"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mardi 30 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (8)



Le martyre sous le régime oustachi
Le jour même de la proclamation de « l’État indépendant de Croatie », le 10 avril 1941, le métropolite Dosithée fut arrêté par les oustachis avec son diacre Lazare Živandinović. Le jour de l’arrestation, il était malade et alité. Il fut conduit à moitié déshabillé dans la rue, où l’on se moquait de lui et on le frappait. Il fut ensuite incarcéré à la prison de la rue Petrinjska, de sinistre réputation, à Zagreb. Il s’y trouva en compagnie des pires criminels. Un témoin a écrit : « Il était terrible de voir le vieux métropolite Dosithée, malade, infirme et complétement épuisé par les coups, se trouvant dans le corridor de la prison parmi les criminels ». Selon le récit du gardien, parmi ceux qui excellaient dans la violence à l’égard du métropolite, se trouvait l’étudiante Stilinović de Gospić. Elle le frappait à coup de revolver sur la tête et les mains, lui arrachait la barbe et lui crachait au visage. Un diplomate occidental, Arnold Robert, qui regarda le métropolite à travers un trou dans la porte de la cellule s’est écrié : « Ô mon Dieu, quelles sauvageries font ces gens !». Un autre témoin rapporte qu’une prostituée avait rossé le métropolite. On avait promis la liberté à celle-ci à condition qu’elle frappât le prélat à coup de matraque. Le métropolite fut frappé à ce point qu’il perdit connaissance. Ne souhaitant pas que le métropolite mourût en prison, les oustachis l’amenèrent à l’hôpital des sœurs catholiques de la charité. Au lieu de le soigner, les « sœurs » se moquaient de lui et lui faisait subir des sévices presque quotidiennement.

Le 7 mai 1941, il fut transféré dans un état grave à Belgrade, à la prison de la Gestapo. Se vantant de ses « exploits », Božidar Cerovski, chef de la police oustachie, raconta que « le métropolite a été exposé à de telles souffrances, à la fois physiques et mentales, que lorsqu’on le mit dans le train pour Belgrade, il était à peine en vie ». Arrivé à la gare, il perdit connaissance. À Belgrade, selon le témoignage de l’un des médecins de la prison, deux SS amenèrent le métropolite en haillons, respirant difficilement et n’étant pas en état de parler. Tout son corps était couvert d'ecchymoses et de contusions. Il fut ensuite transféré au sanatorium Žiković, où il resta une quinzaine de jours, inconscient. Selon le témoignage du métropolite Joseph de Skoplje, locum tenens du trône patriarcal serbe, il était « sans vêtements, sans sous-vêtements et chaussures » et  le rapport de l'hôpital à l'arrivée à Belgrade mentionnait : "Le métropolite est dans un état de stupeur grave et de désorientation psychique : il parle difficilement, de façon incohérente, indistincte et ne réagit à aucun contact physique, comme un objet chaud, des piqûres, ou une pression. Son visage est ecchymosé, boursouflé, couvert de suffusions sanguines. Les poils de la barbe et les cheveux sont arrachés par endroits couverts de sang. La poitrine, le dos, les épaules et les bras sont couverts d’ecchymoses et sont enflés, les poignets, les avant-bras et la main sont enflés, bleus, déformés. Les cuisses sont couvertes de bleus, les genoux enflés et les mouvements articulatoires lui sont impossibles. Sa langue est pendante, bleue et sanglante. Le blessé est fébrile, montrant des signes d'insuffisance cardiaque aiguë et manifestant des signes bronchiques. Le test des réflexes est impossible en raison des enflures, comme ceux des yeux, en raison du sang et de l’arcade sourcilière enflée qui ferme complètement l’orbite. La partie inférieure de l'abdomen est gonflée à cause de la rétention d'urine. Toute la nature des blessures externes et internes sont d’une nature traumatique grave, infligés par des objets contondants ». Le métropolite Joseph de Skoplje lui rendit visite et écrivit : « Il m’a reconnu. Il était heureux de ma venue, il pleurait et se plaignait des actes criminels ‘de ceux de Zagreb’ contre lui. Il était encore tout boursouflé, dans le vague, mais calme, bien qu’apeuré ».  Un riche commerçant belgradois le fit sortir du sanatorium, et l’hébergea chez lui, dans de bonnes conditions et entreprit de le faire soigner. Après un séjour à l’hôpital, où les médecins constatèrent qu’ils ne pouvaient rien faire, il fut placé au monastère de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu, à Belgrade, le 15 février 1943. Selon le rapport du métropolite Joseph de Skoplje, « Les moniales l’accueillirent comme un parent qui autrefois les avait aidées à chaque occasion. Il eut là une grande chambre et disposait d’une infirmière jour et nuit, tel un ange gardien… On voit chez lui de l’apathie et un déclin mental »,

