"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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vendredi 17 mai 2019

Protodiacre Kedroff : à propos de la situation de l'Archevêché des églises orthodoxes russes


A noter que : la divulgation de cette lettre a été autorisée par l'auteur
Chers Pères, le Christ est ressuscité ! Bénissez !
Je me permets de réagir à votre courrier relatif au destin de l'Archevêché (et par là même, à d'autres avis qui se sont exprimés ces derniers temps). En premier lieu, je déplore l'utilisation de cette phrase de l'apôtre Paul, citée hors contexte, et épinglant à mots couverts une Église Orthodoxe. La compréhension de la "liberté en Christ" signifierait, selon l'Apôtre, qu'il faille se soustraire à toute obédience patriarcale ? Le "joug de l'esclavage" consisterait en notre inféodation au Patriarcat de Moscou ?
Mais il n'est pas nécessaire d'avoir fait une année de théologie pour comprendre que l'Apôtre parle du joug du "monde", joug qui est étranger au christianisme (du monde païen, en l'occurrence) et de celui du péché. Et vous dites qu'il faut s'abstenir de la politique. Mais votre exégèse est purement politique et non spirituelle.
Proclamer notre autonomie : pour qui nous prenons-nous, pour prétendre revendiquer l'autonomie, après seulement quatre-vingt-dix ans d'existence, alors que nous n'avons même plus la possibilité de nous "offrir" un deuxième évêque ? Aussi, il n'y a personne pour ne pas comprendre qu'une telle auto-proclamation nous couperait de l'ensemble de l'Eglise et nous mettrait en situation de schisme. Et vous invoquez l'esprit d'unité ? Mais c'est la division que vous prêchez, et non la réconciliation. D'ailleurs, qui vous suivrait dans une telle aventure ? Pour moi, je vous demande pardon, c'est de l'aveuglement !
Quand vous évoquez les Églises qui, après plusieurs siècles d'existence, ont déclaré vouloir se soustraire au Patriarcat qui les avait engendrées, comment pouvez-vous les comparer à notre pauvre diocèse. Celles-ci ont montré des fruits autrement plus probants. Un peuple entier était devenu chrétien, l'Orthodoxie était devenue l'étendard de toute une nation, des dizaines ou des centaines d'évêques pouvaient assurer la pérennité de cette Église, un peuple fervent et nombreux y priait, on y trouvait monastères, séminaires et écoles de théologie, enfin, pardonnez-moi du peu, de nombreux saints y étaient glorifiés... Tout cela contribuait au témoignage d'une Église mâture qui fit ses preuves. Et nous, que pouvons-nous présenter ? L'absence de monastères, une pénurie de candidats à l'épiscopat, la déshérence d’une école de théologie, la dérive d’un diocèse en fin de course, divisé de surcroît, bref, l'annonce d'un naufrage.
Et malgré ce constat, on se croit important, on se trouve reluisants et dignes d'être convoités. Chers Pères, frères et sœurs, ouvrez les yeux, faites preuve d'un peu de modestie et de sens spirituel. Ne discernez-vous pas l'état dans lequel nous nous trouvons ? Même le Patriarcat Œcuménique ne nous juge plus digne d'exister. Bien sûr, il faudrait de longues pages pour analyser les causes des divisions internes qui rongent notre Archevêché depuis des décennies et qui expliquent, hélas, les carences actuelles. Je le répète, ouvrons les yeux, ne nous aveuglons pas en nous imaginant ce que nous ne sommes pas. En un mot : montrons un peu d'humilité.
Aujourd'hui, le Seigneur a fait preuve de bonté envers nous : nous avons un Archevêque. Nous n'en avons plus qu'un, mais nous l'avons quand-même. Je vous pose la question : Où est-il prescrit dans la tradition spirituelle de l’Eglise qu'il faille continuellement s'opposer à lui, revendiquer, contredire et faire preuve d'insoumission comme nous le faisons ? Est-ce au nom de la "liberté" spirituelle prescrite par l'apôtre Paul ? Est-ce pour ne pas se soumettre au "joug" de l'esclavage ? Mais nous ne sommes pas des syndicalistes pour définir la "liberté en Christ" sous cet angle sociologique. Et qu'on n'invoque pas le concile de Moscou de 1917-1918 pour nous justifier, car c'est ici l'esprit du "monde" qui anime nos prétentions et non celui de l'Eglise. Si les Pères du concile sus-cité avaient vu par avance la manière dont on en exploiterait les thèses au XXIe siècle, ils l'auraient abrogé à l'unanimité pour ne pas cautionner une telle dérive.
