"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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lundi 10 février 2014

Saint Grégoire de Tours: De la gloire des confesseurs (III et fin)


XLI. Germain, glorieux confesseur, mort à Rome, est inhumé à Auxerre. Du temps de la reine Theudechilde, un certain tribun nommé Ninnius, revenant d’Auvergne après avoir remis à la reine les tributs recueillis en France, entra dans la ville d’Auxerre pour prier pieusement à ce tombeau et tirant son épée du fourreau, il cassa un petit fragment du couvercle qu’il plaça comme relique dans l’église de son pays, où Grégoire la vit avec l’évêque Avit. C’était au bourg de Mauzac (in vico Musiacas).

XLII. Dans la forteresse de Dijon mourut un sénateur, nommé Hilaire, connu pour l’austérité de mœurs qu’il avait toujours imposée à sa maison. Un an après, sa femme étant morte aussi fut déposée dans le même tombeau, et l’on vit alors avec admiration le mari lever le bras droit pour étreindre son épouse.

XLIII. Dans la même église repose sainte Floride, et dans une autre qui est voisine sainte Paschasie, qui contribua à la construction de la basilique de saint Bénigne.

XLIV. Du bienheureux confesseur Tranquillus, sur le tombeau duquel croît une mousse qui offre aux gens un médicament dont j’ai moi-même fait largement l’expérience. En effet, mes mains s’étant couvertes de petits boutons me faisant souffrir d’insupportables douleurs, je les frottai de cette mousse, et aussitôt l’humeur s’apaisant je fus guéri.

XLV. De Sévérin et Amand, évêques de Bordeaux.

XLVI. De saint Romain, enterré contre le château de Blaye sur le bord de la Garonne. Les personnes qui naviguent sur la Garonne, et que le fleuve met en danger, ne périssent pas tant qu’elles peuvent du milieu du fleuve contempler l’église de Romain. Grégoire lui-même en a fait l’expérience. [Saint Romain de Blaye est invoqué pour protéger de la noyade!]

XLVII. Au même pays se trouvent dans une même église les tombeaux de deux prêtres qui prouvent bien de la manière la plus manifeste qu’ils vivent dans l’autre monde. Lorsque pour célébrer l’office, les clercs commencent le chant des psaumes, on entend distinctement la voix de ces deux prêtres se mêler à la leur. Cela se passe au bourg de Bouliac (in vico Vodollacensi).

XLVIII. Non loin de là est le village de Rions (Reontium villa), où les Goths s’étant emparés de l’église catholique, les petits enfants qu’ils y firent baptiser par leur prêtre arien moururent tous peu de temps après.

XLIX. Dans le pays de Bigorre au bourg de Serre (? in vivo Sexciacensi) repose le prêtre Justin, et au bourg de Talazac (? Talvam vicum) le prêtre Misilinus (saint Mesclin), son émule en sainteté ainsi qu’en miracles.

L. Au même pays appartient saint Sévère, homme d’une noble origine, qui avait été ordonné prêtre et qui transforma deux de ses maisons en églises où lui-même disait la Liturgie.

LI. Un lis cueilli par Sévère et depuis longtemps desséché reverdit le jour anniversaire de la mort du saint. [ Sur l'île d'Andros, au Monastère Saint Nicolas, des lys désséchés posés sur la fresque de la Mère de Dieu du pronaos (qui suinte parfois du myrrhon), se mettent à bourgeonner pendant quelques jours et fleurissent pleinement pour toutes les fêtes de la Mère de Dieu!]

LII. Trois tombeaux, qu’on voit chaque année s’élever peu à peu au-dessus du sol au bourg Julien (vicus Juliensis), appelé aussi Aire (Atroa).

LIII. Thaumastus, évêque de (?), homme admirable par ses vertus, mourut à Poitiers, où son tombeau, placé devant l’église de Saint-Hilaire, guérit de la fièvre et du mal de dents ceux qui en grattent la poussière.

LIV. Miracles qui s’opèrent au tombeau du bienheureux Lupianus, sur le territoire de Poitou, dans le bourg de Retz (in vico Ratiatensis).

LV. Mélaine (Melanius), évêque de Rennes. Un incendie éclata au-dessus de son tombeau sans endommager les tentures qui le recouvraient.

LVI. Victor, évêque du Mans, arrête un incendie de cette ville par un signe de croix.

LVII. Diverses maladies guéries au tombeau de Martin, abbé à Saintes, disciple de saint Martin de Tours. Ce tombeau fut transporté d’un lieu à un autre avec une facilité miraculeuse par Pallade, évêque de Saintes.

