samedi 16 juin 2018

Archiprêtre André Lemechonok: Les gens se disent orthodoxes, mais ils ne voient pas leurs proches qui souffrent!


L'Église est l'union, la formation de ce monde, qui ne peut être détruite, qui ne peut être vaincue par les portes de l'enfer parce que le Christ nous aime, et l'Église elle-même est basée sur l'amour de Dieu envers les hommes. Aujourd'hui et demain - cet amour n'est jamais partagé parce que nous ne l'apprécions pas, nous nous y habituons. Cet amour ne s'affaiblit jamais, et là où le péché abondait, la grâce surabondait (Romains 5:20). Le Seigneur ne dit pas : "Méritez-vous mon amour ou pas ?" Au lieu de cela, il nous demande : "Veux-tu de mon amour ?

Cependant, Dieu ne nous impose pas son amour. Nous vivons par la Grâce de Dieu, par l'amour qui nous unit tous. Il y a tellement de péché dans ce monde, qu'il aurait pu nous diviser il y a longtemps. Nous voyons comment certaines personnes cèdent à leur propre perception humaine et finissent par dévier et s'égarer. Elles pensent que leur vérité est la plus vraie, et que leur opinion est la plus juste. C'est une erreur. Quand une telle personne verra-t-elle cette erreur ? Certaines personnes le comprennent assez rapidement, alors que d'autres ne peuvent le comprendre qu'à la toute fin de leur vie.

C'est si triste d'entendre parler de vies ruinées... Je confesse les gens pendant des heures, et les jeunes viennent me voir et me racontent comment le Diable détruit leurs familles et dresse les gens les uns contre les autres. Il réussit à faire la chose la plus terrible - les gens deviennent ennemis à cause de l'héritage ou de la surface habitable. C'est tellement effrayant ! Les gens se vendent les uns les autres et deviennent fous ! Nous pouvons voir cela se produire tout le temps.

Quand vous entendez parler de telles choses, votre optimisme et votre joie deviennent de plus en plus réduits. En même temps, nous devons comprendre que tout cela est temporel. Nous devons parler de la source de la vie, de la joie qui existe, qui fonctionne dans ce monde et le vainc. Cependant, il est parfois impossible de le voir avec nos yeux humains. Nous devons avoir la foi et la confiance en Dieu pour le voir. Nous devons rejeter nous-mêmes, notre opinion et notre vision de la situation. 

Il est bon qu'une personne s'humilie et essaie d'entendre cela. Mais beaucoup de gens ne le font pas. Le plus tragique, c'est que parfois les gens essaient même de se cacher derrière des idées pseudo-orthodoxes. Parfois, tout en arrive à l'absurde : les gens se proclament "orthodoxes" et ignorent les souffrances de leurs proches ! Une personne près de chez vous souffre - "Je n'ai pas le temps pour cela ! Je dois résoudre des problèmes universels !" Ça arrive tout le temps autour de nous. Encore une fois, on peut désespérer à cause de cela, mais nous ne devons pas perdre notre foi en Dieu.

Nous devons nous aider les uns les autres, nous soutenir les uns les autres et porter les fardeaux les uns des autres afin de ne pas chuter, de ne pas perdre la connexion avec Dieu. Notre prière commune et nos rencontres nous aident. Bien sûr, parfois nos prières sont pleines de joie, parfois elles peuvent être tristes, et parfois elles sont simplement douloureuses. Mais c'est notre vie. 

Nous avons besoin de continuer à vivre, de vivre certaines pages de notre vie, certains moments et certaines périodes. Nous devons tirer des conclusions de ce qui se passe pour ne pas commettre d'erreurs et faire confiance au péché, ce qui peut parfois sembler encore plus crédible que ce que Dieu nous dit.

Notre chemin se poursuit. Nous essayons de trouver quelque chose, de découvrir quelque chose dans notre vie d'aujourd'hui. L'essentiel, c'est que Dieu est près de nous. Notre vie et la vie des gens le plus proches de nous est entre Ses mains, mais pas entre les mains du destin, de la chance ou de la coïncidence. Tout est sous le contrôle du Seigneur.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après




vendredi 15 juin 2018

Métropolite Antoine [Pakanitch]: Pourquoi les gens trahissent-ils leur foi?



Probablement, chacun d'entre nous s'est demandé pourquoi il est si difficile pour certaines personnes d'être fidèles à la vérité, à la bonté. Pourquoi une personne qui semble être croyante proclamant ses opinions orthodoxes tombe soudainement dans l'hérésie, entre dans le schisme ou s'abaisse jusques au paganisme ?

Toutes ces questions se réduisent à un "dénominateur" commun. Rappelons-nous la réponse du Christ aux scribes et aux pharisiens : "Malheur à vous, scribes et pharisiens, hypocrites, hypocrites... Pharisien aveugle, purifie d'abord l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur d'eux aussi soit pur" (Matthieu 23:23-26).

Que signifient ces paroles ?

Le Christ établit un lien direct entre la capacité de croire, de percevoir la vérité, la bonté et l'état de vie intérieure et morale d'une personne. Pas l'extérieur, ostentatoire, mais l'intérieur que personne ne peut voir, sauf Dieu.

L'histoire nous montre que les croyances religieuses erronées sont presque toujours précédées par l'abandon de la voie de la piété, du déclin moral, d'une vie d'une manière qui n'est pas conforme à la conscience et à la foi.

Une personne est destinée à devenir la demeure de l'Esprit Saint mais, remplie de péché et de vice, elle se prive de la Grâce divine, devient incapable d'accepter la vérité et commence à errer.

C'est une voie dangereuse. Cependant, c'est encore pire lorsque quelqu'un qui se fourvoie attire les autres dans son erreur. Les aveugles marchent sur une corde raide. La tragédie est inévitable.

La foi et le vice sont différents par leur nature et, étant des opposés polaires, ils ne peuvent jamais être réconciliés. C'est pourquoi les pécheurs n'ont d'autre choix que de se débarrasser de la foi qui les pousse constamment à combattre eux-mêmes leurs péchés.

