"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mercredi 17 juin 2026

St. Luc de Crimée : Sur le pouvoir d'une parole gentille et de la compassion envers ceux qui sont tombés


Le Seigneur nous a donné des commandements étonnants. Il a dit qu'il ne désire pas le sacrifice, mais la miséricorde - la miséricorde envers tous ceux qui ont besoin de miséricorde.

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Homélie de St. Luc le bienheureux chirurgien, archevêque de Crimée et de Simferopol

« Alors que Jésus passait de là, il vit un homme nommé Matthieu assis au bureau des impôts. Et il lui dit : « Suis-moi. » Alors il s'est levé et l'a suivi. » (Matthieu 9:9).

Qui était ce Matthieu - Matthieu qui devint un grand apôtre et un évangéliste ? C'était un collecteur d'impôts. Et les collecteurs d'impôts étaient détestés ; ils étaient considérés comme les plus bas des hommes, les plus grands des pécheurs, parce qu'ils percevait injustement les taxes et exploitait le peuple pour leur propre intérêt. Et voici, à un tel homme, que tout le peuple considérait comme abandonné par Dieu, le Seigneur Jésus-Christ adresse son appel: «Suis-moi!»

Seulement deux mots, et dans l'âme du collecteur d'impôts, une révolution inattendue a eu lieu. Tout a changé : son âme a été secouée, il s'est levé d'un seul coup, a tout laissé derrière lui - même son argent - et est allé avec le Christ.

Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que l'appel du Christ, l'appel de Ses saintes paroles, peut provoquer de manière inattendue un bouleversement complet dans l'âme humaine. Et nous savons par la vie des saints que de nombreux saints se sont tournés de manière inattendue vers le Christ après avoir entendu les paroles de l'Évangile. Moi aussi, je sais, et je peux témoigner que de nombreuses personnes autrefois considérées comme totalement perdues - voleurs, bandits, meurtriers - peuvent être secouées par des mots gentils, tout comme Matthieu, l'ancien collecteur d'impôts, en fut secoué. Je sais que sur ces gens malheureux, qui se sont embourbés dans le péché, chaque parole gentille, chaque expression d'amour, de compassion et de respect pour leur dignité humaine laisse une impression très profonde ; cela les émeut profondément.

Et nous, faibles, pécheurs, insignifiants que nous soyons, pouvons remuer le cœur des pécheurs tout comme le Seigneur Jésus-Christ les a remués : par des paroles d'amour, par des mots de respect. Souvenez-vous de cela, et ne les condamnez jamais, ne les blessez jamais avec des mots durs. Au lieu de cela, montrez-leur toujours de l'amour et du respect pour leur dignité humaine, bien qu'elle ait beaucoup diminué, bien qu'elle ait été piétinée par leurs propres actions.

« Il arriva maintenant, alors qu'il était assis à la table de la maison, que voici, de nombreux collecteurs d'impôts et pécheurs sont venus et se sont assis avec Jésus et ses disciples. Et quand les pharisiens le virent, ils dirent à ses disciples : « Pourquoi votre Maître mange-t-il avec les collecteurs d'impôts et les pécheurs ? » Mais quand Jésus entendit cela, il leur dit : « Ceux qui sont bien portants n'ont pas besoin d'un médecin, mais ceux qui sont malades » (Matt. 9:10–12).

Les pharisiens étaient indignés que le Seigneur Jésus-Christ s'associe à des pécheurs, à des prostituées et à des collecteurs d'impôts, des gens qu'ils méprisaient, qu' Ils ne parleraient jamais à de telles personnes, ne s'associeraient jamais à elles ; ils ne font que les condamner et les vilipender avec des mots durs.

Pourtant, vous savez que la prostituée a lavé les pieds du Seigneur Jésus-Christ avec ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux, et de Lui elle n'a pas entendu des paroles de condamnation, mais de pardon. Il lui a dit : « Va, et ne pèche plus » (Jn. 8:11).

Les pharisiens, incapables de comprendre cela, étaient scandalisés que le Seigneur garde compagnie avec des pécheurs, avec ceux qui étaient chassés. Mais le Seigneur Jésus-Christ leur répondit : « Ceux qui sont bien n'ont pas besoin d'un médecin. » N'est-ce pas les malades qui ont besoin d'un médecin ? Il est venu pour sauver les pécheurs. Avec amour divin, Il a aimé tous les pécheurs ; Il a désiré et cherché la repentance de tous ceux qui sont tombés dans le péché. Et à ceux qui ont été offensés par cela, Il a dit : « Allez et apprenez ce que cela signifie : 'Je désire la miséricorde et non le sacrifice.' » (Matt. 9:13) Les pharisiens et les scribes ont placé tout leur espoir de salut dans leurs sacrifices et dans leurs prières. Mais le Seigneur leur a dit que ce qu'Il désire, ce n'est pas le sacrifice, mais la miséricorde : la miséricorde envers tous ceux qui sont tombés, envers tous ceux qui sont humbles, envers tous les pécheurs.

Dans l'Ancien Testament, les sacrifices étaient nécessaires, car ils préfiguraient le seul sacrifice - le sacrifice offert par le Seigneur Jésus-Christ sur la Croix du Golgotha. Et une fois que ce sacrifice fut offert, tous les autres sacrifices ont perdu leur signification ; nous ne les offrons plus.

Le Seigneur ne désire maintenant pas le sacrifice, mais la miséricorde. Il attend de nous que nous soyons miséricordieux envers tous ceux qui sont tombés, envers tous ceux qui ont été mis de côté. Il veut que nous les traitions comme Il les a traités Lui-même. Il veut que nous ne nous exaltions pas au-dessus de qui que ce soit, que nous ne méprisions personne, que nous ne considérions personne comme en dessous de nous ou indigne. Il s'attend à ce que nous voyions nos propres péchés plutôt que ceux des autres, que nous acquérions l'humilité et la douceur en suivant Son humilité et Sa douceur. Il attend également de nous que nous ayons de l'amour et de la compassion pour ceux qui ont été rejetés et humiliés, que nous nous approchions d'eux avec le désir de les sauver et de leur offrir une aide spirituelle.

Le Seigneur a ordonné que lorsque nous préparons une fête, nous n'invitions pas ceux qui peuvent nous rembourser en nous invitant en retour, mais plutôt les pauvres, les démunis, ceux qui sont vêtus de haîllons. Il veut que nous fassions toutes ces choses avec amour, que nous regardions tous ceux qui sont méprisés par le monde, rejetés par le monde, pauvres et misérables, avec un désir sincère de les aider.

Le Seigneur nous a donné des commandements étonnants. Il a dit qu'Il ne désire pas le sacrifice, mais la miséricorde - la miséricorde envers tous ceux qui ont besoin de miséricorde. Et combien sont innombrables les gens qui ont besoin de miséricorde, qui aspirent à des mots d'amour, des mots de consolation, qui attendent de l'aide, mais qui ne reçoivent au lieu de cela que de la froideur et de l'indifférence glacée, et de certains chrétiens rien d'autre que du mépris et de la condamnation exprimée en mots durs...

Aux yeux de Dieu, c'est un péché grave de la part de ceux qui traitent leurs frères tombés au combat d'une telle manière. Nous devons suivre le Seigneur en toutes choses ; nous devons marcher sur Ses traces. Par conséquent, ne nous permettons jamais de nous exalter au-dessus des autres, pas même au-dessus de ceux qui peuvent sembler le mériter. Ne nous considérons jamais meilleurs que les autres, qu'ils soient voleurs, meurtriers ou brigands, car nous ne savons pas si, aux yeux de Dieu, nous sommes meilleurs qu'eux.

Rappelez-vous comment Il traita Matthieu le collecteur d'impôts ; rappelez-vous comment Il traita les collecteurs d'impôts, les prostituées et les pécheurs, et comment, à cause de cela, Il subit la condamnation des pharisiens. ne soyez pas comme les pharisiens. En toutes choses, imitez le Seigneur Jésus-Christ !

