Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
vendredi 28 août 2015
jeudi 27 août 2015
PERE GEORGE [Metallinos]:LE PARADIS ET L’ENFER SELON LA DOCTRINE ORTHODOXE (3)
La question
anthropologique dans l'Orthodoxie est [de faire] que l'homme considère
éternellement le Christ comme paradis et non comme enfer; que l'homme participe
à Son “royaume” céleste et éternel. C’est là où l'on voit la différence entre
le christianisme de l'Orthodoxie et les diverses autres religions. Les autres
religions promettent un certain état "bienheureux", même après la
mort. L’Orthodoxie n’est cependant pas une quête de bonheur, mais un remède de
la maladie de la religion, comme le défunt père Jean Romanides l’enseigne d’une
manière patristique. L'Orthodoxie est un hôpital ouvert au sein de l'histoire
(une “infirmerie spirituelle” selon saint Jean Chrysostome), qui offre la guérison
(catharsis) du cœur, pour finalement atteindre la déification - la seule
destination souhaitée de l'homme. Telle est la voie qui a été décrite de façon
exhaustive par le père Jean Romanides et le révérend métropolite de Nafpaktos,
Hiérotheos (Vlachos); c’est la guérison de l'humanité, telle qu’elle fut vécue
par l'ensemble de nos saints.
Tel
est le sens de la vie dans le corps du Christ (l'Eglise). C’est la raison de
l'existence de l'Eglise. C’est ce que visait toute l’œuvre rédemptrice du
Christ. Saint Grégoire Palamas (4e Homélie sur la Parousie) dit que la volonté
du Dieu pré-éternel pour l'homme est de “trouver une place dans la majesté du
royaume divin” - pour atteindre la déification. Tel est le but de la création.
Et il poursuit: "Mais même Sa kénose divine et secrète, Sa conduite
théanthropique, Sa passion rédemptrice, et chaque mystère unique (en d'autres
termes, toute l’œuvre du Christ sur terre) ont tous été providentiellement et d’une
manière omnisciente pré-déterminée à cette fin [pour cet objectif] même.
La
réalité importante, cependant, est que tous les gens ne répondent pas à cette
invitation du Christ, et c’est la raison pour laquelle tout le monde ne participe
pas de la même manière à Sa gloire incréée. Ceci est enseigné par le Christ,
dans la parabole de l'homme riche et de Lazare (Luc, Chapitre 16). L'homme
refuse l'offre de Christ, il devient l'ennemi de Dieu et rejette le rachat
offert par le Christ (ce qui est un blasphème contre le Saint-Esprit, car c’est
dans l'Esprit Saint que nous acceptons l'appel du Christ). Ceci est la personne
“jamais repentie” visée par l'hymne de l’Eglise. Dieu “ n’a pas d’inimitié",
observe le bienheureux Jean Chrysostome; c’est nous qui devenons Ses ennemis;
nous sommes ceux qui Le rejettent. L'homme impénitent devient diabolisé, parce
qu'il l’a choisi. Dieu ne veut pas cela. Saint Grégoire Palamas dit:. "...Car
ce ne fut pas ma volonté préexistante, je ne t’ai pas créé à cette fin; je ne
prépare pas pour toi le bûcher. Ce bûcher éternel a été allumé pour les démons
qui portent le caractère immuable du mal, vers lequel ta propre opinion
impénitente t’as attiré." "La cohabitation avec les anges malfaisants
est volontaire" (4ème Homélie sur la Parousie) En d'autres termes, c’est
quelque chose qui est librement choisi par l'homme.
Tant
l'homme riche que Lazare, étaient à la recherche de la même réalité, à savoir,
Dieu dans Sa lumière incréée. L'homme riche a atteint la Vérité, la vision du
Christ, mais il n'a pas pu y prendre part, comme Lazare l’a fait. Le pauvre
Lazare a reçu une “consolation”, alors que le riche a reçu
"l'angoisse". Les paroles du Christ pour ceux qui sont encore dans ce
monde, selon lesquelles ils “ont Moïse et les prophètes," signifient que
nous sommes tous sans excuse. Car, nous avons les saints, qui ont vécu et qui
nous appellent à adhérer à leur mode de vie afin que nous puissions atteindre la
déification (theosis) comme ils l'ont fait. Nous concluons donc que ceux qui
ont choisi les mauvaises voies (comme l'homme riche) sont sans excuse.
Notre
orientation envers notre prochain est révélatrice de notre état intérieur, et c’est
la raison pour laquelle ce sera le critère de Jugement Dernier durant la
Seconde Venue du Christ (Matthieu, ch. 25). Cela ne signifie pas que la foi, ou
la fidélité de l'homme au Christ soit ignorée; la foi est naturellement une
condition préalable, parce que notre attitude envers l'autre montrera si oui ou
non nous avons Dieu en nous. Les premiers dimanches du Triode précédant le Carême
tournent autour des relations avec nos semblables. Au premier de ces dimanches,
le pharisien extérieurement pieux se justifie et dénigre le percepteur. Le
deuxième dimanche, le frère aîné (une répétition du pharisien apparemment pieux)
est attristé par le salut de son frère. De même apparence pieuse, il avait lui
aussi une fausse piété, qui ne produisit pas d'amour. Le troisième dimanche, cette
condition atteint le tribunal du Christ, et est mise en évidence comme critère
pour notre vie éternelle.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
mercredi 26 août 2015
PERE GEORGE [Metallinos]:LE PARADIS ET L’ENFER SELON LA DOCTRINE ORTHODOXE (2)
Références
à l'enfer: Matthieu 25:46 ("au tourment éternel"), 25:41 (“feu
éternel”), 25:30 ("les ténèbres du dehors"), 5:22 (“le lieu du
feu"). 1 Jean 4: 18 (“... car la crainte suppose un châtiment"). Ce
sont des manières d’exprimer ce que nous entendons par “enfer.”
Le paradis
et l'enfer ne sont pas deux lieux différents. Une telle idée est un concept
idolâtre. Au contraire, ils signifient deux conditions différentes (des manières
[ou] des états d’être), qui proviennent de la même source incréée, et sont
perçues par l'homme comme deux expériences différentes. Plus précisément, elles
sont la même expérience, sauf qu'elles sont perçues différemment par l'homme,
en fonction de son état interne.
Cette
expérience est la vision du Christ à la Lumière Incréée de Sa divinité, de Sa “gloire”.
Dès le moment de Sa seconde venue, à travers toute l'éternité, tous les gens verront
le Christ dans Sa Lumière Incréée. Voilà où "ceux qui auront accompli de
bonnes œuvres dans leur vie iront à la résurrection de la vie, tandis que ceux
qui auront fait le mal dans leur vie iront vers la résurrection du jugement”
(Jn. 5: 29). En présence du Christ, l'humanité sera séparée (en “ brebis ”
à sa droite et “ boucs" à sa gauche). En d'autres termes, ils seront séparés
en deux groupes distincts: ceux qui verront le Christ comme le paradis (le “bien
extrême, le rayonnement”) et ceux qui verront le Christ comme l'enfer ("le
feu dévorant" dans Hébreux 12:29).
Paradis
et enfer sont la même réalité. Ceci est ce qui est décrit dans la représentation
de la Parousie. Du Christ, un fleuve de feu jaillit. Il est rayonnant comme une
lumière dorée à l'extrémité supérieure de celui-ci, où sont les saints. A son
extrémité inférieure, le même fleuve [de feu] est ardent, et c’est dans cette
partie du fleuve que les démons et les impénitents (“ceux qui ne se repentent
jamais", selon un hymne) sont représentés. Voilà pourquoi, dans Luc 2:34,
nous lisons que le Christ est “ la chute et la résurrection d'un grand
nombre". Le Christ devient la résurrection à la vie éternelle pour ceux
qui L'ont accepté, et qui ont suivi les moyens donnés pour la guérison du cœur.
Pour ceux qui L'ont rejeté, cependant, il devient leur séparation et leur
enfer.
Parmi
les témoignages patristiques, Saint Jean du Sinaï (Climaque) dit que la Lumière
Incréée du Christ est "un feu dévorant et une lumière qui illumine".
Saint Grégoire Palamas (EPE II, 498) observe: "Ainsi, il est dit, il vous
baptisera du Saint-Esprit et par le feu: en d'autres termes, par l'illumination
et le jugement, en fonction de la prédisposition de chaque personne, ce qui, en
soi, portera en elle ce qu'elle mérite." Ailleurs, (Essays, P. Christou
Publications, vol. 2, page 145): La lumière du Christ, "quoique une et accessible
à tous, n’est pas partagée de manière uniforme, mais différemment."
Par
conséquent, paradis et enfer ne sont pas une récompense ou une punition
(condamnation), mais la façon dont nous vivons individuellement la vue du
Christ, en fonction de l'état de notre cœur. Dieu ne punit pas, en substance,
même si, à des fins éducatives, l'Ecriture mentionne la punition. Plus on
devient spirituel et mieux on peut comprendre la langue de l'Écriture et de la
Tradition sacrée. La condition de l'homme (pur/impur, repentant/impénitent) est
le facteur qui détermine l'acceptation de la Lumière, comme “paradis” ou “enfer”.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
mardi 25 août 2015
PERE GEORGE [Metallinos]:LE PARADIS ET L’ENFER SELON LA DOCTRINE ORTHODOXE (1)
Père Georges
Le
dernier dimanche de Carême "nous commémorons le deuxième et Incorruptible
Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ". L'expression "nous
commémorons" dans le Synaxaire, confirme que notre Église, en tant que
Corps du Christ, adopte à nouveau dans son culte la seconde venue du Christ
(Parousie) comme un “événement” et non pas seulement comme quelque chose qui
est historiquement prévu. La raison en est que, grâce à la Sainte Eucharistie,
nous sommes transportés dans le Royaume céleste, dans la méta-histoire. C’est
dans cette perspective orthodoxe, que le sujet du paradis et de l'enfer est abordé.
Dans
les Evangiles (Matthieu, ch.5), il est fait mention de “royaume” et de “feu
éternel”. Dans cet extrait, qui est cité au cours de la Liturgie de ce dimanche
mentionné, le “royaume” est la destination divine de l'humanité. Le
"feu" est "préparé" pour le diable et ses anges (démons), non
parce que Dieu le veut, mais parce qu'ils sont sans repentance [id est, non disposés
à changer, à réfléchir et à participer à la rédemption]. Le “royaume” est “préparé”
pour ceux qui demeurent fidèles à la volonté de Dieu. La gloire incréée est le Paradis
(le “royaume”). Le "Feu éternel" est l'enfer (v.46). Au début de l'Histoire,
Dieu invite l'homme au paradis, dans une communion avec Sa Grâce incréée. À la
fin de l'Histoire, l'homme doit faire face à la fois au paradis et à l'enfer.
Nous verrons plus loin ce que cela signifie. Nous soulignons cependant que
c’est un des sujets centraux de notre foi – c’est "la pierre
philosophale" du christianisme orthodoxe.
La
mention de paradis et d'enfer dans le Nouveau Testament est fréquente. Dans Luc
23, 43, le Christ dit au larron sur la croix: “Aujourd'hui tu seras avec moi
dans le paradis". Cependant, le larron se réfère également au paradis,
quand il dit: “Souviens-toi de moi, Seigneur... dans ton royaume." Selon
Théophylacte de Bulgarie (PG 123, 1106), "car le larron était au paradis,
en d'autres termes, au royaume." L'apôtre Paul (2 Cor. 12: 3-4) avoue que,
tout en restant dans cette vie, il a été “elevé au paradis et qu'il entendit
des paroles ineffables, qui sont impossibles à l'homme de répéter." Dans
l'Apocalypse, nous lisons: “Pour le vainqueur, je lui donnerai à manger de
l'Arbre de Vie, qui est dans le paradis de mon Dieu" (2: 7). Et Arethas de
Césarée interprète: "le paradis est compris comme la vie bienheureuse et
éternelle" (PG 106, 529). Le paradis, la vie éternelle, le royaume de
Dieu, sont tous liés.
Version
française Claude Lopez-Ginisty
d’après
Réclame
Le monastère de la Transfiguration a le plaisir de vous annoncer la parution du tome 6 du Synaxaire.
Le Synaxaire. Vie des saints de l'Eglise orthodoxe. Tome 6.
lundi 24 août 2015
"La seule voix avec laquelle un chrétien orthodoxe a le droit de parole est la voix de l'Eglise:" (9 et fin)
- Diriez-vous qu'il y a des exceptions notables? Qui
aimeriez-vous que nous lisions parmi les érudits [orthodoxes] modernes?
- C'est une très bonne question. Réfléchissant pour l'instant à l'érudition orthodoxe en langue anglaise, je pense que l'une des raisons
pour lesquelles le métropolite Kallistos (Ware) est si populaire, c'est qu'il parle
très bien dans un langage érudit instruit, mais il insuffle dans cette langue une croyance réelle dans la théologie de l'Église. Je pense qu'il en est un
exemple.
Mais il est difficile de répondre à votre question, parce que
je trouve qu'il est difficile de trouver des exemples dans le monde scientifique.
C'est souvent dans le monde de ceux qui prêchent que nous les trouvons. Par exemple le métropolite Antoine de Souroge -je suis en train de relire certains de ses sermons- nous voyons aussi souvent cela dans ses œuvres; et Père Jean (Krestiankin)
en russe, vous trouverez des exemples de théologie vivante. Mais je pense
que le fait même que je trouve qu'il est difficile de répondre à votre question
est probablement une situation révélatrice; parce que, dans mon esprit la réponse à
votre question se trouve principalement chez les prédicateurs et pasteurs, et
non chez les universitaires.
Cela ne veut pas dire que nous ne disposons pas de bons
universitaires. Nous avons beaucoup de savants orthodoxes fantastiques qui font
un travail formidable. Mais je pense que nous sommes tous inhibés par ce qui
est devenu la tradition de notre époque. Je me suis rendu coupable de cela.
Ceci est quelque chose dont je suis de plus en plus conscient dans mon propre
travail, et donc je deviens plus conscient de même chez les autres.
- Dans le même podcast avec le père Josiah vous avez
parlé de votre travail concernant un livre sur les Catéchèses de saint Cyrille de
Jérusalem. Où en est ce livre?
- Ce livre est très, très lent à venir. Je regrette
d'avoir beaucoup trop de projets en cours, et celui-ci est mon
propre projet, et non pas celui de quelqu'un d'autre, et il est donc régulièrement repoussé vers le
bas de la liste des priorités. J'ai vraiment l'intention de le finir; il est fait à
moitié.
Il est sur un thème que je trouve important précisément parce
que je pense que saint Cyrille de Jérusalem est un merveilleux exemple de saint qui
parle un langage académique pour la plupart des questions que nous avons concernant l'histoire
de l'Eglise, mais qui est éminemment pasteur, comme tous les Pères le sont en vérité; il l'est d'une manière très évidente dans toutes ses conférences catéchétiques. Donc,
j'espère qu'une étude sur sa vie peut être utile pour les gens
d'aujourd'hui, et je souhaite pouvoir la compléter avant de mourir -ce serait une belle chronologie! Mais nous verrons.
- Un autre récent problème que j'ai vu récemment dans le monde orthodoxe est le fait que certains blogs éminents discutent de l'universalisme (apocatastase?): pour ou contre. Et cela me rappelle certains de vos messages il y a quelques années sur votre forum Monachos sur les idées
du ciel et de l'enfer. Vous avez décrit une opinion populaire,selon laquelle "l'enfer
est tout simplement le Ciel vécu différemment." Donc, il semble qu'il y ait toujours ces questions de l'au-delà et les questions de la miséricorde et de la
justice et de la colère de Dieu. Pourquoi y a-t-il tant de confusion sur ces
questions? Pourquoi ne sommes-nous toujours pas au clair à ce sujet, et où pouvons-nous trouver
les réponses?