Les gens vicieux détruisent la foi divine dans leur cœur et créent leur propre foi à la place, une foi qui justifierait le vice et leur garantirait la paix intérieure, même si elle est fausse.

Essayons non seulement d'aller à l'Eglise, mais aussi de vivre la vie de l'Eglise selon notre foi. Alors nous n'aurons pas peur des vicissitudes de la vie et nous pourrons résister aux illusions des gens égarés.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

SOLIDARITE KOSOVO


Urgence médicale au Kosovo :
SK au chevet de Pasjane et de Gracanica

Le soutien aux antennes médicales est indispensable à la survie du peuple serbe du Kosovo. Solidarité Kosovo a besoin de votre aide pour réunir les 30 000 € nécessaires à l’achat d’une imprimante pour films radiologiques et d’un échographe qui font cruellement défaut aux dispensaires médicaux de Pasjane et de Gracanica.

Un parc médical serbe à renouveler 

Plus que vétuste, le matériel des antennes médicales serbes du Kosovo est complètement archaïque. Entre les années de guerre et l’oppression qui perdure, la pauvreté maintient le domaine de la santé dans un état d’obsolescence et de sous-équipement effrayant. Dans les enclaves chrétiennes du Kosovo, le personnel de santé des dispensaires et des trop rares hôpitaux s’efforcent chaque jour de soigner des dizaines de patients avec des moyens plus que limités. Parler de « désert médical » est un doux euphémisme. 

Dans ce système de santé défaillant, les besoins sont nombreux. Au cours de ces trois dernières années, Solidarité Kosovo a multiplié les opérations en faveur de la réhabilitation des structures médicales chrétiennes. Comme par exemple, l’achat d’équipements neufs pour les deux principales maternités de la région financé en 2015 -pour en savoir plus, cliquez ici- ou encore de l’ambulance offerte à l’enclave montagnarde d’Osojane en 2016 -pour en savoir plus, cliquez ici-. En tout, cinq chantiers ont pu être menés à bien grâce au fidèle concours des donateurs de Solidarité Kosovo. 


En 2015, Solidarité Kosovo avait doté la maternité de Mitrovica de nouvelles tables-lits d'accouchement 

Urgence aux dispensaires de Pasjane et de Gracanica

Aujourd’hui, ce sont les patients de Pasjane et de Gracanica qui tirent la sonnette d’alarme. 

À Pasjane, l’échographe, vestige de l’ère communiste, ne fonctionne plus. Il est indispensable de le remplacer au plus vite. 

À Gracanica, les agriculteurs sont nombreux et ils sont particulièrement exposés aux accidents liés à leur activité (chutes, risques liés à la manipulation d’outils et d’engins agricoles…). Les fractures, entorses et autres lésions articulaires sont des pathologies particulièrement fréquentes. C’est pourquoi il est impératif de disposer d’un matériel de diagnostic fiable et fonctionnel afin de soigner immédiatement les patients. Malheureusement, le vieil appareil, moult fois rafistolé, qui permettait de développer les films radiologiques et de détecter ces lésions, a rendu l’âme cet hiver. 

La santé, un axe d’intervention prioritaire 

Avec l’autosuffisance alimentaire et l’éducation, Solidarité Kosovo fait de la santé l’un de ses axes privilégiés d’action. 

Offrir du matériel médical neuf aux dispensaires des enclaves serbes du Kosovo sauve des vies. Remplacer les appareils désuets est une nécessité d’ordre vital. En 2018, en Europe, nous ne pouvons pas permettre que des gens meurent parce qu’ils n’ont pas accès à un outil médical essentiel.

Aussi, Solidarité Kosovo s’engage à réunir 30 000 € pour financer l’achat de deux machines : 

• À Gracanica, une imprimante pour films radiologiques (12 000 €) pour remplacer l’actuelle, hors service et irréparable; 

• À Pasjane, un nouvel échographe (18 000 €) qui servira à la fois au suivi des grossesses, à la place de l’échographe actuel mais également pour les échographies des autres membres.


Le nouvel échographe, dont l’achat va être financé par Solidarité Kosovo grâce à votre soutien, coûte 12 000 € 

Votre don est décisif. Grâce à vous, les dispensaires de Pasjane et de Gracanica pourront reprendre leur activité médicale et d’urgence grâce au renouvellement des appareils médicaux défaillants. Toute contribution est importante et chaque geste est significatif. Adressez votre don dans la mesure de vos moyens :

- Par chèque : en libellant l’ordre à Solidarité Kosovo puis en l’envoyant à : Solidarité Kosovo - BP 1777 - 38220 Vizille – France

- Par virement Paypal : rendez-vous sur notre site 

- Par virement bancaire, contactez-nous : contact@solidarite-kosovo.org 

L'équipe de "Solidarité Kosovo"



PS : les personnes souhaitant nous aider peuvent contribuer au développement 
de nos activités en nous faisant un don. Par chèque 
à l’ordre de « Solidarité Kosovo », BP 1777, 38220 Vizille 
ou par Internet en cliquant sur le lien paypal :

http://www.solidarite-kosovo.org/fr/dons-en-ligne
PS2 : « Solidarité Kosovo » étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.

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jeudi 14 juin 2018

Un roi tribal africain devient orthodoxe sur la Sainte Montagne de l'Athos



Ici et là sur le Mont Athos

Alors que nos pèlerins continuent leur voyage sur le Mont Athos, nous considérons qu'il est important de se rappeler que la veille de leur voyage, la nouvelle de l'entrée dans l'Orthodoxie d'une figure importante du monde africain traditionnel a été annoncée. Le hiéromoine Dionysios du monastère de Koutloumousiou a baptisé sous le nom de David, le roi tribal Jean Gervais Tchiffi Zié, chef des Krous de Côte d'Ivoire.

Le roi Tchiffi Zié, bien connu sur le web, sert comme secrétaire général permanent du Forum des rois, des princes, des cheikhs et des chefs africains traditionnels, et dirige diverses initiatives de contact entre les souverains tribaux du continent africain.

