"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 5 janvier 2017

Nouveaux saints orthodoxes Géorgiens

Patriarche Callistrate
Higoumène Tamar



Le Saint-Synode de l'Église orthodoxe géorgienne a inscrit parmi les rangs des saints deux rois-Bagrat III et Salomon I, deux higoumènes-Nina (Amilakhvari) et Tamar (Mardzhanichvili), et les Patriarches-Catholicos Callistrate (Tsintsadzé) qui dirigea l'Eglise durant la période difficile des années 30-50 du siècle passé, rapporte Interpressnews.


Bagrat III



Bagrat III (960-1014) fut glorifié comme roi-unificateur. Il réussit à réunir sous son autorité presque toute la Géorgie, à l'exception de Tbilissi, qui resta sous l'autorité des Arabes.


Salomon Ier




Salomon Ier (1753-1784) était roi d'Imereti (Géorgie occidentale) dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Il combattit avec succès les Turcs, y compris dans une alliance avec les Russes, écrit Wikipedia.

Patriarche Callistrate


Le Patriarche-Catholicos Callistrate naquit en 1866 dans la famille d'un prêtre dans un village d'Imereti. Selon Wikipedia, il est diplômé du Séminaire de Tiflis [Tbilissi] et de l'Académie spirituelle de Kievan. Il fut ordonné prêtre en 1892. En 1925, il devint évêque, et en 1932 il fut choisi comme Catholicos. Entré en fonction dans l'Église, il s'efforça d'arrêter le processus de fermeture, de destruction et de pillage des églises et des monastères, tout en maintenant une attitude loyale vis-à-vis des autorités soviétiques.

Higoumène Nina

L'higoumène Nina (Nino) [Amilakhvari] vécut dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Elle œuvra à relancer la vie monastique dans le monastère de Saint-Nina à Samtavro (Mtskheta).

Sainte Tamar, alors jeune moniale


L'higoumène mégaloschème Tamar (Tamara Alexandrovna Mardzhanishvili, 1869-1936) accepta le monachisme au monastère de Bové, où la sainte Égale-aux-apôtres Nina acheva le voyage de sa vie. En 1902, elle devient l'higoumène du monastère. En 1905, après une tentative sur sa vie pendant la révolution, elle fut transférée à Moscou où elle guida la communauté du Pokrov [Protection de la Mère de Dieu], selon le site de l'église de l'Annonciation à Taininskoe.

Plus tard, elle fonda la skite de Seraphimo-Znamenskii près de Moscou. Après que les bolcheviks aient fermé la skite, elle vécut dans la banlieue de Perkhushkove, et en 1931, elle fut arrêtée et exilée en Sibérie. 
Trois ans plus tard, la mère Tamar, déjà malade en phase terminale, fut autorisée à retourner dans la région de Moscou, où elle reposa en Christ en 1936.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 4 janvier 2017

Pourquoi le destructeur de l’Orthodoxie mène-t-il le bal ?

Le "bon pape François" vénérant (en 2013!)
"l'icône" de Josaphat Kuntsévitch, grand massacreur d'Orthodoxes, 
avant de le donner comme modèle de l'unité
comme le firent, toute honte bue,  tous ses prédécesseurs!
C'est avec "ça"que certains veulent faire l'union!
voir l'article

*
Cet article est certes polémique, mais troublant et, en ce qui me concerne, me paraît s’inscrire dans un inquiétant tableau général.

Le 22 décembre 2016, un site grec connu a publié le court article sténogramme de la prestation d’un des meilleurs théologiens de l’Eglise Orthodoxe Grecque, le professeur et archiprêtre Théodore Zisis, qui énonçait la vérité sur le patriarche Bartholomée. Le titre de l’article parle de lui-même : « Le patriarche Bartholomée : les canons de l’Eglise, c’est le Mur de la Honte ». («Πατριάρχης Βαρθολομαίος: "Οι Κανόνες της Εκκλησίας είναι Τείχη του Αίσχους"»).

Le père Théodore dit : « Déjà à la faculté de théologie, quand mon professeur était le professeur renommé Christos, l’archimandrite Bartholomée (Arkhonodis) avait présenté une thèse de doctorat sur le thème : « La codification des saints canons de l’Eglise Orthodoxe ». Dans sa thèse, il disait que certains saints canons étaient dépassés et que certaines règles qui ne sont plus observées devaient être changées. Parmi ces règles à changer figurait l’interdiction de la prière interconfessionnelle ». 

Ici, il est nécessaire d’interrompre le récit de l’archiprêtre Théodore pour recevoir des données exactes sur l’éducation du futur patriarche Bartholomée. Nous nous adresserons pour cela au site en langue russe du patriarcat de Constantinople (en réalité d’Istanboul – l’auteur) : « A la fin de son cursus universitaire au Séminaire Théologique de l’île de Khalki, sa Sainteté poursuivit après son diplôme ses études à l’Institut Papal Oriental auprès de l’Université Grégorienne de Rome, ensuite à l’Institut Œcuménique Bossey en Suisse et à l’université de Munich dans la spécialité « droit canon ». Il a un doctorat de l’Université Grégorienne de Rome pour sa thèse « De la codification des saints canons et des instructions canoniques dans l’Eglise d’Orient. »

Que représentent les établissements universitaires dans lesquels s’est formé Dimitrios Arkhondonis (plus tard moine sous le nom de Bartholomée) de 1963 à 1969 ?

L’Université Grégorienne Papale (en lat. Pontificia Universitas Gregoriana, Universitas Gregoriana Societatis Jesu) est une université à Rome fondée en 1551 par le chef de l’ordre des jésuites Ignace de Loyola et son héritier François Borgia… Elle comporte des facultés de théologie, de philosophie, d’histoire de l’Eglise, de missiologie, de sciences générales…Si l’on veut parler brièvement de cet établissement d’enseignement », c’est un repaire de jésuites. Dans sa composition entre l’Institut Papal Oriental (en lat. Pontificium Institutum Orientalium, en it. Pontificio Istituto Orientale), qui s’occupe de « l’étude des églises orientales et de la spiritualité chrétienne orientale ».

Le second sur la liste est l’Institut Œcuménique de Bossey (fr. Institut œcuménique de Bossey, angl. Bossey Ecumenical Institute, all. Ökumenisches Institut Bossey), un établissement universitaire religieux privé d’orientation oecuméniste. Fondé à l’initiative du Secrétaire Général du Conseil Mondial des Eglises Willem Visser-Hooft en octobre 1946 au lieudit de Bossey, acquis avec les subsides de John Rockefeller junior. Dès le début de son existence, il fut conçu comme un « laboratoire du mouvement œcuménique ». Le travail de l’institut de Bossey est fondamentalement orienté vers la préparation de cadres pour une activité œcuménique soutenue. 

Enfin, à l’université de Munich, dans les années 60 du XX° siècle, on apprenait seulement la théologie évangélique et catholique.

On comprend à la suite de cela que Dimitrios Arkhondonis fut dès le départ spécialement préparé à un sérieux travail de destruction de l’Orthodoxie, à travers le noyautage des organes directeurs de l’Eglise. La tâche n’était pas difficile, car à cette époque, le patriarcat d’Istanbul était depuis longtemps aux mains des œcuménistes et des maçons. 

Il n’est par conséquent pas difficile de comprendre dans quel paramètre fut préparée la thèse de doctorat de l’archimandrite Bartholomée (Arkhondonis). Son idée directrice consistait en ceci que les saints canons avaient besoin de codification, c’est-à-dire de changements en relation avec les circonstances de l’époque. La codification, c’est le remaniement ou la suppression d’un texte dépassé et l’établissement d’un nouveau (par exemple un code ou une règle).

