"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 2 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [5]


5. Le Temps des Troubles

Holy Hieromartry Seraphim (Zvezdinsky)

Saint Hiéromartry Séraphim (Zvezdinsky)

Avant que le monastère ne soit fermé, une période de troubles a commencé. Vladyka Séraphim (Zvezdinsky) y vécut en exil. Comme l'a dit Matouchka, et comme cela est écrit dans les Chroniques, saint Séraphim avait dit: "Je n'ai jamais rien fait ici sans la bénédiction de la Reine Céleste. Tout est la volonté de la Mère de Dieu." 
Le Saint n'y bénit jamais [de travaux] des beaux-arts: pas de peintures, de broderies, ou quoi que ce soit. Sous l'higoumène Maria Ouchakova, le monastère prospéra, et beaucoup de choses furent introduites, y compris une très bonne école d'iconographie. Il y avait quelques objets d'artisanat d'artistes très habiles, des brodeuses d'or, et des dentellières. Lorsque le monastère fut fermé [et confisqué], le gouvernement soviétique tenta de l'utiliser à son profit. Ils décidèrent de construire un secteur de travail basé dans le monastère où ce bel artisanat serait produit; le gouvernement soviétique donnerait de l'argent pour cela, et ces objets seraient vendus à l'étranger. 
Une division naquit dans le monastère, car le Père Séraphim ne donna pas sa bénédiction pour gagner de l'argent par leur travail; [il dit que] le monastère devait vivre par ses propres travaux, mais il ne fallait jamais faire quoi que ce soit pour vendre, car la bénédiction de la Mère de Dieu n'était pas acquise sur ce point. Naturellement, il y eut une division dans le monastère, car après tout, le monastère devait vivre d'une façon ou d'une autre. La Mère higoumène était soucieuse de sa survie. 
Vladyka Séraphim protesta tout de suite, et il s'est alors produit une rupture entre lui et l'higoumène. Comme l'a raconté Mère Nikodima, il ne les a pas bénies pour gagner de l'argent, en disant: "Nous allons travailler pour le gouvernement soviétique, mais nous ne prendrons pas d'argent, nous allons travailler gratuitement, et puis le monastère sera maintenu." Eh bien, répondit l'higoumène: "Et comment allons-nous vivre?" L'évêque dit: "Le Seigneur nous nourrira, mais il ne faut pas prendre de l'argent, nous ne devons pas faire de ce lieu un secteur de travail."
La bienheureuse Maria Ivanovna, qui était la dernière grand esclave de Dieu, était une grande clairvoyante. Matouchka Nikodima était très près d'elle, et elle aimait aussi Matouchka, parce qu'elle lui avait été confiée. Quand Prascovia Ivanovna mourut, Maria Ivanovna prit soin de Matouchka, et elle était entièrement sous sa direction. Maria Ivanovna était au-dessus de toutes ces moniales qui étaient dans ce secteur de travail, ce qui signifie qu'elles avaient convenu de travailler, mais de ne pas recevoir d'argent pour cela. C'étaient l'évêque Séraphim (Zvezinsky), Maria Ivanovna, les "vingt" comme on les appelait, car il y en avait vingt en tout, qui tenaient à ce point de vue. Matouchka était dans une telle disgrâce, qu'elle tomba dans cette vingtaine. C'en est venu au point que puisqu'elles ne se soumettaient pas à l'higoumène, l'évêque et l'higoumène eurent un désaccord. (Dans le livre, Nouveaux Martyrs et Confesseur de Russie par le hiéromoine Damascène, l'évêque Séraphim rapporte qu'il était venu vers Maria Ivanovna se plaindre de la façon dont lui et l'higoumène étaient en désaccord, elle dit seulement: "Ils sortiront tous les deux ensemble." Et en vérité, le NKVD les emmena tous deux ensemble à Nijni-Novgorod). Maria Ivanovna prit la tête de ces vingt, et les bénit pour tenir ferme jusques à la fin. Ensuite, l'higoumène les bénit toutes pour être "détonsurées", et enlever leurs vêtements monastiques et leurs chapelets. Pour ceux qui ont vécu dans un monastère à l'époque, ce fut la pire mesure possible. 
Que devraient-elles faire? Mais la bienheureuse Maria Ivanovna, comme chef de file des moniales en disgrâce, fut enfermée et n'eut pas le droit de sortir, pour l'empêcher de leur donner des conseils. Matouchka déambulait en pleurant car il n'y avait personne à qui s'adresser, Maria Ivanovna était enfermée, et elle ne savait pas quoi faire. Mais elle décidd'aller de toute façon vers "Mamachenka" (Petite Mère, c'est ainsi qu'ils l'appelaient). 
Elle s'approcha de la cellule, et la bienheureuse la vit par la fenêtre. Eh bien, Matouchka avaient alors des clés, même tout  une trousseau de clés. Je ne sais pas quelle obédience elle avait à l'époque, mais elle avait des clefs accrochées à sa ceinture. Maria Ivanovna lui dit: "Pacha, ouvre-moi la porte." " Comment puis-je ouvrir la porte, Mamachenka?" " Eh bien, tu as des clés suspendues là." "Mais laquelle est la clé pour ouvrir la porte?" " N'importe laquelle, Pacha!". 
Elle a donc pris la première qu'elle a trouvée et elle a ouvert facilement la porte. Bien sûr, elle était tout en larmes. "Mamachenka, que dois-je faire?" Mais Maria Ivanovna ne l'a même pas laissée finir (c'est ainsi qu'étaient ces esclaves de Dieu!), et elle a dit: "Pachenka, va maintenant marcher le long du canal; Mère Théophila te rencontrera en cours de route (elle sait tout), et elle te dira: "Pachenka, la Mère higoumène te bénit pour enlever ta kamilavka. Et tu lui répondras: "Bénis, Mère!" Et tu enlèveras ta kamilavka"... (Ceci est un exemple de fermeté pour l'amour de la vérité, c'est-à-dire si vous perdez tout, vous ne devez jamais perdre la vérité). Maintenant, va, Pacha, et verrouille la porte." "Mais avec quelle clé, j'ai oublié quelle clé j'ai utilisé pour l'ouvrir." "Il suffit d'utiliser n'importe quelle clé." Et ainsi, avec une clé tout aussi inconnue, elle referma la porte. Quels êtres de prière extraordinaires! " et vraiment je suis allée marcher le long du canal," dit-elle, "quand j'ai vu Mère Théophila, qui a dit , " Pachenka, pardonne-moi, mais Mère higoumène te bénit pour ôter ton Kamilavka. C'est une obédience." "Bénis, Mère!"

