dimanche 1 février 2015

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


19 janvier / 1er février
Dimanche du Pharisien et du Publicain
Commencement du Triode de Carême
Saint Macaire le Grand, d’Égypte (391) ;  saint Macaire d’Alexandrie (395), Saint Marc d Éphèse (1444), saint Théodore de Novgorod (1392), saint Macaire le Romain, de Novgorod (XVI-XVII) ; saint Macaire le jeûneur de la Laure des Grottes de Kiev (XIII-XIV) ; invention des reliques de saint Sabbas de Storojevsk (1652) ; sainte martyre Euphrasie, vierge (303) ; saint Antoine, stylite de Martqopi (VI Géorgie) ; saint Arsène, archevêque de Corfou (VIII) ; saint Euthyme le confesseur (XX, Géorgie) ; saint hiéromartyr Pierre, prêtre (1918) ; saint hiéromartyr Nicolas, prêtre (1930) ; saint martyr Théodore (1940).

Lectures : II Тim. III, 10-15; Lc. XVIII, 10-14

OUVRE-NOUS LES PORTES DE LA PÉNITENCE, DONATEUR DE VIE !
L
e premier dimanche du Triode, à savoir celui du Pharisien et du Publicain, a été appelé « annonciateur » des combats spirituels, car il est comme une trompette qui nous annonce la préparation du combat contre les démons lors du carême qui vient.
Le premier signal de cette préparation au combat est constitué par les trois stichères qui sont chantés immédiatement après l’Évangile des Matines : « Ouvre-moi les portes de la pénitence, Donateur de vie… », « Conduis-moi sur les chemins du salut… » et « Me souvenant de la multitude de mes mauvaises actions… ». Ces stichères nous emplissent de componction et bouleversent nos cœurs. À leur lumière, nous voyons notre âme et notre corps souillés par les nombreuses actions mauvaises que nous avons accomplies. Nous voyons encore notre vie passée, gaspillée dans l’oisiveté, alors que le Jugement redoutable approchera soudain. Que ferons-nous ? Une profonde affliction et la crainte nous saisissent et jettent de l’ombre sur notre âme. Mais à ce moment, se manifeste un rayon d’espoir : la miséricorde infinie du Seigneur, la prière pleine de force de la Mère de Dieu et l’œuvre de notre purification et de notre renouveau par la pénitence, dont s’ouvre maintenant la porte. L’espoir nous renforce et nous donne la hardiesse de crier, le cœur brisé, avec le prophète David : « Aie pitié de moi, ô Dieu, selon Ta grande miséricorde… » Ces trois stichères que nous avons mentionnés, nous parlent de la pénitence et nous enseignent toujours à l’accomplir en faisant un retour sur nous-mêmes et en réfléchissant à notre vie dans le péché ; en gardant à l’esprit la crainte du Jugement redoutable ; dans l’espoir et la confiance en la miséricorde Divine. Les sentiments de crainte et d’espoir qu’éveillent en nous ces stichères, doivent nous accompagner constamment durant le Grand Carême. C’est pourquoi nous les entendrons aux matines dès maintenant, chaque dimanche de Carême, jusqu’au cinquième.
Le deuxième signal de préparation au Carême nous est donné dans l’exemple évangélique du Pharisien et du Publicain (Lc XVIII, 10-14) qui, avec les lectures et les chants des Vêpres et des Matines nous invite à cette réflexion : « Frères, ne prions pas à la manière du Pharisien, car celui qui s’élève sera humilié. Humilions-nous devant Dieu à la manière du Publicain, au moyen du jeûne, en criant : ô Dieu, aie pitié de nous pécheurs » (Stichère du Lucernaire). « Le Pharisien vaincu par la vanité… fut privé de Tes biens et l’autre, n’osant parler, fut rendu digne de Tes dons » (idem).
Comme nous l’explique le Synaxaire du dimanche[1],  la parabole nous présente deux états de l’âme : celui du Publicain, auquel nous devons aspirer, et celui du Pharisien, dont nous devons nous tenir éloigner et fuir. Car l’humilité et la pénitence du Publicain se sont avérées décisives dans le combat contre les démons, tandis que l’orgueil et la jactance du Pharisien ont constitué le commencement et la source de tout péché. En effet, c’est l’orgueil qui a causé la chute du diable et c’est le même péché qui a fait expulser Adam du paradis, tandis que la guérison du monde est venue avec l’humilité, celle du Fils de Dieu, qui a pris la forme du serviteur et a subi la mort honteuse sur la Croix. C’est un exemple vivant que nous donne la parabole. Le Pharisien était un homme juste, tandis que le Publicain était un pécheur. Celui-ci, cependant, revint chez lui justifié. En reconnaissant son état de pécheur, il acquit la justice rapidement et sans peine. Non seulement cela, mais tous ceux qui se sont humiliés ont été justifiés, comme le dit le doxasticon des Vêpres du dimanche : « Seigneur Tout-Puissant, je sais ce que peuvent les larmes : elles relevèrent Ezéchias des portes de la mort ; elles délivrèrent la pécheresse de ses fautes accomplies durant de nombreuses années ; et elles justifièrent le Publicain bien plus que le Pharisien ». Ainsi, l’humilité purifie rapidement et soulage du fardeau du péché, comme le dit le Christ Lui-même : « Quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc XVIII, 14). Lorsqu’il s’humilie, l’homme se purifie du péché et commence à acquérir la Grâce Divine, qui le recouvre et empêche le péché de l’assiéger. Pour cette raison, l’Apôtre Pierre dit que « Dieu donne la grâce aux humbles » (I Pierre V, 5). L’humilité devient le liturge de la grâce dans l’homme, tandis que l’œuvre de la grâce mène à l’acquisition de toutes les vertus. De même que l’orgueil est la source de tout mal, l’humilité est la source de toutes les vertus.
Père Petronios (+2011) du Mont Athos
Tropaire du dimanche, ton 1
Кáмени запеча́тану отъ Iyде́й и во́иномъ стрегу́щымъ пречи́стое Tѣ́ло Tвое́, воскре́слъ ecи́ тридне́вный, Cпа́ce, да́руяй мípoви жи́знь. Ceго́ ра́ди си́лы небе́сныя вопiя́xy Tи, Жизнода́вче: сла́ва Bocкреcéнію Tвоемý Xpисте́; сла́ва Ца́рствiю Tвоему́; сла́ва cмотре́нiю Tвоему́, еди́не Человѣколю́бче.
La pierre étant scellée par les Juifs et les soldats gardant Ton Corps immaculé, Tu es ressuscité le troisième jour, ô Sauveur, donnant la Vie  au monde ; aussi, les Puissances des cieux Te crièrent : Source de Vie, ô Christ, gloire à Ta Résurrection, gloire à Ton règne, gloire à Ton dessein bienveillant, unique Ami des hommes!
Kondakion du dimanche du pharisien et du publicain, ton 4
Фариcé́eва убѣжи́мъ высоко-глаго́ланія, и мытарéвѣ научи́мся высотѣ́ глаго́лъ смирéнныxъ, покая́нieмъ взыва́юще: Cпа́ce мípa, oчи́сти рабы́ Tвоя́.
Fuyons la jactance du pharisien et apprenons du publicain la sublimité d’un langage humble, criant dans le repentir : « Sauveur du monde, purifie Tes serviteurs ».
VIE DE SAINT MARC D’ÉPHÈSE[2]
Ce grand défenseur de la foi orthodoxe vécut à  l’époque où l’Empire byzantin, pressé de toutes parts par l’envahisseur turc, se trouvait placé devant la douloureuse alternative : ou bien tomber aux mains des infidèles ou se livrer à la domination des Latins, qui n’étaient disposés à accorder leur soutien militaire qu’au prix de la soumission de l’Orthodoxie à la papauté. Né au sein d’une famille pieuse de Constantinople vers 1392, saint Marc reçut une brillante éducation auprès des meilleurs maîtres de la capitale. Très tôt, il devint professeur à l’École patriarcale, mais abandonna la carrière académique pour devenir moine dans un monastère proche de Nicomédie. Il y entreprit une intense vie d’ascèse et de prière ; mais, sous la menace des Turcs, il dut bientôt se replier dans un monastère de Constantinople. Malgré son désir de rester effacé, sa science et sa vertu lui attirèrent l’estime de l’empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448) qui préparait un grand concile d’union avec l’Église romaine, dans l’espoir d’obtenir le soutien du pape et des princes européens. La délégation grecque, composée de l’empereur, du patriarche Joseph II (1416-1439), de vingt-cinq évêques et d’une suite d’environ sept cents personnes, s’embarqua pour l’Italie dans un grand élan d’enthousiasme, convaincue de réaliser rapidement l’Union désirée par tous les chrétiens. Saint Marc aussi partageait cette espérance, sans préjugés contre les Latins, tout en étant ferme quant à la pureté de la foi. Pour lui, comme pour la plupart des Grecs, il ne pouvait être question d’union que par le retour de l’Église Romaine à l’Orthodoxie de la foi. Mais dès leur arrivée à Ferrare, le pape Eugène et ses théologiens montrèrent de tout autres dispositions. Les sujets mis à l’ordre du jour étaient les suivants : a) le dogme de la procession du Saint-Esprit et la question de l’addition de la formule « qui procède du Père et du Fils (Filioque) » au Symbole de Foi, b) l’existence du Purgatoire ; c) l’usage du pain non-fermenté (azyme) pour la Liturgie chez les Latins, et la question de la consécration des saints Dons par les seules paroles de l’Institution (Latins) ou par l’invocation du Saint-Esprit (épiclèse) ; d) la primauté du pape. Après une discussion sur le Purgatoire, on passa à la question de l’addition arbitraire du Filioque dans le symbole latin. Le métropolite d’Éphèse éleva à nouveau fermement la voix de la conscience de l’Église : « Le Symbole de Foi doit être conservé intact, comme à son origine. Tous les saints docteurs de l’Église, comme tous les conciles et toutes les Écritures nous mettent en garde contre les hétérodoxes, dois-je malgré ces autorités, suivre ceux qui nous incitent à nous unir derrière une façade de fausse union, eux qui ont adultéré le saint et divin Symbole et introduit le Fils comme cause seconde du Saint-Esprit ? » Au bout de sept mois d’attente stérile, le pape Eugène IV fit transférer le concile à Florence. Une fois installé, on décida d’aborder enfin la question dogmatique. Saint Marc put alors exposer, avec une claire sobriété, la doctrine de l’Écriture et des saints Pères sur la procession du Saint-Esprit. Quand les théologiens latins prirent la parole, ils accablèrent l’auditoire, au cours de séances interminables, par tout un appareillage dialectique et par quantité de citations des Pères, tirées hors de leur contexte ou faussement interprétées. Inquiets du sort de la capitale menacée et se sentant pris au piège, les évêques se laissèrent peu à peu gagner à la cause d’une union de compromis, pour laquelle l’empereur et le patriarche ne cessaient de faire pression. Le débat dogmatique aboutissant, comme toutes les autres discussions, à une impasse, ils voulaient en finir. Malgré les pressions et les injures de ses adversaires, saint Marc restait inflexible : « Il n’est pas permis de faire des accommodements en matière de foi », déclarait-il. Les dernières résistances de la conscience des Grecs ayant été vaincues sur l’ordre de l’empereur, tous signèrent finalement le décret de la fausse union. Saint Marc avait été le seul à refuser de signer. Lorsque le pape Eugène l’apprit, il s’exclama : « L’évêque d’Éphèse n’a pas signé, alors nous n’avons rien fait ! » En arrivant à Constantinople, les artisans de la fausse union firent face à la réprobation générale du clergé et de la population. L’assemblée des croyants rejetait unanimement le pseudo-concile de Florence et désertait les églises des unionistes, alors qu’elle saluait saint Marc comme un confesseur de la Foi. Le saint partit alors en campagne contre l’Union, ou plutôt pour rétablir l’unité de l’Église Orthodoxe, par sa prédication et ses écrits, et aussi ses prières. Il disait : « Je suis convaincu qu’autant je m’éloigne d’eux (les unionistes), autant je m’approche de Dieu et de tous les saints, et autant je me sépare d’eux, d’autant plus je m’unis à la vérité. » Quand on procéda à l’élection du nouveau patriarche, Métrophane, Marc dut s’enfuir de Constantinople et se rendit dans son diocèse, Éphèse. Mais il s’y heurta aux unionistes et repartit, espérant trouver refuge au Mont Athos. Il fut arrêté en route et placé, par ordre de l’empereur, en résidence forcée dans l’île de Lemnos. Libéré en 1442, il retourna dans son monastère, d’où il continua la lutte jusqu’à son dernier souffle (23 juin 1444). Sur son lit de mort, le Confesseur confia le flambeau de l’Orthodoxie à son ancien élève, Georges Scholarios qui se montra un ardent défenseur de la foi orthodoxe et devint le premier patriarche de Constantinople après la prise de la ville, sous le nom de Gennade († 1473).
LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Mc. XVI, 1-8  Liturgie : I Cor. VI, 12-20; Lc XV, 11-32


[1] Le Synaxaire est l’explication de l’événement commémoré ou la vie du saint du jour, placée après l’ikos dans le canon des Matines. Bien que faisant partie de l’office liturgique, il n’est pas lu à l’église.


[2] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras (version abrégée).

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