"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 10 septembre 2015

Entrevue avec l'archimandrite Joachim [Parr] (2)


Archimandrite Joachim [Parr]

Et vous soulignez que les gens ne savent pas vraiment comment aimer. Nous ne savons même pas ce qu'est l'amour.

Dans la période avant la chute, Adam et Eve vivaient dans le jardin du Paradis, dans la conscience de Dieu et de Sa Présence constantes, ils n’étaient pas hors de Sa Présence. Quand ils ont commencé à se tourner vers eux-mêmes, ont commencé à penser à eux-mêmes et ont commencé à considérer la conscience de Dieu, l'amour de Dieu, leur relation avec Dieu et la transformer en "et moi dans tout cela ?" alors ils sont tombés dans le péché, ils sont devenus fiers et désobéissants. 

Ainsi, l'homme ne vit plus en connexion constante avec Dieu et il doit lutter pour retrouver cette connexion parce que l'homme a perdu la conscience de Dieu. L'homme doit travailler dur maintenant et lutter pour la récupérer. 

C’est arrivé parce que nous sommes devenus centrés sur nous-mêmes au lieu d’être centrés sur Dieu. Donc, tout tourne autour de nous maintenant. Et parce que tout tourne autour de nous, toutes les relations sont difficiles. Chaque relation que nous avons avec tout être humain est difficile parce que nous pensons de nous-mêmes. Nous disons: "Je t’aime-M’aimes-TU? Tu l’as promis, mais tu ne le fais pas! Tu n’as pas fait ceci, pas fait cela!" Tout tourne autour de nous-mêmes. Voilà pourquoi nous devons apprendre à aimer. 

L'amour vient toujours avec le souci que l’on a de l'autre, et non pas lorsque vous prenez soin de vous. Si vous aimez, cela concerne toujours l'autre, pas vous. Si cela vous concerne, il s’agit de l'amour de vous-même. Si vous étiez dans une pièce de dix personnes et que vous avez dit: "J'aime tout le monde dans cette salle, sauf cette personne", cela signifie que vous n’en aimez pas une sur dix. Aimez-vous vraiment qui que ce soit? Bien sûr que non! La seule personne que vous aimez, c’est vous-même. 

Si vous aimez les gens en fonction de la façon dont vous les jugez, selon la façon dont ils réagissent à vous, vous ne pensez qu’à vous. Nous devons être guidés par Dieu pour aimer tout le monde, sans distinction, sans aucune différence! Ce ne sont pas les actions ou l'apparence de quelqu'un, ce n’est pas ce qu'il promet -il est qui il est. Qui êtes-vous et qui suis-je? Vous êtes un enfant de Dieu, vous êtes celui que Dieu aime, et Il m’aime aussi. 

Il y a d'autres points de vue, aussi. Je ne peux pas dire: "Je ne l'aime pas," parce que je ne vous aime pas non plus, je n’aime juste que moi. Voilà pourquoi l'amour est toujours lié à Dieu, sans Dieu il n'y a pas d'amour. Vous ne pouvez pas dire: "J'aime mon mari, mais je ne connais pas Dieu." Non, vous n'aimez pas votre mari, vous vous aimez et vous n’avez aucune idée de qui est votre mari, ou même de qui vous êtes. Nous devons aider les gens à parvenir à la prise de conscience que la seule vraie relation humaine est l'amour de Dieu et l’amour de notre prochain.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Sainte Russie

mercredi 9 septembre 2015

Entrevue avec l'archimandrite Joachim [Parr] (1)

Il y a à Manhattan (New York, USA) une maison qui porte le nom de Mercy House (Maison de la Miséricorde). Sur Third Street, depuis 1993, Père Joachim [Parr] a transformé, avec l'aide de nombreux volontaires, une maison en ruine en un monastère avec une chapelle dédiée à sainte Marie d'Egypte. La communauté grandit peu à peu. 

Ceux qui ont eu la bénédiction de rencontrer Père Joachim et d'assister à un office dans la chapelle de Mercy House, immergés dans la beauté du chant monastique [en langue anglaise], ont oublié qu'ils étaient à New York, et se sont crus un instant dans la Sainte Russie avec un staretz bienveillant dont l'accueil et la gentillesse sont ineffables.
*
Le texte que nous traduisons ces jours est celui d'une entrevue entre l'archimandrite Joachim, et Christina Polyakova. Il fut publié sur Pravoslavie.ru.
C.L.-G.
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Archimandrite Joachim [Parr]


Père Joachim, lorsque vous parlez à des gens à l'église ou dans des conférences, vous parlez constamment de l'amour. Pourquoi prêtez-vous tant d'attention à l'amour dans la vie des gens, et commencez-vous toujours par ce thème?

La relation humaine ultime, la relation vraiment humaine, l’Écriture nous l’explique très simplement: "Vous pouvez tout faire: faire toutes sortes de miracles, prendre soin des malades, ressusciter les morts, marcher sur l'eau, déplacer des montagnes, mais si vous n’avez pas l'amour, vous n’avez rien." Parce que c’est ça la vie : la relation. Et il n'y a pas de relation sans amour. 

