"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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jeudi 26 mars 2015

Staretz Samson de Russie (R)


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Il naquit à Saint Pétersbourg. Son père était le Comte Esper Seivers et sa mère était anglaise. A l'âge de 14 ans, il se convertit de l'anglicanisme à l'orthodoxie. Il fut baptisé en 1916 et devint novice un an plus tard au monastère de Saint Sabbas de Krypets près de Pskov. 

Sa vie fut celle d'un martyr chrétien: il fut arrêté en 1919 par la Tchéka locale et fut fusillé lors d'une exécution de masse, mais il resta en vie! Il retourna au service de Dieu dans la Laure de Saint Alexandre de la Neva où il servit comme assistant de cellule du Père Séraphim Vyritsky. 

Trois heures avant sa nouvelle arrestation,alors qu'il dormait, Saint Séraphim de Sarov lui apparut miraculeusement dans une vision et lui dit la prière " Ô Toute Miséricordieuse"à la Très Sainte Mère de Dieu.

Le Staretz Samson traversa alors vingt ans de camps de concentration, en commençant par celui terrible de Solovki. Les tortures, les maladies, la famine, les privations et les épreuves ne firent que l'affermir dans sa foi.

Quand le temps de sa libération arriva en 1946, les autorités refusèrent de le libérer parce qu'elles avaient besoin de ses services médicaux. Il s'échappa et marcha plus de 10 000 kms à travers la Sibérie. Dans les années qui suivirent, sans papiers légaux, le fait qu'il ne soit pas arrêté et qu'il puisse continuer son travail pastoral, tient du vrai miracle. Il fut pendant des années le père spirituel de nombreuses personnes.

Il reçut formellement le grand schème en 1969 avec la bénédiction du métropolite Jean.

Il est un saint de notre temps, un confesseur et un martyr, et ses enfants spirituels en Russie continuent à vivre selon ses instructions et son example.

Le Staretz Samson n'abandonne jamais ceux qui s'adressent à lui avec foi et espérance. Les gens apportent leurs peines et leurs épreuves à son tombeau et demandent ses prières et celles de la Très Miséricordieuse Mère de Dieu.

Durant sa vie et après sa naissance au ciel, de nombreux miracles ont eu lieu. Il aide les gens qui ont des problèmes familiaux, des deuils et toutes sortes de problèmes. Il leur porte assistance dans l'éducation des enfants, et les affermit dans la foi orthodoxe et l'amour du Christ. Beaucoup de ceux qui souffraient de maladies mortelles et qui étaient abandonnés par les médecins, ont été guéris par son intercession.

Saint Staretz Samson, prie Dieu pour nous!

Version française Claude Lopez-Ginisty 
d'après une courte biographie éditée en anglais 
par le Patriarcat de Moscou
Photographie du Staretz: 
( N.B.:la légende de cette photographie indique une date qui est fausse pour la naissance au ciel du Staretz Samson)

Apparition de Saint Séraphim au staretz Samson


...Je me souviens que je dormais dans ma cellule lorsque je vis saint Séraphim de Sarov. Il vint vers moi vêtu de la soutane blanche durant mon sommeil, il se pencha vers moi et lut lentemeent " Ô Très Miséricordieuse..." et je sentis ses larmes sur mon front. Au matin, je sautai du lit et j'écrivis cette prière:

Ô ma Très Miséricordieuse, Dame Souveraine,
Très Sainte, Très Pure Vierge,
Génitrice de Dieu Marie, Mère de Dieu,
Ma seule et indubitable espérance:
Ne me dédaigne pas, ne me rejette pas,
Ne m'abandonne pas,
Aide-moi, intercède pour moi, écoute-moi
Et pose Ton regard sur moi,
Ô Souveraine, aide-moi
Pardonne-moi
Pardonne-moi,
Toi Qui es Pure.

Trois heures plus tard j'étais arrêté. La Très Miséricordieuse me conduisit et veilla sur moi pendant dix-huit ans dans les camps de concentration.

in 
The Orthodox Word 
N° 177: 
Elder Sampson, 
Patron of the Convert Movement
Version Française Claude Lopez-Ginisty

jeudi 9 octobre 2014

Staretz Jean (Krestiankin): Lettres à des Laïcs



Lettre à une débutante (qui était iconographe) 
Chère N.!
Tout sera très simple et facile si tu décides de le faire pour Dieu, pour l'amour de Dieu, et pour la gloire de Dieu. Tout dans la vie et dans l'âme va immédiatement ne faire qu'un.