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 12 juin 2018

Jean-Claude LARCHET: Recension: Anton Odaysky, « “L’exploit de toute une vie”. Saint Luc de Crimée »




Anton Odaysky, « L’exploit de toute une vie ». Saint Luc de Crimée (Valentin Voïno-Iassenetski), professeur, médecin, archevêque, confesseur, collection « Patrimoine », Cerf, 2018, 300 p.

L’archevêque Luc de Crimée – appelé aussi Luc de Simféropol – (1877-1961), a été canonisé comme saint local de Crimée en 1995 et comme saint de l’Église orthodoxe russe tout entière en août 2000. C’est un saint très vénéré en Russie, mais aussi en Grèce et dans divers pays orthodoxes, où de nombreux fidèles lui sont redevables de guérisons miraculeuses accomplies après son décès en 1961 et qui continuent à se produire actuellement.

Né d'un père catholique d’origine polonaise appartenant à une famille aristocratique, Valentin Felixovitch Voïno-Iassenetski, après avoir été d’abord attiré par la peinture, entreprit des études de médecine et devint chirurgien. Il exerça pendant treize ans dans plusieurs hôpitaux de campagne, tout en entreprenant des recherches sur l’anesthésie locale à Moscou, qui aboutirent en 1916 à une thèse qui fut aussitôt primée par l’Université de Varsovie. En 1919, il fut nommé médecin-chef à l’hôpital de Tachkent et professeur d’anatomie topographique et de chirurgie opératoire à la faculté de médecine de cette ville. À la fin de l’année 1919, son épouse décéda d’une tuberculose pulmonaire. Il confia la garde de ses quatre enfants à une infirmière de son service. Pris tous les samedis et les dimanches par son activité de chirurgien, le futur évêque ne pouvait jusque-là assister que très rarement aux services liturgiques et, avoue-t-il, ne respectait guère les carêmes; mais il commença alors à fréquenter une fraternité et à assister tous les dimanches soir aux réunions sur des thèmes bibliques organisées par un prêtre de la ville de Tachkent où il résidait alors. Après une prise de parole lors de l’une de ces réunions, l’évêque du diocèse, qui était présent, lui demanda de devenir prêtre, ce qu’il accepta aussitôt. Il fut ordonné peu de temps après ; l’évêque le nomma comme quatrième prêtre de la cathédrale en le chargeant de la prédication. Il continua cependant à exercer parallèlement sa quadruple activité de médecin-chef, de chirurgien opérant jour et nuit, de professeur de médecine et de chercheur, se spécialisant dans le domaine de la chirurgie des plaies purulentes. En 1923, devant le danger représenté par le développement de « l’Église vivante », créée et soutenue par le pouvoir, il fut élevé à l’épiscopat par l’évêque Innocent de Tachkent, et ordonné en secret à Samarkand ; cette ordination fut entérinée par le patriarche Tikhon. Après avoir célébré sa première liturgie pontificale à la cathédrale de Tachkent, il fut arrêté par la Guépéou. Ce fut le début d’une période de onze ans d’emprisonnements et d’exils. Il fut tout d’abord déporté, jusqu’en 1926, dans un village perdu du cercle polaire arctique, puis de 1930 à 1933 à Arkangelsk, et enfin en 1937, en Sibérie, alors que le régime déportait plus de deux cent mille évêques et membres du clergé. La guerre survenant, il fut réquisitionné en 1941 pour exercer les fonctions de chirurgien-chef dans un hôpital d’évacuation à Krasnoïarsk, et reçut en 1943 une décoration officielle reconnaissant le « vaillant travail » qu’il y avait accompli. En 1946, il reçut le prix Staline pour le traité sur la «Chirurgie des plaies purulentes » qu’il avait mis au point au cours de onze années d’exils. La même année, il fut transféré au siège archiépiscopal de Simféropol en Crimée et bénéficia de la relative paix concédée à l’Église par l’État dans la période qui suivit la guerre. Il resta pendant quinze ans, jusqu’à son décès en 1961, l’archevêque de cette ville, dans la cathédrale de laquelle ses reliques sont conservées.

