"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 6 septembre 2015

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


24 août / 6 septembre
14ème dimanche après la Pentecôte

St martyr Eutyque, disciple de St Jean le Théologien (Ier s.) ; transfert des reliques de St Pierre, métropolite de Moscou (1479) ; St Arsène de Komel (1550) ; St hiéromartyr Cosmas, Égal-aux-Apôtres (1779) ; St Aristocle de Moscou (1918) ; St martyr Tation (305) ; sainte martyre Sira de Perse (558) ; St Georges de Lemnos (vers 716) ; saint hosiomartyr Séraphim (1946).

Lectures : 2 Cоr. I, 21 – II, 4 ; Hébr. VII, 26 – VIII, 2 : Мatth. XXII, 1–14 ; Jn. X, 9-16

ST COSMAS D’ÉTOLIE, ÉGAL-AUX-APÔTRES

E
n ce jour, l’Église d’Hellade et, avec elle, toute l’Église Orthodoxe fête la mémoire du saint hiéromartyr Cosmas d’Étolie, qui est appelé « égal-aux-Apôtres »  pour ses prédications dans tout le territoire hellénique, dont il fit quatre fois le tour, de la Crète, en Albanie et à Constantinople et des îles ioniennes aux îles du Dodécanèse. Né en 1714, à l’époque du joug ottoman, dans le village de Megalo Dendron, il partit, à l’âge de vingt ans, pour le Mont Athos, et fut tonsuré moine au monastère de Philothéou. Il accomplit avec zèle les labeurs liés à la vie monastique, et fut ordonné prêtre. Durant presque deux décennies, Cosmas se consacra à la vie ascétique sous la direction d’anciens expérimentés, priant et purifiant son cœur. Tout en se trouvant loin du monde, des rumeurs lui parvenaient sur les nombreux chrétiens orthodoxes de Macédoine, d’Épire et d’Albanie qui renonçaient à la foi de leurs pères pour se convertir à l’Islam. Il décida alors, après avoir pris conseil de pères spirituels, de quitter le Mont Athos pour secourir le peuple orthodoxe asservi. « Que le Christ me perde, moi qui suis une seule brebis, et qu’Il gagne les autres !» dit-il. A l’âge de quarante-cinq ans, il rendit visite au Patriarche de Constantinople Séraphim II (+1761), qui lui donna sa bénédiction pour prêcher. Grâce à son labeur incessant, plus de deux cent mille fidèles d’Épire du Nord restèrent fidèles à la foi orthodoxe. St Cosmas prêchait avec une simplicité étonnante. Habituellement, il demandait avant toutes choses que l’on érigeât une grande croix en bois à l’endroit où il prêcherait. Une foule de deux à trois mille fidèles le suivait partout, si bien que c’était une véritable armée du Christ qui se déplaçait dans toute l’Albanie à la suite du saint. Avant de commencer sa prédication, il célébrait les vêpres et l’office d’intercession à la Mère de Dieu, puis, après avoir parlé, il laissait le soin aux quelques cinquante prêtres qui l’accompagnaient, de poursuivre son œuvre par la confession, la célébration de l’Office des Saintes Huiles, la Sainte Communion et la visite de chacun personnellement. Quant à la croix qui avait été dressée, elle y restait, et le Seigneur accomplissait en ce lieu nombre de miracles. Partout, une grande multitude de chrétiens se rassemblait et écoutaient avec piété ses paroles pleines de la grâce