"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 17 juin 2020

Nina Pavlova: Sur la mort et les défunts/ TROIS HISTOIRES DE VIE ÉTERNELLE (1/3)


Le samedi de saint Dimitri, l'Église orthodoxe organise un service commémoratif spécial pour les défunts. Nous soumettons les noms de tous nos amis et parents orthodoxes défunts, de ceux que nous respectons et aimons, et de ceux dont nous espérons que le Seigneur aura pitié dans la vie future. En nous souvenant des morts, nous présentons trois histoires de défunts écrites par la célèbre auteure Nina Pavlova - que sa mémoire soit également éternelle.   

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Nina Pavlova
Nina Pavlova

    
"Pourquoi ne la laissez-vous pas partir ?"

Raconté par la moniale Angelina du couvent des Sœurs Marthe et Marie, à Moscou.

-J'étais déjà une moniale secrètement tonsurée, mais je travaillais encore comme infirmière dans le service neurologique de l'hôpital 57. Une nuit, pendant mon service, une femme mourant d'un cancer fut amenée dans notre service. 

En lieu de poitrine, elle avait une cavité remplie de pus malodorant. Ses jambes étaient noires de gangrène, et du pus putride et abondant s'écoulait d'elle sur le sol. La chambre d'hôpital s'est immédiatement remplie de cette odeur et, le matin, une telle puanteur insupportable se répandit dans tout le service que les médecins me réprimandèrent : "Pourquoi l'avez-vous acceptée dans notre service ? Elle a tout un bouquet de maladies - vous auriez pu l'envoyer dans n'importe quel autre service". "Mais que pouvais-je faire, ai-je dit, s'il ne restait de la place que dans notre service ?
  
Bien sûr, nous avons pris des mesures pour nous débarrasser de l'odeur ; nous avons mis des bassines avec de la solution chimique et des récipients avec du sel autour de son lit. Mais rien n'y fit. Elle pourrissait vivante, et le visage de la femme qui gisait inconsciente était déformé par une souffrance insupportable. Pendant ce temps, son mari s'agitait autour d'elle et criait si fort que tout le service pouvait entendre : "Pourquoi les médecins n'aident-ils pas ? Le médecin est obligé d'aider !"

Il s'agissait d'un couple âgé, et le mari aimait tellement sa femme qu'il la suppliait : "Ne meurs pas ! Je ne peux pas vivre sans toi !"

J'ai demandé au mari: "Pourquoi ne la laissez-vous pas partir ?"  "Ne voyez-vous pas qu'elle souffre et qu'elle veut s'en aller vers Dieu ? Ce sera mieux pour elle là-bas."

Son mari ne comprit pas. "Qu'est-ce que ça veut dire, "mieux" ?" 

Ce n'était pas un homme religieux. Mais j'ai néanmoins réussi à trouver les mots justes, et nous avons convenu de nous rencontrer près du lit de sa femme et de prier pour elle après le départ des médecins pour la soirée. Il priait avec ses propres mots, et j'utilisais un livre de prières.

Ainsi, le soir est venu. J'ai versé de l'huile sainte sur les blessures de la patiente, tandis que son mari se tenait près du lit de sa femme, tenant un cierge allumé. Il a dit doucement que si sa femme bien-aimée voulait aller vers Dieu, alors qu'elle aille dans ce monde meilleur. J'ai commencé à lire le Canon pour le départ de l'âme. Mais j'avais à peine fini la première ode que la femme a poussé un souffle de soulagement et nous a quittés pour ce monde meilleur.

"Quoi ? C'est tout ?" s'émerveillale mari. "C'est aussi simple que ça ?"

"Maintenant vous pouvez le voir par vous-même", lui dis-je, "comment le Seigneur nous aime, comment Il a entendu nos prières."

Mais le plus étonnant, c'est que la puanteur a immédiatement disparu, et le mari l'a remarqué. Je l'ai aussi remarqué, mais sans me faire confiance, j'ai demandé aux aides-soignants de la morgue d'envelopper la jambe de contention dans du plastique - sinon le pus s'écoulerait sur le sol du couloir - et les gens avaient déjà assez souffert de la puanteur.

Nous avons roulé le lit avec la défunte jusqu'à la morgue pendant un temps assez long - d'abord dans l'ascenseur de service, puis le long des longs couloirs souterrains. Mais il n'y avait pas le moindre soupçon d'odeur. Il y avait seulement un sentiment de révérence devant le mystère, lorsque le Seigneur entend nos prières.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 16 juin 2020

Pavel Sushkov: LE THAUMATURGE (histoires de Diveyevo)


Le printemps est arrivé à Diveyevo pendant la Semaine Sainte et s'est vraiment installé vers Pâques. Il a fait chaud pendant toute la Semaine Sainte, et la terre s'est bien asséchée après l'humidité du printemps. Vera travaillait dans son potager dès le matin, retournant avec empressement de grandes couches de terre épaisse, puis les brisant, les frappant à plat. Après avoir prié pendant le Grand Carême et célébré Pâques, il était grand temps de travailler et de s'occuper de son pain quotidien. Plus que cela, ses mains manquaient de travail et de terre.

Le matin s'avançait progressivement vers l'après-midi, et les rayons du soleil diffusaient une chaleur comme en été. Vera examina ses carrés lisses qu'elle destinait aux radis et aux herbes et se sentit satisfaite. Puis, dans son esprit, elle planifia ce qu'elle allait faire pousser dans le reste de son petit potager. Son regard se porta sur la parcelle de son voisin, au-delà de la clôture attenante. Tout y était resté intact depuis l'automne précédent.

"Pour une raison quelconque, je n'ai pas vu Valentina ces derniers temps. J'ai commencé à travailler la terre pour le deuxième jour, mais elle n'a pas encore commencé", se souvient Vera.

Elle a ramassé ses outils et est allée prendre son petit déjeuner.

Autour d'une tasse de thé et du reste de son koulitch, Vera jetait de temps en temps un regard sur le porche de sa voisine par sa fenêtre, mais elle n'apparaissait pas.

"J'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose ! Je devrais lui rendre visite", s'inquiétait la femme.

En montant sur le porche de la cabane de Valentina, Vera frappa et lut la prière à voix haute. Une voix très faible dit de l'intérieur : "Amen".

"Tu es vivante, Dieu merci !" Vera se sentit soulagée. Elle eentra et il lui fallut quelques instants pour s'habituer à la pénombre. Les fenêtres étaient fermées par des rideaux et la pièce était en désordre total. Il y avait de la vaisselle sale, des miettes et des médicaments sur la table, la porte du poêle était ouverte et du bois de chauffage était éparpillé sur le sol. Valentina était couchée sur le lit près du mur, qui était couvert d'icônes. Elle avait une expression d'épuisement et de mélancolie sur le visage.

"Valya [diminutif du nom Valentina], qu'est-ce qu'il y a ? L'invité s'adressa à la maîtresse de maison.

Valentina regarda avec découragement sa voisine joyeuse, qui était bronzée par le soleil du printemps, et s'exprima tragiquement :

"Verochka [forme affectueuse du nom Vera], je vais mourir."

"Que veux-tu dire ? Qu'est-ce que tu as ?" Vera leva ses mains.

"C'est assez pour moi. J'ai vécu sur cette terre assez longtemps et il est temps pour moi de partir..." Elle fit un signe de tête vers le plafond. "Je suis couchée depuis deux jours sans me lever. Je sens que la fin est proche."

"As-tu déjà demandé une aide médicale ?"

"Oh, ma chéria ! Ce jeune médecin m'a rendu visite hier. Et à quoi ça sert ? Il m'a prescrit des vitamines et m'a dit de faire des exercices. Mais si tu es en train de mourir, tu n'es pas d'humeur à faire de l'exercice ! Il doit plaisanter ! Oh, ces jeunes gens..."

"Mais comme tout cela est si sérieux..." Vera s'arrêta dans la confusion et continua. "Tu devrais peut-être appeler un prêtre ?"

"Un prêtre ? Hum." Valentina se plongea dans ses pensées pendant un moment. "Alors, pourquoi pas ? Invite-le. Dites-lui que, Valentina est en train de mourir."

"D'accord. Attends, je vais inviter le père Vladimir."

Vera s'arrêta à la maison pour prendre de l'argent et un sac et alla au centre pour acheter quelque chose pour consoler sa voisine malade. La première chose qu'elle fit fut de rendre visite au Père Vladimir qui vivait dans une vieille maison près de la source. Après avoir reçu sa bénédiction, Vera lui dit directement :

"Père, Valentina est sur le point de mourir ! Pourrais-tu venir la voir ?"

"Elle est vraiment malade?", s'étonna le prêtre. "Valentina est-elle malade ?"

"Elle semblait se sentir bien dimanche. Mais quand je lui ai rendu visite  aujourd'hui, elle était couchée dans son lit. Elle ne se lève pas et dit qu'elle est sur le point de mourir."

"Eh bien, alors je dois certainement venir la voir", décida le prêtre. "Que Dieu soit avec toi ! Je viendrai plus tard dans la journée."

Vera passa la majeure partie de la journée au centre, à acheter des graines et des semis. Elle passa également  au couvent pour vénérer les reliques de saint Séraphim et prier pour la servante de Dieu Valentina. Vera n'oublia pas non plus le cadeau - elle acheta du raisin, un morceau de fromage importé et elle dépensa même de l'argent  à contrecœur pour acheter une bouteille de vin d'église de Cahors, très chère, afin de renforcer la santé de sa voisine.

Alors que la femme rentrait chez elle, le soleil se couchait très bas. En ouvrant la porte de sa voisine, elle futsurprise. Valentina, qui était morte quelques heures plus tôt, ratissait les restes des plantes de l'année précédente dans son potager, comme si rien ne s'était passé.

"Valya ! Dieu merci, tu es vivante ! Quel miracle s'est produit avec toi ?"

Valentina se releva et se mit debout, appuyée contre le râteau :

"J'ai été guérie", dit-elle. Et après une courte pause, elle ajouta : "Le père Vladimir m'a guérie."

"Vraiment ? Notre prêtre est-il un faiseur de miracles ?

"Je n'en suis pas sûre, mais on dirait que c'est un faiseur de miracles."

"S'il te plaît, dis-moi comment c'est arrivé."

"Que te dire ?" Valentina se plaignit à Vera, mais seulement pour la forme. "D'accord, asseyons-nous ici."

Valentina prit des allumettes dans la poche de son tablier et mit le feu au tas. Elles pouvaient sentir la douce odeur de la fumée. Les femmes se sont assises sur un tas de bois tout près et Valentina commença son histoire.

"Le père Vladimir est venu moins d'une heure après ton départ. Il a dit : "Valentina, j'ai entendu dire que tu étais en train de mourir ? J'ai répondu : "Oui, père. Je suis en train de mourir. Mon heure est venue. J'ai prié pendant le carême et maintenant le Seigneur va me prendre en ces jours de Pâques. Le père Vladimir a caressé sa barbe et a dit : "D'accord. Si on en arrive là, alors prépare-toi à la mort. Tu dois passer les derniers jours de ta vie pieusement. Aujourd'hui, lis les Évangiles et l'Apôtre [l'Epitre]  autant que tu le peux ainsi que le dix-septième cathisme [série de psaumes] avant de t'endormir, au cas où - il est lu pour le repos du défunt. Demain, je viendrai pour entendre ta confession et te faire l'onction ; et après-demain, vous recevras la Communion, et euh..."

"Qu'est-ce que tu veux dire ?" demanda Vera.

"Euh", Valentina étendit les bras. "Pour l'éternité."

La femme se tut un moment et ajouta d'un ton offensé :

"Il ne m'a même pas posé de questions sur le médecin (bien que tu l'aies fait) et n'a pas proposé de prier pour ma guérison. Il a juste dit : "La mort est le destin tant attendu de tous les chrétiens. Nous la préparons toute notre vie. Et le Seigneur t'a garanti la joie de Le rencontrer très bientôt ! Ce qui veut dire que tu es prête !"

"Et toi ? Etais-tu heureuse ?" demanda Vera. Cela la réconforta soudain d'entendre cela.

"Heureuse ?! Non, pas du tout !" Valentina agita les mains. "J'ai réalisé que je ne suis toujours pas prête pour Le rencontrer, c'est trop tôt pour moi !"

