samedi 23 mai 2015

Saint Jean de Cronstadt: Le but

ioan-de-kronstadt

Si vous ne voulez pas, chaque jour, être esclave des passions et du Diable, vous devez vous fixer un objectif que vous garderez toujours à l'esprit et que vous essaierez d'atteindre, surmontant tous les obstacles grâce à l'aide du Seigneur.

Quel est ce but? Le Royaume de Dieu.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Putna à la lumière des Chroniques



Le monastère de Putna

Dans la chronique anonyme de la Moldavie, il est dit que, après que la Forteresse de Chilia ait été conquise en janvier 1465, Etienne le Grand revint avec son armée à Suceava, ordonnant à l'archevêque, aux évêques et au reste des prêtres de "remercier Dieu pour la victoire qui lui avait été accordée..." Le 10 juillet 1466, Etienne le Grand posa les fondations du monastère de Putna, avec le jour de la dédicace de "La Sainte Vierge Mère de Dieu."

L'église fut achevée à la fin de 1469, mais les campagnes que le voïvode entreprit en Transylvanie, ainsi que les incursions des Tartares de 1469 et 1470 l'empêchèrent de le dédier jusqu'au 3 Septembre 1470. Lors de la cérémonie le fondateur lui-même et sa famille étaient présents, ainsi que les écuyers du grand Conseil et une grande assemblée de fidèles.

A environ 10 minutes de marche du mur oriental du monastère, dans le cimetière du village de Putna, se dresse l'église en bois attribué au voïvode Dragos. On dit qu'il a  construit cette église en bois à Volovat en 1353, et " vers 1468, Etienne le Grand l'a apportée de Volovat et reconstruite à Putna, où elle se trouve jusqu'à ce jour". Dans le passé, l'église en bois était également appelée "Le vieux monastère de Putna".

Depuis ses débuts, un atelier de broderie a été créé dans le monastère, qui  utilisa or et d'argent, soies coûteuses et pierres précieuses dans ses œuvres. Il y avait aussi un scriptorium célèbre dans tout le sud-est de l'Europe, pour lequel le papier parchemin et le papier filigrané étaient amenés d'Europe occidentale. Dans le même temps, il y avait plusieurs ateliers de potiers et d'orfèvres, tous nécessitant des conditions particulières de sécurité accrue et un espace de travail adéquat, qui furent sans aucun doute fournis par le monastère sur ses propres terrains.

L'année 1490 est un point culminant dans l'histoire du monastère, quand il a reçu les dons et les privilèges les plus importants jusqu'à cette époque. Par une série de titres de propriété, Etienne le Grand lui affilia 16 églises et leurs prêtres des comtés de Suceava et Cernauti, donnant à l'higoumène de Putna le droit de juger ces prêtres.

Outre les domaines et privilèges accordés au monastère, le voïvode ne cessa jamais de doter sa nécropole de précieux trésors spirituels: manuscrits enluminés reliés, vêtements sacerdotaux et autres objets ecclésiastiques de grande valeur artistique, faits avec de l'artisanat par les mains souvent anonymes des "moines toujours pécheurs", comme ils avaient l'habitude de se qualifier dans leur humilité, dans les inscriptions sur leurs splendides œuvres qui ont rendu Putna si célèbre à travers les âges et les frontières.

Ayant mené une vie aux proportions épiques, et sentant que sa fin était proche, Etienne le Grand émis le 2 février 1503, un document avec ses dernières volontés et son testament, dans lequel les privilèges du monastère de Putna, à partir du moment de ses fondations jusqu'à cette date étaient à nouveau mentionnés et il souligna:

"Et après que nous soyons morts, quiconque dirigera ce pays, les descendants de nos enfants ou de nos parents, ou toute personne que Dieu peut choisir pour être le chef de ce pays, en Moldavie, il ne doit pas démentir notre héritage et notre legs, mais le renforcer et le maintenir. "

Un mardi, à 4 heures, le 2eme jour de juillet 1504 le glorieux héros alla  reposer dans le sein d'Abraham, après avoir gouverné la Moldavie pendant 47 ans et 3 mois. Le prince toujours fidèle le voïvode Etienne, fils du voïvode Bogdan, fut enterré dans le monastère qu'il avait construit, à Putna. "Cette année, avant sa mort, il y eut un dur et morne hiver, ce qui n'avait jamais été vu jusque-là. Et l'été amena de fortes pluies et de grandes inondations et beaucoup de gens se noyèrent à cause des hautes eaux ".

