mardi 31 décembre 2019

Archiprêtre Serge Baranov "QUAND LE CHRIST ARRIVE, LES QUESTIONS DISPARAISSENT." (1)



Conférence sur l'acquisition du goût de la prière

L'archiprêtre Serge Baranov (photo), réalisateur et scénariste bien connu, s'entretient avec de jeunes adultes au monastère Novospassky à Moscou sur la sainteté comme but de la vie et trouve celle-ci dans la prière. Le Père Serge est largement connu pour ses films lyriques et profonds. Sa première conférence portait sur le court métrage "Le prix de ma vie". Et si la vie est si précieuse, alors son but n'est rien de moins que la sainteté. 

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Le trait distinctif des chrétiens

Un jour, lorsque le futur staretz Sophrony (Sakharov) aborda des sujets très élevés, un moine expérimenté dit :

"Père Sophrony, parlons ds choses qui sont pertinentes à notre niveau... Nous devrions être prudents avec les thèmes qui sont trop élevés."

Mais alors le très jeune hiéromoine a répondu par ces arguments :

"Bien sûr, je suis d'accord avec vous dans une certaine mesure. Mais pourquoi est-ce que je me permets de parler de choses élevées, sans craindre que cela ne nuise à mon âme ? Tout d'abord, lorsque vous avez un objectif illimité devant vous en tant qu'idéal, son inaccessibilité vous fait agir tout le temps. Puisque vous le poursuivez continuellement, vous ne pouvez pas le posséder pleinement, et cela vous fait travailler sans arrêt. Et, deuxièmement, lorsqu'un idéal élevé est devant vous, vous sentez votre petitesse en contraste avec lui. Vous avez peu de chances de devenir prétentieux parce que vous vous sentez tout le temps inadéquat."

En l'écoutant, le vieux moine mégaloschème athonite répondit :

"Eh bien, Père Sophrony, si c'est le cas, cette conversation est possible."

J'ai osé appeler notre réunion : "La sainteté est le but de la vie." Certains la trouvent trop audacieuse ; d'autres, tout simplement inintelligible ; d'autres encore reculent devant une telle hauteur....

Selon moi, pour les premiers chrétiens, la sainteté était le but de la vie. C'était simplement leur mode de vie. Les apôtres dans leurs épîtres s'adressaient les uns aux autres : "Écrivez aux saints de telle ou telle Église."

Quand il s'agit du but de la vie, l'expression banale suivante est souvent utilisée : "Tu devrais construire une maison, faire pousser un arbre et élever un fils." Mais à un moment donné, j'ai commencé à évaluer ma vie en fonction de ces critères et j'ai réalisé que j'avais grandi avec plus d'un arbre, construit plus d'une maison, élevé six enfants et maintenant des petits-enfants... En plus de cela, j'ai construit des églises et peint des icônes. Le Seigneur m'a fait faire les fresques de petites cellules sur le mont Athos... J'ai été au service des prisonniers pendant vingt-trois ans, j'ai organisé un foyer pour les SDF et je l'ai géré pendant treize ans. J'ai construit une cathédrale. J'ai écrit des livres, fait des films, écrit des scénarios pour le théâtre... J'ai travaillé dans tant de domaines. J'ai même chanté dans une chorale d'anciens combattants soviétiques de la ville. Alors, et maintenant ? On me demande souvent pendant les réunions : "Père Serge, êtes-vous satisfait ? Vous avez participé à de nombreuses et diverses activités dans votre vie..."

Mais je ne sais pas quoi leur répondre. Je sens une sorte de vide. Ces sentiments sont semblables aux réflexions du livre L’Ecclésiaste du Sage Salomon : 9Je devins grand, plus grand que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Et même ma sagesse demeura avec moi. 10Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés; je n'ai refusé à mon coeur aucune joie; car mon coeur prenait plaisir à tout mon travail, et c'est la part qui m'en est revenue. 11Puis, j'ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j'avais prise à les exécuter ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n'y a aucun avantage à tirer de ce qu'on fait sous le soleil. (Ecclésiaste 2:9-11).

Il semblerait que l'Ecclésiaste du Sage Salomon puisse être qualifié de livre pessimiste, sauf pour sa dernière phrase : Crains Dieu et observe ses commandements. C'est là ce que doit faire tout homme (Ecclésiaste 12:13). Mais je dirais que le sens orthodoxe de "crainte" ici est "amour". "crainte" dans le sens de "peur de le perdre, de l'insulter, de le trahir, ou d'être laissé seul sans Lui." Parce que c'est vraiment terrible.

Plantation d'un jardin monastique tous ensemble

Après tout ce que j'avais fait dans ma vie, j'ai réalisé que tout cela est vanité des vanités. La dernière réalisation, la plus importante, la plus précieuse et la plus sainte fut le couvent d'Iveron. J'ai passé trois jours loin de notre couvent d'Iveron d'Orsk (où je suis le père-confesseur), et j'ai l'impression que nos moniales, notre règle, notre esprit, notre liturgie de nuit me manquent tellement ! Et notre règle de la prière de Jésus me manque, quand tout le couvent se calme le soir, et les mêmes mots se répètent dans chaque cellule" Seigneur, Seigneur, Seigneur..." J'ai enfin trouvé le but.

Tout le reste n'a de sens que lorsqu'il s'agit de la chose la plus importante. Tout est christocentrique en Orthodoxie. S'il n'y a pas de Christ, alors tout est vanité, comme disait le Sage Salomon.

Et où est le Christ ? Il est très regrettable que parfois les gens vont à l'église pendant cinquante ans, parfois même plus longtemps, mais ils n'ont jamais rencontré le Christ. Ils en savent beaucoup sur le Christ, se disputent sur le Christ, étudient sans cesse quelque chose en rapport avec le Christ... Mais ils n'ont jamais fait l'expérience du Christ. C'est comme une situation où vous allez dans la mauvaise direction, même si vous êtes sincère, zélé et constant. Quelqu'un marche, fait des efforts, transpire... Mais il va dans la mauvaise direction ! Il ne se dirige pas vers le Christ !

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


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