"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 6 février 2020

St Vincent de Lérins: La Foi Orthodoxe

St. Vincent de Lérins

Je ne peux m'étonner assez de la folie de certains hommes, de l'impiété de leur compréhension aveugle, de la convoitise de l'erreur, telle que, ne se contentant pas de la règle de foi donnée une fois pour toutes, et reçue depuis les temps anciens, ils cherchent chaque jour une nouveauté après l'autre, et désirent constamment ajouter, changer, enlever, en religion, comme si la doctrine, " Que ce qui a été révélé une fois pour toutes ne suffise plus et soit une règle terrestre et non une règle divine.
Communitorium, Chapitre XXI

Métropolite Onuphre: Il est spirituellement juste de ne critiquer que soi-même

Métropolite Onuphre

Lorsque nous critiquons tout le monde, ce n'est pas de l'amour, c'est de l'orgueil. Et l'orgueil est la racine de tous les péchés.
*
Sa Béatitude le Métropolite Onuphre devrait être nommé homme de l'année

Les croyants doivent vivre avec le Christ, aimer leur prochain et ne critiquer qu'eux-mêmes, et non les autres. Sa Béatitude Onuphre, Métropolite de Kiev et de toute l'Ukraine, a dit cela dans son sermon lors de la Divine Liturgie à l'église de la Nativité du Christ à Kiev le 13 décembre 2019, rapporte le Département de l'information et de l'éducation de l'Église orthodoxe ukrainienne (canonique).

"Nous devons vivre avec le Christ, aimer Dieu avec notre cœur, notre esprit et nos pensées, et aimer notre prochain comme nous-mêmes", a déclaré le Primat de l'Église orthodoxe ukrainienne.

Les chrétiens devraient s'améliorer spirituellement et "se forcer mentalement à aimer Dieu et leur prochain", et ne devraient pas attendre que cet amour apparaisse un jour dans leur cœur, a noté l'archi-pasteur.

Il a également dit que lorsque l'on aime vraiment Dieu, "cela signifie que l'on accomplit ce qu'Il nous a commandé : ne pas voler, ne pas tuer, ne pas tromper, ne pas être jaloux et ne pas s'enorgueillir."

"Si nous gardons les commandements de Dieu, c'est un témoignage de notre amour pour Dieu. Si nous ne le faisons pas, nous pouvons nous frapper la poitrine et dire : "J'aime Dieu", mais ce n'est pas vrai. On n'aime Dieu que lorsqu'on accomplit la loi de Dieu", a souligné le Métropolite Onuphre.

Le Primat de l'Église orthodoxe ukrainienne a déclaré que nous ne devrions pas critiquer notre prochain, mais l'aimer tels qu'il est.

Il est à la mode aujourd'hui de critiquer tout le monde sauf soi-même : "Celui-là est ainsi, l'autre pourrait être meilleur, celui-ci pourrait être encore meilleur..." 

On devrait se dire : "Regarde-toi dans le miroir, qui es-tu pour dire ça ? Je suis le pire, mais je corrige tout le monde. Dieu supporte l'homme, et qui suis-je pour discipliner quelqu'un ? 

Une personne doit se regarder et se critiquer elle-même. C'est spirituellement correct. Lorsque nous critiquons tout le monde, ce n'est pas de l'amour, mais de l'orgueil, qui ne peut être patient, humble, et ne peut respecter personne, sauf lui-même. Et l'orgueil est un péché, c'est la racine de tous les péchés", a souligné le métropolite.

Nous devons vivre dans l'amour, le respect et la patience les uns avec les autres, "alors le Dieu de paix sera avec nous, et nous serons les disciples de la vie éternelle", a conclu Sa Béatitude le Métropolite Onuphre.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 5 février 2020

SOLIDARITE KOSOVO



Des rires, des chants, des larmes, des danses... 
Un convoi sous le signe de la rencontre!


"Les jours se suivent et ne se ressemblent pas", dit le proverbe. C'est vrai aussi pour les convois de Noël de Solidarité Kosovo ! Chaque année, en partant, nos volontaires, même les plus expérimentés, ne peuvent pas savoir comment se déroulera leur semaine. Cette année encore en a été une belle illustration, avec un convoi particulièrement riche en rencontres.


C’est au pied de l’église de Leposavic, au Nord de Mitrovica, dans la partie encore majoritairement serbe, que nous retrouvons le Père Serdjan, responsable du bureau humanitaire de Solidarité Kosovo à Gracanica, accompagné de Milovan et Slavko, que la plupart d’entre nous connaissent déjà. Les sourires sont resplendissants, la joie de se retrouver évidente, les embrassades chaleureuses. On redécouvre le grand rire généreux de Serdjan, les blagues incessantes de Milovan et le sourire plus discret de Slavko. On se demande et on se donne des nouvelles, puis on remonte dans les fourgonnettes, direction Gracanica où nous passons la nuit.

Dès le lendemain matin, nous entrons de plain-pied dans l’esprit de ce convoi. En effet, nous partons directement en Métochie, la moitié Ouest du Kosovo, dont le nom signifie "terre des églises". Habituellement, nous y allons en fin de séjour, avec en point d’orgue une nuit passée dans le magnifique monastère de Visoki Decani, joyau de l’orthodoxie serbe et de la chrétienté.


Le sourire d'un jeune garçon de l'enclave de Banja. 

Cette année, c’est par là que nous commençons : les enclaves de Banja, Suvo Grlo et Crkolez, que nous visitons presque chaque année en raison de leur isolement dans une région où les attaques et menaces sont fréquentes, sont les premières que nous visitons. Nous y retrouvons avec bonheur ces quelques dizaines d’enfants que nous voyons grandir depuis plusieurs années. Tel jeune garçon qui se cachait il y a quelques années dans les jupes de sa mère est aujourd’hui un jeune homme au visage fier et déterminé, qui nous offre un verre de la rakija qu’il a distillée avec son père pour la première fois cette année ; telle jeune fille vue pour la première fois à la fin de l’adolescence vient aujourd’hui aux distributions chercher des vêtements pour son premier enfant qu’elle porte serré contre elle pour le protéger du froid mordant.

À Decani, nous retrouvons le Père Petar, père hôtelier, qui nous accueille comme toujours comme des hôtes de marque.


Nos volontaires dans l'église du monastère de Decani, avec le Père Petar. 

Le lendemain, nous retrouvons les deux enclaves de Orahovac et Velika Hoca, que nous connaissons bien également. Dans cette dernière, nous sommes invités à déjeuner chez le Pope Milenko, qui nous accueille avec son fils, pope lui aussi. Pendant le repas, nous parlons notamment de son ami Peter Handke, grand écrivain élu Prix Nobel de littérature en 2019, grand ami du Kosovo-Métochie et de Velika Hoca en particulier… et qui a depuis son élection été lui aussi interdit de séjour par les autorités du Kosovo.

Ici aussi, nous retrouvons ces enfants tellement attachants, que repartent les bras chargés de cadeaux et les yeux écarquillés.


Un enfant de l'enclave d'Orahovac qui rentre chez lui les bras chargés de cadeaux apportés par nos volontaires passe devant l'une des nombreuses maisons en ruine qu'on peut voir dans ce petit quartier serbe. 

Dans l’après-midi, nous nous rendons — autre nouveauté — dans la région de Prizren, à l’extrême Sud de la Métochie. Depuis des années, Solidarité Kosovo y aide des enclaves et des familles, mais le convoi de Noël n’y passait pas. Cette année, nous y sommes allés : c’est l’occasion de découvrir de nouveaux visages, de serrer de nouvelles mains, de faire naître de nouveaux sourires.

