"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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samedi 1 février 2014

Vendredi




Dans un café à Port Townsend 

Regardant les vagues déferler sur ​​le port, 

Les coudes sur une table en bois. 


Des amis et de vieilles tasses à café. Les sons perdus 

Du vent sur l'horizon. Observant les marées 

De gens qui vont et viennent, 

Percevant de nouveau 

Ce désir ardent de nos cœurs 

D'être avec le Christ.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

lundi 16 septembre 2013

Jean-Claude LARCHET/RECENSION: Thierry Cozon, « Le Jardin de Dieu


Cozon


Thierry Cozon, « Le Jardin de Dieu », L’Age d’Homme, Lausanne, 2012, 139 p.
Les poètes publiés sont devenus rares, les poètes orthodoxes encore plus. C’est pourquoi on ne peut manquer de mentionner le dernier recueil de poèmes de Thierry Cozon, orthodoxe de la région Rhône-Alpes. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai, mais a déjà publié, outre une pièce de théâtre et des réfexions sur la poésie, une douzaine de recueils de poèmes chez divers éditeurs, et nous avions mentionné ici son « Amor ergo sum », publié en 2000, comme celui-ci, aux éditions L’Age d’Homme.
Ce dernier recueil, troisième d’une série intitulée « Sur les hauteurs de Poleymieux », révèle comme les précédents une inspiration spirituelle profonde, comportant de nombreuses allusions bibliques, mais se nourrissant aussi de l’expérience intérieure de l’auteur. Le fil conducteur des ces soixante-quize poèmes est le cheminement spirituel, avec la foi et l’espérance qui l’anime, mais aussi ses difficultés, ses chutes, ses désespoirs, ses redressements, ses émerveillements. On y touve aussi, éparses, des réflexions sur la poésie et la condition du poète.
Dans un style qui n’obéit pas aux canons classiques (et se situe au-delà des modes et des démodes), l’auteur alterne l’expression de ses états d’âme avec des réflexions et des prières personnelles.
L’inspiration orthodoxe est discrète mais constamment présente.
On retrouve parfois l’esprit et le style des psaumes, comme dans ce poème :
TERRE ET CENDRE ROUTE 87
Penché sur ceux qui dorment dans la tombe
La griffe des ténèbres et l’ombre de la mort
S’élancent vers moi de la fosse profonde
Voulant m’y faire tomber âme et corps
Qui se souviendra de moi parti pour l’au-delà
Si ce n’est Toi ô seul qui Est Qui le fera ?
Perdu coupé lié comme un blé oublié
Par les corbeaux même en leur vol insensé
Qui se souviendra oui de moi
Pauvre rimeur parti pour l’au-delà ?
Malgré tout je marche et élève la voix
Ma vie longe le bord des enfers

Sans cesse entend gronder l’océan de son abîme
Au dessus un vautour fauve tournoie
Dont déchirée et sanglotant dans ses serres
Je suis l’inéluctable proie
La fragile et bêlante victime
Tu as collé mon visage à la poussière
Le linge souillé de mon âme

Tu l’as rejeté dans Ta juste colère
Car prise d’une horreur solitaire
Vacille déjà de ma vie l’ignoble flamme
Les yeux de mon cœur usés par la misère
Eteignent leur vitreuse clarté
Me lèverai-je de l’Hadès pour Te louer ?
Ô miséricordieux Aie pitié encore de Ton frère
Oui Tu es Amour Grâce Vérité
Non Ton cœur n’est pas de pierre
Combien visibles sont Tes merveilles dans la lumière !
L’holocauste du matin prie pour moi
Car je T’ai aimé et chanté autrefois
Et au devant de Toi peut encore venir ma prière
Jusqu’à quand ? Pourquoi ? Je désespère
A trouver le chemin où je dois marcher
Vers Toi pourtant j’ai élevé mes vers
Depuis ma jeunesse j’ai été abattu humilié
Quand viendra ce jour où je serai consolé ?

