"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 9 avril 2014

Simona Georgieva: UN MIRACLE DU SEIGNEUR / UNE HISTOIRE VRAIE DE FOI


Fr. Stoyan
Père Stoyan


Père Stoyan, de l'église de la Sainte Trinité dans la ville bulgare de Dobrich, aide depuis plus de huit ans les gens qui connaissent des temps difficiles. En 2004, à son initiative un abri a été construit comme dépendance de l'église où il est recteur depuis 1997. 

Ici, les gens qui ont perdu tout espoir dans l'avenir peuvent trouver refuge. Le prêtre étend la main pour aider des dizaines de personnes dans le besoin; les mères célibataires et leurs enfants, les orphelins, les personnes âgées, et ceux qui sont tout simplement désespérés. 

Ils trouvent tous espoir après avoir rencontré ce chrétien. 

Cet homme de Dieu est célèbre pour sa miséricorde dans toute la Bulgarie. Son oncle, le Père Georgy, a été le premier de sa famille à devenir prêtre. Il était aussi le père spirituel de Stoyan. Stoyan a été élevé dans la foi, et se souvient dans son enfance comment son oncle transforma la maison de ses parents en église dans le village de Jeglartsy.

En 1962, Stoyan est entré au séminaire. Les premiers à devenir prêtres dans sa famille étaient ses deux frères, les jumeaux Marin et Nedyalko, puis le frère aîné ; même une de ses sœurs est diplômée du département de théologie. 

Père Stoyan ne conduit pas une grosse voiture et ne fait pas usage de son statut en tant que serviteur de Dieu pour améliorer sa position matérielle. Plus que cela, il a construit sept églises et un monastère, nourri les affamés, donné refuge aux pauvres, et réconforté les désespérés. 

En 2003, trois frères, musulmans, sont venus vers ce prêtre dans l'espoir de trouver de la nourriture et un toit sur leur tête. Un des frères se nommait Erkhan. Père Stoyan dit qu'il est un homme aimable et honnête. Les trois frères aidaient Père Stoyan de jour en jour, à la construction d'églises dans différents villages. 

Erkhan écoutait les instructions de Père Stoyan avec grande soif et de respect, et la bonté du prêtre eut une forte influence sur lui, en dépit de leurs religions différentes. Erkhan était musulman, mais plus il a passé de temps avec le chrétien Stoyan, plus il voyait l'effort du prêtre pour faire le bien, plus il voulait changer son point de vue religieux. Son épouse Tanya est chrétienne. Ils avaient été sans enfants pendant treize ans. Sa femme conçoit aisément, mais à chaque fois, à la fin de la grossesse, l'enfant mourait. C'est ce qui s'est passé à neuf reprises. 

Passant du temps avec le Père. Stoyan et d'autres prêtres, Erkhan les a vu servir des molebens, et il a commencé à aller secrètement à l'église et à prier pour Tanya et lui-même. Il a eu une crise dans sa foi musulmane au moment où sa femme enceinte de nouveau eut une autre fausse couche au cinquième mois de grossesse. 

En désespoir de cause, Erkhan demanda au Père Stoyan de le baptiser, mais il savait que sa mère, qui était contre son mariage avec Tanya, serait très peinée de cela. Néanmoins, il décida de franchir le pas.

Ses parents étaient de zélés musulmans - son père lui avait appris à lire le Coran, et et le portait toujours avec lui, racontant souvent des histoires tirées de lui à Erkhan. Néanmoins, il  fit la demande à la mère d'Erkhan pour l'autorisation de son fils de se faire baptiser. 

En 2009, Erkhan reçut la foi chrétienne avec le nom d'Emile Ivanov, et plus tard, Emmanuel. L'homme de Dieu Stoyan est devenu son instructeur spirituel. Que ce soit par la force de sa foi nouvelle ou pour le bien de son humilité et de son énorme désir, nous ne le savons pas; mais en 2010, un miracle s'est produit: l'épouse d'Emmanuel lui a donné un fils en bonne santé, qu'ils ont baptisé du nom d'Alexandre. C'est la naissance de l'enfant pour lequel il avait longtemps attendu et souffert qui lui a inspiré d'étudier au séminaire théologique, et de devenir encore plus convaincu de la puissance de la religion chrétienne. 

Le 27 Décembre 2012, Emmanuel a été ordonné diacre par le Métropolite Kirill de Varna. 


Maintenant le Père diacre est prêt à commencer le chemin vers le sacerdoce, bien que son ordination au diaconat ait été un événement très inattendu pour lui.  Cela a eu lieu de par la décision personnelle de métropolite Kirill. Avant cela, Emmanuel a servi comme sous-diacre et acolyte à l'autel. Maintenant en tant que diacre, il a le droit de lire certaines prières à l'église. Son fils premier-né Alexandre apprend aussi à lire : il dit le "Notre Père". 

Le baptême d'Erkhan n'est pas sans précédent dans ces régions. Il n'est pas le premier musulman qui a décidé de changer de religion après avoir appris à connaître le Père Stoyan. Nikolina, également musulmane, s'est trouvée un jour dans une situation sans espoir et est allée à la recherche du salut auprès du prêtre. Elle a reçu un espace de vie pour ses enfants, du travail pour elle-même, le soutien, l'amitié, et la sécurité du lendemain. Pour toute cette bonté, elle voulut se convertir à la foi chrétienne. Elena, l'épouse de Père Stoyan est devenue sa marraine. 

La biographie d'Erkhan est essentiellement l'histoire de la vertu chrétienne comme thème principal, et non pas un choc des religions. Indépendamment de la relation sceptique de nombreuses personnes à des traditions et à la religion [le christianisme orthodoxe] de leur pays, il y a encore des gens en Bulgarie qui se convertissent par conviction personnelle. C'est leur droit. 

Dans cette histoire, la chose importante est la volonté de certaines personnes d'aider les autres, indépendamment de la religion. Après tout, le Père Stoyan enseigne que Dieu crée les gens, ce ne sont pas les gens qui créent Dieu... Cela sonne comme une légende médiévale ou un conte de Noël, mais quelque part là-bas, dans le nord de la Bulgarie, loin de la corruption morale d'aujourd'hui, vit un homme qui construit les églises et des monastères, et qui donne aux gens de petits miracles, des miracles aussi grands ou petits dont ils ont besoin pour croire au Seigneur.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Haïjin Pravoslave (CCCXXIX)


Vivants et défunts
Nous cheminons tous ensemble
Dans l'Amour du Christ

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

mardi 8 avril 2014

Sur orthodoxie.com/ Le métropolite Hilarion de Volokolamsk à propos du Concile, de l'Ukraine et de l'unité des Chrétiens



Rédigé par Vladimir Golovanow le 5 Avril 2014 à 11:53 
"L'uniatisme" était et est un projet spécial de l'Église catholique romaine pour convertir les orthodoxes au catholicisme. Les "uniates" ont agi pendant des siècles contre l'Eglise orthodoxe, avec l'aide des autorités civiles, pour s'emparer d'églises et de monastères orthodoxes, convertir les croyants orthodoxes au catholicisme et opprimer le clergé orthodoxe de toutes les façons possibles. 

Interview du métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département de relations ecclésiastiques extérieures de l'Eglise orthodoxe russe, dans le "National Catholic Register." (traduction VG) 

Quelle est la position de l'Église orthodoxe russe sur la crise en Ukraine ? Et pourquoi un concile panorthodoxe prévu pour 2016? Le "National Catholic Register" a posé ces questions et d'autres le 2 avril à Mgr Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures de l'Eglise orthodoxe russe et membre permanent du Saint-Synode du Patriarcat de Moscou. Théologien reconnu, historien de l'Eglise et compositeur, le métropolite Hilarion nous a aussi fait part de ses réflexions sur l'état actuel des relations entre catholiques et orthodoxes. 

Quelle est l'importance pour l'Eglise orthodoxe du Concile panorthodoxe prévu pour 2016? Peut-on le considérer comme un évènement similaire à Vatican II dans l'histoire de l'Église catholique ? 

Le Concile panorthodoxe est important en ce qu'il sera le premier Concile, après l'ère des conciles œcuméniques, qui représentera toutes les Églises orthodoxes reconnues aujourd'hui. Pendant les 12 derniers siècles il y a eu des conciles de différents niveaux auxquels ont participé des représentants de différentes Eglises, mais celui-ci sera le premier Concile panorthodoxe de cette période. 

Ce Concile est le fruit d'un long travail effectué par les Églises orthodoxes locales depuis plus de 50 ans. Comparer avec Vatican II n'est pas vraiment approprié car leurs programmes sont tout à fait différents et nous n'envisageons pas d'introduire des réformes qui auraient un grand impact sur la vie de l'Orthodoxie. 

Le patriarche Kirill a déclaré que le Concile panorthodoxe devrait traiter de questions telles que l'expulsion des chrétiens du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, le culte de la consommation, la destruction des fondements moraux et la famille, le clonage et la GPA. Quelle est l'importance de ces questions pour vous et voudriez-vous voir aussi d'autres thèmes inclus dans l'ordre du jour du concile, par exemple l'unité avec l'Eglise catholique? 
Ces déclarations de Sa Sainteté le Patriarche Kirill reflètent la position de l'Eglise orthodoxe russe et il en résulte que l'ordre du jour du Concile panorthodoxe doit être complété par des thèmes importants pour la société d'aujourd'hui et qui demandent une réponse de l'orthodoxie mondiale. Mais il ya aussi une liste de 10 thèmes qui ont fait l'objet de documents rédigés par les Églises orthodoxes locales au cours des années de travaux préparatoires préconciliaires. Toutes les Eglises orthodoxes ont déjà atteint l'unanimité sur huit d'entre eux et, avec quelques améliorations, ces documents seront soumis au Concile. Parmi eux se trouve également le thème de la position de l'Église orthodoxe dans la poursuite du dialogue avec les autres confessions chrétiennes, y compris le catholicisme. 

Pourriez-vous expliquer plus en détail pourquoi ce concile est nécessaire et pourquoi maintenant? 

Le développement de mécanismes conciliaires au niveau panorthodoxe est souhaité par toutes les Eglises orthodoxes. Ce désir a motivé les Églises depuis le début pour participer ensemble à la préparation du concile, commencée en 1961 lors de la Conférence panorthodoxe de Rhodes. Maintenant que ce travail préparatoire est en voie d'achèvement, il est prévu de convoquer le concile en 2016, sauf circonstances imprévues. 

La politique de la Russie en Ukraine a provoqué des protestations sérieuses en Occident. Quelle est la position de l'Eglise orthodoxe? Pensez-vous que la politique Occidentale sur cette question est erronée? 

L'Eglise orthodoxe russe regroupe Russes, Ukrainiens, Biélorusses et des représentants de nombreuses autres nationalités. L'unité spirituelle de nos nations a résisté à l'épreuve du temps depuis des siècles. La crise politique actuelle en Ukraine ne peut guère changer quoi que ce soit à cet égard. La position de l'Eglise orthodoxe russe ne peut pas être conditionnée par une politique particulière car les fidèles de notre Église ont différentes opinions politiques et ils sont citoyens de plusieurs états. 

Plus nous sommes proches de Dieu, plus nous nous rapprochons les uns des autres. La foi en Christ et l'amour du Christ unissent et ne divisent pas les gens. Nous n'avons jamais divisé notre troupeau sur des critères nationaux. 

Le sang de nombreuses personnes innocentes versé en Février à Kiev est une tragédie pour l'Ukraine; la justice divine et humaine exige que cette catastrophe fasse l'objet d'une enquête complète immédiatement. Pourtant les politiciens européens n'ont pas une opinion commune sur cette question, tout comme sur bien d'autres questions concernant le destin ultérieur de l'Ukraine et du peuple ukrainien. Dans cette situation le rôle de l'Eglise n'est pas de prononcer de grands mots, mais de prier et de faire preuve de compassion. 

Certains affirment que l'Église orthodoxe et l'Etat russe sont trop proches l'un de l'autre. Dans quelle mesure est-ce vrai et en quoi ces relations peuvent-elles affecter la vie de l'Église et son intégrité (ou l'inverse), en particulier dans des domaines tels que la souveraineté de l'Ukraine ? 
L'Eglise orthodoxe russe et l'Etat russe entretiennent des relations mutuellement respectueuses, fondées sur les principes de coopération et de non-ingérence dans les affaires réciproques. Et des relations similaires sont entretenues par notre Église avec de nombreux autres Etats sur les territoires desquels elle exerce sa mission. L'Eglise est le corps du Christ qui vit selon les lois établies par Dieu et suit les valeurs spirituelles et morales manifestées dans la Révélation divine. Son ministère est axé sur la pastorale de son troupeau, la protection et la promotion des principes moraux traditionnels dans la vie privée et sociale et de l'éducation religieuse. 

L'Eglise orthodoxe russe et l'Etat ne s'ingèrent pas dans les affaires les uns des autres. Cela ne signifie pas, malgré tout, que l'Eglise peut rester indifférente à l'évolution de la situation en Ukraine. Kiev est le berceau de l'orthodoxie russe, son centre d'origine, car il est l'endroit d'où le christianisme oriental a commencé à se répandre sur tout le territoire historique de la Russie. L'Église orthodoxe ukrainienne, tout en étant totalement indépendante administrativement, fait partie intégrante de l'Eglise orthodoxe russe locale. C'est pourquoi la douleur des fidèles ukrainiens est notre propre douleur. Nous sommes profondément préoccupés par les manifestations d'agressivité perpétrées par des extrémistes à l'égard de nos frères et sœurs ukrainiens. En ces jours nous élevons des prières pour que la confrontation en Ukraine s'arrête au plus vite, pour que le peuple ukrainien puisse revienne à une vie paisible. 