-Vous soulèvez une question importante et brûlante. Et vous
avez raison en disant que j'ai parlé et écrit sur certaines de ces questions, et j'ai été
critiqué de ne pas suivre ce qui est devenu une ligne populaire dans les
discussions modernes. Une quantité énorme des discussions qui a lieu, en
particulier sur l'Internet (qui ouvre en vérité une avenue de discussion
infructueuse), met l'accent sur cette idée qui est devenue immensément populaire
depuis le milieu des années 1980, qu'il n'y a pas de distinction entre le ciel
et l'enfer- qu'ils sont un endroit qui est "vécu différemment." Cependant,
cela ne se trouve tout simplement pas dans la Tradition de l'Église,
sauf pour autant que j'ai jamais été capable de le discerner, dans deux
paragraphes dans toute l'histoire de l'Eglise -un de saint Grégoire de Nysse et
un de saint Isaac le Syrien. Deux paragraphes… des paragraphes. Pas des livres,
pas des vies, mais des paragraphes.[1]
Maintenant, il y a des raisons pour que les gens désirent considérer l'au-delà de cette manière, et généralement ces raisons découlent de
la peur, et d'un manque de compréhension de l'amour du Christ, de l'amour de Dieu.
Quand nous entendons les mots que l'Église emploie constamment, comme les
"feux de l'enfer", "la punition", "le jugement" - images qui sont partout dans
les Écritures, partout dans la Liturgie, partout dans notre hymnographie, notre
iconographie -nous n'entendons pas ces paroles, nous ne voyons pas ces images, avec
la mentalité de l'Eglise. Nous les voyons et nous les entendons avec la
mentalité du vingt et unième siècle, qui les considère comme un jugement,
cruel, méchant, sans charité, sans amour. Et nous, les voyant de cette manière,
sentons que nous devons les expliquer pour nous en débarrasser. "Eh bien le jugement est "mesquin," nous ne pouvons pas vraiment croire dans le jugement." "L'enfer, un
enfer éternel, est une cruauté, nous ne pouvons pas vraiment croire en un enfer
éternel." Il y a un élan pour éviter cette cruauté apparente par une explication.
Je comprends cela. C'est peut-être même un désir pieux. Le problème est qu'il est fondé sur un malentendu. L'Eglise ne considère
pas l'enfer comme une cruauté. L'Eglise ne considère pas la mort comme une
cruauté, ou le jugement comme une cruauté.
Notre tâche devrait vraiment être
de ne pas en arriver à une nouvelle vision de l'au-delà qui est plus "confortable" pour nous, mais de conformer notre compréhension à celle de
l'Église; de découvrir dans la langue faisant foi de l'Eglise, le témoin
authentique de l'Eglise, l'amour authentique de Dieu.
Si ce que nous découvrons
dans la voix de l'Eglise, dans la langue et l'imagerie est un Dieu cruel, alors
nous n'avons pas entendu correctement la voix de l'Eglise. Donc, voilà pourquoi
je pense que ces questions sont vivaces. Elles ont surgi dans toutes les
cultures, parce que dans chaque ère, nous ne comprenons pas. A chaque époque,
la tentation est d'entendre avec les oreilles de notre temps plutôt qu'avec les
oreilles de l'Église. Dans chaque génération, nous devons nous conformer à
nouveau à l'Evangile, et c'est difficile. C'est un travail acharné. Mais c'est le travail qui fait gagner la vie à une âme.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Pravoslavie.ru
NOTE:
Cette croyance est cependant bien distincte de l'apocatastase. Cette vision de l'enfer et du Paradis contestée par Père Irénei est enseignée par le Père George Metallinos, théologien de la Faculté de Théologie d'Athènes (Cf), qui cite l'Ecriture et les textes de l'Eglise à l'appui de cette thèse. Son approche, comme celle de John Romanides condamne la théorie de l'apocatastase qui inquiète à juste titre l'archimandrite Irenei ( Père John explique clairement: "La gloire incréée, que le Christ a par nature du Père, est un paradis pour ceux dont l'amour égocentrique et égoïste a été guéri et transformé en amour désintéressé. Cependant, la même gloire est feu éternel incréé et l'enfer pour ceux qui ont choisi de demeurer dans leur égoïsme endurci.")
Théophane de Nicée ( il n'y a donc pas que saint Isaac et Grégoire de Nysse qui parlent ainsi de ce thème), enseigne que le Lumière Divine est perçue par les damnés comme feu de l'enfer. Les misothéistes (ceux qui haïssent Dieu) perçoivent la Présence de Dieu comme souffrance. Et l'enfer n'est pas un lieu, mais un état.
dimanche 23 août 2015
"La seule voix avec laquelle un chrétien orthodoxe a le droit de parole est la voix de l'Eglise:" (8)
Staretz Jean [Krestiankine]
Comment nous atteignons-nous cette paix? Nous
atteignons cette paix en cherchant à vivre la vie de l'Eglise, en priant pour
autant que nous le pouvons avec cohérence, en laissant chaque prière de la journée infuser nos vies. Cela ne veut pas dire que tout le monde a besoin d'avoir une
règle de la prière de trois heures, mais quelle que soit la règle de prière que l'on a,
elle doit être cohérente afin que cette respiration soit là tous les jours.
Confessez-vous régulièrement, souvent, parce que cela vide le cœur des ennemis de la paix. Cela vide le cœur de la tourmente et de la torture et de la douleur qui empêchent la paix
de résider dans le cœur. Confessez-vous fréquemment, régulièrement, priez
chaque jour, autant qu'il est possible allez aux offices aussi
régulièrement que possible, faites preuve de compassion envers d'autres personnes,
pardonnez à ceux qui nous font du tort, ce sont les choses qui créent la paix
et qui peuvent être exercées partout. Vous pouvez pardonner à vos ennemis dans le bus
tout aussi facilement que vous le pouvez à la maison, si, à ce moment,
dans votre cœur vous déterminez de ne pas vous accrocher à votre amertume. Donc, le
monde entier peut être un moyen d'obtenir la paix, si vous comprenez que la paix est à l'intérieur [de vous]. Bien sûr, il est beaucoup plus facile dans les endroits que
Dieu a consacrés pour la paix, dans un temple, dans une cellule, dans un
mariage, ce qui est la raison pour laquelle Dieu bénit ces choses. C'est la
raison pour laquelle Dieu nous donne des temples et des mariages et des
monastères. Mais Dieu a aussi créé le monde, et malgré le fait que nous déformons et
défigurons le monde, il est toujours Son monde. Dieu va même utiliser cette
déchéance que nous avons façonnée, pour notre rédemption. Ainsi, au milieu
de la société, au milieu d'une ville, il y a des possibilités pour les cœurs
pacifiques.