Tant de questions m’ont épouvanté
Et j’ai des femmes tant de cruauté souffert
M’aideras-Tu à percer le mur du mystère
Dans le labyrinthe de cette existence
A guider le char emballé de ma chair ?
Comme j’accepte ma mort pour que ma vie commence
Ma souffrance est la preuve de Ton amour

Je l’accepterai comme telle pour toujours
Cessant d’en vouloir être libéré pour ma délivrance
 Les Pères ont aussi inspiré l’auteur, comme dans ce beau poème, véritable résumé de l’introduction des Questions à Thalassios de saint Maxime le Confessuer :
GNÔMÈ RECTIFIEE
Comme le jour avec la nuit
Le plaisir à la douleur s'enchaîne
Ainsi par philautie hélas! furent détruits
Ces impassibles premiers pas
Que nous vivions en Eden
Placés sous la tyrannie du sensible
Par notre propre vouloir contre-nature
Nous tirons depuis avec peine
Notre charrue de chair fragile
Mais écoutez le prodige indicible
Voici que l'absolument juste

D'une manière injuste absolument
Subit les souffrances et la mort humaine
Ô Bon et véridique Médecin
Venu assumer les maux de Ses patients
Pour les en libérer
Ô toi lumière tri-solaire
Qui du contre au selon la nature
Nous fait remonter
Toi qui veux l'abolition de la souffrance
Toi en qui prend fin des fils d'Adam
La séculaire errance
Oui en vérité léger est Ton Joux
Notre course folle et déraisonnable
Ô bouvier tout amoureux de nous
Tu l’as conduite au sillon Golgothal
D'où germe Ta croix avec puissance.
Citons aussi ce poème, qui revisite un Apophtegme :
LE POINT ROUGE
Marchant le menton baissé 
Abba Euloge ne pouvait cacher sa tristesse
Pourquoi cette triste mine ô Ancien 
Lui demande un novice avec hardiesse ?
Et de répondre l’abbé en levant les mains :
« Mon enfant  Je me prends à douter
De l’esprit de clarté des frères sur le chemin
Des grandes réalités du Dieu éternel
Voilà trois fois que leur montrant une pièce de lin
Une grande pièce toute simple sur laquelle
J’ai dessiné dans le mitan un point rouge
Je leur demande ce qu’ils voient
Tous me répondent avec naturel
"un petit point rouge  Abba"
Mais pas un seul une pièce de lin »
Un bel exemple de réflexion sur la condition du chrétien, citoyen du Royaume de passage sur cette terre, nous est fourni par cet autre poème :
LA PAROISSE DE LA TERRE
Toute terre étrangère comme patrie
Toute patrie comme terre étrangère

Le citoyen du ciel est dans la chair
Mais ne vit pas selon la chair
Comme un étranger temporairement domicilié
S'acquittant de ses devoirs et de ses charges

Ainsi vit le porteur de paroles dorées
Ce navigateur à jamais parti pour le large
Son corps séjourne sur cette terre
Mais déjà ses yeux habitent le ciel

Tendu vers l'ultime soleil des derniers jours
Son travail n'est pas de ce monde
Et celui qui l'a compris honorera sa tombe

samedi 1 décembre 2012

Alexandre Isaïévitch SOLJENITSYNE: Retour à Dieu



Alexandre Isaïévitch SOLJENITSYNE, décrit le changement qu'il connut dans les camps, dans ce poème de 1952 intitulé Acathiste.


+


Quand donc ai-je dispersé si follement
Toute la bonté, les grains donnés par Dieu?
Ma jeunesse ne s'est-elle pas passée avec ceux qui joyeusement
Chantaient pour Toi dans la lueur de Tes sanctuaires?

La sagesse livresque, cependant, étincelait et elle me fit signe,
Et elle se précipita dans mon esprit arrogant;
Les mystères du monde semblaient à ma portée,
Ma vie ressemble à de la cire chaude dans la main.

Mon sang bouillonnait, et se déversait et dégoulinait,
Brillait en s'élançant avec une trace multicolore,
Sans bruit, là,  tranquillement tomba en miettes
Dans ma poitrine le grand édifice de la foi.

Puis je suis passé entre l'être et la mort,
Je suis tombé et maintenant je m'accroche au bord,
Et je regarde en arrière avec gratitude, en tremblant,
La vie privée de sens que j'ai menée.

Non point ma raison, ni la volonté, ni le désir
N'ont tracé les tours et les détours de sa route,
C'était un feu nourri prévu là Haut
Qui ne fut clair pour moi qu'ensuite.