Blessed Maria Ivanovna.

Bienheureuse Maria Ivanovna

Il faut dire que toutes les prophéties de la bienheureuse Maria Ivanovna et de Vladyka Séraphim (Zvezdinsky) devinrent réalité, car ils avaient dit que s'ils prenait l'argent, le monastère serait fermé. Si ces commandements étaient gardés le monastère durerait. Peu de temps après que le secteur de travail ait été élaboré, juste au moment où l'argent est arrivé, le monastère a été fermé, juste pour la fête de la Mère de Dieu "Joie de tous les affligés." Ils avaient une église dédiée à cette icône. 
Mère Nikodima nous a raconté à ce propos... Au dernier office de l'église, toutes les moniales s'assemblèrent en larmes pour se dire adieu. Elle est allée vers la bienheureuse Maria Ivanovna et lui a dit: "Mamachenka, je vais à l'office pour dire au revoir à tout le monde." Mais Maria Ivanovna ne lui permit pas d'y aller: "Non, n'y va pas," dit-elle. " Que veux-tu dire, n'y va pas? C'est la dernière fois, le dernier office dans le monastère. Comment puis-je pas y aller?" "Un roc est tombé là." répondit-elle. "Quel roc? Il n'y a pas de roc qui soit tombé nulle part. (Ces filles de paysans étaient si simples!) Qu'est-ce que tu rêves? Quel roc? Tout est debout comme il l'a toujours été!" "Je te le dis, un roc est tombé." Encore une fois, elle ne comprenait pas." Que veux-tu dire, Mamachenka, aucun roc n'est tombé de nulle part. Tout est comme cela a toujours été." "Non, Pacha, ne va nulle part." 
Et elle ne la laissa pas aller à l'office. "J'étais trempée de larmes", a déclaré Matouchka, "Je voulais aller à l'église, à l'office, mais elle ne voulait rien entendre. J'étais sous sa direction, et comment pouvais- je désobéir? Mais la Bienheureuse la réconforta  et elle lui expliqua tout, en disant que le roc de la foi était tombé. C'est ainsi qu'elle ne fut pas présente au dernier office.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Haïjin Pravoslave (CCXCVIII)



 Montagne d'Athos
Paradis sur cette terre
Accessible à l'âme

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


17 février / 2 mars
Dimanche de l’abstinence des laitages, mémoire de l’exil d’Adam du paradis – dimanche du Pardon

Saint mégalomartyr Théodore Tirone (le conscrit, vers 306) ; sainte Mariamne, soeur de l'apôtre Philippe (I) ; saint hiéromartyr Hermogène, patriarche de Moscou et de toute la Russie, thaumaturge (1612) ; saint Théodore le silencieux, des Grottes de Kiev (XIIIème s.) ; saint néomartyr Théodore (1795) ; saint Nicolas Planas, prêtre à Athènes (1932) ; saint Barnabé de Gethsémani (1906) ; saints hiéromartyrs Michel Nikologorsky et Paul Kosminkov, prêtres (1938) ; sainte martyre Anne Tchetverikova (1940)

Lectures: Rom. XIII, 11-XIV, 4 ; Маtth. VI, 14-21 

DIMANCHE DE L’ABSTINENCE DES LAITAGES

E
n ce dimanche, la sainte Église fait mémoire de l’exil du paradis de nos premiers parents en raison de leur désobéissance et leur absence de tempérance. Par cela est soulignée toute l’importance du labeur du carême qui va commencer. En outre, dans la perte de la béatitude paradisiaque, l’Église veut montrer ce qui est digne de la pénitence et des larmes. « Voici le temps opportun, voici le temps du repentir, écartons les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière : afin qu’en traversant l’océan du carême, nous atteignions la Résurrection du troisième jour de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ qui sauve nos âmes ». Par ces mots, nous sommes appelés à oublier dès ce jour tout ce qui jusqu’à présent occupait nos pensées et nos sentiments et les détournait « de l’unique nécessaire » (Lc X, 42). Dans les lectures de l’épître et de l’Évangile, la sainte Église nous présente ses dernières instructions concernant particulièrement l’ascèse du carême. Le jeûne doit commencer par le pardon aux hommes de leurs transgressions et la renonciation aux œuvres des ténèbres.  Autrement dit, il convient d’accomplir de façon non hypocrite les prescriptions du jeûne et d’adopter une attitude non condamnable à l’égard du prochain. La réconciliation avec tous, le pardon à tous de leurs péchés commis à notre égard, constitue la condition première, principale et indispensable à notre réconciliation avec Dieu. Sans cette réconciliation avec tous, on ne peut s’approcher du Seigneur et s’engager sur le stade du carême et du repentir. De là vient l’usage orthodoxe de demander le pardon mutuellement à la veille du Grand Carême. St Jean Chrysostome enseigne : « nous devons pardonner aux autres non seulement en paroles, mais aussi d’un cœur pur, afin de ne pas, par la mémoire des offenses, diriger le glaive contre soi. Celui qui nous afflige ne nous fait pas autant de mal que nous-mêmes, en nourrissant en soi la colère et nous exposant ainsi à la condamnation de la part de Dieu. Si nous aimons celui qui nous offense, ce mal retombe sur la tête de celui-ci, et il souffre ; mais si nous nous indignons, nous souffrons nous-mêmes et ce à cause de nous-mêmes ».
Tropaire du dimanche, du 3ème ton
Да веселя́тся небе́сная, да ра́дуются земна́я; я́ко сотвори́ дeржа́ву мы́шцею Cвое́ю Го́сподь, попра́ cме́ртiю cме́рть, пе́рвенецъ ме́ртвыxъ бы́сть, изъ чре́ва а́дова изба́ви на́съ и подаде́ мípoви ве́лiю ми́лость.
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande miséricorde.
Tropaire du saint hiéromartyr Hermogène de Moscou, ton 4
Россíйскiя земли́ первопрестóльниче и неусы́пный о нéй къ Бóгу моли́твенниче, за вѣ́ру Христóву и пáству твою́ дýшу свою́ положи́въ, странý нáшу отъ нечéстiя избáвилъ еси́. Тѣ́мже вопiéмъ ти́ : спасáй нáсъ моли́твами твои́ми, священно-мýчениче Ермогéне, óтче нáшъ.
Primat de la Terre russe et intercesseur infatigable pour elle auprès de Dieu, Toi qui donnas ton âme pour la foi du Christ et ton troupeau, tu as délivré notre pays de l'impiété. Aussi, nous te crions : sauve-nous par tes prières, hiéromartyr Hermogène, notre père.
Kondakion du saint hiéromartyr Hermogène de Moscou, ton 6
Темни́цею и глáдомъ изнуря́емъ, дáже до смéрти вѣ́ренъ пребы́лъ еси́, блажéнне Ермогéне, малодýшiе отъ сердéцъ людéй твои́хъ отгоня́я и на óбщiй пóдвигъ вся́ призывáя. Тѣ́мже и нечéстивыхъ мятéжъ низложи́лъ еси́ и странý нáшу утверди́лъ еси́, да вси́ зовéмъ ти́ : рáдуйся, застýпниче Россíйскiя земли́.
Épuisé par la prison et la faim, tu restas fidèle jusqu'à la mort, bienheureux Hermogène, chassant la pusillanimité du cœur de tes fidèles et les appelant tous à l'exploit. Aussi, tu as renversé les troubles des impies et tu as affermi notre pays, afin que nous te chantions tous : réjouis-toi, défenseur de la Terre russe !
Kondakion du dimanche de l’abstinence des laitages, ton 6
Пpeму́дpocти наста́вниче, смы́сла пода́телю, нему́дрыхъ наказа́телю, и ни́щихъ защи́тителю, yтвepди́, вpaзyми́ cépдце моé Bлады́ко : Tы́ да́ждь ми́ cло́во, Óтчее cло́во, cé бо ycтнѣ́ мои́ не возбpaню́, во éже зва́ти Тeбѣ́ : Mи́лостивe, поми́луй мя́ па́дшаго.
Guide de sagesse, Donateur de l’intelligence, pédagogue des insensés, protecteur des pauvres, affermis et instruis mon cœur, Maître; accorde-moi la parole, ô Parole du Père. Car voici, je n’empêcherai pas mes lèvres de Te crier : Miséricordieux, aie pitié de moi qui suis tombé !

