. A la mort de saint Romain, son successeur Minase veilla à l’éducation de ce novice prometteur. S’adonnant à l’ascèse et la prière, il était un modèle de moine. Minase l’associa à son higouménat, en faisant une sorte de coadjuteur, mais malgré toutes ses demandes et prières, il ne put jamais lui faire accepter le sacerdoce, sacerdoce que ce saint père refusait par humilité. 
Selon un de ses biographes anonyme (mais on pense qu’il doit s’agir de Pragmace), "Il mettait tous ses soins à assigner à chaque moine les fonctions pour lesquelles il le devinait plus particulièrement doué par le Saint Esprit. Dès qu'il avait du temps libre, c'est à la lecture des Saintes Ecritures qu'il vaquait le plus volontiers de jour comme de nuit."

Il eut à nouveau une vision des deux pères Romain et Lupicin qui lui firent comprendre qu’il allait remplacer Minase après son natalice, et qu’il aurait des épreuves… En effet quelques temps après, Minase mourut et Oyend fut élu higoumène en 496. Il continua à mener une vie austère, portant toujours la même tunique et le cilice et ne faisant qu'un repas par jour, après son élection à la tête du monastère. Les épreuves annoncées arrivèrent : une partie des moines, qui lui reprochaient son austérité et sa discipline, quittèrent le monastère.
Il régularisa la vie communautaire selon la règle de Tarnade (nom originel de l'abbaye d'Agaune qui fixa une règle portant son nom avec notamment l'usage de la psalmodie perpétuelle (laus perenis) dont l’origine était le monastère de saint Marcel l’acémète de Constantinople, et il sut s'entourer d'érudits afin d’éduquer tous ceux qui se destinaient à la vie monastique : on y enseignait l’Ecriture et les Pères, les humanités et les arts dits libéraux (grammaire, rhétorique, musique), mais il y avait aussi un enseignement professionnel du travail du bois. La copie des manuscrits, en un temps où l’imprimerie n’existait pas, était aussi pratiquée avec art et beauté. Saint Viventiole  fut du nombre des enseignants, lui qui plus tard deviendra évêque de Lyon et sera glorifié par l’Eglise.
Les épreuves annoncées autrefois survinrent. Le feu s’empara du saint lieu. Après cet incendie qui fit brûler le monastère jusques au sol, Oyend le fit entièrement reconstruire. Il remplaça les petites cellules individuelles par un vaste dortoir où il dormait parmi ses moines, et l'oratoire primitif devint une église. Il mangeait alors au même réfectoire que ses moines, au milieu d’eux, partageant la même nourriture.
Il fut connu pour les miracles qu'il faisait en particulier en pouvant lire l'avenir, mais aussi en guérissant les malades, en délivrant les possédés, et en soulageant par ses prières ou sa charité, les misères des chrétiens accourus vers lui. Il ne faisait aucune acception de personnes, et recevait chaque être comme le Christ Lui-même. Sa charité était telle, que par moments, il y avait plus de visiteurs en quête de sa prière, que de moines dans le monastère.
A une époque de guerres et de conflits, il priait sans cesse pour la paix du monde et la conversion des princes sans les courtiser.
En l’an de grâce 509, il eut les premières attaques de la maladie qui devait le conduire au trépas. Il garda sa règle comme à son habitude, malgré la faiblesse engendrée par son mal, de ne manger qu’une fois par jour. Sa maladie fut longue de 6 mois au bout desquels, faisant venir le moine Antidiole,  le prêtre Pragmace et les autres moines, il leur annonça son départ pour la céleste patrie. Il leur dit en pleurant que les saints Romain et Lupicin étaient déjà venus le chercher, mais que les prières de ses enfants les moines l’avaient gardé sur la terre des vivants. Il les conjura de cesser d’intercéder pour lui, et de le laisser trouver la paix du Christ dans le Ciel. Cinq jours plus tard, il leur sembla qu’il dormait, mais en fait il avait rejoint les saints pères Romain et Lupicin.
Il fut inhumé à Condat (actuel Saint-Claude) au monastère qu'il dirigea et auquel il fut donné son nom jusqu'au XIIIe siècle. Son culte se répandit à partir du VIIIe siècle. Saint Antidiole fit construire une église à l’endroit où ses reliques avaient été enterrées, puis des maisons autour de cette église pour y accueillir les pèlerins nombreux qui venaient demander son intercession. C’est là l’origine de la ville de Saint Claude dans le Jura français. Plusieurs églises lui sont encore dédiées et l'on retrouve son nom dans celui de deux communes : Saint-Oyen en Savoie et Saint-Oyen dans le Val d'Aoste.

Saint Père Oyend prie Dieu pour nous !

Claude Lopez-Ginisty
d'après divers es sources hagiographiques

mercredi 29 octobre 2014

VIE DE SAINT GALL, MOINE ET HIGOUMENE EN HELVETIE




Sketch iconographique de l’auteur paru dans Orthodox America.


SAINT GALL,

fêté le 16/29 Octobre

Tropaire Ton 8 
Comme compagnon du grand saint Colomban,/ ô Père Gall, tu as voyagé à travers tout le pays des Francs. / Et ta vie d’ascèse contrastait avec celle des prélats mondains que tu rencontrais./ Ouvre pour nous aussi, nous t’en prions,/ Les trésors du sacrifice et du combat de l’ascèse,/ Afin que nous aussi nous puissions atteindre la joie du salut éternel. 