Voilà pourquoi nous avons à prendre soin de l'autre. Pour veiller au bien-être d'un autre plus que pour vous-même. Donc, l'amour exige que vous sortiez de vous-même. L’amour exige que vous ne vous aimiez pas, mais que vous aimiez l'autre. L'amour est le seul acte véritablement humain; il est libre par rapport à l'isolement. Tout ce que nous faisons en tant qu'êtres humains concerne la philautie [amour de soi], l'amour de Dieu, ou l'amour de l’autre. L'amour de soi est destructif, il vous isole, vous rend individuel, enfermé dans votre monde, vous inquiétant de tout. 

L’amour de Dieu et de votre prochain vous fait sortir de vous-même. La raison pour laquelle je parle de l'amour est parce que le Christ a parlé de l'amour. Le Christ est venu parce que, comme il est dit dès le début, "Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné Son Fils unique." La seule raison pour laquelle le Christ soit ici, est l’amour, et Il est venu nous apprendre à aimer. Mais nous ne savons pas comment. 

Les gens disent: "Oh, je dois m’aimer, m’inquiéter de ceci, me préoccuper de cela," et je leur dis: "Dans les quatre Evangiles, qui nous sont donnés pour nous guider, il n'y a pas un seul endroit dans les quatre Evangiles, où vous entendez Jésus-Christ dire, "Je vous ordonne de vous aimer." Il dit, "Je vous ordonne de vous aimer les uns les autres. Vous devez aimer le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre force, et aimer votre prochain comme vous-mêmes, "  mais rien sur l'amour de vous-même! Dieu dit que nous devons aimer nos ennemis! 

L'ensemble du message du Christ concerne l'amour : amour de Dieu, du prochain; il est à propos de cette relation, et rien sur l'amour de soi. Donc, il est impossible de parler de Dieu ou de l'Église, même de l'homme et de ne pas parler de l'amour. Voilà pourquoi je parle de l'amour tout le temps.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Recension: Jean-Claude Larchet, « Saint Gabriel, Fol-en-Christ de Géorgie »


Sur Orthodoxie.com


Jean-Claude Larchet, « Saint Gabriel, Fol-en-Christ de Géorgie », L’Âge d’Homme, Lausanne, 2015, 132 p. (collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »).
Saint Gabriel Ourguébadzé (1929-1995) a été canonisé en 2012 par l’Église de Géorgie dans une catégorie de saints qui est très spéciale mais qui a toujours été représentée dans l’Église orthodoxe au moins depuis le IIIe siècle et jusqu’à nos jours : celle des fols-en-Christ (ou fous-pour-le Christ), appelés en grec saloi et en russe jurodivyj.
Ceux-ci sont devenus rares depuis plusieurs siècles en Grèce et dans les pays hellénophones. En revanche, ils ont été nombreux en Russie entre le XVIe et le XIXe siècles; il y en avait encore un certain nombre dans les deux premières décennies du XXe siècle, mais ils ont été durement traités par l’État communiste qui les a éliminés de la vie sociale en les internant dans des hôpitaux psychiatriques.
Saint Gabriel est sans aucun doute l’un des derniers fols-en-Christ connus dans tout le monde orthodoxe. Il est décédé il y a seulement vingt ans, a été canonisé par l’Église de Géorgie moins de vingt ans après sa dormition, et beaucoup de ses enfants spirituels, et de ceux dont il a réorienté la vie, ou qu’il a marqués par ses paroles, ses actes ou ses miracles sont aujourd’hui parmi nous et peuvent témoi­gner de manière vivante de sa vie, de sa personnalité et de ses cha­rismes.
Saint Gabriel est une figure originale de la spiritualité orthodoxe contemporaine non seulement en tant que fol-en-Christ, mais encore parce qu’il fut dans le même temps un confesseur de la foi, un martyr des persécutions communistes, et un authentique starets, doué des charismes de clairvoyance et de prophétie qu’il a mis au service de ce qui, dans la vie spirituelle, outre l’humilité, lui parais­sait essentiel : l’amour du prochain. Un amour qui chez lui se mani­feste souvent par des moyens détournés, qui parfois brusque les gens pour les réveiller de leur torpeur et provoquer en eux un élec­trochoc spirituel, mais qui est toujours authentique et profond, et n’a d’autre but que d’aider chaque personne à se réorienter vers Dieu et à se rapprocher de Lui. Les nombreux miracles accomplis par saint Gabriel avant et après sa mort témoignent abondamment qu’il fut un porteur de l’Esprit et un dispensateur généreux de la grâce divine.
Ce livre expose en détail la vie tourmentée de ce nouveau saint. Il montre en quoi il s’apparente, par les diverses caractéristiques de son comportement, aux fols-en-Christ orthodoxes du passé, avant de présenter sa personnalité exceptionnelle à travers des apophtegmes aussi savoureux qu’édifiants qui rappellent ceux des Pères du désert. Il récapitule enfin son enseignement spirituel dispensé en des formules brèves mais pleines de sagesse et de force salvatrice
Saint Gabriel n’a pas laissé d’écrit et ses homélies n’ont pas été enregistrées. Mais le témoignage de sa vie tout entière, les apoph­tegmes que nous ont légués les témoins de celle-ci, et les paroles qu’ont recueillies ceux qui l’ont approché, constituent des enseigne­ments forts pour la vie spirituelle, dont tous les lecteurs de ce livre pourront tirer profit.
Cet ouvrage est publié avec la bénédiction de Sa Sainteté et Béatitude Élie II, catholicos-patriarche de Géorgie.
Source: Éditeur

Prière de Jésus

Librairie de la Transfiguration


Rien n'est plus beau que la foi chrétienne.