À Prizren même, nous touchons un peu mieux du doigt ce que fut la violence des pogroms antiserbes de mars 2004. En deux jours, les extrémistes albanais ont rasé l’intégralité du quartier serbe de la ville, détruit par le feu toutes les églises de la ville, dont la cathédrale Saint-Georges, siège de l’évêché du Kosovo-Métochie, et chassé tous les Serbes. Aujourd’hui, ils sont une vingtaine à être revenus vivre à Prizren, dans quelques maisons reconstruites dans le quartier serbe et dans une ruelle du centre-ville. L’évêché a été déplacé à Gracanica, bien que la cathédrale soit en cours de reconstruction, sous la protection de la Kfor. Reconstruit également après avoir été intégralement détruit, le séminaire, qui accueille environ 40 élèves, là aussi sous protection permanente.


Convoi de Noël 2019


Nous visitons la cathédrale, magnifique bien que les travaux ne soient pas finis, ainsi que l’église de la Vierge de Levisa, entourée de barbelés et dont l’intérieur est encore presque intégralement noirci par la fumée des pneus enflammés par les extrémistes albanais. Quand la fumée laisse apparaître les fresques pluricentenaires, on constate qu’elles ont été attaquées à coups de pics ou de marteaux…
Le soir, nous dormons au Monastère des Saints-Archanges, à 10 km environ de Prizren, après une soirée mémorable durant laquelle Serdjan, Milovan et Pajo — ami de longue date de l’association, récupéré la veille à Banja — nous ont régalés de chants populaires serbes magnifiques, auxquels nous avons répondu par des chants tirés de nos souvenirs de scoutisme.



Les ruines de l'églises du Monastère des Saints-Archanges, près de Prizren, vues depuis l'hôtellerie. Le monastère a été détruit et reconstruit plusieurs fois, la dernière fois pendant les pogroms antiserbes de 2004. 


Le lendemain, nous allons à Novake, non loin de Prizren : ce village martyr en 1999, puis à nouveau en 2004, a vu quelques familles réinvestir ces ruines qui avaient été leurs maisons. Ils y vivent à une vingtaine de personnes, sur ces terres que la violence de leurs voisins les avait obligés à quitter, travaillant la terre pour survivre (cf. magazine Automne 2019). C’est ce que nous a raconté un des hommes du village, la voix ferme malgré la souffrance et l’angoisse qui ont dû jadis la faire trembler, et peut-être encore aujourd’hui, parfois : "Nous avons décidé de revenir ici, d’où nous n’aurions jamais dû partir : nous avons toujours été ici chez nous et nous serons ici chez nous jusqu’au bout. Et tant pis si ce bout doit être la mort : nous ne partirons plus."



À Novake, quelques familles vivent au milieu des ruines de leur village, attaqué sauvagement en 1999 et en 2004. 

Pour cette première visite à cet héroïque village, nous ne pouvons pas refuser d’entrer dans une maison et de nous asseoir autour de la collation généreusement préparée sur la table. Nous ne pouvons pas refuser de trinquer plusieurs fois à l’amitié neuve, à la vie qui continue malgré tout, à l’avenir que nous construisons ensemble en dépit des tempêtes passées et de celles qui s’annoncent. Alors nous prenons le temps, nous mangeons ce nécessaire dont ils n’hésitent pas à se priver pour nous faire honneur, nous buvons le sang de leur terre. Nous serrons ces mains qui seules peuvent assurer la subsistance de ces corps vieillis par une vie âpre mais portés par des âmes pétries d’espérance et de volonté farouche. Nous embrassons ces hommes dont les yeux — qui ont vu tant de choses terribles, leurs maisons détruites, leurs familles jetées sur les routes, parfois pire encore — se mouillent à l’évocation de l’amitié entre nos deux peuples.


Et alors que nous partons, se déroule cette jolie scène qui fera de cette visite un moment inoubliable : une de nos volontaires s’agenouille, pour lui dire au revoir, devant la petite fille d’un de nos hôtes, petite brune au sourire pétillant. Immédiatement, celle-ci ouvre grand les bras et se jette dans ceux de notre volontaire. Elle restera blottie un long moment dans les bras de cette inconnue venue d’un pays lointain et ne parlant pas sa langue, abandonnée comme savent l’être les enfants ; autour d’elles, on se regarde en souriant, plus émus qu’on ne veut bien le montrer…



Le calin de Novake, sans doute l'image que nous retiendrons le plus longtemps de ce convoi. 


Au moment de monter dans les fourgons, résonne à nouveau cette phrase que les premiers volontaires de Solidarité Kosovo, il y a 15 ans maintenant, entendaient déjà : "Revenez nous voir. Même les mains vides, revenez : ce dont nous avons le plus besoin, c’est de votre amitié. Revenez." Alors l’émotion prend le dessus, et nous nous embrassons tous à nouveau, avec aux lèvres et au cœur une seule promesse : nous reviendrons, amis de Novake !

Autre nouveauté encore : à Strpce — prononcez "Cht(eu)rrrpcé", il n’est pas forcément inutile de le préciser… —, nous sommes accueillis dans une petite pièce qui jouxte une jolie église, et qui est déjà presque pleine d’une vingtaine d’enfants qui nous regardent avec curiosité. Nous les écoutons chanter pour nous plusieurs chansons populaires de la région. Les voix s’affirment peu à peu, les regards s’emplissent de fierté. Les nôtres s’humidifient encore une fois d’entendre ces enfants chanter tour à tour la gloire de leurs ancêtres morts au Champ des Merles, la beauté de leurs monastères ou l’espérance qu’un jour ils pourront vivre ici en paix. Nous apprenons que ces enfants chantent ensemble un peu partout au Kosovo-Métochie, et qu’ils ont, pour pouvoir nous recevoir, chamboulé le programme d’un récital qu’ils iront donner le soir même. Nous leur laissons plusieurs cartons de vêtements et de cadeaux qui seront distribués le lendemain, ainsi que plusieurs guitares, flûtes et percussions qui leur permettront d’accompagner leurs chants. Un volontaire accorde les guitares et leur montre trois accords. Puis nous les voyons s’envoler, nuée de rossignols joyeux, vers le bus qui les mène à leur récital du soir, pendant que nous partageons un verre avec le pope de la paroisse, qui nous fait part de sa fierté devant les progrès accomplis en quelques mois par cette jeune chorale.

Puis nous rentrons à Gracanica. Dans la nuit qui est tombée depuis longtemps — ici, le soleil se couche avant 17 heures —, nous retrouvons l’entrepôt de l’association, où nous travaillons encore un moment pour réorganiser les chargements des fourgonnettes pour les distributions du lendemain.

Au réveil, une autre surprise nous attend : pendant la nuit, les températures sont tombées largement en dessous de zéro. Avec la neige qui tombe par intermittence depuis le premier jour de distributions, ça annonce une journée compliquée. En effet, nous allons aujourd’hui parcourir la région de Novo Brdo : une succession de plusieurs enclaves réparties dans les montagnes à l’Est de Gracanica. Chaque année, cette partie du convoi est celle qui est le plus amenée à changer : les routes dans la région sont en mauvais état, de nombreuses enclaves ne sont joignables que par des chemins de terre défoncés. Avec la neige qui a gelé pendant la nuit, il ne fait aucun doute que certains de ces chemins seront impraticables, en tout cas avec nos fourgonnettes.