Vous avez fait beaucoup en ce qui concerne le développement des relations entre Orthodoxes et Catholiques. Qu'espérez-vous dans l'avenir? Une rencontre entre le Pape et le Patriarche pourrait-t elle avoir lieu avec le Pape actuel François, ou était-t-elle plus probable avec le pape Benoît ? 
C'est vrai, je me suis beaucoup engagé dans le dialogue avec l'Eglise catholique, à la fois dans les années où j'ai dirigé le Secrétariat pour les relations interchrétiennes dans le département du Patriarcat de Moscou des relations ecclésiastiques extérieures et quand j'ai servi dans un pays catholique: comme d'évêque de Vienne et d'Autriche j'ai maintenu les relations avec les représentants de l'Eglise catholique en Autriche et en Hongrie. Maintenant, comme chef du Département des relations ecclésiastiques extérieures, je viens chaque année à Rome et j'y ai d'abord rencontré les papes Jean- Paul II et Benoît XVI et maintenant j'ai rencontré le Pape François à deux reprises. J'ai aussi régulièrement rencontré les dirigeants des différents dicastères de la Curie.

Aujourd'hui, Orthodoxes et Catholiques, nous rencontrons des problèmes similaires dans le monde et nos positions sur de nombreuses questions coïncident dans une large mesure. 

Le dialogue orthodoxe - catholique est conduit à différents niveaux: panorthodoxe, dans la "Commission mixte pour le dialogue théologique entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes", et bilatéral: le Patriarcat de Moscou mène un dialogue avec les conférences épiscopales catholiques dans certains pays. Le dialogue théologique se poursuit depuis 33 ans et ses résultats sont évidents, comme est aussi évidente l'existence de différences certaines dans nos doctrines. 

Cependant, la question la plus importante, mais pas la seule, qui divise Catholiques et Orthodoxes concerne le problème de la primauté dans l'Église universelle. La différence dans son interprétation a été l'une des causes qui ont mené à la division entre les Églises occidentale et orientale. En Occident, le pape de Rome a été reconnu comme le successeur de saint Pierre et le Siège de Rome occupait la première place parmi les trônes patriarcaux conformément aux décisions des Conciles Œcuméniques. Mais l'Église d'Orient considérait alors l'évêque de Rome comme «le premier parmi les égaux» ("primus inter pares") et ne lui a jamais attribué de pouvoirs particuliers par rapport à ceux des primats d'autres Eglises. 

Outre les différences strictement théologiques il y a ce qu'on appelle "les facteur non-théologiques de division." Il s'agit de la mémoire historique des controverses et des conflits du passé et de beaucoup de préjugés réciproques ainsi que, malheureusement, de certains problèmes qui ont surgi dans la période récente de l'histoire. 

Mais, malgré tout, Orthodoxes et Catholiques peuvent beaucoup travailler ensemble. Il y a une compréhension mutuelle entre l'Église russe et l'Église catholique romaine pour ce qui concerne l'éthique sociale et économique, la morale traditionnelle et d'autres problèmes de la société d'aujourd'hui. Nos positions sur la famille, la maternité, la crise de la population, les questions de bioéthique, les problèmes de l'euthanasie et de nombreuses autres questions coïncident pour l'essentiel. 

Ce consensus permet dès maintenant à nos Églises de témoigner ensemble du Christ face au monde séculier. Nous avons une expérience très positive de l'organisation d'actons communes entre Orthodoxes et Catholiques aussi bien dans le domaine de la protection des valeurs morales que dans celui de la coopération culturelle. 

Il existe aujourd'hui un réel intérêt des deux parties pour le développement fructueux du dialogue bilatéral entre les Orthodoxes russes et les Eglises catholiques. Concernant une rencontre des primats de nos Eglises, elle est tout à fait possible mais elle doit être soigneusement préparée. Nous n'avions pas exclu de pouvoir l'organiser avec le pape Benoît, mais nous n'avons pas eu le temps de le faire. Je ne vois pas pourquoi elle ne pourrait pas être organisée avec le pape François. 

Il m'a semblé dès l'automne dernier que les parties étaient prêtes à commencer sa préparation. Mais les événements en Ukraine nous ont considérablement rejetés en arrière; c'est essentiellement dû aux actions des gréco-catholiques, qui sont considérés par l'Église catholique romaine comme un «pont» entre l'Est et l'Ouest, alors que nous les voyons nous comme un sérieux obstacle au dialogue entre l'Orthodoxie et le Catholicisme. 

Ce n'est pas un secret que "l'uniatisme" était et est un projet spécial de l'Église catholique romaine pour convertir les orthodoxes au catholicisme. Les "uniates" ont agi pendant des siècles contre l'Eglise orthodoxe, avec l'aide des autorités civiles, pour s'emparer d'églises et de monastères orthodoxes, convertir les croyants orthodoxes au catholicisme et opprimer le clergé orthodoxe de toutes les façons possibles. Ce fut le cas dans la Principauté Polono-lithuanienne après l'Union de Brest de 1596 et ce fut le cas à la fin des années 1980 et le début des années 1990 dans l'ouest de l'Ukraine. 

Dans la confrontation actuelle, les gréco-catholiques ont immédiatement pris parti pour un côté et ils ont entamé une coopération active avec les groupes schismatiques orthodoxes: le chef de l'Eglise grecque-catholique ukrainienne et le chef du soi-disant Patriarcat de Kiev arpentaient les bureaux du département d'État des États-Unis, appelant les autorités américaines à intervenir dans la situation et à mettre de l'ordre en Ukraine. Les gréco-catholiques ont en fait lancé une croisade contre l'orthodoxie. 

Au Vatican, on nous dit qu'ils ne peuvent pas influer sur les actions des gréco-catholiques car ils sont autonomes; Et le Vatican est même réticent à se démarquer de ces actions. Dans ces circonstances il est devenu plus difficile de parler d'une rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou dans un proche avenir. Nous devons attendre que les blessures infligées récemment guérissent. Mais nous ne perdons pas espoir que les relations entre les orthodoxes et les catholiques se normalisent. 