 Le 13 janvier 1945, le métropolite Dosithée mourut des séquelles de ses blessures et fut enterré au monastère de l’Entrée au Temple au de la Très sainte Mère de Dieu (« Vavedenje »), à Belgrade.

La canonisation
Le 8 mai 1998, le Concile des évêques de l’Église orthodoxe serbe a canonisé le hiéromartyr Dosithée. En 2008, ses reliques ont été exhumées et reposent désormais au monastère de l’Entrée au Temple de la Très sainte Mère de Dieu. Le 22 décembre 2010, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Ukraine a pris la décision d’entrer dans son ménologe le saint. La mémoire du saint hiéromartyr Dosithée a été fixée 13 janvier (31 décembre, selon l’ancien calendrier). Sa mémoire est également fêtée le jour des saints de Russie subcarpathique.


Saint Dosithée, prie Dieu pour nous!


Version française Bernard Le Caro

BIBLIOGRAPHIE

Досифей - Православная энциклопедия Т. 16, С. 51-52

Вељко Ђурић Мишина, "Српска Православна Црква у НДХ 1941-1945”, Ветерник 2002. год.

Мемоари Патриарха Српског Гаврила, Paris 1974

Сергей Фомин, Апостол Камчатки Митрополит Нестор Анисимов

Свято-Богородицкий Леснинский монастырь, Madrid 1973

Митролит Јосиф Мемоари, Cetinje 2006

Храм Памятник в Брюсселе, Moscou 2005

"Православная Карпатская Русь", 15-ХI-1932. г.

Bosko Bojović, L’Église orthodoxe serbe, Histoire, spiritualité, modernité, Belgrade 2015

Confessor Dositej Vasic, Fr. Milovan Katanic,

Галина Гуличкина, «Восемнадцать лет в Индии», http://www.pravoslavie.ru/sm/54046.htm

Священноисповедник Досифей (Васич), митрополит Загребский, Карпаторуский

Иеромонах Игнатий (Шестаков) Когда террор становится законом Церковный вестник, № 21 (250) 2002 г.

Sv. Dositej Zagrebački, http://radiosvetigora.wordpress.com

Свети исповедник Доситеј Васић, Митрополит загребачки www.spc.rs/ sveti ispovednik dositej vasitsh mitropolit zagrebachki.

Два Христова апостола, стубови СПЦ у делу спољашње мисије…

Časa stradanja 1941-45

К. А. Фролов,Апостол Карпатской Руси
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dimanche 28 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (7)


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Pose de la première pierre du monastère Sainte-Parascève à Zagreb en 1938.