N'abandonne pas ton travail, vis sur ton salaire du musée, et travaille à la maison pour ton âme. N'accepte pas  de cadeaux, et ne compte pas  uniquement tirer ton seul profit du paiement des icônes. 

Travaille dans le musée, pour l'instant, et le temps viendra où tu ne travailleras que dans l'église, mieux encore, dans un monastère [1]. Mais aujourd'hui, tu dois acquérir de l'expérience et des connaissances, et élever ton niveau de qualification, étudie où tu le peux. S'ils découvrent tes occupations domestiques au travail (i.e. la peinture d'icônes) à ton travail, tu peux l'expliquer facilement en disant: "Je suis en train de faire ceci pour obtenir de la pratique dans les travaux de restauration et ainsi accroître mon expérience, mais je ne prends pas d'argent." Après tout, ton travail est sciemment et consciemment de servir Dieu et non  Mammon. As-tu compris?

Tu dois également savoir que, peu importe ton lieu de travail, surtout si c'est dans l'Église, il y aura toujours beaucoup de déceptions et de désenchantements, parce que les gens sont les gens partout dans le monde, avec chacun des qualités et des défauts.

Tu as besoin d'apprendre à accepter les infirmités des gens, et de toujours te rappeler que la Providence de Dieu enseigne une leçon de vie spirituelle dans chaque situation. Ainsi, nous apprenons à partir du moment où nous prenons conscience de nous-mêmes jusques au moment de notre mort.

En prenant une nouvelle commande [d'icône] de quiconque, sois prudente, et n'accepte pas tout de suite.

Lorsque tu as compris ce qui est demandé de toi et que tu as appris qu'il existe un vrai besoin, fais seulement ce travail, et ne va même pas le livrer toi-même, mais demande à ta mère ou à une autre personne de confiance de le faire.

Ensuite, tout ira bien et ton découragement disparaîtra. Ce découragement lui-même est né de la philautie [amour de soi] et de la fierté, et il n'y aura pas de "fin" à ces causes. Quelle "fin" peut-il y avoir lorsque nous nous n'en sommes seulement qu'au tout début? La vie est belle, et Dieu arrange tout pour le mieux, pour notre salut.

Mon enfant, apprends une leçon très importante, et apprends-la pour toute ta vie. Ne te précipite pas  vers l'avant dans l'avenir, mais vis dans le présent, apprends aujourd'hui pour voir la volonté de Dieu pour toi dans le moment présent, et la vois pas seulement, mais prends la ferme résolution de la réaliser.

C'est ainsi que tu vivras, guidé par Dieu. Tu as besoin d'oublier ce que tu aimes et ce que tu n'aime pas, et d'accepter la volonté de Dieu.

Avec le temps et l'expérience, tu comprendras que notre bien réside uniquement dans ce qui est fait selon la volonté de Dieu. Lis des livres spirituels, la vie des saints, et jusqu'à ce que tu aies développé un goût pour ce type de lecture, commence par Feodor Dostoïevski. Lis-le et essaie de comprendre ce qu'il dit. Mais la réflexion sur la "fin" est un grand péché. tu dois te repentir et ne pas penser immédiatement à ce sujet, chasse par la prière cette pensée de l'Ennemi. Signe-toi du signe de la Croix avec les mots, "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen. "

Lis plus souvent le Credo, ainsi que le "Notre Père ..." Appelle à l'aide la Reine des cieux, notre intercession fervente, et Ta Protectrice [sainte patronne] depuis ton enfance.

Apprends le cinquantième Psaume par cœur "Aie pitié de moi, ô Dieu ...", les vingt-quatre courtes  prières du soir de Saint Jean Chrysostome, et au moment de l'attaque de l'Ennemi, fais appel à l'Esprit Saint "Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité... " Toutes tes "fins" s'envoleront. Ne dialogue pas avec les pensées de  l'Ennemi, ne développe pas ces pensées, mais coupe-les immédiatement  par la prière. Même si cette prière est mécanique dans un premier temps, le Nom du Seigneur fera son travail, pas toi, mais le Nom du Seigneur Jésus-Christ! 

Ton travail consiste seulement à demander, à crier, et à frapper à la porte de la miséricorde de Dieu. Il devrait en être ainsi jusques à la dernière heure: "Seigneur, aide-moi. Seigneur, sauve-moi. " Ton ange gardien t'aidera.

Le Seigneur et la Mère de Dieu t'affermiront dans la foi, l'espérance et l'amour de Dieu, de ton prochain, et de toi-même. Jamais, même pas pour toi-même, ne fais le compte de ce que tu as fait de bien. Ma chère, tout vient de Dieu et tout est pour Dieu. Rappelle-toi ceci. Il a seulement besoin de ton cœur aimant et fidèle à Lui, notre Seigneur, Créateur et Rédempteur.

Travaille dans la paix à la gloire de Son Saint Nom.

Afin de bien peindre, il faut aussi faire autant de copies que possible et avoir de bons modèles; si tu en as l'occasion, tu peux les obtenir de Maria Nikolaevna Sokolova. Copie-les et garde-les, et ne  les  donne à personne, de sorte que tu auras toujours ces copies comme exemples.

Si tu entreprends ce travail, tout s'arrangera en son temps.

Au cours de ton travail ne laisse pas ton esprit courir dans tous les sens.  Notre vie est un cycle sans fin, ou un cercle en Dieu et avec Dieu. Nous ne pouvons rien faire sans Lui. Accepte comme ta principale tâche dans la vie, de demander de l'aide au Dieu Bon et Tout-puissant, pour tout et toujours, et ne vacille pas. Partout où l'on dit "Je", il y a un fier démon.

Rappelle-toi cela! Notre travail n'est que: "Seigneur aide-moi, car je suis faible! Seigneur, sauve-moi! Seigneur, aide-moi à porter ma croix, sans murmure." 

Mon enfant, ne donne pas au Seigneur juste cause  pour Sa colère et ne te souille pas avec des pensées venant de l'Ennemi.

Que le Seigneur t'aide en toutes choses, chère N.

Nous prions pour toi et nous souvenons de Toi.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
May God Give You Wisdom
The Letters of Fr. John Krestiankin
Stretinsky Stavropegic Monastery/ St. Xenia's SketeWildwood
California
USA, 2007

samedi 12 juillet 2014

Sur Parlons d'Orthodoxie


Extraits du livre de Jean-Claude Larchet  "Le Starets Serge"
L'ORGUEIL 

Aux yeux du Starets Serge, la principale passion, la plus grave, la plus redoutable, celle qu'il faut combattre le plus longtemps, celle dont il faut le plus se méfier, c'est l'orgueil qui s'oppose non seulement à l'amour que nous devons avoir pour Dieu, pour le prochain et pour nous-mêmes (en un sens positif), mais également en ce qui constitue après l'amour la deuxième vertu chrétienne: l'humilité. 


Le Starets rappelle que c'est à cause de l'orgueil que les anges sont tombés et que le premier homme a causé la chute de toute l'humanité. Il affirme souvent que l'orgueil est notre principal ennemi, que tout notre malheur vient de lui. 


L'orgueil est à la source de toutes les maladies spirituelles - autrement dit de toutes les autres passions - , mais aussi de presque toutes les maladies mentales.

Extraits du livre de Jean-Claude Larchet  "Le Starets Serge"
L’ÉGOÏSME 

A l'orgueil est essentiellement associé l'égoïsme (que certains Pères appellent "philotie"), qui est le mauvais amour de soi et qui éloigne l'homme à la fois de l'amour de Dieu, du prochain et du véritable et bon amour de soi. 

L'égoïsme nous porte à tout ramener à nous-mêmes, et notamment à nous attribuer le mérite de nos bonnes actions et de nos vertus. C'est pourquoi il représente un danger au sein même de la vie spirituelle. Pour contrer cette tendance, le Starets nous invite, lorsque nous recevons quelque bienfait de notre activité spirituelle, à nous en enrichir en Dieu et non en nous-mêmes, et à éviter le contentement de soi qui est une marque indubitable de l'égoïsme. 

Une autre forme manifeste de l'égoïsme est le manque (ou l'insuffisance) d'amour à l'égard de Dieu et du prochain qui, en ce qui concerne ce dernier, se manifeste en ses formes les plus graves par de l'insensibilité et de la froideur. Ce manque ou cette insuffisance, bien qu'il ne soit pas un acte positif mais une lacune, doit être considéré comme un pêché et comme procédant d'une passion (l'égoïsme) dont nous devons faire pénitence". Il faut, recommande notamment le Starets, faire pénitence de ne pas suffisamment aimer les gens et de ne pas être assez sensible aux malheurs des autres" 

Outre la pénitence, le moyen privilégié de combattre cette passion est la prière qui développe à la fois notre amour pour Dieu et notre amour du prochain et, en ce qui concerne ce dernier, nous ouvre à la compréhension de sa situation, de ses difficultés, de ses besoins, et nous y rend sensibles et nous inspire la bonne façon de l'aider.

Extraits du livre de Jean-Claude Larchet  "Le Starets Serge"

jeudi 22 mai 2014

Diacre Vladimir (Vasilik) : Quelques souvenirs personnels de saint Séraphim de Vyritsa (1)




Le 3 avril 2014 était le 65e anniversaire du natalice de saint Séraphim de Vyritsa - le grand saint qui se soucie et prie non seulement pour Saint-Pétersbourg [La ville de Vyritsa est juste au sud de Saint- Pétersbourg], mais pour toute la terre russe. 
Ma grand-mère, Tamara Vasilievna Bakanova, a eu la chance de lui rendre visite plus d'une fois, de lui demander conseil et d’avoir obtenu son avis. Profitant de l'occasion [de cet anniversaire], je mets par écrit ses mémoires à propos de saint Séraphim- ce dont ma mère, l’honorée doctoresse Galina Georgievna Vasilik, se rappelait et ce qui a été déposé, en son temps, dans ma mémoire.

St. Seraphim of Vyritsa

Saint Séraphim de Vyritsa
    
Ils vous chasser, ils vont vous expulser.

Au cours de la guerre Vyritsa fut occupée par les Allemands. Par les prières de saint Séraphim, il n'y eut ni destructions, ni grande perte de vie. Mais ils ont conduit les enfants des camps de pionniers qui avaient été capturés à Vyritsa dans un camp, où beaucoup d'entre eux périrent de faim ou de traitements cruels. 

Les Allemands établirent leur propre ordre partout. Ils s'installèrent comme des suzerains, comme une race de maîtres. Ils choisirent les meilleures maisons. A ce jour, les anciens appellent une des maisons " la maison de Miller, " d’après le nom de l'un des officiers qui y logeait. Et ainsi, les officiers allemands ont découvert que vivait dans Vyritsa un certain vieil homme, qui pouvait prédire l'avenir et qui connaissait le présent.

Par une saine curiosité, certains d'entre eux allèrent rendre visite à saint Séraphim à son domicile de Pilny Proyezd. Ils lui demandèrent, " Vieil homme, quelles maisons nous conseillez-vous de choisir - elles seraient plus solides et nous n'aurions pas à gaspiller de l'argent pour ​​les réparations ?" 
Mais saint Séraphim leur dit: "Quelles maisons ? Qu'est-ce que vous racontez ? Ils vous chasser d'ici. Ils vont vous expulser. Et vous verrez pas votre Allemagne." 
Les Allemands entrèrent dans une grande rage, et l'un d'eux sortit son revolver et commença à le brandir, " Oh, alors, nous allons vous tuer à l’instant!" 

Mais le saint (qui était déjà alité) répondit calmement : "Allez de l'avant et tirez. J'ai seulement un peu de temps maintenant. «Pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage» ( Philippiens 01:21 )." Les Allemands dépités, crachèrent et s’en allèrent.

Et en 1944, la prophétie de saint Séraphim fut accomplie: l'armée soviétique bombarda le fléau allemand avec des tirs de barrage, et nettoya les environs de la ville de Saint- Péterbourg, y compris Vyritsa – de leur présence. 

Dieu seul sait où les malheureux visiteurs de saint Séraphim entassèrent leurs os aristocratiques. On sait seulement que saint Séraphim pria pour la victoire de la Russie pendant mille jours et nuits ( la quasi-totalité de la bataille de Leningrad ).

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

samedi 22 mars 2014

SAINT STARETZ BARNABE DE GETHSEMANI (4)


Il est mort, mais même après sa mort, le peuple a continué à recevoir son aide miraculeuse. Il y a là-dessus de nombreux témoignages oraux ou écrits.
Voici l'un d'eux: 

En 1906, déjà, après la mort du staretz Barnabé, une femme possédée fut amenée à l'Ermitage à Gethsémani. Pendant l’Agrypnie [Vigile de toute la nuit] elle a soudain commencé à crier et trembler et a finalement quitté l'église. Le lendemain matin, elle a été amenée à l'église une fois encore, pour le début de la Divine Liturgie. Lorsque la chorale a commencé l’Hymne des Chérubim, elle est tombée dans la frénésie, a mordu le doigt d'une femme à proximité jusqu'au sang et elle est encore sortie en courant de l'église. Elle a été capturée et ramenée à l'église. Pour la calmer, les gens ont décidé de lui donner un peu d'huile de la lampade qui pendait sous une icône miraculeuse. Elle a refusé de prendre l’huile et, avec la force si caractéristique des possédés, a coupé en deux la cuillère d'argent en la mordant. Quand elle a été amenée devant l'icône miraculeuse, elle s’est précipitée et a coupé un morceau de sa riza d'argent. Puis elle est tombée et est restée étendue, comme inconsciente. 


