vendredi 25 août 2023

Supplément au Ménée de Septembre

 


Ce volume inaugure le projet ambitieux d’éditer l’ensemble des suppléments aux Ménées traduits ou composés par le regretté archimandrite Denis Guillaume.

Quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur la qualité de ses traductions ou de ses compositions, celui-ci a eu d’abord l’immense mérite de traduire en langue française le vaste ensemble des textes liturgiques en usage dans l’Église orthodoxe dont quatre-vingt-quinze pour cent étaient jusqu’alors inédits et ne faisaient par ailleurs l’objet d’aucun projet de traduction alors que des paroisses orthodoxes francophones existent depuis près de quatre-vingts ans.
Parmi ces textes figurent les Ménées, qui rassemblent, mois par mois (d’où leur nom), à compter du mois de septembre (dont le premier jour constitue le début de l’année ecclésiastique), les hymnes du cycle liturgique annuel, qui s’intègrent, comme parties variables, aux parties fixes des différents services liturgiques, en particulier les vêpres et les matines.

Les Ménées comportent l’hymnographie des fêtes fixes du Seigneur, des fêtes de la Mère de Dieu, des fêtes dédiées à certaines icônes du Christ ou de la Mère de Dieu qui sont particulièrement vénérées, mais aussi, occupant la plus grande place, les hymnes liturgiques destinées à la commémoration des saints de chaque jour.
En ce qui concerne les saints, les Ménées sous leur forme la plus classique, se rapportent à ceux qui, ayant pour la plupart vécu au cours du premier millénaire, sont commémorés chaque jour dans l’ensemble des Églises orthodoxes et figurent en première place dans le calendrier liturgique.
Mais chaque Église locale a aussi des saints locaux – et des icônes de la Mère de Dieu – qu’elle vénère particulièrement, et cela à travers des hymnes liturgiques spécialement composées pour eux. Et il arrive que la célébration de l’un de ces saints vienne se substituer à celle du saint qui est proposée par les Ménées classiques. Les différentes Églises locales ont soit intégré ces saints locaux à une édition générale des Ménées, soit édité des Ménées complémentaires pour les rassembler.
Le Père Denis Guillaume avait publié, entre 1980 et 1991, aux éditions de la Diaconie apostolique situées à Parme, une traduction des Ménées classiques, ne comportant, sauf de rares exceptions, que des saints anciens, à partir des deux éditions grecques de 1843 ; une édition revue, corrigée et amplifiée pour les mois de décembre (2002), janvier (2005) et août (2007), avait intégré quelques autres saints majeurs.
La présente édition vient s’ajouter aux précédentes et offre aux paroisses et aux fidèles francophones les indispensables compléments à ces Ménées, relatifs à de grands saints orthodoxes plus récents qui ont vécu dans les pays orthodoxes traditionnels – Grèce et autres régions de l’ex-empire byzantin, Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Chypre, etc.,  mais aussi à des saints orthodoxes anciens qui ont vécu avant le schisme de 1054 en France, en Belgique, en Suisse, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, etc.

Ces suppléments aux Ménées classiques sont destinés premièrement à l’usage liturgique et, dans ce cadre, à permettre d’une part aux paroisses totalement ou partiellement francophones de s’associer aux célébrations spécifiques des Églises-mères auxquelles elles se rattachent, et d’autre part aux fidèles francophones de suivre en traduction les mêmes services célébrés dans des paroisses non francophones ; ils devraient aussi logiquement (c’est-à-dire si les fidèles issus des différentes immigrations et ayant fait le choix de s’installer dans des pays francophones s’y intègrent comme il se doit), à plus long terme, devenir les textes de base d’une Église locale majoritai­rement francophone.
Ils sont destinés secondairement à être utilisés, à défaut d’un usage liturgique possible dans les pays de la diaspora où les églises sont peu nombreuses et souvent irrégulièrement desservies (voire pas desservies du tout en ce qui concerne les services autres que la divine liturgie), à la prière privée au sein de « l’église domes­tique ».

Les services relatifs aux saints russes anciens ou plus récents ont été traduits du slavon à partir de l’édition générale russe des Ménées précédemment citée, ou à partir de fascicules isolés quand il s’agit de saints qui ont été canonisés par l’Église Russe hors frontières avant qu’ils ne soient reconnus par le Patriarcat de Moscou, ou à partir de publications isolées quand il s’agit de saints récents.
Les textes de saints serbes sont généralement tirés du Serbiakon et traduits du slavon.
Les services relatifs aux saints de Grèce, de Chypre ou de Crète, sont issus des nombreux recueils et fascicules publiés dans ces pays au cours du xixe et du xxe siècles ; la plupart des services dédiés aux saint récents (ou doublant les services de saints anciens) ont été composés par le plus remarquable hymnographe grec du xxe siècle, le Père Gérasime de la skite de la Petite-Sainte-Anne au Mont-Athos, qui fut pendant plusieurs décennies l’hymnographe officiel du patriarcat de Constantinople.

Les services relatifs aux saints roumains sont traduits du roumain.
Les services relatifs aux saints orthodoxes des pays d’Europe ont été composés par le père Denis Guillaume en se conformant au schéma et au style classique des services liturgiques orthodoxes.

Les textes publiés dans le cadre de la présente édition ne sont pas inédits : le père Denis Guillaume les a publiés dans le cadre de différentes éditions partielles, mensuelles, plurimensuelles et thématiques.
Ces éditions ont cependant connu une diffusion très restreinte, , en raison essentiel­lement du prix très élevé que le père Denis avait fixé pour ces livres qui étaient édités par lui-même.
Les éditions Apostolia présentent ici une édition plus abordable à tous égards, à la suite notamment d’une réduction du volume des différents tomes (dont les principes sont exposés ci-dessous) et de l’édition de ces livres dans une structure d’édition et de diffusion classique.

Tout en respectant – en dehors de quelques corrections – le texte du père Denis Guillaume, on a procédé à un certain nombre de modifications par rapport à la structure de l’édition originale.
1) Les services dispersés dans les différentes éditions ont été rassemblés.
2) Les saints commémorés le même jour ont été classés par ordre chronologique.
3) Certaines commémorations ont été placées à une autre date que celle qui leur avait été assignée par le père Denis Guillaume lorsque cette date ne correspondait pas à celle des calendriers orthodoxes généralement en vigueur.
4) Pour faciliter l’utilisation journalière de l’ouvrage, on a placé en parallèle pour chaque jour la date de commémoration selon le ca­lendrier grégorien (ou « nouveau calendrier », qui correspond au calen­drier civil actuel) et la date de commémoration selon le calendrier julien (ou « ancien calendrier », toujours en usage dans les Églises slaves), qui retarde de treize jours par rapport au précédent. Les fidèles qui suivent le « nouveau calendrier » devront donc se référer à la date de gauche, ceux qui suivent l’ « ancien calendrier » à la date de droite.
5) Bien que la très grande majorité des services soient complets, on a jugé utile de conserver les canons isolés susceptibles de s’intégrer aux matines, ou les tropaires et kondakia isolés concernant des saints pour lesquels aucun service complet n’a été traduit ou écrit. Ces hymnes peuvent être intégrés dans ce cas aux « Ménées communes » qui l’on trouve dans la tradition slave, et qui présente un office commun pour tous les saints d’une même « catégorie » (apôtres, martyrs, moines, hiéromartyrs, hosio­martyrs, hiérarques…) qui ne disposent pas d’office propre.
6) On a également conservé les offices dits « votifs ». Cependant, le fait de placer, conformément au « vœu » du célébrant ou d’un commanditaire, un office à une autre date que celle prescrite par le calendrier liturgique correspondant à une pratique occidentale remontant au XIIIe siècle et non à la tradition orthodoxe, on a placé ces offices à la date prescrite pour l’office principal, destinant ainsi ces « doublons » à la prière privée.
7) En revanche, les acathistes ainsi que les canons qui ne s’intègrent pas aux matines mais sont destinés à être chantés ou lus séparément, ont été écartés de cette édition. Ils feront l’objet d’une édition ultérieure indépendante.
8) Ont été écartés également de cette édition les offices, écrits par le père Denis Guillaume pendant la période où il était membre de l’Église catholique romaine ou, par la suite, sur commande ou dans le prolongement d’un intérêt individuel, à l’intention de personnalités qui ne sont pas considérées comme des saints selon les critères ecclésiologiques de l’Église orthodoxe, que ces personnalités aient vécu au cours du premier millénaire (comme Évagre le Pontique) ou après le schisme de 1054.

Cette édition a été réalisée dans trois buts. Le premier est que cette œuvre immense du père Denis Guillaume, véritable monument à l’orthodoxie francophone et universelle et trésor liturgique sans pareil, ne soit pas définitivement perdue. Le deuxième est que les fidèles francophones puissent suivre pleinement les services célébrés dans une langue étrangère ou célébrer dans leur propre langue les services aux saints qu’ils vénèrent particulièrement.  La troisième et non la moindre est que les saints des pays d’Europe occidentale du premier millénaire puissent bénéficier, avec les textes liturgiques adéquats, de la commémoration et de la célébration qu’ils méritent dans le cadre de l’Église orthodoxe qui est la leur.
Cette édition, qui a bénéficié d’une très belle présentation (identique à celle de la réédition des Ménées, mais dans un format plus réduit), est un must pour toutes les paroisses francophones.

Extrait de l’Introduction de Jean-Claude Larchet, éditeur de la série.

Supplément au Ménée du mois de septembre, Éditions Apostolia, 2023, 682 pages. 
Diffusion : Librairie du monastère de la Transfiguration et librairies religieuses.

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