Destiné à devenir une nécropole princière, l'église du monastère de Putna avait été ouverte en tant que telle depuis Décembre 1477, lorsque la princesse Maria Mangop, deuxième épouse du voïvode, fut enterrée sur le côté gauche du caveau. Puis vint, à son tour, les sépultures du Métropolite Théoctiste I en 1478, Bogdan en 1479, et Petru en 1480; ils étaient tous deux jeunes fils d'Etienne le Grand, et ils trouvèrent leur lieu de repos sous la même pierre tombale à côté de la tombe de Maria Mangop.

Les processions funéraires y eurent lieu pour d'autres membres de la famille du voïvode: la Princesse Maria Voichita, sa troisième femme, enterrée en 1511 à côté de la tombe de son mari; Bogdan Vlad III, leur fils, enterré en 1517; Maria Cneajna, fille d'Etienne, enterrée à côté de Bogdan III, son frère, en 1518; le voïvode Stefanita, fils de Bogdan III, enterré en 1527, et la dernière de tous, la princesse Maria, seconde épouse de Petru Rares, enterrée en 1529. Après cette date, aucune sépulture princière n'est enregistrée soit dans les inscriptions à Putna, ou dans les vieilles annales et chroniques.

Après la mort d'Etienne le Grand, de moins en moins de gens firent des dons à Putna, bien que ses descendants immédiats aient encore apporté leurs offrandes au monastère. Bogdan III fit don de huit cents zlotys, d'objets ecclésiastiques précieux et de tissus liturgioques, dont le fameux rideau des Portes Royales de l'autel en 1510; Stefanita-Voda renforce ses anciens privilèges et les terres à nouveau, et Petru Rares augmente sa richesse en offrant, entre autres, le village de Petrecanii sur le Baseu et une grosse cloche, nommé Userul, qui a été conservée jusques à nos jours.

Le 13 Novembre 1750, Jacob Pruteanul, l'un des membres du clergé roumains les plus brillants de tous les temps, devint l'évêque métropolitain. A cette époque, le monastère de Putna était presque en ruine. Sous son office, une nouvelle ère de splendeur fut annoncée pour Putna, amenant le monastère d'Etienne le Grand au premier plan de l'histoire culturelle roumaine du XVIIIe siècle.

Après sa retraite en 1760, Jacob continua, jusqu'à la fin de sa vie, l'excellent travail de restauration et d'élévation spirituelle de l'ancien monastère. Il fit consolider les murs de l'église, le porche du beffroi au-dessus de la nef fut re-construit dans le style baroque, le toit réparé, les larmes du parquet remplacées, la grande cloche appelée Buga refaite, ainsi que la construction d'un nouvel iconostase, que l'on peut encore voir aujourd'hui.

Parallèlement à ces travaux de réparation, avec l'archimandrite Bartholomée Mazareanu, remarquable chercheur, écrivain et traducteur prolifique du slavon et du russe, Jacob Pruteanul initia, organisa et dirigea plusieurs écoles, parmi lesquelles "une école supérieure de théologie pour le clergé de Moldavie et un Académie Théologique sur le modèle de l'Académie Théologique de l'évêque Métropolite de Kiev Pierre Moghila.

Le 7 mai 1775, ayant le consentement de l'Empire ottoman, l'Empire d'Autriche saisit la province roumaine de Bucovine, et en 1783, sous le règne de l'empereur Joseph II, tous les ermitages et les monastères dans cette partie du pays étaient dissous, à l'exception de Putna, Sucevita et Dragomirna.

Le 14, 15 et 16 août 1871, le festival de Putna eut lieu. Il fut dédié à la mémoire du grand voïvode, et environ 3.000 Roumains de toutes les provinces du pays prirent part à l'événement. Parmi eux se trouvaient Mihai Eminescu, Ioan Slavici, Mihail Kogalniceanu, A.D. Xenopol, Grigore Tocilescu, Dimitrie Gusti, Ciprian Porumbescu, Epaminonda Bucevschi, et bien d'autres.

Pour commémorer les quatre cents ans de la mort d'Etienne le Grand, en 1904, le peintre Costin Petrescu peignit une peinture à l'huile grandeur nature du glorieux voïvode, inspirée par la célèbre miniature du Livre des quatre Evangiles d'Humor. Fabriquée à des milliers d'exemplaires, l'image fut répandue dans tout le pays, "faisant que, pendant une longue période,  les gens imaginèrent Etienne le Grand d'après ce portrait."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Mănăstirea Putna

vendredi 22 mai 2015

Le saint monastère de Putna dans les légendes et les traditions






Saint Etienne le Grand
Sfînt Ştefan cel Mare

Etienne, le glorieux voïvode roumain, fils de Bogdan II, futur prince de Moldavie, aussi connu comme Etienne le Grand [Ştefan cel Mare], l'un des meilleurs commandants d'armée de tous les temps, génie de la politique, ainsi que de la diplomatie, bon organisateur et promoteur de la culture roumaine, est né en 1435.

La légende dit qu'Etienne le Grand, ayant une fois été battu et blessé au combat et errant à travers le pays, atteignit enfin le lieu d'habitation de l'ermite Daniel, qui lui donna le gîte et le couvert. 

Au milieu de la nuit, l'ermite prit Etienne par la main et l'amena hors de la cellule, pointant vers un certain endroit au loin et lui demandant trois fois de suite, s'il voyait là-bas quelque chose. La troisième fois, le voïvode répondit qu'il voyait des lumières, à quoi l'ermite répondit que ce n'étaient pas des lumières, mais les anges, et que le lieu était sacré. Il ajouta que, s'il voulait vaincre ses ennemis, il devait construire un monastère à cet endroit même.

La même légende nous dit que "le bon voïvode Etienne, quand il décida de construire le monastère de Putna, tira une flèche du haut d'une montagne qui se trouve non loin de l'endroit où se trouve aujourd'hui le monastère. Et là où la flèche atterrit, l'autel fut construit. 

Il fit aussi tirer leurs flèches à trois hobereaux, aux enfants du bailli et à deux pages. Alors, où la flèche des enfants du bailli atterrit, ils établirent la porte, et où la flèche de l'une des pages atterrit, le clocher fut construit. 

"La montagne d'où les flèches furent décochées est nommée "Crucisorul ", ou "colline de la Croix", et elle se trouve au sud-est du monastère, sur la rive opposée du ruisseau Putna.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Mănăstirea Putna
The Holy Monastery Putna



Tombe d'Etienne le Grand à Putna

jeudi 21 mai 2015

Les nouveaux maîtres iconographes roumains: ICONOGRAPHIE INNOVATRICE DANS LA MATRICE DE LA TRADITION (12 et Fin)


III. Un thème iconographique - Les Martyrs Brâncoveanu

Le Prince Constantin Brâncoveanu a été décapité en 1714 par les Ottomans avec ses quatre fils et son conseiller Ianache Văcărescu parce qu'ils ne renonçaient pas à leur foi chrétienne. 

Il est ensuite devenu l'un des princes les plus aimés de l'histoire roumaine et actuellement, il est l'un des saints les plus vénérés du pays. L'anniversaire des 300 ans du martyre a occasionné une production iconographique riche et originale développée soit par analogie avec des thèmes établis de la tradition byzantine (Décollation de saint Jean-Baptiste), soit en intégrant des thèmes iconographiques classiques (Mandylion, Vigne de Jésus, Deisis) et des scènes de martyre comme elles sont enregistrées dans les chroniques et les écrits historiques.



Bogdan Verdes, Saint Martyrs Brвncoveanu

Bogdan Verdes: saints martyrs Brâncoveanu

Gabriel Toma Chituc, Mandylion with Saint Martyrs Brвncoveanu

Gabriel Toma Chituc
Mandylion avec les saints martyrs Brâncoveanu

Ioan Popa, Jesus the Vine with Saint Martyrs Brвncoveanu


Ion Popa: Jésus la Vigne,
avec les saints saints martyrs Brâncoveanu



Daniel Codrescu, Deisis with Saint Martyrs Brвncoveanu

Daniel Codrescu: Déisis 
avec les saints martyrs Brâncoveanu

Elena Murariu, Saint Martyrs Brвncoveanu

Elena Murariu: les saints martyrs Brâncoveanu

Le dernier exemple appartient à Sorin Dumitrescu, un peintre au talent métaphysique de l'ancienne génération, transformé en un théoricien inspiré et charismatique de l'icône ainsi qu'en iconographe original, en dépit de la diminution du nombre d'icônes qu'il a réalisées. 

Alors que dans son début de carrière comme iconographe il interprétait la tradition Paléologienne d'une manière personnelle, il cherche ses sources actuelles d'inspiration dans les temps qui ont précédé la controverse iconoclaste.


Sorin Dumitrescu, The Iconic Model of the Brancovan Martyrdom

Sorin Dumitrescu: modèle icônique du martyre 
des saints Brâncoveanu

Avec ce dernier exemple, nous achevons notre courte excursion dans l'iconographie roumaine contemporaine. La diversité des artistes, des styles, des techniques, des médias et des sources d'inspiration dévoile un phénomène artistique et spirituel fascinant. Il sera intéressant de voir dans quelle direction l'iconographie roumaine va évoluer dans le futur.



Version française Claude Lopez-Ginisty
cité par

Métropolite Hilarion de Volokolamsk: "L'expérience de l'Eglise orthodoxe russe à l'étranger [ERHF]enrichit toute notre Église"





Au cours d'une courte pause lors de séances de travail de l'Inter-Conseil, le Métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou et membre permanent du Saint-Synode, répond aux questions du Diacre André Psarev.

Vladyka, comment l'ERHF peut-elle apporter une contribution positive à l'Eglise russe dans son ensemble?

Eh bien, avant tout, je dois exprimer la joie qui accompagne toutes mes rencontres avec le clergé, les évêques et les laïcs de l'Eglise à l'étranger, parce que c'est là la joie de la communion rétablie. Malgré le temps passé depuis 2007, cette joie ne diminue pas. 

Et nous nous réjouissons de l'occasion de discuter avec nos frères de l'Eglise à l'étranger, nous nous réjouissons en particulier, bien sûr, de chaque occasion de concélébrer - dans la prière commune et la communion commune- car au cours de 80 ans, vraiment nous en étions privés. Et je pense que l'Eglise russe à l'étranger apporte à présent sa contribution importante et de poids pour le développement de notre vie d'Eglise, parce que de nombreuses traditions qui ont été préservées dans la diaspora russe, ont été conservées dans une moindre mesure dans d'autres parties de notre Église. Et je pense que l'expérience de l'ERHF du service dans un environnement hétérodoxe, dans des conditions difficiles et peu favorables,  enrichit bien sûr sensiblement l'ensemble de notre Église.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Conclusions de la première conférence sur les médias numériques et la pastorale orthodoxe, tenue à Vouliagmeni, près d’Athènes, du 7 au 9 mai 2015