LVIII. Femme percluse qui se guérit au tombeau de Vivien, évêque de Saintes.

LIX. Trojanus, évêque de Saintes (+ 30 novembre 532). Il s’entretient avec saint Martin. Miracles à son tombeau.

LX. Tombeau, à Saintes, de deux époux, parents de saint Hilaire de Poitiers, que Pallade s’efforce vainement de déplacer, et qui se déplace de lui-même pendant la nuit.

LXI. Nicétius, confesseur du Christ, mort à Lyon (+ 2 avril 573). Un jeune aveugle recouvre la vue en se plaçant sous son cercueil et obtient la protection du roi Guntchramn. Autres cures miraculeuses.

LXII. Grégoire ayant visité en compagnie de Nicétius la sépulture du bienheureux Hélie, évêque de Lyon, apprend de lui qu’un malfaiteur, venu pour dépouiller le corps du saint pendant la nuit, fut saisi dans les deux bras du cadavre et retenu ainsi jusques au matin.

LXIII. La fille de Léon, empereur romain, était possédé par un démon qui s’écriait que seul l’archidiacre de Lyon pouvait la délivrer. On fit venir à Rome cet archidiacre, qui la guérit en effet, et qui demanda à l’empereur pour sa récompense que le peuple de Lyon, jusqu’à trois milles hors de la ville, soit exempt de tout tribut. Telle est l’origine de cette exemption dont les habitants de Lyon jouissent encore. L’empereur envoya de plus porter en présent à l’église de cette ville une boîte pour mettre les évangiles avec un calice et une patène d’or pur ornés de pierres précieuses. En traversant les Alpes, le messager rencontra un orfèvre par lequel il se laissa séduire et porta à Lyon des joyaux imitant ceux qu’il avait, mais en argent doré, puis revint à cet orfèvre qui les avait fabriqués afin de partager avec lui le fruit du larcin. La maison où ils étaient tous deux fut engloutie pendant la nuit par un tremblement de terre. Bien souvent, dit Grégoire, j’ai vu ces joyaux dans l’église de Lyon.

LXIV. Dans le faubourg de Lyon se trouve la sépulture d’une femme qui avait recueilli la chaussure que le bienheureux martyr Épipode avait perdu en marchant au supplice, et au tombeau duquel les malades obtiennent guérison.

LXV. Dans la même ville, un homme de race sénatoriale étant mort fut enseveli dans l’église de sainte Marie. Sa veuve, pour le profit de l’âme du défunt, donnait à cette église d’excellent vin de Gaza destiné à la communion ; mais le sous-diacre le gardait pour lui, et donnait en place une sorte de vinaigre. La femme en fut avertie par son mari qui lui apparut en songe.

LXVI. Au tombeau de l’évêque Memmius (saint Menge), patron de Châlons, Grégoire vit lui-même des malheureux dont les chaînes se brisaient, et un de ses serviteurs y fut guéri de ta fièvre.

LXVII. Loup (Lupus), évêque de Troyes en Champagne, où il est enseveli, frappe d’une folie subite un certain Maure qui prétendait arracher d’auprès son tombeau un de ses esclaves qui s’y était réfugié.

LXVIII. Après la mort de Loup, un pieux homme qui l’assistait dans son ministère, nommé Aventin, ayant offert de l’argent pour le rachat de quelques captifs et le maître de ceux-ci se refusant à l’accepter, ce dernier périt misérablement.

LXIX. Marcellin, évêque d’Embrun, a construit dans cette ville des fonts baptismaux qui s’emplissent d’eux mêmes.

LXX. Marcellus, évêque de Die. L’huile de la lampe allumée sur son tombeau sert de remède aux malades.

LXXI. Métrias, confesseur énergique de la vérité, et qui en son vivant était esclave, appartient à la ville d’Aix. Sous l’épiscopat de Franco (vers 566), l’église de cette ville fut dépouillée d’un de ses domaines par un jugement inique de Childéric, lequel tenait alors le premier rang auprès du roi Sigibert. Childéric mourut une année après quoiqu’il eût fini par restituer le domaine.