Alors que nous partons, Serdjan décroche son téléphone et passe de nombreux coups de fil dans le but d’avoir une idée un peu plus précise de là où on peut aller ou non, et de prévenir les uns et les autres de venir nous attendre à des endroits où nous pouvons nous rendre sans danger. Cette organisation de dernière minute nous permettra de bien remplir la journée malgré l’imprévu. Quand nous ne pouvons nous rendre jusqu’aux maisons, nous déposons des cartons en bas des chemins y menant. Parfois, une vieille voiture dévale le chemin et nous pouvons alors charger le coffre. Ici ou là, deux volontaires montent dans ces vieilles voitures pour aller au moins saluer les familles qui se retrouvent pratiquement isolées jusqu’à ce que la neige fonde : notre présence est aussi importante que ce que nous apportons, ce convoi 2019 nous l’a particulièrement bien montré.



Dans un des nombreux hameaux isolés de l'enclave de Novo Brdo, deux volontaires passent un long moment à montrer à un petit garçon le fonctionnement d'une boite à musique qu'il vient de recevoir. 

Finalement, c’est au terme d’une journée harassante que nous retrouvons notre auberge pour fêter ensemble le passage à la nouvelle année. Une nouvelle soirée à nouveau ponctuée de chants serbes et français (et même bretons !), mais aussi de danse, nos hôtes tenant à nous apprendre les rudiments du Kolo, une tentative qui se finira en éclats de rire, en embrassades et en verres levés à la santé de tous les nouveaux amis rencontrés pendant ces quelques jours.

Le lendemain, nous repartons vers Belgrade, laissant derrière nous ce Kosovo-Métochie que nous aimons tant et des amis très chers. Quelques jours plus tard, nous échangeons nos impressions. Elles sont unanimes, résumées dans ces deux extraits des messages échangés à ce moment-là : "Les sourires, les visages, les voix, les paysages et les regards des petits et grands que nous avons croisés resteront longtemps dans ma mémoire", affirmait une des nouvelles de cette année, pendant qu’un autre, plus expérimenté, déclarait de son côté : "Je reviens de ce convoi encore plus retourné que les années précédentes. J’ai vraiment réalisé l’importance de ce que nous faisons pour ces gens".

C’est effectivement ce qui a fait la beauté de ce convoi en particulier : cette chance que nous avons eue de pouvoir prendre plus de temps à chaque rencontre nous a permis de vraiment réaliser à quel point notre présence est importante pour ces gens qui ont souvent l’impression que le monde entier les oublie.

Grâce à vous, nous avons pu cette année leur montrer que de nombreux Français les gardent dans leurs pensées et leurs prières. Merci encore pour votre générosité et votre soutien, merci de faire de nous vos ambassadeurs, année après année, auprès des Serbes du Kosovo-Métochie !
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L'équipe de "Solidarité Kosovo"

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Père Teofil staretz roumain

mardi 4 février 2020

ARCHIPRÊTRE GABRIEL ROCHELLE: Bénir tout ce qui est beau et lumineux


Lorsque j'enseignai la religion au séminaire, j'ai introduit le concept de bénédiction simplement comme ceci : Les juifs bénissent Dieu pour des choses et les chrétiens bénissent des choses pour Dieu.

Cette approche est, en effet, trop simple et je continuerais à partir de là. La vérité est que nous, les chrétiens, nous bénissons Dieu pour des choses aussi, et le concept général est partagé par les chrétiens, les juifs et les musulmans. Beaucoup de nos prières chrétiennes commencent par Baroukh atah Adonaï [ברוך אתה אדונאי. Béni es-tu Seigneur]

La bénédiction est un devoir majeur pour les prêtres de paroisse orthodoxes à cette époque de l'année. Dans notre pratique, c'est la saison des bénédictions de maison. Celles-ci commencent à la Théophanie, (l'Épiphanie en Occident), lorsque les chrétiens orthodoxes commémorent le baptême de Jésus des mains de Jean le Baptiste. L'Épiphanie en Occident commémore la visite des Rois Mages, mais nous, les orthodoxes, nous incorporons cela à Noël lui-même. Les bénédictions de la maison s'étendent sur plusieurs semaines et se terminent officiellement à la Chandeleur, lorsque nous commémorons le rite de purification de Marie [Mère de Dieu]après l'accouchement - même si, pour de bonnes raisons, nous pouvons les faire un peu plus longtemps.

Nos bénédictions de maison font constamment référence à notre concept selon lequel le Christ, en entrant dans l'eau du Jourdain au moment du baptême, a béni toutes les eaux. Cela s'étend à l'eau que nous utilisons pour bénir les pièces des maisons de notre peuple. C'est aussi la raison pour laquelle nous bénissons les eaux où nous vivons. Lorsque vous vivez dans le désert, ce geste devient particulièrement significatif.

Le patriarche œcuménique de la chrétienté orthodoxe est loué pour son souci de l'environnement. Il a écrit et fait campagne pour un retour à une spiritualité plus terrestre. Le fondement de cette spiritualité est l'interconnexion de toutes choses. Les bénédictions sont un véhicule de cette interconnexion spirituelle.


Chaque année, notre paroisse parraine une bénédiction pour les animaux. Nous recevons beaucoup de chiens. Une année, nous avons eu un cheval miniature et quelques chèvres. La plupart des chats ne sont pas intéressés, mais il arrive qu'ils se présentent. Les prières sont anciennes, et nous situons la fête entre les jours de St Séraphim de Sarov et de St Antoine du Désert, tous deux notés dans la tradition orthodoxe pour leur proximité avec les animaux. Saint Séraphim est souvent représenté avec un ours avec lequel il avait une relation spéciale et sur une icône de Saint Antoine, au Ciel sont représentés des cerfs, des lapins, des grues et d'autres animaux, ainsi que des arbres et des arbustes. Pour changer du schéma habituel, nous demandons aux animaux de bénir Dieu pour leur existence, conformément au Cantique des trois jeunes dans la fournaise ardente 


(Cf. Daniel 3:57-88, 56: [Que toutes les bêtes et tous les animaux bénissent le Seigneur, qu’ils le chantent et le glorifient éternellement !]).


À cette époque de l'année, vient également Tou Bishvat (ט"ו בִּשְׁבָט) une fête juive qui commémore le retour de la fertilité sur la terre d'Israël ; elle est également connue sous le nom de "Nouvelle Année des Arbres". Il n'y a pas de lien théologique avec la Théophanie, mais le lien spirituel nous unit dans la préoccupation pour la terre et tout ce qui s'y trouve.

La bénédiction étend notre conscience dans une large vue. C'est plus une attitude qu'un aspect de la religion. Elle a le potentiel de devenir un mode de vie si vous la prenez au sérieux. La bénédiction est fondée sur la gratitude et est couronnée par l'action de grâces. Une ligne directe relie la bénédiction de mes chiens à ma conscience de la cupidité qui consomme l'environnement avec rage. Une ligne directe relie la bénédiction des pièces d'une maison au souci de la vie domestique en général. Une maison dans laquelle des pièces ont été bénies ne doit pas devenir le théâtre de violences domestiques. Une ligne directe relie la bénédiction des eaux locales à la conscience de l'eau en général, et même à la préciosité de toutes les ressources naturelles.

La bénédiction est un phénomène de grande ampleur. La bénédiction est inclusive. La bénédiction est liée à la vie réelle. Puissiez-vous aussi être bénis.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

A LIRE sur le blog de Maxime!!!





AIDE-TOI, LE CIEL T'AIDERA !
L'autolimitation (самоограничение)
par A. SOLJENITSYNE


L'ULTIME ET VITALE RÉSISTANCE CHRÉTIENNE 
par Le moine Moïse de la Sainte Montagne

Effondrement et renaissance, 
Interview du collapsologue Pablo Servigne


lundi 3 février 2020

Père Gabriel Rochelle: La prière pour les défunts

Père Gabriel Rochelle

Père Gabriel Rochelle est le pasteur de la mission orthodoxe de Saint-Antoine du désert, Las Cruces. Le site web de l'église est http://stanthonylc.org. Vous êtes cordialement invités à visiter l'église.