Divine, en recevant grande utilité pour leur âme. En outre, St Cosmas ne disposait pas seulement du don de la parole, mais aussi de celui des miracles, dont celui de la clairvoyance. Il prédit nombre d’événements historiques qui allaient se dérouler dans les Balkans, dont la libération de la Grèce et aussi la vie de l’époque moderne, dont même le téléphone ! Le saint  réussit à convaincre des Turcs de libérer un grand nombre de femmes chrétiennes qui étaient à leur service et qui risquaient de sombrer dans la débauche. En raison de la pauvreté ambiante, il n’y avait pas de fonts baptismaux dans la plupart des villages, si bien que le baptême n’était pas célébré par triple immersion. Troublé par cet état de fait, le saint convainquit certains de ses riches compatriotes de faire des dons pour acheter des cuves baptismales en cuivre, si bien qu’au total on en acheta plus quatre mille. St Cosmas réunit de la même manière des fonds pour acheter des livres, œuvres des Saints Pères et enseignements chrétiens, des chapelets, des croix, des fichus. St Cosmas s’occupait aussi des orphelins, des enfants affamés, dont les pères avaient péris des mains des tyrans. Le saint implorait les familles riches ou sans enfants d’accueillir chez eux un ou deux orphelins, leur disant que la bénédiction Divine se répandra abondamment sur leur maison. Un grand nombre d’enfants furent ainsi sauvés. Traversant les villages, le saints fut fortement affligé qu’il n’y ait pas d’écoles grecques : « Ouvrez des écoles », implorait-il partout, « apprenez, apprenez les lettres, mes frères, autant que vous le pouvez… Enseignez aux enfants, afin qu’ils sachent bien la langue grecque, car c’est la langue de notre Église. Si, mon frère, tu ne sais pas la langue grecque, tu ne pourras comprendre ce que dit notre Église. L’école ouvre l’église, l’école ouvre les monastères ». Par sa prédication ardente, il obtint que l’on fermât le marché le dimanche, et que l’on l’ouvrît le samedi, à la fureur des Juifs, qui le livrèrent aux Turcs en 1779. La nuit précédant son martyre, il rendit grâces au Seigneur, ne manifestant pas même le moindre signe de tristesse, son visage étant particulièrement joyeux, comme s’il se rendait à un banquet solennel. Après avoir béni du signe de la Croix les quatre directions de l’espace et offert une prière pour le salut de tous les chrétiens,  le saint  refusa qu’on lui liât les mains, afin de les garder en croix, et c’est sans opposer la moindre résistance qu’il fut pendu à un arbre par les Ottomans et qu’il remit glorieusement son âme à Dieu. Il était âgé de soixante-cinq ans. Son corps fut jeté dans le fleuve, et fut trouvé au bout de trois jours par un prêtre et enterré dans un monastère, près du village de la Kalikontassi, dans l’actuelle Albanie. Les reliques du saint, ayant échappé à la tourmente de l’athéisme militant en Albanie, furent retrouvée dans l’église du monastère abandonné. Elles sont désormais vénérées avec ferveur et constituent le symbole de la résurrection de l’Eglise Orthodoxe dans ce pays.