LXXII. Arvatius, évêque d’Utrecht au temps de l’invasion des Gaules par les Huns (vers 450), fut enseveli près d’un pont, sur la voie publique. Son tombeau est remarquable en ce que la neige, avec quelque abondance qu’elle tombe, n’ose le toucher. Le zèle des fidèles l’a entouré plusieurs fois d’un oratoire construit en planches, mais le vent a toujours renversé ces édifices simples jusqu’à ce que l’évêque Manulfe (évêque de Liège, 558-597) fit bâtir une grande église où il le transporta.

LXXIII. Le cimetière d’Autun renferme un grand nombre de corps saints, car on y entend souvent de mystérieuses psalmodies et on y voit des apparitions.

LXXIV. Dans le même cimetière, sont les tombeaux des bienheureux Cassien et Simplice, évêques d’Autun.

LXXV. Saint Ritice (Riticius), né de parents de la première noblesse, ainsi que sa femme, vécut avec celle-ci comme avec une sœur. Il la perdit et devint ensuite évêque d’Autun. Lorsqu’il eut achevé sa carrière, on le déposa dans le cercueil où était sa femme, et en y entrant il lui parla. Cassien fut son successeur, puis Égémonius.

LXXVI. A Égémonius succéda le bienheureux Simplice (en 364), qui était marié et vivait avec sa femme dans une parfaite chasteté. Cependant, après sa nomination à l’épiscopat, les citoyens de la ville voulaient les contraindre à faire lit à part; mais les deux époux convainquirent la foule de leur innocence en gardant une heure entre leurs bras des charbons ardents sans en être brûlés. Le peuple d’Autun était encore païen, et à la suite de cela plus de mille personnes se convertirent dans l’intervalle de sept jours.

LXXVII. Les habitants de ce pays promenaient dans les champs et les vignes, sur un char traîné par des bœufs, la statue de la déesse Bérécynthia autour de laquelle ils chantaient et dansaient pour obtenir d’abondantes récoltes. Témoin de cette misérable coutume du paganisme, l’évêque Simplice, par l’effet d’une prière à Dieu et du signe de la croix, fit tomber la statue à terre et obtint la conversion de quatre cents personnes.

LXXVIII. Histoire racontée à l’auteur par Félix, évêque de Nantes, d’un des précédents évêques de cette ville qui, parvenu à l’épiscopat, s’était séparé de sa femme conformément aux canons, mais au grand déplaisir de celle-ci.

LXXIX. Rémi, évêque de Reims pendant plus de soixante-dix ans (459-533). Punition de l’usurpateur d’un champ de cette église. Reims est préservé par les reliques de Rémi d’une peste qui ravage la première Germanie (en 546).

LXXX. Ursin, envoyé par les disciples des apôtres, fut le premier évêque de Bourges. En ces temps d’ignorance on l’ensevelit avec tout le monde dans le cimetière. Ce peuple ne comprenait pas encore qu’il faut vénérer les prêtres de Dieu. Sous l’épiscopat de Probien (552-568), un nommé Auguste, qui avait fait partie de la maison de Désidérat, autre évêque de Bourges (545-550), et qui après avoir fondé un oratoire de Saint-Martin à Brives, avait été appelé à gouverner l’église de Saint-Symphorien de Bourges, eut, en même temps que saint Germain évêque de Paris, une vision d’Ursin qui leur indiqua lui-même où son cadavre était enseveli.

LXXXI. Marien, ermite qui ne vivait que de pommes sauvages et de miel est enterré au bourg d’Évaux, et vénéré comme saint par le peuple du pays de Bourges.

LXXXII. Dans le même pays vécut Eusitius (+27 novembre 532), ermite admirable par les guérisons qu’il opérait et par sa bonté. Lorsque Childebert partit pour l’Espagne, il l’alla visiter et lui offrit cinquante pièces d’or. — Que m’offres-tu là, dit le vieillard ; donne cela aux pauvres, je n’en ai pas besoin. Et il ajouta : Va, et tu obtiendras la victoire et feras tout ce que tu voudras. Le roi distribua l’or aux pauvres et fit vœu que si le Seigneur le ramenait sain et sauf de son voyage, il bâtirait une église au lieu où serait inhumé le corps du vieillard. Et plus tard il accomplit ce vœu.

LXXXIII. Un enfant ressuscité au tombeau de Maxime, évêque de Riez (Regiensis).

LXXXIV. Valéry, premier évêque de Couserans (vers 450). Son tombeau miraculeusement retrouvé par son successeur Théodore (vers 550).

