mercredi 7 novembre 2018

Sur orthodoxie.com: L’évêque de Bačka Irénée : « L’unité de l’Église est incomparablement plus importante que toutes les ambitions et prétentions possibles ».

L’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) a fait paraître les commentaires suivants au sujet de l’accord de coopération entre le patriarche Bartholomée et le président Porochenko, sur le site de l’Église orthodoxe serbe en date du 5 novembre 2018 :

« Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée et le président ukrainien Petro Porochenko ont signé, le 3 novembre, un accord de coopération entre le Patriarcat de Constantinople et l’Ukraine en tant qu’État, en premier lieu sur la coopération en vue de la création d’une Église orthodoxe indépendante ( !) en Ukraine. Le patriarche œcuménique s’engage à préparer le Tomos qui accorderait la pleine autonomie ecclésiale (l’autocéphalie) aux deux groupes schismatiques existant en Ukraine et ce quels que soient les positions de l’Église canonique d’Ukraine – qui dispose de deux fois plus de fidèles que les deux « Églises » schismatiques réunies – et du Patriarcat de Moscou, ainsi que des autres Églises locales dont, parmi elles, l’Église orthodoxe serbe. Le chef de l’État ukrainien a souligné qu’il s’agissait là d’un jour historique, car un accord est signé sur « l’établissement d’une Église ukrainienne indépendante » (le fait même qu’il [Porochenko] soit personnellement « le partenaire » de Constantinople, avec les autres politiciens, montre déjà à quel point elle sera indépendante, ce qui nous rappelle vivement la fondation de l’Église de Skopje [i.e. l’Église de Macédoine, fondée sous la pression du président Tito, ndt]. « C’est aujourd’hui un jour historique, initié dès les premiers jours du rétablissement de l’indépendance de l’Ukraine, lorsque les Ukrainiens ont demandé et ont prié que le Seigneur leur donne une Église orthodoxe ukrainienne indépendante » a déclaré Porochenko. « J’appelle tous les Ukrainiens à prier pour la paix, pour l’unité de l’Église d’Ukraine, à prier que le Seigneur ne permette pas les provocations de nos ennemis, qu’il ne permette pas les effusions de sang. Nous ferons tout pour terminer la procédure d’octroi du Tomos à l’Église ukrainienne par Sa Toute-Sainteté le patriarche Bartholomée dès que possible » a-t-il ajouté. Il est caractéristique que Porochenko mentionne « les ennemis » et qu’il est conscient de la possibilité que l’on en vienne à une effusion de sang fratricide. Le patriarche œcuménique a déjà, plus d’une fois, été mis en garde à ce sujet et ce de différents côtés, mais il a ignoré tous les avertissements. Aussi, nous demandons : si cette prédiction inquiétante – à Dieu ne plaise – se réalise, à qui incombera la plus grande responsabilité ? Le patriarche œcuménique Bartholomée a souligné que le jour de la signature de l’accord est un moment historique important pour les relations bilatérales pour l’Orthodoxie dans son ensemble également. « L’accord de coopération entre le Patriarcat œcuménique et l’Ukraine aidera à l’octroi accéléré de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe en Ukraine » a dit le patriarche Bartholomée. Il a souligné ensuite : « Ce droit à l’Église autocéphale et ce désir que vous avez nourri pendant des années, se réalisent ces jours ». « … Les autres peuples aussi, dans les Balkans, qui ont reçu l’autocéphalie de l’Église-Mère, avaient ce droit. C’est un droit exclusif de l’Église-Mère d’octroyer l’autocéphalie lorsqu’elle le considère opportun, lorsque toutes les conditions pour ce processus sont satisfaites », a souligné particulièrement le Patriarche œcuménique. 
De son côté, le Patriarcat de Moscou a réagi par la déclaration de Vladimir Legoïda, directeur du Département du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe pour les relations de l’Église et de la société et les medias. Celui-ci a déclaré que l’accord signé par le patriarche Bartholomée et le président Porochenko ne signifie pas la création « d’une Église locale une et unique en Ukraine », et que « tous ces concordats des autorités ukrainiennes avec le Phanar ne changent rien pour les millions de fidèles en Ukraine ». Il convient ici de rappeler la « préhistoire » des événements actuels. Porochenko, le 17 avril de cette année, a annoncé qu’il s’adresserait au patriarche de Constantinople pour lui demander de produire un Tomos de création d’une « Église une et unique en Ukraine », et qu’il lui reconnaisse le statut autocéphale. 
Cette initiative eut pour résultat une sorte d’entente entre les deux groupes schismatiques les plus importants, la réhabilitation unilatérale des deux dirigeants schismatiques, dont l’un avait été déposé, et l’autre (Denisenko) avait été déposé et excommunié, puis anathématisé. En outre, comme le couronnement de tout, le Phanar a décidé de proclamer invalide la décision du patriarche œcuménique Denis de 1686, lorsque la métropole de Kiev fut cédée au Patriarcat de Moscou. Il a également décidé d’envoyer à Kiev, au mois de septembre deux « exarques » pour préparer le terrain à tout cela, et en outre de demander, ce qu’ils ont reçu de Porochenko, la grande église de Saint-André afin que celle-ci devienne la « stavropégie » du Phanar à Kiev. Au cours de tout ce processus, scandaleux aux yeux également d’un nombre important d’évêques et de théologiens de l’Église de Grèce, l’Église orthodoxe existante en Ukraine, a été complètement contournée et ignorée, bien qu’elle soit la plus importante, deux fois plus grande que les communautés schismatiques prises ensemble et, qui plus est, n’ayant demandé aucune autocéphalie. 
En réponse à toutes ces actions, le Patriarcat de Moscou les a caractérisées d’anti-canoniques et absolument inacceptables, et pour cette raison a interrompu la communion liturgique et canonique avec le Patriarcat de Constantinople. Jusqu’à présent, l’Église orthodoxe autocéphale n’a officiellement soutenu les activités constantinopolitaines, et dans les cercles de théologiens de toutes les Églises, il se produit une discussion continue – souvent vivre – sur la crise survenue, probablement la plus grande du dernier millénaire. 

Pour beaucoup de personnes, ce fait est controversé que le Patriarche œcuménique ne cache pas qu’il accomplit tout cela en coopération avec le pouvoir séculier, c’est-à-dire avec les politiciens parmi lesquels dominent les schismatiques et les uniates, et non pas avec l’Église orthodoxe sœur. En même temps, les pasteurs et les théologiens de l’Église qui ont l’esprit critique demandent comment il est possible que le patriarche Bartholomée ne reconnaisse pas les décisions canoniques de l’Église russe qu’il avait au demeurant reconnues immédiatement après leur adoption et que tous les primats des Églises orthodoxes reconnaissent jusqu’à maintenant. En particulier, ils se demandent comment un schismatique anathématisé devient en un instant « métropolite de Kiev », lequel, dans sa titulature élargie s’appelle aussi « patriarche de Kiev ». 
La question suivante se pose encore: comment peut-on de cette façon abolir un statut ecclésial dans une autre Église locale, lequel existe depuis plus de trois siècles et que personne, pas même le Patriarcat de Constantinople, n’a jamais contesté. Il y a encore, malheureusement, beaucoup de telles questions et autres semblables. Il faut prier Dieu et espérer que tous comprendront que la primauté essentielle dans l’Église n’appartient qu’au Seigneur Jésus-Christ et que l’unité de l’Église est incomparablement plus importante que toutes les ambitions et prétentions possibles ».

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