"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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dimanche 21 décembre 2025

28e DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE

St. Ambroise de Milan



Nous ne pouvons laisser passer ce week-end sans nous souvenir de saint Ambroise de Milan, dont nous commémorons la fête samedi. Il vécut au IVe siècle, période troublée pour l'Église. Bien que l'édit de Milan ait mis fin à la violente persécution des chrétiens, l'hérésie arienne causa de graves problèmes. Le premier concile œcuménique condamna l'arianisme et établit la vérité de l'orthodoxie, mais ni le paganisme ni l'hérésie ne disparurent instantanément. Nombreux furent ceux qui, au sein de l'Église, souffrirent de la confusion doctrinale tout au long de ce siècle. À cela s'ajoutèrent des tentatives de retour au paganisme, en particulier sous le règne de l'empereur Julien l'Apostat. 

En raison de sa renommée, les légendes sur Ambroise se répandirent rapidement et sont consignées dans divers documents antérieurs à sa biographie officielle, ce qui rend difficile l'établissement de l'exactitude de certains détails historiques. Une anomalie est qu'il est réputé être issu d'une famille chrétienne, mais qu'il est resté non baptisé jusqu'à l'âge adulte, bien qu'il fût versé dans les questions théologiques de l'époque.

Aurelius Ambrosius est né vers l'an 340. Issu d'une famille de fonctionnaires, il reçut naturellement une éducation classique et poursuivit des études de droit. Il fut nommé gouverneur d'Émilie-Ligurie à Milan, où il acquit une réputation d'intégrité et d'équité dans ses décisions administratives. À cette époque, l'évêque de Milan était Auxence, connu pour ses sympathies ariennes. Il mourut en 374. Au IVe siècle, le peuple avait son mot à dire dans le choix des évêques. Ambroise, conscient des tensions causées par la controverse théologique contemporaine et craignant que le conflit qui en résultait ne provoque des dissensions, voire des troubles publics, chercha à apaiser la situation grâce à sa diplomatie influente. Cela conduisit le peuple à réclamer publiquement qu'Ambroise devienne évêque de la ville. Au début, ni Ambroise ni le clergé ne prirent cette idée au sérieux, ce qui ne fit qu'amplifier les protestations. Finalement, la question fut réglée et Ambroise accepta la tâche. Bien qu'il ait défendu l'orthodoxie, même ceux qui sympathisaient avec les Ariens acceptèrent sa nomination. Il fut donc baptisé, à l'âge de 33 ans. Il fut ordonné ce jour-là en 374. Autre détail inhabituel, il est commémoré ce jour-là, plutôt que le jour de sa mort (le 4 avril 397), ce qui est la coutume la plus courante.  

Ambroise prit sa fonction très au sérieux et donna l'exemple de l'ascèse en vendant ses biens et, après avoir pris des dispositions pour sa sœur, distribua tout aux pauvres et aux nécessiteux. Ses prêches, ses écrits et ses compétences administratives eurent une influence considérable sur l'établissement de l'unité de l'Église. Il prit même une mesure que des hommes moins courageux auraient craint de prendre. L'évêque Ambroise interdit à l'empereur Théodose l'accès à l'église et lui refusa les sacrements parce qu'il avait autorisé le massacre de Thessalonique (massacre aveugle de citoyens) en représailles à l'assassinat d'un fonctionnaire de cette ville. Théodose finit par se repentir et fut réadmis aux sacrements.

À une époque où la photographie n'existait pas encore, il n'est pas toujours possible d'établir l'apparence physique même de personnages éminents, mais nous disposons d'un portrait de saint Ambroise. Une mosaïque le représentant fut installée sur sa tombe par ceux qui l'avaient sans doute connu de son vivant. Il y est représenté avec une barbe courte, cadeau pour les iconographes ultérieurs. Il est également considéré comme le saint patron des apiculteurs. Selon la tradition, lorsqu'il était bébé, un essaim d'abeilles se posa sur son berceau et  laissa une goutte de miel sur son visage. Son père aurait vu cela comme un signe de la future éloquence et de la langue mielleuse du bébé.