Le combat du concordat
En Yougoslavie même, alors que l’État était en proie aux tensions dues au séparatisme croate, tout en subissant des pressions de l’Axe et notamment de l’Italie, une épreuve de force majeure allait opposer le Gouvernement yougoslave à l’Église orthodoxe. Afin d’apaiser les tensions intestines et les pressions extérieures, le Premier ministre Stojadinović avait conclu un concordat avec le Vatican. Ayant perdu sa position d’interlocuteur privilégié de l’État dans le domaine religieux, l’Église orthodoxe se voyait reléguée par ce concordat en deuxième position, derrière l’Église catholique-romaine en Yougoslavie. L’opposition vigoureuse de l’Église orthodoxe serbe au concordat se solda par la « procession sanglante », comme on avait désigné une manifestation du clergé que la police réprima durement dans les rues de Belgrade en 1937. Lors de cette crise, selon les paroles du patriarche Gabriel[1], « le travail du patriarche Barnabé, malade, était accompli par son remplaçant, à savoir le métropolite Dosithée, comme le prévoyaient les statuts de l’Église orthodoxe serbe. On doit lui attribuer la plus grande reconnaissance dans ce difficile combat [du concordat]. Il a mené toute la campagne du concordat avec habileté, autorité et correction, préservant les intérêts de l’Église orthodoxe serbe comme nul autre. Contre lui ont été rédigés différents pamphlets par les partisans du gouvernement royal [qui soutenaient le concordat], ce qui ne l’a pas empêché de conduire courageusement la lutte contre le concordat, comme il pouvait le concevoir au mieux. Il ne se laissa pas tromper, ni permettre d’être dévié de la voie des intérêts de l’Église serbe et de sa lutte. En l’absence du patriarche Barnabé malade, il a servi l’Église serbe jusqu’à la fin… Il a porté un immense fardeau sur ses épaules, ce n’était pas facile de le faire… ». Après une âpre lutte, le gouvernement renonça à son projet, en voyant qu’il était impossible de faire passer une loi contre l’avis du peuple et de l’Église. C’est alors que le métropolite Dosithée mena des négociations couronnées de succès avec le ministre de la justice Stojadinović. En effet, un accord fut obtenu, visant à la réconciliation de l’Église et de l’État.

En juillet 1937, le patriarche Barnabé mourut. C’est alors que le métropolite Dosithée proposa au métropolite Gabriel (Dožić) du Monténégro de présenter sa candidature au poste de patriarche. Le métropolite Gabriel écrivit dans ses mémoires : « Je lui ai demandé pourquoi il n’acceptait pas d’être candidat et me le proposait. Il me répondit : « Je suis trop épuisé par le travail lié à la lutte contre le concordat. Mes nerfs sont exténués. Mon état de santé ne me permet pas de le faire ».
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Version française Bernard Le Caro


[1] Mgr Gabriel (Dožić), fut patriarche de l'Église orthodoxe serbe de 1938 à 1950.



samedi 27 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (6)


Missionnaire aux Indes
Le fait est peu connu que le métropolite Dosithée s’est rendu aux Indes, où l’Église malankare (monophysite) souhaitait alors se joindre à l’Église orthodoxe. Le métropolite Dosithée séjourna dans ce pays, à la mission de l’Église orthodoxe russe, au cours de l’hiver 1936-1937. Le métropolite fit le tour de tout le littoral malabar et y prêcha. De 1931 à 1941 vivait aux Indes un missionnaire russe, le père Andronique Elipidinsky. Dans ses mémoires, celui-ci évoque la participation de l’Église serbe à la mission orthodoxe aux Indes et ce fut lui qui accueillit le métropolite Dosithée et l’accompagna lors de ses déplacements. Le père Andronique avait été envoyé aux Indes par le métropolite Euloge de Paris, qui avait demandé au métropolite Dosithée de l’élever au grade d’archimandrite. Le père Andronique écrivit : « J’ai accompagné le métropolite Dosithée à Bombay. Il m’a laissé une grande somme grâce à laquelle j’ai vécu et continué mon œuvre. Depuis la Serbie, le métropolite Dosithée avec l’évêque Nicolas d’Ohrid, m’ont envoyé encore deux fois de grandes sommes avant la seconde guerre mondiale ». En 1937, le catholicos de l’Église malankare, accompagné par l’archimandrite, s’était rendu en Angleterre pour une conférence à Edinburgh. À l’invitation du métropolite Dosithée, il était passé par la Serbie sur le chemin du retour, à la fin septembre 1937. Le 21 septembre, il fut accueilli à la gare de Belgrade par le métropolite Dosithée, l’évêque de Ras et Prizren Séraphim et le métropolite Anastase, primat de l’Église orthodoxe russe hors-frontières. La visite du catholicos, selon le communiqué officiel, publié dans le journal des émigrés russes de Belgrade « Tsarski Vestnik » du 23.9.1937 avait pour but de se « familiariser avec l’enseignement, la pratique ecclésiale et le mode de vie de l’Église orthodoxe ». Le jour suivant eut un long entretien avec l’évêque d’Ohrid Nicolas, puis avec le métropolite Anastase avec lequel le catholicos avait tissé des liens d’amitiés depuis leur séjour commun en Terre Sainte. En 1938, l’archevêque Nestor de Kamtchatka fut invité aux Indes par le catholicos, et il exposa à ces chrétiens les canons des Conciles œcuméniques, particulièrement ceux des quatre derniers. Sur cette base fut décidée la réunion de ces chrétiens avec l’Église orthodoxe russe. Dans les années 1937-1939, le chef de la mission ecclésiastique à Ceylan était l’archimandrite Nathanaël (Lvov), qui se rendit plusieurs fois auprès de l’archevêque Nestor aux Indes. L’acte de retour à l’Orthodoxie des chrétiens des Indes devait être officialisé en 1939, tandis que l’archimandrite Andronique devait être sacré évêque pour cette Église. Cependant, la guerre entre le Japon et l’Inde interrompirent les relations entre les deux Églises, et le lien fut ainsi perdu.