VIE DU SAINT MARTYR HERMOGÈNE, PATRIARCHE DE MOSCOU[1]

Né en 1530 dans une famille d’humble condition de la région de Vologda, saint Hermogène fut élevé dans un petit monastère dédié à la Transfiguration, récemment fondé à Kazan par saint Barsanuphe de Tver. Devenu prêtre séculier dans la paroisse de saint Nicolas, il fut témoin de l’apparition miraculeuse de l’icône de la Mère de Dieu et put la tenir dans ses mains. Quelques années plus tard, après la mort de son épouse, il devint moine puis higoumène du monastère de la Transfiguration. En 1589, il fut consacré métropolite de Kazan et continua l’œuvre de conversion des Tatares, qui avait été entreprise par son prédécesseur, saint Gourias. C’est à grand peine que, par ses prédications et ses écrits, il combattait pour extirper les coutumes païennes de son peuple et pour empêcher les nouveaux convertis de se laisser séduire par les intérêts matériels et d’adhérer à l’Islam, au catholicisme ou au protestantisme. Il montra aussi un grand zèle pour honorer la mémoire des martyrs et des saints évêques qui avaient sanctifié avant lui la terre de Kazan par leur sang et leurs œuvres évangéliques. Doué d’un grand talent littéraire, il écrivit des Vies de saints, des traités théologiques pour la défense de l’Orthodoxie, et éclaira le peuple sur la voie à suivre en ces Temps des Troubles (1605-1613) par une vaste et riche correspondance. La mort de Boris Godounov (1598-1605) avait en effet laissé la Russie dans une grave crise de succession, qui laissait le champ libre aux opportunistes et aux intrigants. En 1605, Grégoire Otrepiev, qui se faisait passer pour Dimitri, le dernier fils d’Ivan le Terrible qui était mort dans des circonstances mystérieuses, usurpa le titre de tsar et décida d’épouser une princesse polonaise catholique. Convoqué à Moscou avec d’autres évêques, Hermogène fut le seul à s’opposer à ce projet au nom de la foi orthodoxe. Il fut pour cela déposé et incarcéré jusqu’à la mort de l’usurpateur, l’année suivante. Lors de l’accession au trône du boyard Basile Chouïsky (1606-1610), et après la déposition du faux patriarche Ignace, saint Hermogène fut élevé à la dignité patriarcale. Aussitôt en place, il restaura l’imprimerie de Moscou, qui avait brûlé, et commença la publication des livres liturgiques, qu’il faisait corriger à partir des originaux grecs et dont il surveillait lui-même l’impression. Malgré son âge avancé (70 ans), il montra alors un zèle ardent pour le soutien de l’Orthodoxie et une grande énergie pour la défense des droits du souverain légitime. Assumer une telle charge en ces temps de changements politiques continuels, de confusion dans la société, d’invasions fréquentes des Polonais et des Lituaniens, et de propagande des jésuites, ce n’était pas choisir les honneurs mais plutôt la croix et le martyre. Dès les premiers mois de son patriarcat, Hermogène dut soutenir de toute son autorité le tsar Basile contre les Cosaques de Bolotnikov et du prince Chakhovskoï qui assiégeaient Moscou. Le patriarche rassembla le peuple, ordonna d’observer un jeûne de trois jours et, grâce à ses lettres encycliques envoyées en différentes cités, des détachements de fidèles patriotes vinrent chasser les rebelles. À peine avait-on célébré la réconciliation solennelle du peuple avec le tsar légitime qu’un autre usurpateur, nommé lui aussi Dimitri, soutenu par les Polonais qui espéraient conduire la Russie au catholicisme, assiégeait Moscou, en promettant de grands avantages à tous ceux qui se rallieraient à lui. En dépit des admonitions du saint patriarche, les rebelles réussirent à obtenir l’abdication du tsar (juillet 1610). Profitant de cette situation, le roi de