Sur Orthodoxie.com
« Voyez, qu’il est bon, qu’il est doux, d’habiter en frères tous ensemble » (Ps. 132,1). C’est réellement une bénédiction de Dieu, lorsque des frères en Christ se rencontrent dans le même lieu et ont la possibilité de discuter, de collaborer, de communiquer, de dialoguer au sujet des thèmes importants qui préoccupent les chrétiens de notre temps. Nous glorifions Dieu adoré dans la Trinité, car nous sommes arrivés au terme de la présente conférence, parvenant à mener à sa fin une belle performance : à savoir organiser une conférence internationale sur les médias numériques et la pastorale orthodoxe, mettant en contacts et en relations des chrétiens orthodoxes de toutes les régions du monde. À notre conférence ont participé 72 intervenants, évêques, hiéromoines, prêtres, diacres, moines, moniales, universitaires, professeurs d’université, juristes et spécialistes de l’utilisation d’internet, en provenance de 21 pays.
D’une part, l’organisation de la conférence, comme vous le comprendrez, a été particulièrement laborieuse. Néanmoins, d’autre part, nous devons reconnaître que nous regretterons d’être privés de votre présence physique. Aussi, nous espérons maintenant, alors que nous avons fait proche connaissance, que nous continuerons notre collaboration au moyen d’Internet. Les fondements de cette collaboration ont été posés durant ces trois jours, pendant les exposés, les discussions, des pauses et notre participation à la forme la plus élevée de communication, la divine liturgie. Les responsables de « Pemptousia », d’« Orthodox Christian Network » et de « Bogoslov.ru » qui ont constitué le premier noyau de la collaboration, croient que la présente conférence constitue un point de départ. Une route importante reste à parcourir et nous souhaitons encore avoir d’autres compagnons de voyage dans notre cheminement.
Les travaux de la conférence se sont déroulés sous la haute autorité de Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée et ont été bénis par l’évêque local, S.E. le métropolite de Glyphada Paul, qui a adopté notre initiative et l’a soutenue de différentes façons.
Plus de vingt métropolites et évêques de Grèce et de l’étranger ont participé à notre conférence. Il y avait parmi eux, S.E. le métropolite de Kissamos et Selinos Mgr Amphiloque, représentant de Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique, S.E. le métropolite de Thermopyles Jean, représentant S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, S.E. l’évêque de Mésorée Mgr Grégoire, représentant S.B. l’archevêque de Chypre Chrysostome, le représentant de S.B. l’archevêque de Tirana et de toute l’Albanie, ainsi que les représentants d’autres Églises orthodoxes et un grand nombre de clercs et laïcs.
De nombreuses questions ont été posées lors des travaux de la conférences concernant l’utilisation d’Internet, lequel constitue une grande réalisation humaine, un moyen et un instrument facilitant les relations entre les gens. Ce moyen peut être utilisé au mieux et de telle façon que la parole de Dieu « courre et porte ses fruits ». Lors des conférences et des tables rondes qui ont eu lieu durant ces trois jours, les problèmes et les dangers qui sont créés par son utilisation irraisonnable ont été identifiés mais, parallèlement, son aspect positif a été souligné.
Concrètement, les côtés négatifs de l’utilisation abusive d’Internet ont été déterminés, à savoir le mauvais usage de celui-ci, mais aussi les attentes exagérées que créée encore la simple utilisation des moyens contemporains de communication et d’information numériques. Les dangers qui menacent la personne humaine et la relation du fidèle envers Dieu et l’Église, dans la réalité que créent ces possibilités nouvelles, ont été également mentionnés. Dans ce cadre, les avertissements de l’enseignement patristique quant aux conséquences de la fragmentation de la condition humaine acquièrent une nouvelle actualité.
Il a été constaté maintes fois que les éléments distinctifs de notre époque sont « la numérisation » de la vie, c’est-à-dire l’entrée de la technologie dans toutes ses manifestations : le travail, l’information, l’éducation, l’amitié, les relations intra-humaines et encore d’autres domaines. Tout cela change aussi « l’identité » de la personne qui au-delà de sa dignité réelle, reçoit une dimension virtuelle. Par conséquent, il est question d’une nouvelle anthropologie. Par exemple, un petit dispositif d’un téléphone mobile « intelligent » peut constituer l’extension et le compagnon inséparable de l’homme. La société elle-même devient numérisée et se présente comme un organisme vivant et les réseaux techniques comme son système nerveux.
D’un autre côté, de nombreux participants ont mis en évidence le défit missionnaire qui résulte des nouvelles données sociales que constituent les technologies contemporaines. C’est-à-dire que l’on a évoqué le devoir pastoral multidimensionnel qu’exigent les composantes numériques de notre vie. Dans le même esprit, a été présentée le bon accueil du peuple fidèle de Dieu aux initiatives qui sont prises localement pour le faire accéder aux trésors de la spiritualité chrétienne.
Ainsi, notre rencontre a donné l’occasion à nombre de frères et sœurs, de tous les coins de la terre, de présenter leur œuvre numérique, leurs réflexions et leurs regrets, leurs expérimentations et leurs blocages, ainsi que leur vision. En bref, ils nous ont apporté leur riche expérience générale et le plaisir résultant des fruits de leurs efforts. Ils ont présenté les moyens d’utilisation des médias numériques dans la formation d’une conscience chrétienne authentique, dans la création de bibliothèques numériques pour donner les sources véritables de la tradition chrétienne à ceux qui veulent acquérir des connaissances. Le numérique permet en outre d’établir les typologies des auditoires et les conclusions découlant des demandes de l’homme contemporain.
De tout cela a ressorti, pour les participants, la possibilité de connaître une dimension qui n’était pas encore conscientisée dans son ensemble : à savoir la relation du monachisme orthodoxe envers internet, son apport depuis l’espace de la tradition ascétique et les propositions apportées par les moines et moniales dans l’œuvre missionnaire et la (ré)évangélisation du monde.
Les participants étaient absolument d’accord sur le fait que « la sortie » sur le cyberespace ne peut être faite sans préparation et sans conditions. Les aptitudes spirituelles appropriés sont exigées, de même qu’une conception élevée de la responsabilité pastorale que comporte l’utilisation de ce moyen et, dans tous les cas, la pertinence et l’ethos évangélique dans l’expression médiatique. En outre, il ne faut pas oublier qu’internet n’est qu’un moyen et par conséquent, nous ne devons pas l’utiliser de manière insensée, mais d’une façon ascétique, ce qui signifie que nous devons être guidés par un esprit de prudence, de tempérance et de responsabilité à son égard. Ce n’est seulement que de cette façon que nous surmonterons les illusions de la virtualisation et que nos actions produiront des conséquences tangibles et bienfaisantes dans la vie réelle.
Nombre d’intervenants ont fait des suggestions très utiles quant aux perspectives de développement et de coordination du travail des portails ecclésiastiques. Ainsi a-t-il été proposé une continuation de cet événement de trois jours que nous avons vécu ici, par d’autres réunions, mais aussi la création d’un organe permanent qui pourra promouvoir la consultation, la formation et l’information mutuelle des responsables des sites internet qui, et il faut le mentionner, fonctionnent la plupart du temps sur une base bénévole et sont animés par le seul zèle missionnaire. La question a été aussi posée de la nécessité d’une certification, par un organe indépendant, des médias qui présentent des éléments valables et de véritable édification spirituelle de leur public.
Lors de nos travaux, nous avons eu la joie de discuter encore d’autres questions pertinentes, comme la fiabilité de l’information ecclésiastique et la nécessité de la retransmission des offices. En outre, des spécialistes nous ont éclairé en ce qui concerne des problèmes spécifiques qui sont étroitement liés à l’utilisation de la toile. C’est ainsi qu’ont été soulevés les effets secondaires et les menaces de nature sociale, médicale, psychologique, délictuelle qui se trouvent dans le cyberespace.
Il est vrai qu’internet s’est développé en dehors de l’Église, raison pour laquelle une certaine sorte d’embarras se manifeste concernant sa compréhension et sa bonne utilisation. Cela, toutefois n’empêche aucunement la pensée orthodoxe contemporaine de mettre en valeur ses possibilités, de réussir à l’intégrer dans la dynamique de ses activités et de le sanctifier dans la mesure du possible pour la gloire du Dieu trinitaire. Les trois jours de travaux intensifs l’ont prouvé ».