La Providence de Dieu nous a mis dans une situation où il n'y a plus d'alternative (si l'on veut prétendre à exister encore). Ce n'est pas une option, c'est un Jugement que Dieu émet sur nous. Nos pères ont semé, certains ont fait fructifier, mais aujourd'hui, force est de constater que la récolte est maigre, beaucoup de fleurs se sont fanées, il n'y a pas de quoi se pavaner, car c’est la survie de notre diocèse qui est en question. Pourquoi cela ? Nous devrions nous poser la question... Si l'on lit attentivement l'enseignement de l'apôtre Paul, il ressort au contraire que la liberté se trouve dans l'obéissance au Christ. Or, comment discerner la volonté du Christ ? Elle est dans l'obéissance à l'Eglise. Que nous prescrit l'Eglise ? L'obéissance à l'évêque et à la Tradition canonique et dogmatique de Celle-ci. Discernons les signes des temps. Les temps sont mauvais. Les voies dans lesquelles s'est aujourd'hui engagé le Patriarcat de Constantinople nous laissent perplexes. Il n’est pas question ici de la politique, mais de la conception même de l'Eglise. Toutes les Églises orthodoxes expriment leur trouble. Douze "startsy" du Mont-Athos sont sortis de leur silence et ont exprimé par écrit leur condamnation absolue des dérives canoniques et ecclésiologiques empruntées par le Patriarcat Œcuménique. La situation est grave.
Pour moi, le Seigneur a permis que nous soyons témoins de ces dérives quelques semaines avant que notre Exarchat soit dissout précisément par le Saint-Synode patriarcal. Après examen attentif, il est apparu qu'aucune autre solution qu’un retour au Patriarcat de Moscou n’est capable de garantir la survie de notre Archevêché. Aucune autre voie n'est ouverte (je parle bien entendu des voies qui respectent le Droit canonique orthodoxe). C'est ce que notre Archevêque a discerné. Les autres "solutions" sont des aventures dénuées de fondement et de justification canoniques. Elles sont vouées à l'échec. J'ajoute : l'Eglise ne nous appartient pas. Elle appartient au Christ. Ne prenons pas le risque de nous être opposés à la volonté de Dieu, n'irritons pas le Seigneur par des revendications inconsidérées. Faisons preuve d'humilité et, son corolaire, l'obéissance. Car pour l'instant, nous créons beaucoup d'agitation en même temps que nous affligeons beaucoup notre Archevêque.
Par la grâce de Dieu, une grande majorité de notre Archevêché a voté la conservation de l'intégrité de celui-ci, et se montre disposé à marcher à la suite de notre archevêque Jean. Je vous implore aujourd'hui : que les choses soient paisibles et se déroulent "dans l'ordre" comme dit l'Apôtre. Je ne dis pas cela pour défendre une idéologie ou une vision nationaliste de l'Eglise. Certes j'ai des préférences, mais j'essaie ici d'être objectif et de considérer ce qui apparaît le mieux pour le plus grand nombre. Pour cela, je m'appuie sur les critères spirituels et sur les canons de l'Eglise. Combien de temps encore allons-nous danser sur les deux jambes ? Nous sommes tous fatigués de cette situation. On ne peut plus attendre indéfiniment. Il faut maintenant trancher. Nous ne pouvons plus rester dans l'incertitude ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons. Une dernière fois : faisons preuve d'humilité et cherchons VRAIMENT la volonté de Dieu et non pas nos intérêts privés qui ne mènent à rien. Je demande pardon si j'en ai blessé quelques-uns. J'ai taché d'être sincère et de dire ce qui me semble vrai. Je n'ai d'hostilité envers personne mais je ne veux pas être témoin du naufrage de notre diocèse.
En vérité, le Christ est ressuscité ! Bénissez, chers Pères.
Protodiacre Alexandre Kedroff.
SOURCE
Alpha & Oméga