Version française Bernard Le Caro

vendredi 26 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (5)



Métropolite à Zagreb
En 1931, l’Église orthodoxe serbe décida de créer un diocèse à Zagreb. L’évêque Dosithée fut élu unanimement métropolite du nouveau diocèse. Le 9 avril 1933, il fut intronisé, et se trouva à la tête de la vie de l’Église orthodoxe en Croatie et en Slovénie. Alors que le patriarche Barnabé (Rosić) était malade, il dirigea l’Église serbe en tant que membre le plus ancien du Saint-Synode.

À Zagreb, où les Serbes orthodoxes étaient minoritaires, l’évêque dut rapidement faire face aux manifestations d’intolérance nationale et religieuse. Voici ce qu’écrivit Alexis Gerovsky, que nous avons déjà mentionné : « La nomination de l’évêque Dosithée à Zagreb a provoqué chez les catholiques-romains un grand mécontentement. Le nom de l’évêque Dosithée se trouvait déjà sur la liste noire chez eux pour « avoir, par sa propagande, amené les carpatho-russes à l’Orthodoxie » comme on peut le lire dans l’Encyclopédie éditée par le cardinal Spellman[1] à New York. Lorsque, quelques années avant la seconde guerre mondiale, l’évêque Dosithée m’a dit qu’il était nommé métropolite de Zagreb, je le suppliai de ne pas accepter la nomination, du fait qu’il n’y avait jamais vécu et qu’il ne connaissait pas le fanatisme religieux des Croates de Zagreb. Entre autres, j’attirai son attention sur Stepinac[2], qui s’était déjà fait connaître par son intolérance religieuse et je le prévins qu’il ferait face là-bas à de nombreux désagréments. « Stepinac, qui a été éduqué pendant sept ans au séminaire jésuite de Rome » ai-je dit à l’évêque, « se sentira offensé, que dans sa capitale siège un métropolite orthodoxe ». Je lui conseillai de convaincre les membres du Synode d’envoyer à Zagreb un évêque parmi ceux qui sont nés avant la Première guerre mondiale en Austro-Hongrie et qui y ait été éduqué. Une telle personne serait familière d’individus du genre de Stepinac. Mais l’évêque me dit que son devoir était d’obéir à la volonté du patriarche, et il partit à Zagreb. Quelques mois plus tard, alors que je le rencontrai à Belgrade, il me dit que j’avais raison. On l’insultait souvent dans la rue. Parfois, la nuit, on cassait les vitres de ses fenêtres. Des pierres étaient même tombées dans sa chambre à coucher. J’ai demandé à l’évêque s’il s’était adressé à la police. Il répondit que comme évêque, il ne convenait pas qu’il appelât la police. Et lorsque je lui dit, que dans ce cas ses ennemis penseraient qu’il avait peur d’eux, et que cela leur donnerait encore plus d’ardeur, l’évêque répondit : « Non, ils savent que je n’ai pas peur d’eux. Lorsqu’ils se moquent de moi et crachent sur moi, j’élève simplement mes mains et je les bénis avec le signe de Croix ».