*

Saint Gall, disciple le plus célèbre de saint Colomban, naquit vers le milieu du Vlème siècle (551), en Irlande. Ses parents le confièrent dès sa jeunesse au monastère de Bangor, où il fut éduqué par saint Comgall et saint Colomban. Ce monastère était fort renommé pour son école dont l'excellence allait de pair avec la grande piété de ses moines. Le jeune Cellach qui devait devenir Gall, s'y rendit très expert en poésie et en Écriture sainte. Le jugeant digne de ce redoutable office, saint Colomban éleva Gall au sacerdoce, et après une longue période d'ascétisme, décida avec la bénédiction de saint Comgall - de l'emmener avec lui, et avec onze autres moines, pour prêcher la parole de Dieu. 

Père Colomban et ses douze disciples allèrent d'abord en Angleterre, puis ils passèrent en France vers l'an du Seigneur 585. Grâce à la bienveillance d'un roi franc, ils s'installèrent a Annegray, dans les Vosges, où ils fondèrent une communauté monastique. Grâce au rayonnement de l'higoumène Colomban, les disciples affluèrent. 

Vers 590, saint Colomban fonda avec saint Gall une nouvelle communauté à Luxeuil, ville thermale qui avait été totalement dévastée par les Huns. Dans une vieille maison en ruine, une chapelle, puis un monastère furent construits où encore une fois les disciples nouveaux se présentèrent, attirés par la sainteté évidente de l'higoumène. Le monastère s'agrandit, les moines abondèrent, et la renommée du lieu fut telle - dit la chronique -, que le roi Thierry, fils de Childebert, venait souvent visiter le saint père Colomban et ses disciples. L'higoumène, cependant, n'avait pas de molles complaisances pour les grands de ce monde. Il reprenait sans discontinuer le roi Thierry, de ce que, méprisant son épouse légitime, il s'abandonnait à l'amour coupable de ses concubines. Thierry avait beaucoup de déférence pour le saint moine, et cela alarma au plus haut point sa mère. Celle-ci, Brunehaut, voyant que Thierry estimait saint Colomban, craignit qu'il ne se range à ses doctes conseils, répudiant ses concubines pour n'aimer plus que son épouse légitime, et de ce fait, diminuant le pouvoir qu'elle avait comme reine mère, à cause de l'éloignement de sa bru. 

Elle décida d'éloigner saint Colomban. Elle fit donner ordre au saint de quitter le royaume, ce qu'il fit avec saint Gall - compagnon de toutes ses peines et de toutes ses joies -, et avec quelques moines. Ils partirent vers 610 dans les états de Théodebert, alors roi d’Austrasie, dont la résidence était à Metz. Ils parcoururent ensemble toute l'Allemagne, avec mille peines et mille persécutions. « Dès qu'ils s'établissaient en un lieu, dit la chronique, le Malin, qui savait ce qu'il devait craindre, suscitait des gens pour les rechasser dans un autre lieu. » 

Enfin, le pieux Villemar, prêtre d'Arbonne, près du lac de Constance, leur assura un lieu de retraite à Bregentz. Ils s'y construisirent des cellules et entreprirent immédiatement de convertir les païens de la région. Ils réussirent même à les persuader de briser leurs idoles pour les jeter dans le lac. Deux moines moururent, martyrisés par ceux de ces païens qui restèrent dans les ténèbres de l'ignorance. Les corps de ces deux martyrs furent placés sous l'autel de l'abbaye d'Angia-Major ou Brigantina, plus tard appelée Mererau en Souabe. Thierry étant devenu roi d'Austrasie après avoir tué Théodebert dans un combat, saint Colomban décida d'aller en Italie, demandant à saint Gall de le suivre. Ce dernier, fortement malade, demanda à rester à Bregentz. Cette maladie faisait que pour la première fois, il ne pouvait obéir à son père spirituel et le suivre. 

La chronique nous dit que saint Colomban, qui avait résolu ce voyage, lui permit de ne pas le suivre, lui donna sa paix, mais lui enjoignit très fermement de ne plus jamais célébrer la Divine Liturgie tant que lui, Colomban, serait en vie. Saint Colomban partit donc pour l'Italie vers l'année 612. Sa santé rétablie, saint Gall remonta le lac avec quelques compagnons et ils construisirent quelques cellules. Ce sont ces quelques cellules qui sont à l'origine du monastère de Saint-Gall tel qu'il exista ensuite…Il apprit la langue du pays et convertit une telle quantité d'idolâtres, qu'il reçut le titre d'apôtre de Constance. 

Il accomplit aussi beaucoup de miracles et de guérisons. La fille du duc Gouzon (ou Gunzon), était possédée. Notre bon saint la délivra du malin et le duc voulut donner un évêché à saint Gall. Mais ce dernier refusa toujours. La chronique mentionne aussi que le duc voulut lui donner beaucoup d'or, et que le saint ne put refuser. Il s'en débarrassa promptement en le donnant aux pauvres. Et comme un diacre lui montrait un vase qu'il voulait garder pour s'en servir à l'autel, saint Gall lui répondit : « Non, ne le garde point, il faut pouvoir dire avec saint Pierre : je n'ai ni or, ni argent. » (Actes 3 :6). 