Nous souhaitons au nouveau dirigeant orthodoxe de nombreuses années de paix et de guidance éclairé [...].

mercredi 13 juin 2018

Sur le blog de Maxime





Genèse 9, 8-13

Dieu dit encore à Noé et à ses fils :

« Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.

Dieu dit encore : « Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »

« Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. »

mardi 12 juin 2018

Jean-Claude LARCHET: Recension: Anton Odaysky, « “L’exploit de toute une vie”. Saint Luc de Crimée »




Anton Odaysky, « L’exploit de toute une vie ». Saint Luc de Crimée (Valentin Voïno-Iassenetski), professeur, médecin, archevêque, confesseur, collection « Patrimoine », Cerf, 2018, 300 p.

L’archevêque Luc de Crimée – appelé aussi Luc de Simféropol – (1877-1961), a été canonisé comme saint local de Crimée en 1995 et comme saint de l’Église orthodoxe russe tout entière en août 2000. C’est un saint très vénéré en Russie, mais aussi en Grèce et dans divers pays orthodoxes, où de nombreux fidèles lui sont redevables de guérisons miraculeuses accomplies après son décès en 1961 et qui continuent à se produire actuellement.

Né d'un père catholique d’origine polonaise appartenant à une famille aristocratique, Valentin Felixovitch Voïno-Iassenetski, après avoir été d’abord attiré par la peinture, entreprit des études de médecine et devint chirurgien. Il exerça pendant treize ans dans plusieurs hôpitaux de campagne, tout en entreprenant des recherches sur l’anesthésie locale à Moscou, qui aboutirent en 1916 à une thèse qui fut aussitôt primée par l’Université de Varsovie. En 1919, il fut nommé médecin-chef à l’hôpital de Tachkent et professeur d’anatomie topographique et de chirurgie opératoire à la faculté de médecine de cette ville. À la fin de l’année 1919, son épouse décéda d’une tuberculose pulmonaire. Il confia la garde de ses quatre enfants à une infirmière de son service. Pris tous les samedis et les dimanches par son activité de chirurgien, le futur évêque ne pouvait jusque-là assister que très rarement aux services liturgiques et, avoue-t-il, ne respectait guère les carêmes; mais il commença alors à fréquenter une fraternité et à assister tous les dimanches soir aux réunions sur des thèmes bibliques organisées par un prêtre de la ville de Tachkent où il résidait alors. Après une prise de parole lors de l’une de ces réunions, l’évêque du diocèse, qui était présent, lui demanda de devenir prêtre, ce qu’il accepta aussitôt. Il fut ordonné peu de temps après ; l’évêque le nomma comme quatrième prêtre de la cathédrale en le chargeant de la prédication. Il continua cependant à exercer parallèlement sa quadruple activité de médecin-chef, de chirurgien opérant jour et nuit, de professeur de médecine et de chercheur, se spécialisant dans le domaine de la chirurgie des plaies purulentes. En 1923, devant le danger représenté par le développement de « l’Église vivante », créée et soutenue par le pouvoir, il fut élevé à l’épiscopat par l’évêque Innocent de Tachkent, et ordonné en secret à Samarkand ; cette ordination fut entérinée par le patriarche Tikhon. Après avoir célébré sa première liturgie pontificale à la cathédrale de Tachkent, il fut arrêté par la Guépéou. Ce fut le début d’une période de onze ans d’emprisonnements et d’exils. Il fut tout d’abord déporté, jusqu’en 1926, dans un village perdu du cercle polaire arctique, puis de 1930 à 1933 à Arkangelsk, et enfin en 1937, en Sibérie, alors que le régime déportait plus de deux cent mille évêques et membres du clergé. La guerre survenant, il fut réquisitionné en 1941 pour exercer les fonctions de chirurgien-chef dans un hôpital d’évacuation à Krasnoïarsk, et reçut en 1943 une décoration officielle reconnaissant le « vaillant travail » qu’il y avait accompli. En 1946, il reçut le prix Staline pour le traité sur la «Chirurgie des plaies purulentes » qu’il avait mis au point au cours de onze années d’exils. La même année, il fut transféré au siège archiépiscopal de Simféropol en Crimée et bénéficia de la relative paix concédée à l’Église par l’État dans la période qui suivit la guerre. Il resta pendant quinze ans, jusqu’à son décès en 1961, l’archevêque de cette ville, dans la cathédrale de laquelle ses reliques sont conservées.

Ce qui permit à Mgr Luc de rester en vie tandis que beaucoup d’autres évêques moururent pendant cette longue période de persécutions, c’est qu’il renonça formellement, en 1933 à servir comme évêque puis refusa plusieurs fois des sièges épiscopaux vacants, ne voulant pas abandonner l’exercice de la chirurgie (à la fin de sa vie, Mgr Luc perçut cet attachement à la chirurgie comme une passion et s’en repentit). Mais il fut préservé aussi grâce à ce travail de chirurgien, réussissant des opérations particulièrement difficiles, guérissant plusieurs personnalités de maladies graves, mais aussi se rendant très populaire et s’acquérant de nombreux défenseurs auprès du grand nombre de personnes qu’il avait soignées.

Digne successeur des saints médecins anargyres, se dépensant sans compter pour opérer et soigner les nécessiteux dans les conditions les plus précaires et avec un équipement des plus sommaires, Mgr Luc fut en même temps un confesseur courageux de la foi : il donnait ses cours à l’université avec sa soutane et sa croix pectorale au mépris des interdictions administratives très strictes édictées par l’État communiste ; il refusait d’enlever l’icône qu’il avait placée dans sa salle d’opération ; lorsqu’il opérait, il priait préalablement pour patient, traçait avec l’iode le signe de la croix sur le corps de celui-ci, bénissait ses assistants et invoquant l’aide de Dieu pour que l’opération réussisse. Il bénissait publiquement toutes les personnes qui s’approchaient de lui. Il se montra prêt à s’immoler au sommet d’un amas d’icônes en feu afin d’empêcher la destruction d’une église. Il célébrait la Liturgie partout où il passait ou demeurait au cours de ses exils. Résistant à la politique antireligieuse de l’État soviétique, il ordonnait des prêtres et tonsurant des moines et des moniales. Il prenait en tant qu’évêque les décision qui s’imposaient, encourant le risque d’être persécuté, emprisonné, exilé, ce qu’il fut en effet.