À Zagreb aussi, l’évêque déploya une grande activité. En outre, il y fonda le couvent féminin Sainte-Parascève en 1938.
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[1] Francis Joseph Spellman (1889 - 1967) est un prélat américain, archevêque de New York et cardinal de l'Église catholique romaine.
[2] Alojzije Stepinac (1898 -1960) archevêque de Zagreb de 1937 à 1960 et cardinal à partir de 1952. Il joua un grand rôle dans les persécutions des Serbes orthodoxes et leur conversion forcée au catholicisme-romain. Il fut déclaré martyr et béatifié par le pape Jean-Paul II en 1998. Voir à son sujet « Le génocide occulté » par Marco Rivelli, Lausanne 1998.

Version française Bernard Le Caro

jeudi 25 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (4)



Commémoration à Zagreb du hiéromartyr Dosithée, 
premier métropolite orthodoxe de cette ville et confesseur

De retour à Niš
À Niš, il déploya une grande activité. Les portes de son cabinet de travail, depuis tôt le matin jusque tard dans la soirée, étaient ouvertes à tous ceux qui souhaitaient le voir. Le riche et le pauvre, les personnalités et les simples gens, chacun était bien reçu par le hiérarque, et recevait de lui compassion et aide. Nombre de fois, il donnait à ceux qui lui demandaient, et ce jusqu’à son dernier dinar, empruntant ensuite  à son assistant pour acheter le journal…

L’ami de l’émigration russe
Ayant fait ses études à l’Académie ecclésiastique de Kiev, Mgr Dosithée entretint toujours des liens amicaux avec les émigrés russes de Serbie. Avec son aide, les moniales du couvent de Lesna, évacuées en Roumanie, vinrent à Belgrade en automne 1920 et furent installées au monastère de Hopovo. Selon la chronique du couvent, les moniales « furent accueillies à Belgrade, avec grand amour, par l’évêque Dosithée ».

En règle générale, l’évêque Dosithée a toujours manifesté une sollicitude particulière envers les émigrés russes, ce dont témoigna le futur évêque Jean de Niš: “Lorsque j’étais secrétaire du Saint-Synode, il y avait toujours beaucoup de Russes, hommes et femmes, qui venaient lui demander des conseils, ou quelque autre assistance. Mgr Dosithée de bienheureuse mémoire était “la mère des Russes en Yougoslavie”… En 1934-1935, il s’efforça de réconcilier le métropolite Euloge et l’Église russe hors-frontières.

