dimanche 17 janvier 2010

Les indiens d'Amérique et l'Orthodoxie



« Les Amérindiens (Indiens d’Amérique) peuvent devenir le plus grand groupe ethnique de l'Eglise orthodoxe américaine».

(Entretien avec Sa Béatitude Jonas, archevêque de Washington, Métropolite de toute l'Amérique et du Canada )


Au début du mois de Décembre 2009, Sa Béatitude Jonas, Métropolite de toute l'Amérique et du Canada (OCA i.e. Église orthodoxe d'Amérique) s'est rendu en Russie pour célébrer le quinzième anniversaire de la représentation de l'OCA, à Moscou. Notre correspondant Miguel Pallacio a eu l'occasion de parler avec le Métropolite Jonas de la présence de l'OCA en Amérique latine.

Votre Béatitude, dans lequel les pays d'Amérique latine l'Église orthodoxe d'Amérique, est-elle représentée?

Notre compétence s'étend au Mexique. Nous avions des paroisses en Argentine, au Brésil, au Pérou et au Venezuela également, mais l'une d'elle est devenue membre de l'Église russe à l'étranger, tandis que d'autres ont simplement fermé.

Plusieurs communautés en Amérique latine souhaitent rejoindre l'Église orthodoxe d’Amérique. Nous serions heureux de recevoir ces personnes fidèles, mais il n'y aurait personne pour prendre soin d'elles parce que nous avons très peu de prêtres qui parlent espagnol ou portugais.

Un prêtre, qui je l'espère, deviendra bientôt évêque, a commencé une mission en Équateur, dans la ville de Guayaquil, où il y a une grande colonie palestinienne. Malheureusement, sa bonne initiative a fait long feu. J'ai entendu dire que beaucoup de Palestiniens vivent aussi dans les pays d'Amérique centrale, l'un d’eux est Le Salvador. C’est curieux, mais ils ne vont pas dans les paroisses d'Antioche, et demandent à être reçus sous notre homophore.

Les patriarcats de Constantinople et d'Antioche préfèrent s’occuper pastoralement de la diaspora grecque et arabe. Nous ne comprenons pas cela. L'Eglise doit donner des soins pastoraux tout d'abord à ses enfants spirituels locaux. C'est notre principe dans l'Église orthodoxe d’Amérique.

Quand l'Exarchat du Mexique a-t-il été organisé?

L'Exarchat du Mexique existe depuis les années 1970. À cette époque, l'évêque mexicain de l’Église vieille-catholique Mexicaine, José (Cortez-y-Olmos), a resserré ses liens avec l'Église orthodoxe et est devenu orthodoxe, avec toute sa communauté. Grâce à son oeuvre, des centaines de Mexicains se sont immergés dans la foi orthodoxe.

Il y a peu de temps, cinq mille Indiens de vingt-trois régions de l'État de Veracruz ont été baptisés dans l'orthodoxie. Toutefois, il n'existe qu'un seul prêtre au service de toute cette masse de gens. En général, l'exarchat mexicain a très peu de membres du clergé. Ils sont tous mexicains, y compris le hiérarque actuel, l’évêque Alejo (Pacheco-Vera).

Etes-vous déjà allé en Amérique latine?

J'ai seulement visité le Mexique. Maintenant, je me prépare à visiter le Guatemala. Une de mes amies y habite, l’higoumène Ines (Ayau Garcia), supérieure du couvent de la Sainte Trinité, qui est sous la juridiction du Patriarcat d'Antioche.

Au Guatemala, un groupe de milliers de personnes qui aimerait devenir orthodoxes a retenu mon attention. La plupart d'entre elles sont des Mayas. Si nous prenons ces Guatémaltèques, ainsi que d'autres membres de la population indigène d'Amérique latine, alors les Indiens d'Amérique peuvent devenir le plus grand groupe ethnique de l'Eglise orthodoxe américaine. Personnellement, j’en serais très heureux.

Je vois que vous vous avez de la sympathie pour les habitants autochtones du continent américain ...

J'ai les sentiments les plus chaleureux pour les Indiens d'Amérique. J'ai étudié l'anthropologie à l'université, et j’ai été attiré par les cultures maya et aztèque. C’étaient de grandes et étonnantes civilisations

J'aime l'Amérique latine dans son ensemble, son art, sa musique, sa littérature et sa gastronomie. Les Latino-Américains aiment la vie, ils sont ouverts et accueillants. J'ai grandi en Californie, l'un des états les plus hispaniques des Etats-Unis, j'ai pu apprendre un peu d'espagnol de mes amis mexicains (bien que je parle mal l'espagnol). Le prêtre qui m'a uni à l'Eglise orthodoxe était Mexicain. C’était le Père Ramon Merlos.

Qu’est-ce que le travail missionnaire parmi les Indiens des États-Unis a en commun avec celui fait parmi ceux d'Amérique latine?

Pour être honnête, je ne sais pas encore... Notre Eglise a une expérience missionnaire en Alaska, où un seul prêtre remarquable ( L’Archiprêtre Michael Oleksa), un anthropologue, dessert la région. Il est carpatho-russe; sa femme vient des autochtones Yupiks. Le Père Michael veut organiser une convention des orthodoxes indiens d’Amérique. Ce serait un événement extrêmement intéressant.
Quand le Père Michel était recteur du séminaire, il a invité la communauté guatémaltèque qui avait soif d’orthodoxie à envoyer deux membres pour recevoir un enseignement théologique. L'idée était bonne bien sûr. Mais les gens qui sont habitués à un climat tropical ne sont pas enclins à supporter les températures glaciales de l’Alaska.

Existe-t-il des latino-américains parmi vos paroissiens des Etats-Unis ?

Bien sûr, en Californie, trente-cinq pour cent de la population est latino-américaine et ce pourcentage est encore plus grand au Texas. Il y a des Latinos à la fois parmi le peuple et le clergé de notre Eglise

Comme étudiant au Séminaire Saint-Tikhon, il y a un Mexicain aux racines indiennes, nommé Abraham. Il a l'obédience de sous-diacre. Un sous-diacre de San Francisco est colombien. À la fin Novembre, j'ai béni un nouveau couvent dédiée à la Nativité du Christ à Dallas, dont la supérieure est brésilienne.

A votre avis, qu’est-ce qui attire les Latino-Américains à l'orthodoxie?

Les Latinos aiment notre liturgie et nos icônes, ils sont fascinés par la profonde vénération de la Mère de Dieu dans l'Eglise orthodoxe.

Je dois dire que l'Eglise catholique perd rapidement de son influence en Amérique latine, et la raison en est son association étroite avec les classes sociales supérieures. Une partie importante des classes pauvres, qui constituent la majorité de la région, ont été déçues par les pasteurs catholiques, et ont rejoint des protestants, des mormons, et d’autres sectes.

Le Métropolite Andres (Giron), chef du grand ordre du clergé blanc de saint Basile au Guatemala, était un prêtre catholique. Il vit que les dirigeants de son Église s’orientaient vers les riches, dans les années 1990, il a quitté l'Eglise catholique, parce qu'il voulait travailler pour le peuple. Il n'y a pas longtemps, le Père Andres m’a dit: "Je suis vieux et malade. S'il vous plaît prenez mon peuple dans votre Eglise pour son salut. "Il serait difficile d'appeler sa communauté orthodoxe, mais il arrive peu à peu à connaître les enseignements orthodoxes, et à partager des traditions de l'Eglise orthodoxe. Outre celles du Guatemala, Mgr Andrés a ouvert des paroisses à Los Angeles, San Francisco, et dans d'autres villes américaines où ses compatriotes se sont installés.

N'avez-vous pas peur d'un conflit avec l'Église catholique? Après tout, l'Amérique latine est encore considérée comme « le plus grand diocèse du Vatican. »

Il n'y aura pas de conflit. L'Eglise catholique se comporte avec l'orthodoxie avec loyauté. Par ailleurs, je vois un potentiel qui n’est pas mince pour une collaboration avec l'Église catholique, tout d'abord dans la lutte contre le sectarisme.

Interview de Miguel Palacio
21 décembre 2009
+
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire