"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 3 décembre 2013

Françoise LHOEST: Saint prêtre martyr Vassili Nadéjdine (†19 février 1930)



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Tombe du martyr à Kem


Vassili Fiodorovitch Nadéjdine est né à Moscou le 12 janvier 1895. C’était le 5e des 6 enfants (3 garçons :lui : Basile, Vladimir et Paul et 3 filles, Catherine, Anna et Véra) de pieux parents : Fiodor Alexéiévitch, marguillier de l’église de la Protection de la Mère de Dieu, et de son épouse Sophia Pavlovna. Vassili fréquenta l’école religieuse du monastère « Derrière l’icône du Sauveur », puis en 1910, entra au séminaire de Moscou. Il chantait à l’église, dirigea le chœur.
Un parent de son père, l’archevêque Anastase (Gribanovsky) fut affecté au diocèse de Kholm (maintenant Chelm en Pologne, un pays dépeçé par ses voisins qui fut rayé de la carte de 1795 à 1918) et le jeune Vassili put l’accompagner dans ses visites pastorales, notamment au monastère Saint-Onuphre de Jableczna. Puis l’archevêque étant muté à Kichiniov en Moldavie, c’est là que le jeune Vassili prépara l’examen d’entrée à l’Académie Ecclésiastique de Moscou l’été 1916.
Mais à cause de la guerre, le semestre s’interrompit prématurément et le jeune Vassili fut invité dans une famille aristocratique du gouvernement de Saratov pour enseigner le catéchisme à deux enfants : Fiodor et Sophie Medem, qui l’aimèrent beaucoup. À la fin de février, il repartit pour reprendre les cours du 2e semestre, mais ce fut la révolution de février 1917 et l’abdication du tsar Nicolas II. Dès la fin des examens, Vassili retourna à Saratov. Le comte Medem avait une petite église dans sa propriété, et Vassili y prononça des sermons, notamment à la Saints-Pierre-et-Paul, il déclara que « beaucoup ne sont pas capables d’apprécier les exploits d’apostolat des saints Pierre et Paul, que tout l’arbitraire, les assassinats d’innocents, les vols, etc. prouvent qu’une grande partie du peuple russe n’a pas été atteinte par le message du christianisme » et que « les derniers temps, dont parle l’apôtre Paul , se rapprochent ».
Revenu à l’Académie, il put y entendre les cours de Nouveau Testament dispensés par un jeune professeur très brillant : l’archimandrite Hilarion Troitsky, futur évêque martyr de Véréia. Au printemps 1919, l’Académie étant fermée par les bolchéviques, le typhus régnant à Moscou, Vassili emmena sa sœur Catherine, restée veuve avec trois petits enfants, chez un ami prêtre dans le diocèse de Penza où il enseigna les mathématiques jusqu’en 1921, mais avec un intermède à Moscou où il se maria avec une musicienne, Elena Serguéievna Borisoglebskaïa, et ramena avec lui à Penza sa jeune épouse et son autre sœur, Anna, qui mourut peu après. Il revint à Moscou, passa ses examens finaux à l’Académie (clandestinement) en 1920, prit un emploi de comptable plus près de Moscou.
Un an plus tard, le 26 juin 1921, il fut ordonné au sacerdoce et affecté à l’église Saint-Nicolas « de la Cabane-de-paille », une église en bois construite par le célèbre architecte Chekhtel, pour un régiment dans le nord de Moscou. C’est là qu’il allait servir jusqu’à son arrestation en 1929. La paroisse comptait de nombreux membres de l’intelligentsia, en particulier de l’Institut d’Agronomie tout proche, soucieux de voir leurs enfants instruits dans la foi. Le père Vassili s’attela à la tâche avec enthousiasme, organisant des rencontres de catéchèse, formant une très belle chorale, allant à des concerts de musique classique avec eux, discutant de littérature sérieusement et d’un point de vue chrétien. Certains membres de la paroisse, avec sa bénédiction, se joignirent à lui pour l’aider dans le travail catéchétique. En 1928, souffrant de tuberculose, il dut aller en Bachkirie boire du lait de jument, et en son absence, c’est son ami, le futur saint martyr père Vladimir Ambartsoumov[1] qui le remplaça.
Evidemment, son activité pastorale lui valut d’être d’abord expulsé de son logement puis arrêté le 28 octobre 1929. Lors de son interrogatoire le père Vassili déclara qu’il lisait pour la catéchèse des textes de saint Basile le Grand, saint Grégoire le Théologien, qu’il avait parlé de son pèlerinage à Sarov, etc. et qu’un chrétien pouvait vivre dans une réalité non chrétienne ambiante jusqu’à une certaine limite, mais qu’au-delà, il fallait être prêt à des changements de conditions de vie, si on voulait rester chrétien, car on ne peut pas être chrétien seulement de nom.
À la prison des Boutyrki, le père Vassili rencontra le père Serge Métchov qu’il connaissait bien : ils purent parler plusieurs heures ensemble, ce qui les affermit tous les deux : le père Serge (qui mourut en martyr le 6 janvier 1942) témoigna par la suite que le père Vassili était prêt à comparaître devant son Seigneur. Le 20 novembre 1929, l’OGuépéou condamna le père Vassili à 3 ans de détention au camp des Solovki, mais la navigation étant déjà interrompue, il fut laissé jusqu’au printemps à Kem. Là, dans une baraque du camp, le père Vassili tomba malade du typhus, et mal soigné il contracta aussi la gangrène.
Sa matouchka Elena, qui était enceinte de leur cinquième enfant, fut autorisée à venir à Kem ; elle put lui transmettre de la nourriture le jour et rester de longues heures la nuit au chevet de son mari jusqu’à sa mort. « Je suis si heureuse de pouvoir vivre ici et de pouvoir l’aider au moins un peu», écrivait-elle de Kem à sa famille. Le père Vassili put communier. Dans sa dernière lettre, expédiée avant l’arrivée de son épouse, il écrivait : « J’ai senti qu’il était temps de vous écrire une lettre d’adieu… Comme il m’était doux de me sentir entouré d’amour ». Et il rendait grâces. Il mourut le jour de l’anniversaire de matouchka Elena qui fut autorisée à enterrer son mari à Kem, le corps ne fut donc pas jeté dans une fosse commune. Pour sa part, après la naissance de son bébé, elle fut condamnée à trois ans d’exil, loin de ses enfants, mais néanmoins elle rendait grâces à Dieu pour tout.
*
L’église détruite a été maintenant reconstruite, toujours en bois, la paroisse du père Vassili revit, elle compte de nombreux jeunes et une chorale très active. Tous sont profondément attachés au trésor de sainteté de leurs deux prêtres martyrs et reprennent des méthodes de travail du père Vassili : chorale, groupes de discussion, cercles d’activités, animés par des jeunes désireux d’approfondir leur foi. Il y a quelques années, une étudiante de l’Université Saint-Tikhon a fait dans le cadre de son cursus un reportage[2] qui l’a elle-même bouleversée, sur la vie et l’œuvre de saint Vassili. Elle a retrouvé son dernier fils, Vassili Vassiliévitch, qui garde pieusement la croix pectorale de son père et sa lettre de nomination signée du saint patriarche Tikhon.
Françoise Lhoest[3]
*
Tropaire ton 2 : 
Par ta douceur tu as été dès ta jeunesse à l’image du Christ, tu as aimé les divins commandements de toute ton âme et de tout ton cœur ; tu as été un bon pasteur donnant ta vie pour tes brebis, à l’image de Dieu notre Sauveur. Saint prêtre martyr Basile prie le Christ notre Dieu de sauver nos âmes.

