dimanche 3 janvier 2010

Fols-en-Christ: saint Michel de Klopsko


Михаил Клопский

Saint Michel de Klopsko
(11 janvier)

Durant le règne du grand Prince Basile, fils de Dimitri du Don, et le pontificat du métropolite Photius, alors que Théodose était higoumène du monastère de la Sainte-Trinité à Klopsko, apparut soudain le bienheureux Michel et ce, dans des circonstances très inhabituelles. C’était le 23 juin 1408 et l’on célébrait les Matines dans l’église du monastère pauvre et peu connu de la Trinité de Klopsko. Pendant le chant de la neuvième ode du Canon, le hiéromoine Macaire qui encensait l’église alla également encenser sa cellule fermée à clé mais, quand il y arriva, à sa grande surprise, la porte était ouverte et il y avait à l’intérieur un homme en habit monastique. Un cierge était allumé sur le bureau et il copiait le livre des Actes des Apôtres.
Effrayé, Père Macaire parla immédiatement de cela à l’higoumène. Quand les Matines furent finies, l’higoumène et les frères allèrent à la cellule du père Macaire. Trouvant la porte fermée, et verrouillée de l’intérieur, ils la forcèrent et, à leur étonnement général, trouvèrent le moine calmement et paisiblement occupé à continuer son écriture. Quand l’higoumène voulut savoir qui il était et quel était son nom, l’étranger répondit d’une manière folle par les mêmes questions. Cependant, pendant la Divine Liturgie, l’étranger chanta avec les autres moines et il lut même l’épître. Pendant le repas au réfectoire, il lut la vie du saint du jour d’une manière très intelligible et édifiante.
L’higoumène lui donna une cellule, mais toutes les tentatives pour savoir d’où il venait et qui il était restèrent vaines. Le saint s’installa dans le monastère en 1408 et y resta jusqu’à sa mort. C’était un jeûneur strict qui ne mangeait que du pain et ne buvait que de l’eau une fois par semaine. Il avait l’esprit de non-possession et n’avait donc rien dans sa cellule, pas même une natte sur laquelle dormir.
Quand les frères le virent mener une vie tellement agréable à Dieu, dans le jeûne, la prière et la continence, ils commencèrent à l’honorer comme quelqu'un d’important et de saint. Afin de se défendre de l’orgueil et de la gloire du monde, le saint commença à se faire passer pour un fou en toute occasion. Il poursuivit sa vie de folie pour le Christ et de continence jusques au cercueil ! Un jour, pour la fête de la Transfiguration de notre Seigneur, la princesse et le prince Constantin Dimitrievitch visitèrent le monastère de Klopsko. Après la liturgie, le Prince dîna avec les pères au réfectoire. L’higoumène demanda au saint de lire la vie du saint prophète Job le très-souffrant. A l’instant où le prince Constantin entendit la voix du lecteur, il se leva, alla vers lui avec profonde attention, s’inclina devant le moine sans nom. «C’est notre parent, Michel Maximovitch», dit le Prince en se tournant vers l’higoumène.
«Pourquoi cachez-vous votre nom ?» demanda l’higoumène à Michel, respectueusement. «Dieu le sait !» répondit le saint. Il confirma qu’il était bien de l’illustre famille Maximovitch. Les pères commencèrent à trop honorer Michel, mais la renommée et l’honneur des hommes sont ce qu’il désirait le moins et il redoubla donc sa folie pour le Christ.
Néanmoins, la grâce de Dieu qui continuait à croître dans l’âme du juste athlète spirituel fut souvent manifestée visiblement devant tous.
Quand l’archevêque Jean reposa en 1410, le bienheureux Michel dit à l’higoumène Théodose : «Tu seras aussi dans la maison du maître1, mais tu ne seras pas capable d’être à sa table». Après le repos du bienheureux Syméon, en 1420, le peuple de Novgorod élut l’higoumène de Klopsko, Théodose, comme archevêque. Et, conformément à la prophétie de Michel, Théodose fut installé dans la maison du maître mais il n’y passa que deux ans car le conseil communal le força ensuite à se retirer au monastère.
Le prince Constantin avait été privé de son patrimoine par son frère, mais il n’en était pas devenu amer pour autant et il restait un chrétien charitable, très pieux et très prodigue de ses deniers. En 1419, il visita à nouveau le monastère. «Prie pour moi ! dit-il à Michel. Je suis affligé par la perte de mon héritage parental». «Ne t’afflige pas, Prince, le réconforta Michel, mais crois sincèrement en la Très-Sainte Trinité et construis une église de pierre au Nom de la Vivifiante Trinité. Alors, non seulement tu recevras ton patrimoine, mais tu hériteras aussi une demeure céleste et tes frères t’accepteront avec honneur». Le prince Constantin engagea immédiatement des bâtisseurs qui complétèrent en deux mois la construction de l’église qui fut consacrée le 24 septembre 1419. Le jour de sa consécration, le Prince annonça à saint Michel et à l’higoumène qu’il avait reçu son patrimoine.
Une sécheresse terrible arriva aux frontières de Novgorod et dura trois ans. Toutes les sources et même le fleuve Veryaj qui fournissait de l’eau au monastère furent taris. Quand le sacristain du monastère sortit à la recherche d’eau, il vit Michel qui écrivait quelque chose dans le sable, sur le rivage de la rivière à sec. Quand l’higoumène en fut informé, il alla à l’endroit indiqué et lut les paroles qui étaient écrites : «J’accepterai la Coupe du Salut ; à cet endroit apparaîtra une source». Quand l’higoumène demanda ce que cela signifiait, Michel se contenta de répéter les mots qu’il avait écrits. L’higoumène et le saint commencèrent à creuser dans la terre craquelée et, soudain, une source d’eau se mit à couler et produisit assez d’eau pour la population des environs.
Après la sécheresse, il y eut une famine dans le territoire de Novgorod. Des foules de pauvres commencèrent à venir au monastère pour avoir du pain. Comme les réserves s’amenuisaient, l’higoumène commença à s’inquiéter, craignant qu’ils ne soient complètement démunis. «Si cinq mille, sans compter les femmes et les enfants, furent nourris avec cinq pains, dit le saint, et quatre mille furent nourris avec sept pains, devons-nous repousser ceux qui nous supplient de les nourrir» ? Et il pria l’higoumène de nourrir tous ceux qui viendraient. Beaucoup de frères commencèrent à se plaindre que tout le pain était donné, mais saint Michel conduisit l’higoumène et les frères à la remise et ils virent avec étonnement que les réserves de pain n’avaient pas diminué, malgré tout ce que l’on avait déjà donné !
Un jour, alors que l’higoumène était debout dans l’église, pendant la Divine Liturgie, Michel vint vers lui en gloussant et lui dit : «Des invités veulent venir à nous» ! A la fin du service, tandis qu’il quittait l’église, l’higoumène vit trois étrangers dans la cour. «Fais-les venir au réfectoire» dit Michel. L’higoumène les fit entrer. «Nos compagnons sont à l’extérieur du monastère» dirent les visiteurs et l’higoumène ordonna qu’ils soient également invités. Les «compagnons» se révélèrent être trente-trois bandits armés. Le saint les conduisit au réfectoire et ils s’assirent tous pour manger — à l’exception de deux d’entre eux qui surveillaient et ne mangeaient rien. «Pourquoi ne mangez-vous pas, dit Michel, vous pouvez être certains que vos mauvaises intentions ne se réaliseront pas». Ces paroles frappèrent tellement les deux hommes qu’ils tombèrent au sol et furent incapables de prononcer un mot.