Le jour d'une grande fête, après les matines, saint Gall eut la révélation que son saint père Colomban venait de mourir. Il en avertit sa communauté et ils célébrèrent un office de funérailles. Puis il envoya un de ses moines s'assurer de ce qui était arrivé. Le moine revint avec la nouvelle de la mort de saint Colomban confirmée, et une lettre des moines de ce saint higoumène. Cette missive expliquait qu'avant de mourir, celui-ci avait recommandé que l'on donne son bâton abbatial à son disciple Gall en signe d'absolution pour son manquement à le suivre en Italie. 

Saint Gall versa d'abondantes larmes, car jamais il n'avait cessé d'aimer son père Colomban, et il lui avait obéi jusque là, ne célébrant point la divine Liturgie, et refusant pour cela les évêchés qu'on voulait le forcer d'accepter. Son saint père Colomban l'avait en cela préservé dans cette rude vie monastique qui était si chère au coeur des moines irlandais. Saint Gall ne quittait sa cellule que pour aller prêcher la Bonne Nouvelle : il s'attachait à l'évangélisation et à l'instruction des plus humbles, des plus misérables des hommes, puis il repartait dans son ermitage. Comme notre père parmi les saints, Séraphim de Sarov, il avait pour ami un ours qui lui rendait visite fréquemment et lui apportait quelquefois son bois ! Cet ours figure d'ailleurs toujours dans les armes de la ville de saint Gall, jusqu'à ce jour, et ce, en mémoire du saint ermite.

Comme notre père Séraphim de Sarov, il passait des jours et des nuits en prières ardentes et dans la méditation constante de la parole de Dieu. La chronique dit que le pieux roi Sigebert, fondateur de nombreux monastères - il est compté parmi les saints et fêté le premier février -, avait une grande vénération pour saint Gall et que sa fille refusa un mariage qu'on lui proposait pour devenir moniale auprès de son monastère. En 625, saint Eutase, higoumène de Luxeuil, mourut, et ses moines choisirent saint Gall pour lui succéder. Cependant, le monastère de Luxeuil était devenu trop riche et notre père craignait la richesse comme la peste. 


L'importance numérique des moines fut aussi certainement ce qui incita saint Gall à refuser et à rester en son propre ermitage. Saint Gall dirigeait ses moines selon la règle de saint Colomban. Celle-ci comprenait une règle monastique très stricte fondée sur l'obéissance absolue, le silence, le jeûne et l'abstinence. Elle était complétée par un code pénitentiel qui prévoyait des peines extrêmement dures pour tout manquement à la règle monastique. Le seul écrit de saint Gall que nous possédions est un sermon qu'il prononça pour le sacre de son disciple Jean, lorsque celui-ci devint évêque. On avait d'abord proposé cette charge à saint Colomban qui l'avait refusée et avait recommandé Jean, son diacre, lequel fut élu à l'unanimité à la fonction épiscopale. On trouve le texte de ce sermon dans les Lectiones Antiquæ de Canisius. 

Saint Gall mourut le 16 Octobre de l'an de notre Seigneur 646, après une courte maladie. La chronique mentionne qu'il avait atteint l'âge vénérable de 95 ans. Cette chronique qui, étayée par d'autres documents anciens, est à l'origine de ma relation de la vie de saint Gall, fut écrite par Vualfrid ou Walafride Strabon qui fut moine du monastère de Saint Gall, puis higoumène d'un monastère du diocèse de Constance. Il mourut en 849, soit deux siècles environ après la mort de saint Gall, et c'est au monastère de ce dernier qu'il recueillit les pieux souvenirs de sa vie. 


Saint Gall prie Dieu pour nous ! 


Claude Lopez-Ginisty

lundi 28 juillet 2014

Vie de saint Théophile, évêque de Novgorod et Pskov ( Fêté le 26 octobre)



PecherskayaLavra.jpg
Laures des cavernes de Kiev/Cathérale Sainte Sophie
*

Quand saint Jonas reposa en Christ le 5 décembre 1471, le peuple de Novgorod choisit par tirage au sort l'archidiacre de l'Ermitage d'Otensk Théophile comme nouvel archevêque de Novgorod et Pskov. Il fut consacré le 15 décembre 1472 à Moscou. C'était une période difficile pour le prélat à la tête de son troupeau. Le gouverneur de la cité, Marthe Boretskaya et ses partisans soulevèrent le peuple contre le grand Prince Ivan, tandis que le moine Pimène, ami des Boretsky semait la haine envers l'archevêque. Quelques uns des rebelles voulaient plaçait Novgorod sous la protection de la Lithuanie et trahir le souverain. Ils étaient aussi prêts à abandonner la foi de leurs ancêtres. "Ne trahissez pas l'orthodoxie," leur dit saint Théophile," car je ne serai pas le pasteur d'apostats, mais je retournerai plutôt à l'humble cellule de laquelle vous m'avez sorti pour être mis devant cette rébellion disgracieuse!"
Le peule aveuglé ne suivit pas les paroles du pasteur. La guerre éclata. Souventes fois les habitants de Novgorod furent forcés de demander grâce. Saint Théophile fut leur intercesseur. Beaucoup d'entre eux lui furent redevables de leur libération des prisons lithuaniennes.
En 1478, il essaya en vain de convaincre le Tzar de lever le siège de la cité, mais Ivan le maintint jusques au moment où il put enfin entrer dans la ville et la prendre. Le 19 janvier 1480, Théophile fut destitué à cause de calomnies et il fut envoyé en exil au monastère de Tchoudov, près de Moscou. En 1485, le saint devint très malade. En ce temps là, saint Niphont de Novgorod lui apparut et lui rappela qu'il avait un jour promis de visiter Kiev pour y vénérer les saints des cavernes. Il dit à Théophile que les jours de sa vie étaient comptés et qu'il devait se hâter d'accomplir son vœu.
Sur ces entrefaites, saint Théophile malgré sa grave maladie, partit pour Kiev. Cependant, quand son équipage arriva au Dniepr, le Seigneur l'informa q'il allait mourir et que le Seigneur Lui-même viendrait prendre son âme tandis que son corps serait enterré dans les cavernes. Tout de suite après cette révélation, saint Théophile s'endormit dans le Seigneur. Ses reliques furent placées dans les caves lointaines.