Kondakion, ton 2 :
Zélé pour la gloire de Dieu et la foi orthodoxe, enseignant ton troupeau, saint prêtre martyr Basile, tu as accompli dignement ton service pastoral sur la terre, Devant l’autel de Dieu avec joie et reconnaissance, plein de douceur mais ferme devant tes bourreaux, et en glorifiant le Christ tu as quitté ta sombre prison pour les demeures tant désirées du Père. C’est pourquoi aujourd’hui en célébrant le Dieu Trinitaire, avec la cohorte des saints martyrs, protège-nous par tes prières, nous qui t’honorons avec amour.



[1] Voir bulletin de la Crypte, novembre 2012.
[2] Radost’ moya, 26 minutes sur You Tube.
[3] Avec les ressources d’Internet en russe.

La misère à Athènes: Honte à l'Europe des marchands de Bruxelles!


Les personnes sans domicile, personnes sans avenir...


Photos du désespoir du centre d'Athènes



Le nombre de personnes qui, en raison de chômage ne ​​parviennent pas à survivre et finissent par rester sur les bancs, les escaliers menant au métro, sur les places etc. a augmenté de façon dramatique.


Les photographies de personnes sans-abri qui dorment dans des boîtes en carton dans la rue, couverts de draps et de couvertures sales et alimentés par le Centre d'accueil et de solidarité de la ville d'Athènes choquant, parce que chaque fois les gens qui perdent leur maison augmentent.



Il est révélateur que, jusqu'ici, plus de 20.000 habitants de la capitale comptent sur les structures sociales de la municipalité pour la survie quotidienne. Les experts traitant de la question des sans-abri estiment même qu'à l'avenir, le nombre de personnes dans le besoin va croître.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après le blog
de notre ami Yannis Katsouris
et la source
newsbeast

Haïjin Pravoslave (CCXXI)




Chaque jour possède
La lumière et les ténèbres
Dont tu es garant

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

lundi 2 décembre 2013

Françoise LHOEST: Saint prêtre Vladimir Ambartsoumov martyrisé à Boutovo le 5 novembre 1937