Les autres devinrent aussi terrifiés et, craignant que la même chose ne leur advienne, ils firent à l’higoumène une donation, demandèrent qu’il prie pour leurs compagnons qui avaient été projetés au sol et ils s’enfuirent du monastère. Après peu de temps, les deux voleurs commencèrent à revenir à eux. L’un demanda à l’higoumène de devenir moine, l’autre quitta en hâte le monastère. L’higoumène eut peur de tonsurer le bandit repentant mais saint Michel lui conseilla de le faire. Il fut donc tonsuré et mourut peu de temps après.
Le regard clair de saint Michel pénétrait profondément dans le futur et il vit la chute prochaine de Novgorod la Grande qui était pourtant au pinacle de son pouvoir et de sa grandeur.
Un jour, alors que saint Michel était au monastère de Vyashetsky-Nicolaï, le second archevêque Euthyme, fondateur du monastère, y vint en visite. Le bienheureux Michel apparut soudain dans le beffroi, sonnant les cloches aussi vite qu’il le pouvait. Les gens se demandaient ce que cela signifiait. «Aujourd’hui est jour de joie à Moscou», dit le saint à la manière d’un fou. «Un fils est né au grand Prince, son nom est Ivan. Et quel fils ! Il héritera de tout l’empire russe et sera terrible pour les contrées avoisinantes. Il prendra possession de votre Novgorod et abolira votre indépendance». Le 22 janvier 1440, le prince Ivan, fils de Basile (Prince qui fut surnommé le Terrible) naquit. Homme à la volonté de fer, il conquit et humilia cruellement Novgorod en 1471.
Saint Michel censurait aussi librement les puissants. Le premier archevêque Euthyme (1428-1442) avait été décrit comme «plein de convoitise, ayant accablé le monastère à cause de l’usure qu’il pratiquait à son encontre». Rencontrant l’avide hiérarque un jour, le bienheureux Michel fixa sur lui son regard et lui dit sévèrement : «Les lois autorisent-elles le berger à piller son troupeau ? Sais-tu de qui tu es occupé à récolter» ? Euthyme fut si frappé par cette accusation qu’il tomba malade et mourut.
Michel ne fut pas non plus embarrassé pour dire la vérité aux princes. Quand le prince Chemyaka était en exil à Novgorod, il demanda à Michel de prier pour le succès de ses entreprises. Le fol-en-Christ lui répondit : «Tu as créé assez de désordres. Si tu continues en prenant les armes contre le grand Prince Basile Vasilievitch, tu reviendras ici honteux, un cercueil t’y attendra». Chemyaka ne voulut pas entendre raison. Il dirigea à nouveau une insurrection contre le grand Prince et il fut à nouveau défait. Il alla en hâte à Klopsko pour demander pardon et avoir la bénédiction du fol-en-Christ. Michel l’accueillit avec ces paroles glaciales : «J’entends, ô Prince, que la terre a gémi trois fois et qu’elle t’appelle». Cette prophétie fut bientôt accomplie. A cause de sa défaite, ses nobles décontenancés empoisonnèrent le prince Démètre Chemyaka peu après.
La grâce de Dieu se manifesta par la prophétie avant même qu’il n’arrive au monastère de Klopsko. Ainsi, après son trépas, l’incident suivant fut connu : «Une foule d’enfants commencèrent à le maltraiter dans la rue à cause de sa prétendue folie, lui jetant des pierres et des ordures. Ignorant tout cela, il alla vers un garçon qui était tranquille près de la maison de l’église. Il saisit le garçon par les cheveux, l’éleva dans les airs au dessus de lui-même et lui dit : “Jean, étudie tes livres avec diligence ; tu seras archevêque du grand Novgorod” ! Et, effectivement, ce garçon, confié par sa mère — car il était orphelin de père — à un certain diacre pour étudier, devint plus tard le célèbre hiérarque Jonas dont les reliques incorruptibles reposent à présent dans le monastère d’Ostenkaya, dans l’église du Prodrome».
Ayant vécu quarante-quatre ans au monastère de la Trinité à Klopsko, le bienheureux Michel reposa dans le Seigneur le 11 janvier 1455. Le saint qui avait prédit le futur des autres prédit également son propre départ vers le Seigneur. On remarqua que le bienheureux ne rentrait plus dans l’église pendant les services divins mais il restait assis à l’extérieur de l’église, à droite. Quand l’higoumène lui en demanda la signification, Michel répondit par les paroles des Psaumes : «C’est ici mon repos pour les siècles des siècles, j’y habiterai, car je l’ai choisie [cette demeure]»1.
Le 5 décembre, il tomba gravement malade, d’une maladie qui dura jusques au 10 janvier. Ce jour-là, il appela les frères du monastère afin de leur demander pardon et de leur dire adieu. Les consolant, il promit de ne pas quitter le monastère, même après sa mort. Voyant la gravité de sa maladie, l’higoumène voulut le faire communier rapidement aux Saints Mystères. Le saint repoussa cependant sa communion au jour suivant et, à l’étonnement de tous, il vint en personne à la Divine Liturgie le matin suivant.
Après l’office, Michel prit du charbon et de l’encens et retourna dans sa cellule. Conforté par cette manifestation soudaine de vigueur, l’higoumène envoya de la nourriture au réfectoire au bienheureux staretz. Mais ceux qui lui apportèrent de la nourriture le trouvèrent sur son lit, mains croisées sur la poitrine, son âme juste étant déjà entre les mains du Sauveur. Quand la nouvelle du repos en Christ de saint Michel fut annoncée, tout le monastère fut en pleurs. L’higoumène Théodose avec l’archevêque Euthyme II et tous les clercs ordonnés se précipitèrent dans sa cellule qui était remplie de la fragrance de l’encens.
Une grande multitude s’assembla pour les funérailles du bienheureux fol-en-Christ. Et un miracle advint lors de son ensevelissement. Quand les fossoyeurs essayèrent de préparer une tombe pour le bienheureux dans le cimetière, le sol était dur comme de la pierre à cause d’un gel particulièrement fort. Alors, l’higoumène, comme inspiré, se souvint de l’endroit où le saint était assis pendant les services divins les derniers jours de sa vie. Il ordonna que la tombe soit creusée à cet endroit et, à l’étonnement de tous, le sol y était mou comme en plein été. Remplie d’une crainte sacrée, la fraternité ensevelit le saint qui avait si clairement choisi pour lui-même le lieu où il désirait reposer. Un flot constant de guérisons et de miracles se mit à sourdre du cercueil du saint, témoignage divin de la vie éternelle.
Les funérailles de saint Michel furent célébrées dans l’église de pierre de la Sainte-Trinité construite par le prince Constantin, d’après les instructions du fol-en-Christ. Plus tard, les reliques du saint furent placées dans cette église. Selon la chronique, cette église fut démolie en 1562 et un nouveau sanctuaire fut construit pour le thaumaturge, aux frais du Tzar. En 1614, le monastère et l’église furent détruits par les Suédois mais restaurés en 1641. Plus tard, le monastère fut reconstruit en pierre. Au centre du monastère, on édifia l’église cathédrale de la Sainte-Trinité dans laquelle les reliques du saint fol-en-Christ Michel furent scellées dans la muraille sud. En 1806, un sarcophage de bronze doré fut érigé au dessus de ces reliques.
La mémoire du saint est célébrée au 11 janvier, date de son repos en Christ et — du moins jusqu’à la Révolution — le 23 juin au monastère, en souvenir de son arrivée en ce lieu. La commémoration universelle du saint fut établie par le concile de 1547. Les reliques furent inventées en 1572.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lev Puhalo & Vasili Novakshonoff
God's Holy Fools
Synaxis Press,
Montreal, CANADA
1976

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