"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mercredi 6 mai 2015

Père Georges [Maximov]: Notes indonésiennes (6 et fin)



Frs. George Maximov and Ioasaph (Tandibilang)

Père Georges [Maximov] et Père Iosaph [Tandibilng]

Je dois aussi dire quelque chose sur les sites de Djakarta, ou plutôt, sur le plus mémorable d'entre eux: le petit parc d'Indonésie. Au sein d'un grand espace, il y a des secteurs délimités; dans chacun des secteurs des bâtiments et des maisons ont été construites dans le style traditionnel d'un peuple ou d'une autre qui se sont installés en Indonésie. On peut regarder tout cela, à la fois par le haut dans un téléphérique, et en bas, en entrant dans chaque maison et en examinant le mode de vie traditionnel des peuples donnés. C'est très bien fait, et il est incroyablement intéressant de s'y promener. Vous devez réserver une journée entière pour visiter ce parc. Beaucoup moins de temps était à notre disposition, aussi nous avons couvert seulement une petite partie de celui-ci.

Père Ioasaph m'a amené à une exposition qui présente la culture des gens qui vivent dans les montagnes de Sumatra. Une partie des gens jusqu'à ce jour sont des païens, et ils ont quelques règles assez difficiles concernant la sépulture. Il est considéré comme possible d'effectuer l'enterrement seulement après que l'on ait apporté un grand nombre de vaches comme offrande aux esprits (à présent, j'ai déjà oublié combien). En aucune façon une famille ordinaire ne peut se permettre d'acheter beaucoup de vaches à la fois: cela coûte trop cher. Donc, ils travaillent pendant un an ou parfois plus pour économiser assez d'argent pour l'exécution du rituel. Et pendant tout ce temps le cadavre en décomposition du défunt, est censé rester à la maison, y compris aux côtés des enfants vivants! Pour moi, ce fut l'un des exemples de la manière dont les esprits malins se moquent des païens, qui sont tombés en leur pouvoir.

Et après avoir effectué le rituel de l'enterrement est effectué: on met les restes dans une crypte spécialement creusée dans une falaise, et à l'entrée de la crypte, on met mis une statue en bois du défunt, à sa taille, et dans ses propres vêtements. Si vous regardez ceci de loin, il semble que les personnes vivant sont assises là, mais de près, il devient évident que c'est un cimetière.
    
En conclusion, je voudrais citer les paroles de Père Ioasaph, qu'il m'a dites en réponse à une question sur les perspectives de l'Orthodoxie en Indonésie:

" Je pense que l'Orthodoxie est une bénédiction pour notre pays. Je vois que dans d'autres confessions chrétiennes la vie d'une personne ne change pas beaucoup pour l'amour de Dieu. Mais quand les gens deviennent orthodoxes, ils changent pour le mieux, et cela est perceptible à tous. Donc, il est difficile de dire que les orthodoxes sont des personnes différentes, parce que chez nous, tout le monde ne considère pas vraiment ce que quelqu'un dit, mais la façon dont il mène sa vie. Et les gens disent, 'Pourquoi devrions-nous accepter une religion, si elle ne change pas la vie d'une personne? Et, gloire à Dieu, l'Orthodoxie donne à une personne la force de changer, ce qui est la bénédiction de Dieu pour l'Indonésie. "



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 5 mai 2015

Père Georges [Maximov]: Notes indonésiennes (5)



Fr. Ioasaph (Tandibilang) hearing a confession

Père Ioasaph [Tandibilang] entendant une confession

En Russie, il [Père Ioasaph] étudia au Séminaire de Belgorod, et là, il y fut également ordonné. Il se rappelle que lorsque, après son ordination, on l'envoya entendre les confessions, il demanda, "Mais comment vais-je être en mesure de le faire, voyant que je comprends toujours mal et que je parle mal le russe?" L'un des prêtres plaisanta, "Ne t'inquiètes pas! Quoi qu'ils te disent,  lève seulement les yeux au ciel et dis: Oï, oï, oï!*"

Père Ioasaph prit cela au sérieux et se dirigea vers le lutrin. Cette babouchka commença à se confesser à lui et lui dit quelque chose. Père Ioasaph leva les yeux au ciel et dit, "Oï, oï, oï!" La Babouchka le regarda et dit: "Que veux-tu dire par Oï, oï, oï!?
    
Mais plus tard, j'ai entendu cela du métropolite Jean de Belgorod-lorsque les paroissiens ont découvert que le Père Ioasaph ne comprenait pas très bien le russe, il est devenu le confesseur le plus populaire de la paroisse. Ils se tenaient pour lui en files d'attente plus longues que pour tout autre prêtre-lignes constituées par ceux qui avaient cédé à la fausse honte de vraiment confesser leurs péchés, ou à des pensées boiteuses comme "le prêtre racontera ma confession à d'autres personnes" ou "Père X… sera déçu avec moi. "Il est dommage que tout le monde ne se rende pas compte qu'une confession ouverte malgré cette honte et ces pensées- rend la confession sincère et donne un sentiment de libération du péché. En Indonésie certains Russes  ne vont pas à dessein vers Père Ioasaph pour la confession, car il comprend maintenant très bien le russe, mais ils vont vers d'autres prêtres indonésiens, se confessant à eux en russe, de sorte que sans comprendre ce qu'ils ont entendu, ils leur lisent simplement la prière d'absolution. Une telle confession trompeuse est une confession sans confession, afin, soi-disant de dévoiler ses péchés au prêtre, soi-disant, mais en faisant ainsi, ces péchés n'en demeurent pas moins comme s'ils n'avaient pas été confessés.

Quand j'étais à Djakarta, je vis des Russes faire pression sur Père Ioasaph, en disant que la terre sur laquelle était sise l'église, qui avait été donnée par l'émigré déjà mentionné, ne convenait pas, car elle était située incroyablement loin, et il leur faudrait trop de temps pour y arriver. Au lieu de cela, ils proposèrent qu'il vende cette terre et avec l'aide de quelques machinations, qu'il essaie d'obtenir l'utilisation d'une parcelle de terrain au centre de la ville. Ceci était totalement infaisable. Père Ioasaph et moi sommes allés regarder le terrain, et j'ai noté à dessein combien de temps il avait fallu pour y arriver. Alors j'ai dit aux Russes, "j'ai vérifié, et il faut une heure pour y arriver."

Ils ont répondu: " Vous voyez, vous devez être sur la route une heure entière!"

Je me suis alors demandé: "En fait fait, personnellement, cela me prend aussi une heure lorsque je me rends à mon église à Moscou, afin de célébrer des offices. Et ainsi doivent faire beaucoup de Moscovites. Pourquoi, vous qui vivez en Indonésie, pays non-orthodoxe, pensez-vous que l'église devrait être plus proche de vous que pour les personnes qui vivent dans la capitale de la Russie? "Je pense que le Père Ioasaph a bien fait après tout, parce qu'il a construit l'église sur la terre qu'il possédait, plutôt que de se lancer dans une aventure risquée.

Si nous revenons maintenant à la question de l'Orthodoxie indonésienne, une triste circonstance doit être notée, à savoir la division en juridictions, intensifiée depuis l'extérieur. 

Les missions de l'Église de Constantinople et de l'Eglise russe à l'étranger (ERHF) fonctionnent dans ce pays, et il y a aussi des paroisses du Patriarcat de Moscou. Et bien que tous les membres du clergé et les laïcs soient des orthodoxes indonésiens, ils ne s'associent pas les uns avec avec les autres, pour une grande partie en raison de la position hostile des hiérarques de l'Eglise de Constantinople, qui se considèrent eux-mêmes comme "canoniques", et stigmatisent tous les autres comme schismatiques, et interdisent à leurs fidèles de  s'associer avec eux. Tout cela, bien sûr, est fou, et c'est un péché grave, en raison duquel ses obstacles se font jour dès les premières pas de l'Orthodoxie en Indonésie. Et qui plus est, cela ne vient pas des incroyants, mais des "Patrons" orthodoxes au-delà des mers.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

*Note: Oï, oï, oï! est une exclamation russe [mais que l'on trouve en yiddish venant en partie de l'allemand ( אױ װײ) sous la forme oï weh- ô/Aïe, malheur! et dans la Bible hébraïque in Proverbes, 23:29: Pour qui les ah? pour qui les hélas?] qui n'a pas vraiment d'équivalent en français. Elle peut exprimer une manifestation de sympathie: "Oh, mon Dieu!" "Oh, c'est terrible" "Oh, je suis véritablement désolé d'entendre ça!" Cette expression peut aussi reconnaître que ce qui vient d'être mentionné, constitue un problème grave: "Oh! Que faire dans cette situation ?" Cela peut aussi reprocher  à quelqu'un un acte mauvais ou pécheur :" Qu'as-tu fait là?! Tu n'aurais pas dû!"


lundi 4 mai 2015

Père Georges [Maximov]: Notes indonésiennes (4)


Archimandrite Daniel (Bayantoro)
Archimandrite Daniel [Banyantoro]


Père Ioasaph,  avait été musulman également. Je lui ai demandé comment il s'était converti au Christ. Il m'a dit qu'il avait toujours pris la vie religieuse au sérieux, et il avait eu des questions sur sa foi, par exemple: pourquoi était-il nécessaire de prier exactement cinq fois par jour? Pourquoi ne pourrait-on pas traduire le Coran en indonésien, pourquoi le texte sacré devait-il être uniquement en arabe? Il posa ces questions à l'imam et aux enseignants de l'islam, mais ils lui répondirent, "Ne posez pas de question, il suffit de faire ce qui est prescrit."

"Mais je ne voulais pas faire quelque chose, sans savoir pourquoi," confesse le Père Ioasaph. "Et puis je commençai à regarder les chrétiens. Au début, je suis allé chez les protestants, mais ils ne pouvaient pas répondre à toutes mes questions. En outre, je voyais des choses douteuses chez les protestants: la prière avec accompagnement de guitare, les danses, etc. Je me suis demandé: est-il correct de servir Dieu comme si vous étiez dans une discothèque ou un bar? 

Et puis j'ai entendu dire qu'il y avait une nouvelle religion en Indonésie, où ils servent différemment, où ils font leurs prières d'une manière digne, où les femmes se couvrent la tête et ainsi de suite, et j'ai demandé, "Qu'est-ce que cette religion?" On m'a dit que c'était l'Orthodoxie. Alors, en 1996, j'ai rencontré le Père Daniel [Bayantoro] et je lui a posé beaucoup de questions;  je l'ai interrogé deux jours de suite, et il a répondu à tout. Et ainsi, je me suis rendu compte que l'Orthodoxie est la vraie religion.

Je me souviens encore de l'histoire que Batiouchka m'a raconté sur la façon dont il a appris à vénérer la Mère de Dieu. Après sa conversion à l'Orthodoxie, il a connu la même chose que connaissent tous les convertis du protestantisme: en son esprit, il reconnaissait l'enseignement orthodoxe sur la Mère de Dieu, mais dans son cœur, il était indifférent: il n'avait jamais demandé son intercession, n'avait jamais vénéré (baisé) ses icônes, et ainsi de suite.

Cependant, quand il se préparait à aller en Russie pour étudier au séminaire, il quitta son emploi, vendit une partie de ses biens, et acheta un billet. Et, en conformité avec les exigences requises, il devait passer un examen médical (sang et urine). Mais quand il alla chercher les résultats, on lui dit: "Vous avez une maladie terminale au dernier stade, et il est peu probable que vous puissiez même vivre un mois de plus."

Il fut stupéfait. 

"Je suis arrivé à la maison, je me suis enfermé dans ma chambre et j'ai pleuré toute la journée et toute la nuit, et je n'ai même pas mangé ou bu," raconte Père Ioasaph. "Le lendemain, je me suis souvenu tout à coup que j'avais dans ma poche pectorale une petite icône de la Mère de Dieu que quelqu'un m'avait donnée. Et ce fut comme si une voix dans ma tête me disait: "Tu as une mère, implore-la!" 

Père Ioasaph sortit la petite icône et commença à prier avec ferveur la Mère de Dieu, pour qu'elle le sauve. Et il passa encore une autre journée et une autre nuit en prière. Le lendemain était un lundi, et le Père Ioasaph quitta la maison pour aller à l'hôpital. 

Il monta dans l'ascenseur avec un homme âgé, qui lui demanda pourquoi il était si triste. Père Ioasaph lui parla de son malheur, alors l'étranger l'invita à venir avec lui. Il s'avéra que c'était le chef d'une clinique privée. Là, ils firent des tests sanguins et les tests ne confirmèrent pas le diagnostic qu'il avait reçu auparavant. 

Ainsi, après cet incident Batiouchka acquit un amour sincère pour la Mère de Dieu.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 3 mai 2015

Père Georges [Maximov]: Notes indonésiennes (3)



Frs. George Maximov and Ioasaph (Tandibilang)

Père Georges [Maximov] et Père Ioasaph [Tandibilang]

Le lendemain, je servais la Liturgie dans la paroisse du saint Prince Egal-aux-Apôtres Vladimir (Patriarcat de Moscou). Le recteur ici était le hiéromoine Ioasaph (Tandibilang), et pour l'aider il y avait le diacre Basile [Manuputi]. Quand j'étais à Djakarta, les services étaient encore célébrés dans un appartement-nous ne disposons pas de notre propre église. L'église temporaire était située dans la maison de l'un des paroissiens-une veuve dont le seul bien était cette maison. Elle avait la pensées de louer cet appartement, mais Père Ioasaph lui a dit: "Aie la foi: aussi longtemps que tu offriras ta maison pour les services divins, le Seigneur prendra soin de toi, afin que tu n'aies pas besoin d'argent." Elle le crut, et il en fut ainsi: depuis sept ans elle offre sa maison à titre gracieux pour les offices, ses enfants ont reçu de très bons emplois, de sorte que leurs salaires étaient suffisants pour couvrir également ses propres besoins. Maintenant Père Ioasaph a déjà construit une église séparée sur un terrain qu'un vieil émigré russe, Vladimir, qui est décédé il y a plusieurs années, à légué à cet effet.

La manière de prêcher de Père Ioasaph a fait une grande impression sur moi. Ses sermons étaient en indonésien, et quand je les écoutais, j'eus le sentiment étrange que, bien que je ne comprenais pas un mot du discours de Père Ioasaph, je le croyais, car, on ne pouvait parler de la vérité qu'à la façon dont il parlait.

Bien que ses sermons soient longs, il maintient très bien l'attention de ses auditeurs: il a une bonne appréciation du temps, il sait combien de temps il lui reste. Afin que les paroissiens ne se lassent pas d'être longtemps debout, Père Ioasaph a introduit la pratique d'être assis pendant le sermon. Et ceci, peut-être, est la seule différence avec ce qui se passe dans nos églises russes. Père Ioasaph est un expert et un fanatique des services selon les règles de l'Église et des traditions de l'Orthodoxie russe, de sorte que, dans ses paroisses, tout est exactement à ce qui se fait couramment, comme cela lui a été enseigné en Russie. A cette époque, il avait deux paroisses -à Djakarta et à Surabaya, et maintenant Bali a été ajouté.