Pologne, Sigismond, proposa alors aux Moscovites de choisir son fils Vladislav pour tsar, avec la promesse qu’il se convertirait par la suite du catholicisme à l’Orthodoxie. Mais saint Hermogène, discernant qu’il s’agissait là d’une promesse trompeuse, exigea la conversion préalable du prince, par le baptême, avant son élévation sur le trône de Russie, en dépit des menaces de mort qui lui avaient été proférées par les émissaires polonais. Il lança de nouveau un appel pressant à toutes les cités russes, pour qu’elles viennent défendre la capitale désormais occupée par les rebelles et les Polonais. Pendant le Semaine Sainte, ceux-ci détruisirent presque entièrement la ville par le feu, arrêtèrent le patriarche et le jetèrent en prison. Comme une grande armée russe se préparait à faire le siège de Moscou, Hermogène, tiré de sa prison et sommé de la renvoyer, resta inflexible. Cette tentative pour délivrer la ville échoua cependant, et lorsqu’on put rassembler une nouvelle armée à Nijni Novgorod, saint Hermogène trouva le moyen de leur faire parvenir une lettre, envoyée en secret à l’armée et au peuple, dans laquelle il écrit : « Si vous souffrez pour la foi, Dieu vous pardonnera et vous remettra vos péchés dans cette vie et dans l’autre. » Plus les troupes russes approchaient de la ville, plus dure devenait son incarcération. Finalement, il mourut de faim et de soif dans l’horrible cachot où il avait été enfermé, le 17 février 1612, quelques jours avant la libération de Moscou. Au temps du patriarche Nicon (1633), ses saintes reliques, restées intactes, furent déposées dans la cathédrale de la Dormition. Elles étaient l’objet d’une grande dévotion populaire, bien avant sa canonisation officielle en 1913, et de nombreux miracles venaient confirmer sa faveur auprès de Dieu et l’efficacité de son intercession pour le peuple russe.
LES RÈGLES DU JEÛNE
Le typicon – livre qui détermine l’ordo des offices et les règles du jeûne - prescrit pour le Grand Carême l’abstinence de viande, du lait, des œufs et poisson. Il autorise le vin et l’huile le samedi et le dimanche, le jeudi du grand Canon de St André de Crète  et le Jeudi Saint. Le poisson n’est permis que lors de la fête de l’Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et le dimanche des Rameaux. Le samedi de Lazare, les œufs de poissons sont permis. En tout état de cause, il convient de jeûner avec discernement, selon ses forces, ayant en vue que, selon les Pères de l’Église, il faut tuer les passions et non point le corps. St Païssy Velitchkovsky écrit à ce sujet : « chacun a sa conscience pour mesure et maître intérieur. Il ne peut y avoir une seule règle et une même ascèse pour tous, parce que les uns sont forts et les autres sont faibles, les uns sont comme le fer, les autres comme le cuivre, d’autres encore comme la cire... Un jeûne modéré et raisonnable, c’est là le fondement et le chef de toutes les vertus ». Le carême n’est pas seulement l’abstinence de certaines formes de nourriture, son but est la purification de l’âme. C’est à cela précisément qu’il doit servir.
LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Lc. XXIV, 1-12
Liturgie : Hébr. XI, 24-26, 32 – XII.2 ; Jn. I, 43-51


[1] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras (version abrégée).

samedi 1 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [4]



Преподобный Серафим Саровский


4. Saint Séraphim

Elle en a dit plus de la vie du monastère. Bien sûr, c'était sur ​​la vie du monastère avant sa fermeture, après, les épreuves ont commencé, mais la vie avant que le monastère ne soit fermé, si je me souviens comment elle l'a décrite, c'était comme quelque chose qui sortait d'un conte de fées. 

Il y avait différentes obédiences dans le monastère, et toutes les moniales les faisaient à tour de rôle, indépendamment de leur origine ou statut. Bien sûr, tout le monde voulait être sur le cliros [pour chanter], parce que le cliros est considéré comme l'obédience la plus honorée du monastère. Toutefois, avant qu'une moniale n'aille au cliros, elle était envoyée partout ailleurs dans les champs et les écuries, à l'endroit où le Seigneur la conduisait. 

Eh bien, une moniale fut transférée de la pompe à eau au cliros, et Pachenka [la petite Pacha] fut envoyée à la pompe à eau. La religieuse s'est précipitée joyeusement et elle a couru; les moniales sont généralement des gens simples. Et cette jeune fille a été laissée seule à la pompe. Elle ne savait pas quoi faire avec cette pompe, et la moniale ne lui avait rien expliqué. Soudain, la pompe s'est arrêtée, si elle n'en avait pas pris soin, il n'y aurait pas d'eau, et cela signifierait n'avoir pas accompli l'obédience, ce qui est terrible. 

Alors, elle se mit à prier. Tous les moniales de Diviyévo sont de cette trempe. C'est d'une simplicité incroyable. Elle a plongé dans la prière à saint Séraphim. Elles l'appelaient "notre cher papa." "Mon cher papa, ne vois-tu pas, elle s'est envolée [la moniale], et l'eau s'est arrêtée, que vais-je faire? Je ne sais pas quelle commande presser." 

Alors, saint Séraphim lui-même vint à elle, et il parla avec elle comme s'il était vivant; autrement dit, ils parlaient tous deux normalement et naturellement. Quand elle nous a dit cela, nous avons bien sûr demandé, " Peut-être que tu as eu une sorte de vision?" "Non, ce n'était pas une vision. Comment cela pourrait-il être? Je lui ai parlé moi-même." 

Elles vivaient à la frontière de deux mondes, et elles ne sentaient même pas cette limite. Matouchka fut comme ça jusques à la fin. Le saint était vêtu d'une blouse de paysan blanche, parlant calmement avec elle: "Ma joie, maintenant, pourquoi es-tu tellement bouleversée, voilà! C'est comme ça qu'il faut faire." Et il lui a montré l'endroit, en disant: " Touche ceci, ici." Il y avait  là un tuyau. Elle tendit la main, et il y avait un énorme glaçon. Ce glaçon s'est détaché, et de nouveau la pompe a commencé à fonctionner. 

Ensuite, "Papa" est parti. Elle ne nous a pas dit grand-chose. Apparemment, il y eut beaucoup d'incidents semblables. Il était impossible de tous les raconter. Parfois, elle se rappelait quelque chose et nous en parlait, quand Mère Euphrosinia disait "Raconte-nous!" Alors Matouchka disait : "Je ne sais rien."

Un jour, elle cassait la glace, également dans son ​​obédience, peut-être sur certains chemin du couvent, ou dans le canal. C'était dur. On lui avait donné une tâche difficile. Bien que petites, elles faisaient des tâches très lourdes. Elle était fatiguée, mais elle ne pouvait pas quitter son travail. 

" J'étais épuisée," dit-elle. Alors le saint [Séraphim] apparut de nouveau et il se tint à côté d'elle. "Je vais t'aider," dit-il. Alors, ils ont cassé la glace ensemble, et comme elle l'a relaté, ils l'ont fait très rapidement. Cette fois, il lui a dit (c'était déjà après la révolution ): "Ma joie , quelque chose va arriver que tu n'as jamais vu auparavant. Fais passer ce message. Dis-leur qu'ils vont prendre les moines de Sarov pour aller la guerre…" Et en vérité, vint bientôt l'année 1918, et tout a commencé.

Le saint était constamment avec elles. Si quelque chose arrivait, il était là. Lorsque Matouchka vivait avec nous, elle s'asseyait en face de l'icône de saint Séraphim disant: "Papa, tu sais que nous avons besoin de quelques oranges." Puis le soir, quelqu'un apportait des oranges, ou quelque chose d'autre. Tout comme nous parlons les uns aux autres, elle parlait avec saint Séraphim.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Преподобный Серафим Саровский