"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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lundi 30 septembre 2013

Alexandre Isaïevitch Soljenitsyne: La foi






Quand donc ai-je si follement dissipé
Toute la bonté, les grains donnés par Dieu?
Ma jeunesse qui ne fut-elle pas passée avec ceux 
Qui joyeusement chantaient pour Toi dans la lueur de Tes sanctuaires?

Sagesse livresque, étincelante et attirant l'attention,
Et elle se précipita dans mon esprit arrogant,
Les mystères du monde semblaient à ma portée,
Le sort de ma vie comme de la cire chaude dans la main.

Mon sang bouillait, et il fut versé et il coula,
Brillant avec une trace multicolore,
Sans clameur, là, tomba tranquillement en ruines
Dans ma poitrine le grand bâtiment de la foi.

Puis je suis passé entre vivre et mourir,
Je suis tombé et maintenant je m'accroche au bord,
Et je regarde en arrière avec gratitude, tremblant,
Sur la vie insensée que j'ai menée.

Ni ma raison, ni ma volonté, ni mon désir
N'ont tracé les tours et les détours de sa route,
Ce fut un feu soutenu exprès d'en Haut
Qui ne fut clair pour moi qu'ensuite.

Maintenant regagnant la mesure de ce qui est vrai,
Après avoir dessiné avec lui l'eau de l'être,
Ô grand Dieu! Je crois maintenant à nouveau!
Bien que renié, Tu fus toujours avec moi… 

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
The Solzhenitsyn Reader: 
New and Essential Writings 1947-2005
Edward E. Ericson and Daniel J. Mahoney, ed.
 (Wilmington, DE: ISI Books, 2006)

mercredi 4 janvier 2012

Le deuil de Dieu



Malgré la foule funèbre et noire
Ils partent irrémédiablement seuls
Nos amis morts
Sans offices ni prières

La compagnie des vivants
Les abandonne au bord de la fosse

Une pelletée de terre
Un discours qui sonne faux
Et les futurs défunts repartent
Pour vite oublier cette tristesse
Et s'ancrer dans une vie
Qui finira malgré tout
Dans cette horreur qu'ils fuient

Dans leur enfance lointaine
Ils connaissaient l'école et l'Eglise
La terre et le Ciel

Le monde alors ne s'arrêtait pas
A la béance de glèbe
Qui enferme le cercueil
Dans son linceul brun d'oubli

Il y avait la porte du cœur
Et l'huis merveilleux de l'âme
Qui permettaient l'espérance
Et magnifiaient l'existence

La beauté dérisoire des fleurs
Simule à présent une cérémonie
Autour de mots vides et convenus
Mais le Nom Ineffable
Ne sera pas prononcé

Il faut respecter
Le refus obstiné de Dieu
Que manifestent les survivants

Nos lèvres resteront closes
Recouvertes du suaire noir
Du silence des mots
Du mutisme douloureux
Des paroles de la terre et du cœur
Qui montent vers le Ciel

Nous serons muets
Par simple respect
Malgré la clameur orante
Qui déborde de notre âme

Un insondable poids macabre
Plombe les visages
Et emprisonne les pensées
Dans l'horreur du néant à venir
Qu'ils assignent à toute âme en ce monde

Ce serait infamant à présent
Même au moment où la détresse
Vrille les cœurs d'une douleur lancinante
D'admettre qu'une prière s'impose

L'ami mort s'en va
Lent et immobile à jamais
Dans son pays d'oubli
A l'horizon sans fin de tristesse
De silence pesant
Et de regret

Seigneur Christ miséricordieux
Accorde à nos morts qui T'ont perdu
Dans l'orgueil de la vie
Et la bêtise du monde vain
L'entrée dans Ton Royaume

Reçois pour eux de nos lèvres indignes
Nos prières muettes
Le Psautier de nos larmes
L'encens de nos soupirs
Et accueille-les tendrement
Dans le Sein d'Abraham

Et la foule hébétée de sombre chagrin
Porte sans le savoir 
Le deuil immense et tragique
De Dieu qui reste attentif
A la porte des cœurs désespérément clos


Claude Lopez-Ginisty

vendredi 29 avril 2011

Christina Rosetti: Tous les saints



Ils ont apporté de l'or et des épices pour mon Roi,
De l’encens des étoffes précieuses et de l'ivoire;
Ô ma sainte Mère, que puis-je apporter
Pour que mon Seigneur daigne me regarder?
Ils chantent une chanson plus douce que celle que je puis chanter,
Tous couronnés et glorifiés excessivement:
Moi, liée sur terre, je pleure pour mon péché, -
Libérés, ils chantent le cantique de l'amour dans le ciel.
Alors, me répondit ma Mère, et sa voix
Parla à mon cœur, oui répondit dans mon cœur:
"Chantez, dit-Il aux cieux, sur terre, réjouissez-vous!
Toi aussi élève ton cœur vers Lui en Haut:
Il ne cherche pas ce qui est tien, mais toi, comme tu es,
Car regarde, Sa bannière sur toi est Amour. "

Christina Rossetti (1852)
Version française Claude Lopez-Ginisty
crédit icône:

samedi 16 avril 2011

Romanòs: Il nous attend toujours ici.