"Et tu es allé mieux tout de suite, n'est-ce pas ?"

"Comme tu vois ! C'est un miracle !" répondit Valentina avec confiance. "Dès que le père Vladimir est sorti, j'ai retrouvé mon énergie comme jamais! Je me suis levée, j'ai rangé ma chambre, j'ai fait bouillir des pommes de terre et j'ai fait frire du poisson. Et maintenant, je me balade même dans mon jardin ! Notre Père Vladimir n'est pas un prêtre ordinaire", ajoute-t-elle mystérieusement.

"C'est vraiment un miracle ! Vera regarda sa voisina qui venait de revenir à la vie avec admiration et avec un sourire joyeux. "J'ai un cadeau pour toi, pour renforcer ta santé !" Elle glissa ses mains dans son sac et en sortit le vin de l'Eglise *.

"Tu es une âme généreuse, Vera !" dit Valentina avec admiration. "Allons-y. Laisse-moi t'offrir une carpe frite. Et prenons chacun un verre de vin pour renforcer notre santé."

Vera ne s'y opposa pas, et bientôt elles étaient toutes les deux assises à table devant des pommes de terre frites et du poisson.

Le lendemain matin, lorsque Vera sortit pour planter ses radis, Valentina avait déjà creusé les sillons de son nouveau potager en chantant les stichères de Pâques  à tue-tête. Vera sourit et cria par-dessus la clôture :

"Le Christ est ressuscité !"

"En vérité, Il est ressuscité", entendit-elle de la voix joyeuse de la voisine.

Valentina était complètement revenue à la vie.


Version française Claude Lopez-Ginisty

* Le vin de Cahors (en France) était utilisé pour la Divine Liturgie

lundi 15 juin 2020

Père Andrew Phillips: Sur le renversement des sept fausses Orthodoxies

La trahison de Judas

Introduction

En près de cinquante ans d'association avec l'Orthodoxie, j'ai vu comment le Diable peut tout caricaturer. C'est parce qu'il est lui-même faux : un faux dieu - bien que beaucoup le vénèrent encore. En tant que "menteur et père du mensonge" (Jean 8: 44), il peut très certainement simuler toutes les activités humaines, y compris la foi. Il peut utiliser la foi pour créer une fausse foi. Je l'ai vu dans les sept types de fausse Orthodoxie, les déviations qu'il crée et que j'ai observées. Les trois premiers sont des déviations primitives, les deux suivants sont des déviations psychologiques et les deux derniers appartiennent au domaine plus complexe des déviations délirantes. Elles ont toutes un point commun : elles ne fournissent aucune nourriture spirituelle et les âmes qui suivent ces contrefaçons meurent donc de la famine spirituelle qu'elles laissent dans leur sillage.

Trois déviations primitives

Ces déviations sont celles qui sont choisies par ceux qui vivent des vies charnelles, la vie du corps avec ses intérêts matériels.

Le premier type de fausse orthodoxie est nationaliste. Cela consiste à rabaisser le Christ au niveau de l'agitation des drapeaux et de l'attachement à ce monde. Méfiez-vous des églises qui arborent fièrement des drapeaux nationaux de toutes sortes. Elles ne vénèrent pas le Christ, mais le César de leur État. Cette orthodoxie est mortelle, car elle tue l'Esprit, c'est pourquoi elle est ritualiste et superficielle.

Le deuxième type de fausse orthodoxie est bureaucratique. Elle est liée à la première fausse orthodoxie, dans la mesure où elle est politique. Il s'agit de rabaisser le Christ au niveau de la paperasserie et des "protocoles", derrière lesquels se cache le bureaucrate d'État avec son titre d'Église. Cette orthodoxie est mortelle, car elle tue l'Esprit, c'est pourquoi elle est lâche et sans tripes.

Le deuxième et troisième type de fausse orthodoxie est diplomatique. Elle est liée à la première et à la deuxième fausse orthodoxie, dans la mesure où elle est aussi méchamment politique et peu sincère. Elle consiste à rabaisser le Christ au niveau du mensonge et du compromis et à chercher un quelconque avantage mondain derrière le camouflage du Christ. Cette orthodoxie est mortelle, car elle tue l'Esprit, c'est pourquoi elle répète le mensonge bien usé selon lequel toutes les croyances sont les mêmes - ce qu'elles ne sont évidemment pas, car une seule foi vient du Saint-Esprit, qui vient du Père.

Deux déviations psychologiques

Ces déviations sont celles qui sont choisies par ceux qui vivent des vies émotionnelles, la vie des sentiments et les intérêts de l'ego.

Le quatrième type de fausse orthodoxie suivante, est psychologique, au pire psychopathologique. En tout cas, elle n'a rien à voir avec la théologie. Elle consiste à rabaisser le Christ au point de le conformer aux manières du monde (occidental), avec son calendrier et toutes ses autres valeurs compromises. C'est la voie de la facilité, la voie de l'autojustification, car cela signifie vivre une vie plus ou moins facile et séculière derrière le masque du Christ. Cette orthodoxie est mortelle, car elle tue l'Esprit en créant une orthodoxie mondaine, adaptationniste et conformiste, une pseudo-orthodoxie qui nage avec la marée séculière.

Le cinquième type de fausse orthodoxie suivant est psychologique, au pire psychopathologique. En tout cas, elle n'a rien à voir avec la théologie. Elle consiste à rabaisser le Christ au niveau d'une rébellion psychologique personnelle contre les valeurs avec lesquelles ceux qui la confessent ont été élevés, puis à les haïr. De cette façon, c'est aussi une forme de haine de soi. Ainsi, elle désobéit au commandement qui nous dit d'aimer notre prochain COMME NOUS-MÊMES. Cette orthodoxie est mortelle, car elle tue l'Esprit en créant une orthodoxie de haine extrémiste et agressive qui est un anti-tout négatif et n'est donc pas un amour positif de l'Orthodoxie.

Deux déviations délirantes

Ces déviations sont celles qui sont choisies par ceux qui vivent des vies fantastiques, la vie du cerveau et les intérêts de la vie fantasmée.

Le suivant et sixième type de fausse orthodoxie est une prétention intellectuelle. Elle consiste à rabaisser le Christ au niveau de la connaissance froide et livresque qui n'est que l'illusion arrogante de l'esprit gonflé, du "raisonnement charnel", de la prétention pompeuse de ceux qui peuvent parler de tout, mais ne savent rien et ne vivent de rien. Cette orthodoxie est mortelle, car elle tue l'Esprit en créant des philosophies fantasques et n'est donc pas une orthodoxie.

Le suivant et dernier et septième type de fausse orthodoxie est une conception piétiste. Celle-ci est liée à la sixième dans la mesure où elle provient du cerveau et de l'imagination. Elle consiste à rabaisser le Christ au niveau de l'illusion par l'orgueil spirituel, de la pseudo-ascèse, de la dépression, de l'exotisme ésotérique, en prétendant être "spirituel", en prétendant être ce qu'ils ne sont pas, avec un orgueil spirituel et une supériorité imaginaire, condamner les autres comme "non spirituels", être plein de prétention, de mots étrangers, s'habiller en noir comme les moines ou les moniales, jouer la comédie, la pseudo-sainteté, prétendre de façon obsessionnelle et flatteuse que les charlatans et les escrocs trompent et induisent les simples en erreur comme leurs "pères spirituels". Cette orthodoxie délirante est mortelle, car elle tue l'Esprit en prétendant être ce qu'il n'est pas. Elle est donc anti-spirituelle, car le spirituel est toujours fondé sur le réel et non sur l'imaginaire.

Conclusion

Si vous vous trouvez à l'une des étapes ci-dessus ou à une combinaison de celles-ci, vous devez renoncer à cet esclavage spirituel et le tuer sur-le-champ, et passer à la Liberté, à l'Orthodoxie réelle, qui est simple. Cela signifie aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même, vivre dans et selon l'Église, en suivant les Vies des Saints, de la vraie sainteté de ceux qui ont réellement vécu, qui se sont incarnés dans la vie, dans le monde réel. La véritable Orthodoxie n'est pas la Mort, mais la Vie elle-même, c'est vivre dans le Créateur de la Vie, vivre dans le Christ, mais cette Vie n'est atteinte qu'en tuant d'abord en soi-même le dragon de tous ces sept simulacre mentionnés.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Nous n'abandonnerons pas nos saintes églises

dimanche 14 juin 2020

Père Victor Potapov: Appel...

Jose Muñoz-Cortez

Chers frères et sœurs en Christ,

Dans la section intitulée "L'élu de la Mère de Dieu", vous évoquerez le remarquable destin d'une personne qui, à notre époque rationnelle et terre à terre, a donné sa vie pour un grand trésor orthodoxe sacré. Cette personne était José Muñoz-Cortes, qui a consacré 15 ans de sa vie à la garde de la miraculeuse icône "de Montréal-Iveron" de la Mère de Dieu, également connue sous le nom de "Portaitissa" ou "Gardienne du portail". Dans la nuit du 30 au 31 octobre 1997, à Athènes, en Grèce, après avoir été soumis à des tortures prolongées, il a été assassiné. Treize jours plus tard, il a été enterré au cimetière du monastère de la Sainte-Trinité à Jordanville, New York, où sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage et de prière vénéré.

De nombreux fidèles de l'Église orthodoxe russe à l'étranger, et tous ceux qui avaient eu l'occasion de prier devant l'Icône miraculeuse de la Mère de Dieu confiée aux soins de frère José, ont réagi à sa mort et à la disparition de l'Icône de Montréal avec une profonde douleur du cœur.

Qu'est-ce qui a conduit au meurtre du frère José et à la disparition de l'Icône miraculeuse ?

En 2002, les archi-pasteurs de l'ERHF ont répondu à cette question dans un "Appel spécial à l'occasion du 20e anniversaire de l'icône miraculeuse myrrhoblyte de la Mère de Dieu d'Iveron" :

"Cette icône, qui a diffusé en abondance de la myrrhe miraculeuse pendant 15 ans, a consolé notre Église orthodoxe russe à l'étranger, symbole visible et tangible de la miséricorde de l'intercession de la Mère de Dieu pour nous, pécheurs ... Avons-nous agi dignement lors de la présence dans notre Église de cette Icône, qui a clairement accompli des miracles ? Avons-nous fait bon usage de cette visite de la Mère de Notre Seigneur pour nos âmes, et n'est-ce pas notre péché collectif d'avoir été froid envers cette sainte Icône et dans nos prières, froid envers les œuvres de charité et le témoignage de la foi orthodoxe, qui a été la raison de sa disparition, par la volonté de Dieu ?

Avec une gratitude tremblante, nous nous rappelons dans la prière l'arrivée de cette merveilleuse Icône myrrhoblyte dans notre Église, et avec repentance, nous prions la Très Sainte Mère de Dieu pour le pardon de nos transgressions, pour que la paix règne dans notre Église orthodoxe...

Alors que frère José était encore en vie, nous nous sommes habitués au Miracle. Malgré l'admonition de frère José selon laquelle "il ne faut pas s'habituer à un miracle, certaines personnes sont devenues indifférentes à cette manifestation concrète de la miséricorde de Dieu".

Par la grâce de Dieu, au début du mois d'octobre 2007, l'année où l'unité canonique au sein de l'Église orthodoxe russe a été restaurée, une copie de l'icône myrrhoblyte de "Montréal-Iveron" est apparue à Hawaii. Par l'apparition de cette icône miraculeuse, l'icône "Hawaïenne", le Seigneur nous montre le chemin de notre restauration, de notre réforme.

Frère José et l'icône de "Montréal" étaient inséparables. Ensemble, ils nous ont quittés. Le miracle de l'icône originale est revenu à nous, pécheurs, et notre souvenir de frère José doit revenir aussi.

Nous espérons que la collection de documents [en anglais] sur notre site web favorisera sa vénération et sa reconnaissance en tant que martyr par l'Église tout entière.

Nous vous invitons, chers lecteurs, à vous joindre au processus de glorification de l'Élu de la Mère de Dieu, l'un des derniers martyrs orthodoxes du XXe siècle. Envoyez-nous, à l'adresse vpotapov@comcast.net, vos souvenirs du frère José, et vos récits de l'aide miraculeuse que la Grâce de Dieu vous a apportée par les prières du frère José. Demandez que des Pannikhides soient servies pour frère José. Parlez de lui à tous ceux que vous pouvez, et imprimez et distribuez des documents de notre site à son sujet.

Seigneur, que Ta volonté soit faite !
Archiprêtre Victor Potapov

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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Rappel:






samedi 13 juin 2020

Moniale Ardaliona: La liberté de l'âme


L'âme ne sait qu'une seule chose: c'est en Dieu seulement que sont sa paix et la fin de sa quête. C'est pourquoi on doit entrer dans une liberté parfaite, non seulement des passions, mais aussi de ses propres sentiments, dans la libération de tout ce qui est temporel, pour entrer en Dieu.

Une telle liberté est l'enfance de l'âme, l'ignorance du mal. 

Dans une telle liberté, l'âme est sujette à tout ce qui est humain, mais elle n'est assujettie à rien. Elle aime la vie du monde entier, ne dédaigne rien, ne déprécie rien, n'exclut rien de ce qui est la vie, comme le mal considéré comme négatif, mais l'âme elle-même n'est d'aucune façon liée à cela, elle n'est enfermée d'aucune manière. 

Elle est comme morte à sa propre vie. Elle est sortie dans une libération d'elle-même et s'est enclose dans le Dieu éternel. 

Et ce qu'elle vit alors et qu'elle embrasse complètement, c'est le Christ, Qui est devenu plénitude de son cœur, Guide de son intellect. 

Une telle condition apporte avec elle la liberté de tout ce qui est humain.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après Moniale du Grand-Schème Ardaliona
in Biography of Abbess Arsenia of Ust-Medvedsky Convent
Heavenly Wisdom from God-illumined Teachers 
on Conquering Depression
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, 

1998

vendredi 12 juin 2020

Le staretz Amphilochios (Makris)

Saint staretz Amphilochios

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Le staretz (géronda) Amphilochios (Makris) naquit à Patmos, l'île de l'Apocalypse en 1889. Il fut un grand défenseur de l'Orthodoxie qui souffrit beaucoup de l'occupation de l'île par les fascistes italiens durant la deuxième guerre mondiale. Pendant ces années d'occupation, il organisa des écoles secrètes comme au temps de la turcocratie pour veiller à ce que les enfants grecs continuent à apprendre leur langue, malgré les tentatives des fascistes et de l'église romaine de les couper de leurs racines. Il fut longtemps higoumène du monastère de Saint Jean le Théologien à Patmos. Il fonda aussi le monastère de femmes de l'Annonciation de la Mère de Dieu en 1937. Il fut un père spirituel aimant, humble et dévoué à ses enfants. Il croyait beaucoup à la force du monachisme et à sa mission pour le Christ. Il voyagea longtemps comme prédicateur pendant les années de guerre et après la paix. Il fonda aussi d'autres monastères dans d'autres îles et fut responsable d'orphelinats et de nombreuses institutions caritatives. Il mourut en 1970.

ENSEIGNEMENTS


° Quand tu cultives la prière, les rodomontades du Tentateur ne te troubleront pas. La prière diminue sa force, il ne peut rien nous faire.



°Christ vient souvent frapper à ta porte et tu l'invites à s'asseoir dans le salon de ton âme- Puis, absorbé par tes propres affaires, tu oublies le Grand Visiteur. Il attend que tu viennes et quand tu mets trop longtemps à revenir, Il Se lève et S'en va. D'autres fois, tu es si occupé que tu Lui réponds depuis la fenêtre. Tu n'as pas même le temps d'ouvrir la porte.



° Tu es d'essence royale, destinée à entrer dans la chambre nuptiale des Cieux.



° Quand tu vois une personne qui est spirituellement fatiguée, n'augmente pas son fardeau, car elle ne pourra le supporter.



° Aime-Le et même les bêtes sauvages t'aimeront.



° La richesse véritable pour moi, c'est de te voir dans le Royaume des Cieux.



° Quand la flamme de l'Amour existe, elle consume tout mal qui approche.



° Christ est le même hier et aujourd'hui, mais nous avons fermé nos yeux et nous regardons les ténèbres. C'est parce que nous continuons ainsi que quelques uns bombent dans la boue et que d'autres meurent.



° Nous devons être prêts pour notre défense et notre martyre.



° Je supplie le Seigneur de te sanctifier afin que je puisse te voir en Paradis. Voici la dot que je cherche auprès du Seigneur pour toi.



° Pour que le Grâce de Dieu vienne pendant la Liturgie, tu dois être concentré et ne pas être troublé.



° Quand votre coeur n'a pas le Christ en lui, il contient de l'argent, des propriétés ou des gens.



° Mets en pratique ce commandement s'il te plaît: cultive l'amour pour la personne du Christ à un point tel que quand tu prononces Son Nom, des larmes coulent de tes yeux. Ton coeur doit véritablement brûler. Alors Il deviendra ton Guide, ton rère, ton Père et ton Ancien.



° Aime ton époux le Christ de tout ton coeur et tout le monde t'aimera et prendra soin de toi.



° Je désire la renaissance du monachisme car le monachisme est le bataillon d'evzones de l'Eglise.



° La protection de Dieu diminue la tentation.



° A cause de la corruption généralisée, les gens ne peuvent pas comprendre que l'amour spirituel existe.



° Les gens du monde te fatiguent parce que tout ce qui est en eux vient à toi comme des ondes électriques. Nous devons être dans la grâce afin que ceux qui viennent vers nous puissent trouver le repos.



° Tu dois avoir de l'amour en toi, même s'ils nous font le plus grand mal, nous devons les aimer. Nous entrerons en Paradis seulement avec l'amour.



° Cultive le prière de Jésus et le temps viendra où ton cœur sautera de joie, comme il le fait à présent quand tu es sur le point de rencontrer une personne que tu aimes beaucoup. 



° Ne néglige pas la prière du soir. Prie avec ferveur, comme ceux qui vont à une fête. Ils sont éveillés et ne ressentent que de la joie. Ainsi puisque tu vas parler avec l'Epoux, n'écoute pas le Tentateur qui te dit toutes sortes de choses afin de te gêner, parce tu sais qu'il y a quelqu'un qui se soucie de toi.