Aux étapes cruciales de son existence, la Providence divine se manifesta clairement à Mgr Luc, en lui indiquant la conduite à tenir au moyen de certaines paroles de l’Écriture Sainte qu’il lisait ou entendait et qui prenaient en son for intérieur un relief particulier.

Deux ouvrages sur saint Luc ont déjà paru en français : son Autobiographie, restée inachevée, publiée au éditions du Cerf dans la collection « Le sel de la terre » en 2001 sous le titre Voyage à travers la souffrance, et le livre de l’Archimandrite Nektarios Antonopoulos, L’archevêque Lucas Voïno-Yasenetski, saint prélat et chirurgien (1877-1961), paru aux éditions Arkondariki à Athènes en 2011.Le présent ouvrage est plus complet que les précédents. Il expose de manière développée la vie du saint, jusqu’au transfert de ses reliques et au récit de miracles qui ont suivi son décès, et il comporte de nombreuses précisions sur le contexte historique et les personnalités avec lesquelles saint Luc fut en relation. L’ouvrage comporte de nombreuses photos, que malheureusement leur trop petit format rend souvent illisibles.

L’auteur, le Père Anton Odaysky, est recteur de la paroisse russe Saint-Michel-Archange de Cannes, mais aussi ingénieur informatique à Sophia Antipolis. Sa formation scientifique le rend particulièrement sensible aux travaux scientifiques de saint Luc et aux modalités de sa pratique en tant tant que chirurgien. On aurait cependant préféré que l’Annexe, consacrée à une présentation des méthodes chirurgicales de saint Luc pour soigner les maladies purulentes locales, fût remplacée par un aperçu de ses enseignements spirituels et d’extraits significatifs de ses sermons, dont 11 volumes ont paru en Russie mais qui restent totalement inconnus du public français. On reste en attente d’un livre sur saint Luc qui, au-delà du récit des événements de sa vie certes exemplaire mais désormais bien connue, mette davantage en valeur sa spiritualité.


Jean-Claude Larchet

lundi 11 juin 2018

Père Patrick Viscuso: Discours de la cérémonie de remise des diplômes à Holy Trinity Monastery (NY/USA)

Ce texte  du Père Patrick Viscuso semble répondre à une question essentielle: dans quel but doit on rechercher l'ordination?



Le Christ est parmi nous !

Votre Grâce, Pères, Frères,  Sœurs et Séminaristes.

Il y a presque quarante ans, ma classe de séminaire a obtenu son diplôme d'une école théologique orthodoxe, beaucoup d'entre nous se préparant alors à la Sainte Prêtrise. Avec toute l'excitation de la cérémonie de remise des diplômes, je ne me souviens même pas de ce qu'a dit notre conférencier principal ou si nous en avons même eu un. Comme les séminaristes de la Sainte Trinité, nous avons été remplis de la joie d'obtenir un diplôme et nous avons anticipé de nous embarquer pour un service à vie pour notre Seigneur Jésus-Christ.

La vie au séminaire pour mes camarades de classe et moi  était difficile et il y avait toujours beaucoup de raisons de se plaindre : la nourriture, le froid, la chaleur et les horaires exigeants. Il ne fait aucun doute que les séminaristes de la Sainte Trinité ont aussi de nombreuses raisons de se plaindre. Mais malgré les conditions de vie, je dois dire que nous avions quelque chose qui était un trésor ; la chapelle du séminaire, pour laquelle aucune dépense n'avait été épargnée, et à juste titre, puisque c'est pendant les matines et les vêpres quotidiennes que nous trouvions notre véritable nourriture.

Un dernier souvenir de la remise des diplômes que je partagerai  a été la seule phrase dont je me souvienne du sermon de Son Éminence l'archevêque Iakovos, de bienheureuse mémoire, qui, en regardant les diplômés réunis dans la chapelle pendant la Liturgie Pontificale, a dit ce qui suit : "nous sommes peu nombreux, mais nous sommes nombreux". En effet, nous étions peu nombreux, je me souviens que ma propre classe comptait moins de 25 personnes. Votre propre classe de diplômés du Séminaire de la Sainte Trinité ne compte évidemment pas des centaine de personnes. Mais, comme l'a indiqué l'archevêque Iakovos, le nombre n'est pas le vrai critère, car je pense qu'il regardait vers le but supérieur pour lequel beaucoup d'entre nous s'étaient consacrés - comme beaucoup d'entre vous - se préparer à servir l'Église, principalement en tant que prêtres.

En tant que jeune garçon élevé dans l'Église orthodoxe grecque, grâce à l'insistance de ma grand-mère grecque pour que tous les enfants soient élevés en orthodoxe, j'avais pensé à être prêtre depuis l'âge de 4 ans et, enfant, je me souviens très clairement d'avoir pensé au monde qui m'entourait et de sentir la présence de Dieu. Certes, comme beaucoup de garçons, j'ai servi à l'autel et j'ai souvent ressenti sa nature mystérieuse. Cette nature est rappelée dans la description de l'ordination par un texte canonique du XVIe siècle comme étant "la nomination par l'imposition des mains et l'invocation de l'Esprit Saint pour servir les Mystères immaculés, dans lesquels les anges désirent plonger leur regard."

Imaginez la poésie de la phrase, être ordonné et célébrer "les Mystères immaculés, dans lesquels les anges désirent plonger leur regard." Les canons de l'Église et leurs commentateurs parlent souvent du caractère sacré du sacerdoce lorsqu'ils décrivent la manipulation des éléments consacrés sans souillure pendant la Divine Liturgie, avec des termes tels que "la grandeur du miracle". Les mains des prêtres utilisées pour manipuler les Mystères Divins sont embrassées, parce qu'elles sont entrées en contact avec le Corps et le Sang du Seigneur. 

Souvent, les prêtres eux-mêmes n'embrassent pas les icônes après la Liturgie de peur de manquer de respect pour la "Bonne Part", le "Don" et la "Divine et Sainte Communion" - selon les paroles des saints canons de notre Église - qu'ils viennent de recevoir. Une des joies du sacerdoce est d'adorer dans l'autel et de recevoir directement du calice, et surtout de concélébrer avec d'autres prêtres et avec les diacres, et de recevoir ensemble, tout en priant à l'unisson les prières préparatoires avant la Communion.

Qu'est-ce qui nous pousse à chercher l'ordination ? Est-ce l'idée d'exercer le pouvoir et l'autorité avec les mêmes mains sur d'autres vies ? Ou est-ce que la raison réside dans le fait de devenir les serviteurs du peuple de Dieu ? Ces serviteurs ne cherchent pas le pouvoir sur qui que ce soit, mais sont des exemples fidèles, des guides et des bergers, qui marchent parmi le troupeau, vont chercher les égarés, et sont une source de réconfort et de nourriture qui garde le peuple de Dieu près de l'Église, plutôt que d'essayer d'installer des clôtures et des chaînes pour garder les gens à l'intérieur.

En pensant à l'influence qu'un prêtre peut avoir, il y avait une histoire obsédante que ma mère m'a racontée. Typique parmi les immigrants grecs arrivant dans notre pays après la première guerre mondiale, de la grande pauvreté et du bouleversement de l'Asie Mineure et de la Grèce continentale, mon grand-père a fait son chemin dans le secteur de la restauration, travaillant 17 heures par jour. Il mourut en 1944. Quand j'étais jeune, ma mère m'a parlé de son service funéraire célébré dans l'une des immenses sections grecques d'un cimetière de New York et du prêtre qui, par inadvertance, avait donné un coup de pied dans le cercueil de son père au cimetière.

Elle se souvint de l'acte involontaire de ce prêtre toute sa vie et de la tristesse qu'il lui avait causé pendant plus de 50 ans par sa négligence. A son insu, cette histoire m'a aussi hanté quand j'ai pensé à l'ordination. Étant donné les effets de cet accident mineur, j'ai pensé à quel point les effets d'une parole par inadvertance d'un prêtre pourraient être beaucoup plus effrayants, mais aussi à quel point une parole bien intentionnée pourrait être beaucoup plus puissante. Bien qu'il puisse détruire la vie d'une personne en l'amenant à prendre un mauvais tournant par le biais d'un conseil irréfléchi, un prêtre est également capable d'intervenir pour sauver une vie. Il pourrait aliéner quelqu'un des Mystères de l'Église en racontant une histoire pour s'amuser, mais aussi communier une communauté entière et apprendre les noms de chacun d'entre eux. En bref, il y a toujours la possibilité de causer du mal - tout cela à cause de quelque chose qui n'était pas intentionnel, ou qui a été mal communiqué, ou qui a été fait de façon frivole ou négligente ; mais aussi pour faire beaucoup de bien, prier avec les malades, réconforter les endeuillés, conseiller ceux qui choisissent un chemin dans la vie, travailler pour le salut de toute une communauté et se donner à la cause la plus noble sur terre - une cause si importante que la vraie vie de tout le monde en dépend.
Sur la base de mon expérience de 27 ans de sacerdoce, je crois que l'une des motivations les plus appropriées pour rechercher la consécration à Dieu toute la vie est que vous avez été doué pour être un σκεύος, un vase de Dieu, pour la réception et la transmission de la sanctification par l'invocation de la Déité, et pour faire du bien dans ce monde, chaque fois que vous le pouvez et où que vous soyez dans la petite partie de la création dans laquelle vous vivrez - pour rendre présente la même bénédiction sanctifiante accordée par le Sauveur, afin que vous puissiez contribuer de manière significative à la guérison et à la nouvelle vie du peuple de Dieu.

En transmettant la sanctification de Dieu et en faisant le bien, je peux aussi dire qu'il y aura des obstacles, car, comme l'a écrit un hiéromoine byzantin du XIVe siècle, "Où est-il nécessaire de lutter sans sang pour la Vérité ? Ce sang est la joie du sacerdoce dans son dévouement total - esprit, cœur, âme et corps - à un Dieu aimant, pour qui nos efforts sont persistants et déterminés.

Cette lutte, au nom de la Vérité, est de soutenir le troupeau de l'Église - une charge apostolique du Christ. En tant que minorité, dans une mer d'incrédulité et de laïcité, comme ἁλιεῖς ἀνθρωἀνθρω, "pêcheurs d'hommes "[1], nous sommes continuellement mis au défi d'œuvrer pour la perfection spirituelle et le salut des fidèles. Le maintien de normes canoniques qui reflètent la force de notre foi et de notre communauté sera mis à l'épreuve, elle sur qui les "portes de l'enfer" ne prévaudront pas.[2]

Dans les paroles poétiques d'un hiéromoine byzantin tardif, les saints canons - les normes canoniques de l'Église - sont les "pierres précieuses" qui sont "variées" et "différenciées" utilisées dans la construction d'une maison construite sur les fondations de Jésus-Christ. Elles sont une réalité divine-humaine parallèle aux deux natures du Sauveur et sont l'expression de l'économie théandrique de l'Église. Elles expriment la vérité dans les circonstances de l'histoire pour aborder des situations et circonstances spécifiques, des catégories de comportement, des personnes spécifiques et des structures institutionnelles. En un mot, nos normes canoniques sont incarnationnelles ; elles sont l'application de la Vérité aux circonstances spécifiques de l'histoire et l'expression de la vie pastorale de notre Église.