- Dans un podcast avec l'archiprêtre Josias Trenham
vous avez parlé de ce que vous croyez être le mauvais état de notre erudition orthodoxe aujourd'hui. Quels sont les domaines qui vous préoccupent et que
voyez-vous à la nécessité fondamentale d'un enseignement orthodoxe, et comment
pouvons-nous l'améliorer tout en restant fidèle à la Tradition?
- Le problème fondamental auquel nous sommes
confrontés dans le monde de l'érudition orthodoxe est que nous, les chercheurs au sein de
l'Orthodoxie (et je parle ici de façon très large, y compris des étudiants, des
professeurs-globalement de tous ceux qui sont impliqués dans l'enseignement orthodoxe) ont tendance à être trop influencés par une approche profane pour l'étude de
la théologie de l'Église. Très peu de gens pieux, à partir d'un point de vue
très en phase avec l'Eglise, se mettent à étudier et à écrire sur des thèmes théologiques d'une
manière profane, afin que le résultat -la fin des études que nous voyons publiées,
que ce soit sur les Pères de l'Eglise, ou l'histoire de l'Eglise , ou de la vie
de l'Église- finissent régulièrement par être indiscernables dans leur forme et dans
leur structure d'autres études qui seraient produites par les savants profanes, sur Platon ou sur l'histoire de la guerre de Sécession. Le thème pourrait
être religieux, mais la façon dont l'étude est faite, la façon dont les
conclusions sont tirées, la façon dont l'information est présentée, est en
grande partie selon un modèle laïque commun.
Un exemple de ceci serait l'étude des Pères de
l'Église, qui est mon domaine d'intérêt. La plupart des livres qui sont publiés
sur les Pères de l'Eglise, livres dits savants, même par des écrivains
orthodoxes et par des maisons d'édition orthodoxes, sont vraiment impossibles à
distinguer des sortes de livres que quelqu'un pourrait écrire sur le thème d'un
saint orthodoxe. Ils parlent de l'histoire de la vie de la personne, des dates,
des traditions textuelles, des circonstances culturelles, mais il y a très peu
de chose, en gros, dans cette érudition qui traite de l'expression de la théologie
orthodoxe: que nous considérons les Pères comme étant divinement inspiré; [manque] le fait que
nous considérons la source de leur témoignage commun non pas simplement comme
étant un patrimoine textuel partagé, mais le fait qu'ils sont inspirés par le
souffle du même Dieu.
Le fait que saint Irénée au IIe siècle ressemble beaucoup
à saint Athanase au quatrième siècle ne signifie pas nécessairement
que saint Athanase obtint toutes ses informations en lisant les textes de
saint Irénée (bien qu'il en ait certainement lus quelques-uns). Plus important
encore, ce sont deux hommes en communion avec le même Dieu, Qui leur
révèle les mêmes vérités. Cette réalité, qui est si fondamentale pour notre
spiritualité orthodoxe, est presque entièrement absente de l'érudition orthodoxe, et
il me semble que la raison en est que nous sommes trop prêts à accepter les
paramètres, les limites, de l'étude profane, qui ne comporte pas de vraie
théologie - elle ne cadre pas les observations dans les domaines de la communion
divine, dans les discussions de l'inspiration divine, la prière et la
spiritualité. Ceux-ci sont tous traités comme de simples principes théologiques
abstraits; mais ils ne figurent d'une manière réelle dans la façon dont nous
étudions, la façon dont nous établissons notre érudition. Telle est pour moi le
plus gros problème auquel nous sommes confrontés, et il semble y avoir dans ce domaine une
pandémie. Nous le trouvons partout. C'est la chose que nous devons absolument aborder dans la
plupart dans nos études.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
samedi 22 août 2015
"La seule voix avec laquelle un chrétien orthodoxe a le droit de parole est la voix de l'Eglise:" (7)
Martyr de saint Etienne
Le monde pose des
questions, qu'il le sache ou non. Le monde pose des questions sur l'humanité,
sur la société, sur l'éthique, de la morale-même au sujet de la religion dans
une certaine mesure, même s'il ne sait pas encore de quoi il veut parler à propos de la religion. Et le fait est que nous avons des réponses à ces
questions. Nous avons écrit des réponses écrites à ces questions. Nous avons à dire l'héritage
des Pères, et nous devons partager la voix de l'Eglise. Nous sommes
appelés à être les porte-parole de cette génération pour l'héritage qui existe
dans chaque génération; et si, par timidité ou manque de courage, ou peur, nous ne parlons pas (et c'est généralement par peur), alors Dieu nous tiendra pour responsables des paroles que nous n'avons pas dites. Si nous connaissions les paroles de vie et que ne les partagions pas, Dieu nous demandera des comptes pour cela.
Maintenant, bien sûr, je tiens à le réitérer, je ne dis pas que
nous devrions aller aux coins des rue et devenir des "marteleurs de Bible," mais la tradition orthodoxe est de vivre et de parler. Saint Etienne est un martyr. Il a également prononcé le sermon le plus émouvant de
l'histoire de l'humanité, et ce fut le sermon qui établit son martyre. C'était le sermon qui provoqua chez les gens et la foi (et il y eut des
milliers baptisés), mais aussi à la réaction qui conduisit à sa mort glorieuse.
Sans ses paroles sa vie aurait été très différente. Nous devons prendre l'exemple
de ces deux aspects de notre tradition.
- Vous êtes un moine, mais vous êtes aussi très
actif. Il semble que vous voyagez beaucoup, et je me souviens d'une citation du staretz Cléopa disant que quand il quitte son monastère et va à la ville, il lui
faut des semaines pour retrouver sa paix. L'homme moderne est souvent sur la
route. Que pouvez-vous dire au sujet du maintien de la paix intérieure, et de la
retrouver quand nous l'avons perdu, dans notre monde occupé?
- Je devrais commencer par dire que je souhaite être moi-même meilleur à cela. Je voyage effectivement, et c'est un combat. Mais il y a un principe
dans la vie orthodoxe: la paix se déplace avec vous si elle vit dans votre
cœur et elle n'est pas simplement un ensemble de circonstances. Si ce que j'identifie comme la paix est une pièce calme, un manque de travail de tâcheron,
une absence de bruit, un manque de personnel, le manque de distractions, il est
facile pour que la paix soit emportée loin de moi au moment où je suis
retiré de cette belle quiétude dans un environnement très animé. Si, cependant, la
paix est une condition de quiétude intérieure, où le cœur est au repos en Christ,
même au milieu d'une ville, alors on a une paix qui ne peut être ôtée,
une paix qui voyage avec vous.
Maintenant, ce n'est pas du tout pour aller à l'encontre
de ce que vous avez mentionné. Même Saint-Antoine, il y a tant de siècles, a
déclaré "un moine hors de sa cellule est comme un poisson hors de
l'eau." Oui, bien sûr il y a des endroits que Dieu nous donne
spécifiquement pour favoriser la paix, et quand nous partons de ces lieux
-Comme un moine dans sa cellule, ou un prêtre de sa paroisse, ou un mari près de sa
femme- quand les circonstances forcent une personne à s'éloigner pour un temps de
l'environnement que Dieu lui a donné pour créer la paix, bien sûr, quand vous
revenez, il y a de longues périodes de réajustement pour récupérer ce que
vous avez perdu. Mais cela ne nie pas le fait qu'il peut y avoir une paix
dans le cœur qui n'est pas spécifique à une situation ou à un endroit. Ceci
est la paix que nous voyons dans les martyrs, qui restent pacifiques quand ils
sont chez eux, ou quand ils sont dans l'arène avec les lions; qui restent
pacifiques quand ils prêcher entre amis, ou quand ils sont sur le bûcher et que les
flammes leur lèchent les pieds - [c'est] la paix qui surpasse toute intelligence, comme les
Écritures le disent (Phil. 4: 7). Et c'est ce que nous devons encourager si
nous voulons encore rester sains d'esprit dans le monde moderne, parce que le
monde moderne cherche tout le temps à nous voler notre paix. Le monde est
une ruche constante de distractions; et si notre paix est externe, alors le monde
sera vainqueur. Il gagnera toujours, dans cette triste circonstance. Mais si la
paix du Christ habite dans le cœur, alors le monde ne peut pas la vaincre.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Monastère de l'ERHF en Australie
http://www.russianorthodoxchurch.ws/synod/2015/20150820_bpgeorgetransfiguration.html
Mercredi, 19 août 2015, pour la fête de la Transfiguration du Seigneur, Sa Grâce Georges, évêque de Canberra, vicaire du diocèse d'Australie et de Nouvelle-Zélande, a conduit la célébration de la fête patronale du monastère d'hommes de la Transfiguration dans les Snowy Mountains de Nouvelle-Galles du Sud en Australie.
Mercredi, 19 août 2015, pour la fête de la Transfiguration du Seigneur, Sa Grâce Georges, évêque de Canberra, vicaire du diocèse d'Australie et de Nouvelle-Zélande, a conduit la célébration de la fête patronale du monastère d'hommes de la Transfiguration dans les Snowy Mountains de Nouvelle-Galles du Sud en Australie.
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vendredi 21 août 2015
"La seule voix avec laquelle un chrétien orthodoxe a le droit de parole est la voix de l'Eglise:" (6)
Saint Mardaire et saint Sébastien
les deux derniers saints américains
glorifiés par l'Eglise Orthodoxe
glorifiés par l'Eglise Orthodoxe
-Je ne puis que partager la
vision de la mission de l'Eglise. Je n'ai pas d'opinion particulière. Mais la
vision de la mission de l'Eglise de la mission est très claire. Le principal missionnaire est
quelqu'un dont le cœur est totalement transformé par l'amour du Christ, qui alors, non pas par désir d'un acte spécifique, mais tout simplement parce que
son cœur est embrasé, donne hardiment la Parole dans le monde autour de lui. Donc,
la façon d'être missionnaire est, dans votre propre cœur, d'être si
profondément converti dans la vie de l'Eglise, la vie du Christ, qu'il n'y a
rien d'autre à faire pour vous, que de parler de l'Évangile, et de le faire sans aucune
crainte, et sans aucune altération. Ceci est la façon dont tous les grands
missionnaires ont travaillé. Tel est le cas avec tous les grands missionnaires
de l'Amérique, les missionnaires en Russie, les missionnaires en Serbie, en Roumanie, partout. Si vous les observez, c'est là le modèle: des cœurs totalement
transfigurés, qui ont créé des voix qui parlaient sans crainte ou conformisme.
La raison pour laquelle
je pense que nous sommes devenus stagnants dans notre vie missionnaire en
Amérique du Nord est que nous nous sommes concentrés beaucoup trop sur les "logistiques" pour parler au monde. Nous essayons de parler le même langage que
les politiciens, ou la même langue que les autres traditions
religieuses utilisent; nous essayons d'être "culturellement pertinents;"
nous essayons d'être socialement reconnus, rien de ce qui nous aide vraiment
dans notre travail missionnaire.
Il est illusoire de penser que si nous
devenons plus ancrés dans le système politique, si nous devenons plus acceptés socialement ou culturellement, nous serons alors en mesure de parler de
manière plus efficace à la population. Cela n'a jamais été les personnes qui se sont
"fondues dans la masse" qui ont été de bons missionnaires. Cela a été des
personnes qui se sont démarquées, qui parlaient même lorsque les gens ne voulaient
pas entendre ce qu'ils avaient à dire. Saint Germain d'Alaska, un des plus
grands missionnaires d'Amérique, est un merveilleux exemple de cela. Personne n'aimait ce qu'il avait à dire. Si vous regardez les politiciens de l'époque, si
vous regardez les sociétés commerciales, les entreprises, personne ne voulait
entendre ce qu'il avait à dire. Mais il l'a dit avec audace parce que c'était
vrai et parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire pour lui. C'était tout ce que son
cœur pouvait faire. Et le monde a changé. Les gens par centaines et par milliers ont été convertis, malgré le fait que tout le monde parmi ceux qui avaient du pouvoir voulait qu'il disparaisse.
Aujourd'hui, nous
sommes trop intéressés à parler à ceux du pouvoir. Il y a la tentation constante
de publier des déclarations que le Président va écouter, de parler à travers
les canaux du Congrès, et ainsi de suite. Nous voulons nous intégrer dans les activités
sociales du monde. Cela n'est pas la façon de parler. Cela n'est pas la
manière d'être missionnaire. Nous avons "perdu notre sel." Cette image
est celle du sel piquant la langue. Il donne de la saveur en mordant.
Maintenant, cela ne veut pas dire que nous devrions monter sur des caisses, nous mettre au coin de la rue et condamner les passants: ceci ne
possède pas le pouvoir de convertir qui que ce soit. Nous devons d'abord et avant tout être moins intéressés par ce que le monde pense, plus intéressés à mener une véritable vie chrétienne, et puis une fois qu'on l'a atteinte, de parler sans
référence au discours du monde. Qui se soucie de ce qu'est la manière politique
normale de parler? Qui se soucie de savoir si ce que je dis sera mal pris par tel
ou tel groupe social? Si c'est vrai, dites-le. Ne le dites pas pour prêcher, mais
dites-le quand Dieu meut votre cœur à partager l'Evangile avec une autre
personne. Si nous pouvons le faire, et si nous le faisions, l'Amérique reste un
champ missionnaire immense. Il y a tellement de vies qui souffrent faute du véritable Evangile, et nous ne leur apportons pas. C'est une honte pour nous, et c'est
quelque chose qui doit changer. Nous devons récupérer notre audace et notre
zèle en tant que missionnaires chrétiens.
- Il me semble qu'il y a
une hésitation parfois juste de dire, de dire littéralement l'Évangile. Il
y a cette citation qui est parfois attribués à François d'Assise, "prêchez l'Evangile à tout moment, et quand c'est nécessaire, utilisez des mots," et cela
semble avoir obtenu l'adhésion même dans les cercles orthodoxes, cette division
entre la façon dont vous vivez et ce que vous prêchez.
- C'est absolument vrai
que la façon principale dont nous partageons l'Evangile est dans nos vies. La manière principale pour moi d'être en mesure de partager avec vous quelque chose au sujet du Christ, c'est de vivre ma vie en Christ. Le meilleur moyen de vous parler de l'amour de Dieu est de vous montrer l'amour de Dieu. Le
principal moyen pour pouvoir vous enseigner la repentance est de vous montrer la
repentance dans ma propre vie. Cela est vrai, et c'est une vérité
fondamentale de l'Orthodoxie. Mais, nous avons commencé à l'utiliser comme une
excuse pour ne pas parler, et nous devons retourner à notre Tradition. Si
nous regardons la vie des saints apôtres, ceux-ci étaient des hommes qui vivaient la foi, qui enseignaient d'abord aux autres par leurs vies; mais c'étaient
aussi des hommes qui prenaient la parole. Ils parlaient de l'Evangile. Si l'on
regarde les grands maîtres et les prédicateurs, aussi: ce sont les hommes qui
ont vécu, mais qui ont également enseigné, et je crains que, parfois, nous
utilisons l'idée d'être missionnaires à travers nos vies, ce qui est vrai et
important, comme une excuse de ne pas nous lever et parler.
Et le cœur de la
question est que nous sommes si faibles dans nos vies spirituelles que,
souvent, nous ne sommes pas les lumières sur la colline que nous pensons être, que nous devrions être, et nous devons "accroître" nos vies avec
l'enseignement de l'Evangile.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
jeudi 20 août 2015
"La seule voix avec laquelle un chrétien orthodoxe a le droit de parole est la voix de l'Eglise:" (5)
Tous les saints orthodoxes d'Amérique
- Vous êtes américain et
vous officiez en Amérique, mais vous avez de toute évidence des liens étroits
avec la Russie et avec le monde spirituel russe. Quelles leçons pensez-vous que
l'Orthodoxie américaine peut apprendre spécifiquement de la Russie, et
vice-versa, est-il quelque chose que l'Église américaine a à enseigner à la
Russie?
- Je vais commencer par
la question plus facile, ce qui est "Qu'est-ce que l'Église en Amérique
peut apprendre de la Russie?" Beaucoup. Une des raisons pour lesquelles notre
connexion à l'Eglise russe en Amérique, en tant qu'Eglise russe à l'étranger,
est si importante pour nous, est que nous sommes conscients de l'héritage
spirituel du peuple russe, qui est notre propre héritage, notre propre
histoire. L'Église en Amérique est une extension de ce patrimoine russe. Les
missionnaires sont venus des terres russes; la culture orthodoxe a commencé en
Amérique à partir de la mission russe, et nous existons beaucoup aujourd'hui comme Eglise
russe à l'étranger, dans une conscience, une expression vécue de cette histoire
russe. C’est quelque chose que nous chérissons parce qu'elle est une vie longue
et mûre.
Je pense que parfois en
Amérique, nous oublions à quel point ce pays est jeune. C’est une nation encore
dans son adolescence. C’est une belle chose. L'adolescence est une période de
croissance, de maturité, où l'on commence à voir la vie de manière plus
approfondie. Chaque personne passe par là, et les nations passent par là ainsi. Mais de même que toutes les personnes à l'adolescence cherchent à sauter l'adolescence et à être "tout à fait adulte" dès que possible, ceci est
également une tendance parmi les nations et entre les peuples, et l'une des
plus grandes choses que nous apprenons de notre mère dans la foi, la culture
russe, est la patience de la maturité, la patience de la foi de mille ans,
la patience de dix siècles de vie de l'Eglise-la patience d'être patient.
Dans
toute période de l'adolescence, il est une impatience inhérente, et nous
souffrons de cela en Amérique. Nous voulons nous tenir sur nos deux pieds avec
personne pour nous tenir la main. Mais nous avons besoin que nos mains soient tenues.
Nous avons besoin de l'étreinte d'amour d'une mère spirituelle pour nous donner
une maturité nécessaire. La maturité n'est pas quelque chose que vous jamais
atteindre de votre propre chef. Vous la recevez, elle vous est donnée, et nous en
sommes reconnaissants.
La longue souffrance du peuple russe est un autre exemple profond qui doit être un enseignement pour ceux qui sont en Amérique: la capacité de souffrir dans le calme, la capacité de
souffrir sans faiblir. Le témoignage de l'Église russe au XXe siècle sous le joug
communiste, sous le joug athée, est un exemple profond pour l'Amérique maintenant. L'Amérique ne se dirige pas, pour autant que je sache, vers un quelconque joug
communiste, mais elle va certainement sous un joug athée. C'est
l'athéisme séculier plutôt que l'athéisme communiste, mais c'est néanmoins un
régime athée.
Comment faire face à cette question, c'est une question que nous devons confronter à l'exemple de l'Église russe, qui a connu cela auparavant. Maintenant, les
circonstances sont différentes, et nous ne pouvons tout simplement tout prendre en exemple;
mais la capacité à maintenir la foi sous l'influence athée n'est pas quelque
chose qui ait besoin d'être inventé. Cela n'est pas une compétence qui doit venir
de l'Amérique! Nous pouvons regarder nos ancêtres et recevoir d'eux le
témoignage de longanimité, de patience, de stabilité, dont je pense que nous
avons grand besoin dans la diaspora maintenant.
Y a-t-il quelque chose
que l'Église en Amérique peut offrir à l'Église d'ailleurs? Bien sûr que oui.
Tout le monde a la capacité d'apprendre de tout le monde; donc je ne veux pas me détourner et dire "Non, nous sommes trop jeunes, nous n'avons rien à
enseigner." Mais je ne veux pas non plus être impérialiste et dire: "Regardez ce que nous pouvons offrir au monde antique!"
Mais si nous
croyons sincèrement que chaque personne est une icône du Christ, alors nous
devons croire aussi que l'Église est partout une image à partir de laquelle
nous gagnons une édification spirituelle. Et l'Eglise en Amérique est une Église de
mission. C'est une Église qui existe dans une culture plus ou moins
complètement étrangère à l'Orthodoxie. Pas une culture comme le communisme l'était en Russie, qui a grandi dans une antipathie envers l'Orthodoxie, spécifiquement
contre elle; mais une culture qui "s'en fiche", une culture qui ne sait pas
ce qu'elle est, une culture qui "ne peut pas être dérangée." Et
l'Eglise en Amérique acquiert de l'expérience dans la façon de répondre à ce
genre de questions, qui sont différentes de questions dans le vieux monde. Ici
en Russie ces questions sont plutôt nouvelles, alors qu'en Amérique elles ont été le
cadre de la vie de l'Église pendant 200 ans -comment parler à des gens qui n'ont
aucune idée de ce qu'est l'Orthodoxie, ou qui n'ont aucune idée de ce qu'est la
religion, ou qui tout simplement ne s'en soucient pas. Alors oui, nous avons une expérience qui peut également être partagée. Mais nous devons être très
prudents l'émotion-individualiste peut devenir très rapidement une émotion triomphaliste.
Mieux vaut être humble et partager nos expériences tout simplement que de
penser que nous avons quelque chose à enseigner aux autres.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
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