Ce qui permit à Mgr Luc de rester en vie tandis que beaucoup d’autres évêques moururent pendant cette longue période de persécutions, c’est qu’il renonça formellement, en 1933 à servir comme évêque puis refusa plusieurs fois des sièges épiscopaux vacants, ne voulant pas abandonner l’exercice de la chirurgie (à la fin de sa vie, Mgr Luc perçut cet attachement à la chirurgie comme une passion et s’en repentit). Mais il fut préservé aussi grâce à ce travail de chirurgien, réussissant des opérations particulièrement difficiles, guérissant plusieurs personnalités de maladies graves, mais aussi se rendant très populaire et s’acquérant de nombreux défenseurs auprès du grand nombre de personnes qu’il avait soignées.

Digne successeur des saints médecins anargyres, se dépensant sans compter pour opérer et soigner les nécessiteux dans les conditions les plus précaires et avec un équipement des plus sommaires, Mgr Luc fut en même temps un confesseur courageux de la foi : il donnait ses cours à l’université avec sa soutane et sa croix pectorale au mépris des interdictions administratives très strictes édictées par l’État communiste ; il refusait d’enlever l’icône qu’il avait placée dans sa salle d’opération ; lorsqu’il opérait, il priait préalablement pour patient, traçait avec l’iode le signe de la croix sur le corps de celui-ci, bénissait ses assistants et invoquant l’aide de Dieu pour que l’opération réussisse. Il bénissait publiquement toutes les personnes qui s’approchaient de lui. Il se montra prêt à s’immoler au sommet d’un amas d’icônes en feu afin d’empêcher la destruction d’une église. Il célébrait la Liturgie partout où il passait ou demeurait au cours de ses exils. Résistant à la politique antireligieuse de l’État soviétique, il ordonnait des prêtres et tonsurant des moines et des moniales. Il prenait en tant qu’évêque les décision qui s’imposaient, encourant le risque d’être persécuté, emprisonné, exilé, ce qu’il fut en effet.

Aux étapes cruciales de son existence, la Providence divine se manifesta clairement à Mgr Luc, en lui indiquant la conduite à tenir au moyen de certaines paroles de l’Écriture Sainte qu’il lisait ou entendait et qui prenaient en son for intérieur un relief particulier.

Deux ouvrages sur saint Luc ont déjà paru en français : son Autobiographie, restée inachevée, publiée au éditions du Cerf dans la collection « Le sel de la terre » en 2001 sous le titre Voyage à travers la souffrance, et le livre de l’Archimandrite Nektarios Antonopoulos, L’archevêque Lucas Voïno-Yasenetski, saint prélat et chirurgien (1877-1961), paru aux éditions Arkondariki à Athènes en 2011.Le présent ouvrage est plus complet que les précédents. Il expose de manière développée la vie du saint, jusqu’au transfert de ses reliques et au récit de miracles qui ont suivi son décès, et il comporte de nombreuses précisions sur le contexte historique et les personnalités avec lesquelles saint Luc fut en relation. L’ouvrage comporte de nombreuses photos, que malheureusement leur trop petit format rend souvent illisibles.

L’auteur, le Père Anton Odaysky, est recteur de la paroisse russe Saint-Michel-Archange de Cannes, mais aussi ingénieur informatique à Sophia Antipolis. Sa formation scientifique le rend particulièrement sensible aux travaux scientifiques de saint Luc et aux modalités de sa pratique en tant tant que chirurgien. On aurait cependant préféré que l’Annexe, consacrée à une présentation des méthodes chirurgicales de saint Luc pour soigner les maladies purulentes locales, fût remplacée par un aperçu de ses enseignements spirituels et d’extraits significatifs de ses sermons, dont 11 volumes ont paru en Russie mais qui restent totalement inconnus du public français. On reste en attente d’un livre sur saint Luc qui, au-delà du récit des événements de sa vie certes exemplaire mais désormais bien connue, mette davantage en valeur sa spiritualité.


Jean-Claude Larchet