*

Peu avant notre départ de Pennsylvanie, j'ai demandé à mes proches de venir dîner et de faire un pèlerinage sur la tombe de mes parents, de ma tante et de mon oncle. Quand nous sommes arrivés, j'ai servi une pannikhide, qui est un service de prière pour les défunts. 

Au milieu de ce service, lorsque nous avons nommé ceux que nous commémorons, j'ai demandé aux personnes rassemblées de dire les noms de leurs parents décédés pour les inclure dans la prière. C'était surtout pour les beaux-parents de la famille, et j'ai été surpris par la réponse. Les gens ont dit les noms de leurs parents, frères et sœurs et d'autres membres de la famille, certains en pleurant. Il m'est apparu évident dans les conversations qui ont suivi que, pour certains d'entre eux, c'était la première fois qu'ils mentionnaient ouvertement les personnes qu'ils avaient perdues.

Dans la tradition orthodoxe, ce service de prière est une pratique courante. Les gens demandent à ce qu'il soit célébré le dimanche le plus proche de la date annuelle de décès d'un membre de la famille ou d'un ami. Chaque année, le dimanche de la Saint-Thomas, le dimanche suivant Pâques, les gens affluent vers notre cimetière national du New Jersey pour ce qu'on appelle Radonitsa, le jour de la luminosité, où nous célébrons que la Lumière de Pâques s'étend au-delà de la tombe. Beaucoup se rassembleront encore cette année pour servir la pannikhide sur les tombes de leurs familles.

Aparté important, une note claire dans toute la psychologie du deuil dit que vous devez vous souvenir publiquement des noms des personnes perdues. Il arrive souvent que les gens traitent le deuil de manière tout à fait erronée, comme s'ils devaient cacher le nom de la personne disparue, alors qu'en fait c'est tout le contraire ; vous devriez demander aux gens de se souvenir, utiliser souvent le nom, leur rappeler que vous n'avez pas oublié leur parent, leur enfant ou leur ami. Nos anciennes formes de prière étaient fondées sur la bonne psychologie bien avant que quelqu'un n'invente le concept.

Il y a peut-être des lecteurs qui se trouvent dans des églises où toute notion de prière pour les morts est fustigée. S'il est vrai que la mort physique marque la fin de la possibilité de croissance spirituelle dans cette vie, ceux d'entre nous qui appartiennent à l'Église orthodoxe croient - et savent - que ce n'est pas la fin. 

La main de Dieu, pour ainsi dire, s'étend dans la tombe et au-delà. Nous n'acceptons pas l'enseignement du purgatoire, selon lequel les morts doivent d'une certaine manière réparer les péchés de cette vie. Mais de la même façon, nous ne croyons pas que Dieu nous abandonne simplement parce que nous avons quitté cette vie physique. 

Pourquoi la croissance spirituelle devrait-elle être limitée à cette seule vie ? Si notre capacité à grandir spirituellement dans la foi, l'amour et le service est au cœur de ce que signifie être pleinement humain, alors nous acceptons que le processus se poursuive indéfiniment. Nous prions pour ce mouvement, cette croissance, au nom des autres. Le point est en fait assez simple : L'amour de Dieu s'étend au-delà de cette vie pour agir sur la vie des gens.

Saint Grégoire de Nysse, qui a longuement et profondément réfléchi à ces questions, a écrit que si Dieu est vérité, beauté et bonté, ce sont des réalités qui se déploient ; ce ne sont pas des catégories finies ou difficiles. Ma capacité à voir la beauté se déploie au cours de ma vie, et elle n'est jamais terminée car il y a toujours plus de beauté à comprendre. 

Tout comme le raisonnait Saint Grégoire, notre croissance dans et vers la Présence de Dieu est similaire à notre compréhension de la beauté comme un processus sans fin. Ainsi, nous pouvons toujours grandir plus profondément en Dieu, même au-delà de cette vie, ce qui signifie en même temps que nous pouvons toujours aller plus profondément dans ce que signifie être pleinement humain. C'est la fin, même quand elle n'est pas en vue.

Père Gabriel Rochelle est le pasteur de la mission orthodoxe de Saint-Antoine du désert, Las Cruces. Le site web de l'église est http://stanthonylc.org. Vous êtes cordialement invités à visiter l'église.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


METROPOLITE LUC DE ZAPOROJIYE: SEUL UN HIÉRARQUE QUI A OUBLIÉ L'EVANGILE POURRAIT PROCLAMER AU MONDE SA PRIMAUTÉ

Métropolite Luc:
Photo: spzh. news

Seul un hiérarque qui a oublié l'Evangile et les principes d'amour et de relations qui y sont enseignés pourrait proclamer au monde entier sa primauté, croit Son Eminence le Métropolite Luc de Zaporojye de l'Eglise orthodoxe ukrainienne [canonique].

Lorsque les apôtres ont débattu entre eux pour savoir qui serait le premier, le Seigneur leur a fait honte, en leur enseignant que les premiers seront les derniers, le Métropolite Luc le rappelle dans un récent message sur sa chaîne TélégramChanel.

Le comportement du patriarche Bartholomée de Constantinople ne peut en aucun cas s'inscrire dans le cadre de l'Evangile, déclare-t-il, et "l'église" qu'il a créée en Ukraine n'est rien d'autre qu'une bande d'athées criminels.

Le message complet du Métropolite Luc dit: 

En lisant l'Évangile de Jean (21:1-14) lors de l'office du soir de ce dimanche, j'ai réfléchi une fois de plus au principe essentiel de la structure de notre Église. Il raconte l'apparition du Christ ressuscité aux apôtres sur le Lac de Tibériade. Mais avant cela, il y a une histoire simple sur la façon dont Pierre a décidé d'aller pêcher. Quand il l'a dit, les autres apôtres ont dit qu'ils voulaient l'accompagner. S'ils n'y étaient pas allés, ils n'auraient pas rencontré le Christ là-bas. Mais Pierre ne les a pas forcés à le suivre. Les apôtres ont été inspirés de le faire par leur amour pour Pierre.

L'amour était le principe sur lequel la relation entre les apôtres était construite. La seule fois au cours de la vie terrestre du Christ où ils ont essayé d'établir une hiérarchie en leur sein et de savoir lequel d'entre eux était le premier, le Christ a répondu à ce débat en disant que celui qui veut être le premier doit être le dernier. 

En lavant les pieds de ses disciples lors de la Cène Mystique, le Sauveur a donné l'exemple de la façon dont le Premier doit se comporter. Après cela, toutes les disputes concernant une quelconque primauté parmi les apôtres ont cessé.

Ce principe de relation a déterminé pour toujours la manière dont les successeurs des apôtres devaient se comporter. Tout autre modèle de comportement est, en fait, à la fois contre le Christ et contre l'Église. Seule le hiérarque qui a oublié de quoi parle l'Evangile peut dire au monde entier qu'il est le seul à diriger et que personne n'a le droit de décider quoi que ce soit sans lui. 

Pouvez-vous imaginer comment les apôtres Pierre, André ou Jean se sont comportés ? Pierre aurait-il pu se rendre à l'endroit où les autres apôtres étaient rassemblés et les réprimander pour s'être réunis sans sa permission ? La façon dont se comporte aujourd'hui celui qui se dit patriarche de Constantinople ne s'inscrit plus depuis longtemps dans aucun cadre évangélique.

Ses enfants qui ont adoptés son idéologie se comportent encore plus mal. Imaginez qu'une communauté fondée par l'apôtre Pierre enfonce la porte d'une communauté qui célèbre son culte avec l'apôtre Paul. Ils les mettent à la porte, les battent, les jettent à la rue et s'emparent de leurs locaux. Seuls les persécuteurs de chrétiens peuvent se comporter de cette façon. Par conséquent, ce qui est appelé "église" orthodoxe d'Ukraine - "église" sainte d'Ukraine, en Ukraine devrait, en fait, être appelé groupe criminel organisé dirigé par Tchokalyouk-Doumenko. Ce n'est pas une Église, mais un rassemblement d'athées. Ce groupe criminel organisé se livre à des vols et au banditisme contre les orthodoxes.

Le temps viendra où Dieu mettra tout à sa place. En attendant, c'est leur heure, et la puissance des ténèbres, mais le Soleil de Vérité se lèvera sûrement !

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 2 février 2020

SAINT JEAN DE CHANGHAÏ ÉTAIT-IL « SCHISMATIQUE » ?



Beaucoup a déjà été dit au sujet des tristes événements de la vie ecclésiale du peuple orthodoxe durement éprouvé en Ukraine. Aussi semblait-il que le Patriarcat de Constantinople ait déjà épuisé tous ses arguments pour justifier ses agissements à Kiev. Or, les représentants de Constantinople s'efforcent maintenant de prouver que «les Russes» ont fait dans le passé ce qu'ils font eux-mêmes aujourd'hui. 

C’est ainsi qu’à l'occasion de la fête patronale de la cathédrale orthodoxe grecque de Paris, «Son Éminence, le Métropolite Emmanuel de France (…) a évoqué la question de l’unité à partir de l’exemple de la relation d’une Église schismatique, l’Église orthodoxe russe hors frontières, avec le Patriarcat de Moscou pendant cent ans. L’Église russe n’a pas demandé pas la réordination de ses clercs : « L’union bénie de l’Église orthodoxe russe hors frontières avec le Patriarcat de Moscou a permis la restauration dans l’Église canonique de cette Église et de ses nombreuses âmes. Pendant près d’un siècle, cette Église se trouvait en état de schisme. Les évêques schismatiques ont ordonné d’autres évêques pendant trois ou quatre générations. Mais le moment était venu pour le Patriarcat de Moscou, par une simple signature, sans remettre en cause la succession apostolique de ces évêques et sans aucune hésitation, de les réintégrer en pleine communion au sein de l’Église russe en 2007. En effet, une figure de sainteté, comme saint Jean Maximovitch, qui était né dans le schisme, avait été ordonné évêque par des schismatiques et était mort schismatique, a été reconnu par le Patriarcat de Moscou comme saint et est aujourd’hui honoré comme saint par nous tous ». 

L'auteur des présentes lignes ayant rédigé, avec l'aide de Dieu, la biographie du saint hiérarque Jean et, en outre, participé au IVème Concile clérico-laïc de l'Église hors-frontières en 2006 à San Francisco, lequel s’était prononcé pour l'entrée en communion entre l'Église russe hors-frontières et le Patriarcat de Moscou, il considère de son devoir de rétablir la vérité sur le saint hiérarque et sur le rétablissement de la communion eucharistique entre les deux Églises en 2007. 

1. Avant d'entrer dans le vif du sujet, force est de constater que l'affirmation selon laquelle un schismatique peut être canonisé est pour le moins étrange lorsque l'on sait que, selon les saints Pères, le sang même du martyre ne peut laver le péché du schisme… 

2. Pour ce qui concerne S. Jean Maximovitch lui-même, le futur hiérarque est né à Adamovka, dans le gouvernement de Kharkov de l'Empire russe, sur le territoire de l'Ukraine actuelle. À cette époque, il n'y avait qu'une seule Église de toute la Russie : il n'y avait ni Église russe hors-frontières, pas même de Patriarcat de Moscou, lequel n'a été rétabli, comme on le sait, en 1917… Affirmer que S. Jean «est né dans le schisme» est tout simplement absurde… 

3. Alors, si S. Jean n'est pas «né dans le schisme», a-t-il pour autant «été ordonné évêque par des schismatiques ?» Comme cela est connu, c'est le métropolite Antoine (Khrapovitzky), anciennement de Kiev et de Galicie, primat de l'Église orthodoxe russe hors-frontières, qui a présidé le sacre épiscopal de S. Jean à Belgrade. Aussi, il nous semble nécessaire de définir si l'Église russe hors-frontières était une quelconque organisation semblable au «Patriarcat de Kiev» ou à «l'Église autocéphale ukrainienne», ces deux entités étant maintenant réunies, ou plutôt à demi réunies dans «l'Église orthodoxe d'Ukraine». Tout d’abord, un rappel historique. 

· L'Église orthodoxe russe hors-frontières a été créée en 1920 sur la base de l'oukaze N°362 du saint patriarche Tikhon, du Saint-Synode et du Conseil Suprême de l'Église orthodoxe de Russie, c'est-à-dire l'autorité la plus élevée de l'Église orthodoxe russe. C'est là la première différence entre l'Église hors-frontières et le schisme ukrainien : tous les évêques russes de l'étranger ont reçu un sacre légitime et ont créé leur structure ecclésiale avec la bénédiction du pouvoir ecclésial, alors que Philarète Denissenko ne s’est pas soumis à la hiérarchie et a créé un schisme. En outre, Macaire Maletitch et ses partisans tirent leur «succession» de l'aventurier Vincent (Tchékaline), qui ne peut prétendre avoir reçu un sacre épiscopal : alors qu’il demandait, en 1989, à être reçu dans l’Église russe hors-frontières, prétendant avoir reçu un sacre épiscopal « d’évêques des catacombes », il écrivit lui-même : « La consécration a eu lieu en secret… J’ai un certificat d’ordination en tant que diacre [du Patriarcat de Moscou, qui l’a défroqué], mais je n’ai rien pour confirmer mes rangs sacerdotal et épiscopal ». Le 31 décembre 1989, le Synode de l’Église russe hors-frontières a décidé à son sujet : « Sur la base de l’information présentée par le demandeur… le Synode considère impossible de lui reconnaître le rang de prêtre ou d’évêque ». 

C'est-à-dire que ce ne sont pas les hiérarques de l'Église hors-frontières qui ne disposent pas de la succession apostolique, mais les schismatiques. C'est la première et principale différence. 

· Il est vrai que plus tard, en 1934, le métropolite Serge (Stragorodsky), locum tenens du Trône patriarcal de Moscou, sous une immense pression du pouvoir soviétique, a interdit de célébration le métropolite Antoine (Khrapovitzky) et sept autres évêques de l’Église hors-frontières. Partant de l’opinion que cet interdit n’était pas l’expression de la libre volonté du métropolite, le célèbre canoniste S.V. Troïtzky écrivit alors qu’ « aucune Église orthodoxe n’avait prêté attention à son interdit (i.e. du métropolite Serge) et n’a cessé la communion avec les hiérarques russes de l’étranger ». 

· Il est intéressant d’examiner comment les Patriarcats de Moscou et de Constantinople ont considéré cet interdit. En ce qui concerne le Patriarcat de Moscou, rappelons seulement que le patriarche Alexis Ier, en voyage à Belgrade en 1957, avait célébré un office de pannychide sur la tombe du métropolite Antoine. Eût-il célébré un office sur la tombe d’un schismatique ? Et quelle était l’attitude de Constantinople à l’égard des « schismatiques » hors-frontières jusqu’à un passé récent ? Nous ne citerons que deux exemples parmi de nombreux autres. En 1964, l’évêque du Patriarcat de Constantinople en Australie Denis (Psiakhas) a participé à l’office d’élévation au rang d’évêque de Brisbane de l’archimandrite Philarète (Voznesensky), futur primat de l’Église russe hors-frontières. Dans les années soixante, le futur patriarche Bartholomée, alors diacre et étudiant à Rome, a concélébré la Liturgie dans cette ville avec un évêque de l’Église hors-frontières. Et le plus important : dès le début du séjour du Synode hors-frontières en Yougoslavie en 1921 jusqu’à la signature de l’acte canonique de 1987, l’Église orthodoxe russe hors-frontières se trouvait en communion eucharistique avec l’Église orthodoxe serbe, ce qui est témoigné par le fait que le métropolite du Monténégro Amphiloque, avec la bénédiction du patriarche de Moscou Alexis II, a participé au IVème Concile de la diaspora et a concélébré la Liturgie avec le métropolite Laure à San Franciso, et ce une année avant l’entrée en communion de l’Église hors-frontières et du Patriarcat de Moscou. Cela signifie que l’Église russe hors-frontières a toujours été en communion avec l’Église orthodoxe universelle. Y avait-il quelque chose de semblable avec les schismatiques ukrainiens ? C’est la deuxième différence. 

À ce sujet, il y a une troisième différence : en cas d'interdit (même si celui prononcé par le métropolite Serge avait été légal), l'évêque reste évêque, tandis qu'en cas de déposition – comme cela a été le cas de Philarète Denisenko – l'évêque est privé de la grâce divine, comme le sont toutes ses «ordinations». 

4. Mais il y a encore une quatrième différence, non moins importante. Le métropolite Emmanuel, à l’instar du patriarche de Constantinople, répète sans cesse que leur intention était de faire revenir les schismatiques dans la communion avec l'Église universelle, ce qui eût été louable. Mais il ne faut pas oublier que, selon les saints Pères, le bien qui n'est pas bien fait n'est pas un bien. S. Justin de Tchélié ajoutait encore: «non pas comme chez les Jésuites, chez lesquels la fin justifie les moyens». Il est intéressant à cet égard de rappeler comment a eu lieu la réunification de l'Église russe en 2007 d'une part, et, d'autre part, comment s'est déroulé «le concile de réunification» à Kiev en 2018. 

· Le premier pas important sur la voie de la réunification de l'Église orthodoxe russe a été la convocation du IVème Concile de la diaspora, à San Francisco en 2006. Sur l'insistance du primat de l'Église russe hors-frontières, le métropolite Laure, toutes les tendances devaient être représentées, dont les opposants à la réunification, qui étaient assez nombreux. Pour cette raison, après de longs débats au Concile, les parties ne pouvaient parvenir à une résolution. Constatant l'impasse, un groupe de prêtres chargés de la rédaction du message du Concile se souvinrent du miracle de la sainte grande-martyre Euphémie : les hiérarques orthodoxes et leurs ennemis avaient alors écrit leur confession de foi sur des parchemins séparés et les avaient posés sur les reliques de la sainte. Trois jours après, le patriarche ouvrit le coffre contenant les reliques : la sainte tenait la confession orthodoxe dans sa main droite, tandis que la confession hérétique se trouvait sous ses pieds… Sur cet exemple, au Concile de la diaspora, les prêtres posèrent sur le reliquaire de S. Jean de Changhaï le projet de message, dans lequel les participants du Concile demandaient à la hiérarchie d'entrer en communion avec le Patriarcat de Moscou. En même temps, les prêtres célébrèrent un office d'intercession devant les reliques, en commémorant les noms de chacun des participants au Concile. Le jour suivant, à l'étonnement de tous, le message a été adopté à l'unanimité. 

Ce ne sont donc pas par des efforts et des calculs humains, mais par la Grâce divine qu'est atteinte l'unité de l'Église, lorsqu'elle a été détruite par l'ennemi du genre humain. L'unité est accomplie par l'Esprit Saint Lui-même et non par nous. Le fruit de l'acte canonique de 2007 n'a pas été seulement la réunification de l'Église orthodoxe russe, mais la joie du monde orthodoxe entier et l'unanimité des saintes Églises de Dieu à cette occasion. 

· Contrairement au Concile de la diaspora, «le concile de réunification à Kiev» a rassemblé tous les schismatiques avec seulement deux évêques canoniques, et le résultat a été un simple fiasco : jusqu'à maintenant, la triste situation perdure en Ukraine. Bien plus : le «patriarche d'honneur» Philarète a retiré sa signature du document entérinant la liquidation du «Patriarcat de Kiev» et a rétabli celui-ci, constitué désormais de dix «évêques». Toute cette affaire ne peut être considéré comme un agissement du Saint-Esprit, Lequel «soude toute l'institution ecclésiale», comme il est dit dans l'office de la Pentecôte. Il ne la disperse pas ! À la différence de l'acte canonique de 2007, le «Tomos» a semé le trouble, la discorde, le schisme dans le monde orthodoxe entier, entre les Églises orthodoxes locales et au sein même de celles-ci, comme dans les Églises de Grèce et d’Alexandrie qui, anti-conciliairement, ont reconnu la soi-disant «Église d'Ukraine». On peut donc conclure au sujet du Tomos : «Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?» (Matth. VII, 16). 

Encore une différence : l'Église russe hors-frontières n'a pas persécuté «par le feu et le glaive» ces peu nombreuses communautés qui n'ont pas accepté l'Acte canonique, bien qu'elle pouvait les poursuivre devant les tribunaux pour récupérer les lieux de culte qui lui avaient été soustraits. En Ukraine, par contre, il est connu de tous que, pratiquement chaque jour, la nouvelle «église» s'empare par la violence des lieux de culte de l'Église canonique (tandis que Constantinople et les «démocrates» occidentaux observent un silence assourdissant à ce sujet). 

4. Revenons maintenant à S. Jean de Changhaï, «honoré par nous tous». Quel était son point de vue sur la politique du Trône œcuménique ? Dans son rapport au IIème Concile de la diaspora, en 1938, il protesta vigoureusement contre les agissements néo-papistes de Constantinople, dont certains concernaient l’Église russe, et a prononcé ces paroles malheureusement prophétiques : «… Au vicaire du métropolite Euloge à Paris, ordonné avec l'autorisation du Patriarche œcuménique, est attribué le titre d'évêque de Chersonèse, ville qui se trouve maintenant sur le territoire de la Russie… La prochaine mesure conséquente du Patriarcat œcuménique serait de déclarer toute la Russie sous la juridiction de Constantinople». Force est de constater que ces paroles se sont réalisées en Ukraine. 

5. Il ressort de ce qui précède que le Patriarcat de Moscou est entré en communion avec les hiérarques de l'Église orthodoxe russe hors-frontières, sachant que ceux-ci ont été légalement ordonnés et ne sont pas des schismatiques. Il ne l'a pas fait «par une simple signature» comme l'a fait en revanche Constantinople avec les auto-consacrés, c'est-à-dire sans succession apostolique, ainsi que les «hiérarques» légitimement défroqués en Ukraine. 

6. Au lieu de toutes sortes de justifications, la première des Églises orthodoxes, selon l'expression de S. Jean de Changhaï, avec à sa tête son Patriarche dont l'amoindrissement ne peut en aucun cas être permis, comme le disait le métropolite Antoine (Khrapovitzky), pourrait entendre la voix des nombreux archipasteurs, pasteurs et laïcs de presque toutes les Églises locales, et convoquer un Concile véritablement œcuménique, constitué de tous les hiérarques canoniques de l'Église du Christ. Ce Concile pourrait être, comme l'exprima en son temps le hiérarque de l'Église de Constantinople, l'archevêque d'Eudociade Georges (Wagner), un nouveau Concile «In Trullo» qui unifierait et complèterait les normes ecclésiales. Dans ce cas, ce Concile pourrait, dans le Saint-Esprit, non seulement régler la question ukrainienne, mais éclaircir conciliairement le sens du 28ème canon de Chalcédoine et ainsi définir les droits dont dispose réellement le siège de Constantinople, et quels sont les droits qu'il n'a pas. Alors, comme l'a dit encore S. Jean, «une telle humiliation extérieure [par les Turcs] du hiérarque de la cité de S. Constantin, naguère la capitale de l'oikouméné, n'affaiblirait pas la vénération envers lui parmi les orthodoxes qui sont pleins de respect devant la cathèdre des saints Jean Chrysostome et Grégoire le Théologien». Si, au contraire, les hiérarques constantinopolitains continuent à ignorer ces appels du monde orthodoxe, il risque de se produire ce contre quoi les avait mis en garde S. Justin de Tchélié : « Nous savons… ce qu’il advient de ceux qui ne tiennent pas compte des reproches et des conseils de qui que ce soit. Nous savons tous ce qui s’est produit dans l’ancienne Rome lorsqu’elle cessa d’écouter les conseils et les reproches fraternels de ses frères orthodoxes d’Orient. Ne faisant que lutter pour la primauté, l’honneur et l’autorité sur les autres Églises de Dieu, elle s’est détachée de la Vérité ». Et nous tomberons sous le jugement de ces terribles paroles de l'apôtre Paul : «À cause de vous, le nom de Dieu est blasphémé par les païens» (Rom. II, 24). 

Bernard Le Caro 

Genève, janvier 2020

samedi 1 février 2020

Archiprêtre Michael Gillis: L'orgueil déguisé en confiance


En tant que pasteur, je ressens souvent la tension dans la vie de ceux dont je m'occupe. Et l'une des plus grandes tentations auxquelles je suis confronté est le besoin de résoudre rapidement cette tension en suggérant des remèdes qui ont du sens pour moi. 

Comme beaucoup de gens, j'ai tendance à penser que je sais ce que les autres devraient faire pour résoudre la tension dans leur vie. Les tentations auxquelles je suis confronté sont vraiment communes à nous tous. Les pasteurs sont confrontés aux mêmes tentations que les autres. 

Mais certains d'entre nous, enseignants, conseillers, pasteurs et même parents et amis, sont dans une position de confiance et d'autorité ; et parfois, sur la base de cette confiance et de cette autorité, nous nous leurrons en pensant que nos pensées sur la vie des autres contiennent vraiment le peu de perspicacité qui manque à l'autre et que s'ils suivaient simplement nos conseils, la tension dans leur vie serait résolue. C'est en effet une illusion.

Il est vrai que les enseignants, les pasteurs et les amis apportent souvent un peu de perspicacité ou de sagesse qui nous aide à résoudre nos problèmes et à être en paix avec les diverses circonstances et réalités gênantes de notre vie et de nos relations. Cependant, le danger survient lorsque le conseiller commence à penser qu'il ou elle a nécessairement la sagesse ou la perspicacité dont l'autre a besoin. Lorsque cela se produit, toutes sortes d'enfer se déchaînent - et je le dis bien littéralement. 

La confiance en soi n'est presque toujours qu'un code d'orgueil culturellement acceptable. Et l'orgueil est la carte de visite du Diable. Lorsque nous sommes orgueilleux, nous acceptons l'invitation de l'Imposteur à tromper et à être trompé. Et la plupart du temps, puisque notre culture encourage l'exaltation de soi (que les Pères appellent l'estime de soi), l'orgueil ne nous met pas mal à l'aise - même dans la prière. Nous ne le remarquons même pas. Nous l'appelons confiance.

L'Église, en revanche, nous encourage à renoncer à l'orgueil qui se déguise en confiance. Et nulle part ailleurs cela n'est plus important que dans notre souci d'entraide. Nous ne savons pas ce dont les autres ont besoin, même quand nous pensons que nous le savons vraiment (peut-être surtout à ce moment-là !). Certes, nous avons peut-être une pièce du tableau, une pièce du puzzle, un peu de sagesse ; mais nous ne savons pas vraiment. Les gens sont bien trop compliqués et l'âme (la psyché) peut être à la fois endommagée ou guérie de mille façons que nous ne pouvons pas imaginer. Il faut faire preuve d'humilité. Le silence est préférable. Nous guérissons les autres dix fois mieux avec nos oreilles et notre cœur qu'avec notre bouche.

Cependant, l'amour nous contraint souvent, en fin de compte, à parler. Nous parlons parce que nous aimons, mais nous parlons avec beaucoup de prudence. Nous ne parlons pas en étant sûrs que nous avons la réponse. Nous parlons plutôt avec l'espoir d'avoir un fragment de celle-ci. Nous parlons en sachant que nous ne voyons pas l'ensemble du tableau. Nous parlons en sachant que nos propres sentiments et expériences peuvent nous aveugler sur ce qui se passe réellement. Nous parlons avec humilité, humilité mêlée à l'espoir et à la confiance en Dieu. 

Je ne peux changer personne. Vous ne pouvez changer personne. Mais Dieu peut changer ceux qui veulent être changés. Et parce que Dieu nous aime et nous traite comme des fils et des filles, Il nous laisse souvent participer à son œuvre dans la vie des autres. Nous sommes tous des apprentis. Les enfants commencent tout juste à apprendre. Pourtant, Dieu partage Son labeur avec nous.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 31 janvier 2020

Dr André Dragoulinescou: INFORMATIQUE, QI ET AVENIR DE NOS ENFANTS

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Dans le monde d'aujourd'hui, on accorde de plus en plus d’importance à l'intelligence, à l'accumulation de notions, aux compétences techniques - "celles de l'esprit". Mais là aussi, les spécialistes tirentent un signal d'alarme, renforçant la `` loi spirituelle '' qui, par-dessus tout, en tant que fondement des premières, doit cultiver l'affection, les sentiments, les relations avec les autres - `` ceux du cœur '' ... (R.H.)

Dans son livre "Intelligence émotionnelle", Daniel Goleman a compilé les résultats de décennies de recherche sur l'intelligence, concluant que nous avons une tendance générale à sous-estimer l'importance des compétences sociales et émotionnelles. [1] À long terme, il existe de bien meilleurs prédicteurs que le QI. Le Dr Jane Healy était d'avis que "le fait que ce livre ait été catapulté en tête de liste des best-sellers et y soit resté longtemps prouve que Goleman a touché un point sensible dans la société d'aujourd'hui, sursaturé par l'information." [2 ]

Goleman sonne l'alarme au sujet du déclin dramatique de la «compétence émotionnelle» au cours des deux dernières décennies - ce que certains chercheurs ont appelé «la maladie de la déficience émotionnelle». Aux États-Unis, où la plupart des recherches ont été effectuées, les enfants ont enregistré en moyenne un niveau inférieur de capacités émotionnelles dans le cas de pas moins de 40 indicateurs de bien-être émotionnel et social ((du milieu des années 1970 à la fin des années 1980). Ces résultats sont inquiétants étant donné que Goleman atteste que le QI ne contribue qu'environ 20% au succès financier et personneld’une personne; le reste de 80% dépend fortement des capacités socio-émotionnelles.

Le gâteau

Un exemple étonnant présenté dans le livre de Goleman est une étude à long terme, dans laquelle un groupe d'enfants a d'abord été évalué à l'âge préscolaire, puis, quatorze ans plus tard.

Dans la première étape, ces enfants d'âge préscolaire se sont vu offrir un gâteau et on leur a dit que s'ils s'abstenaient de le manger pendant 15 à 20 minutes, ils recevraient toujours un gâteau de plus. Quatorze ans plus tard, les mêmes enfants ont été réévalués et le fait remarquable suivant a été observé: ceux qui montré la maîtrise de soi et avaient pu se retenir de la satisfaction immédiate de l'appétit étaient maintenant plus stables émotionnellement, mieux vus par les enseignants et plus encore aimé par leurs amis et avaient obtenu de bien meilleurs résultats aux tests nationaux par rapport aux autres enfants qui, il y a quatorze ans, avaient immédiatement mangé le gâteau! [3]

Cette étude et bien d'autres montrent clairement qu'au-delà du QI, il existe des facteurs associés à des capacités mentales efficaces.

Quelle est la cause du déclin de ces compétences, observé ces dernières années partout dans le monde? Daniel Goleman n'hésite pas à le dire dans une interview: «Les enfants passent de plus en plus de temps collés à la télévision ou devant l'ordinateur, loin des autres enfants ou des adultes. Et la plupart des compétences émotionnelles que j'ai mentionnées ne sont pas apprises par elles-mêmes, mais par interaction avec d'autres enfants et adultes. Pour cette raison, l'accent mis sur les ordinateurs m'inquiète, quelle que soit leur utilité. Plus de temps passé devant l'ordinateur et la télévision signifie moins de temps passé avec d'autres personnes. »[4]

De nombreux employeurs des professions techniques ou financières du monde entier commencent depuis de nombreuses années à manifester un intérêt encore plus grand pour «l'intelligence sociale et émotionnelle» que pour les compétences spécialisées des futurs employés. Par exemple, depuis 1997, une étude réalisée en Suisse a montré que les grandes entreprises (bureaux d'études, banques) souhaitaient embaucher des personnes possédant les qualités suivantes: maîtrise de soi, initiative, capacité de concentration, aptitudes à la communication, créativité, capacité au travail d'équipe, flexibilité, honnêteté, plaisir de travailler avec les gens - exactement ces compétences qui sont en déclin aujourd'hui. Dans la liste des qualités exigées par les employeurs, les bonnes notes obtenues à l'école étaient mentionnées en bas de liste, tandis que l'expérience de travail à l'ordinateur n'apparaissait même pas sur la liste! [5]

Le Dr Jane Healy note que «beaucoup d'enfants d'aujourd'hui pensent plus à l'ordinateur qu'à eux-mêmes et à leurs valeurs». Le même chercheur a demandé: «Dans quelle mesure l'utilisation de l'ordinateur affecte-t-ildéfavorablement notre développement social, émotionnel et personnel, y compris les habitudes de vie importantes telles que la motivation, l'attention et la mémoire? Comment pouvons-nous aider nos enfants à développer tous leurs talents et qualités, valeurs, capacité d'introspection, à prendre soin des autres, à développer des compétences de jeu spontanées et leur satisfaction personnelle? »[6]

Développement du cerveau et utilisation de l'ordinateur


Dans notre monde de plus en plus technologiquement avancé nous assistons à une croissance sans précédent de problèmes tels que le trouble déficitaire de l'attention, les comportements antisociaux, la mauvaise motivation, la dépression et les habitudes de travail inefficaces. Tous ces éléments ont leur origine dans les centres émotionnels du cerveau et se forment pendant les années d'enfance.


Cependant, les voies neuronales les plus importantes qui régulent ces comportements ne peuvent pas être développées si nous laissons l'enfant devant l'ordinateur - et nous nous référons ici à l'interaction fréquente et affectueuse avec les gens, au développement de modèles de pensée responsable, ainsi qu'aux exercices physiques. Par exemple, comme le disent de nombreux neurologues, les circuits neuronaux qui régulent le comportement agressif sont très malléables pendant l'enfance, et l'exposition à trop de jeux informatiques violents, ainsi que trop peu d'affection reçue des autres, peuvent nuire aux enfants – qui peuvent devenir, en grandissant, de futurs criminels. [7]

L'un des aspects importants du développement du cerveau des enfants est l'intégration des modes de fonctionnement des différents systèmes cérébraux - par exemple, regarder une feuille de notes de musique, transformer les notes sur papier en notes sur le clavier du piano et ajouter un programme neuromoteur pour permettre aux doigts d'interpréter les notes - tout en écoutant la chanson. Cette intégration cérébrale se développe progressivement, à travers une longue pratique, au fur et à mesure que la personne qui commence à apprendre (à tout âge) organise activement sa matière première sous une nouvelle forme – l’argile en figures, les boîtes dans les nichoirs, les idées en phrases, des impressions, dans une philosophie de vie.

"Les nouvelles technologies amélioreront-elles ou ralentiront-elles ce processus?" - a déclaré le Dr Healy. "Un ordinateur fait trop de cette intégration (par exemple, en combinant des images, des sons, des mouvements), donc l'enfant est juste en train d'expérimenter, plutôt que de se coordonner tout seul, éliminant ainsi un processus actif qui peut s'avérer irremplaçable." [8].

Le même chercheur a observé: «La connaissance stratégique est ce qui différencie les étudiants des autres avec les meilleurs résultats et les adultes qui réussissent dans le monde technique, professionnel et créatif. Mais les jeunes pour lesquels quelqu'un d'autre - un homme ou un ordinateur - a fait, à leur place, tous les processus de réflexion et de résolution de problèmes pratiques ont tendance à avoir une mauvaise connaissance stratégique »[9].

Howard Gardner, professeur renommé de Harvard, a déclaré que si nous voulons vraiment que nos enfants apprennent à être créatifs, nous devons nous concentrer sur des activités qui stimulent l'inventivité et l'ingéniosité, faites avec les parents et les enseignants par les enfants. Si, cependant, l'enfant passe trop de temps devant l'ordinateur - c'est finalement la décision des parents. Le même scientifique, lui-même père, a déclaré: "Tout parent qui pense qu'un ordinateur peut remplacer le parent est tout simplement stupide!"

Le Dr Jane Healy a conclu: «Des compétences telles que la lecture et la réflexion profonde, si elles sont perdues par une génération, peuvent ne pas être acquises par la suivante. L'utilisation des ordinateurs pour améliorer les compétences est une chose; autre chose est de leur permettre de remplacer notre système de valeurs intellectuelles ». [10]

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

NOTES:

Article publié dans FAMILIA ORTODOXĂ [Famille Orthodoxe], numéro 60 (janvier 2014)
[1] Cf. Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, Ed. Robert Laffont 1997,pour l’édition française

[2] Dr Jane Healy, op. cit., p. 174.

[3] Cf. Daniel Goleman, op. cit


[4] Daniel Goleman, dans: John O'Neil, On Emotional intelligence, Conversation with D. Goleman [Sur l'intelligence émotionnelle. conversation avec Daniel Goleman], Educational Leadership, september 1996, p. 11.

[5] Cf. Samuel Halpern, School-to-work, employers and personal values. Education Week [De l'école au travail, employeurs et valeurs personnelles, Semaine de l'éducation], 12 mars 1997, p. 52, ad. Dre Jane Healy, op. cit., p. 175.

[6] Cf. Dr. Jane Healy, op. cit., p. 175.


[7] Cf. Daniel Goleman, Early violence leaves its mark on the brain [La violence précoce laisse sa marque sur le cerveau], New York Times, 3 octobre 1995, p. Dr Jane Healy, op. cit., p. 176.

[8] Dr Jane Healy, op. cit., p. 135-136.

[9] Dr Jane Healy, op. cit., p. 140.

[10] De Jane Healy, op. cit., p. 167.