Saint Vladimir est né à Saratov sur la Volga, le 20 septembre 1892. Son père, Ambartsoum Yégoriévitch, était originaire de la région de Bakou où il s’était illustré dans l’enseignement aux sourds-muets. Sa première femme était morte en couches, lui laissant trois petits enfants, et après sa mort il déménagea dans la colonie allemande de Sarepta près de Tsaritsyne [Volgograd] afin d’y chercher une éducatrice pour ses orphelins. Au temple luthérien, on lui recommanda Karoline Andréievna Knoblauch, qui consentit à élever les petits puis finit par l’épouser et lui donna trois autres enfants dont le plus jeune était Vladimir (Voldemar).
La famille était très active : Olga, la sœur de Karoline, dans la communauté luthérienne, Sarkis, le frère d’Ambartsoum, en Arménie.
Ambartsoum Yégoriévitch tenait une école pour les sourds-muets à Saratov, mais la charge financière se révéla trop lourde pour cet héroïque anargyre : il dut abandonner et peu avant 1900, il déménagea à Moscou où il enseigna à l’école allemande Saints-Pierre et Paul, auprès de l’église luthérienne. Plus tard, sa fille reprit l’enseignement pour les sourds-muets.
Le jeune Valdemar n’avait pas froid aux yeux, mais il aimait aussi la nature, les longues promenades dans la forêt, il connaissait tous les chants des oiseaux  et il était capable de les imiter tous.  Il jouait du violon et de l’harmonium, savait le grec, le latin, l’anglais et l’allemand. A l’école il se passionnait pour la physique, et surtout l’électricité. En 1911, il fut admis à l’Université de Moscou, mais en 1913, sur l’insistance de sa mère, il la quitta pour l’Université de Berlin qui passait pour la meilleure dans le domaine des sciences techniques. C’est à Berlin qu’il rencontra le Mouvement étudiant chrétien, qui avait pour but de prêcher la Parole de Dieu chez les étudiants et de lire l’Evangile en petits groupes.
Mais un jour, poussé par une intuition puissante, il fit en toute hâte ses bagages et sauta dans le dernier train pour Moscou. La guerre allait éclater. Il reprit ses études à l’Université de Moscou, se maria en 1916 avec Valentina Georgievna Alexéiéva et ils décidèrent tous deux de se consacrer à la prédication chrétienne. Ils eurent trois enfants : Evguéni (1917-1963), qui allait devenir prêtre et patriarche d’une très nombreuse famille orthodoxe, Victor, qui mourut en 1921, et Lydia (1922-2010) qui allait devenir la femme du père Gleb Kaleda et fonder eux aussi une grande famille orthodoxe.
Après un bref retour à Samara où il rencontra Vladimir Marcinkovski puis où il fut arrêté pour propagande religieuse, il revint, contraint et forcé, à Moscou. Valentina Georgievna, victime d’une intoxication alimentaire, se sentant mourir, demanda à son mari : « sois pour les enfants un père et une mère ; les temps sont durs, les chrétiens seront persécutés, mais Dieu vous donnera la force de tenir bon ». Et il trouva en la personne de Maria Alexéievna Joutchkova l’éducatrice de ses petits orphelins de 7 et 1 an. 
La bienheureuse Maria Ivanovna de Divéévo avait prédit à Vladimir qu’il serait prêtre, et Maria Alexéievna, sachant qu’un veuf remarié ne peut être ordonné, refusa de l’épouser.
Durant une grande partie des années 1920, il vécut dans la clandestinité comme prédicateur mais en 1926, Vladimir fut reçu dans l’Orthodoxie et le 11 décembre 1927, il fut ordonné prêtre par l’évêque d’Ijevsk Victor (Ostrovidov) puis transféré dans le diocèse de Moscou et affecté à l’église Saint-Vladimir, rue Vieille-des-Jardins. Il y concélébra quelque temps avec le prêtre Serge Bordelius (plus tard hiéromoine Théodore, qui mourut en détention dans les années 1930). Le père Gleb Kaleda dont il fut le premier père spirituel se souvenait que la prédication du père Vladimir était inspirée et particulièrement fervente les jours de fête.
En ce temps-là, le père Vladimir était proche du père Serge Métchov (saint martyr, le 6 janvier 1942), leurs églises sont d’alleurs toutes proches, (l’église luthérienne aussi) et de son marguillier le docteur Serge Alexéiévitch Nikitine qui après des années de goulag et d’exil deviendrait l’évêque Stéphane de Mojaïsk † 1963 (c’est lui qui a ordonné au sacerdoce le père Alexandre Men). Il aida puis remplaça, à l’église St Nicolas « de la cabane de paille » (près de l’Académie d’Agriculture Timiriazev), une autre très belle figure, un prêtre très soucieux de former des jeunes, entre autres par le chant liturgique (sa matouchka était pianiste), le père Vassili Nadéjdine, C’est la tuberculose qui emporta ce saint martyr au camp de Kem en 1930 ; on le fête le 19 février dans sa paroisse, reconstruite (c’est une église en bois), qui revit avec le même souci de la formation des jeunes. Un temps le père Mikhail Schick (martyr à Boutovo le 27 septembre 1937) célébrait avec eux.
Au printemps 1931, le père Vladimir fut placé hors cadre et il entra à l’institut d’Aviculture où son savoir de physicien fit merveille. Parallèlement, il célébrait en secret dans les maisons, confessait, travaillait avec la jeunesse et avec ses enfants spirituels, aidait efficacement les familles victimes des répressions, entre autres celle du père Vassili Nadéjdine (dont le 5e enfant était né après la mort de son père) et celle du père Serge Sidorov, déjà emprisonné (martyr de Boutovo le 27 septembre 1937).
Le 5 avril 1932, il fut arrêté par l’Oguépéou, dans l’affaire de la pseudo-organisation (inventée de toutes pièces par les bolchéviques) « contre-révolutionnaire et monarchique de la vraie église orthodoxe », mais lors de ses interrogatoires il ne cita aucun nom. Il fut condamné à 3 ans d’exil dans le Nord russe, mais sur demande de l’Académie des Sciences où il travaillait, la peine fut assortie d’un sursis.
Il continua alors d’inventer de nouveaux modèles de cages à poules, de nids et d’incubateurs pour les poussins, d’assembler, de souder, de fabriquer d’autres choses (même un encrier impossible à renverser pour ses enfants), et obtint plusieurs brevets d’inventeur. Souvent il était contraint d’habiter loin de ses enfants, mais il leur réservait du temps pour lire l’Evangile, faire de la physique et des mathématiques avec son fils, et apprendre à sa fille à chanter selon les tons et l’ordo, ce qui lui vint bien à point plus tard.
En août 1937, les arrestations en masse commencèrent et le NKVD vint chercher le père Vladimir dans la nuit du 8 au 9 septembre. Il fut interrogé à la prison des Boutyrki en septembre et octobre, mais là encore, il ne trahit personne.
Le 5 novembre 1937, il fut exécuté au polygone de Boutovo, mais longtemps encore on ne sut rien de son sort. Quand son fils Evguéni, devenu prêtre à Léningrad, demanda en 1956 des renseignements à la Prokuratura, on lui mentit. La vraie date, pour laquelle la famille avait tant prié, fut connue seulement en 1989.
Il y a maintenant à Boutovo, sur le territoire de ce polygone, une belle église neuve dédiée à tous les nouveaux martyrs et confesseurs de la terre russe. L’architecte en est Dimitri Mikhaïlovitch Schakovskoy (fils du père Mikhail Schick et de sa matouchka Natalia Schakovskaya.) Le recteur en est un des petits-fils de saint Vladimir, l’archiprêtre Kyrill Kaleda. Un autre de ses petits-fils, l’archiprêtre Ioann Kaleda, a succédé à son père comme aumônier de la prison des Boutyrki. Leur sœur, l’higoumène Youliania, a relevé de ses ruines le très beau monastère de la Conception, en plein centre de Moscou. (Un jour où les poules n’avaient pas pondu, à la campagne où le monastère a une dépendance, toutes les moniales ont prié saint Vladimir, qui n’a pas manqué d’intervenir promptement !). Les descendants du prêtre Evguéni Vladimirovitch Ambartsoumov, dans la région de Saint-Pétersbourg, sont particulièrement nombreux. Trois de ses fils ont été prêtres : Alexis, Dimitri (†2010, père de 11 enfants dont déjà deux prêtres) et Nicolas (†1986) ; sa fille Maria, épouse d’un prêtre moscovite, a 6 garçons et 6 filles. Saint Vladimir souhaitait douze descendants prêtres. La relève est assurée.
Saint prêtre martyr Vladimir, prie Dieu pour nous !