LXXXV. Saint Sylvestre mourut (en 514) après avoir gouverné pendant quarante-deux ans l’église de Chalon. Il avait un lit fait de cordelettes tissées avec soin et sur lequel il guérit souvent les malades. Aussi a-t-on porté ce lit dans le trésor de l’église, et il a conservé sa vertu. Ma mère en ayant coupé, une parcelle la fit suspendre au cou d’une jeune fille qui souffrait de la fièvre et qui guérit à l’instant.

LXXXVI. Désidérat, prêtre d’une magnifique sainteté, était du même pays. Grégoire le vit au monastère de Gourdon. Agricola, évêque de Chalon, le fit ensevelir à l’hôpital de lépreux construit dans le faubourg de cette ville.

LXXXVII. Dans le pays de Tonnerre, diocèse de Langres, il y eut un saint homme nommé Jean qui, en construisant un monastère au lieu appelé Réome, fit la découverte d’un puits immense dont Grégoire puisa, en se rendant à Lyon, de l’eau avec laquelle il guérit plusieurs fiévreux. Un fratricide condamné, à cause de l’énormité de son crime, à parcourir les lieux saints pendant sept ans, le corps entouré de cercles de fer, se vit délivré de ses chaînes an tombeau de Jean, abbé de Réome. Ce saint vécut, comme Moïse, cent vingt ans.

LXXXVIII. Au tombeau de saint Seine (Séquanus) également abbé sur le territoire de Langres, les prisonniers sont délivrés de leurs chaînes. Le roi Guntchramn ayant perdu par suite d’un vol la corne au son de laquelle il rassemblait ses chiens et donnait la chasse aux troupeaux de cerfs, beaucoup de gens furent jetés dans les fers à cause de cela. Trois d’entre eux ayant atteint le tombeau de ce pieux confesseur, le roi ordonna qu’ils fussent néanmoins saisis et garrottés; mais an milieu de la nuit leurs fers se rompirent. Le roi effrayé leur donna de suite la liberté de s’en aller.

LXXXIX. Marcel, évêque de la ville de Paris, la délivra d’un énorme serpent, et repose maintenant dans le faubourg. Ragnimod, aussi évêque de Paris, étant venu à son tombeau lorsqu’il n’était encore que prêtre, y guérit de la fièvre quarte.

XC. Le lendemain du jour où le roi Chilpéric entra dans Paris (28 mai 576), fut guéri un paralytique qui se mettait sous le portique de l’église Saint-Vincent où repose le corps du bienheureux Germain.

XCI. Au tombeau de la très sainte vierge Geneviève, la fièvre se dissipe.

XCII. Le bienheureux saint Ludre (Lusor), fils du sénateur Leucadius, est inhumé à Déols, au territoire de Bourges, dans un sépulcre en marbre de Paros admirablement sculpté. Le saint évêque Germain, de Paris, célébrait les vigiles en ce lieu lorsque les clercs qui l’assistaient s’étant paresseusement appuyés sur le sépulcre en chantant les psaumes, il en sortit un bruit formidable qui effraya les assistants.

XCIII. Dans le faubourg de la ville de Trèves repose saint Maximin [mort en 349], au tombeau duquel sont punis les parjures, comme le fut un jour le prêtre Arboastes qui, ayant un procès contre un Franc par-devant le roi Théodebert, ne craignit pas de jurer sur ce tombeau qu’il n’avait rien dit que de vrai.

XCIV. Nicétius [mort en 566], évêque de la même ville, est enterré dans l’église de Maximin et y opère aussi de nombreux miracles.

XCV. Le glorieux confesseur Médard [mort en 560] repose auprès de Soissons. Avant de lui dédier un temple, on avait établi sur son tombeau un bosquet dont les arbustes, taillés en petits morceaux de bois, faisaient disparaître le mal de dents. Charimer, maintenant référendaire du roi Childebert, a éprouvé l’efficacité de ce remède. Nous possédons une baguette qui provient de là et dont nous avons souvent éprouvé la vertu.

XCVI. Albinos, évêque d’Angers. Guérison d’un paralytique à son tombeau et d’une femme aveugle, du bourg de Craon, qui avait invoqué le nom du saint.

XCVII. Hospice (Hospitius) fut un grand serviteur de Dieu à Nice. Son cercueil déposé dans l’île de Lérins.

XCVIII. Ingénuus, ermite du pays d’Autun, usait pour faire cuire les mets destinés à ses repas d’une marmite de bois qui lui servait depuis nombre d’années sans que le feu ne la consume.