L’archiprêtre Théodore Zisis raconte ensuite : « les saints canons interdisent catégoriquement les prières interconfessionnelles (avec les hérétiques ou les hétérodoxes). Ainsi, Bartholomée, alors jeune archimandrite vivant dans l’entourage du patriarche Athénagoras (« patriarche » du mouvement œcuménique du XX° siècle, maçon, membre de la « Grande Loge de Grèce » -l’auteur) disait avec son père spirituel le métopolite Mélyton (métropolite de Chalcédoine, participant actif du mouvement œcuménique, auteur de l’expression « dialogue de l’amour » -l’auteur) est-ce un bien que nous, qui vivons au XX° siècle, ne puissions prier en commun avec les catholiques et les protestants ? Il est indispensable de changer les canons.

Pire encore, il existe des déclarations écrites de celui-là même comme quoi les saints canons sont des « murs de la honte » qu’il nous faut absolument abattre. Il est indispensable de détruire les règles, pour détruire l’Orthodoxie. Les gens ne savent rien de cela. Les gens ne savent pas d’où sort Bartholomée et où il va, et le couvrent de fleurs. Les gens ne savent pas… « Ce sont des murs de la honte ».

Il disait que nos prédécesseurs, les saints pères, étaient de pauvres victimes du serpent du mal originel, du diable… Est-il possible qu’il nous faille aujourd’hui prier Dieu pour qu’Il leur pardonne ? Est-il possible que nos pères soient à l’origine du schisme, saint Photios, saint Marc d’Ephèse, saint Grégoire Palamas, qu’ils soient tous, antipapistes, des victimes du serpent du mal originel et que nous devions prier pour eux ? C’est-à-dire : expulser leurs icônes et au lieu de prier : « Saint de Dieu Grégoire », « saint de Dieu Photios »… il faut dire le Trisaghion : « Seigneur, donne leur la paix, pardonne leurs péchés ». Et au lieu d’invoquer leurs noms dans nos prières, nous allons prier pour leur mémoire et chanter le trisaghion pour le pardon de leurs péchés ?

Il ya donc certains théologiens de cette sorte qui se basent sur les avis « uniques », « éclairés » du patriarche et autres personnages. Ils disent : « Oui, changeons les saints canons ». Qui va se charger de le faire ? Dans les documents préconciliaires, ils ont osé introduire deux règles, et dans la mesure où celles-ci en modifiaient d’autres, qui les contredisaient, alors ils ont enlevé ces dernières. Ils n’ont pas osé dans les documents du concile dire une chose pareille, car cela aurait soulevé une tempête de protestations, mais à présent, ils se contentent de les diffuser. 

Je me souviens, quand j’étais encore étudiant à la faculté de théologie, nos professeurs parlaient déjà avec mépris des Règles de l’Eglise, qui avaient été établies par saint Nicodème de la sainte Montagne… Le professeur Iannaras s’exprimait de façon offensante à l’égard de saint Nicodème et de tous les canons de l’Eglise. 

De sorte que maintenant le métropolite de Serres (Théologos, qui appelle le «concile » de Crète un « événement éclatant d’une grande importance pour l’ensemble du monde et de l’Orthodoxie » -l’auteur) dit, « nous allons collaborer avec les facultés de théologie ». Avec les facultés de théologie « qui nous conviennent » au moment actuel.

Ils se sont débarrassés des professeurs traditionnels, dont le dernier à partir fut le professeur Tselenguidis. Il est devenu cette année professeur honorifique, il est à la retraite. Il est parti le dernier et maintenant, là bas, rôdent des œcuménistes. « Maintenant, là bas, on n’entend pas la voix de l’Orthodoxie ! » c’est par ces paroles que se termine le sténogramme du discours du père Théodore.

Et du fait que maintenant, là bas, on n’entend pas la voix de l’Orthodoxie, le « mérite » revient entièrement à l’activiste renommé du mouvement œcuménique, au moderniste-mondialiste, au représentant de l’école mondiale de la « conscience écologique », au destructeur de l’Orthodoxie, au patriarche d’Istanbul Bartholomée.

Avec qui n’a pas « prié en commun » cet activiste, avec trois pontifes romains, avec des anglicans, des musulmans, des juifs, des bouddhistes, des « écologistes », ses « co-priants » sont innombrables. Selon tous les canons que Bartholomée n’a pas encore réussi à changer, il est depuis longtemps déchu et exclus. Seulement voilà, le Seigneur permet pour l’instant au faux patriarche de séduire le peuple. Il n’est seulement pas compréhensible pourquoi tant de hiérarques des Eglises Orthodoxes Locales se taisent et rendent jusqu’à aujourd’hui les honneurs de la primauté à cet impur ?

Dans les articles « l’ombre du Vatican sur le concile panorthodoxe » et « l’écho retentissant de Kolymvari » http://ruskline.ru/special_opinion/2016/iyun/ten_vatikana_nad_vsepravoslavnym_soborom/; , http://ruskline.ru/news_rl/2016/06/30/gulkoe_eho_kolimvari/ il est démontré que le pape jésuite François mène en collaboration avec le patriarche (jésuite ?) Bartholomée un travail actif pour établir la religion mondiale unique de l’antéchrist et l’on y montre exactement qui et pourquoi a fondé le « Conseil Mondial des Eglises ». Combien de fois peut-on encore marcher sur le même râteau, en nous racontant des fables sur la « nécessité » des dialogues avec les « hétérodoxes » ? On ne discute pas avec Satan. Il nous roulera et nous mènera à notre perte !

Prenez donc garde de vous conduire avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des sages (Eph. 5 15-16)

Valeri Pavlovitch Filimonov,
écrivain hagiographe russe.
Traduit par Laurence Guillon

Histoire de la Serbie!

mardi 3 janvier 2017

Higoumène Tryphon ( ROCOR): Quand vous tombez, relevez-vous!


Il arrive souvent que nous ne gardions pas les commandements de Dieu et que nous nous trouvions découragés, incapables de progresser dans la bataille contre nos péchés. 

Les mêmes péchés semblent constamment nous faire du mal. Le désespoir est notre ennemi, car c'est l'outil que les démons utilisent pour nous distraire de notre but. Ils veulent que nous renoncions à la bataille.

La sainteté ne vient pas facilement, mais elle exige une véritable lutte. 

Quand vous tombez, relevez-vous. Si vous tombez à nouveau, relevez-vous, gardant toujours les yeux sur Dieu Qui vous aidera à vaincre vos péchés. 

Priez pour obtenir l'aide de Dieu chaque fois que vous recommencez, même si vous recommencez une centaine de fois en un jour donné. 

Le progrès vers la sainteté vient chaque fois que nous nous re levons et que nous recommençons. 

Chaque pas que nous faisons vers Dieu nous rapproche de notre but.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Jean-Claude Larchet: Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

La conférence de Jean-Claude Larchet « Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain », donnée à Moscou le 21 septembre 2016 dans le cadre des célébrations des « Mille ans de la présence russe au Mont-Athos », vient d’être publiée en russe sur le site du Département synodal des monastères et du monachisme de l’Église orthodoxe russe et sur le site du Monastère de Sretenski Pravoslavie.ru, et en anglais sur ce dernier site et sur le site Orthodox Ethos. Nous en donnons ici la version française.

Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain
Le monachisme n’est au fond qu’une façon de mener la vie chrétienne avec un engagement total dans le renoncement à ce monde et la consécration de soi à Dieu. Pour cela, le monachisme est partout le même, et chaque monastère, chaque skite ou chaque ermitage constitue un lieu privilégié, un centre de référence pour la vie monastique et pour la vie chrétienne. Pour une grande part, ce qui peut être dit du monachisme peut être dit du Mont-Athos, et ce qui peut être dit du Mont-Athos peut être dit du monachisme.
Pourtant le Mont-Athos est depuis longtemps un lieu fascinant, qui attire l’attention non seulement des Orthodoxes, mais de personnes appartenant à d’autres religions et même de non-croyants. En témoignent le nombre important de livres, d’articles consacrés au Mont-Athos, mais aussi le flux incessant de pélerins et de visiteurs venus du monde entier. Cette fascination n’est pas nouvelle, mais elle est sans aucun doute plus grande à notre époque que par le passé. Il y a à cela plusieurs raisons.
1) La première raison est que le Mont-Athos est une république autonome – et pour cela comme un pays – habité seulement par des moines et entièrement consacré à la vie monastique. Bien que chaque pays orthodoxe ait au moins une région qui regroupe plusieurs monastères, il n’y aucune autre région qui regroupe un nombre aussi important de monastères, de skites et d’ermitages, et qui constitue un pays gouverné par des moines, avec une vraie frontière qui le délimite par rapport aux pays ou régions environnants. C’est une zone protégée non seulement politiquement, administrativement et géographiquement (en étant une péninsule), mais aussi spirituellement, puisque le Mont-Athos est couramment appelé « Le jardin de la Mère de Dieu » et considéré comme un lieu qui lui appartient et où elle est particulièrement présente. Par le fait qu’il est un pays entièrement peuplé de moines, qu’il ne permet pas « la libre circulation des personnes » exigées par les lois européennes, n’accepte pas l’afflux des touristes et n’accepte pas non plus l’entrée des femmes, mais étend la clôture monastique à l’échelon d’un pays, le Mont-Athos est un pays pas comme les autres.
2) Deuxièmement, le Mont-Athos est un témoignage du Royaume déjà présent parmi nous.
C’est le lieu qui abrite les plus nombreuses et importantes reliques du monde orthodoxe. Ces reliques y rendent présents et actifs par leurs miracles presque tous les grands saints chrétiens.
Le Mont-Athos en tant que concentration monastique et lieu particulièrement propice à la sanctification a lui-même produit des milliers de saints, connus ou inconnus. Certains à notre époque ont un rayonnement mondial, comme saint Silouane, Joseph l’Hésychaste et ses disciples, ou saint Païssios. À travers ses nombreux saints du passé et du présent, le Mont-Athos apparaît, selon les paroles du Psalmiste, comme « la montagne fertile », « la montagne féconde », « la montagne où il a plu au Seigneur d’habiter » et où Il « habitera à jamais » (Ps 67, 16-17).
3) Le Mont-Athos est un rappel du paradis perdu et une annonce du Paradis retrouvé.
Ce n’est pas seulement à travers ses saints, mais en tant que lieu béni, institution sacrée que le Mont-Athos témoigne prophétiquement d’un autre monde qui donne son sens au monde actuel. Le Mont-Athos, encore appelé « Montagne Sainte », ou « Jardin de la Vierge », est une image du Paradis, un rappel du Paradis perdu par nos premiers parents, et une préfiguration symbolique du Paradis promis aux justes.
  1. a) Le Mont-Athos offre l’image d’une nature paradisiaque parce que, dans la variété des paysages qui s’échelonnent depuis le niveau de la mer jusqu’aux deux mille mètres où culmine la montagne Athos, ce sont de très nombreuses espèces végétales et animales qui vivent et constituent un microcosme résumant le monde entier. Une autre raison est que cette nature reste inviolée, préservée de l’exploitation économique et de la pollution technique. Sa seule existence dans notre monde moderne a une valeur exemplaire. Elle est un modèle d’écologie spirituelle ; elle témoigne de la sauvegarde de la création qui a été confiée à l’origine par Dieu à l’homme pour qu’il en use pour ses besoins, tout en en faisant un instrument de contemplation et d’action de grâce.
  2. b) L’espace du Mont-Athos témoigne de l’espace paradisiaque, et annonce l’espace du Royaume des cieux. À la différence de l’espace de tous les autres pays (réparti entre sacré et profane, voire même parfois entièrement profane), l’espace du Mont-Athos apparaît totalement sacré, non seulement par la présence d’une multiplicité de monastères, de skites, d’ermitages, d’églises et de chapelles, mais aussi parce qu’il est tout entier sanctifié par les saints qui le parcourent ou l’ont parcouru, l’ont rempli de la voix de leur prière, et l’ont baigné des énergies divines dont ils rayonnaient. Chaque fois que l’on marche sur un sentier du Mont-Athos, on a la certitude de mettre ses pieds sur les traces de saints qui nous y ont précédés. Beaucoup de lieux dans la nature gardent la mémoire d’apparitions du Christ, de la Mère de Dieu ou de saints. Il n’y a pas ici de monastère, de skite, d’ermitage, de chapelle, ni de source ou de fontaine dont la présence ne s’explique par une vision céleste ou par un miracle.
  3. c) Il faut dire quelques mots aussi sur la signification prophétique du temps athonite. L’une des choses qui matériellement frappent le plus le visiteur du Mont-Athos, et dans une certaine mesure le désoriente, c’est le changement d’heure. La plupart des monastères gardent l’heure byzantine, qui ne sert plus de référence que dans cet endroit du monde. Notre heure à nous, les moines l’appellent kosmiki ora : l’heure du monde. L’heure byzantine n’est pas une simple survivance des temps anciens ; elle témoigne d’une autre modalité du temps, d’un temps spirituel, sanctifié parce que entièrement consacré à Dieu, subdivisé et organisé pour répondre à Sa volonté. Symboliquement cela rappelle le temps paradisiaque et annonce le temps du Royaume.
4) Un quatrième point important est que la vie collective telle qu’elle est organisée dans l’ensemble du Mont-Athos et dans chaque monastère, constitue un appel à l’unité de tous les hommes, et un témoignage qu’une telle unité est possible dans le Christ. Dans un monde déchiré par les guerres, les nationalismes, les conflits ethniques, le racisme, ce témoignage et cet appel sont véritablement prophétiques.
Le Mont-Athos dans son ensemble témoigne depuis de nombreux siècles de la bonne entente de communautés d’origines ethniques différentes qui non seulement coexistent pacifiquement, mais vivent harmonieusement dans le lien de la charité.
C’est dans ce lien de la charité que la Sainte Communauté, constituée de représentants des principaux monastères, gouverne le Mont-Athos non selon les principes démocratiques du monde, mais dans l’esprit de la conciliarité (sobornost) chrétienne. Chaque monastère athonite en témoigne pareillement, étant dirigé par un Conseil des Anciens avec à sa tête un higoumène élu par les moines.
5) Comme cinquième point, on peut mentionner le rôle fondamental qu’a joué le Mont-Athos dans l’histoire de l’Orthodoxie et qui se révèle aujourd’hui peut-être plus que jamais d’une importance capitale : celui du maintien de la Tradition et de la défense de la foi orthodoxe. Il s’agit là encore d’un rôle prophétique, car le prophète est traditionnellement quelqu’un qui rappelle les hommes à la fidélité à Dieu et qui est un défenseur de la foi face à tout ce qui peut l’altérer ou la pervertir.
Dans un monde soumis à des changements de plus de plus nombreux et de plus en plus rapides, le Mont-Athos donne l’exemple d’un monde stable, immuable, à l’image du monde divin. Préservé de la soif de changement et du vertige du mouvement qui habitent les hommes vivant dans le monde, à l’abri de la pression sociologique qui porte à se conformer en tout point au mode de vie des sociétés modernes, les moines athonites conservent scrupuleusement les prescriptions canoniques, le typikon liturgique et le mode de vie ascétique que nos Pères se sont transmis de génération en génération.
Le maintien scrupuleux même des plus infimes traditions a été la condition pendant plus d’un millénaire d’une parfaite préservation la Tradition orthodoxe. Les moines athonites ont aussi grandement contribué à préserver la foi orthodoxe dans tous les moments difficiles de l’Histoire où elle était menacée, et le font aujourd’hui encore. Et ils jouissent toujours pour cela d’un prestige particulier et d’une grande autorité.
Le rôle prophétique de vigie et de phare que joue traditionnellement le Mont-Athos dans le monde orthodoxe pour rappeler aux gens quelle est la vraie foi est particulièrement important à notre époque où l’on peut observer un affaiblissement considérable de la conscience dogmatique.
6) Un sixième et dernier point est que le Mont-Athos contribue également, d’une manière fondamentale, à maintenir à la fois inchangée et vivante la spiritualité orthodoxe. Constituée par les moines de Palestine, de Syrie, du Sinaï et du Stoudion de Constantinople, les Pères athonites en sont devenus, à partir du XIIIe siècle, les principaux héritiers et dépositaires. Le Mont-Athos est devenu une référence absolue en matière d’ascétisme et de spiritualité, et a attiré de nombreux moines de tous les pays. Lors de leurs visites ou de leur retour dans leurs pays d’origine, ces moines ont contribué fortement à la diffusion de cette spiritualité. En particulier, le Mont-Athos a toujours été un centre de la pratique de la prière de Jésus et de la spiritualité hésychaste. Et c’est toujours à la Sainte Montagne que cette pratique a, si l’on peut dire, son centre.
Les Pères athonites ont comme tâche de le communiquer aux hommes d’aujourd’hui cet héritage séculaire et comme responsabilité de le transmettre aux générations futures. En cela aussi réside le rôle prophétique et eschatologique du monachisme athonite.
Jean-Claude Larchet

Pour aider le skite de Tous-les-Saints-Russes de Mourmelon (Marne)





Un rappel utile en [ce début] d'année.