Aussi, ce n’était pas un hasard si Mgr Dosithée, devenu métropolite de Zagreb, fut membre d’honneur du Comité de construction de l’église-mémorial de Bruxelles, dédiée au Tsar-martyr Nicolas II et à toute la famille impériale. Le 2 février 1936 eut lieu à Bruxelles la pose de la première pierre de l’édifice. Le métropolite Dosithée, en tant que représentant du patriarche serbe Barnabé, participa à l’office avec le métropolite Anastase, primat de l’Église orthodoxe russe hors-frontières et d’autres hiérarques. Il prononça l’homélie suivante : « Frères et sœurs russes, mes chers, je suis heureux que Sa Sainteté le patriarche Barnabé m’ait chargé d’être son représentant à vos grandes solennités russes. Vous faites une grande œuvre, frères russes, aujourd’hui ont été posés les fondements d’une grande œuvre. Par vous est immortalisée, à l’étranger de la Russie, la mémoire du grand tsar-martyr russe, la mémoire du grand souverain, défenseur des opprimés, qui mourut comme victime de son dévouement à son devoir, du sacrifice du plus grand amour qu’il prit sur lui. Gloire et honneur aux Russes, qui vénèrent la mémoire du grand souverain. Mais, frères et sœurs, Russes, je vous dis que vous n’êtes pas les seuls à vénérer la mémoire de l’Empereur Nicolas Alexandrovitch. Nous, les Serbes, vénérons sa mémoire non moins que vous, car il est notre protecteur, la Serbie lui doit son salut ; je dirais plus : la Serbie vénère l’Empereur Nicolas II comme un saint ; le Concile des évêques de l’Église serbe, il n’y a pas si longtemps, a soulevé la question de sa glorification parmi les saints de l’Église serbe. Dans deux églises construites récemment en Serbie, le Tsar-martyr Nicolas Alexandrovitch est représenté comme un saint sur une icône, je l’ai vu de mes yeux. Et si le Tsar-martyr n’est pas encore compté au nombre des saints par l’Église serbe, ce n’est pas parce que ce projet a été abandonné, cette question devra être résolue positivement dans un proche avenir (…) « En des temps difficiles, vous, mes chers, vous êtes attelés à la construction de l’église-mémorial, il vous est difficile de prélever quelque chose sur vos maigres revenus, même pour cette grande œuvre, qui est réalisée par les patriotes russes au moyen de la pose de la première pierre. Mais ne lésinez pas sur les moyens, offrez pour cette grande œuvre, achevez celle-ci le plus vite possible ; c’est en effet une œuvre Divine, et Dieu ne restera pas débiteur. Vous donnez 5-10 Francs, et Dieu vous les retournera au centuple, tant en vous accordant la santé, que la prospérité, et encore par d’autres voies connues de Lui seul, le Miséricordieux. La vie difficile des réfugiés russes, les nombreuses souffrances ont été votre lot, vous supportez beaucoup de choses, mais, frères et sœurs, par vos souffrances vous partagez celles de l’Empereur, vous devenez les participants de l’exploit et de l’amour sacrificiels du Tsar-martyr. Que le Seigneur vous aide dans la réalisation de la sainte œuvre que vous avez entreprise, je vous souhaite de tout mon cœur du succès et je crois en celui-ci, et à moi-même, je souhaite, frères et sœurs, recevoir à nouveau de Sa Sainteté le patriarche Barnabé, dans un avenir proche, la mission de venir à Bruxelles, mais cette fois pour la dédicace de l’église-mémorial, dont nous avons cette fois posé la première pierre ». Malheureusement, Mgr Dosithée mourut avant la dédicace.

Il convient d’ajouter que sa sollicitude ne s’étendait pas seulement aux émigrés. En 1922, l’évêque Dosithée prit part à la conférence internationale pour l’aide aux victimes de la famine en Russie soviétique. 

Version française Bernard Le Caro

lundi 22 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (1)


Tropaire ton 8
Depuis ta jeunesse, ô glorieux confesseur, tu te livras en offrande au Seigneur, souffrant au nom du Christ, tu prêchas le Royaume de Dieu, et tu fus crucifié avec le Seigneur, afin de vivre avec Lui dans les siècles.


Kondakion, ton 4
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De la ville impériale de Niš jusqu’en Russie subcarpathique et à Zagreb, qui fut ton Golgotha, tu servis fidèlement Dieu, témoignant du Christ Sauveur, en actes et en paroles, par ta patience tu acquis la couronne de gloire et tu entras dans la joie éternelle de la Très-sainte Trinité.

VIE DU SAINT HIEROMARTYR DOSITHEE (VASIĆ), METROPOLITE DE ZAGREB
(Mémoire le 31 décembre / 13 janvier)



La jeunesse
Le futur métropolite Dosithée naquit le 5 décembre 1878 à Belgrade dans la famille d’un fonctionnaire serbe et reçut au baptême le prénom Dragoutine. Il fit ses études secondaires au séminaire de Belgrade. Alors qu’il était encore séminariste, il prononça ses vœux monastiques et reçut le nom de Dosithée. La même année, il fut ordonné au diaconat et, après avoir achevé ses études au séminaire, il reçut l’ordination sacerdotale. En 1899, il passa une année au monastère de Manasija, où il avait prononcé ses vœux. En 1900, il partit à Kiev afin de continuer ses études à l’Académie théologique. En 1904, il termina le cycle universitaire avec le grade de « candidat » en théologie, qui lui a été accordé pour sa dissertation « La réalité du miracle de la résurrection des morts du Christ Sauveur ». Ensuite, le père Dosithée poursuivit ses études de théologie et de philosophie à Berlin. Là, il étudia la théologie protestante (chez Harnack, Kaftan, Pfleiderer et autres) et la philosophe (chez Riehl et Paulsen). Après deux années d’études à Berlin, il partit à Leipzig, où il se consacra à l’étude de la philosophie, expérimentale (chez Wundt) et  la philosophie pure (chez Heinze et Volkelt). En 1907, il fut appelé au séminaire Saint-Sava de Belgrade pour y enseigner principalement la philosophie dans les classes supérieures. Il y resta jusqu’en 1909. En tant que professeur au séminaire, il se distinguait par sa bonté envers ses élèves. On peut dire qu’il n’y avait pas d’élève qu’il n’ait réussi à intéresser à son enseignement. Il partit ensuite à Paris en tant que boursier du ministère serbe de l’enseignement et des affaires ecclésiastiques, pour continuer ses études. À la Sorbonne et à l’École des hautes études sociales, il étudia la philosophie et les sciences sociales. À la fin de 1910, il partit à Genève, où il s’inscrivit à nouveau à l’université. Il y resta jusqu’en septembre 1912, lorsqu’éclata la première guerre balkanique (9 octobre 1912 – 30 mai 1913), où il se mit à la disposition de son Église et de sa patrie. La guerre opposait la Bulgarie, d’une part, à la Serbie, la Grèce et le Monténégro, d’autre part.

L’épiscopat et la détention en Bulgarie
Le 25 mai 1913, le père Dosithée a été sacré évêque et nommé à Niš, qui était alors le diocèse le plus grand de l’Église orthodoxe serbe. Son bagage intellectuel faisait de lui le hiérarque le plus érudit de l’Église orthodoxe serbe. En outre, il parlait couramment le russe, l’allemand, le tchèque et le français. Ce fut ensuite la première guerre mondiale, au cours de laquelle il se consacra pleinement à l’aide aux victimes. En 1915, il logea une centaine d’orphelins de guerre au monastère Saint-Romain, près de Đunisa, ce qui leur a permis de survivre à la guerre.

