jeudi 21 mai 2015

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



Jeudi 8/21 mai
ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR
Saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien (98-117) ; saint Arsène le Grand (449-450) ; saints Arsène le laborieux (XIV) et  Pimène le jeûneur (XII), de la Laure des Grottes ; saints martyrs de Fereydan (Perse, XVII) ; saint martyr Nicéphore Zaïtsev (1942).
Lectures : Actes I, 1-12 / Lc. XXIV, 36-53

L’ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR[1]

L
a fête de l’Ascension ne marque pas la fin du temps pascal. Le temps pascal, c‘est la sainte cinquantaine de jours qui suit la fête de Pâques et qui s’achève avec le dimanche de la Pentecôte, ou plutôt avec les huit jours de l’après-fête de la Pentecôte, qui ne forment avec le dimanche qu’un seul jour. Le Seigneur a voulu qu’après Sa Résurrection, Sa montée au ciel et le don de l’Esprit-Saint aux hommes, fruit de Sa session à la droite du Père, se répartissent sur une période de temps : quarante jours pour l’Ascension, cinquante jours pour l’envoi du Saint-Esprit. Et la liturgie suit ces étapes du mystère de notre salut. Le Seigneur ressuscité n’a pas voulu que nous prenions tout de suite conscience du fait que, ressuscité, Il est assis à la droite du Père. Selon une expression chère à St Irénée de Lyon, Il a voulu nous habituer progressivement à Sa condition nouvelle de Ressuscité. Que veut dire cette expression : « Assis à la droite du Père ? » Elle signifie qu’en Sa nature humaine elle-même, le Christ est revêtu de toute la Puissance divine, de toute Sa puissance de Seigneur du ciel et de la terre, qui Lui est communiquée par Son Père. La nature humaine du Christ est glorifiée, elle est remplie de ce rayonnement de la nature divine, de cette gloire de Dieu, de cette gloire que le Fils unique possédait de toute éternité avant la création du monde, et qui se répand maintenant dans Sa nature humaine elle-même. Et l’Apôtre Paul nous enseigne que par le baptême, non seulement nous sommes ressuscités avec le Christ, morts au péché et ressuscités avec le Christ, mais que Dieu nous a fait asseoir avec Lui dans les cieux : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés ! – avec Lui Il nous a ressuscités et faits asseoir dans les cieux, dans le Christ Jésus (Éphés. II, 4-6).



Tropaire de la fête, ton 4

Возне́слся ecи́ во cла́вѣ Христе́ Бо́же на́шъ, ра́дость сотвори́вый уче-нико́мъ обѣтова́ніемъ Свята́го Дýxa, извѣще́ннымъ и́мъ бы́вшимъ благослове́ніемъ, я́ко Ты́ ecи́ Сы́нъ Бо́жій, изба́витель мі́ра.
Tu t’es élevé dans la gloire, ô Christ notre Dieu, réjouissant Tes disciples par la promesse de l’Esprit Saint, et les affermissant par Ta bénédiction, car Tu es le Fils de Dieu, le Rédempteur du monde.


Tropaire du saint apôtre Jean le Théologien, ton 2
Апо́столе Христу́ Бо́гу возлю́бленне, ускори́ изба́вити лю́ди безотвѣ́тны: прiéмлетъ тя́ припа́дающа и́же па́дша на пéрси прiéмый, Его́же моли́, Богосло́ве, и належа́щую мглу́ язы́ковъ разгна́ти, прося́ на́мъ ми́ра и вéлíя ми́лости.
Apôtre bien-aimé du Christ notre Dieu, hâte-toi de délivrer un peuple sans défense. Celui qui t'a permis de t'incliner sur Sa Poitrine te permettra de t'incliner vers Lui pour plaider en notre faveur. Demande-Lui de dissiper les ténèbres du paganisme des nations, qu'Il nous accorde la paix et la grande miséricorde.

Kondakion du saint apôtre Jean le Théologien, ton 2
Вели́чiя твоя, дѣ́вственниче, кто́ повѣ́сть? То́чиши бо чудеса́, и излива́еши исцѣлéнiя, и мо́лишися о душа́хъ на́шихъ, я́ко Богосло́въ и дру́гъ Христо́въ.
Tes hauts-fait, disciple vierge, qui en fera le récit ? Tu répands les miracles, en effet, comme une source tu fais jaillir les guérisons et pour nos âmes tu intercèdes auprès du Christ, en ami.

Kondakion de la fête, ton 6
Е́же о на́съ испо́лнивъ смотре́ніе, и я́же на земли́ coeдини́въ небе́снымъ, возне́слся ecи́ во cла́вѣ Христе́ Бо́же на́шъ, ника́коже отлуча́яся, но пребыва́я неотсту́пный, и вопія́ лю́бящимъ Тя́ : а́зъ е́смь съ ва́ми, и никто́же на вы́.
Ayant accompli Ton dessein de Salut pour nous, et uni ce qui est sur terre à ce qui est aux cieux, Tu T’es élevé dans la gloire, ô Christ notre Dieu, sans nullement T’éloigner, mais en demeurant inséparable et clamant à ceux qui T’aiment : Je suis avec vous et personne ne prévaudra contre vous.

Au lieu de « il est digne en vérité », ton 5
Велича́й душе́ моя́, возне́cшагося отъ земли́ на не́бо, Xpиста́ жизнода́вца. Tя́ па́че ума́ и cловecé Ма́тepь Бо́жію, въ лѣ́то безлѣ́тнаго неизpeче́нно ро́ждшую вѣ́pніи единoму́дpeнно велича́емъ.
Ô Toi qui es au-delà de l’entendement et de l’expression, Mère de Dieu, Toi qui, d’une manière inénarrable, as enfanté dans le temps le Dieu intemporel, nous, fidèles, d’une seule voix, nous Te louons.



AU SUJET DE LA « MANNE » DE SAINT JEAN LE THÉOLOGIEN[2]

Après le repos et l’ensevelissement merveilleux du saint Apôtre Jean le Théologien à Éphèse [26 sept.], son tombeau, qui fut trouvé vide, devint une source de miracles. En particulier, chaque année, en ce jour, il se trouvait soudain recouvert d’une sorte de cendre, que les chrétiens du lieu appelèrent la « Manne », laquelle avait la vertu de guérir les maladies de l’âme et du corps de ceux qui s’en oignaient avec foi. Ce miracle procura donc l’occasion à l’Église de célébrer solennellement une seconde fois, tous les ans, le Disciple Bien-Aimé.

VIE DE SAINT ARSÈNE LE GRAND

L’illustre saint Arsène naquit au sein d’une noble famille romaine, au début du ive siècle. Doté d’une vive intelligence, il parcourut tout le cycle des études profanes, mais dès qu’il fut ordonné diacre, il décida de s’appliquer uniquement aux lettres sacrées. Il acquit une telle renommée dans la capitale que, lorsque l’empereur d’Orient, Théodose le Grand, demanda à l’empereur d’Occident, Gratien, de lui trouver un précepteur pour ses fils, Arcade et Honorius, ce dernier lui envoya Arsène. Malgré les honneurs de la cour et le respect que lui témoignait Théodose, qui le considérait comme son père spirituel, Arsène, alors parvenu à l’âge de quarante ans, ne se laissait pas tromper par ces faux attraits et désirait se consacrer à Dieu. Une nuit, alors qu’il priait Dieu pour qu’Il lui montrât le moyen d’obtenir le salut, il entendit une voix céleste lui dire : « Arsène, fuis les hommes et tu seras sauvé ! ». Sans plus attendre, il quitta le palais et se rendit au port où il trouva un navire qui le mena jusqu’à Alexandrie. Il y fut aussitôt consacré moine dans un des nombreux monastères qui entouraient la capitale égyptienne. Autant il portait à la cour de riches et précieux habits, autant, dès ce jour, il ne porta plus que des vêtements les plus vulgaires qui le rendaient méconnaissable. Renonçant à la vaine science de ce monde, il se mit à l’école des rudes anachorètes égyptiens, qu’il n’hésitait pas à interroger sur toutes ses pensées. Au bout de quelque temps, alors qu’il renouvelait sa prière à Dieu pour apprendre comment être sauvé, la même voix lui dit : « Arsène, fuis, tais-toi, garde le recueillement (hésychia). Ce sont là les racines de la perfection. » Il se rendit alors au fameux centre monastique de Scété et s’enfonça dans le désert, installant sa cellule à plus de trente-deux milles de l’église. Il n’en sortait que rarement et passa tout son temps, pendant quarante ans, seul, devant Dieu seul, en résistant vaillamment aux suggestions des démons qui lui rappelaient sa vie passée. Chaque jour, il s’interrogeait : « Arsène, pourquoi es-tu sorti du monde ? » et demandait humblement à Dieu de lui accorder la grâce de « commencer » (cf. Ps 76, 11). Comme les autres ermites, Arsène passait sa journée à tresser des feuilles de palmier en récitant des versets des psaumes. Il ne changeait jamais l’eau dans laquelle ces feuilles trempaient, et supportait avec patience l’odeur nauséabonde qui s’en dégageait, en échange, disait-il, des parfums et des aromates dont il avait jadis usés dans le monde. Sa cellule était dépourvue de tout confort et il ne possédait même pas de lampe. Pour nourriture, il se contentait d’une corbeille de pains pour toute l’année. Il ne montrait pourtant aucune répulsion pour les créatures de Dieu, et lorsque la saison des récoltes arrivait, il se faisait apporter toutes sortes de fruits et en goûtait, une fois seulement. Il consacrait la nuit entière à la prière, sans dormir et au petit matin, cédant à la nature, il disait au sommeil : « Viens ici, esclave méchant ! » puis il prenait un peu de repos. Il disait qu’une heure de sommeil suffit au moine, s’il est un vrai combattant. Le samedi soir, cet homme céleste commençait sa veille en tournant le dos au soleil couchant et restait debout, les mains tendues vers le ciel, jusqu’à ce que le soleil éclairât de nouveau son visage. Lorsque des visiteurs, même les plus haut placés, venaient jusqu’à sa cellule pour recevoir ses enseignements, saint Arsène refusait de les accueillir. À l’archevêque d’Alexandrie, Théophile, qui désirait lui rendre visite, il fit répondre : « Si tu viens, je t’ouvrirai, mais si j’ouvre à toi, j’ouvrirai à tout le monde ; alors je ne reste plus ici. » Comme on lui demandait pourquoi il fuyait ainsi les hommes, il répondit : « Dieu sait que je vous aime, mais je ne peux vivre avec Dieu et avec les hommes. Les myriades des puissances célestes n’ont qu’une seule volonté, tandis que les hommes en ont beaucoup ; je ne peux donc abandonner Dieu pour venir avec les hommes. » La retraite prolongée, le silence, la veille et la garde des pensées avaient fait jaillir de ses yeux une source permanente de larmes, de telle sorte que, quand Arsène était assis pour son travail manuel, il avait toujours un tissu posé sur la poitrine, pour recueillir ses larmes, qui coulaient sans efforts et si abondamment que ses cils en étaient tombés. Ce flot de larmes avait non seulement lavé son âme de toutes les impuretés des passions, mais il avait aussi transfiguré son corps, lui donnant l’apparence d’un ange : les cheveux tout blancs et une longue barbe qui lui descendait jusqu’à la ceinture. Un jour, un frère vint à sa cellule et regarda discrètement à l’intérieur avant de frapper. Il vit alors le vieillard tout entier comme du feu, transfiguré par la lumière de la grâce. Lorsque, de temps en temps, saint Arsène venait à l’église de Scété pour la synaxe eucharistique, il se tenait derrière un pilier, afin que personne ne vît son visage, et c’est avec difficulté qu’il acceptait alors de répondre aux questions des frères. Il demeura ainsi environ quarante ans au désert de Scété. Lorsque les barbares assaillirent les moines (vers 407), il passa une fois à côté d’eux sans être vu, mais, finalement, après la seconde dévastation de ce prestigieux centre monastique (434), il dut aller se réfugier au mont Troè (Toura près du Caire), où il resta dix ans. Puis, après un séjour de  trois années à Canope, il retourna à Troè, où il rendit son âme à Dieu à l’âge de quatre-vingt-quinze ans (449). Sur le point de mourir, saint Arsène ordonna à ses disciples d’abandonner son cadavre dans la montagne, et leur dit : « Je me suis souvent repenti d’avoir parlé, mais jamais de m’être tu. » Comme les frères le voyaient troublé et en pleurs, ils lui demandèrent si lui aussi, après avoir atteint un tel degré dans l’impassibilité, avait peur. Il leur répondit : « En vérité, la crainte qui est mienne à cette heure m’accompagne depuis que je me suis fait moine. » Et il remit son âme à Dieu. Entre autres sentences mémorables, saint Arsène disait à ses disciples : « Autant que vous le pouvez, faites effort pour que votre occupation intérieure soit selon Dieu, et vous vaincrez les passions extérieures. »


[1] Extrait d’une homélie du P. Placide Deseille (« Une Source d’Eau Vive », p. 46)
[2] Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras

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