Edward Pentin correspondant du "Registre" à Rome. 
"National Catholic Register"

« À la découverte de l’Orthodoxie »: une conférence de Jean-Claude Larchet le 10 avril à Arlon (Belgique)

Conference Arlon Orthodoxie

À l’invitation du CIEP-MOC Luxembourg, Jean-Claude Larchet donnera le jeudi 10 avril à Arlon (Belgique), une conférence intitulée « À la découverte de  l’Orthodoxie », qui présentera l’Église orthodoxe dans son histoire, ses institutions, sa foi et ses pratiques.
La conférence, qui sera suivie d’une discussion, se tienda de 19h30 à 21h30 dans les locaux de la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC), 1 rue Pietro Ferrero, Arlon (Entrée libre).Le CIEP (Centre d’Information et d’Education Populaire) est un organisme du Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) de Belgique qui a pour mission l’éducation permanente en milieu ouvrier.
Source - 

lundi 7 avril 2014

Bernard Le Caro: Les lettres spirituelles de Théophane le Reclus/ Podcast




Podcast ICI




Père Barnabas (Powell): Le corps n'est-il pas saint après la mort?





Tout est possible à Amsterdam. Un article de The Economist décrit récemment comment les morgues néerlandaises sont les pionnières d'un nouveau domaine dans les énergies alternatives, qui donne un nouveau sens à l'expression "puissance du peuple"*. 

Puisque la crémation des cadavres implique tellement d'énergie, les fours crématoires sont reliés aux réseaux d'électricité municipaux de crainte que cette précieuse ressource ne se perde. Certaines personnes meurent littéralement pour devenir des ressources [énergétiques] bon marché et renouvelables. Il y a juste un "hic". Les émissions de déchets issus du processus ne sont pas tout à fait assez vertes pour les sensibilités écologiques néerlandaises, aussi davantage de recherche est nécessaire pour développer une technologie véritablement propre à partir des cadavres. Cela peut sembler un scénario extrême, mais nous ne sommes pas loin d'en arriver à accepter une pratique autrefois considérée comme anathème.

J'ai entendu des raisons non éclairées s'opposer à la crémation, comme l'idée que Dieu ne sera pas en mesure de rassembler les cendres dispersées à la Résurrection. De telles absurdités remettent non seulement la puissance de Dieu en question, mais elles portent également atteinte à la mémoire des personnes tuées dans des incendies accidentels, ou lors des horreurs de la guerre.

Depuis que l'Eglise catholique a cessé d'interdire l'incinération en 1963, l'Eglise orthodoxe (avec le judaïsme orthodoxe) a du expliquer sa propre opposition non seulement au grand public, mais à ses propres fidèles aussi. L'insistance orthodoxe sur l'enterrement est fondée sur le respect du corps humain comme œuvre de Dieu. Le récit biblique de notre création à l'image de Dieu ne s'applique pas seulement à nos facultés rationnelles, mais aussi à notre être physique. La bonté du monde créé, et du corps, est prouvée lorsque le Christ se fait chair pour le racheter.

La notion d'une divinité incarnée était anathème pour les païens gréco-romains (ainsi que les Gnostiques et autres "dualistes" à la fois anciens et modernes), qui croyaient toutes les choses matérielles étaient intrinsèquement corrompues et illusoires, et que seul l'immatériel avait une valeur rédemptrice. Ils pratiquaient l'incinération comme un moyen de libérer la bonne âme du mauvais corps. La crémation signifiait détruire prison matérielle de l'âme, ce qui lui permetrait de s'échapper.

Au début, Chrétiens et Juifs, d'autre part, vénéraient les corps des défunts comme reflétant encore la sainteté de Dieu. Pour ceux qui célébraient la mort, l'ensevelissement et la résurrection du Christ, la crémation est devenue impensable. Ils traitaient leurs morts comme le Christ, les oignants d'épices parfumées, les enveloppant dans des linceuls et les déposant dans la terre. Les lieux des morts, les catacombes devinrent les lieux de rassemblement pour le culte.

Quand ils ont commencé à souffrir la persécution, les chrétiens emportaient les corps de leurs martyrs, baisant leurs os et faisant éventuellement des pèlerinages à leurs tombeaux. Les bâtiments de l'église sont apparus, les sanctuaires des martyrs y ont été incorporés en plaçant leurs os dans les pierres d'autel, pratique orthodoxe jusques à ce jour.

Peu de choses semblent plus macabres pour les esprits éclairés que de baiser les os des morts. Inversement, peu de choses auraient semblé plus anathème pour les premiers chrétiens que de brûler un corps, écrasant ses os et dispersant ses cendres ou les gardant dans un bocal.

La crémation, hors la loi comme profanation païenne par un édit impérial au cinquième siècle, est en train de devenir la méthode préférée d'élimination des corps, même parmi les chrétiens. Bien que n'étant pas délibérée, des rejetons de l'ancien dualisme imprègnent la mort moderne. J'ai eu une fois à informer une femme qui avait déjà les cendres de son mari dans une boîte que je ne pouvais pas l'enterrer. Elle ne pensait pas qu'un enterrement était nécessaire de toute façon, car il était déjà à la fête dans le ciel! Son âme était "lui", tandis que son corps était devenu négligeable.

Comme un de mes instructeurs du séminaire le dit en plaisantant un jour, "Nous vivons comme des hédonistes et mourons comme des platoniciens." Nous vivons comme si notre corps est l'essence même de notre être, mais tout à coup il ne devient rien quand nous mourons. Ce n'est pas mon intention d'offenser ceux qui ont eu des proches incinérés, mais de provoquer une réflexion approfondie de la façon dont nous voulons être traités quand nous mourons. Chaque méthode implique une croyance sur la signification du corps, soit c'est une icône divine, ou tout simplement une coquille vide.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

* Jeu de mot: power signifie puissance, pouvoir, mais aussi force motrice, dans le sens de puissance productrice d'énergie 

Haïjin Pravoslave (CCCXXVIII)


Nos amis défunts
Vivent sous l'Autre Soleil
Dans la plénitude

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

dimanche 6 avril 2014

Archevêque Tikhon du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles: Elle s'efforçait de vivre une vie différente pour le salut, et dans la solitude


Bishop Tikhon and Mother Liudmila on the day of her tonsure as a nun
L'archevêque Tikhon et Mère Ludmila 
le jour de sa tonsure comme moniale

Quarante jours se sont écoulés depuis que la moniale Ludmila (Pryachnikova) et Vladimir Zaporojets ont été abattus dans la cathédrale du Sud de Sakhaline. On connaît peu le martyr Vladimir qui mendiait sur ​​le porche de la cathédrale du Sud de Sakhaline. Mais tout le monde connaissait et aimait la moniale Ludmila, qui accomplissait son obédience au comptoir des cierges. Aujourd'hui, le guide spirituel de Mère Ludmila, l'archevêque Tikhon du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles, se souvient : 


Vladyka, depuis combien de temps connaissiez-vous Mère Ludmila? 

Je connaissais Mère Ludmila depuis de nombreuses années; elle était l'assistante la plus proche de l'higoumène (Père supérieur) Philarète, qui servait dans la ville de Tomari dans notre diocèse. La Mère était son bras droit et son soutien. Notre connaissance, qui était de caractère très agréable, a duré 10 ans. 

Père Philarète nous a dit que vous avez suggéré à la Mère qu'elle devienne moniale. Pourquoi? Qu'avez-vous vu en elle?

Tout d'abord, j'ai vu qu'elle était une femme digne, la mère d'un moine; J'ai vu son esprit de prière profonde. Je voyais en elle, d'abord et avant tout, une personne qui cherchait le salut, la solitude, la vie monastique, pour une vie différente. Et pour cette raison, j'ai proposé qu'elle devienne moniale. En fait, selon l'heureuse expression de l'un des ascètes [podvizhniki (1)] de notre temps , "le monachisme n'est pas une récompense, mais un moyen de repentance." 

Pourquoi le Seigneur a-t-il préparé la Mère en particulier, pour cet exploit spirituel [podvig]? (2) 

Oui, la cathédrale était pleine de clergé pendant le service, mais à la veille de ces événements, il y avait peu de gens dans la cathédrale. Vraiment, le Seigneur choisit pour son salut ceux qui ont déjà été préparés pour le Royaume des Cieux. La Mère, apparemment, était déjà mûre pour les demeures célestes, de sorte que le Seigneur l'a choisie. 



Archbishop Tikhon (Dorovskэkh) of South Sakhalin and the Kurils
Archevêque Tikhon (Dorovskэkh) 
du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles 

Quelle est la signification spirituelle de cet événement, la leçon pour nous tous ? Qu'est-ce que le Seigneur dit à chacun d'entre nous qui se tenait, même à une certaine distance, en témoin de l'exploit spirituel [podvig] de Mère Liudmila et de Vladimir ? 

Je crois que le Seigneur prépare pour nous tous, en premier lieu, l'espoir du salut de notre âme, et donne à chacun de nous sa croix, afin que, la portant dignement, nous soyons en mesure de sauver notre trésor le plus précieux, notre âme. Et l'Orthodoxie est persécutée dans ce monde, notre foi est soumise à la moquerie. Lorsque le démon n'était pas en mesure de réfuter certaines choses, ces choses ont été raillées. Rappelez-vous l'histoire, remémorez-vous la période soviétique. Les croyants passaient pour des ignorants. 
Je me souviens d'un tel épisode de la vie de l'académicien Pavlov (3). Il était assis là, vieillard déjà sage de son expérience de la vie, et vient un jeune soldat de l'Armée rouge, qui ne savait probablement même pas lire, et il demanda à Ivan Petrovich, " Alors , papy, tu crois en Dieu?" Pavlov répondit: "Oui, fils!" " Oh!", poursuivit le soldat de l'Armée rouge, "Tu(4) n'es que ténèbres et ignorance, ignorance!" 

Alors là, même les universitaires se sont avérés être des ignorants. 

Bien sûr, il est facile de ridiculiser, de ridiculiser l'institution de la famille, comme ils le font maintenant, l'institution du mariage, l'établissement de relations entre l'homme et la femme, l'institution de l'éducation des enfants, la maternité, ou les principes moraux de la société. 

Tant que l'Orthodoxie condamne le mensonge de ce monde, notre religion sera l'objet de moquerie, de ricanement, de persécution et de violence de toutes sortes. 

Ce qui s'est passé le jour [de la fête] des nouveaux martyrs et confesseurs de Russie est, bien sûr, un acte important de néo-paganisme des forces sataniques, dans le but de nous effrayer, dans le but d'identifier leur position sans équivoque, de montrer, disent-ils, qu'ils ont le droit de juger et de disposer des vies humaines

Ceci, bien sûr, est faux. Je suis convaincu que nos gens orthodoxes sur Sakhaline n'ont pas été poussés par cela, sachant qu'un démon se tient derrière cet acte - un démon dont le but est de nous désunir. Car aucune des directives politiques, des visions du monde, ou des opinions religieuses ne peut nous séparer - c'est le péché qui nous sépare. 

Ce péché , qui est entré dans les médias, déverse constamment ses ordures, des choses pourries, et toute sorte de propagande en faveur de la luxure sur nous et sur nos jeunes. Parfois, les gens cèdent à ces stratagèmes. Dans ce cas, une personne devient dans une plus grande mesure la victime, et non l'auteur des actes qui ont été accomplis. 



Mother Liudmila prays to the right of Archbishop Tikhon. Photograph taken a few hours before her murder.

Mère Ludmila prie à droite de l'archevêque Tikhon.
la photo a été prise quelques heures avant son assassinat


Bien sûr, je suis très désolé, comme un être humain devrait l'être, pour la personne qui a commis ce crime dans notre cathédrale, le 9 février, parce qu'il a condamné son âme à la souffrance éternelle, et il ne s'est pas repenti même jusqu'à maintenant - c'est ce qui est si terrible. Il pense qu'il a fait une sorte de "bonne" chose. Mais bien sûr, c'est l'illusion, ce qui conduira à la perdition de son âme s'il ne se repent pas. 

Ceux qui professent des cultes néo-païens, des cultes sataniques, des cultes de satisfaction des sens, d'hédonisme - de jouissance de la vie - ces gens sont condamnés à une certaine dégradation morale. 

Nous avons tous besoin de nous réveiller, de revenir à nous-mêmes et de penser: comment vivons-nous? Pour quelle raison vivons-nous sur cette terre? Afin de prouver quelque chose à quelqu'un, ou bien, au contraire, afin de marcher par le chemin prédestiné par le Seigneur par la voie du salut de notre âme, par la voie de la paix, par le moyen d'acquérir l'amour dans notre coeurs? 

Rappelons-nous ceux qui étaient dans les camps, les martyrs et confesseurs de Russie, dont nous avons célébré la mémoire le 9 février. Ils étaient dans les prisons, en exil, tout autour d'eux c'était l'enfer, mais dans leur âme était le Paradis. 

Que Dieu daigne nous accorder d'imiter la façon dont ils vivaient, d'imiter leur accueil dans la joie de tous ceux qui se tournaient vers eux. 

La leçon est simple: il s'agit d'un appel à mettre nos âmes en bon ordre. 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Notes:

(1) Un "combattant spirituel," celui qui entreprend un exploit difficile pour l'amour du Seigneur: se réfère généralement à des moines. 

(2) podvig - lutte, exploit spirituel/ascétique, quelque chose de difficile à entreprendre pour la cause du Seigneur, par exemple le jeûne, les veilles, etc.

(3) utilisé en russe comme un titre, un membre d'une académie majeure; ou un universitaire, un intellectuel. Pavlov a dirigé le département de physiologie à l'Académie médicale militaire. C'est la même Pavlov renommé du "chien de Pavlov," qui a remporté le prix Nobel pour son travail. 

(4) Le mot russe ty (ты) est utilisé ici - indiquant la familiarité et le manque de respect envers l'homme qui était plus âgé que lui.

Naissance au Ciel de Michel


Notre starosta* Michel [Balestra] est né au Ciel hier après-midi. Homme de grande foi, il a supporté avec courage beaucoup d'épreuves dans sa vie, et il est parti rejoindre la patrie céleste où l'attendent ses parents et tous nos défunts de la paroisse russe de Vevey: l'hypodiacre Victor, Vladyka Ambroise et tant d'autres… 
Au comptoir des cierges, avec sa présence discrète mais efficace, il était le premier à accueillir les paroissiens de l'église Sainte-Barbara de Vevey. Nous aurions aimé encore fêter cette Pâques qui arrive avec lui, mais malgré notre tristesse et la peine que nous avons, nous savons bien qu'il participera à la Pâques Lumineuse du Christ, dans la pleine Lumière du Royaume, et que nous ne serons pas séparés de lui dans cet Amour ineffable qu'il a rencontré maintenant.

Mémoire éternelle! Mémoire éternelle! Mémoire éternelle!


* [marguilier]

Haïjin Pravoslave (CCCXXVII)


Tu es au désert
Et tu laisses le silence
Te parler du Christ

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

samedi 5 avril 2014

Etre confesseur en Christ





Le jour où vous êtes  d'une certaine façon dans la peine, que ce soit dans le corps ou dans l'esprit, pour l'amour de tout homme, qu'il soit bon ou mauvais, considérez-vous comme un martyr ce jour-là, et comme quelqu'un qui souffre pour l'amour du Christ et qui mérite le nom de confesseur. Car souvenez-vous que le Christ est mort pour les pécheurs, et non pour les justes. Voyez à quel point c'est une grande chose que de se soucier des hommes méchants et de faire du bien aux pécheurs, plus encore qu'aux justes!

Saint Isaac le Syrien, 

Exposé du métropolite Hilarion de Volokolamsk à l’université de Fribourg



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Au cours d’un séminaire qu’il animait le 24 mars 2014 à la faculté de théologie de l’université de Fribourg (Suisse), le métropolite Hilarion a tenu une conférence dans laquelle il proposait des commentaires théologiques au document adopté par le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe intitulé : « Position du Patriarcat de Moscou sur la question de la primauté dans l’Église universelle ».
  1. Le thème de la primauté dans l’Église universelle est un des problèmes clés de l’ecclésiologie chrétienne, au même titre que les thèmes de la conciliarité (sobornost’) et de l’unité de l’Église. Dans l’histoire de la réflexion théologique sur la primauté, le thème du primat du pape, formulé par l’Église catholique romaine, a longtemps dominé. La doctrine orthodoxe de la primauté dépendait donc fortement de cette discussion et se présentait principalement sous la forme d’une polémique anti-papiste. Au XX siècle, la situation a changé : des tentatives de développement positif, et non plus polémique de la question de la primauté dans l’Église se sont fait jour dans la théologie orthodoxe. Ces tentatives ont engendré un débat théologique sur la primauté dans le milieu orthodoxe. A l’heure actuelle, le thème de la primauté est l’une des principales questions dans le processus préparatoire panorthodoxe préconciliaire. Il est au cœur des échanges théologiques orthodoxes-catholiques.

La dernière synaxe des Primats des Églises orthodoxes locales, qui s’est déroulée à Istanbul du 6 au 9 mars a démontré l’importance pratique des thèmes de la primauté et de la conciliarité au niveau panorthodoxe. Les chefs des Églises orthodoxes locales ont décidé en commun de convoquer le Concile panorthodoxe pour 2016, si aucune circonstance imprévue ne vient l’empêcher. Il est capital d’ajouter que les décisions prises pendant le Concile panorthodoxe le seront suivant le principe du consensus. Ainsi, aucune Église ne se trouvera en minorité et aucune décision qui ne conviendrait pas, ne serait-ce qu’à une seule des Églises locales, ne pourra être prise.

Le Concile sera présidé par le premier entre égaux, le Patriarche de Constantinople. Il sera dans le même temps entouré des Primats des Églises orthodoxes locales de façon que l’image rendue par le Concile panorthodoxe ne rappelle pas celle d’un concile catholique où le Pape préside, tandis que les évêques siègent dans la salle. La primauté du Patriarche de Constantinople au Concile sera le reflet de la doctrine orthodoxe sur l’Église : les Églises orthodoxes locales sont présidées par des primats égaux en dignité, patriarches, métropolites ou archevêques.

  1. En quoi la dernière synaxe a-t-elle été importante pour la discussion sur la primauté dans l’Église ? Elle a établi un certain consensus théologique formulé durant les années de la préparation du Concile panorthodoxe. Ce consensus consiste dans la reconnaissance de l’importance pour l’Église de la primauté au niveau universel. Cependant, la question des formes et du contenu de cette primauté, perçue différemment suivant les traditions locales, restent à discuter. La question du rapport entre primauté et conciliarité reste également à définir.

Si ces thèmes sont discutables, c’est parce qu’il n’existe pas aujourd’hui de modèle ecclésiologique permettant de formuler ces questions de façon à contenter toutes les Églises orthodoxes locales. La polémique soulevée dans la pensée théologique orthodoxe le démontre clairement.

A la différence de la triadologie et de la christologie, la doctrine de l’Église n’est pas un domaine de la Tradition ecclésiale à avoir reçu en concile une définition terminologique et dogmatique normative. Aujourd’hui, l’ecclésiologie fait l’objet d’études théologiques. Les théologiens proposent des approches et des modèles différents, dont les méthodologies s’accordent mal. Ils polémiquent, et aucune unité n’a pour le moment été atteinte. Ceci concerne des concepts ecclésiologiques différents, mais liés entre eux comme la primauté et la conciliarité.

Un dialogue sur le rapport entre primauté et conciliarité se poursuit dans le cadre de la Commission internationale mixte sur le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine. Cependant, ces derniers temps, une des différentes approches possibles de la question du rapport entre primauté et conciliarité a commencé à prendre le pas sur les autres. Il s’agit des idées théologiques du métropolite Jean Zizoulias de Pergame. La contribution personnelle du métropolite Jean au développement de la théologie orthodoxe est considérable, et son ecclésiologie mérite indubitablement d’être étudiée. Mais la domination d’un point de vue au détriment des autres, porte atteinte au dialogue théologique lui-même, dans la mesure où il ferme l’espace à toute discussion.

L’Église orthodoxe russe, en tant que membre de ce dialogue grâce aux efforts de la Commission synodale biblique et théologique, a élaboré le document intitulé « La Position du Patriarcat de Moscou sur la question de la primauté dans l’Église universelle ». Ce document propose un point de vue théologique des questions discutées dans le contexte du dialogue théologique orthodoxe-catholique. Le document a été adopté par le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe pendant ses réunions des 25-26 décembre 2013. La rédaction d’un tel document souligne l’importance du dialogue théologique orthodoxe-catholique pour l’Église orthodoxe russe, et celle des questions qu’il aborde.

  1. Que propose donc l’Église orthodoxe russe dans son document sur la primauté ? Je m’arrêterai à quelques-unes des positions clés, selon moi, de ce document qui pourrait avantageusement contribuer à l’avancée du dialogue sur la primauté, tant dans le cadre de la Commission mixte, qu’au-delà.

Avant tout, j’aimerais souligner que le document précise le consensus auquel sont parvenues les Églises orthodoxes locales sur l’importance de la primauté au niveau universel. Le document ne se contente pas de ne pas nier la primauté au niveau universel, il dit qu’à l’heure actuelle cette primauté « appartient au Patriarche de Constantinople en tant que premier entre égaux des Primats des Églises orthodoxes locales » (paragraphe 2.3). Le document dit aussi que « le contenu de fond de cette primauté est défini par le consensus des Églises orthodoxes locales, exprimé partiellement lors des conférences panorthodoxes préparatoires au saint et grand Concile de l’Église orthodoxe » (5). C’est ce qu’a démontré, notamment, la synaxe d’Istanbul.

Le document commence par affirmer que « dans la sainte Église du Christ, la primauté appartient en tout à son chef, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, Fils de Dieu et Fils de l’Homme » (1). Toutes les autres formes de primauté dans l’Église qui accomplit « son cheminement historique en ce monde, sont secondaires par rapport à la primauté éternelle du Christ comme chef de l’Église » (1).

La primauté telle qu’elle s’est historiquement constituée dans l’Église, est examinée dans le document à trois niveaux d’organisation ecclésiale : le diocèse, l’Église orthodoxe locale et l’Église universelle. Cette structure est empruntée au document de la Commission mixte « Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Église », plus connu sous le nom de document de Ravenne[1], qui décrit également trois niveaux d’organisation ecclésiale. Ce document n’a pas été ratifié par l’Église orthodoxe russe pour la partie sur la primauté dans l’Église universelle. « La position du Patriarcat de Moscou » explique pourquoi cette partie du document de Ravenne a parue inacceptable à l’Église orthodoxe russe.

En comparant les deux documents, on peut découvrir une différence. Dans le document de Ravenne, la primauté dans l’Église est envisagée aux niveaux local, régional et universel. A notre avis, cette partition ne correspond pas tout à fait aux principes de l’organisation ecclésiale en vigueur dans l’Église orthodoxe contemporaine. Le principe de primauté régionale s’applique au système des métropoles antiques. Cependant, l’Église orthodoxe actuelle est organisée autrement : elle comprend le territoire canonique d’une Église locale autocéphale (que, suivant la logique de son organisation interne, on peut considérer comme l’héritière de la métropole antique), et une diaspora, où fonctionnent des paroisses et des diocèses situées dans la juridiction d’Églises locales autocéphales.

La primauté au niveau régional décrite dans le document de Ravenne s’applique aux Églises locales autocéphales uniquement dans le cadre de leur territoire canonique. Cependant, à l’égard de la diaspora, l’introduction du niveau régional fausse la réalisation réelle de la primauté sur ces territoires. Pour chaque unité ecclésiale de la diaspora (diocèse, paroisse), le primat est celui de l’Église autocéphale locale à laquelle appartient cette unité ecclésiale, et non l’évêque de l’Église locale autocéphale étant le premier sur les dyptiques dans cette région concrète de la diaspora.

Dans le document de l’Église russe, la primauté n’est pas envisagée au niveau régional, mais au niveau de l’Église locale autocéphale, ce qui correspond mieux à l’organisation actuelle de l’Église orthodoxe.

L’affirmation théologique centrale du document est que « À différents niveaux de l’être ecclésial, la primauté qui s’est constituée historiquement, a une nature distincte et des sources distinctes » (2).

a)      Au niveau du diocèse, la primauté appartient à l’évêque. Elle tire sa source de « la succession apostolique transmise par l’ordination » (2.1) dont le rite comprend l’élection, l’imposition des mains et la réception par l’Église. En tant que successeur des apôtres, l’évêque institué à ce ministère par la consécration épiscopale célèbre l’Eucharistie et préside l’assemblée ecclésiale.
En célébrant l’Eucharistie, il manifeste l’image du Christ « représentant, d’une part, l’Église des fidèles devant la face de Dieu le Père et transmettant aux fidèles, d’autre part, la bénédiction divine, leur donnant les nourriture et boisson spirituelles véritables du mystère eucharistique » (2.1). L’évêque, en personne ou par ceux auxquels il a donné sa bénédiction, reçoit les nouveaux membres dans l’Église par les sacrements du baptême et de la chrismation. Dans son diocèse, il est l’ordonnateur des ministères ecclésiaux du fait du charisme d’autorité qui lui a été communiqué par la consécration épiscopale. La primauté de l’évêque dans le diocèse est sacramentelle par nature.
b)      Au niveau de l’Église locale autocéphale, la primauté appartient « à l’évêque, élu en qualité de Président de l’Église locale par son assemblée des évêques » (2.2). La source de la primauté est ici l’acte de son élection par l’assemblée de l’Église autocéphale. Le Primat exerce son ministère de primauté conformément aux traditions canoniques communes exprimée dans le 34e canon apostolique (2.2).

Les pouvoirs du Primat de l’Église locale autocéphale sont définis par le Concile et fixés dans les Statuts. Il ne dirige pas l’Église autocéphale de façon individuelle, mais en collaboration avec les autres évêques (2.2). La primauté du primat de l’Église autocéphale est conciliaire par nature.

c)       Au niveau universel, « la primauté est définie conformément à la tradition des saints diptyques et revêt un caractère honorifique » (2.3). La source de la primauté est la tradition de l’Église, fixée dans les saints diptyques et reconnue par toute les Églises locales autocéphales (2.3), c’est-à-dire un consensus panorthodoxe sur le primat, appuyé sur la tradition des diptyques.

La tradition des diptyques remonte aux canons des conciles (3e canon du II Concile œcuménique ; 28ecanon du IV Concile œcuménique, 36e canon du VI Concile). Mais les canons ne font que fixer le consensus sur la primauté d’honneur qui existait dans l’Église au moment de leur adoption. Dans ces canons, la primauté appartient à l’Église de Rome, la seconde place accordée à l’Église de Constantinople tient au fait que ce siège se trouvait dans la capitale de l’Empire (« la ville de l’empereur et du synclète » dit le 28e canon du IV Concile).
Après la rupture avec l’Église de Rome, la primauté n’a pas été transmise à la chaire de Constantinople automatiquement, dans la mesure où les règles canoniques n’avaient pas envisagé cette procédure, mais il y avait un consensus panorthodoxe sur le fait que dans cette situation nouvelle, la primauté appartenait à Constantinople. Après la chute de l’Empire byzantin, ce consensus a perduré, bien que Constantinople eût cessé d’être la ville de l’empereur orthodoxe (et donc les raisons invoquées par le 28e canon n’existaient plus). Aujourd’hui, il n’y a pas de consensus panorthodoxe sur la question des diptyques, mais il y en a un sur les cinq premiers sièges : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem et Moscou.

A la différence du primat d’une Église autocéphale, le premier hiérarque œcuménique, le premier en dignité, n’est pas élu en tant que tel par un Concile panorthodoxe et pour cette raison ne dirige pas l’Église universelle, dans la mesure où il n’a pas été revêtu de semblables pleins-pouvoirs par l’épiscopat.

La primauté ayant une nature et des sources différentes suivant les niveaux d’organisation ecclésiale, « les fonctions du primat à différents niveaux ne sont pas identiques et ne peuvent être transférées d’un niveau à l’autre » (3).

« Le transfert des fonctions du ministère primatial depuis le niveau épiscopal au niveau universel, signifie en fait la reconnaissance d’un type particulier de ministère, celui d’un « pontife universel », disposant d’une autorité didactique et administrative dans toute l’Église universelle » (3) La reconnaissance d’une autorité semblable annule l’égalité sacramentelle de l’épiscopat et amène l’apparition de la juridiction d’un primat universelle, dont ne parlent ni les saints canons, ni la tradition patristique. La conséquence en est une dépréciation de l’autocéphalie des Églises locales.

« À son tour, l’extension de la primauté qui est propre au primat d’une Église locale autocéphale (selon le 34è canon apostolique), au niveau universel attribuerait au primat dans l’Église universelle des pouvoirs spéciaux sans recourir à l’accord à ce sujet des Églises locales orthodoxes. Un tel transfert du concept de la primauté depuis le niveau local jusqu’au niveau universel nécessiterait également le transfert de la procédure y relative de l’élection de l’évêque préséant au niveau universel, ce qui impliquerait alors la violation du droit de l’Église locale autocéphale primatiale, selon lequel elle peut élire son primat. » Le primat universel devrait alors être élu entre tous les membres de l’épiscopat de l’Église orthodoxe par un Concile panorthodoxe.

  1. La position exposée dans le document du Patriarcat de Moscou sur la différence de nature et de sources de la primauté aux différents niveaux de l’organisation ecclésiale a été critiquée. Le métropolite Elpidophore de Prousse notamment, dans son article « Primus sine paribus » a écrit que le document de Moscou faisait de la primauté « quelque chose d’extérieur et donc d’étranger à la personne du premier hiérarque. » Il propose, au contraire, de considérer que tout institut ecclésial « est toujours hypostasié dans une personne » et que la source de la primauté aux trois niveaux d’organisation ecclésiale est le premier hiérarque lui-même.

La théologie du métropolite Elpidophore s’appuie sur l’approche ecclésiologique personnaliste du métropolite Jean (Zizoulias). Je n’examinerai pas le contenu strictement théologique de l’article du métropolite Elpidophore, et me contenterai de remarquer qu’il va beaucoup plus loin que le métropolite Jean. Selon l’ecclésiologie du métropolite Jean, seule une église locale peut être « hypostasiée » dans la personne, dans la mesure où cette « hypostasion » est liée à l’Eucharistie, toujours célébrée dans un lieu donné. Le ministère de l’évêque, suivant Zizoulias, a une double source : eschatologique (en tant qu’alter Christus) et historique, dans la succession apostolique (en tant qu’alter apostolus). On ne peut donc dire ici que le premier hiérarque soit la source de sa primauté.

Dans l’article du métropolite, un hiérarque orthodoxe affirme pour la première fois que le Patriarche œcuménique n’est pas le primus inter pares, mais le « primus sine paribus », autrement dit qu’il s’élève au-dessus de tous les Primats des Églises orthodoxes locales, de la même façon que le pape de Rome. Le problème ici ne tient pas tant à ce que cette ecclésiologie est mauvaise en soi, qu’à ce qu’elle ne correspond pas à la Tradition bimillénaire de l’Église orientale : elle contredit en particulier la polémique contre le papisme romain qu’ont menée durant des siècles les théologiens orthodoxes.

Certes, dans le contexte du dialogue orthodoxe-catholique, une tentative de rapprochement des modèles ecclésiologiques occidental et oriental peut se justifier. Mais si cela doit impliquer le rejet d’une partie de sa propre tradition, l’adaptation artificielle d’un modèle à l’autre, l’Église orthodoxe doit élever la voix pour défendre sa conception ecclésiologique. Pour l’instant, seule l’Église orthodoxe russe l’a fait, mais je suis certain qu’au moment de la convocation de l’assemblée plénière de la Commission mixte pour le dialogue orthodoxe-catholique, prévue pour septembre 2014, le consensus autour de la position exprimée dans le document de l’Église russe sera beaucoup plus large qu’il peut sembler aujourd’hui. Je prévois que la réunion de septembre de la Commission mixte ne se terminera pas par la signature du document sur la primauté sur lequel la commission travaille depuis plusieurs années, dans la mesure où ce document (actuellement sous embargo) s’écarte assez radicalement de la position orthodoxe.

J’aimerais souligner encore une fois que l’Église russe non seulement ne met pas en doute la primauté du Patriarche œcuménique dans la famille des Églises orthodoxes locales, mais lui accorde aussi une grande importance, ce qui s’exprime notamment dans notre volonté de participer de façon constructive à la préparation du Concile panorthodoxe. Mais nous sommes convaincus de ce que ce Concile doit manifester au monde le modèle orthodoxe d’organisation ecclésiale. C’est pourquoi nous insistons sur le fait que le président du Concile, le Patriarche œcuménique, « premier entre égaux », doit siéger entouré de ses confrères, les Primats des Églises orthodoxes locales, et non pas séparément sur un trône spécialement préparé.

Je reviens à l’idée énoncée au début de mon exposé : aujourd’hui l’ecclésiologie fait l’objet d’études théologiques. Des modèles et des approches méthodologiques différents coexistent sur la doctrine de l’Église. Et aucun d’entre eux ne peut pour l’instant prétendre à l’universalité. C’est pourquoi nous poursuivons le dialogue théologique. Dans cette situation, il faut tenir compte d’approches différentes et aspirer à réaliser une synthèse théologique sur la base de leur analyse et d’une réflexion.

En publiant sa position sur la primauté, l’Église orthodoxe russe a déclaré son attachement à une discussion publique. Nous espérons que notre document sur la primauté ouvrira une nouvelle page du dialogue théologique dans lequel il y a place pour une critique responsable et constructive, mais d’où doit être exclue toute confrontation inutile et dangereuse.

Eglise orthodoxe russe
[1] Les conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Église. Document de la Commission internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe. Ravenne, 2007.