Le prêtre de paroisse est le pratiquant de ce droit canonique par excellence lorsqu'il célèbre les Mystères et les administre au peuple de Dieu ; il prêche et enseigne ; il agit comme pasteur pour conseiller, soutenir et manifester cet amour fondamental de Jésus-Christ. Dans chaque cas, il applique le dogme de l'Église à la vie pratique des chrétiens.

En tant que praticien - en tant que représentant de la Sainte Tradition ou Παράδοσις - il a l'obligation sacrée d'obtenir une connaissance suffisante de cette Tradition. Il doit devenir un historien théologique - un théologien qui connaît l'histoire de la vie pastorale de l'Église - et qui peut reconnaître l'application des enseignements de l'Église au présent - en préservant - tout en créant dynamiquement des solutions pour le présent.

Encore une fois, revenez à quelques conseils simples, basés sur l'expérience du sacerdoce, lorsque vous marchez parmi votre troupeau et agissez comme un berger dans le service et le ministère du peuple de Dieu, gardez à l'esprit que lorsque vous êtes le plus tenté de ne pas faire quelque chose parce que vous êtes trop fatigué, de ne pas rester et d'aider ; ne pas prendre le tour de célébrer ; se permettre l'indulgence de parler au lieu de prier dans l'autel ; et ne pas prendre le temps de tendre la main à la personne qui a besoin de vous, mais reporter et repousser à un autre moment - plus souvent qu'autrement - ce sera un signe que celui qui s'oppose à tout le bien est actif. Satan est la cause de grandes souffrances et de la confusion - et il est décrit à plusieurs reprises dans les textes canoniques, comme étant un "loup" et un "imposteur" ; et comme une "contrefaçon", "trompeur", comme un "flétrissement dans la non-existence" et possédé de "folie". Ses tentatives de tentation seront un signe pour que vous sachiez qu'à ce moment-là, l'occasion de faire le plus grand bien est présente.

Une partie de votre persévérance et de votre détermination devrait être de ne jamais minimiser ou ignorer l'activité de Satan dans ce monde, mais d'être conscient et sur vos gardes, de peur, selon les mots d'un commentateur byzantin sur les canons, que "le Malin ne semble pas en tirer un avantage, en dérobant à l'éternel celui qui accomplit des fonctions sacerdotales." Vous devez être opposé à Satan dans vos sermons, dans les Mystères que vous célébrez, et surtout dans les confessions que vous entendrez, par lesquelles vous pourrez aider les gens à se détourner du péché et à être guéris.

Il y a quelques années, j'ai fait un pèlerinage au Mont Athos, avec mon fils et un ami proche. Parmi les premières choses que nous avons faites en arrivant, nous avons vénéré deux de ses icônes les plus centrales, la Παναγία Πορταΐτισσα [La Toute Sainte Portaïtissa] dans le monastère d'Iviron et l'icône Ἄξιόν ἐστὶν [Axion Estin/ Il est digne...]dans le Protaton, au temple de la cathédrale du 10ème siècle, le Catholicon, situé à Karyès, la capitale de la Sainte Montagne de l'Athos.

Debout devant l'icône de la Mère de Dieu Ἄξιόν ἐστίν, j'ai pensé aux générations de prêtres qui se tenaient également devant la Mère de Dieu dans ce temple saint, posant des questions fondamentales pour savoir s'ils étaient dignes d'avoir été ordonnés et pour savoir s'ils avaient fait quelque chose de bien dans le monde.

Bien qu'extrêmement important, nous devons nous rappeler que l'évaluation de sa dignité, n'est pas une question à laquelle un candidat à l'ordination peut répondre - seul l'évêque exerce les responsabilités pour résoudre les incertitudes et ordonner - tout comme un canoniste byzantin du 12ème siècle le décrit en commentant les obligations de l'évêque contenues dans le premier Canon Apostolique, "Ce canon apostolique parle de l'imposition des mains (χειροτονίας/chirotonie) qui est célébrée par une hiérarchie dans l'église, tout comme Paul le Grand le dit, " n'impose les mains " (χεῖρας....ἐπιτίθει) sur personne rapidement, ni ne partage les péchés des autres...'"[3] et ailleurs commentant le douzième canon apostolique, "ceux qui vont les ordonner, quand ils examineront les questions les concernant, et peut-être découvriront certaines incertitudes, reporteront l'ordination, jusqu'à ce que les incertitudes les concernant puissent être résolues."

Néanmoins, en vénérant les icônes du Mont Athos et en réfléchissant à la présence de Dieu, j'ai senti avec force que tant de choses peuvent être faites pour servir notre Seigneur Jésus-Christ en tant que prêtre, et tant de choses peuvent être faites pour vivre authentiquement comme disciple du Christ - pour accomplir vraiment les paroles du psalmiste, "Je méditerai sur Tes commandements, je n'oublierai pas Tes paroles." [4]

Votre classe me donne l'espoir que vous serez inspirés pour joindre vos mains à celles de vos frères, à faire les premiers pas vers l'ordination et à vous offrir au service du Corps du Christ.

Avec tous mes espoirs et toutes mes prières, du fond du cœur, je vous félicite tous pour vos réalisations dans vos études et vos préparatifs pour servir notre Seigneur Jésus-Christ comme prêtres de Sa Sainte Église, si c'est ce que vous désirez et êtes capables de faire.


Que vous viviez tous selon les idéaux exprimés par le Septième Concile œcuménique dans son second canon, et que vous continuiez à être "désireux d'étudier les canons sacrés, le Saint Evangile, le Livre du Divin Apôtre, et toute l'Ecriture divine, en les scrutant et non de manière passagère ; et d'en choisir la signification avec zèle, de vivre selon les commandements des Saintes Ecritures, de persuader fortement les autres de faire ces choses, et d'être préparés avec une défense pour tous ceux qui exigent la raison de l'espérance parmi nous."

Merci de votre attention, gloire à Dieu en toutes choses, et s'il vous plaît priez pour moi prêtre indigne.

Version française Claude Lopez-Ginisty


[1 ]Matthieu 4:18 ; Mc 1:17. 
[2] Matthieu 16:18.
[3] 1 TimoDANS QUEL BUT RECHERCHER L'ORDINATION?thée 5:22.
[4] Psaume 118:16 (LXX).

dimanche 10 juin 2018

Staretz Ambroise (Grenkov) d'Optino 1812-10 octobre 1891

Staretz Ambroise


Sixième de huit enfants, le futur starez avait un vif sens de l'humour et une personnalité sociable qui entrait en conflit avec ses aspirations spirituelles. Une maladie grave l'aida à résoudre sa lutte intérieure.

Il arriva à Optina en 1839 lorsque le monastère était spirituellement en pleine floraison. Guidé d'abord par le staretz Léonide, puis par le staretz Macaire, qui le choisit comme gardien de cellule, il fit des progrès spirituels rapides. Après seulement trois ans, il fut tonsuré et trois ans plus tard, il fut ordonné hiéromoine. La maladie le força à une semi-reclusion pendant plusieurs années, ce qui lui permit, avec un grand profit, de se concentrer sur la prière de Jésus et d'expérimenter le sens de l'hésychie, le silence de l'âme devant Dieu. Doté d'une constitution faible pour le reste de sa vie, il continua néanmoins à déployer tous les efforts - d'abord en assistant le staretz Macaire dans la traduction des Saints Pères, dans sa correspondance et dans la transmission de ses conseils aux pèlerins, et plus tard en tant qe staretz de plein droit - pour le bien de cet amour qui est tout ce qu'il y a de plus beau.

Pendant trente ans après la mort du staretz Macaire, le staretz Ambroise fut le principal staretz d'Optina. D'innombrables pèlerins affluaient vers sa cellule, et même lorsqu'il était complètement épuisé et qu'il devait les recevoir allongé dans son lit, il ne refusait jamais personne qui avait besoin d'un conseil enrichissant pour l'âme. Les âmes des hommes n'avaient aucun secret pour lui ; il existe un témoignage abondant de sa clairvoyance. Il adaptait toujours ses conseils à l'individu et le problème de personne n'était jugé trop insignifiant.

Dostoïevski a trouvé chez le staretz Ambroise un exemple vivant de l'idéal chrétien, tandis que le staretz Nectaire l'appelait "un ange terrestre et un homme céleste." En effet, il fut vu plus d'une fois entouré d'une lumière incréée, signe de transfiguration et de citoyenneté du paradis.

Extraits des instructions de saint Ambroise


Les conseils et les instructions avec lesquels le staretz Ambroise guérissait tous ceux qui venaient à lui avec foi, étaient offerts par lui soit dans des conversations privées, soit en général à tous ceux qui l'entouraient, de la manière la plus simple, laconique et souvent plaisante. Il convient de noter qu'un ton de plaisanterie dans le discours d'enseignement du staretz était sa marque de fabrique.


"Comment devrions-nous vivre ?" Le staretz était bombardé de toutes parts avec cette question universelle et très importante. Comme il en avait l'habitude, il répondait en plaisantant : "Vivre signifie ne pas pleurer, ne juger personne, n'offenser personne, et montrer du respect à tous". 


Un tel ton (en russe, ce fameux dit du staretz Ambroise avait la qualité d'un chant) faisait souvent sourire les auditeurs frivoles. Mais si l'on réfléchit plus profondément à cette instruction, on peut y trouver un sens profond. "Ne pas pleurer, c'est-à-dire pour que nos cœurs ne soient pas accablés par les douleurs et les malheurs qui sont le lot inévitable de l'homme sur terre, mais diriger nos cœurs vers l'unique source de douceur éternelle - vers Dieu ; de cette manière, même face à des malheurs innombrables et variés, l'homme peut se consoler en s'humiliant et en trouvant la paix intérieure. "Ne pas juger", "ne pas offenser". Il n'y a rien de plus commun chez les hommes que de juger et d'offenser - ces jumeaux issus de l'orgueil destructeur. Ils sont suffisants pour pousser l'âme d'un homme jusqu'aux profondeurs de l'enfer ; cependant, ils ne sont souvent même pas considérés comme des péchés! "Montrer du respect à tous" fait écho au commandement de l'apôtre : s'honorer les uns les autres avec dignité et respect (cf. Romains 12: 10). En rassemblant toutes ces idées en une seule, nous voyons que dans ce dit, le staretz prêchait avant tout l'humilité - la base de la vie spirituelle, la source de toutes les vertus, sans lesquelles, selon saint Jean Chrysostome, il est impossible d'être sauvé.


Quand on lui posait la question générale : "Comment devrions-nous vivre ?" - le staretz répondait parfois d'une manière légèrement différente : "Nous devrions vivre sans hypocrisie, nous comporter de manière exemplaire, et ainsi nous serons sur la bonne voie, sinon nous perdrons la partie."


"Nous devons, dit aussi le staretz, vivre sur cette terre comme une roue qui tourne : elle touche légèrement la terre en un seul point, tandis que tout le reste a tendance à monter, tandis que nous nous couchons sur le sol et ne pouvons pas nous lever. Ces instructions incitaient également les gens à s'efforcer d'atteindre l'humilité.


"Si nous abandonnons nos propres désirs et opinions, et si nous nous efforçons d'accomplir les désirs et la compréhension de Dieu, nous nous sauverons nous-mêmes, peu importe notre position, peu importe les circonstances. Mais si nous nous accrochons à nos propres désirs et opinions, ni la position ni les circonstances ne seront d'aucune aide. Même au Paradis, Ève a transgressé le commandement de Dieu, et la vie avec le Sauveur Lui-même n'a apporté aucun bien au malheureux Judas. Quand nous lisons dans les Saints Evangiles, nous avons besoin de patience et d'être enclins à une vie pieuse."


"Il est inutile d'accuser ceux qui nous entourent et ceux qui vivent avec nous d'interférer ou d'être un obstacle à notre salut et à notre perfection spirituelle... L'insatisfaction spirituelle ou émotionnelle vient de l'intérieur de nous-mêmes, de l'inexpérience et d'opinions mal conçues que nous ne voulons pas abandonner, mais qui suscitent le doute, l'embarras et l'incompréhension. Tout cela nous fatigue et nous accable, et nous met dans un état lamentable. Nous ferions bien de comprendre le simple conseil des saints Pères : " Si nous nous humilions, nous trouverions la tranquillité n'importe où, sans avoir à nous promener mentalement dans beaucoup d'autres endroits, où nous pourrions avoir les mêmes expériences, ou pire encore."


"Celui qui veut être sauvé doit se souvenir, et ne doit jamais oublier le commandement apostolique : " Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. " Ce commandement est d'une grande importance ; nous devons d'abord et avant tout nous efforcer d'y obéir."


"Beaucoup désirent une bonne vie spirituelle dans sa forme la plus simple, mais très peu d'entre eux réalisent réellement leurs bonnes intentions. Il y a des gens qui obéissent fermement aux paroles de l'Écriture divine selon lesquelles que nous devons entrer dans le Royaume des Cieux par de nombreuses douleurs, et qui, faisant appel à l'aide de Dieu, s'efforcent d'endurer sans plainte les peines, les maux et les inconforts qu'ils rencontrent, en gardant toujours à l'esprit les paroles du Seigneur Lui-même qui veut entrer dans la Vie, doit obéir aux commandements".


"Les commandements les plus importants du Seigneur sont ne jugez pas, et vous ne serez pas jugé : Ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés : pardonnez, et vous serez pardonnés (Cf. Luc 6:37). De plus, ceux qui désirent le salut doivent toujours garder à l'esprit les paroles de saint Pierre Damascène, selon lesquelles la création a lieu entre la peur et l'espérance.


"L'œuvre de notre salut exige que partout où une personne peut vivre, elle doit accomplir les commandements de Dieu et se soumettre à Sa volonté. Ce n'est qu'ainsi que l'on acquiert la paix spirituelle, et par aucun autre moyen. Comme il est dit dans le psaume Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi : rien ne les fait trébucher (Ps 118:165). Et pourtant, vous continuez à rechercher la paix intérieure et le calme spirituel par le biais de circonstances extérieures. Vous semblez toujours penser que vous ne vivez pas au bon endroit, que vous ne vous êtes pas installé parmi les bonnes personnes, que vous n'avez pas ordonné correctement vos affaires et que les autres ne se sont apparemment pas bien comportés. Dans la Sainte Écriture, il est écrit : " Son empire est en tout lieu ", et pour Dieu la chose la plus précieuse dans le monde entier est le salut d'une seule âme chrétienne.


"Comme en toute chose pour le bien, Dieu est prêt à aider l'homme à acquérir l'humilité. Pourtant, l'homme lui-même doit prendre soin de lui-même. Les saints Pères disent "donnez du sang et recevez l'esprit". Cela signifie, luttez jusqu'au point de donner votre sang, et vous recevrez un don spirituel. Pendant que vous cherchez et demandez des dons spirituels, vous ne voulez pas verser votre sang. C'est-à-dire que vous voulez tout, mais que vous ne voulez pas être ennuyés ou dérangés par qui que ce soit. Mais peut-on jamais acquérir l'humilité en vivant une vie de tranquillité ? L'humilité consiste à se voir comme le pire de tous, non seulement des gens, mais aussi des bêtes muettes, voire des mauvais esprits eux-mêmes. Alors, quand les gens vous dérangent, vous êtes conscient que vous ne pouvez pas le supporter et que vous vous mettez en colère contre les gens ; involontairement, vous vous considérerez alors comme une mauvaise personne... Si dans le processus vous regrettez d'être mauvais, et vous vous reprochez d'être incorrigible, si vous vous repentez vraiment de cela devant Dieu et votre père spirituel, alors vous serez déjà sur le chemin de l'humilité. Mais si personne ne vous dérangeait, si vous viviez dans la tranquillité, comment pourriez-vous prendre conscience de votre méchanceté ? S'ils essaient de vous rabaisser, ils veulent vous humilier. Vous demandez vous-même à Dieu l'humilité. Alors pourquoi devriez-vous vous plaindre des gens ?"


"Celui qui a un mauvais cœur ne doit pas désespérer, car avec l'aide de Dieu, on peut corriger son cœur. Il doit seulement rester vigilant et ne manquer aucune occasion d'aider son prochain. Il doit s'en ouvrir devant son staretz et doit être aussi charitable que possible. Ceci, bien sûr, ne peut pas être accompli en une seule fois, mais le Seigneur est très patient. Il ne met fin à la vie d'une personne que lorsqu'il la voit prête à partir pour l'éternité, ou lorsqu'il ne voit aucun espoir de correction".


En enseignant que dans la vie spirituelle, il ne faut pas négliger même la matière la plus insignifiante en apparence, le staretz disait : "Moscou a été consumée par les flammes d'une minuscule chandelle."



Le Père Ambroise a dit à propos de la condamnation et de la critique des fautes et des péchés des autres : "Vous devez accorder une telle attention à votre propre vie intérieure, vous, ne vous concentrez pas sur ce qui se passe autour de vous. Alors vous ne condamnerez pas."


Soulignant que l'homme n'a rien dont il peut être fier, le staretz ajoute : " En fait, qu'est-ce que l'homme a qui puisse le faire se vanter ? Un misérable mendiant en haillons réclame l'aumône : " Aie pitié ! "Aie pitié !" Mais qui sait si on lui montrera de la miséricorde ?"



"Pourquoi les hommes péchent-ils ? Soit parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils doivent faire, soit, s'ils savent, parce qu'ils oublient ; et s'ils oublient, ils sont paresseux et découragés... C'est pourquoi nous prions la Reine du Ciel : Ô toute sainte Théotokos, ma Souveraine.... chasse de moi, ton serviteur le découragement, l'oubli, la négligence, et toutes les pensées viles, méchantes et malignes... Pourquoi l'homme est-il mauvais ? Parce qu'il oublie que Dieu est au-dessus de lui."


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après