Nous avons besoin de fonds pour RESTAURER LE CLOCHER du SKITE, clocher qui était si cher à Père Job, puisqu'il a été réalisé à son initiative un an avant son décès.
Alors, à votre bon cœur ! Envoyer des dons avec la mention DON CLOCHER
à :

ASSOCIATION ERMITAGE
IBAN: FR5520041010020165832C02397
Code BIC (SWIFT) : PSSTFRPPCHA
Nom de la banque du bénéficiaire : LA BANQUE POSTALE

Avec la mention : DON CLOCHER

lundi 2 janvier 2017

L’archevêque Séraphim (Sobolev) a été glorifié à Moscou (R)

Tropaire du saint hiérarque Séraphim, 
Ton 4

Toujours enflammé du zèle divin, tu fus une colonne de l’Orthodoxie, qui brilla dans la cité de Sofia et amena de nombreuses âmes au Christ ; ô bon pasteur, hiérarque Séraphim, prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.


Autre tropaire du saint hiérarque Séraphim,
ton 5

Tu fus le vase des dons divins et la demeure de la Sainte Trinité, ô hiérarque thaumaturge, père Séraphim ; aussi, de par ta liberté auprès du Seigneur, ne nous laisse pas orphelins, et, comme tu l’avais promis, demande pour nous, par tes prières, la paix et la grande miséricorde.


Kondakion du saint hiérarque Séraphim,
  ton 4

Tu t’élevas sur la hauteur de la chasteté, et fus un maître de la piété, défenseur de l’Orthodoxie et intercesseur pour les étrangers, louange des moines et pasteur excellent ; aussi nous t’acclamons avec amour : réjouis-toi, Séraphim le thaumaturge !


(Tropaires et Kondakion 
traduit du slavon
 par 
Bernard Le Caro)
*
En 1979, en visite à Sofia avec le Père Pierre [Cantacuzène], futur évêque Ambroise de Vevey (ERHF), nous sommes descendus dans la crypte de l'église Saint-Nicolas, métochion de l'Eglise russe. 
Il était 10 heures du matin. De nombreuses personnes priaient devant la tombe de l'archevêque Séraphim de bienheureuse mémoire, et d'innombrables cierges brûlaient devant cette tombe. 
Et ceci se passait à l'époque du communisme triomphant en Europe de l'Est. 
Claude Lopez-Ginisty

*



Archevêque de Bogoutchar Séraphim (Sobolev)
1881-1950

Autre icône du saint

Le 3 février 2016, lors de la cinquième session plénière de Conseil épiscopal de l’Église orthodoxe russe en la cathédrale du Saint-Sauveur à Moscou, a été examinée la question de la canonisation de l’archevêque de Bogoutchar Séraphim (Sobolev).

À la session a participé une délégation de l’Église orthodoxe de Bulgarie, dont faisaient partie le métropolite de Varna et Velikopreslav Jean, l’évêque de Znepol Arsène, vicaire de la métropole de Plovdiv, l’archimandrite Théoctiste (Dmitrov), représentant du patriarche de Bulgarie auprès du patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Le métropolite de Volokolamsk Hilarion, président du Département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou et le métropolite de Varna et Velikopreslav Jean (Église orthodoxe de Bulgarie), tous deux co-présidents de la commission commune des deux Églises concernant la canonisation de l’archevêque Séraphim, ont présenté des rapports dédiés aux exploits ascétiques et à la vénération du saint hiérarque. Le patriarche de Moscou Cyrille, le métropolite d’Amérique orientale et de New York Hilarion (primat de l’Église orthodoxe russe hors-frontières), le métropolite de Riga et de toute la Lettonie Alexandre, le métropolite de Voronej et de Liskinsk Serge, le métropolite de Riazan et de Mikhaïlovsk Marc, l’archimandrite Philippe (Vassiliev), le recteur de l’église Saint-Nicolas à Sofia (métochion du Patriarcat de Moscou, dans la crypte duquel est enterré l’archevêque Séraphim), ont déclaré, dans leurs interventions, qu’il était nécessaire de glorifier – canoniser – l’archevêque Séraphim au nombre des saints.


Les membres de l’Assemblée se sont prononcés unanimement pour la canonisation de l’archevêque Séraphim, vénéré depuis de nombreuses années, tant en Bulgarie qu’en Russie. Ensuite, le métropolite de Volokolamsk Hilarion a lu l’Acte de l’Assemblée des évêques sur la glorification, au nombre des saints hiérarques, de l’archevêque de Bogourchar Séraphim.

Les membres de l’Assemblée ont ensuite chanté le mégalynaire du saint nouvellement glorifié. Le patriarche de Moscou Cyrille a offert au métropolite de Varna et de Velikopreslav Jean une icône du saint hiérarque Séraphim, peinte à l’atelier d’iconographie de l’Académie ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, en don à l’Église orthodoxe de Bulgarie.


 Tombe de saint Séraphim
dans le métochion de l'Eglise Russe 
Saint-Nicolas de Sofia

dimanche 1 janvier 2017

Quelques miracles opérés par les prières de l’Archevêque Séraphim [Sobolev] après sa dormition


Depuis le jour du repos de l’Archevêque Séraphim (13/26 février 1950), son tombeau [dans la crypte de l’église russe de Saint Nicolas à Sofia] est devenu une source ininterrompue de miracles. Tout comme durant sa vie, de même après sa mort, Vladika Séraphim continue à venir miséricordieusement en aide aux gens qui recourent à sa pieuse intercession, non seulement de toute  la Bulgarie, mais également de l’étranger.

Une malheureuse mère reçut de manière inattendue l’aide de l’Archevêque Séraphim avant même de le connaître, alors qu’elle était encore incroyante. Elle était enseignante dans un lycée et vivait avec son fils unique à Silivna. En 1952, son fils servait dans l’armée à la frontière sud de la Bulgarie. Cette année-là, l’hiver était très dur, neigeux et glacial. Un jour, alors que le jeune homme était à son poste, fatigué et gelé, il tomba dans la neige et s’endormit d’un sommeil profond. Juste à ce moment, un groupe de saboteurs fit une incursion pour essayer de passer la frontière. Par chance, les soldats de son détachement réussirent à les repousser et à les désarmer. Mais quand ils se mirent à la recherche de la sentinelle, ils la trouvèrent endormie à son poste. Il fut arrêté et envoyé en cour martiale à Sofia. A cause des conditions politiques défavorables de l’époque, et pour donner un exemple aux autres, le tribunal le condamna à la peine capitale. Déposer un recours était hors de question. La mère, éperdue, ne pouvait que demander qu’on lui donnât le corps de son fils, qu’on ne la privât pas du réconfort de se rendre sur sa tombe. Elle alla à Sofia, et chaque matin téléphonait en pleurs à la prison pour savoir si la sentence avait été exécutée. Une nuit, elle s’assoupit dans cette attente désespérée. Soudain, lui apparut un resplendissant vieillard qui lui dit : « Mère souffrante, viens vers moi à l’église russe et je t’aiderai ! » N’attendant pas l’aube, elle courut à l’église, alors qu’il faisait encore nuit, pensant qu’elle devait avoir vu un saint dont l’icône miraculeuse se trouvait dans l’église. Quand elle eut fait le tour de toutes les saintes icônes et n’eut point trouvé d’image semblable, elle revint chez elle en grande déception, estimant que tout ceci avait été une hallucination. Mais la nuit suivante, le même vieillard lui apparut à nouveau et dit : « Tu es allée à l’église russe, mais tu n’es pas descendue vers moi. Viens en bas vers moi et je t’aiderai. » La femme stupéfaite comprit alors qu’il ne s’agissait pas d’une hallucination. Une fois de plus, elle se rendit à l’église russe et demanda si une icône miraculeuse était conservée dans le sous-sol. Tandis qu’elle descendait, ses yeux tombèrent soudain sur le portrait de l’archevêque Séraphim. Elle le reconnut comme le même beau vieillard de son rêve qui avait promis de l’aider, et se mit à le prier avec ferveur. Après avoir prié longtemps, toute en larmes, elle sortit du sépulcre. En quittant l’église, elle rencontra, de manière tout à fait inattendue, une ancienne connaissance qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps, un ami cher et camarade d’études de son défunt mari. Cet homme était devenu un avocat important à Sofia. En apprenant son malheur, il se rendit immédiatement avec elle au Ministère de la défense auprès du procureur général militaire. Le procureur prit aussitôt contact par téléphone avec le président du ministère en poste, V. Chervenkovy, qui accepta d’abroger la sentence de mort en la commuant en emprisonnement à vie. Après quelques mois, avec la toute première amnistie, le jeune homme fut libéré !

Sa mère, jusque-là athée, se mit à croire en Dieu avec ferveur. En reconnaissance au Seigneur, elle organisa un somptueux repas dans la cour de l’église russe et raconta personnellement à chacun l’aide miraculeuse qu’elle avait reçue de Vladika Séraphim.

Il est bien connu que les étudiants et les écoliers, particulièrement, se rendent sur la tombe de Vladika Séraphim. Ils le prient pour la réussite de leurs examens, et pour recevoir de l’aide qui ne se manifeste pas seulement dans les examens, mais se reflète également de manière favorable pour leur âme.

Un étudiant en seconde année de médecine allait souvent sur la tombe et le priait pour ses examens. Il venait d’une famille athée et n’était même pas baptisé. Un jour, il priait à nouveau là. Lorsqu’il eut terminé de prier à genou, il embrassa le marbre du tombeau et se leva. Et… soudainement il vit l’Archevêque Séraphim devant lui, comme s’il était vivant. Vladika le bénit et dit : « Sois baptisé et observe le jeûne ! » Puis il disparut. L’étudiant fut secoué jusqu’au plus profond de son âme par ce qui était arrivé. Il appela aussitôt sa tante de la province, qui était croyante, et lui demanda d’être sa marraine. Il fut baptisé dans l’église du Mégalomartyr Pantéléimon du home pour vieillards de Kniajevo. Après cette extraordinaire expérience, l’étudiant dit à tout le monde que même la mort ne pourrait ébranler sa foi en l’existence de la vie au-delà de la tombe.

Voici ce que rapporte, I. I., un choriste de l’église russe : « Un jour, je priais sur la tombe de l’Archevêque Séraphim. Une femme âgée entra, apparemment de l’intelligentsia. Elle me raconta comment, en 1988, une tumeur était apparue dans sa bouche, qui commença à croître rapidement. Bientôt, elle se mit à parler avec difficulté et ne pouvait plus manger parce que cela lui causait une tellement grande douleur. Elle chercha l’aide de nombreux médecins, dont l’un d’eux, un oncologue, était une connaissance personnelle. Après examen, il lui dit franchement qu’elle avait un cancer de la langue à progression rapide, et que la médecine était impuissante  à l’aider ; le cancer s’était déjà étendu dans presque tout l’intérieur de la bouche.

La malheureuse femme, alors qu’elle était encore dans sa ville natale de Plovdiv, avait entendu rapporter les cas extraodinaires de guérison au tombeau de Vladika Séraphim, et se mit à aller tous les jours à l’église russe et à prier longtemps sur sa tombe. Le sixième jour, elle se tenait debout, seule dans le sépulcre. Tout à coup, elle entendit une voix : « Trempe le cierge que tu tiens dans la lampade au-dessus de moi et enduis-en la partie malade. » Submergée de stupéfaction et de joie par cette réponse merveilleuse à sa prière, la femme fit comme il lui avait été dit. A sa grande surprise, la douleur intolérable cessa immédiatement. Les jours suivants, elle continua d’oindre la partie malade ; la tumeur commença à rétrécir progressivement et, après une semaine, disparut complètement ! La malade alla chez sa connaissance oncologue. Après l’avoir examinée, le médecin abasourdi lui demanda avec quoi elle avait été traitée et qui l’avait guérie. La femme relata en détail tout ce qui s’était passé ; sur quoi le médecin déclara qu’elle avait trouvé le moyen de traitement le plus efficace et s’exclama joyeusement : « Gloire à Dieu et au saint Evêque Séraphim ! »

La veuve d’un certain prêtre souffrait beaucoup parce que sa fille ne parvenait pas à se marier. Ayant entendu parler de Vladika Séraphim, elle se rendit à son tombeau avec sa fille, où elles prièrent avec ferveur. Lorsqu’elles sortirent, elles rencontrèrent un jeune homme, une connaissance qu’elles n’avaient pas vue depuis longtemps. Il fut rempli de joie par cette rencontre et, peu après cela, il épousa la fille.




Life and miracles 
from Kratkoye Zhizneopisaniye Arkhiepiskopa Serafima (Soboleva),

(A Brief Life of Archibishop Seraphim Sobolev),

published as « A Gift of Orthodox Christians of Greece

to their brothers in Christ in Russia » ;

Thessaloniki 1991 ;

translated by Mary Crockwell, and slightly abridged. Article from Orthodox America.

Traduction française hypodiacre Pierre

samedi 31 décembre 2016

Archimandrite Panteleimon (Staritsky): Un défenseur de l’Orthodoxie, l’Archevêque Séraphim Sobolev



 Depuis le sein de ma mère, Tu es mon Protecteur  (Ps. 70 :6)

L’antique ennemi du salut, comme s’il avait perçu  à l’avance quel puissant et implacable adversaire il aurait en la personne de Vladika Séraphim, essaya de le détruire alors qu’il était encore dans le sein de sa mère. Elle eut une grossesse extrêmement difficile et douloureuse, au point que les médecins déterminèrent qu’il fallait opérer pour extraire l’enfant morceau par morceau afin de sauver la mère. A ce moment-là, celle-ci reprit conscience et, apprenant la décision des médecins, interdit à son mari avec serment d’autoriser le meurtre de son enfant. Le matin suivant, au premier coup de la cloche de l’église, le 1er décembre 1881, elle accoucha avec succès sans aucune aide extérieure. Lorsqu’elle vit le bébé, elle s’exclama : « Oh ! quel sérieux mukhtar ! ». L’enfant fut nommé Nicolas en l’honneur de Saint Nicolas le Thaumaturge, mais sa famille l’appelait quelquefois « mukhtar », un mot apparemment sans signification, qu’il détestait terriblement. Des années plus tard, l’évêque Nestor de Mandchourie rendit visite à Vladika Séraphim à Sofia. Il lui présenta un livre de ses mémoires, dans lequel, au chapitre concernant sa visite à Jérusalem, il est dit que le mot « mukhtar » signifie « évêque » en arabe. Ainsi, sans en être elle-même consciente, sa mère  avait prédit la destinée de son nouveau-né.

Nicolas fut un excellent écolier et, après avoir suivi l’école locale de la paroisse, il entra au séminaire. Là, de la deuxième à la dernière année, il décida de consacrer sa vie Dieu. Avec des larmes, il se mit à prier avec ferveur et fit ce vœu au Seigneur : « Mon Sauveur ! Aide-moi à bien écrire mes rédactions, et je promets de devenir moine et de T’appartenir avec toutes les fibres de mon être.» Dès ce moment, ses rédactions furent toujours les meilleures de la classe.

Lorsqu’il termina le Séminaire, sa mère, considérant que sa santé était trop fragile pour qu’il étudie à l’Académie, essaya de faire en sorte qu’il devienne prêtre. A cette fin, il était nécessaire de trouver une fiancée. Aimant sa mère et ne s’opposant jamais à elle en rien, Nicolas se soumit entièrement à sa volonté et garda même le silence au sujet de son vœu de devenir moine. Ne soupçonnant rien, sa mère se mit à arranger  un mariage pour son fils, et, durant l’été, ils visitèrent plusieurs villes et villages à la recherche d’une fiancée convenable. Mais tel n’était pas le dessein de Dieu, et à chaque fois la tentative échouait, souvent de manière totalement incompréhensible. Finalement, au milieu du mois d’août 1904, elle dit : « Tous nos efforts au sujet de ton mariage et pour t’établir prêtre n’ont abouti à rien. Maintenant tu organises ton propre futur. »

« Dans ce cas, » répondit Nicolas, « allons à la cathédrale, vers notre Mère, la Reine des Cieux, auprès de son icône miraculeuse de Bogolioubski et demandons à la Mère de Dieu de me montrer elle-même le chemin de ma vie. »

Sa mère accepta volontiers. Il s’avéra que l’icône miraculeuse était retournée au village de Zimarova, où elle était habituellement gardée. Cependant, en chemin vers la cathédrale, ils rencontrèrent un ami de Nicolas, Micha Smirnov, et Nicolas lui fit part de sa difficulté. « Tu as été un si bon étudiant, ce n’est sûrement pas pour devenir un simple lecteur », dit Micha, « Tu devrais t’inscrire à l’Académie. » Lorsque Nicolas protesta qu’il était déjà trop tard et qu’il n’était absolument pas préparé pour les examens de présélection, Micha lui signala qu’à cause des travaux de rénovation les examens d’entrée à l’Académie théologique de Saint Petersbourg avaient été reportés à la fin d’août. « Tu es une personne de grande foi, » dit Micha avec emphase, « mets ton espoir en Dieu ! Le Sauveur Lui-même t’aidera. Vas-y sans préparation. »

Ces paroles inattendues de la première personne qu’ils rencontrèrent, Nicolas les pris comme la réponse de la Très Pure Mère de Dieu à sa prière, lui indiquant de manière claire et précise la voie de sa vie. Durant ce temps, il avait ressenti une joie inhabituelle en son cœur et, lorsqu’il confia cela à sa mère, elle déclara qu’elle aussi éprouvait une grande joie et ajouta : « Il est manifeste que c’est là la volonté de Dieu. Il est évident que c’est ta voie. » Nicolas se rendit alors à la bibliothèque du Séminaire et rassembla une pleine pile de livres. Durant les dix jours dont il disposait pour se préparer, il n’eut que le temps de regarder les titres des chapitres et de survoler les milliers de pages d'épais manuels de théologie. De tout cela, il n’en résulta dans sa tête qu’un chaos.

Sa mère lui donna ses derniers sous pour le voyage, avec sa bénédiction, et Nicolas se mit en route pour l’Académie.

Les examens écrits commencèrent. Le plus difficile était le premier, de logique, sur le sujet : « D’un point de vue logique, comment explique-t-on que dans des débats philosophiques, pour la même question les argumentations des deux parties puissent être diamétralement opposées l’une à l’autre ? » Ce sujet difficile était donné le premier dans le but de sélectionner immédiatement les meilleurs séminaristes venant de toute la Russie. Des soupirs se firent entendre parmi les étudiants. L’un, puis un autre, commença à se lever et à rassembler ses affaires pour rentrer chez lui. Nicolas se mit à prier avec ferveur : « Ô Seigneur, donne-moi de comprendre ce qu’il faut écrire pour un si difficile sujet. » En réponse, il entendit une voix à l’intérieur : « N’écris pas d’un point de vue logique, mais plutôt psychologique. » Il se mit aussitôt à écrire que, d’un point de vue logique, cela était impossible à expliquer, parce que les lois de la logique sont identiques. Et il développa son thème avec une approche psychologique, basée sur les paroles du Sauveur : « Du cœur procèdent les pensées ». Voilà pourquoi du cœur fier de Léon Tolstoï sortirent de faux enseignements, mais que du cœur rempli de grâce du Père Jean de Kronstadt sourdait la vérité. Nicolas s’inquiétait d’avoir pris la liberté de modifier le sujet, mais, à sa grande surprise et joie, il reçut la note 4,5 pour cette rédaction, qui fut la note la plus haute, et se plaça loin devant la multitude des 2 et des 3, et même des 1, reçus par les autres étudiants.

Après cela commencèrent les examens oraux. Le premier concernait la théologie dogmatique. Seuls deux jours étaient donnés pour la préparation. Nicolas les passa dans le grenier de l’Académie, à feuiller les pages d’épais manuels. A minuit, la veille de l’examen, il s’assit sur les escaliers menant au grenier et pleura. Durant ces deux jours, tout ce qu’il avait réussi à faire était de se convaincre que, des 150 questions, il n’en connaissait qu’une seule : « L’histoire du dogme de la Sainte Trinité », parce qu’il y avait répondu à un examen au Séminaire. En larmes, Nicolas pria : « Ô Seigneur, mon Sauveur, Toi Qui es miséricordieux et tout puissant, fais que demain la question ‘L’histoire du dogme de la Sainte Trinité’  tombe sur moi. Sinon j’échouerai, et je rentrerai chez moi en grande peine et j’affligerai ma mère. »

Avant de se rendre à l’examen le matin suivant, il alla à l’église de l’Académie, où il se prosterna devant l’icône du Sauveur et répéta sa requête. Chaque étudiant était interrogé durant une demi-heure et plus, et beaucoup d’entre eux répondirent très bien parce qu’ils avaient préparé durant tout l’été. Nicolas était anxieux, et il priait le Sauveur avec ferveur. Finalement, vers trois heures, vint son tour. Tremblant, il retourna la carte de la question et lut : « L’histoire du dogme de la sainte Trinité ». Le Seigneur avait répondu à sa prière ! Sobolev donna une excellente réponse et reçut la note de 4,75. Sa joie était sans limite en prenant conscience de l’aide divine du Sauveur.

L’examen suivant portait sur l’histoire de l’Eglise. Il y avait deux fois plus de matériel sur ce sujet que pour la dogmatique et il y avait 250 questions à préparer. En parcourant les questions, Nicolas fut consterné de voir qu’il ne connaissait bien qu’une seule question : « L’histoire de l’hérésie arienne après le concile de Nicée ». Tout comme il l’avait fait lorsqu’il se préparait pour la dogmatique, la veille de l’examen sur l’histoire de l’Eglise, il s’assit à la porte du grenier et pleura. Et, à nouveau, il se mit à prier ardemment que le Sauveur, une fois de plus, lui accordât son divin secours. « Mon Sauveur, ma Joie, » dit-il, « Toi Qui es miséricordieux et tout puissant, qu’est-ce que pour Toi de répondre à ma demande ? Tu sais que je connais qu’une seule question et que je ne connais pas les autres. Je Te prie, fais que je tombe sur la question ‘L’histoire de l’hérésie arienne après le concile de Nicée’h. Sinon j’échouerai, je rentrerai chez moi et affligerai ma mère. » De retour dans sa chambre, Nicolas s’endormit en larmes.

Le matin suivant, à l’examen, souffrant terriblement d’anxiété et de l’incertitude de son sort, il ne pouvait que répéter : « Ô Seigneur, aide-moi. Ma joie, ma Providence, aide-moi. » Lorsque Nicolas fut appelé à la table d’examen, tenant à peine sur ses jambes, il tira et retourna la carte de la question. Quelle joie il ressentit lorsqu’il lut : « L’histoire de l’hérésie arienne après le concile de Nicée » ! Il put à peine contenir son sentiment de reconnaissance envers le Sauveur, Qui lui avait si miraculeusement révélé Sa protection une seconde fois.

Sobolev répondit si bien que les professeurs décidèrent d’envoyer une lettre de remerciement au Séminaire de Riazan pour ce brillant étudiant. Et quand il retourna à sa place, les autres étudiants chuchotèrent : « Bravo, le Riazanien ! » Pour le reste des examens, Nicolas n’osa pas demander davantage la faveur du Sauveur, mais ils se passèrent bien également. Et ainsi, avec l’aide du Seigneur, Vladika entra à l’Académie de théologie sans aucune préparation. Quand Nicolas fut en quatrième année à l’Académie, l’inspecteur, l’archimandrite Théophane, lui demanda de but en blanc s’il avait l’intention de devenir moine. Nicolas, dans son humilité, se considérant indigne de l’exploit [podvig] monastique, fut tourmenté par cette question, ne sachant pas quelle était la volonté de Dieu à son égard. Afin de résoudre sa perplexité, il écrivit une lettre au Père Jean de Kronstadt, mais ne reçut pas de réponse. Il interrogea également le starets Anatole (Potapov) d’Optino, mais l’Ancien écrivit qu’il ne pouvait pas répondre à cette question sans voir Nicolas en personne. Lorsque Nicolas reçut la lettre du Père Anatole, il s’affligea encore davantage : de nulle part il ne pouvait recevoir de réponse directe indiquant la volonté de Dieu à son sujet.

 

En ce moment, il était en train de lire la vie de saint Séraphim de Sarov – le livre posé ouvert sur sa table. Tourmenté par son embarras, Nicolas se mit à arpenter sa chambre, lorsque soudain il lui vint à l’esprit : « Quelle petite foi est la mienne ! Tiens, maintenant même saint Séraphim est vivant. Il se tient devant le trône de la Sainte Trinité. Il peut maintenant même résoudre tous les problèmes et toutes les questions, si nous nous tournons vers lui avec foi dans nos prières. Je vais à l’instant aller à la table où la biographie est posée. Je me tournerai vers lui comme vers une personne vivante, me mettrai à genou et le supplierai de résoudre mon dilemme : dois-je me marier et devenir prêtre, ou dois-je devenir moine ? »

Et Nicolas fit simplement cela. Se prosternant, avec une prière il ouvrit le livre et lut : « Un certain novice de l’ermitage de Glinsk, hésitant excessivement au sujet de sa vocation, vint dans ce but à Sarov pour demander le conseil du Père Séraphim. Tombant aux pieds du saint, il le supplia de résoudre la question vitale qui le tourmentait :’Est-ce la volonté de Dieu pour lui et son frère Nicolas qu’ils entrent au monastère ?’ Le saint starets répondit au novice : ‘Sauve-toi et sauve ton frère !’ »  Nicolas prit ces mots de saint Séraphim comme une révélation divine de Dieu qu’il devait devenir moine, ce qui, de fait, était le désir de son cœur. Dès ce moment, il considéra le monachisme non seulement comme le chemin de sa vie, ordonné par Dieu, mais également comme la voie de son frère Micha (qui par la suite devint l’archimandrite Serge).

Quand le moment de sa tonsure approcha, on demanda à Nicolas quel nom il voudrait recevoir. Il dit que, dans la mesure où un moine doit renoncer à sa volonté propre dès le tout début, il était désireux d’accepter quel que nom qu’on lui donnerait. « Bien, mais prends garde à ne pas te fâcher si tu reçois un vilain nom », lui dit l’inspecteur, l’archimandrite Théophane. Il se révéla ensuite qu’on avait décidé de lui donner le nom de Dosithée. Mais il en advint autrement. La veille de la prise d’habit, le recteur de l’Académie, l’évêque Serge, qui était censé le tonsurer, alla dîner avec le marchand Rubakhin. Les deux jeunes filles de Rubakhin se mirent à demander au recteur quel nom il allait donner au nouveau moine. En entendant que ce devait être Dosithée, elles le supplièrent de le changer, non seulement en un autre, mais en le plus beau possible.

De retour dans sa calèche, l’évêque Serge se souvint tout à coup que lorsqu’il avait été présent à l’ouverture des reliques de saint Séraphim, il avait fait le vœu à ce saint que, s’il devenait recteur de l’Académie de théologie de saint Petersbourg, il nommerait Séraphim le premier étudiant qu’il tonsurerait. Il décida donc d’appeler Nicolas de ce nom en l’honneur du grand saint de Sarov. Pendant la cérémonie, lorsque Nicolas entendit : « Notre frère Séraphim tond les cheveux de sa tête », il tressaillit de surprise et fut rempli d’un grand amour et de reconnaissance envers Saint Séraphim, en pensant : « Il ne m’a pas seulement révélé la volonté de Dieu que je devienne moine, mais il a bien voulu me prendre sous sa direction remplie de grâce ».

En embrassant le monachisme, le nouvellement tonsuré  Séraphim se donna au jeûne strict et à la prière incessante. Ainsi, depuis le jour de sa prise d’habit jusqu’à sa mort même, Vladika ne mangea pas de viande. Durant de nombreuses années, il ne mangea qu’une fois par jour.

Ayant obtenu son diplôme près du sommet de sa volée, le Père Séraphim enseigna une année dans un collège de prêtres avant d’être nommé superviseur assistant de l’école diocésaine de Kaluga. Là, les élèves aimaient beaucoup le Père Séraphim, spécialement les petits des premiers degrés, qui avaient quitté leurs parents pour la première fois et pleuraient d’être séparés de leur mère. Avec son cœur aimant, le Père Séraphim devinait immédiatement la cause du chagrin des enfants et les consolait. Tous les jours, pendant les heures libres et spécialement durant les jours fériés, il allait vers les groupes des plus jeunes et engageait avec eux des discussions édifiantes, surtout à partir des vies des saints. Les enfants devinrent très attachés à ce directeur bon et affectueux qui comprenait si bien leur cœur. Il était leur premier ami, et leur médiateur, et également une tendre mère. Lorsque, durant ses heures libres, le Père Séraphim passait dans les couloirs, les élèves des différentes classes sortaient en courant, chacun essayant de l’attirer dans sa salle de classe. « Viens vers nous, Batioushka, viens vers nous ! » criaient-ils, rivalisant pour attirer son attention. Le Père Séraphim essayait de leur rendre visite à tous et de les inspirer par ses paroles. Lorsqu’après deux ans et demi, le hiéromoine Séraphim fut transféré à Kostroma, la douleur des enfants fut indescriptible. Ils pleurèrent à chaudes larmes. Le jour du départ, certains refusèrent de manger, et ils retournaient sans cesse auprès de lui pour lui adieu, et à chaque fois le Père Séraphim remettait en souvenir et consolation des petites icônes, des croix, ou quoi que ce fût qu’il avait sous la main.

Alors qu’il était encore à Kaluga, Vladika se déplaça souvent à l’ermitage d’Optino, où il rendit visite aux startsi Anatole, Barsanuphe et Joseph. Le Père Anatole le traitait avec un amour particulier et était son père confesseur.

En 1910, durant les vacances de Noël, le Père Séraphim décida d’aller rendre visite à sa mère, à Permyshl. Sa mère en fut enchantée, mais s’inquiéta de savoir comment elle allait nourrir son fils préféré. Elle s’inquiétait pour sa faible santé et aurait fortement voulu le faire grossir, mais il ne mangeait pas de viande et il n’était pas possible de trouver du poisson en ville durant l’hiver. Après avoir prié ardemment devant l’icône de Saint Nicolas le Thaumaturge, elle revêtit une touloupe et sortit dans la rue. Bientôt apparut un homme marchant de l’autre côté de la rue et elle l’appela : « Etes-vous pêcheur ? » « Je le suis. Qu’y-a-t il ? » « Eh bien, dans quelques jours mon fils, qui est moine, va venir me rendre visite. Il ne mange pas de viande, seulement du poisson. Alors, allez à la rivière et attrapez du poisson pour lui, et je vous paierai autant que vous le voulez. » « Vous croyez qu’on peut attraper du poisson maintenant, ma brave dame ? Tiens ! Il fait moins 25°c. Tous les poissons sont descendus au fond. » Mais la mère de Vladika insista : « Mon fils priera pour vous. » L’homme finalement accepta. Il se rendit à la rivière Oka, où il passa environ une heure à casser la glace d’un mètre d’épaisseur. Puis, se signant et priant comme la femme lui avait indiqué, il jeta le filet dans le trou, en disant : « Ô Seigneur, pour l’amour de ton serviteur, le Père Séraphim, envoie un poisson. » A peine le filet était-il descendu que quelque chose se prit dedans, et l’homme retira une énorme brème argentée qu’il apporta aussitôt à la mère de Vladika. Au comble de la joie, la mère lui offrit de l’argent, mais il resta inflexible dans son refus : « Allons, allons, ma brave dame, je n’ai besoin de rien, tiens ! Ce fut une pêche miraculeuse. Dites à votre fils de prier pour le serviteur de Dieu, Pierre. » Et il partit.

En 1912, le hiéromoine Séraphim fut nommé recteur du séminaire de Voronège. A l’époque, ce séminaire était dans des conditions précaires en qui concerne la discipline. Peu après son arrivée, il eut une discussion avec tous les séminaristes, et il remarqua que les élèves indisciplinés se moquaient de lui sans crainte d’être repris. Le soir, l’inspecteur apporta au recteur une liste des fauteurs de trouble et proposa de les expulser sans délai. Le Père Séraphim prit la liste et dit qu’il s’occuperait lui-même des coupables. Pendant ses heures libres, il se mit à les convoquer un par un dans son bureau ; il leur parla affectueusement et usa de persuasion. Comme résultat, il obtint d’eux des larmes sincères de repentance et une promesse de se corriger. En un an, Vladika avait tellement transformé le séminaire qu’il était considéré par l’inspecteur du Synode comme le meilleur du pays.

Le premier octobre 1920, le jour de la fête de la Protection de la Très Sainte Mère de Dieu, dans la cathédrale de Simferopol, l’archimandrite Séraphim fut consacré évêque. Ce fut un grand réconfort pour lui qu’en cette occasion, par les voies insondables de la Providence divine, le grand trésor sacré de Russie, l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu du Signe, de Koursk, fût présente dans la cathédrale.

Peu après cela, à sa grande douleur, Vladika dut quitter son pays natal. Il passa quelque temps à Constantinople, avant de se déplacer en Bulgarie où, en août 1921, il fut nommé directeur des communautés monastiques russes orthodoxes de là-bas.

A vivre dans un constant effort ascétique, à cause de l’abstinence et des difficiles conditions de vie, Vladika contracta la tuberculose. En dépit de sa grave maladie, il prit soin de son troupeau avec une réelle ferveur pastorale. Il célébrait fréquemment et faisait des sermons trois fois par semaine, appelant son troupeau à la repentance, et à un amendement rempli par la grâce, et à la plus basique des vertus chrétiennes, l’humilité. Particulièrement remarquables étaient ses sermons le Dimanche du Pardon, alors que, après son exhortation, de nombreuses personnes qui se querellaient depuis des années se demandaient réciproquement pardon avec des larmes.

En tant qu’évêque, Vladika Séraphim, fit le tour des paroisses russes dans les provinces, et visita les écoles russes. Ses paroles, et sa chaleureuse et aimante personnalité, laissaient partout une durable impression remplie de grâce. Bien que dans des conditions matérielles difficiles, Vladika prenait également soin des Russes pauvres et malades. Pour certains, il prenait en charge une hospitalisation, d’autres, il les plaçait dans des homes pour invalides, pour certains, il obtenait des pensions, d’autres, il les nourrissait chez lui, et d’autres encore, il les installait dans son monastère. Il ne négligea pas davantage les moines russes indigents du Mont Athos. Il forma un comité pour récolter de l’aide en leur faveur et, dans ses sermons, exhortait les paroissiens à offrir des dons pour cette œuvre sainte.

En 1934, Vladika fut élevé à la dignité d’archevêque. Doué spirituellement depuis ses premières années et constamment engagé dans un fougueux combat contre les passions, Vladika, alors qu’il était un relativement jeune évêque, atteignit de grandes hauteurs spirituelles. Plusieurs de ses enfants spirituels ont rapporté des cas de sa clairvoyance, qui se manifestait même à de longues distances. Par sa pureté angélique, Vladika reçut du Seigneur le don de déceler les plus subtiles déviations de la vérité chrétienne orthodoxe. Il veillait sur la vie chrétienne orthodoxe et était sa conscience, où que ce soit. Là où il remarquait de l’irrégularité, il la dévoilait sans compromis, ne craignant pas de souffrir pour la vérité. Comme résultat, il produisit des oeuvres théologiques inestimables.

Le plus grand travail de Vladika fut la réfutation de l’hérésie du théologien parisien, l’archiprêtre Serge Boulgakov, pour laquelle il reçut, en 1937, une maîtrise en théologie. Il se hâtait d’achever ce travail dans un certain délai, lorsqu’il tomba malade avec de la fièvre. Il implora la Mère de Dieu à l’intercession pieuse de Laquelle il avait eu recours toute sa vie, la suppliant de le guérir. Et que se passa-t-il ? La température de Vladika baissa instantanément et il put terminer son travail dans les temps impartis.

Vladika épanchait tout son amour pour le Sauveur dans ses ouvrages théologiques, défendant avec ferveur les vérités de l’Orthodoxie. « Mes livres sont mon sang » déclarait-il. Et, en vérité, il donna sa vie pour le Christ dans le combat contre les hérétiques, n’épargnant pas ses forces, ni sa santé brisée. Vladika travaillait constamment la nuit. Ceci fâchait son frère, l’archimandrite Serge, tout comme moi-même, au vu de sa faible santé. Le sachant Vladika rédigeait en cachette. Le soir, il se couchait et, quand tout le monde s’était endormi, il se levait et continuait d’écrire, prenant avantage du calme de la nuit, considérant qu’il était de son devoir pastoral de défendre la vérité. Ce n’est pas par hasard que le Seigneur a appelé Vladika dans l’autre monde le jour où la Sainte Eglise célèbre le triomphe de l’Orthodoxie et ses défenseurs.

En conclusion, je rapporterai ce que Vladika dit à ses enfants spirituels, avant sa mort : « Si je trouve de l’audace devant le Seigneur, je ne vous quitterai pas » et, de fait, la nuit suivant ses funérailles, Vladika apparut en rêve à l’un de ses fils spirituels, un moine, et dit : « Pourquoi pleures-tu ? Je ne suis pas mort, je suis vivant ! »

Et nous croyons que dans les demeures du Paradis, « là où les justes jouissent du repos », il prie pour nous et que nous pouvons nous adresser à lui avec nos peines comme à une personne vivante, et qu’il nous entendra et nous aidera toujours. A nouveau, je me permettrai de vous remémorer les paroles sorties du cœur aimant de notre Vladika, qui consacra sa vie pour son troupeau qui lui avait été confié par Dieu : « Je ne suis pas seulement votre père, mais également votre mère. »

Gardons à jamais dans nos cœurs ces mots de réconfort de notre inoubliable archipasteur. Amen.
 
Tiré de « Un mot en souvenir », 
prononcé le premier anniversaire du repos de l’archevêque Séraphim, 
le 13/26 février 1951.
Source : www.roca.org/OA  
traduction hypodiacre Pierre