Saint père Théophile, prie Dieu pour nous!
*
Version française Claude Lopez-Ginisty


d'après

Kiev Patericon
Edition Jordanville
USA

samedi 31 mai 2014

Biographie de saint Macaire de l'Altaï


Michael Gloukhariev est né le 8 Novembre 1792, dans la famille d'un prêtre qui servait dans la cathédrale de l'Entrée de la Très Sainte Mère de Dieu au Temple dans la ville de Viazma (province de Smolensk ). Le saint étudia à l'école ecclésiastique de Viazma, au séminaire de Smolesnk, puis à l'Académie théologique de Saint-Pétersbourg, où il devint un fidèle disciple de saint Philarète (Drozdov), qui était alors recteur de l'Académie.
A vingt- sept ans, Michael fut tonsuré dans le monachisme, recevant le nom de Macaire. En 1821, le père Macaire fut élevé au rang d'higoumène et plus tard d’archimandrite et nommé pour administrer le monastère de la Théophanie à Kostroma . À la fin de 1825, il fut envoyé à la Laure des Cavernes de Kiev, pour des raisons de santé. En 1826, l'archimandrite Macaire fut transféré à l’ermitage de la Génitrice de Dieu de Glinsk, dans le diocèse de Koursk pour se placer sous la direction spirituelle de l'higoumène Philarète (Danilovsky), Supérieur de l'Hermitage.
Père Macaire, qui avait brillamment terminé l' Académie théologique de Kiev, connaissait de nombreuses langues, avait été Recteur du Séminaire théologique de Kostroma et Supérieur du monastère de la Théophanie; qui était professeur de théologie et archimandrite fut transféré au pauvre Ermitage de Glinsk pour être sous la direction du père Philarète, ignorant mais spirituellement expérimenté. L'archimandrite instruit avait toujours été sous la direction spirituelle : d'abord sous son pieux, père qui était prêtre, puis à l'Académie théologique de Saint-Pétersbourg sous son Recteur, l'archimandrite Philarète (Drozdov), puis à Yékaterinoslav, comme inspecteur du séminaire théologique, sous la direction du staretz Laurence, " homme à la vie sainte et disciple du célèbre Païssi Vélitchkovsky."
Parallèlement à ses travaux monastiques dans l’ermitage de Glinsk, le père Macaire traduisit la Sainte Écriture et les Pères de l'Église.
Avec la bénédiction du Métropolite Philarète de Moscou, l'archimandrite Macaire demanda au Saint-Synode de l'autorisation de travailler comme missionnaire dans la région de l'Altaï pour amener les peuples turcs qui y vivaient à l'Orthodoxie.
Père Macaire alla dans la région de l'Altaï avec ses assistants, les séminaristes Alexis Volkov et Basile Popov. D'un commun accord, ils fondèrent une confrérie, dont une des règles disait de ce qui suit: "Nous voulons que toutes les choses soient mises en commun: l'argent, la nourriture, l'habillement, les  livres, et autres objets : cette mesure va permettra d’atteindre l'unanimité."
Au début, les populations autochtones ne voulaient pas avoir des relations avec le père Macaire et évitaient le christianisme. Mais plus tard, ils changèrent d’avis et le père. Macaire fit la connaissance des Téléoutes Oulala et commença à réunir les membres dans l'Église du Christ parmi les Tartares Tchernov et les Kalmouks de l'Altaï, les installant à Maim et dans d'autres villages. La majorité d'entre eux, après avoir entendu de lui, la Parole de Vérité reçurent le saint Baptême et lui furent dévoués comme les enfants le sont à leur père. Il est étonnant que le père Macaire, qui souffrait de maux physiques, était en mesure de supporter les longs passages dans les ruisseaux de montagne et les privations du voyage dans l'accomplissement de ses devoirs pastoraux: catéchisant, baptisant, et rendant visite à ses enfants spirituels. Acette époque, il commença à penser à l'alphabétisation des peuples autochtones. Sinon, ils ne seraient pas en mesure de saisir le sens de sa prédication ou de participer à des offices religieux. Alors a commencé son énorme travail de recherche dans la création d'une langue écrite et d’un dictionnaire de la langue de l'Altaï.
La première période de l'activité missionnaire de Père Macaire fut la plus difficile, mais certains résultats positifs furent cependant atteints: la conversion d'une partie, mais peu importante de païens, à l'Orthodoxie; la création d' établissements pour les indigènes nouvellement baptisés; et l'ouverture des premières écoles missionnaires. Père Macaire entendait que les nouveaux baptisés avait besoin de son soutien dans leurs premières années et ne pouvaient pas être livrés à eux-mêmes. Il construisit des maisons pour les nouvellement baptisés et acquit du bétail,  des outils agricoles et des semences pour le semis des cultures - en bref, tout ce dont ils avaient besoin pour un mode de vie sédentaire.
La communauté de femmes, qui fut ensuite transformée en couvent, fut créée au campement d’Oulala.
Le vénérable reposa en Christ le 18/31 mai 1847, au monastère Bolkhov (diocèse d’Orel), où il était supérieur depuis 1844, après son retour de la région de l'Altaï. Le Conseil du Jubilé de l'Eglise orthodoxe russe l’a compté parmi les saints en l’an 2000. Sa mémoire est célébrée le 18/31 mai.

