lundi 18 décembre 2017

Tatiana Vladimirovna Torstensen: Saint Sébastien de Karaganda (13)


11 avril. Lundi radieux. On a conduit le père Sébastien aux matines. Il était joyeux, mais se fatigua très vite et on le ramena dans sa chambre. Il était très faible. À trois heures du matin, il sonna. On accourut : il était couvert de sang. Il avait eu une hémorragie consécutive à une violente quinte de toux. Il se taisait. Ses yeux reflétaient son inquiétude (pour nous) ; ses mains et ses genoux tremblaient quand on lui a fait une intraveineuse pour stopper l’hémorragie. Nous lui avons donné des médicaments, nous l’avons rassuré, nous avons changé son linge. Le père Sébastien était vraiment très faible. Nous ne l’avons conduit à l’église ni le matin, ni le soir. Personne n’est venu lui rendre visite. Nous veillions sur lui. Nous avons téléphoné à l’évêque Joseph à Alma-Ata. Il a dit : le père Sébastien ne décédera pas cette semaine, mais la mort se tient déjà à sa porte. Je vais prendre l’avion pour venir chez vous.
12 avril. Mardi radieux. Le matin, le père Sébastien s’est réveillé paisiblement, il respirait facilement et ne toussait pas. Alors il a demandé ses bottes, car il désirait sortir pour faire ses adieux et donner le baiser pascal à tous ceux qui se trouvaient à l’église. Véra a répondu :
 – Je ne vous donnerai même pas vos pantoufles, tant vos pieds sont gonflés. Du reste, vous avez déjà fait vos adieux !
 – Non je n’ai pas fait mes adieux à tout le monde. L’essentiel reste encore à dire. Habille-moi.
Véra obéit et le Père Sébastien fut conduit à l’église. Quelque temps après, il demanda qu’on le ramène dans son lit. À la fin de l’office, on le porta dans les bras à l’autel.
Le père Sébastien avait revêtu son mandyas et son klobouk. Il sortit sur l’ambon et, s’appuyant sur son bâton, il fit ses adieux :
– Adieu mes chers enfants dans le Christ. Je m’en vais. Pardonnez-moi si j’ai, en quoi que ce soit, offensé l’un d’entre vous. Au nom du Christ, pardonnez-moi. Je pardonne tout à tous. Je ne vous demande qu’une seule chose : Aimez-vous les uns les autres. Que la paix soit parmi vous. La paix et l’amour. Si vous m’écoutez comme je vous le demande, vous serez mes enfants.
Je suis indigne, pécheur, mais le Seigneur est amour et plein de miséricorde. J’espère en Lui. Et s’il me juge digne de Son Royaume, je prierai pour vous sans relâche. Et je lui dirai :
– Seigneur, je ne suis pas seul. J’ai tous mes enfants. Je ne peux entrer seul dans Ton Royaume sans eux.
Puis il ajouta d’une voix très faible, à peine audible :
 – Sans eux, je ne peux pas ! Il voulut s’incliner jusqu’à terre, mais n’inclina que la tête. Des garçons le soutinrent pour rentrer dans l’autel.
Dans l’église, on entendait sangloter. Puis on ramena le père dans sa chambre où il resta couché jusqu’au soir. Il était très fatigué et respirait la bouche ouverte.
Samedi 16 avril. Nous n’avons autorisé aucune visite. Dans la nuit, à trois heures du matin, le père Sébastien a fait appeler le père Alexandre pour communier car, dit-il : «  Tout peut arriver : il ne faut pas attendre le matin. »
Après la communion, il a dormi paisiblement jusqu’à 8h50.
Ce même jour, l’évêque P. est venu de Moscou pour remettre au père Sébastien le grand habit monastique. Il s’est d’abord entretenu avec lui, puis nous a déclaré qu’il n’avait jamais vu ainsi le père Sébastien.
Par mesure de précaution, nous avons stérilisé des seringues. Je voulais assister à la cérémonie de remise du grand habit, mais selon les volontés du père Sébastien se référant au typikon, l’évêque ne le permit qu’à certaines personnes. 

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