"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 20 mai 2018

Miracle de St. Ephrem


Comme l'a raconté S. K., une habitante de Kalamata en 2008 :
"J'avais l'impression d'avoir un rhume, mais je ne suis pas allée chez le médecin.

Parce que ma situation est devenue dangereuse, cependant, au lieu de s'améliorer, j'ai finalement décidé d'y aller. Quand j'y suis allée, j'étais très essoufflée, et il a décidé de faire un scanner des poumons. Quand il l'a lu, il a dit qu'il y avait un problème sérieux, et c'est à partir de cet instant que le drame a commencé.

Il l'a envoyé à l'hôpital "Sotiria", où ils ont fait une bronchoscopie et parce qu'ils ont diagnostiqué un cancer du poumon avancé, ils ont immédiatement commencé la chimiothérapie, parce qu'ils ne me donnaient que vingt jours à vivre. Nous devenions fous à l'époque, mais par chance, mon mari m'a immédiatement emmené au monastère de saint Ephrem à Nea Makri, où nous avons vénéré avec foi et respect les reliques du saint, et nous avons supplié la Toute Sainte Mère de Dieu et le saint de me guérir, parce que j'avais aussi une fille handicapée qui avait besoin de moi.

Ce soir-là, nous sommes rentrés chez nous, et le lendemain matin, j'éprouvais un terrible essoufflement et une douleur insupportable dans la poitrine qui avait gagné mon côté. Je suis allée à la salle de bain, sans réveiller mon mari, et je m'appuyai sur les toilettes parce que j'avais tellement mal. Mes yeux sont tombés sur l'eau bénite du monastère de saint Ephrem. Avec difficulté, je me suis fait le signe de la croix et j'en ai bu. 

Immédiatement, j'ai commencé à gémir et à tousser et de ma bouche est sorti quelque chose comme du foie avec du sang autour. Immédiatement aussi, mon essoufflement et ma douleur ont disparu et j'ai respiré avec soulagement. Je pensais avec joie que la grâce du saint enlevait le cancer, et je bus à nouveau l'eau bénite et je me signai. 

Lorsque j'ai fait une autre tomodensitométrie, mon médecin m'a confirmé que, ô  merveille ! le cancer avait effectivement disparu.

Dès lors, je fais les tests occasionnels que mes médecins prescrivent et ils reviennent tous propres. C'est pourquoi je glorifie la Toute Sainte Mère de Dieu et saint Ephrem, qui m'ont si rapidement accordé la santé.

En remerciement, mon mari a construit une petite chapelle à Saint Ephraïm à N. Messenias.

Version française Claude Lopez-Ginisty 
d'après

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ACATHISTE A SAINT EPHREM

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samedi 19 mai 2018

Saint Jean Maximovitch: Le mot anathème et sa signification



Le mot grec "anathème" [ανάθημα] se compose de deux mots : "ana", qui est une préposition indiquant le mouvement vers le haut et "thema", qui signifie une partie séparée de quelque chose. Dans la terminologie militaire, "thema" signifiait un détachement ; dans le gouvernement civil, "thema" signifiait une province. Nous utilisons actuellement le mot "thème", dérivé de "thema", pour désigner un sujet spécifique d'une œuvre écrite et intellectuelle.

"Anathème" signifie littéralement l'élévation de quelque chose de séparé. Dans l'Ancien Testament, cette expression était utilisée à la fois par rapport à ce qui était aliéné par le péché et par rapport à ce qui était dédié à Dieu.

Dans le Nouveau Testament, ce qu'écrit l'Apôtre Paul, il est utilisé une seule fois en conjonction avec "maranatha", ce qui signifie la venue du Seigneur. La combinaison de ces mots signifie la séparation jusqu'à la venue du Seigneur ; en d'autres termes - être livré à Lui (1 Co 16:22).

L'apôtre Paul utilise "anathème" dans un autre lieu sans l'addition de "maranatha" (Gal 1,8-9). Ici, "anathème" est proclamé contre la déformation de l'Évangile du Christ tel qu'il a été prêché par l'Apôtre, quel qu'en soit l'auteur, qu'il s'agisse de l'Apôtre lui-même ou d'un ange du Ciel. Dans cette même expression, il y a aussi implicite : "Que le Seigneur lui-même juge", car qui d'autre peut juger les anges ?

Saint Jean le Théologien dans l'Apocalypse (22:3) dit que dans la Nouvelle Jérusalem il n'y aura pas d'anathème ; ceci peut être compris de deux manières, en donnant au mot anathème les deux significations : 1) il n'y aura pas d'élévation jusqu'au jugement de Dieu, car ce jugement a déjà été accompli ; 2) il n'y aura pas de dévouement spécial à Dieu, car toutes choses seront les choses saintes de Dieu, tout comme la lumière de Dieu éclaire tout le monde (Ap 21:23).

Dans les actes des Conciles et dans le cours ultérieur de l'Église du Nouveau Testament du Christ, le mot "anathème" en est venu à signifier la séparation complète de l'Église. "L'Église catholique et apostolique anathème," "qu'il soit anathème"; "qu'il soit anathème", signifie un retranchement complet de l'Église. Alors que dans les cas de "séparation de la communion de l'Église" et d'autres épitimies ou pénitences imposées à une personne, la personne restait membre de l'Église, même si sa participation à sa vie remplie de Grâce était limitée, ceux qui étaient livrés à l'anathème étaient ainsi complètement arrachés à Elle jusqu'à leur repentir. Réalisant qu'Elle (l'Eglise) est incapable de faire quoi que ce soit pour leur salut, vu leur entêtement et la dureté de leur cœur, l'Eglise terrestre les élève jusqu'au jugement de Dieu.

Ce jugement est miséricordieux pour les pécheurs repentants, mais redoutable pour les ennemis obstinés de Dieu. "C'est une chose effrayante de tomber entre les mains du Dieu vivant... car notre Dieu est un feu consumant" (Hébreux 10:31 ; 12:29).

L'anathème n'est pas la damnation finale : jusqu'à ce que la mort, la repentance est possible. L"Anatheme" n'est pas effrayant parce que l'Église ne souhaite pas le mal à quelqu'un d ou que Dieu cherche sa damnation. Ils désirent que tous soient sauvés. Mais il est effrayant de se tenir devant la présence de Dieu dans l'état de mal endurci : rien ne Lui est caché.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Orthodox Life, 
Holy Trinity Monastery
Jordanville, N.Y.
vol. 27, mars-avril 1977, 
pp. 18-19.

Le courage et la lâcheté


Saint Ambroise de Milan

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Le courage d'un petit nombre 
Est infiniment plus estimable 
Que la lâcheté de la multitude. 
*
Saint Ambroise de Milan 
(lettre 72)

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vendredi 18 mai 2018

Père Andrew Phillips: Trois types de clergé et leurs tentations (3/3-Fin)



Ceux qui sont détachés du monde

Tous les évêques et les prêtres ne doivent pas être du monde. Si nous prenons l'exemple du plus grand saint de la diaspora, saint Jean de Changhaï, nous savons qu'il n'était pas mondain, étant sans aucun attachement aux choses de ce monde. Une telle insouciance peut signifier pour les évêques qu'ils sont irréalistes ou incompétents - c'est pourquoi la plupart des moines ne peuvent être ni prêtres de paroisse, ni évêques. Toutefois, ce n'est pas toujours le cas. C'est parce que ceux qui ne sont pas du monde peuvent déléguer aux bonnes personnes, ce qui est vital. 