Saint Macaire de l’Altaï, prie Dieu pour nous !

Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 28 mai 2014

Saint Joseph d'Alep, PRÊTRE & MARTYR


Fête le 4/17 février

Le 4/17février, nous commémorons saint-Joseph d'Alep (nord de Syrie ), qui vécut à une époque dangereuse.

Au 7ème siècle, la Syrie avait été envahie par les musulmans arabes, suivis par les musulmans turcs, qui pendant des siècles tentèrent d'anéantir la religion chrétienne au Moyen-Orient. Les Turcs ottomans gouvernèrent la Syrie depuis le début du 16e siècle et, alors que le christianisme était officiellement toléré sous ce gouvernement, les chrétiens furent souvent harcelés et persécutés individuellement.

Né au milieu du 17e siècle, Joseph essaya de mener une vie calme et paisible, traitant ses voisins musulmans avec charité chrétienne. Mais sa bonté fut accueillie avec hostilité, et certains de ses voisins décidèrent de le calomnier en rapportant  à l'étranger qu'il voulait se convertir à l'islam.

Joseph ne pouvait pas laisser dire ce mensonge, alors il commença à discuter avec ces hommes et à nier cette rumeur qu'ils avaient commencée. Les hommes battirent Joseph et l'accusèrent de rejeter l'islam. Ils l'amenèrent devant les autorités locales pour l’interroger. 

Reconnaissant l'intelligence de Joseph et voyant une occasion de faire avancer la cause de l'Islam par rapport au christianisme, le juge offrit à Joseph une haute position s’il acceptait tout simplement la rumeur d'origine et reniait le christianisme en faveur de l'islam.

La foi de Joseph était trop forte pour faire une telle chose. Il commença à débattre avec le juge, accusant les musulmans de corrompre les Écritures saintes et de croire aux mythes. Il souligna qu'ils devaient même compter de voir une pleine lune pour annoncer les dates de leurs fêtes et que, si la lune était assombrie par des nuages​​, leurs pratiques seraient abolies et qu’ils seraient ridiculisés par d'autres nations.

La réaction fut rapide et sévère. Joseph fut torturé et emporté pour être exécuté par décapitation. 

Saint Joseph reçut la couronne du martyre le 4/17 février 1686.

Aujourd'hui, dans la plupart des pays dominés par la religion musulmane, les chrétiens souffrent de quelque persécution: du simple harcèlement ou de fiscalité supplémentaire, et de restrictions ou de condamnation pure et simple et d'exécution. 

Et dans les pays sans aucune religion établie, l'hérésie et le sentiment anti-chrétien sont monnaie courante, ce qui rend la pratique du christianisme orthodoxe encore difficile. 

Puissions-nous, avec saint Joseph, prier pour tous les chrétiens qui souffrent [et pour nos frères syriens d'Alep et de toute la Syrie].

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 

samedi 26 avril 2014

Un Amour sacrificiel: Sainte Grande-Duchesse Elisabeth, la nouvelle martyre.




L'une des étoiles les plus brillantes dans l'ordre céleste des nouveaux martyrs de Russie est le sainte Grande Duchesse Elisabeth. Convertie à l'Orthodoxie, elle éclipsa beaucoup de ceux qui avaient la foi qu'elle avait si ardemment embrassée. 

Elle était comme un soleil dont les rayons pénétrants réchauffent les cœurs devenus froids, et renouvellent la foi perdue d'une humanité déchue et désespérée, comme pour dire que tous n'ont pas succombé à la philautie [l'amour égoïste de soi], qu'il y a encore ces serviteurs de l'amour dont l'exemple souligne le chemin de la voie véritable, à la fois pour le bonheur sur cette terre et pour toute l'éternité. 

Elle a placé une loi dans son cœur: que les forts portent les faiblesses des faibles. L'amour était la pierre angulaire de sa vie et de toutes ses activités. Cet amour rendit facile pour elle ce qui était difficile, il fit du service de son prochain un moyen sûr par lequel le pardon des ennemis fut rendu possible. Pour les besoins de cet amour, elle se sacrifia pour les autres, remplissant ainsi que le plus grand des commandements selon l'Apôtre de l'amour, à savoir que nous devons donner notre vie pour les frères (1 Jean 3:16).