Lorsque l’armée serbe dut se retirer par l’Albanie en Grèce en novembre 1915, Mgr Dosithée resta avec le peuple à Niš bien que des ministres fussent venus le chercher en voiture pour s’enfuir. C’est dans la même ville qu’il attendit l’armée ennemie bulgare. Mgr Dosithée, avec le clergé, sortit devant les occupants armés et les pria, au nom des souffrances communes subies de la part des Turcs, et « avant tout au nom de notre Foi Une, Sainte, Chrétienne », d’épargner les personnes âgées et faibles, ainsi que les femmes et les enfants abandonnés. Il se porta garant de l’ordre et de la paix à Niš. L’ennemi promit tout, mais cinq jours après, arrêta l’évêque et l’interna en Bulgarie, où il passa trois ans en relégation. Après la capitulation bulgare, l’évêque Dosithée « épuisé par la faim et les souffrances psychiques » revint dans son diocèse en 1918. Ces années de captivité entamèrent sérieusement sa santé. Le moment le plus difficile de sa vie l’attendait à son retour de Bulgarie, lorsque les orphelins de prêtres (environ 150 ce ces derniers furent assassinés sauvagement par les Bulgares) lui demandèrent où étaient leurs parents, ignorant qu’ils avaient été massacrés. On peut voir, dans son « Message aux Anglo-saxons » rédigé 1920, à quel point ces événements l’avaient affecté : « … Mon âme est emplie de douleurs, mes mains sont trop faibles et mes yeux sont pleins de larmes ; mon esprit lutte alors que j’écris ces lignes. Je ressens le besoin de consolation. Mais suis-je le seul qu’il faille consoler ? Oh, si seulement je pouvais parler de l’agonie de mon esprit ! Ce que j’entends maintenant et ce que je vois dépasse mes prévisions les plus noires au temps de ma captivité. Des milliers des meilleurs fils de mon peuple et avec eux un grand nombre de prêtres serviteurs de Dieu ont été envoyés en captivité, martyrisés et tués. Vous me demanderez pourquoi ? Pour quel crime ? Simplement parce qu’ils étaient serbes… Oh, si vous saviez seulement comme les enfants et les parents de nos martyrs sont malheureux et tristes ! Leurs âmes sont pleines de souffrances. Ils ont vraiment besoin de consolation. Les prières sont nécessaires à nous tous, car sachez-le : le malheur chez nous est général… Je regrette, chers frères et sœurs en Christ, d’être trop loin pour pouvoir vous parler face à face, comme le dit le grand et saint Apôtre des nations, pour vous décrire notre misère et notre chaos matériels. Oh, si en cet instant, de ce le lieu depuis lequel je vous parle, pouvait s’exprimer les bouches de l’un de mes prêtres qui ont été tués aussi sauvagement, si vous pouviez entendre leurs misère et leur malheurs, leur faim et leur nudité, je pense que vos cœurs s’empliraient de douleur et de compassion, d’horreur et de stupeur. Que le Dieu miséricordieux préserve nos pires ennemis et les pires criminels des malheurs dans lesquels se trouvent les familles de nos prêtres-martyrs ». Cela l’incita à se trouver à la tête de différentes associations caritatives pour les assister matériellement. Il ouvrit une maison pour les orphelins de guerre et organisa plusieurs foyers pour les enfants dont les parents avaient péri pendant la guerre. En outre, il établit, auprès du monastère Saint-Jean situé dans les environs de la ville, une maison pour les enfants aveugles. Il faisait aussi le tour des hôpitaux pour enfants.

À Niš, il continua à s’occuper de son troupeau, travaillant activement avec la jeunesse. Il ouvrit une association pour assister les prêtres et ouvrir la première imprimerie ecclésiale indépendante de l’État. Il édita des livres et ouvrit une librairie ecclésiale. Tout cela entrait dans la réalisation de sa vision : la création des bases pour l’autonomie de l’Église et du clergé par rapport à l’État. On sait de Mgr Dosithée que, de son vivant, les prêtres ayant une attitude critique envers lui, écrivaient à son sujet qu’il méritait le dévouement du clergé et des fidèles : « Et comme homme et comme évêque, il mérite que l’on écrive constamment à son sujet, mais non dans le but de chanter les louanges habituelles, mais parce que chacune de ses actions est réellement digne d’égards », écrivit l’un d’entre eux. On donnait encore de lui les caractéristiques suivantes : « hauteur d’esprit, noblesse, verve, et grande conscience de son devoir élevé ». Qui plus est, sa captivité en Bulgarie pendant la guerre n’avait pas provoqué en lui des mouvements de haine, mais il recueillit de l’aide et l’apporta en Bulgarie lorsque ce pays fut frappé par un tremblement de terre en 1927. En 1931, il se rendit aux obsèques du métropolite de Sofia.

Pour ce qui concerne ses autres activités, il convient de mentionner qu’en 1919-1920, l’évêque Dosithée prit une participation active aux négociations avec le Patriarcat de Constantinople pour le rétablissement du Patriarcat de Serbie, qui avait été aboli pendant la domination turque.

Version française Bernard Le Caro
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