Après la Divine Liturgie quelqu'un a conseillé de l'emmener à la tombe du staretz Barnabé. Alors ils l'ont fait. Dès que le moine qui faisait l’office a entonné "Ô Seigneur, donne le repos éternel dans un sommeil bienheureux, à Ton serviteur, le staretz Barnabé", la femme s’est soudainement levée d’un bond vers le haut. Les gens ont essayé de la saisir à nouveau, mais elle leur a dit calmement, "Non, non. Je vais prier maintenant." Elle s'agenouilla et pleura pendant tout l’office de pannikhide, en répétant: "Je me sens tellement bien et à l’aise maintenant." Puis elle se leva, prit un peu d'huile de la lampade de l'icône de la Mère de Dieu appelée Notre-Dame de Tchernigov et elle raconta l'histoire suivante: quand elle était couchée, immobile, un petit moine aux cheveux gris est venue à elle et a eu vers elle un regard très tendre. Une des femmes qui était là a pris une photo du staretz Barnabé et la lui a montrée. La femme l’a immédiatement reconnu comme "celui-là même". Le même jour, la femme s’est confessée et a reçu la Communion. Elle n'est jamais retournée à la maison. Après deux semaines à l'auberge de l'Ermitage, elle partit pour le couvent fondé par le staretz Barnabé sur la Volga près de Nijni-Novgorod. Elle est entrée au couvent comme novice. 

Il y eut des miracles à la tombe du staretz Barnabé depuis lors. En cas de maladie grave ou de problèmes au travail, ou de sécheresse dans les champs, les gens allaient envoyer un télégramme au frère syncelle dévoué de Barnabé, Père Porphyre, pour lui demander de servir une pannikhide sur la tombe du staretz. Et les choses s’amélioraient: les gens guérissaient, les problèmes cessaient, et la pluie venait.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



vendredi 21 mars 2014

SAINT STARETZ BARNABE DE GETHSEMANI (3)



Dans mon imagination catholique, il ressemblait à notre célèbre prêtre catholique: élégant et éloquent, faisant des gestes inspirés avec ses mains parfumées. À ma grande surprise, j'ai vu un petit moine, aux cheveux gris, un moine d'une simplicité déconcertante. Rien de tel que l'homme que j'imaginais. Son visage, cependant, brillait avec tant d'amour et de bonté que mon cœur fut soudainement rempli d'affection. Mais j'essayai tout de suite de me débarrasser de la première impression. Je fis tous les efforts pour dissiper ce sentiment de respect, me disant, "Mon Dieu, on ne peut pas s'attendre à ce que  je baise la main de ce vieux moine comme ils le font ici. Non, vous ne me verrez jamais faire cela. Et je me précipitai dehors. Mais une force semblait m’attirer vers Père Barnabé. 


Peu de temps après cette rencontre, j'ai été alitée avec deux infections graves. Le danger était si grand que les deux médecins qui me traitaient décidèrent qu'un télégramme devait être envoyé à ma sœur en Afrique, afin qu'elle puisse venir me voir avant l'opération, car ils ne pouvaient pas se porter garant de son succès. J‘avais une très haute température, et ma souffrance était si grande que je crier sans discontinuer pendant des heures. Pendant cinq jours, je ne pouvais pas même fermer un œil, même si j'étais très fatiguée. 


Les médecins parlaient encore dans le salon quand un parent de mes amis est arrivé. Il venait du monastère de la Sainte Trinité-Saint Serge, et sa première question fut: "Eh bien, comment va votre dame française ?" 

"Mal", fut la réponse. 

"Elle doit être très gravement malade, pour que le père Barnabé m'ait dit de venir tout de suite et de lui apporter cette Icône de la Mère de Dieu d’Iviron. L'icône me fut apportée. Avec adoration j'ai embrassé l'icône de la Mère de notre Seigneur. Puis je l'ai mise sous mon oreiller, et pour la première fois au cours de ma maladie, je me suis endormie profondément. Quand les médecins sont venus me voir à nouveau un jour plus tard, ils ont trouvé que mon état s'était tellement amélioré tant que l'opération ne semblait plus inévitable. 

Le lendemain, j'étais presque hors de danger. Les médecins furent surpris de me voir prendre si peu de temps pour récupérer d'une telle dangereuse maladie.
Il n’était pas étonnant que je sois alors si impatiente de revoir le staretz Barnabé après ma guérison que j’attribuais pleinement à ses prières... " 

Voilà comment une femme française et catholique par nom de Marie-Madeleine Gamel en est venue à connaître le staretz Barnabé et finalement à embrasser l'Orthodoxie. 


Saint Tikhon de Moscou disait que les Russes savaient mourir. Mais le plus souvent ils ne savent pas comment vivre et agir. Eh bien, Barnabé de Gethsémani était le seul à enseigner à ses enfants spirituels à vivre. A ne pas choir. Mais si une chute arrivait, de se repentir et de se relever. Quand il avait à encourager une personne découragée, surtout un moine, il disait: "Ne rends pas ta vie pire, elle est tolérable comme elle est à présent." 


La perspicacité de Barnabé était tout simplement incroyable. Il prédit que l'Église orthodoxe russe serait sous la persécution, ce qui effectivement s’ensuivit 11 ans après sa mort, après la révolution bolchevique. Il prépara également ses enfants spirituels à la persécution.
Par exemple, il dit en détail à sa fille spirituelle Maria Makovkina, une future moniale, comment se comporter dans les années 1920, les années 1930 et ainsi de suite. Grâce à son instruction, elle survécut à la persécution et vécu pour voir l’année 1971. 


Le staretz Barnabé prédit également la renaissance de l'Eglise orthodoxe russe. 

Son ministère fut couronné par une mort heureuse au sanctuaire saint. En fait, il prédit, bien que discrètement, le jour de sa mort et même de sa glorification [canonisation] qui arriva en fait en 1995. 

Le jour de sa mort, le 17 Février 1906, tôt le matin, Barnabé reçut les gens et entendit les confessions à l'église cathédrale de l’Ermitage de Gethsémani. Après avoir parlé à près d'un millier de personnes, il est venu à l'orphelinat près du monastère de confesser sa maîtresse d’école et son assistante. Après les confessions, il donna sa bénédiction aux femmes, et des conseils sur la façon de gérer l'orphelinat. Tenant la croix, il est entré dans le sanctuaire de la chapelle de l'orphelinat, s’est mis à genoux devant le saint autel et il est mort. 




Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 20 mars 2014

SAINT STARETZ BARNABE DE GETHSEMANI (2)



Quand Basile eut 30 ans, son instructeur spirituel, le staretz Géronte, lui révéla la volonté de Dieu pour lui. Il dit que Basile devait assumer le startchestvo [office de parternité spirituelle du staretz] et "servir l'humanité souffrante par amour". Puis le vieil homme donna deux morceaux de prosphore à son disciple, en disant "nourris les affamés avec cela, car c'est la volonté de Dieu pour les nourrir avec la parole et le pain." "Nourrir avec la parole" voulait dire donner aux gens l'instruction spirituelle, tandis que "nourrir avec du pain" voulait dire aider les gens à résoudre leurs problèmes de ce monde. 


Basile cependant, se sentait plus enclin à la vie d'ermite. Il ne savait que trop bien combien lourde était la charge de staretz, qu’il devait entreprendre. Alors il implora son staretz avec des larmes de ne pas placer ce fardeau sur lui. Mais le staretz ne pouvait pas annuler la volonté de Dieu. Il bénit Basile pour revenir à l'ermitage pendant un temps. Le lendemain, le jeune moine trouva son staretz atteint de paralysie. L'aîné perdit la parole, et en deux jours il mourut paisiblement... 


Basile avait encore l’espoir que son autre père spirituel, le staretz Daniel pourrait le délivrer du lourd fardeau du startchestvo. Mais le père Daniel l’assura encore une fois qu'il devait prendre sur lui-même "la croix d'édifier le peuple." Il souligna également la date à laquelle Basile devait faire respecter cette volonté, à savoir, après sa mort, à lui Daniel. Cela s'est passé exactement comme il avait prédit.
En 1885, le staretz Daniel lui rappela encore la tâche du startchestvo. Lorsque Basile, à nouveau, le supplia en larmes de lui ôter cette charge, le staretz se mit à saigner de la gorge. C'était ainsi qu’il est mort dans les bras de son disciple spirituel.
Après cela, Basile se résigna finalement à son sort.
Un an plus tard Basile prononça les vœux de moine du second degré, sous le nom de Barnabé, nom hébreu qui signifie "fils de consolation". Depuis lors, son œuvre de staretz commença. L'Eternel lui accorda le don de clairvoyance et de guérison spirituelle et corporelle. 