Il n'existe peut-être pas plus éloquent hommage à la sainte Grande-Duchesse que le portrait spirituel si finement dessinée par feu le Métropolite Anastase:
" Elle était une rare combinaison d'esprit chrétien exalté, de noblesse morale, d'esprit éclairé, de cœur doux, et de goût raffiné. Elle possédait une composition spirituelle extrêmement délicate et à multiples facettes, et son apparence extérieure reflètait la beauté et la grandeur de son esprit. 

Sur son front était le sceau d'une dignité élevée innée, qui la distinguait de ceux qui l'entouraient. Sous le couvert de modestie, elle s'efforça souvent, mais en vain, de se cacher du regard des autres, mais on ne pouvait pas la prendre pour une autre. Partout où elle apparaissait, on pouvait toujours se demander: Qui est celle qui  paraît pareille à l'aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil (Cantique des Cantiques 6:10)? 

Partout où elle allait, émanait d'elle le parfum pur de la fleur de lys. C'était peut-être pour cette raison qu'elle aimait la couleur blanche: il était le reflet de son cœur. Toutes ses qualités spirituelles étaient strictement équilibrées l'une avec l'autre, ne donnant jamais une impression de partialité. La féminité chez elle était jointe à un caractère courageux; sa bonté n'a jamais conduit à la faiblesse et à la confiance inconditionnelle et aveugle des personnes. Même dans ses plus belles et sincères inspirations, elle manifestait ce don de discernement qui a toujours été si prisée des ascètes chrétiens…"


Elizaveta Feodorovna.jpg

La Grande-Duchesse est née le 20 Octobre 1861, fille de la princesse Alice de Hesse et petite-fille de la reine Victoria d'Angleterre, sous la stricte tutelle de laquelle elle reçut une formation à la fois vaste et pratique. Sa mère mourut quand elle était encore jeune, première tragédie dans une vie marquée par la souffrance intérieure. Mais par grandeur d'âme, sa douleur due à l'absence de l'amour maternel fut plus tard transformée en une tendre compassion de sollicitude pour ceux à qui cet amour faisait défaut.

Choisie pour être la future épouse du Grand-Duc Serge Alexandrovitch, la Grande-Duchesse arriva à Moscou, et elle se mit à apprendre tout ce qu'elle pouvait sur ​​sa terre récemment adoptée, sur son peuple et sa culture. Son cœur fut bientôt capturé par la beauté et la profondeur spirituelle de l'orthodoxie qu'elle découvrit si étroitement imbriquées dans le riche tissu de l'âme russe. 



Avec le Grand-Duc, son époux

Ce ne fut pas une simple formalité qui causa sa décision de devenir orthodoxe, mais une forte conviction intérieure. Dans l'Orthodoxie, elle trouv sa pleine expression pour le penchant spirituel naturel de son caractère. Les obligations sociales au palais, cependant, empêchèrent cette disposition de s'épanouir, bien que dans sa nouvelle position sociale, elle était en mesure de consacrer beaucoup de temps à des activités philanthropiques. 

C'est seulement avec le tragique assassinat de son mari en 1905 que la Providence lui accord la possibilité de se retirer du tumulte d'un monde que son âme trouvait si ennuyeux. Mais grâce à sa persévérance, elle avait déjà atteint un certain degré de perfection chrétienne. Ceci fut manifeste dans son pardon prompt de l'assassin de son mari, auquel elle alla même rendre visite dans l'espoir d'adoucir son cœur. Sur la croix, monument érigé sur le site de la mort de son mari, elle avait inscrit les paroles évangéliques, Père , pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font. Elle avait déjà commencé l'ascension de l'échelle des vertus chrétiennes.

Ignorant le scandale provoqué par une telle démarche [la visite et le pardon à l'assassin de son époux], la Grande-Duchesse quitta les appartements royaux et s'installa dans un immeuble qu'elle avait acquis à Ordinka. Là, avec le conseil des startsy de l'Ermitage de Zossima sous lesquels elle s'était placée dans une obéissance totale, elle jetles bases d'une fraternité qui combinait en elle-même les labeurs ascétiques de la vie monastique et les œuvres de charité. Ce havre de paix au milieu d'une ville animée, fut dédié à Marthe et Marie, sœurs de Lazare, dont les deux natures de service et de prière étaient si bien imbriquées dans la mission de la nouvelle communauté. " Ne pas être de ce monde et en même temps vivre et agir dans le monde pour le transformer: ce fut le fondement sur lequel elle souhaita établir son couvent."



La Grande-Duchesse fut personnellement impliquée dans tous les plans de construction de la communauté, et ils reflètent ses sensibilités esthétiques raffinées. L'église principale fut construite dans le style traditionnel Novgorod- Pskov et peint par l'artiste russe bien connu Nesterov. Les murs blancs austères furent équilibrés avec une exquise ornementation sculptée. L'harmonie architecturale des bâtiments, l'atmosphère paisible, la beauté des offices de l'Eglise - le tout contribuait à élever l'âme fatiguée de ses soucis terrestres et à lui donner un aperçu du Paradis. Même les membres de la société russe contemporaine éloignés de l'Eglise, dont la ré-éducation spirituelle était une grande préoccupation pour la Grande-Duchesse, furent attirés par cette communauté unique.

The Holy Protection Cathedral at the Martha and Mary Convent of Mercy

L'église du Pokrov au Couvent de Marthe et Marie Couvent 

" Il n'est pas surprenant que le couvent se soit épanoui rapidement et ait attiré  beaucoup de moniales de l'aristocratie, ainsi que des gens du commun. L'ordre monastique régnait dans la vie intérieure de la communauté et à la fois à l'intérieur à l'extérieur du couvent, les activités de la Grande-Duchesse comprenaient la prise en charge de ceux qui rendaient visite aux malades qui étaient déposés au couvent, dans l'aide matérielle et morale donnée aux pauvres, et dans l'hospice pour les orphelins et les enfants abandonnés trouvés dans chaque grande ville. 

La Grande-Duchesse accordait une attention particulière aux malheureux enfants qui portaient en eux la malédiction des péchés de leurs pères, les enfants nés dans les bidonvilles troubles de Moscou, pour se faner avant d'avoir  une chance de s'épanouir. Beaucoup d'entre eux étaient amenés dans l'orphelinat construit pour eux, où ils étaient rapidement rétablis spirituellement et physiquement. 


Statue de Sainte Elisabeth à Marthe et Marie

Pour d'autres, une surveillance constante sur leur lieu de résidence fut établie. L'esprit d'initiative et de sensibilité morale qui accompagnait la Grande-Duchesse dans toutes ses activités, l'inspirait et la poussait à chercher de nouvelles voies et formes d'activité philanthropiques, qui reflétaient parfois l'influence de sa première patrie d'Occident, et ses organisations de pointe pour le développement social et l'aide mutuelle…"

Partout où il y avait un besoin, la Grande-Duchesse tentait d'y répondre, et seul son esprit fort pouvait l'empêcher d'être entièrement vaincue physiquement par tout ce qu'elle était prête, de par sa volonté, à entreprendre. Toutes ses activités, cependant, ne la firenpas dévier de la "seule chose nécessaire," et tout en servant les moindres des frères en Christ, elle fut toujours aux pieds du Christ, à écouter Ses paroles.

Les tristes tribulations qui ont affecté la Russie tandis que la Révolution étendait son ombre sur la terre, firent que ses vertus d'amour et d'abnégation brillèrent avec encore plus d'éclat. Avec sa sœur cadette la tsarine Alexandra, elle fut calomniée à cause de son sang allemand. Mais elle ne nourrissait ni amertume, ni haine envers ses ennemis, et même les révolutionnaires reconnurent sa grandeur d'esprit et l'épargnèrent elle et sa communauté, pour un temps.

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Les reliques de sainte Elisabeth

Finalement, cependant, la couronne du martyre fut à sa portée. A Pâques 1918, la Grande-Duchesse fut soudain arrêtée et emmenée, d'abord à Ekaterinbourg et à Alapayevsk où, avec sa compagne toujours fidèle Sœur Barbara, elle fut emprisonnée dans l'une des écoles de la ville. 


Martyre des saintes moniales
 Elisabeth et Barbara


Tous les martyrs d'Alapayevsk

Dans la nuit fatidique du 5/18 juillet, avec d'autres captifs royaux, elle emmenée dans une voiture en dehors de la ville, et enterrée vivante dans un puits de mine. Même là, dans les entrailles de la terre, elle ne cessa point de manifester son amour sacrificiel. Les fouilles ont montré que jusques au dernier moment, elle s'est efforcée de servir les Grands-Ducs qui avaient été gravement blessés dans la chute.


Les cercuils de mère Élisabeth et de soeur Barbara en 1920

Accueil des cercueils à Jérusalem en 1920

Enfin ses restes précieux, qui, selon des témoins oculaires furent trouvés complètement épargnés par la corruption dans le puits de mine, furent accueillis avec triomphe à Jérusalem, et reposent dans un tombeau de  l'église de Sainte-Marie-Madeleine, au dessus de la colline de Béthanie où les saintes sœurs Marthe et Marie, servirent et glorifièrent le Seigneur.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
PRAVMIR

Note: Les citations sont tirées de The Holy New Martyr, Grand Duchess Elizabeth Feodorovna,” par le Métropolite Anastase, in Orthodox Life, Sept.-Oct., 1981).


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Sainte Elisabeth et sainte Barbara

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samedi 19 avril 2014

SAINT NOTKER-LE-BÈGUE ( 6/19 avril)




Saint Notker, moine de Saint-Gall, surnommé le Bègue (Balbulus), parce qu'il était bègue, naquit d'une famille distinguée, vers le milieu du 9ème siècle, à Heiligenau, en Thurgovie, et il fut élevé dans l'abbaye de Saint-Gall, où il prit ensuite l'habit monastique. 

Il fit de grands progrès dans la musique pour laquelle il avait un goût certain. A Saint-Gall, deux écoles de musique existaient, l'une dans le monastère, l'autre au dehors: Notker fut chargé du soin de la première. 

Dans ses moments de loisir, il composa divers ouvrages et transcrivit des manuscrits. Ses talents et sa sainteté lui acquirent bientôt une réputation telle que l'empereur Charles le Gros requerrait  souvent son avis dans les affaires difficiles de son royaume. Un officier vint un jour de sa part, pour avoir son avis sur une chose importante. Notker était alors occupé dans le jardin à arracher de mauvaises herbes auxquelles il substituait de bonnes plantes. 
L'envoyé du roi lui ayant fait part de sa commission, Notker,  répondit simplement: "Tu vois ce que je fais, va dire à l'empereur qu'il en fasse autant." 

Une autre fois, l'empereur s'étant rendu à Saint-Gall en personne, pour consulter le pieux moine, qu'il considérait comme son ami et son conseiller spirituel, le chapelain du prince, homme savant mais orgueilleux, voyant avec jalousie son maître mettre toute sa confiance dans un simple moine, qu'il jugeait ignorant, dit à part soi, en voyant arriver près de lui l'humble père Notker: "Je vais lui poser une question qui montrera son ignorance" et il lui demanda: "Dis-moi donc, toi qui es si savant, ce que Dieu fait actuellement dans le Ciel?" "Il élève les humbles et abaisse les superbes" répondit simplement le saint moine. Le chapelain, outré par cette réponse qui le ridiculisait, partit immédiatement du monastère; mais son cheval s'étant cabré, il fit une chute qui lui meurtrit le visage et lui cassa un pied. Les moines coururent lui porter secours, et le ramenèrent au monastère pour le soigner.

Mais le mal, loin de s'apaiser, empirait grandement, et on conseilla au blessé de demander les pieuses  prières de Notker. Dans son orgueil incommensurable, et encore rancunier pour la réponse que Notker avait faite à sa question impie, il refusa. Mais le mal progressant et la douleur devenant plus vive,  il se rendit enfin à la raison: " Faites venir le serviteur de Dieu, afin qu'il me pardonne et me bénisse, quelque indigne que j'en sois." 
Notker vint auprès de lui,  pria avec ferveur, et le chapelain se sentit immédiatement soulagé. 

Saint Notker naquit au Ciel le 6/19 avril 912, et son corps fut enterré dans la chapelle de Saint-Pierre. Plusieurs miracles furent opérés à son tombeau lui ont fait rendre un culte public, et sa fête se célébrait, à Saint-Gall, le troisième dimanche après Pâques. 

Le bienheureux Notker est auteur d'un martyrologe tiré en partie de ceux d'Adon et de Raban-Maur, et longtemps utilisé dans la plupart des églises d'Allemagne. Outre le martyrologe, il nous reste du saint moine Notker: 

- Un Traité sur les interprètes de l'Ecriture, dans lequel il indique ceux des Pères qui ont le mieux commenté, dans les divers sens, tel ou tel livre de la Bible. Il y donne aussi un catalogue des Actes des Martyrs qui lui paraissent sincères (id est authentiques). 

-Le livre des Séquences au nombre de trente-huit : il entreprit ces compositions pour abréger et donner plus de précision aux cantiques de l'Eglise qui étaient alors très longs. (Il n'était pas l'auteur des séquences, car il déclara, dans ses ouvrages, qu'il avait fait les siennes sur le modèle de celles qu'il avait trouvées dans l'antiphonaire de l'abbaye de Jumièges, en Neustrie). 

- On lui doit  ce chant (en latin, dont nous donnons la traduction) qui remplissait les fidèles d'allégresse, aux fêtes pascales. 

À la Victime pascale, les chrétiens offrent un sacrifice de louanges. 

L'Agneau a racheté les brebis; 
Le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec le Père.

 La mort et la vie se sont affrontées en un duel admirable:
 Le guide de la Vie, bien que mort, règne vivant.
 
Dis-nous, Marie, ce que tu as vu en chemin.
 
J'ai vu le tombeau du Christ vivant
 Et la gloire de Sa résurrection, 

Les anges témoins, le suaire et les vêtements.
 
Le Christ, notre espérance, est ressuscité, 
Il précèdera les siens en Galilée.
 
Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts.
 
Toi, Roi vainqueur, aie pitié de nous.
 Amen! 

On lui attribue aussi un chant guerrier qu'entonnaient les armées chrétiennes au Moyen-Age avant de livrer bataille. Le voici : 

Vivants, nous sommes sans cesse menacés par la mort. 
Qui nous assistera, si ce n'est Toi, Seigneur, 
Toi Qui es justement irrité contre nous 
à cause de nos péchés ? 
Nos pères ont espéré en Toi, ô Dieu saint! 
Et Tu les as sauvés. 
Tu les as sauvés. 
Nos pères T’ont invoqué, ils T’ont Invoqué, 
et Ils n'ont pas été confondus.
 Dieu saint et fort! 
Quand l'âge aura blanchi notre chevelure; 
 quand les années auront brisé nos forces, 
ne nous abandonne pas. 
Dieu saint et miséricordieux, 
ne nous abandonne pas aux amertumes de la mort 

L'origine de ce chant, est singulière: saint Notker, regardant des ouvriers qui construisaient un pont au-dessus d'un abime, fut  frappé des dangers imminents qu'ils couraient, qu'aussitôt il alla composer pour eux cette belle prière. 

- Divers Hymnes. Quatre sont en l'honneur de saint Etienne, martyr et patron de la cathédrale de Metz. Il étaient adressés à Ruodbert, évêque de cette ville, qui avait été moine de Saint-Gall. 

- Des Ecrits sur la Musique. Ce qu'il en reste se trouve dans la Patrologie latine, Lxxxi, col. ~69-1178. 

- Une Vie de saint Gall en vers. 

- Un Traité sur les fractions des Nombres dont il ne reste qu'un fragment, car il s'intéressait aussi aux mathématiques.

-Le Psautier, en langue tudesque, qu'on lui attribue, est plus probablement de Notker surnommé Labeo (+ 1012)

Compilation d'après diverses sources 
dont celle de St. Materne