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



Jeudi 8/21 mai
ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR
Saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien (98-117) ; saint Arsène le Grand (449-450) ; saints Arsène le laborieux (XIV) et  Pimène le jeûneur (XII), de la Laure des Grottes ; saints martyrs de Fereydan (Perse, XVII) ; saint martyr Nicéphore Zaïtsev (1942).
Lectures : Actes I, 1-12 / Lc. XXIV, 36-53

L’ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR[1]

L
a fête de l’Ascension ne marque pas la fin du temps pascal. Le temps pascal, c‘est la sainte cinquantaine de jours qui suit la fête de Pâques et qui s’achève avec le dimanche de la Pentecôte, ou plutôt avec les huit jours de l’après-fête de la Pentecôte, qui ne forment avec le dimanche qu’un seul jour. Le Seigneur a voulu qu’après Sa Résurrection, Sa montée au ciel et le don de l’Esprit-Saint aux hommes, fruit de Sa session à la droite du Père, se répartissent sur une période de temps : quarante jours pour l’Ascension, cinquante jours pour l’envoi du Saint-Esprit. Et la liturgie suit ces étapes du mystère de notre salut. Le Seigneur ressuscité n’a pas voulu que nous prenions tout de suite conscience du fait que, ressuscité, Il est assis à la droite du Père. Selon une expression chère à St Irénée de Lyon, Il a voulu nous habituer progressivement à Sa condition nouvelle de Ressuscité. Que veut dire cette expression : « Assis à la droite du Père ? » Elle signifie qu’en Sa nature humaine elle-même, le Christ est revêtu de toute la Puissance divine, de toute Sa puissance de Seigneur du ciel et de la terre, qui Lui est communiquée par Son Père. La nature humaine du Christ est glorifiée, elle est remplie de ce rayonnement de la nature divine, de cette gloire de Dieu, de cette gloire que le Fils unique possédait de toute éternité avant la création du monde, et qui se répand maintenant dans Sa nature humaine elle-même. Et l’Apôtre Paul nous enseigne que par le baptême, non seulement nous sommes ressuscités avec le Christ, morts au péché et ressuscités avec le Christ, mais que Dieu nous a fait asseoir avec Lui dans les cieux : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés ! – avec Lui Il nous a ressuscités et faits asseoir dans les cieux, dans le Christ Jésus (Éphés. II, 4-6).



Tropaire de la fête, ton 4

Возне́слся ecи́ во cла́вѣ Христе́ Бо́же на́шъ, ра́дость сотвори́вый уче-нико́мъ обѣтова́ніемъ Свята́го Дýxa, извѣще́ннымъ и́мъ бы́вшимъ благослове́ніемъ, я́ко Ты́ ecи́ Сы́нъ Бо́жій, изба́витель мі́ра.
Tu t’es élevé dans la gloire, ô Christ notre Dieu, réjouissant Tes disciples par la promesse de l’Esprit Saint, et les affermissant par Ta bénédiction, car Tu es le Fils de Dieu, le Rédempteur du monde.


Tropaire du saint apôtre Jean le Théologien, ton 2
Апо́столе Христу́ Бо́гу возлю́бленне, ускори́ изба́вити лю́ди безотвѣ́тны: прiéмлетъ тя́ припа́дающа и́же па́дша на пéрси прiéмый, Его́же моли́, Богосло́ве, и належа́щую мглу́ язы́ковъ разгна́ти, прося́ на́мъ ми́ра и вéлíя ми́лости.
Apôtre bien-aimé du Christ notre Dieu, hâte-toi de délivrer un peuple sans défense. Celui qui t'a permis de t'incliner sur Sa Poitrine te permettra de t'incliner vers Lui pour plaider en notre faveur. Demande-Lui de dissiper les ténèbres du paganisme des nations, qu'Il nous accorde la paix et la grande miséricorde.

Kondakion du saint apôtre Jean le Théologien, ton 2
Вели́чiя твоя, дѣ́вственниче, кто́ повѣ́сть? То́чиши бо чудеса́, и излива́еши исцѣлéнiя, и мо́лишися о душа́хъ на́шихъ, я́ко Богосло́въ и дру́гъ Христо́въ.
Tes hauts-fait, disciple vierge, qui en fera le récit ? Tu répands les miracles, en effet, comme une source tu fais jaillir les guérisons et pour nos âmes tu intercèdes auprès du Christ, en ami.

Kondakion de la fête, ton 6
Е́же о на́съ испо́лнивъ смотре́ніе, и я́же на земли́ coeдини́въ небе́снымъ, возне́слся ecи́ во cла́вѣ Христе́ Бо́же на́шъ, ника́коже отлуча́яся, но пребыва́я неотсту́пный, и вопія́ лю́бящимъ Тя́ : а́зъ е́смь съ ва́ми, и никто́же на вы́.
Ayant accompli Ton dessein de Salut pour nous, et uni ce qui est sur terre à ce qui est aux cieux, Tu T’es élevé dans la gloire, ô Christ notre Dieu, sans nullement T’éloigner, mais en demeurant inséparable et clamant à ceux qui T’aiment : Je suis avec vous et personne ne prévaudra contre vous.

Au lieu de « il est digne en vérité », ton 5
Велича́й душе́ моя́, возне́cшагося отъ земли́ на не́бо, Xpиста́ жизнода́вца. Tя́ па́че ума́ и cловecé Ма́тepь Бо́жію, въ лѣ́то безлѣ́тнаго неизpeче́нно ро́ждшую вѣ́pніи единoму́дpeнно велича́емъ.
Ô Toi qui es au-delà de l’entendement et de l’expression, Mère de Dieu, Toi qui, d’une manière inénarrable, as enfanté dans le temps le Dieu intemporel, nous, fidèles, d’une seule voix, nous Te louons.



AU SUJET DE LA « MANNE » DE SAINT JEAN LE THÉOLOGIEN[2]

Après le repos et l’ensevelissement merveilleux du saint Apôtre Jean le Théologien à Éphèse [26 sept.], son tombeau, qui fut trouvé vide, devint une source de miracles. En particulier, chaque année, en ce jour, il se trouvait soudain recouvert d’une sorte de cendre, que les chrétiens du lieu appelèrent la « Manne », laquelle avait la vertu de guérir les maladies de l’âme et du corps de ceux qui s’en oignaient avec foi. Ce miracle procura donc l’occasion à l’Église de célébrer solennellement une seconde fois, tous les ans, le Disciple Bien-Aimé.