XCIX. Avit, higoumène dans la partie du pays Chartrain appelée le Perche, fut enterré avec honneur à Orléans. Punition d’un cultivateur qui prétendait travailler le jour de la fête de ce saint.

C. Cyprien, higoumène dans la ville de Périgueux. Beaucoup de maladies diverses se guérissent à son tombeau.

CI. La même chose arrive au tombeau d’Éparchus, jadis reclus à Angoulême.

CII. De même au tombeau de Félix, évêque de Bourges, qui était en marbre de Paros, recouvert d’une pierre commune que l’on changea au bout de douze ans contre un plus beau couvercle qui fut fait en marbre d’Héraclée.

CIII. De même au tombeau de Junien, reclus du pays de Limousin.

CIV. Miracles arrivés à la mort de Pélagie, mère du bienheureux higoumène Aredius.

CV. Tombeau de la sainte fille Crescence, dans un faubourg de Paris, non loin de l’église principale. Ce tombeau n’était recouvert par rien ; cependant les fiévreux y guérissaient. Le monétaire de la ville, averti par un songe, s’empressa de faire construire un oratoire sur cette sépulture.

CVI. Funérailles de la bienheureuse reine Radegonde de Poitiers, faites en l’absence de Marovée, évêque de cette ville, par Grégoire de Tours (13 août 587).

CVII. De Tétricus, évêque de Langres.

CVIII. De saint Orientius, évêque d’Auch.

CIX. De sainte Quitterie, en Gascogne.

CX. De Paulin, évêque de Nole.

CXI. Un pauvre ayant demandé inutilement l’aumône à des matelots dans un port de mer, changea en pierres tout ce qui était sur leur navire. J’ai vu moi-même des dattes et des olives qui en provenaient et qui étaient plus dures que le marbre tout en ayant conservé leur couleur naturelle.

CXII. Un habitant de Lyon, qui ne possédait qu’un tiers de sol, parvint à s’enrichir en achetant du vin et en le revendant mélangé d’eau. Il amassa de cette manière cent sous d’or. Mais un jour qu’il avait à la main sa fortune enfermée dans un sac en peau de Phénicie, un milan prenant ce sac pour quelque morceau de chair, le lui enleva des mains, et en s’envolant par-dessus la Saône le laissa tomber dans le fleuve.



in Livre Septième
traduction de H. Bordier
publié à Paris
1859-1862
(Nous avons quelquefois modernisé l'orthographe 
et précisé certains points du document. C.L.-G.)
*

dimanche 9 février 2014

Saint Grégoire de Tours: De la gloire des confesseurs (II)




XXI. Dans le pays de Tours, à Maillé [devenu Luynes au XVIIe siècle], monastère bâti sur le haut d’une montagne et entouré d’anciens édifices détruits, on découvrit par l’intervention divine le tombeau de saint Solenne [évêque de Chartres (+ 490)]. Lithoméris, homme de cette contrée, vint avec un seul serviteur y porter des cierges et s’y guérit de la fièvre quarte.

XXII. Maxime (saint Mesme), après avoir été religieux à l’abbaye de Sainte-Barbe de Lyon [ Premier monastère des Gaules], vint au château de Chinon, dans le territoire de Tours, et y établit un monastère. Un jour cette forteresse, où le peuple de la contrée s’était renfermé étant assiégée par Égide, l’ennemi acharné bouche un puits creusé sur le flanc de la montagne et qui fournissait à boire aux assiégés. Par ses prières le saint obtint du ciel une pluie abondante dont ceux-ci profitèrent pour remplir d’eau tous les vases qu’ils possédaient, et l’ennemi dut se retirer. Un enfant et une jeune fille, tous deux serfs de l’église de Tours, guérirent de la fièvre au tombeau de ce saint. Lorsque nous eûmes connaissance de ces faits, nous cédâmes le garçon au monastère de Maxime après l’avoir tonsuré et nous ordonnâmes que la jeune fille, changeant son vêtement, fût reçue dans une communauté de moniales, afin qu’ils servissent Dieu.

XXIII. Non loin de là repose un vénérable prêtre nommé Jean, Breton de nation, qui pendant sa vie se tenait dans une étroite cellule en face de l’église de Chinon, à l’ombre de lauriers qu’il avait plantés et dont on a reconnu la secrète vertu.

XXIV. A Tours mourut (en 570) la bienheureuse Monegonde, née dans le pays chartrain, qui pendant sa vie guérissait les ulcères avec les feuilles de quelque légume ou de quelque fruit qu’elle humectait de sa salive en faisant le signe de la croix. La servante de Probatus, archidiacre de Grégoire de Tours, guérie de la fièvre au tombeau de cette pieuse femme.

XXV. Après quatre jours de prières au tombeau de l’abbé Sénoch (à Tours), Nantolf, jeune esclave, recouvre la vue, dont il était privé.



XXVI. De saint Siméon à la colonne, dans le pays d’Antioche.

XXVII. Saint Martial, envoyé par les évêques de Rome (vers 250), commença à prêcher dans la ville de Limoges. Auprès de sa sépulture sont enterrés deux prêtres qu’il avait amenés avec lui et dont les tombeaux furent une fois miraculeusement changés de place.

XXVIII. Jeune fille percluse d’une main et guérie au tombeau de saint Martial.

XXIX. Un homme, devenu muet pour avoir proféré un mensonge dans l’église, reprend la parole au tombeau de saint Martial.



XXX. Saint Stremonius (Austremoine), compagnon de saint Gatien et apôtre de Clermont. Son tombeau est au bourg d’Issoire (Iciodorus) où Cautinus alors diacre (et depuis évêque), chargé de gouverner l’église du lieu, s’aperçut que ce tombeau était sanctifié par des miracles.

XXXI. Un prêtre qui voyageait seul en Auvergne ayant obtenu l’hospitalité dans la chaumière d’un pauvre homme de la Limagne (pauperis Limanici) bénit, au matin, le pain que son hôte emportait pour aller à son travail. Ce pain le préserva d’être noyé en traversant avec sa voiture et ses bœufs un pont de bateaux.

XXXII. Légende des deux amants développée plus tard par Grégoire dans son Hist. (liv. I).



XXXIII. Amabilis [Amable], prêtre du bourg de Riom et d’une sainteté admirable, avait le pouvoir de commander aux serpents. Le duc Victorius ayant dédaigné de prier à son tombeau, lui et son cheval semblaient être devenus de bronze et il fut obligé d’y faire sa prière.

XXXIV. Dans la même ville une pieuse femme nommée Georgia (sainte George) étant morte, une bande de colombes suivit, en volant, son convoi.

XXXV. Dans la basilique de saint Vénérand, située près celle de saint Illidius, on remarque une chapelle voûtée où se trouvent un grand nombre de tombeaux sculptés parmi lesquels on reconnaît ceux qui sont chrétiens à ce que leurs sculptures représentent des miracles du Seigneur et des apôtres. 
A l’époque où Georgius, citoyen du Velay, devint comte de Clermont, une partie de cette voûte tomba et mit en pièces le couvercle de l’un des sarcophages. On y vit couchée une jeune fille parfaitement intacte. Son visage, ses mains, tous ses membres étaient entiers et sa chevelure était fort longue; je crois il est vrai qu’elle avait été embaumée avec des aromates… Quelques-uns disaient qu’on avait trouvé autour d’elle des anneaux et des chaînes d’or; mais on ne put savoir ni sa naissance, ni son nom. Ce pauvre corps ayant gît ainsi découvert pendant une année, la femme du comte tomba malade el fut avertie en songe qu’elle ne recouvrerait la santé qu’après avoir fait fermer ce tombeau par une pierre; ce qu’elle fit.

XXXVI. Tombeaux de sainte Galla, du pieux Alexandre que les malades ont si souvent gratté pour en tirer un remède à leurs maux que la pierre est perforée, et du bienheureux martyr Liminius (Saint Linguin).

XXXVII. Tombeaux des évêques saint Vénérand et saint Népotien où les fiévreux obtiennent souvent leur guérison.

XXXVIII. Miracle manifesté sur la personne d’un moine qui se retirait à l’écart pour prier avec plus de ferveur.

XXXIX. Feu mystique qui s’échappe des reliques des saints et qui ne brûle pas [voir Gloire des confesseurs XX]. L’abbé Brachion l’a vu sur les reliques de saint Martin.

XL. Grégoire enfant, ayant son père malade, voit en songe un personnage qui lui dit : As-tu là le livre de Josué? A quoi il répondit : Je n’ai rien appris en littérature que les lettres de l’alphabet et dans ce moment même je suis péniblement retenu à cette étude. J’ignore entièrement l’existence de ce livre. — Va, répondit le personnage, qu’on fasse une petite baguette de bois sur laquelle on puisse mettre ce nom, et après qu’on l’aura écrit avec de l’encre, place-le sous le chevet où repose la tête de ton père. Le matin venu je fis part à ma mère de ce que j’avais vu, continue Grégoire; elle ordonna que les prescriptions du songe fussent remplies et dès que je m’en fus acquitté mon père se remit de sa maladie. L’année suivante le père étant retombé malade fut encore guéri par le moyen d’un songe de son fils.


in Livre Septième
traduction de H. Bordier
publié à Paris
1859-1862
(Nous avons quelquefois modernisé l'orthographe 
et précisé certains points du document. C.L.-G.)
*

samedi 8 février 2014

Saint Grégoire de Tours: De la gloire des confesseurs




I. Des vertus des anges. Quand je demeurais dans le pays Arverne (Auvergne), un homme véridique me rapporta une chose que je sais d’ailleurs être vraie. On fait faire pour les moissonneurs une boisson qui se prépare avec des grains infusés et cuits dans l’eau ; c’est cette décoction qu’on appelle ceria [cervoise=bière]. Mais il y en avait trop peu; cet homme craignant le mécontentement de son maître et ne sachant comment donner à boire tout le jour à septante ouvriers qui moissonnaient sur le domaine avec un tonneau qui ne contenait pas plus de cinq muids [1 muid= 280 litres!], invoqua dévotement les noms des saints anges que les Écritures nous font connaître. Chose merveilleuse! on puisa au tonneau jusques à la nuit sans que le liquide manquât aux buveurs.

II. De saint Hilaire, évêque de Poitiers. Il y avait dans le pays de Gévaudan, sur une montagne nommée Helanus, un grand lac [Lac saint Andéol]. Là, à une certaine époque, une multitude de gens de la campagne faisait comme des libations en ce lieu; elle y jetait des linges on des pièces d’étoffe servant aux vêtements des hommes; quelques-uns des toisons de laine; le plus grand nombre y jetait des fromages, des gâteaux de cire et chacun, suivant sa richesse, divers objets qu’il serait trop long d’énumérer. Ils venaient avec des chariots, apportant de quoi boire, et manger, abattaient des animaux, et pendant trois jours se livraient à la bonne chère. Le quatrième jour, au moment de partir, ils étaient assaillis par une tempête accompagnée de tonnerre et d’éclairs immenses, et il descendait du ciel une pluie si forte et une grêle si violente qu’à peine chacun des assistants croyait-il pouvoir échapper. 
Les choses se passaient ainsi tous les ans, et la superstition tenait ferme ce peuple irréfléchi. Après une longue suite de temps, un prêtre qui avait été élevé à l’épiscopat vint de la ville même (Javols) à cet endroit et prêcha la foule afin qu’elle s’abstînt de ces pratiques de peur d’être dévorée par la colère céleste; mais sa prédication ne pénétrait nullement ces rustres épais. Alors, inspiré par la Divinité, le prêtre de Dieu construisit, loin la rive du lac, une église en l’honneur du bienheureux Hilaire de Poitiers, et y plaça des reliques du saint en disant au peuple : "Craignez, mes enfants, craignez de pécher devant le Seigneur; il n’y a rien à vénérer dans cet étang"… Ces hommes touchés au cœur se convertirent et abandonnèrent le lac; ce qu’ils avaient coutume d’y jeter, ils le portèrent à la basilique sainte, et furent ainsi délivrés des liens de l’erreur "

III. De saint Eusèbe, évêque de Verceil. A son tombeau guérissent les possédés. Ma mère plaça des reliques de ce saint dans l’oratoire de sa maison. Il arriva une fois, pendant l’hiver, que dans un joyeux entretien prolongé jusque fort avant dans la nuit, comme elle avait été longtemps assise devant le feu qui était formé d’un grand monceau de bois, elle se leva et ses gens étant déjà couchés, elle se mit sur un lit près du feu. Tout le monde dormait lorsque des étincelles montèrent du foyer jusqu’aux solives du plafond dont l’une se trouva prise et commença à projeter vivement la flamme. Mais cette flamme, par la puissance, je crois, du saint dont les reliques étaient près de là, ne faisait que courir le long des poutres sans les brûler jusqu’à ce que la mère de famille, s’étant éveillée et ayant appelé ses serviteurs, fit verser de l’eau et éteindre cet incendie.