Maintenant regagnant la mesure qui est véritable,
Ayant puisé avec elle l'eau de l'être,
Oh grand Dieu! Je crois maintenant à nouveau!
Bien que renié, Tu as toujours été avec moi… 

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



samedi 24 septembre 2011

Romanòs: Courant derrière Toi




Courant derrière Tes disciples
J'ose me dire Ton disciple.

Me cachant parmi les bagages
de Tes prophètes et de Tes Saints
J'ose dire que je suis un pèlerin.

De tout ce qui est le meilleur en moi, Seigneur,
J'ai honte et je suis coi
En Ta Présence.

Mes pensées, paroles et actes
Me condamnent pour mon inaction,
Car seulement Tes pensées, Tes paroles,
Et Tes actions, sont dignes.

Recherche moi, Mère du Christ,
Parmi l'armée de pèlerins,
Et ne me trouvant pas là,
Cherche-moi encore une fois à Jérusalem.

Même si seulement dans l'ombre
Des portes de cuivre du Temple,
Je veux être retrouvé pendu
Aux paroles fructueuses de ton Fils.

Retrouvé pendu, saints de Dieu,
Avec vous qui entendez l'appel et accourez
Au lieu de votre couronnement,
Et de votre éternelle nouvelle naissance.

Pour voler la parole de votre appel
J'ai été effronté,
Mais une fois volée, laissez-moi la garder.
Pardonnez-moi, recommandez-moi à votre Seigneur.

Courant derrière vous,
J'ose me dire Ton disciple.

Seigneur, j'ai confiance en Ta miséricorde.
Je suis Tien, alors sauve-moi.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Romanòs

mercredi 22 juin 2011

Ode À Nemanja par l'évêque Vasilije Petrovic Njegos


Bishop Vasilije




+

Ô Siméon, saint Nemanja,
Père de famille nombreuse,
Tu as quitté de bons héritiers 
Qui ont glorifié la Serbie avec le royaume,
Ils ont construit beaucoup d'églises,
Et éclairé leur patrie.
Les Turcs ont conquis ta patrie,
Ils ont détruit beaucoup de nos églises.
Saints rois serbes levez-vous,
Dites une prière au Christ-Roi,
Frappez la foi mahométane,
Expulsez-la de votre patrie!
Aidez l'empereur chrétien,
Redonnez vie à votre patrie!
Les évêques serbes ne se reposent pas,
Mais ils prient Dieu toute la nuit
De restaurer l'Empire des Serbes
Pour le glorifier avec justice et bénédiction!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 18 avril 2010

C. Rossetti: La Parabole des Vierges Sages


+

At midnight (saith the Parable)
A cry was made, The Bridegroom came;
Those who were ready entered in;
The rest, shut out in death and shame,
Strove all too late the feast to win,
Their die was cast, and fixed their lot;
A gulf divided Heaven and Hell;
The Bridegroom said-I know you not.

Christina ROSSETTI ( Lyra Messianica, 1864)

La Parabole dit qu'à minuit,
On entendit un cri: "l'Epoux vient!"
Les âmes prêtes franchirent l'huis,
Les autres dans la honte et la mort
Voulurent joindre la Fête en vain,
Leur dé jeté, et fixé leur sort,
Abîme entre Enfer et Paradis,
L'Epoux dit: "Je ne vous connais point!"

Version française C. L.G.

jeudi 13 août 2009

Poème


Tu peux parler
devant ce que tu crois être le silence
la nuit écoute et te répond tendrement

Dieu entend la peine des hommes
et rit et pleure avec nous

Il sait le nom unique
de chacun d'entre nous
et si nous tutoyons Son amour
dans le plus noir des soirs
la solitude est moins lourde à porter

Dieu est aussi Simon de Cyrène
pour les fils des hommes
et il libère nos épaules du fardeau de ce jour

tu ne L'as pas reconnu
mais Il te dit soudain
dans ce calme de ton front lisse
que l'espoir est vivant


et tu parles de ta vie
devant ce que tu croyais être le silence

il fait bon être
à l'ombre de la Lumière
dans la nuit
dans l'ombre du jour
de tous les jours du Seigneur


Claude LOPEZ-GINISTY