vendredi 11 mars 2016

Dr. Constantin Cavarnos: Photios Kontoglou/ INEBRANLABLE FIDÉLITÉ À LA SAINTE TRADITION (2)

Photios Kontoglou


- Qu’est-ce qui est arrivé après votre première rencontre avec Kontoglou?

-Quand J'ai rencontré Kontoglou en 1952, il vivait dans un garage qu'une certaine famille riche avait donné à lui et à sa femme, car il avait dû vendre sa maison pour gagner sa vie pendant l'occupation allemande. 
Ensemble, Kontoglou et moi sommes allés visiter les églises qu'il avait ornées de fresques et d’icônes. Puis nous sommes allés, avec son éditeur Alexandre Papademetriou, au monastère du Père Philotheos [Zervakos|, à Longovarda, sur l'île de Paros. 
Kontoglou et Papademitrou avaient l’habitude d’aller vers le Père Zervakos pour se confesser. Un être remarquable m'a conduit aux deux autres. J'avais trouvé mon mentor, Kontoglou, et il m'a présenté à mon futur éditeur, Papademetriou, et à une grande figure spirituelle, le bienheureux staretz Philotheos [Zervakos]. La compagnie d’éditions Papademetriou, Astir, est devenue, et est restée ,mon principal éditeur grec.

-Votre intérêt pour la Sainte Montagne ne s’est-il pas développé par ces relations?

-Je suis allé à la Sainte Montagne pour étudier l'art, la vie, et la pensée. En ce qui concerne l'art, j'enseignais un cours d'esthétique, c'est-à-dire la philosophie de la beauté, et les beaux-arts, à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. J’avais besoin de diapositives, et j’en ai empruntées beaucoup à la collection du professeur d'histoire de l'art là-bas. Cependant, il n'en avait pas sur l'art byzantin, pour lequel j’étais très intéressé. Je suis donc allé au Mont Athos équipé de mon appareil photo, d’un photomètre, et d’un trépied et j’ai fait une quantité considérable de photographies. 
Quand je suis rentré à Athènes, j’ai passé de nombreuses heures sur l'Acropole, étudiant l'architecture du Parthénon et le photographiant. Ainsi j'ai élaboré une bonne collection de diapositives pour ma classe d'esthétique. Puis je suis allé plus profondément dans la tradition byzantine par Kontoglou et les Pères de la sainte Église. Au cours des années 1957-1959 J'ai eu une bourse Fulbright en tant que chercheur sur la pensée grecque moderne. Ce fut une période très productive. Presque tous les dimanches j'allais voir Kontoglou à son domicile et je parlais avec lui, et il m'amenait voir des églises qu'il avait décorées. Ma relation avec Kontoglou était très intime, très importante.

-Il était comme un père spirituel pour vous?

Un père spirituel, oui. Il était ce que les Russes appellent un staretz, pour moi. Il était très ouvert. Je pouvais aller le voir à tout moment à son domicile, et il me recevait, et nous conversions et mangions parfois ensemble. Sa femme nous rejoignait. Une ambiance très conviviale. 
La porte était toujours ouverte. Et parfois, des gens importants venaient le dimanche pour parler avec lui. J'ai rencontré beaucoup de gens intéressants de cette façon: des peintres, des écrivains, des professeurs, des membres du clergé, des moines.

-Pouvez-vous résumer le principe sur lequel cette relation fonctionnait, et ce qu'il vous a principalement transmis?

-Cela a commencé avec mon intérêt pour l'esthétique de l'art byzantin qui était une partie du cours que j'enseignais à l'époque. Je voulais une connaissance de première main, et Kontoglou était le meilleur professeur que j'aie trouvé. 
Ensuite, cela s’est étendu à la musique, parce que Kontoglou avait écrit sur la musique byzantine, et il était compétent dans ce chant. Parfois, il amené d'excellents chantres (psaltai) chez lui pour que je puisse enregistrer leur chant, juste pour moi! Plusieurs des principaux chantres de la Grèce sont venus à l'invitation de Kontoglou. Donc, beaucoup de choses se sont développées. 
J'ai rencontré beaucoup d'autres personnes par Kontoglou parce qu'il était connu par à peu près tous ceux qui avaient quelque importance. Il a également mis à ma disposition la totalité de ce qu'il avait écrit dans les livres, encyclopédies, journaux et périodiques. Il me disait parfois d'aller à tel ou tel endroit pour trouver d'autres articles. Alors Kontoglou m’a grandement grandement aidé à rassembler des matériaux pour l'art sacré byzantin.

-Où pensez-vous qu'il ait reçu le trésor qu'il avait et qu'il vous donnait? D'où tenait-il ce trésor?

-Je dirais que d'abord il devait beaucoup à Stephanos Kontoglou, son oncle qui était moine. Kontoglou est né en Asie Mineure, dans la ville de Kydoniai, qui est en face de Lesbos, dont je suis originaire. Son oncle était higoumène du monastère de Sainte-Parascève, en dehors de Kydoniai.

-Ce fut l'inspiration initiale de Fotis Kontoglou, un oncle moine?

-Oui, voilà comment il a appris à chanter, par son oncle. Et comment il a appris à lire les livres saints de l'Eglise. Il a reçu sa formation monastique avec son oncle. Il a également étudié à l'une des meilleures écoles grecques à ce moment-là, une école d'enseignement supérieur à Kydoniai. Ils avaient un programme très solide d'études et de formation du caractère.

-Comment décririez-vous les premiers principes sur lesquels Kontoglou s'appuyait? Quels sont ses principes de vie ou ses valeurs de base?

- Ses racines sont dans l'Église orthodoxe et la foi, y compris dans ses arts sacrés, en particulier l'iconographie et le chant byzantin. Il a lu beaucoup de livres religieux. Il est aussi allé à Paris pour étudier l'art, est allé dans des galeries d'art, a fait des copies, et ainsi de suite. 
Auparavant, il était passé de Kydoniai à Athènes pour étudier à l'École des Beaux-Arts pendant un an ou deux. Son éducation artistique avait plutôt un caractère profane, parce que l'art byzantin à cette époque était méprisé, aussi bien à Athènes à l'École des Beaux-Arts et en Europe. Il a été bien formé dans cette tradition; il connaissait les peintres de la Renaissance et pouvait en parler d'une manière érudite. 
Puis il est retourné à Kydoniai, et a enseigné l'histoire de l'art et de la langue française au lycée de jeunes filles. En 1922, les Turcs ont tué ou expulsé tous les Grecs d'Asie Mineure. Il est parti, avant d’être tué par les Turcs, et il est allé à Lesbos en voilier avec les membres survivants de sa famille. 
C’était un réfugié sans rien, sauf ce qu'il avait pu emporter. Il insista particulièrement pour emporter ses icônes. Il les garda avec lui à la maison jusqu'à son dernier jour. Celles-ci étaient très anciennes, des icônes traditionnelles qui étaient parvenues à sa famille par le monastère de Sainte Parascève.
Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Pravoslavie.ru

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