IV. De Gatien, premier évêque de Tours (vers l’an 300). Saint Martin étant venu prier à son tombeau, ils se parlèrent!

V. A Artonne, bourg d'Auvergne, où se trouvait inhumée une sainte femme nommée Vitalina, saint Martin s’entretint de même avec elle. Comme il sortait de ce bourg, les sénateurs de la cité arverne, ceux qui brillaient en ce lieu par des ancêtres de noblesse romaine, apprenant que le saint homme approchait de la ville, sortirent à sa rencontre avec des chevaux, des voitures, des chars, des calèches ; mais lui, monté sur un âne, assis sur la selle la plus grossière, en atteignant au sommet du mont Belénus, d’où l’on voit bien le bourg de Riom se dessiner, les aperçut qui s’approchaient avec cette pompe…, et tirant la bride de son âne en arrière, il se mit à revenir par où il était venu. Il revint auprès de Vitalina. Poisson et vin trouvés miraculeusement un jour qu’on célébrait les vigiles en l’honneur de celle-ci et qu’on faisait un repas auquel Eulalius, archiprêtre du lieu, avait invité les clercs, tandis qu’Edatius, l’autre prêtre, préparait à manger pour la foule des veuves et des pauvres.

VI. Un certain prêtre nommé Léon est saisi de la fièvre et meurt au bout de trois jours pour avoir déplacé, dans l’intention de s’en servir pour son tombeau, une pierre sur laquelle le grand saint Martin s"était assis.

VII. Arbre au territoire de Neuilli (Nobiliacensi pago) pays de Tours, qui avait été déraciné et que saint Martin releva par un signe de croix. Il sert beaucoup aux malades qui prennent de son écorce dissoute dans l’eau. Nous avons nous-même vu cet arbre debout.

VIII. Oratoire du village de Martigni près Tours. Saint Martin y pria souvent. L’abbé Gunthaire, devenu évêque (de Tours, 552-555), forcé par son cheval de s’y arrêter pour prier aussi.

IX. Vertus médicales de l’huile prise à une lampe qui brûlait au tombeau de saint Martin ; d’après le témoignage d’Arédius, prêtre du pays de Limoges.

X. Vertus semblables, d’après le même témoignage, du raisin d’une vigne que le saint avait plantée, et de la cire des cierges mis sur son tombeau.

XI. Sur le territoire du château de Tonnerre qui appartient à la cité de Langres, saint Martin apparaît à un prêtre, boiteux, et le guérit.

XII. Un monastère de saint Martin en Espagne miraculeusement préservé du pillage lors de l’expédition du roi Leuvield contre son fils.

XIII. Un évêque arien ayant comploté avec un de ses adhérents de lui donner quarante sous d’or pour qu’il contrefit l’aveugle, et que lui, évêque, parût faire un miracle en lui rendant la vue, cet homme est frappé d’une véritable et douloureuse cécité.

XIV. Un catholique [id est orthodoxe] prouve contre un hérétique l’existence de la Trinité en tenant dans sa main, sans éprouver aucun mal, une bague d’or rougie, sur des charbons ardents.

XV. Venance enterré près de l’église de Saint-Martin. L’on obtient à son tombeau la guérison de la fièvre.

XVI. Sainte Pappola se fait religieuse dans un couvent d’hommes. On ne découvre qu'elle est femme qu’à sa mort, arrivée trente ans après.

XVII. Un pauvre homme ayant pris pour recouvrir le sépulcre de son fils le couvercle d’un tombeau qu’il avait trouvé dans la campagne caché parmi les ronces et les épines, mais qui se trouvait être celui d’un évêque nommé Bénigne [Apôtre de la Bourgogne], devient sourd, muet, aveugle et paralytique jusqu’à ce qu’il l’ait fait rapporter.

XVIII. Découverte miraculeuse du tombeau des deux vierges Maure et Britte.

XIX. Euphrone, évêque de Tours (556-573), annonce par une inspiration miraculeuse la mort du roi Charibert.

XX. Feu mystique aperçu au moment où Grégoire entrait dans une salle nouvellement consacrée au culte par ses ordres et sur l’autel de laquelle il venait déposer des reliques des saints Saturnin, Martin, Illidius et Julien.

in Livre Septième
traduction de H. Bordier
publié à Paris
1859-1862
(Nous avons quelquefois modernisé l'orthographe 
et précisé certains points du document. C.L.-G.)
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