° Une personne peut s'élever au-dessus de la terre avec deux ailes: l'une est la simplicité et l'autre la pureté de cœur. Tu dois être simple dans tes actions et pur dans tes pensées et tes sentiments. Avec un cœur pur tu chercheras Dieu et avec simplicité tu Le trouveras et tu seras heureux. Un cœur pur franchit aisément les portes du Paradis.



° Le mépris de soi doit être cultivé avec discernement, sinon on atteint le point du suicide.



° Nous sommes dans la haute mer de la vie quelquefois; parfois il y a des tempêtes et quelquefois le calme. La grâce de Dieu ne nous quitte pas. Sinon, s'Il ne nous avait pas maintenu hors de l'eau, nous aurions coulé.



° Les saints regardent toujours vers l'autre vie. C'est la grâce conférée par le souvenir de la mort.



° Dieu nous garde des tentations. il ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces. Il permet toutes choses pour notre bien.



° Quand la spiritualité augmente, même le sommeil est vaincu.



° La prière est grâce. Dieu la donne lorsqu'existent le zèle et l'humilité.



° Combats le Contempteur du Bien qui t'envie. Souffre ce qui t'advient avec fermeté, patience et foi.



° Ne permets pas à l'ennemi de faire la guerre avec toi. Il apparaît déguisé en brebis, avec le prétexte de vouloir le bien de ton âme.



° Aie toujours confiance dans le Seigneur et Il te nourrira au temps de la faim.



° Avec une bonne parole pour ton prochain, le soutenant, tu acquiers le Paradis.



° La repentance doit venir, non pas par peur de la punition, mais parce que nous avons péché devant Dieu. Adoucis tes pensées avec des paroles de consolation et d'espoir. Réchauffe tes paroles avec la chaleur de l'amour de l'Epoux et souviens-toi de Sa Passion, qu'Il a subie pour toi, afin que tu restes ferme, dévoué et humble. Confie tout ton être au voile protecteur de la Toute Sainte Mère de Dieu.



° Aime donner l'hospitalité, mon enfant, car elle ouvre les portes du Ciel. Tu offres ainsi l'hospitalité aux anges. "Reçois les étrangers afin de ne pas être étranger à Dieu!"



° Les saints se soumettaient à ce que Dieu leur envoyait avec une simplicité enfantine: " C'est ainsi que Tu le veux, que Ta volonté soit faite!"



°L'hospitalité est la plus grande des vertus. Elle attire la grâce du Saint Esprit vers nous. Dans le visage de tout étranger, mon enfant, je vois le Christ Lui-même.



° Il est nécessaire et bénéfique de faire de temps en temps un examen de conscience complet, nous souvenant de tous nos péchés passés.



° Laissez tous vos soucis entre les mains de Dieu. Demandez tout ce que vous voulez, comme un enfant le fait avec son père.



° La prière est un don de Dieu. Demande toujours avec espoir.



° Nos actions, chère sœur, ne nous sauveront pas. La miséricorde infinie de Dieu nous sauvera.



° Les liens spirituels ne peuvent être brisés quand ils rencontrent un esprit enfantin, tout innocence et sainteté.



° Sans le Christ, tout semble sombre et difficile.



° Je prie chaque jour pour pouvoir te voir dans les rangs des saintes.



° Je ne veux pas être en Paradis sans vous mes enfants. 



° Quand je vois quelqu'un qui est irrité, je n'écoute pas ce qu'il dit, mais je prie Dieu pour qu'Il le pacifie. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas affligé. Quand il se calme, quand le moment est favorable, je lui parle parce qu'il est alors capable de comprendre sa sottise.



° La grâce de Dieu et l'union spirituelle avec Lui, transforment une personne. Les peurs et les soupçons s'en vont, elle ne craint plus la mort et voit cette vie, quel que soit son agrément, comme un esclavage.



° Dieu te visite lorsque tu pleures pendant la prière.



° Quand une personne est devenue simple, elle est déifiée. Elle devient innocente, humble, douce, libre.



° Ne donne jamais d'importance aux choses terrestres et passagères. Occupe-toi plutôt de ton union spirituelle avec Dieu.



° Quand tu entends que l'on critique ton nom, fais comme si tu n'avais pas entendu. C'est là le Paradis, la perfection.



° Notre religion met à mort les passions, pas le corps.



° Quand il y a crainte de Dieu, la sagesse est donnée.



° Le chrétien est un être humain véritable: il est courtois et poli, il ne veut attrister personne.



° L'innocence est plus grande que le génie.



° Vos cœurs sont jeunes et veulent aimer. Vous ne devez avoir que le Christ dans votre cœur. Votre Epoux veut que vous L'aimiez et que vous n'aimiez que Lui.



°La vie spirituelle a de grand plaisirs. On vole, on quitte le monde [...]. On devient des enfants et Dieu demeure dans notre cœur.



° La grâce du très Saint Esprit fait rayonner une personne. Cependant les autres doivent être bien réceptifs pour le constater.



° Nous devons garder les yeux fixés sur les Cieux. Alors plus rien ne nous ébranlera.


° Recevez régulièrement la communion, priez avec ferveur, soyez patients et vous verrez une main forte qui vous soutient.



° Le Christ est près de nous, même si nous ne le voyons pas. Quelquefois, dans Son grand amour, Il nous donne un soufflet aussi.



° Tu devrais te réjouir. Jésus tient un ciseau d'artiste dans Ses mains. Il veut te préparer une statue dans les Cieux.



° La personne qui crie n'a pas de force.



° Question: Comment fais-tu pour avoir autant de patience et de persévérance en toutes choses? Réponse: La grâce de Dieu m'aide. Je crois toujours au pouvoir de Dieu mon enfant. Il change et ajuste tout pour le bienfait de nos âmes. 



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

by Sisters of Monastery of Panaghia Eleousa
Jan 1, 1995

jeudi 11 juin 2020

Père Païsie: NOTRE PÈRE

Orthodox Icon Coloring Book (avec images) | Icone religieuse, Art ...

Un homme avait beaucoup d'enfants mais il était très contrarié parce que ses enfants se disputaient en se comportant de manière malveillante. Et ils continuaient à le faire à plusieurs reprises, ce qui signifie qu'il y avait toujours des dissensions entre eux. Ils causaient une grande douleur à leur père qui voulait les voir vivre en paix et en harmonie.

Voulez-vous savoir qui sont ces frères si cruels avec les autres ? C'est nous, le peuple. Ne sommes-nous pas tous les enfants du même Père, du même Dieu ? 

Avons-nous une bonne entente entre nous ? Aimons-nous notre prochain comme nous devrions le faire ? 

Dieu ne ressent-il pas de la douleur quand il voit qu'il y a tant de dissensions entre les gens, tant de mensonges, de vols, de guerres, de péchés de toutes sortes ? 

Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? Il nous a fait nous aimer les uns les autres pour prendre soin les uns des autres. 

Et Dieu se réjouit pour tous les bons chrétiens, car tout homme qui vit une vie sans péché, dans l'amour et la compréhension avec ses semblables, Dieu se réjouit comme un père se réjouit pour ses enfants.

En nous aimant les uns les autres, en recherchant le bien des autres plus que le nôtre, nous devenons meilleurs et plus sages. 

C'est seulement ainsi que nous nous rapprochons de Dieu, de Son Amour et de Sa Bonté à chaque instant.

"Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés" (Le Saint Évangile)

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 10 juin 2020

ARCHIPRÊTRE MICHAEL GILLIS : Étapes du voyage spirituel selon l’Archimandrite Aimilianos de bienheureuse mémoire


L'archimandrite Aimilianos du monastère [athonite] de Simonopetra, dans la première moitié d'un discours transcrit (puis traduit) intitulé "La progression de l'âme" parle des étapes jusques au début du voyage spirituel.  Le point de départ pour lui se trouve dans la négociation, à juste titre, de la deuxième étape.

La première étape du voyage spirituel, il l'appelle le sentiment d'exil, le sentiment que nous sommes loin de Dieu, qu'il y a un mur entre nous.  Ce sentiment d'exil est le sentiment d'Adam et Eve expulsés du Paradis.  C'est le sentiment de douleur, pas nécessairement physique ; en fait, la douleur physique n'est pas du tout ce dont il parle.  La douleur dont il parle est la douleur du désir, la douleur qui a poussé Adam et Ève à écouter le serpent.  Étant les seigneurs de l'univers, possédant tout, Adam et Ève en sont venus à sentir qu'ils n'en avaient pas assez, que d'une certaine manière Dieu leur cachait quelque chose.  Étant très riches, ils se croyaient pauvres et furent donc facilement trompés par le serpent.  C'est la douleur dont l’archimandrite Aimilianos semble parler, le sentiment douloureux qu'il manque quelque chose de très important.

Et bien sûr, il manque effectivement quelque chose de très important.  Nous sommes les enfants de la Chute.  Nous sommes nés dans la douleur et nous avons grandi parmi les épines et les chardons.  Partout où nous nous tournons, nous sommes piqués et poussés par des aiguilles de convoitise, d'envie, de peur et de désir (pour n'en citer que quelques-unes).  Pourtant, nous ne voulons pas l'admettre.  Nous voulons l'expliquer, le faire disparaître.  Nous disons : "C'est la faute de quelqu'un d'autre.  Je ne suis pas vraiment si pervers, du moins pas aussi mméchant que certains autres.  Et d'ailleurs, je pourrais changer si je le voulais vraiment, si seulement j'essayais plus fort, si seulement j'avais une pause".  Et donc nous nous occupons.  Nous nous occupons pour que notre attention reste en dehors de nous, pour que nous n'ayons pas à ressentir la douleur, la douleur intérieure, la douleur de l'exil de Dieu, la douleur qui, selon l’archimandrite Aimilianos, est directement liée à la nudité.

La douleur que nous ne voulons pas ressentir est la douleur de notre nudité.  Ayant été revêtus par Dieu dans le jardin du Paradis, revêtus de la gloire de Dieu que les Pères et les hymnes de l'Église nous enseignent, ayant été revêtus de la gloire de Dieu, nous ressentons intensément son absence, nous nous sentons exposés et sans protection, nous sentons le vent froid de notre contingence existentielle : ayant été appelés à naître de la terre par Dieu, que sommes-nous maintenant que nous avons perdu Sa gloire ?  Saint Augustin parlait d'un trou en forme de Dieu dans notre cœur.  L'expérience de l'orphelin ou de la brebis perdue sont des métaphores qui soulignent ce sentiment intérieur d'exil, de douleur et de nudité.  C'est ce même sentiment, le sentiment de cette douleur, le fait de savoir que nous sommes nus, que l'archimandrite Aimilianos dit être la première étape du voyage spirituel.

La deuxième étape du voyage spirituel, selon l’archimandrite Aimilianos, vient quand nous confessons que nous sommes pécheurs, quand nous savons intensément que quelque chose nous sépare de Dieu, quand nous ne nions plus notre nudité.  C'est, dit-il, le point le plus critique,

car à ce moment-là, deux choses se produiront : soit je me lèverai et je m'habillerai, soit je resterai nu.  En d'autres termes, soit je me présente à Dieu dans ma nudité et je dis : "J'ai péché", soit j'essaie de me cacher de Dieu comme Adam et Eve.  Et quand Dieu dit : "Adam, où es-tu ? je dirai : "Je me cache parce que je suis nu.  Et quand je sortirai de ma cachette, Il verra mes feuilles de figuier*.

Alors l’archimandrite Aimilianos demande pourquoi.  Pourquoi nous cachons-nous ?  Pourquoi est-il si difficile pour nous de nous présenter nus et pécheurs devant Dieu ?  La raison simple, dit-il, est "que c'est une chose terrible pour nous de réaliser que nous ne sommes rien" :

Savez-vous ce que cela signifie de passer de l'idée que vous êtes spécial et important, d'être respecté publiquement, de penser que vous avez fait de grandes choses, d'être talentueux, merveilleux, beau, charmant et je ne sais quoi d'autre, à reconnaître qu'au contraire, vous êtes nu et sans aucune importance ?  Il faut de la force pour accepter cela, beaucoup de force.  Et pourtant, nous ne pouvons même pas accepter la moindre imperfection que nous pourrions avoir, ou n'importe quelle faute, échec, erreur ou péché que nous pourrions avoir commis, sans la couvrir avec un mensonge, et ensuite couvrir ce mensonge avec un deuxième mensonge, et ensuite le deuxième avec un troisième.

Une personne peut dissimuler sa nudité par un complexe d'infériorité, par des actes d'agression, par l'autojustification, en portant divers masques, ou par bien d'autres moyens.... De telles stratégies de déni impliquent également de se cacher de soi-même.  Qu'est-ce que cela signifie ?  Cela veut dire que, même si je suis nu, je vais vivre comme si je ne l'étais pas, et donc vivre une double vie.  Ou bien je peux refuser de grandir et de progresser, comme si je n'étais pas du tout nu.  Et c'est quelque chose de beaucoup plus terrible, car c'est le rejet de la réalité, et un tel rejet ne peut avoir que des conséquences tragiques pour moi.

La vie est pleine de gens comme ça. Ils savent qu'ils sont pécheurs, ils savent qu'ils sont nus, et pourtant ils traversent la vie en faisant les choses mêmes qu'ils détestent, qui les dégoûtent, dont ils savent qu'elles sont indignes.  Et ils savent qu'ils doivent d'une manière ou d'une autre faire taire le terrible cri de leur conscience, qui les tourmente.

L'alternative de l'âme est d'accepter sa situation et de dire : "Je vais faire quelque chose pour ma nudité.  Je vais déclarer mon péché.  Je confesserai mon péché et ma nudité".  Et aussi nu que je sois, je me présenterai néanmoins à Dieu. Je lui dirai : "Tu me vêtiras".  Et cela demande une grande force.  Se tourner vers Dieu comme si rien d'autre n'existait dans le monde exige une honnêteté et une authenticité extraordinaires.

C'est le point crucial : vais-je accepter la douloureuse réalité de ma nudité ou préférer ma version du mensonge, ma version de la feuille de vigne ?  Je pense que beaucoup d'entre nous sont confus quant au rôle approprié de la force et de la volonté dans notre repentir.  Je pense que beaucoup d'entre nous investissent une grande partie de leur force de volonté et une grande partie de leurs efforts dans la couture des feuilles de figuier.  Nous pensons que c'est ce que nous sommes censés faire, nous sommes censés nous améliorer, nous sommes censés être meilleurs, nous sommes censés nous rendre moins nus.  Mais nous ne le pouvons pas, alors nous nous mentons à nous-mêmes ; nous déplaçons notre attention, nous attribuons des responsabilités, nous nous occupons et surtout nous ne passons jamais beaucoup de temps seuls et tranquilles, nous ne nous donnons jamais l'occasion de voir et de sentir profondément à quel point nous sommes nus.

Vous savez que l'une des choses les plus courantes que les croyants sincères confessent en confession est le péché de paresse.  Cependant, la plupart du temps, je pense que la personne est tombée en proie à cette confusion sur le rôle de la force et de la volonté dans notre cheminement vers la chrétienté.  Ils confessent qu'ils sont paresseux parce qu'ils n'ont pas été capables de couvrir suffisamment leur nudité, ils n'ont pas été capables de jeûner ou de prier ou de faire de bonnes œuvres au niveau qu'ils pensent être censés atteindre.  Mais je ne pense pas que la force et la volonté soient faites pour cela.  Saint Paul nous donne la clé.  Il dit : "Quand je suis faible, alors je suis fort" et "Je me glorifie plutôt de ma faiblesse pour que la puissance du Christ repose sur moi".

L'archimandrite Aimilianos nous dit que la force consiste vraiment à se tenir nu devant Dieu et devant nous-mêmes.  L'application fidèle de la force et de la puissance de la volonté consiste à nier nos illusions auto-justifiées et, contrairement à nos aïeux et à nos aïeules, à sortir nus des buissons et à nous présenter à Dieu sans excuse, sans nous déguiser d'abord, en embrassant toute notre faiblesse, toutes nos ombres, toute notre incapacité et notre insignifiance.   C'est là que la force est nécessaire.  C'est là que la force de la volonté est rachetée.

Et si, comme saint Paul, nous pouvons apprendre à nous glorifier de nos faiblesses, si nous pouvons apprendre à accepter la réalité de notre brisement, de notre impuissance, de notre perte, si nous pouvons trouver la force de nous regarder dans le miroir de notre conscience et de ne pas nous en détourner alors, alors, nous avons la possibilité d'être revêtus par Dieu, alors, nous avons la possibilité de revenir, par de petits moyens, à la relation que nos ancêtres avaient avec Dieu au Paradis.  C'est un long chemin, mais au moins selon l’archimandrite Aimilianos, c'est le vrai début.  Jusqu'à présent, tout n’est que préparation.  La préparation est importante.  Le Saint-Esprit est actif dans cette préparation.  Mais le tournant, le début du véritable retour au Paradis est ici.  C'est ici que nous acceptons notre nudité, que nous abandonnons les différentes feuilles de figuier que nous cousons et que nous avons cousues pour nous-mêmes.  C'est le début.

Il faut de la force, "une honnêteté et une authenticité extraordinaires", comme le dit l’archimandrite Aimilianos. Il faut de la force, mais pas la force de changer, mais la force de s'accepter soi-même et d'accepter l'amour de Dieu pour nous, tels que nous sommes.  C'est le début.

Un dernier mot maintenant.  L'archimandrite Aimilianos souligne que cette première étape, ce début, n'est pas comme le début d'un voyage en ligne droite.  C'est un voyage de transformation qui est circulaire.  C'est-à-dire que nous devons continuellement commencer, que nous devons continuellement rassembler le courage de sortir des buissons de nos illusions pour nous tenir nus, brisés et pécheurs devant Dieu.  Et même si nous avons fait l'expérience de l'amour gracieux de Dieu dans le passé, chaque nouveau départ a ses propres insécurités et peurs, sa honte et sa déception envers nous-mêmes.  Chaque nouveau départ requiert de la force, de la force pour se tenir à nouveau devant Dieu et dire : "Ô mon Père céleste, je suis à nouveau nu, habille-moi, s'il Te plaît".

Version française Claude Lopez-Ginisty
D’après

NOTE:
*Qui recouvrent ma nudité ( Dans la Tradition, ce sont des feuilles de figuier et non de vigne qui cachent la nudité de nos Ancêtres Adam et Eve.