S'il s'agit de prêtres mariés, ils peuvent être soutenus par une bonne épouse. Beaucoup de prêtres qui ne sont pas mariés dans le monde dépendent ainsi de leur femme. Le fait de n'être pas du monde semble donc être essentiel et pourtant, la description d'un évêque ou d'un prêtre comme "n'étant pas de ce monde " peut être l'une des pires insultes. Pourquoi ?

C'est parce qu'il y a ceux qui prétendent faussement n'être pas du monde, ceux qui prétendent ne pas être de ce monde, les trompeurs. Ils se transforment en gourous, aux cheveux longs et à la barbe longue, imitant de vrais pasteurs. 

Nous avons vu leurs affectations, qui ne trompent que les novices ou les naïfs. En fait, ces personnes ne sont pas du tout sans attaches avec le monde, mais elles sont attachées à leurs propres personnes. Leur désir et leur capacité ne sont pas de gagner de l'argent ou du pouvoir, dans le sens d'obtenir le pouvoir de l'Église, mais de gagner du pouvoir sur les âmes humaines. 

Parfois, en utilisant le pouvoir de l'hypnotisme pour créer une dépendance envers eux-mêmes, de tels escrocs sont connus sous le nom de faux startsy. Manquant d'expérience spirituelle et donc de discernement, ils veulent contrôler [les âmes des fidèles] et, se trompant eux-mêmes, ils donnent des conseils qui induisent en erreur, ce qui mène à la catastrophe, à la perte de la foi, ou même au suicide.

Conclusion

Bien sûr, la séparation des tendances évoquées ci-dessus est très rare. En réalité, les meilleurs clercs ont des mélanges de ces trois qualités, étant de bons administrateurs, éduqués et non mondains, comme saint Jean. 

Seuls quelques-uns tombent dans les tentations qui excluent ces qualités. Néanmoins, il faut résister aux tentations. Nous avons vu trop de chutes.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
version italienne

jeudi 17 mai 2018

Père Andrew Phillips: Trois types de clergé et leurs tentations (2/3)



L'intellectuel

Chaque évêque et chaque prêtre doit être éduqué. Les Pères de l'Église étaient très instruits. En fait, on pourrait en un sens les appeler des intellectuels. 

Si nous prenons l'exemple du plus grand saint de la diaspora, saint Jean de Changhai, nous savons qu'il était bien éduqué et qu'il a écrit plusieurs ouvrages théologiques. Cependant, sa théologie, comme celle des Pères, a été inspirée par sa prière et non par son cerveau. 

Dans l'Église, le cerveau n'est qu'un outil utilisé pour exprimer le Saint-Esprit, il n'est pas une fin en soi. Il est embarrassant de rencontrer un évêque ou un prêtre qui n'a pas de connaissance de base de l'Église, des offices, de la vie des saints, des Pères et des Saintes Écritures. Cependant, la description d'un évêque ou d'un prêtre comme " juste un intellectuel " peut être l'une des pires insultes. Pourquoi ?

C'est parce que ceux qui se cantonnent à l'intellectualisme, en en faisant une fin en soi, sont inévitablement de mauvais pasteurs, meilleurs avec les livres qu'avec les gens. 

Si les évêques n'aiment pas leurs prêtres et leurs troupeaux, ils les insultent et les condamnent, refusant de passer du temps avec eux ; si les prêtres n'aiment pas leur troupeau, ils se moquent d'eux et les fuient. 

S'ils sont évêques, ils peuvent détruire l'Église, si on leur permet de le faire, en traitant leur troupeau comme une foule. 

Ils n'aiment pas écouter les confessions parce qu'ils n'aiment pas les gens. Beaucoup de ces fiers intellectuels, généralement très vaniteux jusqu'au narcissisme, sont poussés par une idéologie ou une pathologie privée ou bien les deux ; faire de l'Église une idéologie ou une pathologie est toujours fatal parce qu'il s'agit de cesser d'être pasteur, de cesser d'aimer les autres. C'est la mort spirituelle.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
version italienne


mercredi 16 mai 2018

Père Andrew Phillips: Trois types de clergé et leurs tentations (1/3)



Introduction

Au fil des décennies, nous nous rendons compte que nous avons rencontré plusieurs dizaines d'évêques orthodoxes et plusieurs centaines de prêtres orthodoxes, de générations et de nationalités différentes. Parmi eux, nous pouvons commencer à voir trois typologies différentes, trois tendances. Toutes ces choses sont bonnes en soi, mais toutes ont leurs tentations. Qu'est-ce que c'est ?

L'Administrateur

Tout évêque et tout prêtre doit, entre autres, être administrateur. Si nous prenons l'exemple du plus beau saint de la diaspora, saint Jean de Shanghai, nous savons qu'il était un bon administrateur (pas du tout un imbécile pour le Christ, comme certains l'ont imaginé), qu'il passait beaucoup de temps à répondre à des lettres presque tous les jours, à faire face à des difficultés financières et autres, notamment dans ses cathédrales de Shanghai et de San Francisco, et à des questions pastorales, à s'occuper de l'administration. Mais il ne s'est jamais limité à l'administration, devenant bureaucrate, oubliant l'être humain, laissant de côté d'autres qualités nécessaires, ce qui en fait une fin en soi. La description d'un évêque ou d'un prêtre comme " juste un administrateur " ou, dans le jargon d'aujourd'hui, " un gestionnaire efficace ", peut être l'une des pires insultes. Pourquoi ?

C'est parce qu'ils tombent inévitablement dans la double tentation de l'argent et du pouvoir. Ils deviennent fonctionnaires, comme tant de personnes nommées par l'État avant la Révolution en Russie et dans les Églises d'État aujourd'hui, en Grèce et en Roumanie. Leur allégeance est donc plus avec l'État qu'avec l'Église, avec ce monde, et non l'autre monde. Au pire, ceux qui aiment l'argent plus que Dieu deviennent des simoniacs et ceux qui aiment le pouvoir plus que Dieu s'allient à l'appareil d'État national local - comme le fameux "Patriarche de Kiev", Filaret, qui, en tant qu'espion communiste, s'est construit un palais et appelle aujourd'hui au génocide du peuple ukrainien. De tels mercenaires finissent par perdre leur foi, ne croyant en rien du tout - si jamais ils l'ont fait.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
version italienne

lundi 14 mai 2018

Jean-Claude Larchet: Recension: Guillaume Cuchet, « Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement »


Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement, Éditions du Seuil, Paris, 2018, 276 p.
De nombreux auteurs ont constaté, depuis un demi-siècle, la décadence spectaculaire du catholicisme en France et plus largement en Europe et s’en sont inquiété : Louis Bouyer dans La décomposition du catholicisme (1968), Serge Bonnet, À hue et à dia. Les avatars du cléricalisme sous la VeRépublique (1973), Michel de Certeau et Jean-Marie Domenach, Le christianisme éclaté (1974), Paul Vigneron, Une histoire des crises du clergé français contemporain(1976), Jean Delumeau, Le christianisme va-t-il mourir ? (1977), Émile Poulat, L’Ère postchrétienne (1994), Mgr Simon, Vers une France païenne ?(1999), Denis Pelletier, La crise catholique (2002), Daniele Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d’un monde (2003), Yves-Marie Hilaire, Les Églises vont-elle disparaître ? (2004), Denis Pelletier, La crise catholique. Religion, société, politique en France (1965-1978) (2005), Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, Le mystère français (2013), Yvon Tranvouez, La décomposition des chrétientés occidentales (2013).
Dans ce livre – qui détourne le titre du livre de Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, mais pour annoncer l’inversion du processus dont il analysait les commencements – Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris-Est Créteil, spécialisé dans l'histoire du catholicisme, se propose de définir le moment où a commencé cette décadence et de déterminer les raisons de celle-ci. L’un des principaux outils scientifiques qu’il utilise est l’analyse statistique. L’un des critères objectifs qu’il considère, est le taux de pratique dominicale régulière, passée, dans la population française, de 27% en 1952 à 1,8% en 2017. On peut contester ce critère, car, soulignait un article récent de La Croix, on peut être catholique « pratiquant » en ayant d’autres engagements, et il est vrai qu’à défaut d’une telle pratique dominicale, une culture chrétienne peut subsister un certain temps, mais la perte de contact avec la vie liturgique ne peut que l’affaiblir progressivement et la conduire à sa disparition.
Le premier tiers du livre définit l’adhésion au catholicisme telle qu’elle ressort d’une masse de données statistiques établies par le clergé entre 1945 et 1965, et en particulier des statistiques soigneusement et régulièrement établies sur une période plus large (1880-1965) par le chanoine Boulard, sociologue et auteur de quatre volumes de Matériaux pour l’histoire religieuse du peuple français, XIXe-XXe siècle.
Selon G. Cuchet, c’est dans les années 60, plus précisément en 1965, que peut être datée la rupture qui a inauguré le processus de décadence du catholicisme en France. Cette rupture coïncide avec le concile Vatican II, ce qui est paradoxal, car ce concile était conçu, par ceux qui l’ont organisé, comme un aggiornamento devant vivifier le catholicisme confronté au monde moderne. Mais, souligne l’auteur qui a examiné diverses hypothèses, « on ne voit pas quel autre événement aurait pu engendrer une telle réaction. Par sa seule existence, dans la mesure où il rendait soudainement envisageable la réforme des anciennes normes, le concile a suffi à les ébranler, d’autant que la réforme liturgique qui concernait la partie la plus visible de la religion pour le grand nombre, a commencé à s’appliquer dès 1964. »
Dans la deuxième moitié de son livre, l’auteur analyse de manière précise les causes, liées au concile, de la rupture et du processus de décadence qui, globalement, continue de nos jours.
Le concile a engendré une perte de repères chez les fidèles. Le texte concilaire Dignitatis humanae, publié en 1965, sur la liberté religieuse, est apparu « comme une sorte d’autorisation officieuse à s’en remettre désormais à son propre jugement en matière de croyances, de comportements et de pratique, qui contrastait fortement avec le régime antérieur », ce qui suscitait chez le père Louis Bouyer cette remarque chagrine : « Chacun ne croit plus, ne pratique plus que ce qui lui chante. »
Dans le domaine de la piété, note Cruchet, des aspects de la réforme liturgique qui pouvaient paraître secondaires, mais qui ne l’étaient pas du tout sur le plan psychologique et anthropologique, comme l’abandon du latin, la communion dans la main, la relativisation des anciennes obligations, ont joué un rôle important. De même que les critiques de la communion solennelle qui se sont multipliées à partir de 1960 et surtout de 1965, ainsi que la nouvelle pastorale du baptême (à partir de 1966) et du mariage (en 1969-1970), qui avait tendance à hausser le niveau d’accès aux sacrements en exigeant des candidats davantage de préparation et d’investissement personnel.
Dans le domaine des croyances, c’est le fait même du changement de discours qui a compté. La variation de l’enseignement officiel rendait sceptiques les humbles, qui en déduisaient que, si l’institution s’était « trompée » hier en donnant pour immuable ce qui avait cessé de l’être, on ne pouvait pas être assuré qu’il n’en irait pas de même à l’avenir. Toute une série de« vérités » anciennes sont tombées brutalement dans l’oubli, comme si le clergé lui-même avait cessé d’y croire ou ne savait plus qu’en dire, après en avoir si longtemps parlé comme de quelque chose d’essentiel.
Un autre domaine dans lequel la conjoncture a pu déstabiliser les fidèles, note l’auteur, « est celui de l’image de l’Église, de sa structure hiérarchique et du sacerdoce. La “crise catholique” des années 1965-1978 fut d’abord une crise du clergé et des militants catholiques. L’abandon de la soutane (dès 1962) et de l’habit religieux, la politisation (à gauche) du clergé, les départs de prêtres, de religieux et de religieuses, parfois suivis de leur mariage, sont apparus à beaucoup comme une véritable “trahison des clercs”, sans équivalent depuis les “déprêtrisations” de la Révolution, qui a eu les mêmes effets déstabilisants. »
Par ailleurs, « le concile a ouvert la voie à ce qu’on pourrait appeler “une sortie collective de la pratique obligatoire sous peine de péché mortel”, laquelle occupait une place centrale dans l’ancien catholicisme. […] Cette ancienne culture de la pratique obligatoire s’exprimait principalement dans le domaine des “commandements de l’Église” que les enfants apprenaient par cœur au catéchisme et dont il convenait de vérifier, lors de l’ examen de conscience préparatoire à la confession, si on les avait bien respectés », et qui incluaient notamment le devoir de sanctifier les dimanches et jours de fêtes, de confesser ses péchés et de communier au moins une fois par an, de jeûner les vendredi, aux veilles de grandes fêtes et aux périodes carémiques dites des « Quatre Temps ». Toutes ces exigences ont été assouplies, au point de disparaître, sauf la communion qui devenait systématique et se faisait sans aucune préparation, la confession et le jeûne ayant pratiquement disparu. L’assouplissement du jeûne eucharistique s’était cependant accompli en plusieurs étapes préalables: en 1953, Pie XII avait décidé, tout en maintenant l’obligation du jeûne depuis minuit avant la communion, que la prise d’eau ne le romprait plus désormais; en 1957, le motu proprio Sacram communionem réduisait le jeûne à trois heures pour la nourriture solide et une heure pour les liquides ; en 1964, Paul VI décréta qu’il suffirait dorénavant d’une heure dans les deux cas, ce qui signifiant concrètement la disparition du jeûne eucharistique, puisqu’une heure est le temps de déplacement jusqu’à l’église et le temps de la messe qui précède la communion.
Pendant cette période conciliaire et post-conciliaire, « il est frappant, note l’auteur, de voir à quel point le clergé a désinstallé volontairement l’ancien système de normes qu’il s’était donné tant de mal à mettre en place », créant inévitablement dans le peuple le sentiment qu’on lui « changeait la religion », et provoquant, dans une partie de celui-ci, une impression de relativisme généralisé.
L’auteur consacre deux chapitres entiers à des causes de décadence qui lui paraissent fondamentales: la crise du sacrement de pénitence et la crise de la prédication des fins dernières.
1) Selon G. Cuchet, « la crise de la confession est un des aspects les plus révélateurs et les plus saisissants de la “crise catholique” des années 1965-1978. » « La chute de la confession constitue en soi un fait sociologique et spirituel majeur dont il est probable qu’historiens et sociologues n’ont pas pris toute la mesure. Rien moins, en somme, que la foudroyante mutation par abandon massif, en l’espace de quelques années seulement, d’une pratique qui a profondément façonné les mentalités catholiques dans la longue durée. » En 1952, 51% des adultes catholiques déclaraient se confesser au moins une fois par an (à Pâques comme il était d’obligation depuis le canon 21 du concile Latran IV de 1215); en 1974, ils n’étaient plus que 29%, et en 1983, 14%. Selon l’auteur, le point de rupture se situe vers 1965-1966, quand la confession a cessé d’être présentée comme le « sacrement de pénitence » pour être présentée comme le « sacrement de réconciliation ». Cela allait de pair:
— avec la fin de la « pratique obligatoire » déjà évoquée, et avec une dépénalisation de l’abstention de la pratique religieuse, considérée auparavant comme un péché parce qu’en rupture avec les commandements de l’Église présentés comme des devoirs impérieux dont il fallait s’acquitter;
— avec une perte du sens du péché dans la conscience de beaucoup de fidèles, mais aussi chez les clercs qui craignaient désormais d’évoquer cette notion, tout comme celle des fins dernières. L’auteur note à ce propos : « Le clergé a cessé assez brutalement de parler de tous ces sujets délicats, comme s’il avait arrêté d’y croire lui-même, en même temps que triomphait dans le discours une vision de Dieu de type rousseauiste : le « Dieu Amour » (et non plus seulement « d’amour ») des années 1960-1970. » « “Les curés ont goudronné la route du ciel”, résumait, au début des années 1970, une vieille paysanne bretonne dans un entretien avec le sociologue Fanch Élégoët. Jadis étroite et escarpée, c’était désormais une autoroute empruntée par tout le monde, ou presque. Moyennant quoi, s’il n’y avait plus de péché ni d’enfer, du moins de péché un peu sérieux susceptible de vous priver du ciel, l’utilité de la confession, dans sa définition traditionnelle, était effectivement moins évidente »;