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L'Évangile de ce dimanche est tiré de Luc 17, 12-19 et raconte le miracle de la guérison des dix lépreux. La lèpre était considérée comme très contagieuse et, afin de protéger la population, les malades devaient vivre isolés en dehors des villes. C'était le cas de ces dix hommes. Au fur et à mesure que l'histoire se déroule, le bienheureux Théophylacte, dans son commentaire, nous dit qu'ils représentent l'humanité. En raison de la politique d'isolement, ils ne se sont pas approchés du Seigneur, mais ont élevé la voix.  Même en criant de loin, ils ont montré leur respect en s'adressant au Christ en tant que Maître et en demandant miséricorde, laissant entendre qu'ils savaient qu'ils s'adressaient à plus qu'un simple homme.

Guérison des dix lépreux


Le Seigneur est proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité (Psaume 144:19). Le Seigneur n'a pas mentionné la maladie ni la foi évidente de ces hommes. Il s'est contenté de donner un ordre, auquel les lépreux ont obéi. 

Il n'est pas dit qu'ils aient hésité ou remis en question cet ordre. Pour pouvoir réintégrer la société, ces hommes avaient besoin d'une autorisation des autorités prouvant qu'ils n'étaient pas contagieux. Ainsi, tandis qu'ils s'en allaient, ils furent purifiés. Nous constatons alors une distinction entre eux. Un seul d'entre eux revint sur ses pas pour exprimer sa gratitude, et c'était un Samaritain. Il n'était pas un paria simplement parce qu'il avait contracté la maladie, mais il était déjà un étranger, membre d'une minorité méprisée. Nous lisons que le Samaritain glorifia Dieu, se prosterna à Ses pieds et Le remercia. Cet homme, quelle que soit son origine ethnique, parvint à comprendre la Vérité. La réponse du Christ fut : « Lève-toi, va, ta foi t'a sauvé. »


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

in Mettingham. 

ENGLAND

dimanche 25 décembre 2022

28e DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE

         
 

 

Aujourd'hui, c'est le dimanche des saints ancêtres. Nous nous souvenons des prophètes et des justes de l'ancienne alliance, qui attendaient l'Incarnation. Nous commémorons également aujourd'hui deux grands saints, Germain d'Alaska et Spyridon le thaumaturge de Tremithonte. Les  ancêtres ainsi que saint Germain ont fait l'objet de notes en de précédentes occasions, aussi nous nous concentrerons aujourd'hui sur le toujours mémorable saint hiérarque Spyridon.

 

La date exacte de la naissance de saint Spyridon, à Askeia à Chypre, n'est pas connue, mais elle se situe aux alentours de l'an 270. Son origine humble ne lui a donné aucun avantage matériel dans la vie, mais son âme était inspirée par son amour de Dieu. Il travailla comme berger et, dans sa jeunesse, il se maria, devenant père d'une fille, Irène. La nature charitable de Syiridon rappelle l'histoire de l'obole de la veuve, car on dit souvent que ceux qui ont le moins, donnent le plus. Il était si généreux qu'il partageait ses biens avec ses voisins et d'autres personnes encore plus pauvres que lui.

 