L'Orthodoxie aujourd'hui

Analyses et actualités du monde Orthodoxe 

samedi 23 février 2019

Eglises orthodoxes russes en Europe Occidentale ( Daru)

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Préservons l'intégrité et la cohérence de l'exercice de la responsabilité pastorale au sein des églises orthodoxes russes en Europe Occidentale

La lettre ouverte de Monseigneur Emmanuel au clergé de l'Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe Occidentale, a suscité incompréhension et doutes. D'autant plus que cette lettre est apparue juste avant la tenue de l'Assemblée Générale Extraordinaire dédiée à la détermination de l'avenir de l'Archevêché.

Le métropolite Emmanuel propose de discuter de façon ouverte et confiante l'idée de la création d'un vicariat russe au sein de sa métropole, suite à la dissolution de l'archevêché par le patriarche Constantinople. Dans sa lettre, le métropolite donne les conditions de la mise en place d'un vicariat, d'une façon bienveillante mais directive.

Un vicariat se définit comme une structure ecclésiale subordonnée dont le contour reste flou : elle peut prendre la forme d'une structure métropolitaine, d'un archevêché ou d'un exarchat. Les vicariats existants aujourd'hui ont des statuts qui se situent entre ceux de l’archevêché et de l'exarchat. Ses statuts sont en réalité définis par le patriarcat de Constantinople. Si l'exarchat avec ses statuts actuels devient un vicariat de la métropole grecque en France, il risque de voir ses statuts remis en question, et donc de perdre toute liberté d'action. Or pour pouvoir sauvegarder dans le contexte actuel une certaine autonomie, l'exarchat doit pouvoir préserver ses statuts. Notamment afin de pouvoir aborder sereinement le fonctionnement futur de l’exarchat (organisation des monastères, choix de ses cadres et de son archevêque).

Le témoignage porté par la tradition orthodoxe russe est fort dans de nombreux pays d'Europe Occidentale, bien au-delà de la France. Quel sens y a-t-il à réduire le statut de l'archevêché à un vicariat de la métropole grecque de France?

Une pratique similaire a déjà eu lieu dans le passé. En 2006, l'évêque Basile Osborne (Grande Bretagne) a quitté le patriarcat de Moscou pour rejoindre le patriarcat de Constantinople en créant un vicariat dépendant indirectement de Constantinople. L'évêque s'est ensuite marié, a été réduit à l'état laïc et son vicariat a été transformé en simple doyenné. L'archevêché, avec son si riche héritage spirituel, mérite-t-il un sort semblable?

Aujourd'hui, les européens se familiarisent plus facilement avec l'orthodoxie dans leur langue vernaculaire, mais au fil de leur cheminement dans la foi, nombreux sont ceux qui choisissent la beauté des offices en slavon, et souvent la tradition eucharistique participe du choix de telle ou telle paroisse.

Que peut proposer la tradition grecque aux paroisses russes, dont il lui est parfois difficile de prendre en compte les particularités? On peut se demander s’il ne s'agit pas finalement d'une manœuvre pour s'approprier les paroissiens de l'Archevêché, ce qui aurait une implication bien plus grande que la simple commémoration du patriarche œcuménique pendant les offices.

On peut se souvenir du Concile de Moscou de 1917-1918. Au stade de préparation de ce Concile, dans le troisième chapitre du conseil préconciliaire dans le Journal N°2 du 23 juin 1917, se trouve la décision de considérer l'institution d'évêques vicaires comme non canonique. Sont également proposées des mesures paisibles de remplacement de cette institution.

Malheureusement, dans le cas d'une union avec la métropole Grecque Orthodoxe de France, l'archevêché perdra non seulement son autonomie, garantie par ses statuts actuels, mais également sa tradition spirituelle russe. Il est notable que la mention du caractère temporaire de la structure de l'archevêché, avec à terme l'objectif d'un retour à l'union avec l'Eglise Orthodoxe Russe, ait, comme par hasard, aujourd'hui disparu des statuts. Cela équivaut à un oubli de l'histoire de la création de cette union de paroisses russes et, à terme, à un contrôle direct par le patriarcat œcuménique.

En réalité la problématique est plus large, mais elle est volontairement réduite dans la lettre de Monseigneur Emmanuel. La problématique de l'Exarchat touche à la formation des futurs cadres qui viendront en soutien à l'activité pastorale de l'archevêque Jean, et pas seulement le fait de choisir dans ses statuts un état de vicariat, et possiblement plus tard, d'un simple doyenné.

Aujourd'hui, alors que des difficultés apparaissent dans les relations entre les églises sœurs il convient de tirer les leçons de l'histoire. Au moment de la guerre grecquo-turque de 1965, l'état de délabrement du patriarcat œcuménique n'était un secret pour personne. C'est pourtant à ce moment précis que le patriarche Athénagoras exclut l'Exarchat des paroisses russes de sa juridiction. Et on sait quel fut le destin de cette entité soi-disant moribonde, qui ne voulut pas rejoindre l'Eglise Orthodoxe Russe du Patriarcat de Moscou en raison de la dépendance de cette dernière vis-à-vis du pouvoir soviétique: en 1965 fut proclamé l'indépendance totale de l'Exarchat sous la direction de l'archevêque Georges Tarassov. Pendant 5 ans, les paroisses de l'exarchat ne dépendirent canoniquement d'aucun Patriarcat.

Il est possible que l'objectif de la démarche du patriarche Athenagoras était de réintégrer l'exarchat après que celui-ci se soit affaibli et ait exclu de ses statuts la finalité première de l'exarchat qui était de revenir à terme au sein de l'Eglise mère Russe. Il est peut-être erroné d'interpréter ainsi les agissements du patriarcat œcuménique mais les faits parlent d'eux-mêmes. L'exarchat en effet ne formula pas le vœu de quitter le patriarcat de Constantinople en 1965, de la même manière, aujourd'hui, l'archevêque Jean ne s'est pas adressé au patriarcat de Constantinople avec la demande d'abolir l'exarchat ou de partir à la retraite. Quel était ici le propos : de même qu'en 1965, à savoir, dans un moment tendu, de conflit entre églises sœurs, comme c'est le cas aujourd'hui en Ukraine, forcer l'exarchat à faire un choix dans des conditions difficiles.

En 1971, le patriarcat de Constantinople reprit l'archevêché en son sein, et en 1999, lui octroya le statut d'exarchat à nouveau, mais non plus avec le fait de rejoindre l'Eglise russe comme finalité, comme cela avait été le cas originellement.

Quel que soit le sens que choisisse le navire, il est essentiel, tout comme en 1921, date à laquelle il était déjà dirigé par une association de droit français, que son cap soit choisi en conformité avec le droit canon, et que soit préservé un exercice intègre et cohérent de la responsabilité pastorale des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale.

Olga Kitchaeva
Département des relations avec la société et les médias du Patriarcat de Moscou

lundi 21 janvier 2019

Sur Orthodoxie.com:L’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale défend son unité



Dans un communiqué, daté du 17 janvier, le conseil de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale fait savoir :
« Ces derniers jours, de nombreux prêtres et diacres de l’Archevêché ont reçu un courrier du métropolite grec du pays où ils résident, leur intimant l’ordre de cesser de commémorer leur propre archevêque, de rejoindre le clergé des métropoles grecques, de considérer que, d’ores et déjà, nos paroisses et communautés font partie de ces métropoles et leur ordonnant enfin de leur remettre tous les documents et registres paroissiaux utiles. À ce sujet, le conseil de l’Archevêché renvoie à son communiqué du 30 novembre dernier et apporte ici quelques précisions.
Cette intervention d’évêques extérieurs dans le corps même de notre archevêché, même s’il s’agit d’évêques du même patriarcat, est irrégulière au regard de l’ecclésiologie et du droit : en effet, Son Éminence l’archevêque Jean est le seul évêque dirigeant légitime des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale. Le 28 mars 2016, il a été élu de manière régulière par l’assemblée générale extraordinaire de l’Archevêché, composée de tous les clercs et des laïcs délégués des paroisses qui composent notre corps ecclésial ; le 22 avril 2016, le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique a entériné cette élection. À partir de ce moment, l’archevêque Jean a été installé dans ses fonctions de manière définitive. Depuis lors, il n’a ni démissionné ni demandé une quelconque mise à la retraite et demeure, par définition même du ministère épiscopal, l’organe de la catholicité du diocèse et le président de l’Union diocésaine qui est la personne morale de droit français assurant la communion de toutes les paroisses et communautés de l’Archevêché. (…)
En effet, pour dissoudre l’Archevêché fondé en 1921 (c’est-à-dire avant même sa réception dans le Patriarcat de Constantinople), seule l’assemblée générale est compétente. Elle a été convoquée valablement pour le 23 février prochain et comporte un seul point à son ordre du jour : la discussion sur cette décision du Patriarcat. (…)
Si le Patriarcat œcuménique fermait la porte à toute possibilité de l’Archevêché de demeurer dans son sein, l’assemblée générale aviserait en conséquence. Toutefois, ni les métropolites grecs d’Europe occidentale, ni le conseil de l’Archevêché, ni même l’archevêque ne peuvent se substituer à l’assemblée ecclésiale qui a été valablement convoquée pour le 23 février prochain. »
L’intégralité du communiqué est en ligne ici.