En regardant la prédication de Père Ioasaph et l'attention qu'il suscite, je fus surpris, et je me demandais si tous les prêtres orthodoxes étaient ici de tels Chrysostome! Il se trouve que tous ne le sont pas, le sont seulement le fondateur de la mission en Indonésie, l'archimandrite Daniel [Bayantoro] et Père Ioasaph.

Grâce à un tel talent, dans la soirée du même jour où nous avons servi la Liturgie, le Père Ioasaph a été invité chez le diacre Agapit (ERHF) pour faire un discours en mémoire de la belle-mère de ce dernier. Père Ioasaph m'a amené avec lui. Dans la mesure où de nombreuses personnes non-orthodoxes venaient au mémorial, il était nécessaire de consacrer quelques mots en général à la compréhension orthodoxe du sort d'une personne au-delà de la tombe, et aussi à la question de savoir pourquoi nous prions pour les morts (ce que les protestants ne font pas). Il est digne de respect, que les Indonésiens orthodoxes tentent d'utiliser toute occasion qui se présente pour leur mission.

Et donc, vers le début de la soirée, nous y sommes allés en voiture. Je pensais, "Quelqu'un de proche de ces personnes est décédé. Ils sont en deuil, et je devrais faire comme si je l'étais aussi."

Cependant, quand nous sommes arrivés, je l'ai vu des gens souriants et de bonne humeur. Ils ne ressemblaient pas du tout à des gens en deuil, comme nous l'entendons. Il y avait vraiment beaucoup de gens là-bas! Tout a commencé avec une pannikhide, que Père Boris a célébrée, puis il y eut un sermon de Père Ioasaph. Après cela, le Père Agapit ait fait un bref éloge de la défunte, et puis soudain, un gâteau a été apporté et tout le monde a commencé à chanter "Happy Birthday to you." 

Et puis j'ai découvert, à ma grande surprise, que les Indonésiens avaient décidé de combiner le mémorial de la belle-mère de Père Agapit avec l'anniversaire de son épouse. Je regardais ce qui se passait, et j'ai réalisé que si vous racontiez à quelqu'un en Russie quelque chose comme ça, ce serait perçu comme un blasphème. Mais ces Indonésiens étaient également sincères à la fois lors de la première moitié des célébrations et de la deuxième également. On ne sentait pas du tout, qu'il y avait quelque chose de faux: tout semblait naturel, bien que nous, bien sûr, ne pouvions même pas imaginer une telle chose. Voilà combien peut être importante une différence de mentalité.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

samedi 2 mai 2015

Père Georges [Maximov]: Notes indonésiennes (2)



Hiermonk Ioasaph (Tandibilang) with parishioners

Hiéromoine Ioasaph ( Tandibilang) avec des paroissiens

L'Église  du saint apôtre Thomas elle-même a été construite par une riche famille orthodoxe indonésienne orthodoxe. Après le service, j'ai parlé avec la mère de famille, Mme Christina N., et lui a demandé comment ils en sont venus à se convertir à l'Orthodoxie (à propos, elle a huit enfants). Elle a avoué qu'ils avaient tous été musulmans. Un jour, elle était à la plage, et une tragédie est arrivée: des gens sont venus vers elle et lui ont dit que sa fille venait de se noyer, et ils ont montré l'endroit où elle avait disparu sous les flots. Christina y est allée immédiatement en courant. Elle entra dans l'eau et commença à aller dans la direction indiquée. On peut imaginer les sentiments qu'elle éprouvait, aller à la recherche de son enfant qui venait de mourir! Et comme elle y allait , entrant plus profondément dans l'eau à chaque étape, tout à coup l'idée lui traversa l'esprit: "Si Jésus est Dieu, que ma fille soit vivante!" Et un miracle eut lieu: elle repéra sa fille sous l'eau, et quand elle la remonta à la surface et la porta vers le rivage, la jeune fille revint à la vie!

Il n'est pas étonnant que, après ce miracle, non seulement Christina, mais aussi son époux et tous leurs enfants aient été baptisés. Ils ne savaient pas quoi que ce soit à propos de l'Orthodoxie, et donc ils sont devenus protestants, les protestants étaient depuis longtemps en Indonésie et étaient bien connus de tous. Maintenant, après son baptême, Christina a commencé à lire la Bible. Elle la lut plusieurs fois entièrement de la Genèse à l'Apocalypse. Et au cours de sa lecture des Actes des Apôtres et des Epîtres, elle fut frappée de ce que l'Église chrétienne avait été une Église Unie, et que ce fait ne s'appliquait pas à la fragmentation que Christina voyait parmi les protestants. Elle résolut de savoir ce qui était arrivé à la première Eglise originale. Et pour le découvrir elle partit pour l'endroit où tout a commencé, à Jérusalem, en Terre Sainte, ce qui fut possible grâce à sa bonne situation financière. Là, elle découvrit que cette Eglise, fondée il y a 20 siècles, existe encore à ce jour, et qu'elle est l'Eglise orthodoxe. La découvrant, Christina convainquit toute sa famille de devenir orthodoxe.
    
Comme cela a déjà été mentionné, Christina et son époux ont construit une église en l'honneur de l'Apôtre Thomas sur leur propre terre à Djakarta. Malheureusement, tout le monde n'apprécia pas cela: une organisation musulmane en fut scandalisée. Elle rassembla une foule de ses partisans et les envoya à l'église orthodoxe. L'ensemble du territoire fut occupé par des musulmans en colère, dont beaucoup étaient armés de couteaux. Ils criaient qu'ils allaient détruire l'église et tuer le prêtre, et ils exigeaient que nous le lui remettions. Racontant cela à nouveau, Christina a dit que c'était vraiment terrifiant. Gloire à Dieu, à ce moment rien de grave n'arriva, et après qu'ils aient fait beaucoup de bruit, la foule se dispersa. Mais le chef de cette organisation annonça que ce n'était pas la fin, et qu'ils se battraient contre notre église paroissiale orthodoxe. Cependant, il se trouve que dans le cours d'une année, ils sont tous morts. A leur place, sont venus d'autres dirigeants, qui avaient tellement changé d'opinion, que maintenant cette organisation musulmane assure officiellement protection à la paroisse orthodoxe.

Comme cela est bien connu, l'Indonésie a la plus forte concentration de population musulmane dans le monde, en dépit du fait que, de par sa constitution, elle est un État laïque. Et c'est un pays où dans plusieurs domaines, il y a eu des foyers de tension dans les relations entre chrétiens et musulmans dans les dernières années. Ceci ne peut avoir son effet sur la société orthodoxe, bien que cette dernière soit encore relativement faible.

Par exemple, il y avait une incidence où un prêtre orthodoxe de l'étranger est venu à l'Indonésie sur invitation de la communauté indonésienne orthodoxe immédiatement afin de l'aider dans la prédication et le service, mais cela provoqua une réaction très négative de la part des musulmans locaux : ils envoyèrent des menaces, et il a dû quitter le pays.

En raison de l'opposition des sociétés musulmanes, dans de nombreuses régions, il est extrêmement difficile d'obtenir l'autorisation de construire une église et même si vous la recevez, il y a des cas où par la suite, des activistes musulmans viennent sur le site de construction et entravent physiquement les travaux de construction, et ainsi, l'Église n'est pas bâtie.

Mais, il faut noter que, néanmoins, l'Indonésie est pas un pays sous la charia, et d'ailleurs il y a des régions où la majorité des habitants sont non-musulmans. Par exemple, sur l'île de Bali, ce sont essentiellement des hindous qui y vivent, et dans la province de Papouasie, des protestants. Il y a aussi des zones peuplées par des tribus qui jusqu'au dernier homme confessent le paganisme.