Après la mort de son épouse, Spyridon consacra sa vie à l'Église et fut élevé à l'épiscopat en tant qu'évêque de Tremithonte. Sa fille embrassa la vie monastique. Le fait de devenir évêque ne changea rien au mode de vie de Spyridon, qui combina ses actes de charité avec son travail pastoral. En 325, il assista au premier concile œcuménique de Nicée. Bien que le saint ne soit pas universitaire, Dieu inspira ses pensées et ses paroles. On raconte qu'il entama un débat avec un philosophe grec qui défendait l'hérésie arienne. Le saint évêque s'exprimait avec une conviction si profonde qu'il n'avait pas besoin de faire de grands discours. La tradition rapporte ses paroles : Écoute, philosophe, ce que je te dis. Il y a un seul Dieu qui a créé l'homme à partir de la poussière. Il a ordonné toutes choses, visibles et invisibles, par Son Verbe et Son Esprit. Le Verbe est le Fils de Dieu, qui est descendu sur terre à cause de nos péchés. Il est né d'une Vierge, Il a vécu parmi les hommes, il a souffert et il est mort pour notre salut, puis Il est ressuscité des morts et Il a ressuscité le genre humain avec Lui. Nous croyons qu'Il est un en essence (consubstantiel) avec le Père, et égal à Lui en autorité et en honneur. Nous le croyons sans aucune rationalisation sournoise, car il est impossible de saisir ce mystère par la raison humaine. Le saint homme était si inspiré et inspirant que, après le débat, le philosophe embrassa la vérité et devint l'un des défenseurs zélés de Spyridon.  En effet, on rapporte qu'il amena nombre de ses confrères à la Vérité. Lors du concile, le saint hiérarque démontra l'unité de la Sainte Trinité d'une manière remarquable. Il prit une brique dans ses mains et la serra. A cet instant, du feu en sortit, de l'eau tomba sur le sol et il ne resta que de la poussière dans les mains du thaumaturge. Il expliqua : Il n'y avait qu'une seule brique mais elle était composée de trois éléments. Dans la Sainte Trinité, il y a trois personnes, mais un seul Dieu.

 

De nombreux miracles sont relatés à propos de saint Spyridon. Une femme lui amena son fils mort en implorant ses prières. Il pria et l'enfant fut ramené à la vie. La mère fut tellement bouleversée qu'elle s'effondra sans vie. Grâce aux prières du saint, elle fut également ramenée à la vie. Une autre fois, il entendit parler d'un ami qui avait été accusé à tort et condamné à mort. Saint Spyridon se hâta de défendre l'homme mais son chemin fut bloqué par un ruisseau en crue. Ayant ordonné à l'eau de se retirer, il passa sans encombre de l'autre côté. Lorsqu'il fut informé du miracle, le juge accueillit le saint évêque et libéra l'accusé.

 

Saint Siméon Métaphraste, l'auteur de la vie de saint Spyridon, le compara à Abraham dans son hospitalité. On raconte qu'il accomplit de nombreux miracles, qu'il guérit des malades, nourrit des affamés, affronta l'hérésie et amena beaucoup de gens au Christ par sa prédication, mais il demeura complètement humble. On raconte que le saint évêque fut invité à la cour impériale par l'empereur, mais qu'à son arrivée, il fut pris pour un mendiant, car ses vêtements étaient si vieux et usés qu'un soldat le frappa. 

 

Le saint homme naquit au Ciel en ce jour, en l'an 348. Lorsque Chypre fut envahie par les Turcs, les reliques de saint Spyridon furent transportées à Constantinople où son corps s'avéra incorrompu. Après la prise de la ville en 1453, ses saintes reliques furent à nouveau déplacées, cette fois à Corfou, où elles se trouvent encore aujourd'hui.


Ode 7 du Canon de Matines


Au Concile, Dieu te glorifia, bienheureux Père qui gardas pour le dénouement les paroles qu'en ta foi tu prononças pour faire chanceler cet insensé d'Arius et détruire ses objections

sections

  

+

 

La lecture de l'Évangile est Luc 14, 16-24 et raconte la parabole de l'homme qui fit un grand souper.

 

Pour comprendre cette parabole, il est utile de lire les quatre versets précédents, car ils nous donnent le contexte. Le Seigneur répondait à l'homme qui était assis à table avec Lui et qui avait dit : "Heureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu". Lorsque le Christ dit un certain homme, il veut clairement dire Dieu le Père. Il y a un autre symbolisme dans l'utilisation du mot souper qui est mangé tard dans la journée. En termes d'éternité, le Seigneur est venu dans les derniers jours de cet âge. (Ce symbolisme est perdu dans certaines traductions -  qui utilisent le mot banquet au lieu de souper). L'homme a envoyé son serviteur, qui représente le Christ, qui en devenant homme a pris la forme d'un serviteur. C'est pourquoi il n'est pas dit un serviteur, c'est-à-dire n'importe quel serviteur, car il s'agit d'une référence spécifique. Le Christ est le seul et unique serviteur qui, dans Sa nature humaine, a été parfaitement obéissant et agréable à Dieu. Plus loin, nous lisons que ceux qui ont été appelés et cela signifie très probablement les enfants d'Israël qui ont été appelés par la loi et les prophètes. Cependant, on pourrait dire qu'il s'agit de tous les habitants de la terre qui sont tous la création de Dieu.

 

Le Seigneur a certainement été envoyé pour appeler tous ceux qui étaient de la maison d'Israël. La réponse pourrait facilement être résumée par les mots utilisés dans la parabole : tous d'un commun accord se mirent à faire des excuses. La parabole nous donne les détails de ces excuses. Le morceau de terre représente la terre et les cinq jougs de bœufs sont les richesses de la terre. Cela implique non seulement un amour des avantages matériels de cette vie, mais aussi une incapacité à voir au-delà des choses du monde physique. L'homme qui a épousé une femme n'est pas critiqué à cause de son mariage mais à cause de son attitude. C'est-à-dire qu'il a laissé le plaisir dominer sa vie et qu'il était également incapable de voir au-delà. L'avertissement dans tout cela est que nous devrions nous méfier de nous attacher à quelque chose qui consommera toute notre vie et nous éloignera de Dieu. Pour prendre un moment de réflexion ici, il pourrait être légitime de se demander si les personnes donnant de telles réponses pensent qu'elles font délibérément quelque chose de mal. Peut-être pas, et il existe des exemples contemporains. Aujourd'hui, nous entendons beaucoup parler de sauver la planète, mais le salut des âmes ne semble pas susciter le même degré de préoccupation. Il y a aussi une phrase célèbre de la Déclaration d'indépendance américaine concernant la poursuite du bonheur. Cette phrase est présentée sous un jour positif, mais elle pourrait être une manifestation d'égoïsme. Il s'agit de regarder au-delà de ce qui est immédiat et matériel, afin de commencer à comprendre ce qui est agréable à Dieu.  

 

Nous en arrivons donc au plus important. Le maître de maison est informé de la réponse de ses invités. Cela symbolise le fait que les chefs des Juifs ont refusé l'invitation de Dieu. Eux aussi avaient une vision limitée. Ils ont étudié les paroles de la loi et des prophètes, mais avec des yeux juridiques plutôt qu'avec les yeux de la foi. Certaines âmes ont été inspirées, y compris les apôtres et des dizaines de milliers de personnes du peuple. A la place de tous ceux qui ont refusé l'invitation divine, les portes ont été ouvertes à tous. Les routes et les haies suggèrent ce qui est sauvage, indiscipliné et en dehors de la loi. Les païens ne connaissaient rien de la loi et des prophètes, ils avaient de nombreuses fausses croyances et des coutumes barbares, et pourtant ils furent appelés par Dieu. Comme l'observe Théophylacte dans son commentaire : On pourrait dire que les Grecs païens ne voulaient pas quitter leurs idoles et leurs riches festins, mais ils ont été contraints de les fuir par la vérité de l'Évangile. 

 

La boucle est ainsi bouclée. Le Seigneur a commencé par dire à Ses compagnons de table de ne pas inviter les riches, mais de donner à manger aux pauvres et aux nécessiteux. Qui sont les pauvres et les nécessiteux qui devraient être invités au festin du Seigneur ? Il s'agit certainement de ceux qui meurent de faim en raison de leur pauvreté spirituelle due à l'ignorance de l'Évangile. Théophylacte termine son commentaire de ce passage par la phrase suivante. C'est aussi un bon conseil pour les enseignants : enseignez ce qui est nécessaire, même si les élèves ne le veulent pas.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


in Mettingham. 

ENGLAND