A quoi cela ressemblerait-il,
si nous croyions vraiment
et que nous ne mentions pas à nous-mêmes et à Lui?
Comment vivrions-nous, si nous savions à coup sûr
que nous sommes vraiment Ses fils?

Tandis que je suis assis ici
à me poser et à vous poser cette question,
Je ne me trouve pas moins que vous
menteur envers le Père qui m'aime tant,
qu'Il me dit tranquillement de venir avec Lui
afin que tous ensemble nous puissions trouver et brûler
la preuve de mon péché.

Bien que je lui coûte très cher,
et que j'aie menti pour rendre ma folie moins claire,
Il a vu à travers tout ce que j'ai dit et fait.
Ma crainte de Sa colère l'a attiré tout près.

Il sourit, et nous met tous deux à l'aise.
Il semble plus intéressé par autre chose,
pas par ce dont chacun de nous a tellement honte.

Il ne semble pas regarder
tout ce que nous aurions dû faire,
et il ne gronde pas non plus.

Tenons avec une confiance sans bornes
dans Son soin constant,
car même si nous nous tourmentons pour  L'avoir offensé,
nous trouvons qu'Il nous attend toujours ici.

Romanòs
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 2 février 2011

La prison du moi



Cliquez pour voir l'image en taille réelle


Emprisonné à l'intérieur de toi,
 il y a quelqu'un, 
quelque part
qui attend de se libérer
pour réduire en miettes la façade
et montrer qui est vraiment là

Sors avec un sourire sur ton visage
ne laisse personne savoir que tu es triste
ne laisse personne savoir
qu'à jamais tu ne pourras plus
à tout jamais accepter quoi que ce soit

Tu en as assez du monde et de ses faux-semblants
Mais tu es emmuré dans la prison de ton esprit
Tu veux quelque chose de réel 
quelque chose de vrai
Que tu sais ne pas pouvoir trouver en ce monde

Ta prison est également ta vie
Où tu es assis dans l'isolement
tu ne peux pas communiquer 
avec qui que ce soit
les conversations sont que des mots 
dépourvus de sens

Tu as remarqué une fissure 
dans le mur de ta cellule
tu te précipites pour la réparer 
pour que personne ne passe à travers
car alors quelqu'un pourrait faire s'écrouler tes murs
te laissant sans défense

Jésus tend la main et frappe à ta porte
" Y a-t-il quelqu'un à l'intérieur?" demande-t-Il
oui- Tu prends Sa main et tu t'extirpes à l'extérieur
détruisant les murs à tout jamais

maintenant, tu peux sourire de joie en ton cœur
tu as trouvé quelque chose d'autre que ce monde
et tu sais que tu es libre
comme tu ne l'as jamais été auparavant

Ton âme a trouvé son refuge
elle n'est plus dans la prison de l'isolement
elle a brisé ses chaînes-
une fois pour toutes!

Caroline


Version française Claude Lopez-ginisty
d'après

Dessin & icône:
"Icons courtesy of www.eikonografos.com, used with permission." 

samedi 16 octobre 2010

Tsvetan Biyukov: A demain!



Les paroles soutiennent
et les paroles peuvent frapper
Les paroles ressemblent à des cannes

Les paroles se rendent
Les paroles trahissent
Les paroles trahissent l'espoir et l'amour

Les paroles contraignent
et les paroles trompent
Tes paroles consolent et pourtant tu pars

Les paroles donnent tout
et les paroles n'ont pas tout
Paroles amères derrière ton dos

Les paroles confirment
et pourtant nient
Tuent ton âme avec des couteaux haineux

Les paroles pour guérir
Les paroles pour attirer
Les paroles, les dents serrées - rien de nouveau

Les paroles d'amour
et les paroles de haine
Les paroles t'ont mis dans la tombe

Paroles-défis
Voix putride de colère
parole vide qui fait un bruit vide

Les paroles de l'affliction
et de la frustration
dues à l'aliénation des paroles

Les paroles restreignent
et les paroles récupèrent
Paroles de sagesse, paroles naïves

Les paroles créent
et les paroles détruisent
Paroles puissantes dans une voix puissante

Les paroles peuvent juger
et les paroles pardonner.
Parole de Dieu, crois-tu?

Puis-je être
ce que je veux être?
Toujours homme de paroles, mais homme d'action.

Attendez et vous verrez,
Attendez seulement, et vous verrez.


Je prierai pour vous, vous priez pour moi.

+

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 10 décembre 2008

Mère de Dieu


Mère
je suis Ton fils
parmi tous les autres fils de la terre
et du Ciel

mais je vois à Ton regard tendre
que Ton amour ne se partage pas
Tu le donnes à chacun tout entier
et personne n’en est privé

écoute ma peine
réjouis-Toi de mon bonheur
et d’une main sur mon front
quand je Te demande timidement 
de prier Dieu pour moi
rassure mes doutes

et dis-moi doucement
que je possède l’Amitié
de Ton Fils.

Claude Lopez-Ginisty

Source icône

mardi 21 octobre 2008

La Voie





Pour ne pas Te suivre
nous avons voulu croire
que Tu nous avais donné la liberté
non comme levain
de notre union avec le Père et nos Frères
mais comme geôle dans les beautés du monde

Pour ne pas aller avec Toi
jusques au Calvaire
nous faisons quelquefois semblant d’ignorer
le jour clair de ta Résurrection
et nous prêchons au monde par notre tristesse
un Dieu mort il y a deux mille ans

Seigneur envoie Ton ange et son charbon ardent
afin que notre bouche publie Ta louange autrement
qu’en paroles sèches et moralisantes
qui souillent Ton visage

Fais éclater en nous la Sainte Joie
qu’elle soit parfaite pour que nous soyons parfaits
et que nous disions en sourires et en chansons
l’aube nouvelle qui attend tous les hommes

Seigneur délivre-nous de cette attitude sinistre et triste
que nous prenons en croyant être pieux
alors qu'elle déchire de son rictus blasphématoire
l’arc-en-ciel que Tu as mis entre la vie et la mort.

Claude Lopez-Ginisty

vendredi 17 octobre 2008

En Christ


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On ne peut consoler Job
Quand même ses amis l’accablent 
En essayant de lui montrer 
Que son Dieu l’oublie

On ne peut changer le monde
Pour qu’il soit conforme
Au dessein ineffable
De la Providence

On ne peut sans dommage
Sonder la tristesse et l’angoisse
Et décider sans malaise
De leurs causes immédiates

Mais Il viendra indubitablement
Sécher toute larme de tout visage

Sa tendresse est sans faille aucune
Et Son Amour incommensurable

Les pleurs seront comme une rosée
Que l’Autre Soleil fera renaître en fleurs

Les soupirs seront la mesure exacte 
Des sourires dans le Royaume

Car le Royaume viendra et il est déjà là
Dans la Parole Qui le promet

Dans la détresse qui brise et qui lasse
Dans le regard qui ne voit plus
A travers les limites crucifiantes de l’épreuve
L’aube point 

Dans le sentiment terrible de l’abandon
Où toute mesure est dépassée
Par la peine et la nuit
L’aurore se fait jour et la nuit est ajournée

Et d’un signe vainqueur de la Croix 
Nous quittons le Golgotha
Pour le tombeau vivificateur
Et c’est le matin du jardin de Pâques

Toutes douleurs et toutes détresses
Mystérieusement se transforment soudain
Et dans la gloire de Sa résurrection
Le visage du Crucifié annonce l’Eternité.

Claude Lopez-Ginisty

lundi 16 juin 2008

Poème d'un nouveau martyr russe



Prince Vladimir Paley


LE PRISONNIER

La nuit est muette et terrible. 
Le temps passe lentement.
Le prisonnier l'âme angoissée,
est étendu sans pouvoir dormir,
Tellement submergé 
par le souvenir des jours anciens
Ecoulés dans une vie lointaine 
et agréable...

Derrière la fenêtre le garde passe 
sans arrêt,
Ce n'est pas seulement une personne 
engagée à surveiller un autre homme
Non -c'est un Letton, un ennemi,
renfrogné et sanguinaire,
Qui traite le prisonnier 
avec un mépris froid et violent...

O pourquoi? Pourquoi?
Cette pensée jaillit de l'âme,
Et toute la torture 
de cette angoisse mortelle,
De chaque heure 
de cette terrible attente
De meurtres qui menacent 
chaque instant de quiétude,
Les pensées du prisonnier 
l'élèveront en prières...

Tout ce qui oppresse, 
est si sombre et si vil...
Ceux qui nous sont proches 
et chers
sont si terriblement loin
Et pourtant 
tous ses ennemis sont terriblement
si proches.

- Nouveau Martyr 
Prince Vladimir Paley (1918)-
Version françaiseClaude Lopez-Ginisty

mercredi 11 juin 2008

L'icône de la Panaghia


Mère de Dieu de Vladimir

Mère de Dieu Wladimirskaïa

+
Devant l'icône de la Panaghia

Qui ne regarde que ton regard

Tu peux dire la blessure profonde

Par laquelle tu meurs de ne savoir vivre



Elle sait dans Ses yeux lourds de mystère

Tous les chagrins que tes lèvres prononcent

Et quand tu dis la douleur ou la tristesse

Son sourire l'étrange dans Sa prière



Tu deviens le fils qui parle silencieusement

Et ton âme s'épanche dans le sein de Son cœur

Et ta bouche étanche aux lacs de Ses yeux

Sa soif de croire que le bonheur existe



Regarde au-delà de l'icône

Afin de trouver ébloui comme un enfant

La Mère attentive à ton moindre soupir

Qui ourle ton souci d'un liseret tendre



Devant la Panaghia

Qui ne regarde que ton regard

Tu peux oublier la profonde blessure

Par laquelle tu meurs de ne savoir vivre ta vie


Claude Lopez-Ginisty