Malgré quelques difficultés, je dois dire que le Seigneur protège les orthodoxes, et dans les dernières années, il a pas eu d'incidents où nos églises ont été dynamitées, ou nos frères et sœurs massacrés, comme cela a eu lieu avec les protestants.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 1 mai 2015

Père Georges [Maximov]: Notes indonésiennes (1)



Jakarta
Djakarta

Que fait  la princesse héritière de Bali dans une église orthodoxe, pourquoi les Russes préfèrent-ils se confesser aux Indonésiens, et pourquoi l'Orthodoxie est-elle une bénédiction pour l'Indonésie? Ceci et d'autres thèmes sont abordés dans les notes indonésiennes de Père Georges Maximov.
    
La première chose qui m'a frappé à l'atterrissage à Djakarta était de voir combien l'aéroport était sous-développée. Il n'y avait pas de bulletins d'information électronique familiers, il fallait aller vers quelqu'un qui y travaille là-bas et demander à quel tapis roulant,  ils déchargeaient les bagages de tel ou tel vol. Je fus également étonné de la pratique indonésienne de coller de grandes photographies d'eux-mêmes sur leurs fourre-tout et leurs valises, avec leur numéro de téléphone écrit en-dessous, ils sont plus faciles à trouver en cas de perte. Mais quand ces valises avec les portraits de leurs propriétaires se déplacent l'une après l'autre sur le tapis à bagages, cela semble assez drôle.

La ville elle-même est grande, mais en comparaison avec, par exemple, Bangkok, elle ne produit pas une bonne impression.

J'ai eu l'occasion de servir une vigile dans l'église de Saint-Thomas à Djakarta (Eglise Russe Hors Frontières). Le recteur était un Indonésien, Père Boris. Quand je l'ai vu, je pensais qu'il avait à peine plus de 20 ans, et la pensée me traversa l'esprit: "Comment ont-ils pu ordonner un homme aussi jeune?" Il s'est avéré qu'il était âgé de 38 ans en réalité. Les asiatiques ont tendance à sembler plus jeunes que leur âge, mais Père Boris battait tous les records à cet égard.

Inside St. Thomas's Church

À l'intérieur de l'église Saint-Thomas
    
J'ai trouvé l'orthodoxie  indonésienne très touchante, à la fois dans cette église et dans une autre où j'ai officié. Les prêtres, les servants, le chœur et les paroissiens sont tous Indonésiens, la plupart d'anciens musulmans. Nul missionnaire «blanc» n'est venu à eux ou n'a prêché pour eux-ces Indonésiens se sont eux-mêmes convertis, ont prêché aux autres eux-mêmes, ont servi, et ont essayé de mener une vie chrétienne eux-mêmes. La prédication de saint Nicolas du Japon était très bien organisée, de sorte que la plupart du temps il fut le seul missionnaire russe, tandis que des convertis japonais -catéchistes et prêtres- effectuaient les activités de prédication; il les guidait seulement et les mettait sur la bonne voie. C'était magnifiquement organisé. Et en Indonésie, nous voyons quelque chose d'encore plus étonnant: il n'y a pas un seul missionnaire venu de l'extérieur du tout pour diriger et superviser, mais tout est fait par les Indonésiens eux-mêmes.

Parmi les paroissiens, un couple de personnes âgées vient à l'esprit-la princesse héritière de Bali et son époux. Elle s'est convertie à l'Orthodoxie, lorsque son mari était dans le coma et que les médecins ne lui donnaient pas un pronostic favorable. Mais cette grand-mère a commencé à prier avec ferveur pour que le Seigneur, même pour un court laps de temps, lui permette de reprendre conscience, de sorte qu'il serait en mesure de recevoir le baptême et ne pas mourir sans baptême. 

Le Seigneur exauça sa demande et plus encore: non seulement son époux reprit conscience, mais il récupéra complètement. Maintenant, ils vont tous deux à l'église. Quand elle a découvert que j'étais russe, la princesse a partagé avec moi le fait qu'ils allaient aller en pèlerinage en Russie et qu'ils étaient très ravis à ce sujet.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après