Ceux qui souffraient et les opprimés commencèrent à affluer de partout vers l'Ancien Barnabé. C'est ce que son contemporain, le professeur Vvedensky de l'Académie théologique de Moscou, a écrit à ce sujet: 

"Sa cellule était misérable, mais elle semblait accueillir tellement de gens pauvres et misérables, que pas une maison de charité n’aurait jamais pu le faire.
Depuis tôt le matin jusques à tard dans la nuit, les gens de tous les horizons de la vie - des fonctionnaires, des universitaires, des religieux et des pèlerins ordinaires - s'assemblaient pour avoir une conversation avec le staretz.
Cet homme pieux avec un regard pénétrant, légèrement courbé et vêtu d'une soutane râpée, les accueillaient tous avec un sourire affectueux. Tout le monde venait au staretz Barnabé comme à une source de paix et de chaleur." 

Il appelait ses visiteurs "petits fils" et "petites filles", quelle que soit leur position dans la société. Parmi ses "petits fils" se trouva également le dernier tzar de Russie, Nicolas II, qui vint vers le staretz en 1905 faire repentance. 


La croix du startchestvo nécessite une complète abnégation. Et le staretz était remarquablement doué pour l’oubli de soi-même. Il recevait les visiteurs des journées entières. Quand l'afflux de personnes était trop grand, il ne mangeait pas pendant plusieurs jours d'affilée. Il ne dormait que trois heures par jour, car il devait mettre de côté un peu de temps pour la prière privée. Il devait également répondre aux nombreuses lettres qu'il recevait de ses enfants spirituels. 


Les gens devenaient les enfants spirituels du staretz pour diverses raisons. Voici un exemple tiré des souvenirs de l'une des ses filles spirituelles, une dame française, du nom de Marie-Madeleine Gamel: 

"J'ai d'abord rencontré le staretz Barnabé chez mes amis à qui je rendais visite. Pendant longtemps, j'ai entendu des histoires très affectueuses sur le Père, et j'étais un peu curieuse de voir la personne qui était traitée avec une telle révérence. 



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 19 mars 2014

SAINT STARETZ BARNABE DE GETHSEMANI (1)




Il y a des moines orthodoxes qui peuvent atteindre la pureté du cœur, c'est à dire l’apathie [absence de passions], par des années de prière incessante et par un ascétisme sévère. Pour ce faire, le Seigneur leur accorde le don de raison spirituelle et de discernement. Comme le dit l'adage, "C'est grâce à leurs lèvres que les paroles descendent du ciel…"

Pour ces moines toute âme humaine est un livre ouvert. Elle leur en dit plus sur les faiblesses spirituelles des gens que ce dont ils sont eux-mêmes conscients. C'est pourquoi ils se révèlent être de si bons médecins spirituels, offrant aux gens les meilleurs moyens de guérison. Ils donnent aux gens non seulement l'instruction spirituelle, mais aussi de bons conseils profanes. Ces moines sont appelés startsy [pluriel de staretz=Ancien NdT]. 



Nous allons vous parler d’un staretz orthodoxe Barnabé [Varnava] de Gethsémani. Barnabé, le futur staretz, est né spirituellement à Gethsémani, près de Moscou. Cet endroit a été nommé d'après Gethsémani, dans la banlieue de Jérusalem, où la Mère de Dieu a passé ses dernières années.

A Gethsémani il y avait un ermitage qui appartenait au monastère de la Sainte Trinité-Saint Serge. Le staretz Barnabé passa près d'un demi-siècle dans ses murs. Mais prenons les choses dans l’ordre. 



Le staretz Barnabé, (son nom séculier était Basile ([Vassily] Merkoulov), est né en 1831 dans une famille pieuse d'un serf paysan, dans un village près de Toula, une ville à 200 kilomètres au sud de Moscou. Sous l'influence de ses parents, surtout de sa mère, qui allait devenir moniale, Basile était attaché à l’Eglise et à la prière privée depuis qu'il était petit garçon. 



Quand Vassili eut neuf ans, les Merkulov déménagèrent et se rapprochèrent de Moscou. Ce fut l'endroit où le garçon trouva un staretz pour lui-même. C'était le staretz Géronte [Gheronty], un moine ermite, qui vivait près du monastère local. Avec la bénédiction de son père spirituel, Basile Merkoulov, entra à l'âge de 20 ans, au monastère de la Sainte Trinité-Saint Serge comme novice. Bientôt le staretz Géronte se joignit à la communauté monastique. 



Mais à peine un mois fut-il passé que Basile exprima le souhait de se déplacer vers un endroit plus isolé et, providentiellement, il fut accueilli à l'ermitage de Gethsémani. Son père spirituel le mit sous l'obédience de Frère Daniel (Daniil) qui vivait une vie de reclus dans une forêt voisine. 

 Là, après huit ans comme novice, Basile prononça les vœux monastiques du premier degré. 



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 22 juin 2012

Le staretz d'après saint Séraphim de Sarov


St. Seraphim of Sarov

Là où se trouve un staretz, là que les moines et les novices trouvent du réconfort, il console dans l’affliction, réconcilie dans la dispute, tranche les doutes, enseigne, édifie, et prie avec le moine. 
Saint Séraphim disait au Père Antoine, le supérieur défunt de la Laure Saint Serge : " Ne sois pas un père, mais une mère pour les moines ". Et ceci s’appliquait bien plus au staretz qu’à l’higoumène ou au recteur. Un recteur doit être parfois formellement sévère, mais le staretz est toujours tendre et bon; l’higoumène détient le pouvoir, le staretz l’amour ; il peut menacer: " je te chasserai du monastère", le staretz, lui, soupire, réfléchit et dit froidement : " Fais comme tu l’entends ", en faisant comprendre qu’il est offensé par la désobéissance et la non-exécution de ses commandements. Aussi la menace : " Je ne t’aime plus, vis comme tu l’entends", c’est bien plus que " je te chasserai " et devant une telle manifestation d’amour, les gens sont prêts à se prosterner et à verser des larmes de repentir, afin que de nouveau il leur pardonne et les aime. 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Life of Saint Seraphim of Sarov

mercredi 21 septembre 2011

Staretz Nicodème de Karoulia (X et fin)


Mont Athos
Mont Athos

La dormition du staretz
Deux mois avant la dormition de Père Nicodème, j'ai reçu une lettre de Karoulia, de Père Syméon: "Le staretz a eu un accident vasculaire cérébral, et ne peut plus écrire". Combien il était difficile d'entendre parler du départ imminent du dernier staretz athonite russe... Père Nicodème était couché là, attendant le moment chéri de sa rencontre avec le Seigneur Jésus-Christ, dont il avait porté le Nom sur ses lèvres, dans son esprit et dans son cœur jusques à son dernier souffle. Il demanda humblement à ceux présents à son trépas de ne pas le déranger par des conversations. "Il a beaucoup souffert sur terre de sa dernière maladie ", a déclaré le moine du grand schème Michel, "mais le Seigneur a béni son serviteur docile, humble d'esprit, par une fin chrétienne et l'héritage de la terre de bénédictions, le Royaume des Cieux. "Le Père Etienne communia Père Nicodème à minuit, et le staretz reposa au matin, en paix, en Dieu, comme l'a dit son compagnon de cellule, le moine du grand schème Syméon. C'était le 15/28Février, 1984.

Epilogue
L'autre jour je suis allé au kellion de la Sainte-Trinité pour terminer la rédaction de ce modeste travail à l'endroit même du labeur de l'aîné. Dès que je me suis assis près de son lieu de sépulture pour me reposer après mon ascension, des avions de combat ont à nouveau volé très près de Karoulia, à très basse altitude sur la mer, comme ils l'avaient fait le jour de l'invention des vénérables reliques du staretz. Ayant servi une litie avant de commencer mon travail, je me suis de nouveau assis pour écrire. Juste là, juste au-dessus de ma tête, à proximité des falaises perpendiculaires de Karoulia, à une distance d'environ 150 mètres, les avion de combat ont volé à nouveau! J'ai pris cela comme un signe de bénédiction et comme un rappel à moi de la façon avec laquelle le moine du grand schème Nicodème, avec l'épée spirituelle du Nom de Jésus, détruisit l'homme tombé en lui-même dans cette guerre contre les puissances invisibles sous le ciel, guerre dont ce valeureux guerrier du Roi céleste sortit  vainqueur.

Père Nicodème, prie Dieu pour nous pécheurs!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
ORTHODOX WORD
Issue #278, May-June 2011,
Vol. 47, No. 3:
Elder Nikodim
of Karoulia
Elder Nikodim of Karoulia; 
by Hieroschemamonk Ephraim of Karoulia
St. Herman of Alaska Brotherhood,
California, USA