Françoise Lhoest

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Texte publié 
dans le Bulletin de la Crypte 
N° 407 de novembre 2012
*




Jean-Claude LARCHET: Rencension/Grégoire de Nysse, « Contre Eunome », II


Contre Eunome II



Grégoire de Nysse, « Contre Eunome », II. Texte grec de W. Jaeger (GNO I). Introduction, traduction, notes et index par Raymond Winling, Éditions du Cerf, Paris, 2013, 560 p. (Sources chrétiennes n° 551).
Le « Contre Eunome II » de saint Grégoire de Nysse, bien que constituant une partie essentielle de la réfutation de l’« Apologie de l’apologie » d’Eunome à laquelle s’est livré le grand Cappadocien prenant la suite de son frère Basile de Césarée, a été relégué par ses éditeurs anciens à la fin du « Contre Eunome III », en raison de son caractère très technique. C’est à juste titre que dans cette édition il reprend sa vraie place. Ce traité est en effet l’un des plus remarquables jamais écrits, par les écrivains et les philosophes religieux sur la nature du langage, et il retient aujourd’hui encore l’attention des linguistes. Ayant à la base comme but de contrer la doctrine d’Eunome selon laquelle le nom d’ « inengendré » exprimerait l’essence même du Père et les noms seraient révélés, l’évêque de Nysse examine de manière approfondie le rapport du langage aux réalités qu’il exprime (quelles soient naturelles ou divines) et à la raison humaine, et il tente de préciser ce qu’il doit à celles-là et à celle-ci. L’une des questions essentielles abordées ici est : dans quelle mesure peut-on adéquatement parler de Dieu ? C’est notamment dans cette partie du Contre Eunome que saint Grégoire montre, à la suite de saint Basile de Césarée, que Dieu est inconnaissable dans Son essence mais est en revanche connaissable dans Ses énergies. On peut voir ici, comme dans le Contre Eunome de saint Basile, que la distinction de l’essence et des énergies divines, souvent considérée par des théologiens occidentaux comme une innovation de saint Grégoire Palamas, est déjà ici nettement posée avec une argumentation forte. Mais la question est abordée ici aussi de savoir dans quelle mesure les Noms divins, qui correspondent pour la plupart aux énergies divines, expriment adéquatement la réalité auxquelles ils se rapportent. Saint Grégoire de Nysse a une réponse mitigée : nous connaissons bien et nommons bien quelque chose de Dieu, mais notre connaissance et les noms qui l’expriment, tout en étant véridiques, ne sont pas un pur reflet des réalités divines connaissables, mais doivent quelque chose à notre raison et à la capacité créative que Dieu lui a donnée. Comme l’a exprimé de son côté saint Jean Chrysostome en des termes moins techniques, l’apophatisme ne concerne pas seulement l’essence divine, mais porte aussi dans une certaine mesure sur les énergies qui, si elles sont connaissables et exprimables, ne le sont pas pleinement, l’arrière-fond mystérieux de celles-ci correspondant à ce qui les rattache à l’essence. Comme l’avait déjà fait remarquer saint Basile, il est d’autant plus vrai, en ce qui concerne Dieu, que les concepts et les mots restent en deçà de la réalité, que la réalité matérielle elle-même ne peut être pleinement connue ni exprimée.
L’ouvrage suit un plan assez compliqué, non du fait de Grégoire lui-même, mais du fait que sa réfutation épouse les méandres de l’argumentation d’Eunome.
Cette édition est munie d’une riche introduction due à Raymond Winling – professeur émérite à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg – à qui l’on doit aussi une traduction claire et précise.
À la suite des remarques que nous avions formulées au sujet du premier volume, le traducteur a renoncé à traduire le mot grec agnnèsia par le néologisme « agénnésie » et le rend maintenant par « être-inengendré ». Il a renoncé aussi à traduire ousia par « ousie » et le rend par « substance », ce qui certes a l’avantage de permettre un passage aisé à  l’adjectif « consubstantiel » ; nous continuons cependant à penser que le mot « essence » est préférable dans la mesure où il évite les connotations scolastiques du mot « substance » qui, au lieu de désigner « ce qu’est » fondamentalement une chose, désigne plutôt sa réalité permanente et subsistante derrière les « accidents » contingents.

Haïjin Pravoslave (CCXX)



Les tracas te viennent
De tes frères dans l'Eglise
C'est l'ordre des choses

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

dimanche 1 décembre 2013

Vie de sainte Rachel moniale du grand schème du monastère du Saint-Sauveur à Borodino [1835-1928] (6)


Vint le 26 septembre, le dernier jour de la vie terrestre de mère Rachel. A quatre heures du matin, Macha proposa à Matouchka de la mettre sur le divan, ce à quoi elle acquiesça volontiers en disant: 

— Oui, oui, il est temps maintenant.

Elle était à demi allongée, le visage tourné vers les saintes icônes, de plus en plus faible. Macha lui demanda timidement où l'enterrer si elle mourait.

— La Mère de Dieu a depuis longtemps béni un emplacement, répondit mère Rachel, et toi ne pleure pas, je te donnerai, à toi aussi, un havre de repos, mais ne retourne pas dans ton village, sinon tu perdras tout le bienfait de ton séjour au monastère.

De dix heures du matin à six heures du soir, mère Rachel prit congé de toutes les sœurs du monastère auxquelles elle donna sa dernière bénédiction. Elle était de plus en plus faible, et tout doucement, couchée sur le divan, elle récitait les prières et de temps à autre on pouvait entendre:

— Je me prépare.

A huit heures, Matouchka dit nettement et fermement:

— Maintenant, je suis prête, ah, Macha, si tu voyais, si tu pouvais savoir quelles demeures célestes sont préparées par le Seigneur pour ceux qui L'aiment. Comme tout est beau là-bas, Macha! Machenka, regarde seulement! Ah, quelle grande béatitude!

Un peu plus tard, mère Rachel appela sa servante de cellule et prit congé d'elle. Ensuite elle but deux gorgées d'eau bénite, prit un mouchoir propre et s'essuya soigneusement le visage, car elle avait un accès de sueur froide, elle tendit la main vers l'icône devant laquelle elle avait prononcé ses derniers vœux et se mit à prier ardemment:

— Mère de Dieu, donne-moi Ta grâce, donne-moi Ta paix pour laver mon visage!

Mère Rachel mourut entre minuit et une heure, la nuit du 26 au 27 septembre 1928.

Comme elle l'avait elle-même prédit, ses funérailles eurent lieu la veille de la fête de la Protection de la Mère de Dieu, au cimetière, au-delà du mur sud-est du monastère. Ses funérailles réunirent des foules de ceux qui l'honoraient. Les trains de Mojaïsk à Borodino étaient bondés.

A ses enfants spirituels qui se plaignaient de la prompte séparation d'avec elle, Matouchka, peu avant sa mort, disait:

— Celui qui fera mémoire de moi, je ne l'oublierai pas. Venez sur ma tombe et vous recevrez soulagement et consolation. Après ma mort, je pourrai vous aider.

Les paroles de mère Rachel se réalisèrent après sa fin bienheureuse. Tous ceux qui viennent avec foi vers sa tombe reçoivent la consolation, la guérison de leurs maladies corporelles et mentales. L'emplacement de sa tombe ne cessa jamais d'être honoré. Actuellement encore, les moniales du monastère du Sauveur de Borodino et les habitants des environs viennent confier leurs afflictions à mère Rachel et demander son aide, et ils reçoivent la consolation. On a connu des cas de guérison du cancer, de kystes et de maux de dents, grâce à la terre de la tombe de mère Rachel.

Peu après sa mort, la moniale est apparue en songe à l'archiprêtre Vassili Gorodetsky, qui était malade. Revêtue du grand habit monastique, elle l'a guéri en disant: "Ce qui est ta vocation, réalise-le. Tout ce qui est de ce monde est illusion. Au-dessus de la voûte bleue, il y a encore le Ciel, vers où doivent tendre tous les vivants."

Tropaire, ton 5:

Comme un olivier aux fruits nombreux, tu t'es élevée au monastère de Borodino, et tu y as fait fleurir les dons de guérison et de miracles; sainte mère Rachel, tu as porté du fruit au centuple; sur ordre de la Mère de Dieu tu t'es consacrée de tout ton cœur au service de ton prochain, et par ta douceur et ton amour tu as mené de nombreuses âmes sur la voie du salut, en leur enseignant les vertus. C'est pourquoi le Christ notre Dieu, inspiration de tes exploits ascétiques, t'a décerné une couronne lumineuse. Prie-le de sauver et d'illuminer nos âmes.

Kondakion, ton 2:

Tu as mis en pratique les commandements du Christ et tu as reçu la grâce de guider les âmes, en portant les maladies des malades tu t'es offerte en sacrifice sacré, douce agnelle, et maintenant tu fais jaillir des fleuves de guérisons, aussi nous, tes enfants, qui venons vers toi avec amour, te chantons: sainte mère Rachel, prie le Christ notre Dieu et sa Très Pure Mère de sauver nos âmes.

Prière:

Ô douce et humble, étonnante et prodigieuse sainte mère Rachel, nouvelle thaumaturge qui pries pour la race des chrétiens!

Nous pécheurs, ballottés par la tempête des passions, nous t'invoquons du fond du cœur: ne nous abandonne pas, dans nos maladies et nos afflictions, mais viens à notre secours!

Aux jours de ta vie terrestre tu as guéri gratuitement les malades, nourri les affamés avec bonté, remis sur le droit chemin les égarés, consolé les affligés, et aidé par ton cœur compatissant tous ceux qui venaient à toi, mère aimant ses enfants et prompte à les secourir. Et maintenant nous savons que t'est donnée par le Seigneur et Sa très Pure Mère la grâce de prier pour nous.

Ô fidèle servante du Christ, qui a fait fructifier au centuple le talent qui t'avait été donné, guéris les passions de nos âmes et de nos corps, fortifie-nous dans la vertu et instruis-nous sur le chemin du repentir, adoucis nos cœurs froids et méchants, afin que nous aimions notre prochain et en lui le Christ: supplie le Seigneur des puissances de montrer Sa miséricorde envers notre Patrie qui a tant souffert et envers ce monastère dans lequel tu as accompli ton ascèse monastique, afin que nous vivions une vie paisible et calme en toute piété et pureté et qu'ainsi nous atteignions le havre paisible du Royaume des Cieux, là où tu brilles d'une gloire éternelle, célébrant avec tous les saints l'hymne de louange du Père et du Fils et du Saint Esprit, en tous temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Autre prière:

Bienheureuse mère Rachel, qui console les malades et les affligés, reçois aujourd'hui notre prière et nos larmes, nous tes enfants indignes, et porte ce fruit si petit de nos cœurs et de nos bouches au trône de la Très Sainte Trinité, afin que par ton intercession elle nous envoie, à nous Tes serviteurs inutiles, Ses miséricordes, qu'elle accorde la prospérité à notre patrie et à ce saint monastère, qu'elle nous épargne les tremblements de terre, les incendies, la guerre civile, l'invasion des peuples étrangers, qu'elle accorde aux malades la guérison, aux affligés la consolation, aux orgueilleux la modestie, qu'elle conduise les négligents vers le pardon, qu'elle affermisse les moines et les moniales dans le service de Dieu et qu'elle donne à tous les chrétiens orthodoxes tout ce qui est nécessaire en vue du salut, et plus encore, qu'elle nous manifeste la miséricorde au jour de Son redoutable tribunal, et qu'elle nous accueille dans les demeures célestes avec tous les saints, car c'est à la Très Sainte Trinite que revient toute louange, gloire, honneur et puissance, Père, Fils et Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Sainte Rachel de Borodino, canonisée le 28 juillet I996, sera fêtée le 27 septembre/10 octobre dans le diocèse de Moscou.


Version française

Françoise Lhoest

que nous remercions  chaleureusement

Chapelle de sainte Rachel




Monastère de Borodino

Haïjin Pravoslave (CCXIX)


Dieu dans Son silence
Est plus éloquent que toi
Dans ton bavardage

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



18 novembre / 1er décembre
23ème dimanche après la Pentecôte

Saint Platon, martyr à Ancyre (vers 306) ; saints Romain, diacre, et Barul, enfant, martyrs à Antioche (303) ; saint Zachée, diacre, et Alphée, lecteur, martyrs à Gadara en Palestine (303).