 De Monseigneur Daniel et Monseigneur Amphiloque

mardi 8 septembre 2015

Une vie inédite de Père Seraphim [Rose], écrite par son parrain (5 et fin)




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Trois icônes de Père Seraphim




Père Seraphim disait toujours: "Gardez votre esprit au Ciel et les pieds sur terre." Ce fut l'essence de sa philosophie, le secret de son influence sur les gens: son approche était pratique, "terre à terre", mais dans le même temps ascétique et spirituelle. 

Il accordait de la valeur à l'humilité et à la modération, et avait un grand respect pour les opinions des autres. Il était patient, gentil et plein d'amour. Il répétait toujours: "Ne blâmez pas les autres, blamez vous. Ne vous justifiez pas. Regardez toujours vos propres péchés, et ne jugez pas votre frère…"

Je gardais toujours contact avec lui. Nous avons échangé des lettres. Une fois -une occurrence rare- il a visité la côte Est, et est resté chez moi dans le New Jersey, où il a fait une causerie pour nous tous. Il a parlé de la vie dans son monastère, dans le désert, des animaux qui vivent dans la forêt… 

Encore une fois, il a parlé longuement et avec beaucoup d'amour à propos de la Russie, des problèmes rencontrés par la Russie d'aujourd'hui, de la résurrection à venir de la foi, de la souffrance des croyants russes, et de la persécution du Père Dimitri Dudko "qui a trop attiré l'attention, et fait trop de convertis." Il insiste sur le fait que nous devrions être reconnaissants à Dieu pour Sa miséricorde: d’avoir le trésor de l'Orthodoxie à notre disposition, d'avoir les sacrements, d’avoir une Eglise où nous pouvons prier... Je l'ai conduit alors à Jordanville dans l’état de New York et à Lakewood, dans le New Jersey. Dans la voiture, nous chantions ensemble…

Il est mort en 1982, après une courte maladie, à l'âge de 48 ans, dans le plein épanouissement de ses talents. A lui, à notre cher ami, qui jamais ne sera oublié, peuvent être appliquées les paroles suivantes de la Bible:

Mais le juste, lors même qu'il meurt avant l'âge, trouve le repos. Une vieillesse honorable n'est pas celle que donne une longue vie; ni celle qui se mesure au nombre des années. Mais la prudence tient lieu pour l'homme de cheveux blancs, et l'âge de la vieillesse, c'est une vie sans tache.
Etant agréable à Dieu, il était aimé de lui, et, comme il vivait parmi les pécheurs, il a été transféré.
Il a été enlevé de peur que la malice n'altérât son intelligence, ou que la ruse ne pervertît son âme. Arrivé en peu de temps à la perfection, il a fourni une longue carrière. Car son âme était agréable au Seigneur; c'est pourquoi le Seigneur s'est hâté de le retirer du milieu de l'iniquité. (Livre de la Sagesse 4: 7-11, 13-14)


Dimitri Andrault de Langeron

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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Diverses icônes de Père Seraphim [Rose]


Father Seraphim in blessed repose. His face was so peaceful and beautiful that the traditional face cloth was removed.
Père Seraphim [Rose] le jour de ses funérailles
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Archbishop Hilarion holds an icon of Seraphim Rose.

Le métropolite Hilarion avec une icône de Père Seraphim 

Vladyka Lazar ( OCA) 
encensant une icône de Père Seraphim [Rose]
de bienheureuse mémoire
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Unique Georgian Icon of Fr Seraphim Rose.: Unique Georgian Icon of Fr Seraphim Rose.


Blessed Fr. Seraphim Rose

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Une analyse pertinente: Vladimir Poutine : «la crise migratoire en Europe était inévitable»

lundi 7 septembre 2015

Une vie inédite de Père Seraphim [Rose], écrite par son parrain (4/5)


fr seraphim rose: fr seraphim rose


Après tout cela, la vie d'Eugène a pris une tournure extraordinaire. Il donna totalement, absolument, sa vie au Christ. Il se retira dans le désert près de Platina, en Californie, avec un ami, Gleb Podmoshensky (Gleb, le futur Higoumène Herman, m’avait présenté à Eugene). Ils construisirent de leurs propres mains un petit monastère: plusieurs petits bâtiments, minables, dans lesquels il n'y avait pas de chauffage, pas d’électricité, pas de téléphone, pas d’eau courante (seulement un ruisseau dans la vallée).

Dans ce cadre paisible, la vie d'Eugène était un vie de prière constante... Malgré les difficultés, il était heureux d'être au sein de la nature. Les animaux, qu'il aimait, vinrent à lui pour être nourris... Il ne quittait le monastère qu’avec beaucoup de réticence. Il n’avait aucune envie de voyager, de visiter d'autres endroits. Il était heureux là où il était, parce que, comme un poète l’a dit une fois, il pouvait "Voir le monde dans un grain de sable, et le ciel dans une fleur sauvage; Tenir l'infini dans la paume de sa main, et l'éternité dans une heure. " (William Blake 1757 à 1827).

Eugene devint le Père Seraphim, hiéromoine. Il continua à éditer une revue (THE ORTHODOX WORD/La Parole Orthodoxe commencé à San Francisco) dont le sujet principal était la description de la vie des saints et des habitants du désert. Ce journal est devenu un succès. Père Seraphim a touché la vie de milliers de personnes. Beaucoup sont venus à la foi grâce à lui. Malgré sa vie ascétique, semblable à la vie des habitants du désert, il trouvait le temps d'écrire, et ses écrits attiraient l'attention immédiate ici, en Europe, dans le monde entier, et notamment en Russie.

Deux de ses livres se détachent du lot: l'Orthodoxie et la Religion du Futur et L'Âme après la Mort [1].  Il est devenu peut-être l'un des meilleurs écrivains religieux du XXe siècle. Tout ce qu'il a écrit est important pour ceux qui s’intéressent à la religion: les jeunes, les débutants, et ceux matures, déjà établis dans leur foi.

Père Seraphim a traduit de nombreux textes et des livres religieux russes fondamentaux, par exemple ceux de l'archevêque de Jordanville Averky (de Holy Trinity Monastery, NY). Il a écrit une étude patristique profonde sur la théorie de l'évolution. Il admirait Saint Augustin, lisait ses Confessions pendant le carême, et le mentionnait souvent dans ses écrits. Il avait un esprit ouvert.

Mais Père Seraphim était très critique du milieu universitaire américain, où pensait-il, la Vérité n'a pas d'importance, mais seulement "les jeux intellectuels." Il avait un penchant pour l’eschatologie, la prévision de la "fin des temps, de l'histoire." Il liait l'avenir de la Russie à l'avenir de l'humanité. Père Seraphim toujours répété: "Luttez ! Il est plus tard que vous ne le pensez!" Il a accompli beaucoup de choses à cause de la passion spirituelle profonde qui brûlait constamment en son cœur.


Dimitri Andrault de Langeron

*

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

[1] Une édition française fut publiée par le Monastère de Lavardac. Autre source avec Texte en ligne ICI

Jean-Claude LARCHET: Recension: Hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, « Le Synaxaire. Vie des saints de l’Église orthodoxe », tome 6, deuxième édition, corrigée et augmentée.

Synaxaire

Hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, Le Synaxaire. Vie des saints de l’Église orthodoxe, Tome sixième, Juillet-Août, 2e édition française, corrigée et augmentée, Simonos-Pétra (Mont-Athos), 2015, 769 p.
Ce volume vient achever la publication de la seconde édition du Synaxaire (recueil des Vies des saints de l’Église orthodoxe, classées au jour le jour) réalisée par le Père Macaire, moine d’origine française établi depuis près de trente-cinq ans au monastère de Simonos-Pétra au Mont-Athos. Il complète le tome 1, septembre-octobre, paru en 2008, le tome 2, novembre-décembre, paru en 2010, et les tomes 3, janvier-février, 4, mars-avril, et 5, mai-juin, parus en 2014. Ce dernier volume comporte en outre la table alphabétique générale, et en annexe les notices de saints nouvellement canonisés et prenant place dans les mois de septembre à janvier, comme saint Porphyre ou saint Gabriel de Géorgie.
Il ne s’agit pas d’une simple réimpression de la première édition, publiée dans les années 90, qui a connu un grand succès et est depuis longtemps épuisée, mais d’une édition refondue où les notices ont été révisées, corrigées et complétées, et où de nouvelles notices sont venues s’ajouter, concernant notamment un grand nombre de saints occidentaux et de nombreux saints récemment canonisés appartenant aux diverses Églises orthodoxes locales, ou encore de saints de celles-ci qui avaient été oubliés et dont l’introduction a été suggérée à l’auteur.
Cette nouvelle édition améliore aussi la présentation de la précédente puisque les volumes sont maintenant reliés, que le texte a un rendu typographique excellent, et comportent de nombreuses illustrations de qualité en noir et blanc et en couleur.
Le Synaxaire du Hiéromoine Macaire reprend les notices de grands synaxaires précédemment publiés, en particulier celui de Constantinople (réalisé au milieu du Xe siècle) et surtout celui de saint Nicodème l’Hagiorite (datant du XVIIIe siècle). Mais il les a souvent allongées en puisant dans les Vies des saints. Profitant des progrès de la connaissance historique et des éditions critiques des sources, il a corrigé un certain nombre d’inexactitudes ou précisé certaines approximations que comportaient les textes anciens, travail que fit aussi, avec les moyens de son époque, saint Nicodème l’Hagiorite. Il a également enrichi de nombreuses notices de connaissances nouvelles, s’informant soigneusement auprès des diverses sources hagiographiques. Il a fait une large place aux saints spécifiquement vénérés par toutes les Églises locales orthodoxes, sans oublier les saints d’Occident d’avant le IXe siècle. Il a entièrement rédigé, dans le style des autres, les notices consacrées aux saints récemment canonisés.
Le Synaxaire du Père Macaire est maintenant traduit et publié dans la plupart des pays orthodoxes et y est devenu un ouvrage de référence. Il est lu à table dans de nombreux monastères, car les notices courtes, à la différence de la plupart des Vies des saints, peuvent être parcourues pendant la durée des repas sans subir de coupures.
Son usage est d’une grande utilité aussi dans le cadre de la vie journalière des fidèles orthodoxes, en complément de la prière et des autres lectures spirituelles.
La vénération des saints occupe en effet une place importante dans l’Église orthodoxe, et implique leur commémoration quotidienne. Leurs vertus sont célébrées dans les hymnes des « Ménées », qui s’intègrent aux services liturgiques de chaque jour. Le but des Synaxaires est, d’une manière plus courte que les Vies des saints, de nous faire connaître les grandes étapes de leur existence, les grands traits de leur personnalité, et les actions (intérieures et extérieures) dans lesquelles s’est réalisée ou manifestée leur sainteté. Les Synaxaires nous permettent d’avoir une connaissance précise et concrète de ceux dont le calendrier liturgique se borne à nous donner les noms, et de préciser certaines généralités ou allusions des chants liturgiques. Ils les situent dans leur contexte historique (car le christianisme s’inscrit toujours dans l’histoire concrète de l’humanité), social et religieux. Ils dessinent leur portait et sont un peu comme des icônes écrites. Saint Basile le Grand écrit à ce sujet: « Les Vies des Bienheureux sont comme des images animées de la vie selon Dieu, proposées à l’imitation en leurs bonnes œuvres. De même que les peintres, quand ils peignent une image d’après une autre image, jettent fréquemment les yeux sur le modèle et s’efforcent d’en faire passer les traits dans leur propre ouvrage, de même l’homme qui s’applique à se rendre parfait dans toutes les parties de la vertu doit jeter les yeux sur la vie des saints comme sur des statues qui se meuvent et qui agissent, et par l’imitation faire sien le bien qui était le leur. »
Le but des synaxaires n’est pas de nous faire acquérir un savoir abstrait, mais de nous rendre les saints plus familiers, et de compléter, dans une démarche également contemplative et orante, leur célébration hymnographique. Leur usage n’est pas récent: ils sont les héritiers directs des anciens « Martyrologes » que, dans les premiers siècles, on lisait au cours des réunions de la communauté chrétienne (appelées « synaxes »). Au IVe siècle, cette lecture fut remplacée par des hymnes. Mais la crise iconoclaste, où les attaques contre les icônes furent perçues comme une atteinte portée à la vénération des saints, eut pour issue la réhabilitation non seulement des icônes, mais de la lecture des Vies des saints. Les hymnographes du monastère de Stoudion, qui ont pour une grande part donné aux offices orthodoxes la forme qu’ils ont aujourd’hui, laissèrent, après la sixième ode du Canon des Matines, une place pour la lecture d’un résumé de la vie du saint du jour, appelé « synaxaire ». Du IXe au XIe siècle, on développa la rédaction de ces courtes notices. On les inséra par la suite dans les Ménées, mais on les rassembla aussi dans des éditions séparées, où on les développa souvent davantage.
Le rôle important que jouent les Vies des saints dans la vie spirituelle des chrétiens est souligné dans ce très beau texte de saint Justin Popović (†1979) :
« Qu’est-ce que la Vie des saints? Rien d’autre qu’une façon de poursuivre les Actes des apôtres. On y retrouve le même Évangile, la même vie, la même vérité, la même justice, le même amour, la même foi, la même éternité, la même force qui vient d’En-Haut, le même Dieu et Seigneur ; car le Seigneur Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui et pour les siècles (He 13, 8), le même pour tous les hommes de tous les temps, accordant les mêmes charismes et les mêmes énergies divines à tous ceux qui croient en Lui. Cette transmission de toutes les forces divines vivifiantes dans l’Église du Christ à travers les siècles et les générations constitue la sainte tradition vivante. Cette sainte tradition se transmet sans discontinuer, en tant que vie charismatique, à tous les chrétiens en qui, par les saints mystères et par les saintes vertus, vit le Seigneur Jésus-Christ qui est tout entier présent dans Son Église, qui est Sa plénitude, la plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout (Ep 1, 23). Le Dieu-homme Seigneur Jésus-Christ est la plénitude très parfaite de la Divinité car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité (Col 2, 9). Les chrétiens doivent, par les saints mystères et par les saintes vertus, s’emplir de toute la plénitude de Dieu (Ep 3, 19). Les Vies des saints font justement apparaître ces êtres pleins du Christ-Dieu, ces êtres christophores, ces personnes saintes en qui est gardée et par qui est transmise la sainte tradition de la vie dans la grâce, gardée et transmise par leur conduite sainte et évangélique. Les Vies des saints, ce sont les saintes vérités évangéliques, transférées dans notre vie humaine par la grâce et les ascèses. Il n’est pas de vérité évangélique qui ne puisse être changée en vie. Toutes ces vérités ont été données par le Christ dans un but unique : devenir notre vie, notre réalité, notre propriété, notre joie. Les saints, sans exception, vivent ces vérités divines comme la quintessence de leur vie et l’essence de leur être. Ainsi les Vies des saints sont à la fois la preuve et le témoignage que notre origine est céleste, que nous ne sommes pas de ce monde mais de l’autre, que l’homme n’est un homme véritable qu’avec Dieu, que si nous vivons sur la terre, c’est par le ciel, car notre cité se trouve dans les cieux (Ph 3, 20).
Les Vies des saints sont des témoignages sacrés de la puissance thaumaturgique du Seigneur Jésus-Christ. Il s’agit en fait de témoignages des saints Actes des apôtres, simplement prolongés à travers les siècles. Les saints ne sont rien d’autre que des témoins saints, comme les saints Apôtres ont été les premiers témoins. Témoins de qui? Mais du Christ Dieu-homme, crucifié, ressuscité, monté au ciel et éternellement vivant. Ils sont les témoins de l’Évangile source de tout salut, qui continue d’être écrit, sans interruption, de génération en génération car le Seigneur Jésus-Christ, qui est le même pour tous les siècles, continue par la même puissance divine, à faire des miracles par Ses saints témoins. Les saints Apôtres ont été les premiers témoins du Seigneur Jésus-Christ et de Son économie divino-humaine du salut du monde; leurs Vies constituent des témoignages vivants et immortels de l’Évangile du Sauveur en tant que vie nouvelle, vie pleine de grâce, vie sainte et divino-humaine et donc toujours thaumaturgique et véritable, tout comme est thaumaturgique et véritable la vie même du Sauveur.
Avec les Vies des saints, nous voici au ciel, car avec les saints de Dieu, la terre devient ciel. Nous voici parmi des anges de chair, parmi les christophores. Là où ils sont, le Seigneur tout entier est en eux, avec eux et parmi eux; là se trouvent toute la Vérité éternelle de Dieu, toute la Justice éternelle de Dieu, tout l’Amour éternel de Dieu, toute la Vie éternelle de Dieu.
Avec les Vies des saints, nous voici au paradis, là où pousse et s’épanouit tout ce qui est divin, saint, immortel, éternel, juste, vrai, évangélique; en chaque saint a fleuri, par la Croix, l’arbre de la vie éternelle, divine et immortelle qui a donné beaucoup de fruits. La Croix conduit au paradis, elle nous y conduit à la suite du Larron qui, pour nous entraîner, y est entré le premier avec le Christ, le tout-puissant et divin, porteur de la Croix; il est entré avec la croix du repentir.
Avec les Vies des saints, nous voici dans l’éternité: le temps n’existe plus, parce que chez les saints de Dieu, règnent la vérité divine et éternelle, la justice divine et éternelle, l’amour divin et éternel, la vie divine et éternelle. Pour eux, la mort n’existe plus : tout leur être est empli des forces divines du Christ Ressuscité, de l’unique Vainqueur de la mort, de toutes les morts dans l’ensemble des mondes. La mort n’existe pas pour eux: tout leur être est plein du Seul Immortel, du Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, le plus qu’immortel. Parmi eux, sur la terre, nous nous trouvons parmi les seuls vrais immortels, qui ont vaincu toute mort, tout péché, toute passion, tout démon, tout enfer. Quand nous sommes avec eux, aucune mort ne peut nous atteindre, parce que les saints sont comme des paratonnerres contre la mort. Il n’existe pas de tonnerre qui puisse nous frapper à mort quand nous sommes avec eux, parmi eux, en eux.
Les saints sont des hommes qui vivent sur la terre les vérités saintes, éternelles et divines. Les Vies des saints sont, en réalité, de la dogmatique appliquée, car en eux toutes les saintes et éternelles vérités dogmatiques ont été vécues dans toute leur force vivifiante et créatrice. Elles montrent de toute évidence que les dogmes ne sont pas seulement des vérités ontologiques en elles-mêmes et pour elles-mêmes, mais que chaque dogme est source de vie éternelle et de sainte spiritualité, conformément à l’Évangile plus que vrai de l’unique et irremplaçable Sauveur et Seigneur qui a dit: Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie (Jn 6, 63), car chacune d’elles répand une force salvatrice, sanctificatrice, qui remplit de grâce, vivifie et transfigure.
Les saints sont vraiment des saints parce qu’ils ne cessent de revivre le Seigneur Jésus comme âme de leur âme, conscience de leur conscience, pensée de leur pensée, être de leur être, vie de leur vie. Et chacun d’eux crie avec le saint Apôtre cette vérité : ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20).
Plongez-vous dans les Vies des saints : chacune de ces vies répand la force charismatique, vivifiante et salvatrice de la Très-Sainte Mère de Dieu qui les a conduits d’ascèse en ascèse, de vertu en vertu, de la victoire sur le péché à la victoire sur la mort, de la victoire sur la mort à la victoire sur le diable et les amène à la joie spirituelle, là où il n’y a ni maux, ni peines, ni soupirs, mais seulement paix et joie dans l’Esprit Saint (Rm 14, 17), paix et joie issues de la victoire remportée sur tous les péchés, toutes les passions, toutes les morts, tous les esprits mauvais. Tout cela sans aucun doute atteste, par la vie et l’expérience, la vérité du saint dogme sur la Très-Sainte Mère de Dieu plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins, un dogme que les saints serrent dans leur cœur et dans un amour embrasé par la foi. – Si toutefois vous souhaitez avoir mille, deux mille ou des milliers de témoignages incontestables sur la réalité vivante et vivifiante de la très vénérable Croix du Seigneur et obtenir ainsi une confirmation empirique de la vérité absolue du saint dogme sur le caractère salvateur de la mort sur la Croix du Sauveur, alors entrez avec foi dans les Vies des saints. Alors vous pourrez comprendre et voir que pour chaque saint en particulier comme pour tous les saints dans leur ensemble, la force de la croix est une arme qui triomphe de tout, leur permettant de vaincre tous les adversaires de leur salut, qu’ils soient visibles ou invisibles; vous pourrez ainsi voir la présence de la croix tout au long de leur vie, dans leur âme, leur cœur, leur conscience, dans leur esprit, dans leur volonté et leur corps; vous la verrez, telle une source intarissable de forces salvatrices et sanctifiantes, les mener sans faille, de perfection en perfection, de joie en joie, et les introduire dans l’éternel Royaume des cieux, là où ne cessent les chants de ceux qui célèbrent et contemplent la beauté inexprimable de la Face du Seigneur. Par leur sainte vie et leurs saintes personnes, les saints de Dieu confirment également, de manière absolument convaincante, non seulement les dogmes cités ci-dessus, mais aussi tous les autres saints dogmes: sur l’Église, la grâce, les saints mystères, les saintes vertus, l’homme lui-même, le péché, les saintes reliques, les saintes icônes, la vie future, tout ce qui constitue l’économie divino-humaine de notre salut. En vérité, les Vies des saints sont une dogmatique empirique; c’est la dogmatique vécue, dogmatique devenue vie dans la sainte vie des saints hommes de Dieu.
En outre, les Vies des saints portent en elles toute l’éthique orthodoxe, la morale orthodoxe, dans tout l’éclat de sa splendeur divino-humaine et de sa force vivifiante et immortelle. Les Vies des saints ont démontré et prouvé de la façon la plus convaincante que les saints mystères sont la source des saintes vertus, que les saintes vertus sont des fruits des saints mystères: elles en sont issues, elles se développent grâce à eux, elles s’en nourrissent, elles en vivent, elles s’y épanouissent, elles y trouvent leur immortalité et leur éternité. Toutes les lois morales divines sont issues des saints mystères et sont réalisées par les saintes vertus. Voilà pourquoi les « Vies des saints » constituent une éthique vécue, une éthique appliquée. En fait, les Vies des saints démontrent de façon irréfutable que l’éthique n’est rien d’autre qu’une dogmatique appliquée. Toute vie de saint se compose de saints mystères et de saintes vertus, fruits du Saint-Esprit qui opère tout en tous (1 Co 12, 4.6.11).
Que sont encore les Vies des saints? C’est l’unique pédagogie de l’Orthodoxie. Car elles montrent, et de manière innombrable, parfaitement éprouvée au cours d’une expérience multiséculaire, comment se construit et se développe la personnalité humaine la plus achevée, l’homme idéal le plus achevé, et comment grâce aux saints mystères et aux saintes vertus dans l’Église du Christ, on parvient à constituer cet Homme parfait… qui réalise la plénitude du Christ (Ep 4, 13).
En fait, les Vies des saints constituent une sorte d’encyclopédie orthodoxe. On peut y trouver tout ce qu’une âme affamée, assoiffée de justice éternelle et de vérité éternelle peut désirer en ce monde, affamée et assoiffée d’immortalité et de vie divine. Si tu as soif de foi, tu la trouveras en abondance dans les « Vies des saints » et ton âme rassasiée de cette nourriture n’aura jamais plus faim. Si tu désires l’amour, la vérité, la justice, l’espérance, la douceur, l’humilité, la pénitence, la prière ou toute autre vertu ou ascèse, tu trouveras dans les « Vies des saints » une infinité de maîtres saints pour chaque ascèse et tu recevras le secours de la grâce pour chaque vertu. Si tu souffres le martyre pour ta foi en Christ, les Vies des saints te consoleront, t’encourageront, te fortifieront, te donneront des ailes, au point que tes souffrances se changeront en joie. Es-tu soumis à des tentations? Les Vies des saints t’aideront à en venir à bout, dès maintenant et pour toujours. Et si tu es menacé par les ennemis invisibles de ton salut, tu pourras grâce aux Vies des saints revêtir l’armure de Dieu (Ep 6, 11.13) de façon à les briser tous, dès maintenant et pour toujours. Si tu te trouves au milieu d’ennemis visibles et persécuteurs de l’Église du Christ, les Vies te donneront le courage et la force de confesser, sans crainte, le seul vrai Dieu et Seigneur Jésus-Christ dans l’ensemble des mondes; tu te tiendras inébranlable jusqu’à la mort, quelle qu’elle soit, pour Son Évangile, et tu sentiras ton être plus fort que toute mort, et que tout ennemi du Christ; en souffrant pour le Christ, tu jubileras de joie, sentant que tout ton être, que toute ta vie se trouve dans les cieux, au-delà de toutes les morts, cachée avec le Christ en Dieu (Col 3, 3).
Les Vies des saints montrent d’innombrables mais toujours infaillibles voies de salut, d’illumination, d’initiation, de régénération, de transfiguration, de christification, de déification; elles nous indiquent également toutes les manières par lesquelles la nature humaine triomphe du péché, de tout péché, comment elle vient à bout de la passion, de toute passion, comment elle triomphe de la mort, de toute mort, comment elle triomphe du démon, de tout démon. On y trouve le remède à tout péché, la guérison de toute passion, la résurrection de toute mort, la délivrance de tout démon, le salut contre tous les maux. Il n’est pas de passion, il n’est pas de péché dont on ne puisse trouver dans les Vies des saints la manière de les vaincre, de les mettre à mort, de les déraciner. Les Vies des saints montrent clairement et de façon évidente qu’il n’est pas de mort spirituelle de laquelle on ne pourrait ressusciter par la force divine du Seigneur Jésus ressuscité et monté au ciel ; il n’est pas de malheur, de tristesse, d’affliction ou de souffrance que le Seigneur, ne change progressivement ou instantanément, en joie paisible et douce, selon la foi que nous avons en Lui… » (Extraits de: Saint Justin Popović, Vies des saints serbes, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Âge d’Homme, Lausanne, 2013, traduction de Lioubomir Mihailovitch).
Tous les volumes du Synaxaire du Père Macaire (vendus maintenant à petit prix grâce à l’aide d’un sponsor et à une impression en Pologne par les soins d’Orthdruk) peuvent être commandés par courrier, ou en ligne sur leur site Internet, dans les métochia français du monastère de Simonos-Pétra:
— le Monastère de Solan, F-30330 La-Bastide-D’Engras (tel. 04 66 82 94 25; www.monasteredesolan.com)
— le Monastère de la Transfiguration, Néguirat, F-24120 Terrasson (tel. 05 53 50 23 94; www.monastere-transfiguration.fr).
— le Monastère Saint-Antoine-le-Grand, F-26190 Saint-Laurent en Royans (tel. 04 75 47 72 02; www.monasteresaintantoine.fr) ;
Les volumes sont également disponibles dans les librairies qui diffusent les livres orthodoxes.

dimanche 6 septembre 2015

Une vie inédite de Père Seraphim [Rose], écrite par son parrain (3/5)



Le saint archevêque Jean

Les années 1960 furent une période de grande "Renaissance» russe émigrée à San Francisco, à la fois religieuse et culturelle. 

Il y avait beaucoup de circulation de personnalités, de clercs, d’écrivains, d’artistes. Le centre de ce rayonnement était saint Jean, et plusieurs évêques remarquables, ayant des liens avec les traditions spirituelles de l'ancienne Russie. 

Ce fut un grand privilège d'être là à ce moment! Vladyka Jean publiait son bulletin diocésain (Tserkovnyi Blagovestnik ou le Messager de l'Église), dont je fus béni d'être le premier rédacteur en chef. Le rédacteur en chef suivant fut Eugène, et il y écrivit ses premiers articles, qui montrèrent immédiatement ses talents littéraires et un style qui alla directement au cœur du lecteur. Vladyka Jean organisa des cours de pastorale (bogoslovskie koursy) surtout pour Eugène. Dès qu’Eugène les eut achevés, ces cours furent abandonnés! 

Mes amis, les frères Zavarine, avaient organisé à domicile leurs réunions des soi-disants "Oumoliubtsy" (amoureux de la sagesse), qui avaient une orientation religieuse mais aussi littéraire et philosophique. Eugène vint, et parla de ses idées. Le professeur Ivan Kontzevitch (frère de l'évêque Nectaire) vint également. C’était un théologien doué et bien connu. Des professeurs de l'Université de Berkeley y assistèrent également. Les discussions duraient longtemps dans la nuit (certains sujets étaient: Hegel, Kant, Dostoïevski, le professeur Ivan Iliine, les frontières entre la science et la religion).

Les offices à la cathédrale de San Francisco, notamment à Pâques, étaient inoubliables. Leur impact sur l'âme était plus grand que même le meilleur de la musique classique. Le chant du chœur magnifique, les icônes, entourées de cierges; le clergé dans ses vêtements brillants; les diacres avec leurs voix incroyablement basse et des basses puissantes; le saint archevêque; le service lui-même: tout cela ensemble produisait la sensation d'une beauté qui était vraiment extraordinaire, et propice à la prière. 

Le chœur était sous la direction de Michael Konstantinow (anciennement de l'Opéra de Kiev), qui était un homme profondément religieux, aimé de tous. Son enthousiasme était contagieux. Je chantais dans ce chœur, et ainsi fit Eugene, plus tard.

Je me souviens d'un matin de Pâques passé avec Eugène dans sa maison après le service pascal. Selon la coutume russe, nous avons regardé le lever du soleil. Il est dit que, à ce moment-là, le soleil "danses" (solntse igraet). Nous le contemplions dans la crainte. Nous avons parlé de la sensation "de la lumière", qui peut être vécue dans l'Eglise, qui n’est pas la lumière physique habituelle, mais quelque chose de profond, remplissant le cœur de joie. Tout reste le même et pourtant tout est transfiguré…

Les justes sont toujours persécutés. Vladyka Jean a été harcelé, maltraité et calomnié. Un procès a été intenté contre lui: il était accusé de la tenue illicite d'une élection dans l'Eglise et de détournement de fonds de l'Eglise(!!!). Ses ennemis voulaient arrêter la construction de la cathédrale. 

Une grande lutte fut entreprise pour sa défense par nous tous (y compris Eugène) qui aimions le saint. Nous avons été aidés par plusieurs évêques, parmi eux en particulier l'évêque Nectaire (Kontzevitch), l’évêque Sava (Sarachevitch) qui était originaire de Serbie, un avocat, l’évêque Léonty (Filippovich) du Chili, et l'archevêque Averky (Taushev) de Jordanville dans l’état de New York. 

En ce temps-là, j’étais secrétaire de l'archevêque et membre du conseil de paroisse. La lutte fut victorieuse. La nouvelle cathédrale fut construite, un magnifique bâtiment situé sur Geary Boulevard, avec des dômes d'or, visibles de loin, aujourd'hui l'un des monuments de San Francisco… 

Mais peu de temps après, son cœur brisé à cause de toute la douleur et du stress de cette lutte longue et acharnée, l'archevêque Jean est mort, le 2 juillet 1966. Il fut glorifié (canonisé) par l'Eglise orthodoxe russe en exil en 1994.


Dimitri Andrault de Langeron

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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après