— avec une déconnexion entre confession et communion. « Dans l’ancien système, on se confessait plus qu’on ne communiait et la confession était d’abord perçue comme une sorte de rituel de purification conditionnant l’accès à l’eucharistie ». Le développement de la communion fréquente, accompagné de la perte du sens du péché, et l’idée d’une partie du clergé, influencé par la psychanalyse, selon laquelle il fallait déculpabiliser les fidèles et les « libérer du confessionnal », a eu pour effet que les fidèles étaient désormais invités à communier sans avoir à se confesser. La communion s’est alors banalisée, tandis que la possibilité même de se confesser n’existait pratiquement plus, les confessions individuelles régulières étant remplacées, à partir de 1974, par des « cérémonies pénitentielles » célébrées une fois par an, avant Pâques ; dans ces rassemblements, les fidèles ne confessaient plus rien (l’auteur les qualifie de « formes de pénitence sans confession ») mais recevaient une absolution collective après avoir écouté un vague discours où la notion de péché était le plus souvent contournée. Et lorsque la possibilité de ses confesser subsistait dans certaines paroisses ou était par la suite restaurée, « les fidèles ne savaient plus très bien comment se confesser , ni même s’il était toujours utile de le faire ».
2) Le dernier chapitre est consacré à une cause de décadence qui paraît également fondamentale à l’auteur: la crise de la prédication des « fins dernières », l’auteur se demandant, dans le titre du chapitre, si cela ne signifie pas au fond « la fin du salut ». L’auteur note que dans les anciens catéchismes et les traités de théologie, une place importante était accordée à la mort, au jugement, et aux deux destinations finales de l’au-delà, l’enfer et le paradis. Inquiets, dès le mois de décembre 1966, de les voir disparaître de l’enseignement et de la prédication, les évêques de France, notaient: « Le péché originel […], ainsi que les fins dernières et le Jugement, sont des points de la doctrine catholique directement liés au salut en Jésus-Christ et dont la présentation aux fidèles fait effectivement difficulté à beaucoup de prêtres chargés de les enseigner. On se tait faute de savoir comment en parler. » Peu de temps avant, le cardinal Ottaviani, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait constaté que le péché originel avait à peu près totalement disparu de la prédication courante. G. Cuchet remarque qu’il ne s’agissait pas seulement d’un problème de présentation du dogme, d’ordre pastoral et pédagogique, mais qu’ « en réalité, il s’agissait bien d’un problème de foi et de doctrine, et d’un malaise partagé entre le clergé et les fidèles. Tout se passait en fait comme si, assez soudainement, au terme de tout un travail de préparation souterrain, des pans entiers de l’ancienne doctrine considérés jusque-là comme essentiels, tels le jugement, l’enfer, le purgatoire, le démon, étaient devenus incroyables pour les fidèles et impensables pour les théologiens. » L’auteur situe cette crise (bien qu’elle ait depuis un certain temps connu des signes avant-coureurs) dans les années 60, tout comme la crise de la confession, en remarquant qu’elle a un rapport étroit avec celle-ci : « L’effondrement de la pratique de la confession obéit à une chronologie identique, en particulier la quasi-disparition en quelques années, voire en quelques mois, du groupe si consistant autrefois de ceux qui se confessaient fréquemment. Le rapport est direct, s’il n’est pas exclusif, avec l’effacement de la notion de péché mortel (au sens de péché susceptible de vous valoir la damnation). » Mais cela avait aussi des incidences sur d’autres sacrement liés aux « fins dernières ». Dans le nouveau rituel du baptême, les exorcismes étaient considérablement réduits (car il ne paraissait pas souhaitable d’insister sur le rôle de Satan auquel une partie du clergé ne croyait plus et qui semblait appartenir à une mythologie dont il fallait libérer les fidèles jugés naïfs); il y avait aussi « une nette sourdine mise sur le péché originel, dont [le baptême] était censé délivrer pour assurer la vie éternelle ».
En ce qui concerne le baptême toujours, une autre réforme allait engendrer la désaffection de beaucoup de fidèles: à partir de décembre 1965, « une nouvelle pastorale du baptême, dont le souci prioritaire était jusque-là de faire baptiser les enfants le plus tôt possible, tend au contraire à en retarder l’échéance, de manière à impliquer davantage les parents dans la préparation ». Il faudrait ajouter qu’un certain nombre de clercs allaient jusqu’à décourager le baptême des enfants, au prétexte qu’il doit s’agir d’un acte libre, volontaire et pleinement conscient, et préconisaient d’attendre le moment de l’adolescence pour le proposer.
La conception même des conditions du salut s’est trouvée modifiée par tous ces facteurs. « L’ancienne ecclésiologie concentrique, avec ses cercles de probabilité décroissante du salut, n’était plus du tout de mise. Vatican II a été, de ce point de vue, le théâtre d’une sorte de nuit du 4 août dans l’au-delà qui a mis fin aux privilèges des catholiques quant au salut. Désormais, l’Église ne se concevrait plus que comme l’instrument d’un salut pour tous, sans discrimination ni privilège, même si les fidèles qu’on avait formés jusque-là dans une tout autre théologie risquaient de s’en trouver un peu déstabilisés et de s’interroger, dans ces conditions, sur les bénéfices réels de l’affiliation. »
Approchant de sa conclusion, l’auteur souligne encore les effets catastrophiques de la crise des années 60 sur la conscience dogmatique des fidèles, qui s’est en quelque sorte protestantisée: « La consécration de la liberté de conscience par le concile a souvent été interprétée dans l’Église, de manière imprévue au départ, comme une liberté nouvelle de la conscience catholique, l’autorisant implicitement à faire le tri dans les dogmes et les pratiques d’obligation. La notion même de dogme (comme croyance obligeant en conscience) est alors devenue problématique. Cette décision majeure du concile, couplée à la notion de “hiérarchie” des vérités, paraît avoir fonctionné dans l’esprit de beaucoup comme une sorte de dépénalisation officielle du “bricolage croyant” qui contrastait grandement avec le régime antérieur, où les vérités de la foi étaient à prendre en bloc et sans droit d’inventaire. Il était à prévoir que les plus désagréables d’entre elles, ou les plus contre-intuitives pour le sens commun, en feraient les frais, ce qui n’a pas manqué en effet de se produire. »
Quels que soient les facteurs externes qui aient pu jouer dans l’effondrement du catholicisme (la mentalité moderne, la pression sociale, etc…), les facteurs internes paraissent déterminants à l’auteur de ce livre.
Le catholicisme lui-même porte une lourde responsabilité dans la déchristianisation de la France (et plus largement de l’Europe, car une analyse faite pour d’autres pays aboutirait à des conclusion identiques). L’aggiornmento réalisé par le concile Vatican II qui se proposait d’affronter les défis du monde moderne, n’a fait que s’accommoder à celui-ci. Pensant l’attirer, il s’est mis à sa remorque. Voulant se faire entendre de son siècle, le catholicisme s’est sécularisé. Craignant d’affirmer son identité, il s’est relativisé, au point qu’un grand nombre de fidèles ne trouvaient plus en lui les repères auxquels il étaient habitués ou qu’ils attendaient, et ne voyaient plus l’intérêt d’aller chercher en lui ce que le monde leur offrait déjà de manière moins contournée.
Les autorités catholiques cherchent à minimiser l’effondrement que décrit ce livre par divers arguments (un grand nombre de français restent catholiques et font baptiser leurs enfants; la pratique religieuse se mesure à d’autres engagements que l’assistance à la messe; la qualité a remplacé la quantité, etc.). Mais elles peinent à convaincre. Jean-Paul II est souvent présenté comme ayant opéré un redressement par rapport aux excès qui ont suivi le concile Vatican II, mais on doit constater que la pratique dominicale est passée en France de 14% au moment de son élection à 5% au moment de son décès en 2005. S’il est vrai que des communautés vivantes existant dans les villes peuvent faire illusion (comme pouvaient faire illusion les rares églises ouvertes sous la période communiste dans les pays de l’Est, bondées en raison de la fermeture des autres), de même que les rassemblement spectaculaires de jeunes lors des JMJ, les campagnes françaises montrent la réalité d’une désertification dramatique: multiplication des églises désaffectées (c’est-à-dire ne servant plus concrètement de lieu de culte), prêtres ayant la charge de 20, voire 30 paroisses, célébrant chaque dimanche une messe « régionale » pour un petit groupe de fidèles en majorité âgés et venus parfois de plusieurs dizaines de kilomètres, disparition des enterrements célébrés par des prêtres faute de célébrants disponibles, absence de contacts entre les prêtres et les fidèles en raison de leur éloignement mutuel et de l’indisponibilité des premiers, plus occupés par des réunions que par les visites pastorales…
La triste évolution de l’Église catholique post-conciliaire telle qu’elle est décrite dans le livre de G. Cuchet, devrait servir de mise en garde aux prélats orthodoxes qui ont rêvé et rêvent encore de convoquer pour l’Église orthodoxe un « grand concile » semblable à celui par lequel l’Église catholique a voulu faire son aggiornamento, mais qui a eu comme principal effet de provoquer son délitement interne et l’hémorragie dramatique d’un grand nombre de ses fidèles.
Jean-Claude Larchet

dimanche 13 mai 2018

Père Barnabas Powell: Jésus nous enseigne à aimer toutes les races


Pour les chrétiens orthodoxes, l'Évangile de [...] dimanche [dernier] parle d'une Samaritaine qui va chercher de l'eau dans un puits. Là, elle rencontre le Christ, Qui lui offre l'Eau Vivante de l'Esprit.

Ce passage est lu pendant la saison pascale -- les 40 jours de Pâques à l'Ascension -- parce que Pâques était historiquement l'époque où les baptêmes étaient faits, de sorte que les nouveaux convertis venaient d'avoir leur propre rencontre personnelle avec le Christ dans les eaux curatives de ce mystère.

En plus de ce thème, je penserai à un autre quand il s'agit du dimanche de la Samaritaine : celui de l'animosité raciale et de la réconciliation.

Pour les Juifs tels que le Christ, les Samaritains étaient à bien des égards pires que les païens (le sentiment était certainement réciproque). Les autres peuples environnants étaient suffisamment différents pour être considérés comme incapables de mieux connaître la Loi, mais les Samaritains et leurs prétentions d'être les seuls et authentiques gardiens de la loi touchaient de très près les Juifs.

Rien ne nous ennuie et nous dérange autant que ceux qui sont si semblables à nous que leurs différences reflètent notre propre identité. Quand on est séparés, ce que vous faites vous concerne. Mais remplacez la séparation par l'intégration, et soudain je me vois reflété en vous, ce qui peut être inconfortable.

La conversion de la Samaritaine, et celle de son village, est donc plus que la conversion de quelques "étrangers" aléatoires. Elle offre un aperçu de la réconciliation - un processus où les différences ne sont pas abolies, mais où les divisions qui peuvent en résulter sont surmontées.

Révérend Moses Berry, 
Photo : monomakhos.com

C'est un message puissant et parfois perdu de l'Evangile. J'ai été récemment renouvelé en l'appréciant par une retraite à laquelle j'ai assisté présidée par le Révérend Moses Berry, un prêtre afro-américain de l'Église orthodoxe en Amérique.

Conférencier dynamique avec une incroyable histoire de conversion, Père Moses sert une paroisse qu'il a fondée sur les terres agricoles du Missouri que sa famille possède depuis 1871, peu de temps après avoir été libéré de l'esclavage. C'est là qu'il a également créé le Musée d'histoire afro-américaine d'Ozarks, composé en grande partie d'objets de famille, dont beaucoup lui appartiennent.

Le plus étonnant pour moi était la manille en fer, avec des boules et des chaînes, que son arrière-grand-père a été forcé de porter en tant qu'esclave en transit. À mon grand étonnement, en parlant de cet artefact, Père Moses l'a mis pour montrer comment il était porté.

Jamais dans ma vie l'impact du passé d'esclavagiste de l'Amérique n'est devenu aussi réel pour moi que lorsque j'ai vu un prêtre afro-américain orthodoxe, vêtu d'une tenue cléricale, enfiler les fers d'esclave de son ancêtre. Et jamais ma soif de réconciliation en Christ n'a été aussi forte.

Ce qui a aussi rendu la présentation de Père Moses percutante, c'est l'absence de condamnation ou de culpabilisation des gens de ma "couleur". C'était un frère qui parlait à ses autres frères en Christ.

Je prie pour Père Moses et son ministère, pour que Dieu élève les autres de sa communauté pour qu'ils deviennent membres du clergé dans son église. Et je prie qu'en Christ, nous ne fassions qu'un.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après 

samedi 12 mai 2018

Sur le Lorgnette de Tsargrad





Ce texte est la traduction française d’un long entretien avec Geronda Joseph de Vatopedi, fils spirituel du saint Geronda Joseph l’Hésychaste, et père spirituel de la Communauté de Vatopedi, accordé à des pèlerins et enregistré en juillet 1987, et ensuite publié dans les pages anglaises du site Pemptousia (lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi) le 14 décembre 2016. Geronda Joseph y parle du pourquoi et du comment de la Création, de la Trinité, du Verbe de Dieu, de la télépathie, de la femme.


Pourquoi ne pouvons-nous suivre de notre propre chef la voie du sacrifice, alors que le Christ le fit?

Geronda: Il le fit de Son propre chef parce qu’Il était réellement Dieu, le Verbe incarné de Dieu. La personne que nous voyons, c’est l’homme Jésus. Mais l’homme Jésus avait aussi en Lui Jésus le Verbe et Dieu. Étant à la fois Dieu et homme, la grâce divine résidait en Lui. Celui Qui est le Seigneur de Vie est l’un d’entre nous, Il est la tête de notre corps. Nous sommes revêtus de Lui. Tous ceux qui ont été baptisés en Christ ont été revêtus de Lui. Nous avons été ‘habillés’ en Lui par le baptême et nous le portons en recevant chaque jour les Saints Mystères. Il partage le même corps et le même sang que nous. Il n’est pas quelque part ailleurs, loin, ce qui nous obligerait à l’appeler pour qu’Il se mette en route et vienne à nous. Il est déjà en nous. Nous invoquons l’aide de Sa grâce: «Nous pouvons surmonter toute chose en Christ car Il nous donne la force de le faire», comme nous dit Saint Paul. Mais je dirais qu’il s’agit là d’un fondement. C’est une base et satan va essayer de vous menacer dans les moments difficiles. Ne vous découragez pas, car toutes ses menaces sont vaines. «Celui Qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde».



Le Fils S’est offert en rançon pour les péchés du monde. Mais à qui en fait? Le Père ne veut pas cela car Il aime le Fils. A qui S’est-Il donc offert?

Geronda: Non, fils, où es-tu allé chercher cela? Il ne s’est pas offert en rançon, et il n’y a pas de différence entre le Père et le Fils, pas de différence en matière de volonté entre les personnes de la Sainte Trinité. Ce que veut le Père, le Fils le veut aussi. Même s’il s’agit de personnes auto-suffisantes, il n’existe pas de différence de volonté ou d’avis. Une est la nature, mais trois sont les personnes, auto-suffisantes. Mais toutes ont un même avis. Le salut du monde fut opéré «par la bonne volonté du Père, la kénose du Verbe et la synergie du Saint Esprit». Le Verbe de Dieu n’était au service de personne. Mû par un grand amour, Il devint «re-créateur», ayant été auparavant déjà le créateur. Et il y a encore une autre raison. Le Verbe de Dieu prit sur Lui une autre nature, de manière à ce que la capacité des trois personnes demeure intacte; le Père doit rester Père pour toujours, le Fils doit rester pour toujours le Fils, et l’Esprit Saint, pour toujours le Consolateur. Pour cela, il fut nécessaire que cette Personne, qui était Fils de Dieu, s’incarnât et devienne Fils de l’Homme. En rien cela ne fut une manifestation de soumission, ni le paiement d’une rançon. Contrairement à ce qu’affirment Catholiques et Protestants. Il était mû par l’amour et seulement par l’amour. Tout comme il était mû par l’amour quand il créa toutes choses de manière à transmettre Son amour à Ses créatures, et non par nécessité, comme le croyaient les anciens Grecs. Le Verbe de Dieu est le moyen parle lequel la création fut réalisée. Ainsi, «lorsque les temps furent accomplis», ce Verbe vint, comme le voulait le Roi des siècles, et se dépouilla Lui-même [Phil.2,7. N.d.T.], sans avoir reçu aucun commandement, et non pour devenir sacrifice, mais mû exclusivement par l’amour. Le Père et l’Esprit Saint participèrent au même amour. Il plut au Père que le Fils se fît chair. Le Verbe de Dieu était toujours dans le sein du Père. Si nous décrivons le Père comme le ‘noûs’, toujours Il eut le Verbe. Jamais le ‘noûs’ ne fut sans le Verbe. Et en même temps, le Verbe existait de toute éternité. Il se trouvait dans la quiétude sans limite de la majesté divine. Lorsque Dieu voulut créer, le Verbe fut son levier de création, «Car il a commandé, et ils ont été créés» [Ps 148,5].



Mais en même temps, le Verbe apparut avec les choses créées, alors qu’Il avait été invisible jusque là. «Toutes choses ont été faites par Lui», dit Jean, «et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans Lui». Lorsque pour Lui vint l’heure de revenir, afin de rétablir la création qui s’était révoltée, le Verbe Lui-même apparut et «se dépouilla». Que signifie ce verbe ‘se dépouiller’? Il se contracta, afin de pouvoir approcher la création, comme le dit Abba Isaac dans un merveilleux propos. Il s’humilia et se contracta afin que la création ne disparût pas lors de Son apparition, et qu’Il puisse s’entretenir avec elle. Avec plus de profondeur, on peut dire: afin qu’Il puisse prendre la création sur Lui et lui transmettre la sanctification hypostatique. A travers la nature humaine, Il revêtit le monde créé et apporta à celui-ci toutes les Énergies Divines de Sa grâce, afin de la sanctifier hypostatiquement. Pas par nécessité. Il n’est donc pas une victime.

Abordons maintenant un autre point. Dans l’Évangile, il est écrit que lorsque les 70 disciples revinrent de leur tournée de prédication, ils dirent joyeusement au Seigneur: «Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom». Et le Christ répondit: «Je voyais satan tomber du ciel comme un éclair». Naturellement, nous devons adapter cela. Cela aurait dû être formulé autrement. Mais notre Jésus était sobre et humble de cœur, et il évitait toujours de Se mettre en valeur. Mais Il aurait pu dire «Celui dont vous dites qu’il vous était soumis en mon nom, c’est celui que J’ai jeté en bas du ciel et J’étais présent quand il en est tombé comme un éclair». Mais notre Seigneur évitais le mot ‘je’. Venons-en maintenant à un niveau théologique plus profond, expliquant pourquoi la chute se produisit. Selon le Seigneur, la chute se produisit comme un éclair, dans une fulguration. En un éclair, les milliards d’anges déchus subirent deux transfigurations. Tout d’abord, Dieu leur retira l’illumination, la dignité et la perfection dont ils jouissaient; et en même temps, Il changea leur forme. Selon les Pères, les rangs de Lucifer étaient les plus beaux. En une fulguration, Il les renversa, leur retira leur sainteté, leur lumière et il altéra leur forme.


Venons-en à la seconde forme de révélation. Comme l’a dit le Seigneur, nous attendons «la résurrection des morts et la vie du siècle à venir». Comment notre Église décrit-elle la question de la régénération de la Seconde Parousie? Ne dit-elle pas que la venue du Verbe de Dieu sera «comme un éclair venu de l’Orient et visible jusqu’à l’Occident» et que dans ce même instant, tous se lèveront et se présenteront devant Lui?
Il n’est pas correct d’admettre toutes les théories du premier quidam venu ; nous ne voulons pas d’informations, nous voulons des preuves. Nous croyons en un Dieu vrai, pas un dieu abstrait, avec Qui nous sommes unis hypostatiquement, à travers Sa kénose volontaire. Et voyez la sanctification. Mais n’oubliez pas que satan est là, lui aussi, et il lutte. Souvenez-vous de l’esclave du temps des Apôtres, qui «avait un esprit de python» (Actes 16,16), devinait et prédisait les événements. Comment satan prédit-il? Il existe, c’est un phénomène surnaturel et il a des pouvoirs surnaturels à cause du raffinement de sa nature et de ses mouvements. Il se meut comme le ‘noûs’. Imaginez ce que peuvent être les mouvements de notre ‘noûs’. Vous êtes ici, maintenant. Vous pensez à New York, à Londres, ou à votre lieu de naissance. Combien de fraction de secondes furent nécessaires pour y penser? Voilà comment les anges et les démons se déplacent. Les hommes et les anges voient par participation à la grâce du Saint Esprit, comme Dieu voit. Les démons, en tant qu’esprits, «spéculent». Au cours du nombre immense d’années de leur vie, ils ont acquis maintes expériences. Ils voient par exemple quelqu’un qui se met en chemin à Londres pour venir ici. Si je les connaissais, je pourrait voir cet homme venant ici, comme dans un rêve. Ils me le montreraient. Ils le voient préparer sa valise, son passeport… Ils se déplacent dans l’instant. Et il existe également d’autres symboles dans la création qui les assistent. Voici de quoi il s’agit. Ici dans la société, on a la police, l’armée, différentes autorités, et l’ordre existe. Et nous voyons et nous comprenons, par exemple, en fonction de leurs uniformes respectifs, qui appartient à la marine, aux forces aériennes, etc. Dans le même ordre d’idée, les démons peuvent identifier ceux qui sont marqués pour le salut. Saint Paul a dit: «Dieu nous a élus avant la fondation du monde» [Eph.1,4 N.d.T.]. Donc, ceux qui seront sauvés portent les symboles de la grâce de Dieu et les démons, en tant qu’esprits, voient et comprennent cel


Saint Théodore Tiron

Dans la vie de Saint Théodore Tiron, pendant qu’il souffrait le martyre, les démons étaient fouettés et ils criaient «Ne savions-nous pas qu’il nous brûlerait? N’avons-nous pas vu dès sa naissance qui il deviendrait?» Dès sa naissance, il portait les signes et ils savaient qu’il deviendrait un homme de Dieu. De ce point de vue, il ne s’agit pas d’une prophétie. Ils n’ont pas le don de prophétie car ils ont perdu la grâce et sont devenus sombres et ténébreux. Mais à cause de leur faculté de déplacement subtile, de leur expérience, et de leur proximité avec les anges, qui les fréquentent, ils comprennent. La création toute entière est soutenue par les anges. Les anges maintiennent l’harmonie dans la création, instruits par les ordres de Dieu. Les démons observent les anges et tirent leurs conclusions. Dieu va intervenir ici, ou là, il va y avoir un tremblement de terre. Quand Dieu ordonne aux anges gardiens de partir, les démons voient que quelque chose se prépare. Ils le savent en fonction des expériences passées. Et ils disent les mêmes choses à travers les devins, les sorciers, les médiums. La plupart du temps, c’est très approximatif, et parfois, c’est faux. Car Dieu modifie Sa décision. Dieu peut décider de détruire un endroit précis. Mais ceux qui y vivent élèvent leurs prières, ou les défunts qui ont de l’audace prient, et Dieu change Son projet. Les démons ont vu ce qui se préparait et les sorciers ont annoncé la destruction, et elle n’a pas lieu. Le hommes ont modifié l’intention de Dieu, et Dieu a changé Son plan. Qu’avait-Il dit à propos de Ninive? C’est pour cela que Jonas ne voulait pas aller y prêcher; il savait qu’ils se repentiraient et que Dieu changerait d’avis, et c’est lui, Jonas, qui aurait eu l’air d’un menteur. C’est pour cela qu’il partit, et Dieu dût le forcer à y aller.



Mais l’impression que quelqu’un va arriver, peut-on expliquer cela par la télépathie?

Geronda: La télépathie, cela n’existe pas. C’est ce que nous disions. Ou c’est la grâce de Dieu ou c’est la tromperie des démons. Lorsque les gens commencent à vivre en Chrétiens, après s’être extraits des marges de leur vies pécheresses et contre nature, ils commencent à vivre naturellement. Et du naturel, ils continuent vers le surnaturel, vers la sanctification. C’est alors que leur intuition commence à entrer en jeu, un don d’avant la chute. Après l’intuition apparaît la perception, suivie par la clairvoyance. Ensuite vient la prophétie, augmentée par la grâce. Quand les hommes qui craignent Dieu ont l’intuition, la perception, la clairvoyance et la prophétie, ils voient tout cela, quand ils voient. C’est la seule manière. Que signifie télépathie? «Marqué par la chute», les hommes sont marqués par la chute. Et les pécheurs sont privés de tout. Ils se retrouvent avec rien. Ce que vous dites au sujet de ces transmissions se réalise seulement par l’action de satan.

On lit pourtant cela dans les livres scientifiques!

Geronda: Magie est un terme scientifique. Sainte Catherine était une adepte de la magie, comme de nombreux Pères, avant d’entrer dans la grâce de Dieu.

J’aimerais poser une question plus pratique. Souvent, ce sont des enfants qui la posent. Saint Paul dit que hommes et femmes sont égaux devant Dieu. Pourquoi la prêtrise est-elle interdite aux femmes? Une femme devint la Mère de Dieu.



Geronda: La Panagia était une exception, la seule. Elle fut choisie pour faciliter la kénose du Verbe de Dieu. Cela ne peut se reproduire, jamais. La cause de la chute fut mise en œuvre par une femme. Par là, il fut montré qu’elle était la plus faible des deux. Cette caractéristique, être la plus fable des deux, la prive de la confiance nécessaire pour être un authentique représentant. La preuve, c’est qu’elle causa la chute. Et si une jeune vierge fut choisie pour faciliter le dessein de Dieu, elle fut une exception, l’unique exception, car il n’en pouvait être autrement. Il devait devenir humain et donc naître selon la voie naturelle. Il fallut trouver une jeune vierge pour ce faire. Bien entendu la vie des bénis est ouverte aux femmes. En réalité, Dieu ne créa pas la femme, il créa l’homme. Et il prévit la chute; il créa la femme pour être compagne. Une compagne dans les conditions «post-chute». Dans le futur, la nature féminine sera abolie. Il y aura un retour à la création première: «Et Dieu créa un homme». Elle n’intervient pas ici avec une personnalité complète. Même si elle reçoit une personnalité à travers la grâce de la maternité. Et si il lui fut accordé le droit de facilité le dessein de Dieu, ce ne fut pas pour les caractéristiques physiques que vous connaissez, mais à cause de l’impossibilité pour l’homme, malade, de se trouver dans un état de pureté.

Initialement, l’Église autorisa la pratique, considérant que tous étaient égaux. Mais bien vite, scandale et passions apparurent. A cause de la faiblesse humaine, les deux sexes ne peuvent œuvrer ensemble sans que les passions n’interviennent. Et comme il y a un risque, l’Église, «qui n’a ni tache ni ride», ne pouvait admettre cette situation. L’Église accorde évidemment le respect aux femmes et les exaltent au-delà de toute théorie anthropique, de toute idéologie. Seule l’Église considère les femmes comme égales aux hommes. Non, elles n’ont pu devenir prêtres, mais elle peuvent devenir saintes.



Il semble que la femme ne comprit pas clairement la situation au début de la création; c’est la raison pour laquelle il n’y en aura plus, dans le futur. Les Juifs croyaient que le mariage est le but absolu pour les gens et ils demandèrent à notre Seigneur ce qui allait se passer dans le futur. Il leur répondit «Vous faites erreur, vous ne connaissez pas les écritures. Il n’y a rien de tout cela dans l’éternité». Même si le sexe exista dès le début de la création, ce facteur n’est pas toujours actif. Quand une petite fille naît, elle est une femme potentielle, mais pas activement. Elle doit atteindre l’âge de quinze ans pour qu’apparaisse l’activation. Et quand elle a dépassé cinquante ans, elle ne peut plus être femme. Elle sert l’objectif de la maternité pendant une période réduite seulement. La dimension éphémère de ce genre de condition fut introduite par la chute. C’est pourquoi, dans le futur, il n’y aura plus de sexe masculin et de sexe féminin. En réalité ils n’existeront plus après la sanctification. Mais avant la vie en sainteté, ils existent. De nombreux Pères disent que sous la forme de la première Eve, il n’y aura plus que la Panagia, notre Theotokos, mais sous forme d’Eve libre de toute passion, car Elle fut glorifiée par le Verbe de Dieu qui séjourna en Elle. Mais nous ne savons comment cela se produira.

Traduit de l’anglais


vendredi 11 mai 2018

Père Bassian des Cavernes de Kiev: L'orgueil



On peut être sauvé partout et on peut périr partout aussi. Satan était l'ange le plus haut, il se tenait toujours devant Dieu, et pourtant il tomba à cause de l'orgueil.

Judas Iscariote, était un des douze apôtres, et pourtant, à cause de son amour de l'argent, il trahit le Seigneur, et ensuite par désespoir il se suicida. Beaucoup de gens ont péri de cette manière.

D'autre part, le publicain pécheur fut justifié par une seule courte prière. Le Bon Larron, déjà crucifié, fut sauvé par une courte prière également, et il entra en Paradis avec le Seigneur Lui-même.

Notre Seigneur a dit aux fiers et avaricieux scribes et pharisiens que les publicains et les prostituées entreraient dans le Royaume des Cieux avant eux, parce qu'ils s'étaient repentis après la prédication de saint Jean-Baptiste, alors que les fiers maîtres [de la Loi] ne s'étaient pas repentis.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 
Père Bassian des Cavernes de Kiev
in 
 In Search of True Wisdom
Doubleday, 
New York, USA, 
1979

Grèce : l’Église orthodoxe se profile dans le domaine social



La crise économique qui a débuté en 2009 et n'a pas fini de frapper la Grèce, à laquelle s'est ajouté l'afflux massif de réfugiés, a conduit l'Église orthodoxe à développer une importante action sociale et humanitaire, explique Vasilios N. Makrides, professeur à l'Université d'Erfurt (Allemagne), dans un article publié par le mensuel Religion & Gesellschaft in Ost und West. L'Église n'a pas été épargnée par la crise, qui l'a contrainte de rationaliser et moderniser ses structures, et aussi de chercher des projets porteurs de nouvelles ressources, par exemple dans le développement du tourisme religieux. Mais surtout, explique Makrides, l'Église est devenue le plus important prestataire de services sociaux dans le pays, dépassant même l'État, lui-même confronté à de nombreux problèmes et contraint à de sévères mesures d'économie. Beaucoup d'aides sociales qui relevaient de l'État et pour lesquelles l'Église ne fournissait qu'une aide complémentaire ne peuvent plus entièrement être assumées par les pouvoirs publics, ce qui amène l'Église à affirmer son rôle de façon autonome.
Les aides fournies par l'Église et des organisations qui y sont liées touchent tous les secteurs de la population et une large palette de situations (aide aux personnes âgées, soupes populaires, services médicaux, subsides pour payer les factures d'électricité, etc.). Outre des initiatives locales ou spécifiques, une grande partie de ces actions sont menées sous l'égide de l'organisation d'aide Apostoli (Mission), fondée en 2010. La mise en avant de ce rôle entraîne aussi une image plus positive pour l'Église dans la société, même si cela n'a pas fait taire toutes les critiques contre l'Église dans un pays où un anticléricalisme diffus est répandu. À l'inverse, certaines voix reprochent à l'Église de trop bonnes relations avec un gouvernement de gauche qui compte plusieurs athées et a fait passer des lois peu compatibles avec la tradition orthodoxe.
Makrides note que la crise entraîne  des changements dans les comportements religieux : plusieurs indications suggèrent un possible regain de la pratique religieuse dans un contexte de crise. Par exemple, on observerait un pourcentage plus important de fidèles masculins assistant régulièrement aux services religieux.

Vassilios N. Makrides, « Die Finanz- und Flüchtlingskrise als Chance für die griechische Kirche », Religion & Gesellschaft in Ost und West, 46/1, janvier 2018, pp. 24-27.
Religion & Gesellschaft in Ost und West, Institut G2W, Birmensdorferstrasse 52, Postfach 9329, 8036 Zurich, Suisse.
Site : www.g2w.eu