Lectures : Eph. II, 4-10 ;  Lc XII, 16-21

SUR LA PRÉPARATION DE LA NATIVITÉ DU CHRIST


L
e jeûne de la Nativité est le dernier carême de l’année. Il commence le 15/28 novembre et se termine le jour de Noël. Il dure quarante jours et, pour cette raison, il est appelé dans le Typicon « Quarantaine », à l’instar du Grand Carême. Le jeûne de la Nativité a été institué pour que nous arrivions au jour de Noël purifiés par le repentir, la prière et le jeûne, et que nous puissions, le cœur, l’âme et le corps purifiés, aller à la rencontre du Fils de Dieu venu en ce monde. Ce carême, de jour en jour, approfondit dans l’âme du fidèle l’attente de la fête, oriente continuellement ses pensées et ses sentiments dans sa direction, et lui fait vivre cet événement de toute sa vie corporelle et spirituelle. Durant ce carême, le typicon concède l’usage de poisson le samedi et le dimanche jusqu’au 20 décembre (le 2 janvier selon le nouveau calendrier), ainsi que le jour de l’Entrée au temple de la Très Sainte Mère de Dieu, et aussi le mardi et le jeudi si l’on fête un saint en l’honneur duquel on chante la grande doxologie à matines. S’il n’y a aucune fête, le lundi, le mercredi et le vendredi, il y a jeûne strict, tandis qu’il y a dispense d’huile et de vin le mardi et le jeudi. En tout état de cause, chacun doit jeûner avec discernement, en se souvenant que, selon les Pères de l’Église, le jeûne a pour but de tuer les passions et non point le corps.
VIE DES SAINTS ROMAIN ET BARUL[1]
Saint Romain était d’origine palestinienne et exerçait les fonctions de diacre et d’exorciste dans l’Église de Césarée de Palestine. En 303, lorsque l’empereur Dioclétien publia ses édits de persécution générale, il se trouvait à Antioche. Voyant un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants chrétiens abandonner la confession du vrai Dieu par crainte de la souffrance et aller sacrifier aux idoles, il ne put supporter ce spectacle et, s’avançant vers eux, tout brûlant de zèle pour la piété, il leur adressa à haute voix de violents reproches. Il fut arrêté sur-le-champ et conduit devant le gouverneur d’Antioche. Durant l’interrogatoire, il se montra plein d’audace et, pour confondre l’inanité du culte païen, il demanda qu’on fasse comparaître un enfant pris au hasard dans la foule qui se tenait sur la place publique. L’enfant, nommé Barul, arriva. Romain lui demanda s’il était plus raisonnable d’adorer le Dieu unique et Créateur du monde, confessé par les chrétiens, ou les multiples dieux des païens. Sans hésitation, l’enfant se prononça pour le Dieu des chrétiens et rendit ainsi le magistrat ridicule, en se montrant plus sage que lui et que ses coreligionnaires. Le tyran furieux livra aussitôt le jeune confesseur à la torture, en présence de sa mère. Altéré de soif par les tourments qu’il endurait sans broncher, l’enfant demanda à boire. L’admirable femme lui répondit alors : « Ne bois pas, ô mon cher fils, de cette eau corruptible et éphémère, mais montre-toi endurant afin de boire l’eau vive et éternelle dans le Royaume de Dieu ! »  L’enfant ayant été décapité, saint Romain fut condamné à périr par le feu. Il accueillit joyeusement cette sentence et, le visage rayonnant, il se laissa emmener sans résistance vers le lieu du supplice. Comme les bourreaux tardaient à allumer le bûcher, attendant la décision de l’empereur alors présent dans la ville, le valeureux martyr s’écria : « Où est le feu qui a été préparé pour moi ? » On remit l’exécution pour le faire comparaître devant l’empereur en personne. Le tyran ayant constaté que, pour les chrétiens, la mort par le martyre était une fête, puisqu’elle signifiait l’entrée dans la vie éternelle, voulut retarder le moment de cette délivrance, et il ordonna de lui arracher la langue. Sans se troubler, saint Romain tendit de lui-même sa langue au bourreau et, ô miracle, il continua de louer Dieu et d’encourager les fidèles au martyre après qu’on la lui eut coupée. Après ce châtiment, il fut jeté en prison et mis aux fers pendant un temps considérable. Lors de la fête de l’empereur, selon une ancienne coutume, on proclama partout la mise en liberté des prisonniers. Mais Romain, les deux pieds écrasés dans les ceps et étendu sur le bois, fut le seul à être alors étranglé dans le secret de son cachot et, selon son désir, il reçut ainsi la couronne du martyre.
Tropaire du dimanche du 6ème ton
Áнгельскія си́лы на гро́бѣ Твое́мъ, и стрегу́щіи омертвѣ́ша : и стоя́ше Mapíя во гро́бѣ, и́щущи пречи́стаго Тѣ́ла Tвоего́. Плѣни́лъ еси́ а́дъ, не искуси́вся отъ него́ ; срѣ́тилъ еси́ Дѣ́ву, да́руяй живо́тъ. Bоскреcы́й изъ ме́ртвыхъ Го́споди, сла́ва Tебѣ́.
Les puissances angéliques apparurent devant Ton sépulcre, et ceux qui le gardaient furent comme frappés de mort. Marie se tenait près du tombeau, cherchant Ton corps immaculé. Tu as dépouillé l’enfer, sans être éprouvé par lui ; Tu es allé à la rencontre de la Vierge en donnant la Vie. Ressuscité d’entre les morts, Seigneur, gloire à Toi !
Tropaire des saints martyrs, ton 4
Му́ченицы Твои́, Го́споди, во страда́ніихъ свои́хъ вѣнцы́ прія́ша нетлѣ́нныя отъ Тебе́, Бо́га на́шего: иму́ще бо крѣ́пость Твою́, мучи́телей низложи́ша, сокруши́ша и де́моновъ немощны́я де́рзости. Тѣ́хъ моли́твами спаси́ ду́ши на́ша. 
Tes martyrs, Seigneur, par leurs combats, ont reçu de Toi, notre Dieu, la couronne incorruptible. Avec Ta force, ils ont renversé les tyrans et brisé même l’audace impuissante des démons. Par leurs supplications, ô Christ Dieu, sauve nos âmes.