VIE DE SAINT ARSÈNE LE GRAND

L’illustre saint Arsène naquit au sein d’une noble famille romaine, au début du ive siècle. Doté d’une vive intelligence, il parcourut tout le cycle des études profanes, mais dès qu’il fut ordonné diacre, il décida de s’appliquer uniquement aux lettres sacrées. Il acquit une telle renommée dans la capitale que, lorsque l’empereur d’Orient, Théodose le Grand, demanda à l’empereur d’Occident, Gratien, de lui trouver un précepteur pour ses fils, Arcade et Honorius, ce dernier lui envoya Arsène. Malgré les honneurs de la cour et le respect que lui témoignait Théodose, qui le considérait comme son père spirituel, Arsène, alors parvenu à l’âge de quarante ans, ne se laissait pas tromper par ces faux attraits et désirait se consacrer à Dieu. Une nuit, alors qu’il priait Dieu pour qu’Il lui montrât le moyen d’obtenir le salut, il entendit une voix céleste lui dire : « Arsène, fuis les hommes et tu seras sauvé ! ». Sans plus attendre, il quitta le palais et se rendit au port où il trouva un navire qui le mena jusqu’à Alexandrie. Il y fut aussitôt consacré moine dans un des nombreux monastères qui entouraient la capitale égyptienne. Autant il portait à la cour de riches et précieux habits, autant, dès ce jour, il ne porta plus que des vêtements les plus vulgaires qui le rendaient méconnaissable. Renonçant à la vaine science de ce monde, il se mit à l’école des rudes anachorètes égyptiens, qu’il n’hésitait pas à interroger sur toutes ses pensées. Au bout de quelque temps, alors qu’il renouvelait sa prière à Dieu pour apprendre comment être sauvé, la même voix lui dit : « Arsène, fuis, tais-toi, garde le recueillement (hésychia). Ce sont là les racines de la perfection. » Il se rendit alors au fameux centre monastique de Scété et s’enfonça dans le désert, installant sa cellule à plus de trente-deux milles de l’église. Il n’en sortait que rarement et passa tout son temps, pendant quarante ans, seul, devant Dieu seul, en résistant vaillamment aux suggestions des démons qui lui rappelaient sa vie passée. Chaque jour, il s’interrogeait : « Arsène, pourquoi es-tu sorti du monde ? » et demandait humblement à Dieu de lui accorder la grâce de « commencer » (cf. Ps 76, 11). Comme les autres ermites, Arsène passait sa journée à tresser des feuilles de palmier en récitant des versets des psaumes. Il ne changeait jamais l’eau dans laquelle ces feuilles trempaient, et supportait avec patience l’odeur nauséabonde qui s’en dégageait, en échange, disait-il, des parfums et des aromates dont il avait jadis usés dans le monde. Sa cellule était dépourvue de tout confort et il ne possédait même pas de lampe. Pour nourriture, il se contentait d’une corbeille de pains pour toute l’année. Il ne montrait pourtant aucune répulsion pour les créatures de Dieu, et lorsque la saison des récoltes arrivait, il se faisait apporter toutes sortes de fruits et en goûtait, une fois seulement. Il consacrait la nuit entière à la prière, sans dormir et au petit matin, cédant à la nature, il disait au sommeil : « Viens ici, esclave méchant ! » puis il prenait un peu de repos. Il disait qu’une heure de sommeil suffit au moine, s’il est un vrai combattant. Le samedi soir, cet homme céleste commençait sa veille en tournant le dos au soleil couchant et restait debout, les mains tendues vers le ciel, jusqu’à ce que le soleil éclairât de nouveau son visage. Lorsque des visiteurs, même les plus haut placés, venaient jusqu’à sa cellule pour recevoir ses enseignements, saint Arsène refusait de les accueillir. À l’archevêque d’Alexandrie, Théophile, qui désirait lui rendre visite, il fit répondre : « Si tu viens, je t’ouvrirai, mais si j’ouvre à toi, j’ouvrirai à tout le monde ; alors je ne reste plus ici. » Comme on lui demandait pourquoi il fuyait ainsi les hommes, il répondit : « Dieu sait que je vous aime, mais je ne peux vivre avec Dieu et avec les hommes. Les myriades des puissances célestes n’ont qu’une seule volonté, tandis que les hommes en ont beaucoup ; je ne peux donc abandonner Dieu pour venir avec les hommes. » La retraite prolongée, le silence, la veille et la garde des pensées avaient fait jaillir de ses yeux une source permanente de larmes, de telle sorte que, quand Arsène était assis pour son travail manuel, il avait toujours un tissu posé sur la poitrine, pour recueillir ses larmes, qui coulaient sans efforts et si abondamment que ses cils en étaient tombés. Ce flot de larmes avait non seulement lavé son âme de toutes les impuretés des passions, mais il avait aussi transfiguré son corps, lui donnant l’apparence d’un ange : les cheveux tout blancs et une longue barbe qui lui descendait jusqu’à la ceinture. Un jour, un frère vint à sa cellule et regarda discrètement à l’intérieur avant de frapper. Il vit alors le vieillard tout entier comme du feu, transfiguré par la lumière de la grâce. Lorsque, de temps en temps, saint Arsène venait à l’église de Scété pour la synaxe eucharistique, il se tenait derrière un pilier, afin que personne ne vît son visage, et c’est avec difficulté qu’il acceptait alors de répondre aux questions des frères. Il demeura ainsi environ quarante ans au désert de Scété. Lorsque les barbares assaillirent les moines (vers 407), il passa une fois à côté d’eux sans être vu, mais, finalement, après la seconde dévastation de ce prestigieux centre monastique (434), il dut aller se réfugier au mont Troè (Toura près du Caire), où il resta dix ans. Puis, après un séjour de  trois années à Canope, il retourna à Troè, où il rendit son âme à Dieu à l’âge de quatre-vingt-quinze ans (449). Sur le point de mourir, saint Arsène ordonna à ses disciples d’abandonner son cadavre dans la montagne, et leur dit : « Je me suis souvent repenti d’avoir parlé, mais jamais de m’être tu. » Comme les frères le voyaient troublé et en pleurs, ils lui demandèrent si lui aussi, après avoir atteint un tel degré dans l’impassibilité, avait peur. Il leur répondit : « En vérité, la crainte qui est mienne à cette heure m’accompagne depuis que je me suis fait moine. » Et il remit son âme à Dieu. Entre autres sentences mémorables, saint Arsène disait à ses disciples : « Autant que vous le pouvez, faites effort pour que votre occupation intérieure soit selon Dieu, et vous vaincrez les passions extérieures. »


[1] Extrait d’une homélie du P. Placide Deseille (« Une Source d’Eau Vive », p. 46)
[2] Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras