"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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dimanche 2 mars 2025

DIMANCHE DE LA TYROPHAGIE


 Ce jour est connu sous le nom de dimanche de la tyrophagie, car c'est le dernier jour où l'on peut manger des produits laitiers avant le début du jeûne du Grand Carême, qui commence le lundi. C'est aussi le dimanche du pardon, où nous cherchons à nous réconcilier avec nos coreligionnaires afin d'entamer le jeûne dans un esprit d'amour et de charité chrétienne.

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St. Théodore Tyron

Le calendrier des saints comporte une abondance de commémorations aujourd'hui, dont celle de saint Théodore Tyron. Cela ne signifie pas qu'il était originaire de Tyr, mais qu'il était une recrue [on l'appelle aussi Théodore d'Amassée]. Il servait dans l'armée dans la ville d'Amasée, dans le Pont, sur la côte de la mer Noire, en l'an 306, sous le règne de l'empereur romain Galère. Théodore reçut l'ordre d'exécuter l'obligation légale d'offrir des sacrifices aux idoles païennes, mais il refusa et  déclara sa foi en Christ Sauveur. Son commandant lui donna quelques jours pour reconsidérer sa position. Alors qu'il mourait de faim en prison, le Christ lui apparut et le réconforta. Accusé d'avoir incendié un temple païen et détruit l'idole de Rhéa (déesse de la maternité et reine des Titans), Théodore fut traduit devant le gouverneur Publius, qui le condamna à mourir brûlé vif. Le saint fit le signe de la croix alors qu'il se tenait dans les flammes, louant Dieu. Puis, alors qu'il remettait son âme entre les mains de son Créateur, les spectateurs, dont l'auteur de sa Vie, virent l'âme du martyr monter au ciel. Sa dépouille mortelle fut enterrée avec respect par des chrétiens fidèles, puis transférée à Constantinople. Plus tard, l'empereur Julien l'Apostat (361-363) décida de se moquer des chrétiens de Constantinople et de les insulter au début du Grand Carême. Il ordonna que le sang des sacrifices dans les temples païens soit répandu sur les aliments sur les places de marché. Saint Théodore apparut en songe au Patriarche Eudoxios, l'avertissant de l'outrage et lui conseillant de ne manger que du blé bouilli et du miel (kolyva). Il  indiqua au patriarche où il était possible de trouver des produits non contaminés. En souvenir de cela, l'Église célèbre la mémoire de saint Théodore chaque année le premier samedi du Grand Carême. Cette coutume fut instaurée par l'archevêque Nektarios de Constantinople (381-397). 

Ste Mariamne

 
Sts Philippe et saint Barthélémy

Sainte Mariamne, la Vierge apostolique, fit vœu de virginité et devint la compagne de son frère l'apôtre Philippe et du saint apôtre Barthélemy, les assistant activement dans leurs travaux missionnaires. L'historien de l'Église Nikephoros Calliste donne des détails sur leur prédication dans la ville phrygienne de Hiéropolis, où ils furent arrêtés et emprisonnés. Saint Philippe fut martyrisé par crucifixion, mais Mariamne et Barthélemy furent libérés. Mariamne mourut en paix. 

St. Finan de Lindisfarne

Saint Finan est décédé en ce jour en l'an 661. C'était un moine irlandais qui avait été formé au monastère d'Iona. En 651, il fut désigné pour succéder à saint Aidan comme deuxième évêque de Lindisfarne. En tant qu'archipasteur, il s'efforça sans relâche d'établir la foi véritable. Il convertit le roi Sigebert des Saxons de l'Est et le roi Peada des Angles du Centre. Il construisit une cathédrale sur l'île de Lindisfarne et contribua à la fondation du prieuré de St Mary à l'embouchure de la rivière Tyne, ainsi que de l'abbaye de Gilling. Finan est décrit comme un homme à la vie vénérable, évêque d'une grande sainteté et maître éloquent. Après dix ans, il reposa dans le Seigneur en 661 et fut enterré à Lindisfarne. 

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Le Grand Carême commence demain et nous sommes dans la dernière phase de notre préparation. La lecture de l'Évangile d'aujourd'hui (Matthieu 6, 14-21) est brève et tellement explicite que même le commentaire de saint Théophylacte est assez bref. Le chapitre 6 de l'Évangile selon saint Matthieu commence par les paroles du Christ sur l'aumône, dont il dit qu'elle doit être faite discrètement. 

Les donateurs qui font d'importantes donations charitables sous les feux de la rampe sont récompensés par les louanges du monde. Il nous est enseigné de ne pas rechercher les honneurs du monde, mais plutôt de faire ce qui plaît à Dieu. Le chapitre se poursuit par l'enseignement aux disciples de la prière, avec les paroles que nous connaissons sous le nom de « Notre Père ». 

Nous arrivons ensuite aux versets qui sont lus dans la liturgie d'aujourd'hui.  Le commentaire attire notre attention sur le faux deuil des hypocrites, qui se maquillaient le visage pour être pâles. Ce stratagème théâtral, destiné à suggérer la douleur, est rejeté comme étant sans valeur. Ensuite, il est question d'huile, manifestement d'huile d'olive. Une note de bas de page du traducteur, plus haut dans le commentaire, dit : ..... En grec, les mots pour « olive » et « miséricorde », elaias et eleos, sont très semblables à l'oreille, bien qu'ils ne soient pas liés par l'étymologie. Ces deux mots sont souvent associés l'un à l'autre. C'est un exemple où une nuance dans une langue peut être rendue, difficilement, dans une traduction. Ainsi, la référence à l'onction implique de faire preuve de miséricorde, ce qui s'exprime par l'aumône. La lecture se termine par un sujet qui est revenu à plusieurs reprises, la question des biens matériels. Qu'aimons-nous le plus, les choses de Dieu ou les choses de ce monde ? Le Seigneur dit : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ».                              

Les textes liturgiques d'aujourd'hui prennent pour cadre l'histoire d'Adam, mais nous retrouvons l'utilisation grammaticale de la première personne. Ici, on nous apprend à regarder l'essence plutôt que le récit. La base de l'histoire est la volonté de désobéissance, qui est aggravée par une tentative de rejeter la responsabilité sur quelqu'un d'autre. 



Lorsqu'on me reproche une transgression, combien de fois a-t-on utilisé l'excuse « ne me reproche pas parce que.....ceci, cela ou autre » ? Dans le Canon et les autres textes liturgiques d'aujourd'hui, le pronom de la première personne est utilisé parce que je ne devrais pas examiner les fautes d'une autre personne ou la pointer du doigt, mais je m'accuse moi-même. Cette approche est démontrée à la fin des vêpres du dimanche après-midi, lorsque nous célébrons le rite du pardon mutuel. 


Nous nous demandons mutuellement pardon pour tous nos manquements, lorsque nous n'avons pas été à la hauteur de notre vocation chrétienne. Nous nous humilions devant nos frères et sœurs en Christ en reconnaissant nos propres faiblesses. Ce n'est que par une véritable humilité que nous pouvons nous rapprocher de Dieu.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
in Mettingham. 

ENGLAND






dimanche 26 février 2012

Sur le site de l'archimandrite Thomas: Dimanche du Pardon



sur 
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«Si vous pardonnez 
leurs fautes aux autres,
Votre Père qui est dans les cieux
Vous pardonnera aussi.”
(Mt 6, 14)
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Le Dimanche du Pardon

Très chers frères et sœurs,

Aujourd'hui j'aurais aimé décorer l'église de ce qui restait dans les rayons après la Saint Valentin, car, vous l'aurez sans doute remarqué, cette semaine le monde a fêté la Saint Valentin. Dans la tragédie 'Hamlet', Ophélia qui a perdu la tête se met à chanter:

Bonjour! C'est la Saint-Valentin.
Tous sont levés de grand matin.
Me voici, vierge, à votre fenêtre, pour être votre Valentine.
Alors, il se leva et mit ses habits, et ouvrit la porte de sa chambre;
et vierge elle y entra, et puis jamais vierge elle n'en sortit
( William Shakespeare, Hamlet, acte IV, scène 5)



Des plumes, des petits cœurs et des ballons roses de tous formats et matériaux … 
Mais hélas, qui vous dira qui était Valentin ou pour quelle raison on le fête!



Je suis au regret de devoir vous dire que Valentin n'est pas le patron des amoureux. Il n'est pas non plus le patron de l'amour. Valentin est, par contre, le patron du pardon, mais cela, qui voudra s'en souvenir dans notre société moderne? Quant à nous, nous le fêterons bel et bien pour cette raison précise là aujourd'hui. Et nous le fêterons avec exubérance car c'est véritablement une fête que de pouvoir se donner mutuellement le pardon et de recevoir le pardon des autres. C'est l'une des plus grandes des fêtes que l'Église puisse fêter.



Afin que l'année prochaine vous sachiez exactement qui vous fêtez et ce que vous fêtez lorsque vous offrirez à vos proches les plus chers et les plus aimés une rose rouge, un petit cœur, un bouquet de fleurs ou un petit animal en peluche, je vous dirai quelques mots à propos de ce Valentin.



Valentinus, était son véritable nom à l'époque; il était prêtre à Rome et fut jeté dans la prison de Mamertin par l'empereur Claudius Flavius en 269 à cause de sa foi. Ceux qui connaissent l'histoire de la Rome ancienne sauront que cette prison était un donjon souterrain où étaient incarcérés les pires criminels. Dans cet endroit, il n'y avait bien sûr ni lumière ni air frais ; la seule lumière provenait de la lueur des torches fumantes dont l'odeur et la fumée se répandait partout et se mêlait à celle des excréments humains car il n'y avait évidemment pas de toilettes dans les cellules pour les occupants qui connaissaient parfaitement leur sort, la mort, mort qui dépendait de la fantaisie de l'empereur et de la créativité des geôliers.



Le gardien qui s'occupait de Valentin s'appelait Astérius et était un chef d'armes qui, pour le dire euphémiquement, avait des tendances sadiques et se faisait un plaisir malin d'exécuter ses fantasmes les plus sordides sur le prêtre Valentin. La simple lecture des supplices qu'il lui infligeait me rend déjà malade, je vous en épargnerai donc le détail. Un jour Valentin agenouillé priait dans sa sombre cellule: « Seigneur Jésus Christ, Tu es ma Lumière, Tu es mon Salut. » Astérius entendant ces paroles ne put s'empêcher de rabrouer sarcastiquement Valentin en lui disant: « Si ton Dieu qui est Lumière existe vraiment, demande lui alors de rendre la lumière aux yeux de ma fille qui est aveugle depuis deux ans maintenant » Valentin interrompt sa prière, se lève, se tourne vers son geôlier et lui dit: « Le Seigneur te pardonne. Moi aussi je te pardonne. Que ta fille vienne ici. » Astérius fait venir sa fille qui recouvre la vue grâce à la prière de Valentin. Vous devinez tous la suite de ce récit: Astérius se convertit et se fait baptiser avec toute sa famille. Mais ils subissent tous, Valentin inclus, la mort du martyre, mort différente pour chacun d'entre eux mais également cruelle cependant. La relique du crâne de Valentin repose encore à Rome ce jour.

Telle est la  véritable histoire de la vie de Valentin et la raison pour laquelle il est célébré: il pardonne à son gardien toutes les vexations et supplices qu'il avait subis, et il guérit sa fille de la cécité. Voilà donc la raison pour laquelle la Saint Valentin est bien la fête du pardon et non pas la fête des amoureux comme les intérêts commerciaux veulent nous le faire croire. Que la Saint Valentin soit devenu la fête des amoureux découle d'un usage qui vit le jour suite à un poème que Chaucer écrivit à l'occasion des fiançailles d'un Prince héritier anglais avec une princesse française un 14 février justement.



Aussi, fêtons donc le véritable Valentin en ce jour, en ce jour du Dimanche du Pardon. Nous, orthodoxes, nous nous délectons de parler de Dieu et de Lui appliquer des qualificatifs. La théologie dite 'apophatique' pour utiliser un vocable savant, déclare que Dieu ne peut être circonscrit ou défini par des paroles, c'est pourquoi Dieu est défini par ce qu'Il n'est pas. Dieu est L'Inconnaissable, L'indescriptible, L'insaisissable, L'insondable. Le préfixe 'in-' qui équivaut à l'alpha privatif en grec évoque une approche négative; en d'autres mots, l'on réfute à l'avance ce que l'on dira ensuite. Dieu est L'in-saisissable, L'in-descriptible... Il ne peut être compris, Il ne peut décrit, ni cerné ni défini.

Je suis néanmoins d'avis que l'on peut bel et bien donner un qualificatif à Dieu, Lui attribuer  une qualité : Dieu à une propension au Pardon. Dès que l'homme commit sa faute « impardonnable » au Paradis, Dieu ne ménagea aucun effort pour replacer l'homme sur la voie du pardon afin qu'il puisse accorder et recevoir le pardon. Dieu a été jusqu'à l'extrême dans Ses efforts: Son Fils Unique a pris sur lui la charge du péché de toute la race humaine et est mort sur la Croix pour cela, alors que simultanément Il pardonna leur ignorance à ses bourreaux: « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Lc 23, 34)



Nous nous disons chrétiens, n'oublions donc pas que nous portons Son Nom. Si nous portons ce Nom en toute conscience, il nous faudra également pouvoir et vouloir appliquer dans notre vie cet attribut divin qu'avait Valentin: la propension à pardonner. Si nous ne le faisons pas, chers frères et sœurs, nous ne pouvons pas nous nommer des chrétiens, car nous agirions d'une façon pire encore que celle des infidèles, car non seulement porterions-nous hypocritement ce Nom mais, en plus, nous blasphémerions contre Lui et nous serions maudits à Ses yeux. Profitons donc de l'occasion de fêter en toute conscience Saint Valentin en demandant pardon et en accordant notre pardon. Abba Poemen disait à propos d'Abba Isidore que c'était la seule parole qu'il confiait aux frères de l'Église: « Pardonnez à votre frère afin que vous puissiez être pardonnés. »

Je te demande pardon, je ne veux pas que l’on y passe,
Dans le grand trou où tout s’efface.
Je te demande pardon, je ne veux pas qu’on efface,
Ces liens qui nous enlacent, qui nous enlacent.


Les mots semblent faibles, à la lueur des réverbères,
Les trous dans l’air, les blessures au mystère.
Sur ce coin de trottoir, dans le cœur de l’espoir,
On met un peu de noir, on meurt sans le savoir.


Des amures étincellent, de glaives au fin tranchant,
Deux êtres s’écartèlent, comme deux combattants
Accrochés à leurs armes comme pour ne pas sombrer,
Accrocher à leurs larmes, sur le radeau brisé.


On a perdu le rire, dans les égaux du temps,
Le pire est à venir, si l’on ne meurt avant,
Ce feu de solitude brille au cœur du naufrage.
Mais vois je me dénude, jusqu’au coeur de l’orage.


Je te demande pardon, je ne veux pas que l’on y passe,
Dans le grand trou où tout s’efface.
Je te demande pardon, je ne veux pas qu’on efface,
Ces liens qui nous enlacent, qui nous enlacent.