Kondakion des saints martyrs, ton 3
Святáя твоя́ пáмять вселéнную весели́тъ, созывáющи вѣ́рныя вся́ въ пречéстный хрáмъ твой, идѣ́же ны́нѣ, рáдостiю совоку́пльшеся, поéмъ въ пѣ́снехъ и свѣ́тлостехъ. Сего́ рáди, Плáтоне, вопiéмъ ти́: язы́ческаго нашéствiя избáви грáдъ твóй, свя́те
Ta sainte mémoire réjouit le monde entier, appelant tous les fidèles vers ton temple très-vénérable; tous ensemble nous la chantons avec allégresse et nous écrions: délivre de l’invasion des barbares ta cité, ô saint Platon.


Kondakion du dimanche du 6ème ton
Живонача́льною дла́нію умéршыя отъ мра́чныхъ удо́лій Жизнода́вецъ воскреси́въ всѣ́хъ, Христо́съ Бо́гъ, воскресéніе подадé человѣ́ческому pо́ду; éсть бо всѣ́xъ Спаси́тель, воскресéніе и живо́тъ и Бо́гъ всѣ́хъ.
Par Sa main vivifiante, le Donateur de vie a ressuscité tous les morts de leurs retraites ténébreuses, Lui, le Christ Dieu, qui a fait don de la Résurrection à la race des humains, car, de tous Il est le Sauveur, la Résurrection et la Vie et le Dieu de l’univers.


Hiéromoine Grégoire de la Sainte Montagne
COMMENTAIRES SUR LA DIVINE LITURGIE DE ST JEAN CHRYSOSTOME
La réponse du peuple à la bénédiction du célébrant montre que les fidèles participent activement à la célébration de la divine Liturgie. Saint Jean Chrysostome dit de façon caractéristique : « Le célébrant ne touche pas les dons, qui se trouvent devant lui, avant d'avoir invoqué sur vous la grâce du Seigneur et que vous lui ayez répondu : Et avec ton esprit, cette réponse même vous rappelant… que les dons offerts ne sont nullement l’ouvrage de l'homme, mais que c’est la grâce de l'Esprit, qui est présente et descend sur tout, qui prépare ce sacrifice mystique ».
Le prêtre : Tenons hauts les cœurs.
Le chœur : Nous les avons vers le Seigneur.

Le miracle de la transfiguration liturgique
Le récit évangélique de la Transfiguration du Christ mentionne : Jésus prit avec Lui Pierre, Jacques et Jean, et Il les emmena seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux (Marc IX, 2). C’est la même chose qui se produit lors de la sainte Anaphore, qui est le miracle de la Transfiguration liturgique : la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ nous « prend » du monde où nous vivons, et nous « élève » [en grec anapherei – verbe qui est dérivé du nom anaphora, l’anaphore] sur la haute montagne de l’amour du Dieu et Père, où est célébré le mystère de la communion du Saint-Esprit. Lorsque Dieu demanda au patriarche Abraham le sacrifice d’Isaac, Il lui dit : « Prends ton enfant, ton fils chéri, ton Isaac, que tu aimes tant ; va en la haute terre, et là, offre-le en holocauste » (Gen. 22,2). C’est sur cette terre que le célébrant nous exhorte à monter nous aussi, pour offrir l’anaphore eucharistique. Imitons alors le patriarche Abraham, qui n’a laissé ni ses serviteurs, ni ses animaux s’approcher du lieu du sacrifice. Saint Jean Chrysostome donne l’explication suivante : « Toi non plus, ne souffre pas qu'aucune passion servile, ignoble, ne t’accompagne [sur le lieu de la sainte Anaphore] ; va tout seul sur la montagne que gravit Abraham, sans permettre à personne de la gravir avec lui… Que rien ne vienne te troubler en cet instant; élève-toi au-dessus du ciel même ». « Gardant nos cœurs dans les hauteurs tournés vers Dieu, observons cette merveilleuse vision, c’est-à-dire notre nature humaine coexistant éternellement avec le feu immatériel de la Divinité » (St Grégoire Palamas). Tenons haut les cœurs, dit le prêtre. Par le mot haut, il nous indique le lieu où se produit la rencontre de l’âme qui aime Dieu avec le Fiancé, le Christ. Ce lieu n’est pas déterminé. Il s’agit d’une échelle divine, qui s’appuie sur le saint Autel et dont le sommet est inaccessible à la vue de l’homme. Un mouvement perpétuel caractérise les saints. Ils se meuvent depuis l’Autel jusqu’à la contemplation de la lumière incréée et reviennent à l’Autel, qui est rempli de lumière. Car sur celui-ci le Christ, la Lumière du monde, pose « Son corps illuminateur » (St Grégoire Palamas) pour la nourriture et la vie du monde.
LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Mc. XVI, 1-8;  Liturgie : Eph. II, 14-22 ;  Lc XIII, 10-17.
L’OFFICE INTÉGRAL DE L’ENTRÉE AU TEMPLE DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU EN VERSION BILINGUE SLAVON-FRANÇAIS EST DISPONIBLE SUR LE SITE INTERNET DU DIOCÈSE : www.diocesedegeneve.net


[1] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras.