lundi 22 octobre 2012

Jean-Claude LARCHET/ Recension: Nicolas Afanassieff, « L’Église du Saint-Esprit »


Nicolas Afanassieff, « L’Église du Saint-Esprit », Éditions du Cerf, Paris, 2012, 374 p. (collection « Orthodoxie »).
Les éditions du Cerf viennent de réimprimer, dans la collection « Orthodoxie », que dirige l’archiprêtre Jivko Panev, l’ouvrage classique de père Nicolas Afanassieff, « L’Église du Saint-Esprit », qui avait paru la première fois en 1975 chez le même éditeur dans la collection « Cogitatio fidei », et qui était depuis longtemps épuisé.
Le père Nicolas Afanassieff fut l’un des principaux ecclésiologues de l’Église russe à l’époque moderne. Disciple du père Serge Boulgakov, professeur à l’Institut Saint-Serge de 1932 jusqu’à son décès en 1966, il a exercé une influence déterminante sur l’un des principaux liturgiste de la seconde moitié du XXe siècle, le père Alexandre Schmemann, qui fut son élève, et sur l’un des principaux ecclésiologues actuels, le métropolite Jean Zizioulas ; il a aussi marqué fortement certains aspects de la pensée de Paul Evdokimov. Comme le signale le père Olivier Rousseau o. p. dans sa préface, le père Nicolas Afanassieff, qui fut invité comme observateur au concile Vatican II et dont le nom fut cité dans les débats, a eu aussi, par son œuvre, une influence importante sur la façon dont ce concile a remis en valeur la place du Saint-Esprit dans l’Église, le rôle de l’Église locale, l’ecclésiologie de communion, le rôle des ordres mineurs et la place des laïcs dans l’Église.
Comme l’explique l’épouse du père Nicolas, Marianne Afanassieff, dans son avant-propos biographique et bibliographique, ce livre, qui n’a  été publié qu’après la mort de l’auteur, a eu une longue genèse : son premier chapitre a été écrit en 1940, et les chapitres suivants ont vu peu à peu le jour au cours des décennies suivantes et ont fait l’objet de publication sous forme d’articles dans diverses revues.
Le chapitre I est consacré au « sacerdoce royal » de tous les fidèles ; les chapitres 2 et 3 à « l’établissement » et au « ministère » des laïcs ; le chapitre 4 à « l’œuvre du ministère » (avec comme sections : 1) les ministères particuliers, 2) l’apôtre, 3) l’évangéliste, 4) le prophète, 5) le docteur. Le chapitre 5  analyse la fonction des « présidents dans le Seigneur », soit : le « proéstôs », « les évêques-presbytres », les évêques et les prêtres en leur sens originel, et enfin « les ministres du secours » (autrement dit le diaconat). Le chapitre 6 examine l’origine du ministère du « premier presbytre ». Le 7e et dernier chapitre est consacré à l’évêque.
Ce livre ne rend pas compte de l’ensemble de l’ecclésiologie du père Nicolas Afanassieff dont les thèmes majeurs sont l’Église locale, l’eucharistie et l’amour ; on en trouvera une dimension complémentaire essentielle dans « L’Église qui préside dans l’amour », sa contribution à un ouvrage collectif  intitulé La primauté de Pierre.
Le présent ouvrage veut être un retour aux sources les plus originaires du christianisme, l’une des idées majeures du père Nicolas Afanassieff étant que la vraie ecclésiologie du christianisme aurait été obnubilée à partir de saint Cyprien (ca 200-258) au profit d’une notion hiérarchico-juridique qui aurait par la suite afffecté négativement aussi bien l’Orient que l’Occident.
Bien des incertitudes demeurent cependant en ce qui concerne les différents ministères dans le tout premiers siècles, et un certain nombre d’interprétations du père Nicolas Afanassieff dans cet ouvrage apparaissent comme hypothétiques et sont l’objet de débats parmi les historiens. Et il est toujours périlleux de vouloir revenir aux sources en passant par dessus la Tradition historique de l'Église.
L’un des thèmes de ce livre qui a eu la plus grande influence sur la pensée orthodoxe moderne (à travers l’œuvre même du père Nicolas Afanassieff, mais aussi à travers les œuvres de Paul Evdokimov et surtout du père Alexandre Schmemann) est celui du « sacerdoce royal des laïcs ». La mise en valeur de celui-ci a certes le mérite de rééquilibrer une conception cléricale de l’Église, où les membres de la « hiérarchie ecclésiastique » se trouvent séparés du peuple et où la place des « simples fidèles » dans l’Église se trouve, par rapport à la leur, dévalorisée. Mais elle a par ailleurs quelques inconvénients, comme je l’ai montré dans le tome 1 de mon livre L’Église corps du Christ.
On peut reprocher au père Nicolas Afanassieff et à ses disciples est de mettre le « sacerdoce royal », attribué aux laïcs, en parallèle avec le « sacerdoce d’ordre » (ou sacerdoce ministériel) relatif aux clercs, et de placer ainsi les deux types de sacerdoce sur un pied d’égalité. Le père Nicolas Afanassieff multiplie les expressions générales et par là confuses : « L’Église est une maison spirituelle [...] ; [...] tous les fidèles constituent le sacerdoce dans la maison spirituelle » (p. 40) ; « on pour­rait dire que chaque laïc, membre du peuple de Dieu, est un clerc, membre du klèros de Dieu » (p. 41) ; « les actes sacramentels sont effec­tués par tout le peuple ensemble avec son proestôs » (p. 78) ; « quand l’Église officie, tous y sont prêtres et tous possèdent le charisme sacerdotal » (p. 128). On retrouve la même tendance chez son disciple Paul Evdokimov : « L’accent est fortement placé sur la participation sacerdotale de tous, mais au moyen de deux modes, de deux sacerdoces » (L’orthodoxie, Neuchâtel, 1965, p. 166). Evdokimov va jusqu’à confondre les deux sacerdoces en parlant de « la participation de tous à l’unique Prêtre divin au moyen de deux sacerdoces » (Les âges de la vie spirituelle, p. 212), en écrivant : « Christ seul est prêtre, mais tous sont prêtres par participation » (La femme et le salut du monde, p. 102), ou en affirmant : « si l’évêque participe au sacerdoce du Christ par sa fonction sacrée, tout laïc le fait par son être sanctifié, par sa nature sacerdotale » (« Les âges de la vie spirituelle », p. 214). La confusion se retrouve dans cette affirmation d’un sacerdoce universel : « Le sacre­ment de l’onction chrismale est le sacrement du sacerdoce universel » (Les âges de la vie spirituelle, p. 216).
Parmi les conséquences de cette position, il y a l’idée, dévelop­pée par Nicolas Afanassieff et ses disciples Paul Evdokimov et Alexandre Schmemann, que les clercs et les laïcs sont, à l’église, « co-liturges ». Le père Nicolas Afanassieff écrit : « dans le Nouveau Testament, chaque fidèle se tient devant Dieu en tant que prêtre (leitourgos) dans l’assemblée eucha­ristique » (p. 66) ; « chaque fidèle concélèbre avec les autres dans l’assem­blée eucharistique » (p. 67) ; « chaque laïc célèbre la liturgie [...] » (p. 70) ; « les laïcs sont co-liturges de l’évêque ou du prêtre, car les actes sacramentels sont effectués au cours de leur célébration en commun [...], l’évêque ou le prêtre ne peuvent les accomplir qu’en concélébration avec le peuple » (ibid., p. 71). Paul Evdokimov note  : « Pendant la liturgie, tout fidèle est co-liturge avec l’évêque » (Les âges de la vie spirituelle, p. 219). Le père A. Schmemann parle quant à lui d’une « concélébration de chacun avec tous » (L’eucharistie, sacrement du Royaume, Paris, 2005, p. 8), et affirme que « ce n’est pas le clergé qui officie », mais que « tous sont consacrés, tous célèbrent » (ibid., p. 90).
La position qui place le peuple au même niveau que le clergé en perdant de vue la spécificité de celui-ci n’est pas acceptable du point de vue de l’ecclésiologie orthodoxe traditionnelle, et elle exige d’être recadrée à la lumière de la vraie nature du « sacerdoce royal » telle que la conçoivent les Pères.
Selon plusieurs Pères qui évoquent cette notion, les fidèles acquièrent le statut du sacerdoce royal par l’onction qu’ils re­çoi­vent dans l’Église.
Selon les auteurs précédem­ment cités, il s’agit de l’onction reçue lors de la chrismation qui suit le baptême.
Le rite de la chrismation lui-même ne porte pas cette conno­tation, mais il est vrai qu’elle est présente deux fois dans la prière de consé­cration du saint-chrême.
On doit toutefois noter que les autres onctions reçues dans l’Église (avec une huile simplement bénie) en sont aussi la marque, comme celle du sacrement de l’onction destiné aux malades, dont l’une des prières du rituel dit : « C’est par l’huile sainte qu’Il nous signe de Sa croix, pour que nous devenions le troupeau du Christ, un sacerdoce royal, un peuple saint. »
Cela se fonde sur le fait que le Christ est l’oint par excel­lence (Ac 4, 26 ; 10, 38 ; He 1, 9), qui a reçu au degré le plus haut les statuts de Roi, de Prêtre et de Prophète – de Roi du monde, des siècles et du Royaume des cieux (He 1, 8) ; de Grand-Prêtre pour l’éternité (He 5, 5-10) ; de Prophète de la Bonne Nouvelle du salut qu’Il apporte (Lc 4, 18-19) –, et qui faisant des oints de ceux qui s’unissent à Lui dans l’Église qui est Son corps, les rend participants, par le Saint-Esprit, de Sa dignité.
Cela est en continuité avec le fait que, dans l’Ancien Testa­ment, l’onc­tion était conférée aux rois (1 S 10, 1 ; 1 R 19, 16) – auxquels elle communiquait la force de l’Esprit (1 S 16, 13) –, aux prêtres (Ex 30, 30) et aux prophètes (1 R 19, 16).
Mais, comme on le voit dans les textes scripturaires et litur­giques, ainsi que dans les références christologiques précé­demment citées, c’est à tort que les auteurs modernes qui mettent en avant la notion de « sacerdoce royal » focalisent sur elle : dans tous ces textes en effet elle n’est pas isolée ni cen­trale, mais va de pair avec d’autres notions : celle de « peuple saint », de « race élue », de même que la notion de « prêtre » n’est pas privilégiée mais va de pair avec celle de « prophète » et de « roi ».
La signification de l’onction commune à ces différents cas est qu’elle mettait ceux qui la recevaient à part des autres (voir X.-L. Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Paris, 1975, p. 395) , étant la marque de leur accès à un état différent, à un autre statut, à une dignité supé­rieure (cf. Ex 30, 31-33). Ce sens se trouve globalement appli­qué au peuple élu d’Israël : « Mainte­nant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi. Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux Israélites » (Ex 19, 5-6).
Dans le contexte du Nouveau Testament, et en rapport avec le sens précédemment dégagé, la notion de « sacerdoce royal »  – comme les notions de « race élue » ou de « peuple saint », aux côtés desquelles on la trouve évoquée par le saint apôtre Pierre (2, 9) – peut être reliée au baptême en général (et non à la seule chris­ma­tion) en tant qu’il introduit l’homme dans un nouveau statut – celui de créature nouvelle entée dans le Christ et animée par l’Esprit, de chrétien vivant dans l’Église –, celui d’une dignité qu’il n’avait pas dans son état de créature déchue et de « vieil homme », menant une existence purement biologique et sociale.
Mais on peut y voir aussi une référence au but assigné au baptisé d’atteindre la perfection, d’être sanctifié et déifié, de devenir à part entière citoyen du Royaume céleste, oint avec le Christ, co-régnant avec Lui. C’est ce sens que saint Macaire l’Égyptien met en évidence dans plusieurs passages de ses Homélies spirituelles (XVII, 1; XXV, 5; et surtout XXVII, 4). On voit que selon ces textes le sacerdoce royal consiste en un mode d’être ou en un devoir-être et non en une fonction ou un ministère (au sens large), ce qui correspond d’ailleurs au texte de l’épître de saint Pierre précédemment cité, qui ne dit pas « vous exercez » ou « vous devez exercer un sacerdoce royal », mais « vous êtes un sacerdoce royal ».
D’autres Pères cependant donnent aux notions évoquées par saint Pierre un sens ascétique (au sens large) qui ne contredit pas le précédent mais le complète en posant en quelque sorte ses préalables, et qui lui donne aussi le sens d’une activité exer­cée et non plus simplement d’un statut présent ou à venir.
La dignité de roi est définie par le pouvoir (acquis par le Christ et exercé par la grâce reçue de l’Esprit), de se maîtriser soi-même, de contrôler ses pensées, ses sentiments, ses impul­sions, ses actes, etc., et par là de dominer ses passions.
Le sacerdoce quant à lui est compris comme la capacité de s’offrir soi-même en sacrifice à Dieu. Cela se situe dans la ligne de l’affirmation de saint Pierre : « Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ » (1 P 2, 5) et du conseil de saint Paul : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12, 1).
Récapitulant ces deux points, saint Œcuménius écrit, en commentaire à la parole de saint Paul « Dieu nous a donné l’onction » (2 Co 1, 21) : « Ceux qui, dans l’Ancien Testament étaient oints, étaient ou rois, ou prêtres, ou prophètes ; et maintenant, dit-il, nous sommes oints, afin que nous agissions comme des rois, ayant la domination sur nos passions ; comme des prêtres aussi, sacrifiant nos propres corps selon cette parole : « Offrant nos corps en sacrifice vivant » (Commentaire sur la seconde épître aux Corinthiens, 11, PG 118, 932CD).
On retrouve la même interprétation chez saint Isidore de Péluse, avec une claire distinction entre le sacerdoce des fidèles et le ministère sacerdotal du prêtre : « Dans le Nouveau Testament, qui est définitif, ceux qui ont reçu le pouvoir de l’offrir [c’est-à-dire les évêques et les prêtres] ont le ministère sacerdotal exclusif du sacrifice non sanglant. Mais chaque chrétien est ordonné prêtre de son propre corps ; non point que sans ordination il n’ait aucun pouvoir sur des inférieurs, mais pour que, dominant le mal, il fasse de son corps un sanctuaire ou un temple » (Lettres, V, 569, PG 78, 784A).
Origène fait le lien entre l’onction baptismale et le sacerdoce royal pour montrer que, dans l’Église, tous les chrétiens devien­nent prêtres, mais dans ce sens où ils offrent à Dieu le sacrifice d’eux-mêmes : « Tu as entendu qu’il y a deux sanctuaires, l’un comme visible et ouvert aux prêtres, l’autre comme invisible et inaccessible : à l’excep­tion du seul pontife, tous les autres sont au dehors. Le premier sanc­tuaire, je pense, peut être compris comme cette Église où maintenant nous sommes établis dans la chair ; les prêtres y servent “à l’autel des holocaustes”, où est allumé ce feu dont Jésus a dit : “C’est un feu que je suis venu jeter sur la terre, et comme je voudrais qu’elle soit embrasée.” Et je ne veux pas que tu t’étonnes que ce sanctuaire soit ouvert aux seuls prêtres. Car tous ceux qui ont été oints de l’onguent du saint chrême sont devenus prêtres, comme Pierre le dit à toute l’Église : “Mais vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte.” Vous êtes donc une “race sacerdotale”, c’est pour­quoi vous avez accès au sanctuaire. Chacun de nous a en lui son holocauste, et il embrase l’autel de son holocauste pour qu’il brûle toujours. Pour moi, si je renonce à tout ce que je possède, si je prends ma croix et si je suis le Christ, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu ; ou « si je livre mon corps aux flammes, en ayant la charité » et obtiens la gloire du martyre, je m’offre en holocauste à l’autel de Dieu. Si j’aime mes frères jusqu’à “donner ma vie pour mes frères”, “si pour la justice et la vérité je lutte jusqu’à la mort”, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu. Si “je fais mourir mes membres” à toute convoitise de la chair, si “le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde”, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu et je deviens moi-même le prêtre de ma victime. Voilà donc la manière dont s’exerce le sacerdoce et s’offrirent les victimes dans le premier sanctuaire » (Homélies sur le Lévitique, IX, 2, SC 287, p. 114-116).
Saint Grégoire de Nazianze comprend dans un sens analogue le sacerdoce de tous les fidèles dans l’Église : « Je savais que nul n’est digne de celui qui est à la fois victime et grand prêtre du Dieu grand, s’il ne s’est auparavant lui-même offert à Dieu en victime vivante, sainte, s’il n’a manifesté le culte spirituel agréable à Dieu (Rm 12, 1), s’il n’a présenté à Dieu ce sacrifice de louange (Ps 49, 14) et cet esprit contrit (Ps 50, 19) qui constituent le seul sacrifice que Celui qui a tout donné réclame de nous » (Discours, II, 95, SC 247, p. 212).
Il est intéressant de noter que dans la suite du même texte, saint Grégoire de Nazianze précise que ces conditions doivent être remplies par ceux qui veulent exercer les fonctions de prêtre au sens courant du terme, c’est-à-dire le « sacerdoce d’or­dre » (ou « sacerdoce ministériel »). Cela signifie que le « sacerdoce d’ordre » n’est pas opposé au « sacerdoce royal » ni mis en parallèle avec lui, mais s’inscrit au sein de celui-ci et en est une émanation particulière, qui relève d’un choix de Dieu et est consacrée par Lui (cf. Jn 15, 16).
Le mot « laïc » dérive du mot grec laos, qui signifie le peu­ple. Le laïc se définit avant tout comme un membre du laos Theou, c’est-à-dire du peuple de Dieu. Dans certains textes patristiques, le mot « peuple » désigne tous les membres de l’Église ; il inclut donc dans un même ensemble les clercs et les laïcs. Du point de vue de leur « nature spirituelle », celle qui est conférée à tout chrétien par le baptême, les laïcs et les clercs sont membres à part entière et à égalité du Corps du Christ. Ils sont en outre tous appelés à réaliser la même vocation, celle de la perfection en Dieu (cf. Mt 5, 48), de la sainteté (cf. Ep 2, 19) et de la déification (cf. Jn 10, 34). C’est pourquoi, lors de la liturgie, certains passages évoquent les fidèles comme un ensemble unique et un tout unifié (voir par exemple le début de la liturgie des fidèles, après le renvoi des catéchu­mè­nes : « Et nous, les fidèles, encore et encore en paix prions le Sei­gneur… » ; voir aussi les prières ou le prêtre utilise un « nous » qui se rapporte à la fois au clergé et aux fidèles).
Dans ce sens le « sacerdoce royal » qu’évoque saint Pierre ne correspond pas à un statut ou à une vocation propre aux laïcs au sens étroit du terme où ils sont distingués des clercs, mais à tous les membres du peuple de Dieu, laïcs et clercs.
Néanmoins, dans d’autres textes liturgiques, clercs et laïcs sont distingués tout en étant associés. C’est le cas par exemple dans les ecténies où l’on prie pour « tout le clergé et tout le peuple ».
L’affirmation que les clercs appartiennent au peuple de Dieu, sont issus de lui et continuent par nature à en faire partie en tant qu’étant par essence chrétiens, membres de l’Église, ayant aussi personnellement la même vocation que tous, n’abo­lit pas le fait de la hiérarchie, selon laquelle les clercs sont, dans l’Église, les seuls habilités à célébrer la liturgie, à dispenser les sacrements et donc à être les médiateurs de la grâce, les seuls aussi à être les pasteurs conduisant le peuple et les seuls à pouvoir l’ensei­gner, en vertu d’un charisme trans­mis par succession apos­toli­que.
Jean-Claude Larchet

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