Tropaire du dimanche du 5ème ton
Собезнача́льное Сло́во Oтцу́ и Дýxoви, отъ Дѣ́вы ро́ждшeecя на спасе́нie на́ше, воспои́мъ вѣ́рній и поклони́мся, я́ко  благоволи́ пло́тію взы́ти на кре́стъ, и cме́рть претерпѣ́ти, и воскреси́ти уме́ршыя сла́внымъ воскресе́ніемъ Cвои́мъ.
Fidèles, chantons et adorons le Verbe coéternel au Père et à l’Esprit, né d’une Vierge pour notre salut : car il Lui a plu, en Sa chair, de monter sur la Croix, de subir la mort et de relever les défunts par Sa glorieuse Résurrection !

Tropaire de St Eutyque, ton 4
И  нра́вoмъ прича́стникъ, и прeсто́лoмъ намѣ́стникъ апо́стoлoмъ бы́въ, дѣя́нiе oбрѣ́лъ еси́ бoгодохнове́нне, въ видѣ́нiя восхо́дъ: сегó ра́́ди сло́во и́стины исправля́я, и вѣ́ры ра́ди пострада́лъ еси́ да́же до кро́ве, священному́чeнниче Eвти́хе, моли́ Xриста́ Бо́га  спaсти́ся душа́мъ на́шимъ.
Émule des Apôtres dans leur vie, leur successeur sur leurs trônes, tu as trouvé dans la pratique des vertus, ô inspiré de Dieu, la voie qui mène à la contemplation. Aussi, dispensant fidèlement la parole de vérité, tu as lutté pour la foi jusqu’au sang, ô hiéromartyr Eutyque. Prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.
Tropaire de St Pierre de Moscou, ton 4
Наста́ дне́сь всечестны́й пра́здникъ пренесе́нiя честны́хъ моще́й твои́хъ, святи́телю Пе́тре, веселя́ изря́дно твое́ ста́до, и вѣрное оте́́чество, и лю́ди, о ни́хже не оскудѣва́́й, моля́ся Христу́ Бо́гу, е́же отъ Него́ дарова́ннѣй ти́ па́ствѣ сохрани́тися отъ вра́гъ ненавѣ́тованней и спасти́ся душа́мъ на́шимъ.
C’est en ce jour la vénérable fête de la translation de tes précieuses reliques, saint hiérarque Pierre, qui réjouit éminemment ton troupeau, ta patrie fidèle, et tous les hommes, pour lesquels ne cesse pas de prier le Christ Dieu, afin que les ouailles que Tu as reçues de Lui soient préservées sans atteinte des ennemis et que nos âmes soient sauvées.
Kondakion de St Pierre de Moscou, ton 8
Я́ко врача́ преизря́дна, и исто́чника чудесе́мъ оби́льна, дне́сь соше́дшеся любо́вiю духо́вная твоя́ ча́да, въ пренесе́нiе честны́хъ моще́й твои́хъ, архiере́ю Пе́тре, мо́лимъ тя́: моли́ Xриста́ Бо́га дарова́ти честны́мъ твои́мъ пренесе́нiемъ правосла́внымъ христіа́номъ на враги́ побѣди́тельная: да твои́ми къ Бо́гу мoли́твами, находя́щихъ зо́лъ изба́вльшеся, ра́достною душе́ю и весе́лiемъ се́рдца, блaгода́рная ти́ воспое́мъ, глаго́люще: ра́дуйся о́тче Пе́тре, архiере́евъ и всея́ рoссíйскiя земли́ удобре́нiе.

Comme auprès d’un médecin excellent et d’une source abondante de miracles, tes enfants spirituels sont venus en ce jour à la translation de tes vénérables reliques, pontife Pierre, te suppliant : prie le Christ Dieu d’accorder, par la grâce de la translation de tes vénérables reliques, la victoire aux chrétiens orthodoxes sur leurs ennemis, afin que par tes prières à Dieu, nous soyons délivrés des présents maux, et que nous te chantions dans la joie de l’âme et l’allégresse du cœur, en action de grâce : réjouis-toi père Pierre, ornement des pontifes et de toute la terre russe.


Kondakion de St Eutyque, ton 3
Апóстолoвъ сопресто́льникъ и  святи́телей красота́  бы́въ Eвти́хе, му́чeнически просла́вился еси́, просiя́лъ еси́́ я́кo со́лнце, всѣ́хъ просвѣща́я, и разори́лъ еси́ безбо́жiя но́щь глубо́кую: сего́ ра́ди тя́ почита́емъ, я́ко бoже́ственнаго вои́-стинну священнотаи́нника Xристо́ва.
Toi qui siégeas parmi les Apôtres du Seigneur  et des hiérarques as atteint la splendeur,  en martyr, Eutyque, tu fus glorifié;  comme le soleil tu illuminas tous les hommes  et dissipas la sombre nuit de l'impiété;  aussi nous t'honorons comme initiateur des divins mystères du Christ.

Kondakion du dimanche du 5ème ton
Ko а́ду Спа́сe мо́й, coшéлъ ecи́, и врата́ сокруши́вый  я́ко всеси́ленъ, умéршиxъ я́ко Созда́тель coвоскре-cи́лъ ecи́, и cме́рти жáло сокруши́лъ ecи́, и Aда́мъ отъ кля́твы изба́вленъ бы́сть, Человѣколю́бче. Тѣ́мже  вси́  зове́мъ : спаси́ на́съ, Го́споди.
Ô mon Sauveur, Tu es descendu aux enfers, brisant ses portes comme Tout-Puissant ; et avec Toi, Créateur, Tu ressuscitas les morts, brisant l’aiguillon de la mort et libérant Adam de la malédiction, ô Ami des hommes ! Aussi, tous nous Te clamons : Seigneur, sauve-nous!
HOMÉLIE DE ST JEAN CHRYSOSTOME  (suite du numéro précédent)
Que dites-vous? Vous n'avez pas à vous occuper de votre frère? Mais qui donc s'en occupera? Sera-ce l'infidèle, lui qui se réjouit de sa chute et y insulte avec outrage? Sera-ce le démon, lui qui le pousse et le fait tomber? Mais, dites-vous, je donne les conseils qu'il faut, et ce que je dis ne sert à rien. — Et comment savez-vous que cela ne sert à rien ? N'est-il pas de la dernière folie, lorsque l'événement est incertain, de s'exposer à un péché certain de paresse et de négligence ? Dieu lui-même qui connaît l'avenir, n'a-t-il pas souvent donné des avertissements qui ont été inutiles ? Cependant les a-t-il moins donnés, quoiqu'il sût qu'on ne les écouterait pas? Si donc Dieu ne laisse pas que de donner des avertissements qu'il prévoit devoir rester inutiles, quelle sera votre excuse, vous qui ignores absolument l'avenir et qui néanmoins vous laissez aller à la défaillance et à la torpeur? Beaucoup pour avoir essayé ont réussi; souvent même c'est lorsqu'on a le plus lieu de désespérer que l'on obtient le succès le plus complet. Et quand même vous travailleriez en vain, vous feriez au moins ce que vous devez. Ne soyez donc point inhumain, sans entrailles, négligent. Car ces excuses que vous donnez sont des marques de votre cruauté et de votre négligence, jugez-en vous-même. Pourquoi, en effet, lorsqu'un membre de votre corps souffre, ne dites-vous pas : Qu'ai-je affaire de m'en occuper? Et qu'est-ce qui me prouve que si je m'en occupais, il guérirait? Même en supposant que vous n'atteindrez pas le but, ne faites-vous pas tout au monde pour n'avoir pas à vous reprocher d'avoir rien négligé de ce qui devait être fait? Est-il juste, quand on prend tant de soin des membres de son corps, de négliger les membres de Jésus-Christ?
LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Lc XXIV, 1-12 Liturgie: 2 Cor. IV, 6-15 ; Hébr. IX, 1-7 ; Мatth. XXII, 35-46 ; Lc X, 38-42, XI, 27-28

samedi 5 septembre 2015

Une vie inédite de Père Seraphim [Rose], écrite par son parrain (2/5)



Eugene (Fr. Seraphim) with his godfather, Dimitri, and his godmother


Eugène (Père Seraphim) avec son parrain, Dimitri et sa marraine


Mais un miracle se produisit. Eugène alla à l’office de nuit à la cathédrale orthodoxe russe de San Francisco. C’était à Pâques, la Pâque russe, notoirement exubérante et pleine de joie. Là, il connut quelque chose de l'esprit originel du christianisme de l'époque des Apôtres. Il fut submergé par la beauté de l’office, par tout ce qu'il vit et entendit. Il dit: "Maintenant, je suis à la maison." Il comprit qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait depuis longtemps. Il connut quelque chose qui n’était ni intellectuel ni esthétique, mais existentiel. Et à l'intérieur de lui, il brûlait, non pas d’une exaltation temporaire, mais d’une passion spirituelle profonde, d’une détermination permanente à préserver coûte que coûte, qui devait durer toute sa vie. Dès lors, lentement, il s’engloutit de plus en plus dans le christianisme orthodoxe. Il changea peu à peu son mode de vie, de mondain, celui-ci devint ascétique.

C’est alors que je l'ai rencontré à San Francisco. Il devint un ami très cher. Je ne peux pas oublier ses yeux pénétrants et aimables, son sourire, sa sobriété, son calme, son sang-froid, sa noblesse naturelle. Il était intense, mais timide. Il ne connaissait personne chez les jeunes intellectuels orthodoxes russes. Je l'ai présenté à mes amis. Nous nous sommes rencontrés très souvent. Je lus et traduisit pour lui les textes classiques de la spiritualité russe. Nous eûmes de nombreuses discussions ...
   
Il me demanda d'être son parrain quand il devint orthodoxe en 1962. Il demanda également à ma mère, qui vivait à l'époque avec moi, d'être sa marraine. Il assista fidèlement aux nombreux offices de la cathédrale russe comme il le pouvait. Il apprit rapidement à chanter et à lire parfaitement en slavon.

Mais le catalyseur qui précipita et confirma sa conversion fut un saint des temps modernes, l'archevêque Jean [Maximovitch], qui vint à San Francisco pour aider à construire une nouvelle cathédrale. Saint Jean était un ascète. Il ne dormit jamais dans un lit, et quand il n’assistait pas aux services religieux, il passait son temps à son ministère pour les pauvres, les opprimés, les malades, et les prisonniers. Beaucoup de miracles se produisaient par ses prières. Des personnes étaient guéries. Parfois, même quand il n'y avait pas de communication téléphonique possible, il venait voir les malades quand ils demandaient son aide dans leur cœur, ou bien il connaissait juste leur détresse, et venait, et ensuite, ils étaient guéris, même dans les conditions médicales les plus désespérées. Il rayonnait d'amour et de joie spirituelle. Beaucoup de gens qui le connaissaient, qui avaient reçu son aide, qui avaient été l'objet de son amour, l'aimaient en retour de tout leur coeur. Ils étaient extrêmement attachés à lui. Il était clairvoyant. Il pouvait arrêter un suicide simplement en appelant au téléphone, et en disant: "Ne fais pas ça !"

Etant évêque en Chine au cours de la Seconde Guerre mondiale, il sauva des milliers de personnes de la mort et de la déportation, en organisant leur transfert aux Etats-Unis. Les nombreux orphelins qu'il sauva l'aiment encore. Il était de petite taille, bossu, vêtu d'une vieille soutane en lambeaux. Il avait un défaut de prononciation. 

Un jour, pendant la guerre entre le Japon et la Chine, au cours d'un échange de tirs entre les soldats chinois et japonais à Changhai, il décida de visiter une église orthodoxe dans la zone de guerre. Il fut averti qu'il s’exposait lui-même à un grand danger, à la mort même. Faisant abstraction totale de cela, il traversa la zone de guerre. Tant qu'il la traversait, la fusillade s’arrêta. Il revint de la même façon. Les soldats japonais à leur poste se tenaient au garde à vous quand il passait, l'honorant, étant frappé de ce qui était arrivé, et disant que Dieu l'avait aidé. Ses écrits et ses sermons étaient concis et simples, clarifiant les problèmes les plus difficiles.

La bénédiction et l'amour de cet homme conduisirent Eugène à une nouvelle vie.


Dimitri Andrault de Langeron

*

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


vendredi 4 septembre 2015

Une vie inédite de Père Seraphim [Rose], écrite par son parrain (1/5)


L'histoire derrière ce texte: Mon nom est Gregory, et dans les années 2003-2006, j’ai eu l'honneur de passer du temps, de prier et d’écouter les paroles spirituelles d’un homme vraiment humble qui aimait l'Orthodoxie de tout son cœur. Je parle de Dimitri Langeron, qui vit avec sa femme Irène et leur fils Nicolas. Dimitri est le parrain de Père Séraphim [Rose] et c’est un homme très pieux et aimant Dieu. Leur maison est remplie d’icônes, certaines très vieilles venant de Russie et dans certaines pièces près de la moitié des murs sont couverts d’icônes. Il y a quelque chose de très extérieur au monde chez Dimitri et sa famille; quelque chose que je ne peux mieux décrire que d’outre monde; des survivances de types de personnes qui existent si rarement de nos jours. Ils prient, ils jeûnent, ils parlent sans cesse de Dieu et de Sa sainte Église et je ne sais pas vraiment si je les ai jamais entendu parler d'autre chose, en plus de choses concernant les nécessités de la vie. Ils ont un immense jardin dans leur arrière-cour (la taille d'une grande maison) et vivent dans la simplicité. Je suis allé chez eux souvent au cours de ces trois années, car leur fils est mentalement atteint et dans leur vieillesse, ils avaient besoin d'aide pour prendre soin de lui. Je fus payé avec des sceaux de Pâques pour cela et les Langerons étaient heureux car ils préféraient avoir quelqu'un qui était orthodoxe pour les aider. Lors d'une de ces visites, Dimitri imprima pour moi un texte qu'il avait écrit sur son filleul, Père Séraphim [Rose]. Si je me souviens bien, il lui avait été demandé de l’écrire comme préface pour un livre; mais soit elle n'a jamais été soumise par lui, ou bien l'auteur du livre a peut-être choisi une introduction différente à la place. Je pris cela et je lus, le plaçant en lieu sûr dans un dossier à trois anneaux. Maintenant, après une décennie au moins, je viens récemment de redécouvrir son travail. Je le partage avec tous ceux qui aiment Père Séraphim [Rose]. Je demande la prière de tous ceux qui lisent ceci pour Dimitri, Irène et Nicolas, qui sont tous très vieux maintenant et se préparent à passer dans l'éternité ...

* * *

"Une belle chose est une joie pour toujours:
Sa beauté augmente; Elle ne passera jamais
dans le néant... "
"La beauté est vérité, la vérité est beauté-
c’est tout ce que vous savez sur terre, 
et tout ce que vous avez besoin de savoir. "

John Keats (1795-1821)

* * *

Eugene Rose est né en 1934, dans une famille protestante américaine.

La beauté est ce qui attira Eugène, le futur père Séraphim, vers le christianisme orthodoxe russe. C’est ce qu'il a appelé plus tard "la saveur de l'orthodoxie."

La beauté et la recherche passionnée de la vérité-parce que, fondamentalement, Eugène avait un esprit philosophique. Outre une intelligence forte et pénétrante, qui pouvait arriver à l'essence des choses en quelques mots sobres, il avait un cœur compatissant et aimant. Sa rencontre avec le Christ ne fut pas intellectuelle, mais ce fut un acte de foi, un acte d'amour pur et simple. Voilà comment aussi il en vint à aimer la Russie, le peuple russe, l'Eglise orthodoxe russe en exil, et, enfin, le tzar Nicolas II, le martyr. Il a trouvé les russes psychologiquement plus profonds et plus sincères et chaleureux que les occidentaux dans leurs relations avec d'autres personnes, et avec un penchant religieux et mystique, un peu comme les Irlandais.

Eugene a étudié à Pomona College, en Californie, et à l'Université de Californie à Berkeley. C’était un homme de grande culture, très doué en langues, parlant français et allemand. En outre, il apprit le chinois et le japonais. Plus tard, il a facilement appris le russe et slavon. Il a également étudié les sciences, excellant dans les sciences naturelles. Il a été reconnu par ses professeurs comme un étudiant exceptionnellement brillant.

Il aimait la musique (surtout Bach), l'opéra, la littérature, la poésie. Dans la littérature anglaise, il aimait Dickens. Il aimait la nature et les animaux. Il était bâti comme un athlète, et appréciait les sports à l’université. C’était un homme pratique qui pouvait réparer les voitures, faire diverses réparations et construire une maison.

Mais bientôt Eugene fut désabusé par le vide de la vie moderne, son matérialisme plat, et le seul christianisme qu’il connaissait: le protestant et le catholique, dont il sentait, qu’ils avaient perdu leur spiritualité. Il vit également que la science et la technologie, utilisées à tort, détruisaient lentement la belle trame naturelle de la vie. Recherchant la vérité en Orient, il étudia la culture et la religion chinoise, le taoïsme, le bouddhisme, le zen et les enseignements hédonistes d’Alan Watts (un ancien prêtre épiscopalien, qui avait rejeté sa foi en faveur du bouddhisme zen).


Après un certain temps, il devint sans illusion également avec les religions orientales, les trouvant peu profondes. Il arriva près de l'athéisme, de la sensualité, et de la rébellion véritable contre Dieu. Il en vint aussi près de scepticisme le plus total, cet état de l'esprit humain terrible doutant de tout, s’approchant de plus en plus de la folie totale et l'auto-destruction. Cet état est bien décrit dans le livre classique de Pavel Florensky, la Colonne et le Fondement de la Vérité.[1]


Dimitri Andrault de Langeron

*

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Note:
[1] publié à l’Age d’Homme, Lausanne. Pour Père Paul Florensky, voir ICI

jeudi 3 septembre 2015

Mère Théosemni: Enseignements


Mère Théosemni (1938 - 2000)

L'ancienne Théosemni, vouée à la vie monastique depuis l'âge de 28 ans et devenue disciple de Père Porphyre, aujourd'hui glorifié par l'Eglise, refonda en 1976 avec deux autres moniales le monastère de Chrysopigi (Crète). 

Sous sa conduite, le mona­stère devint un centre spirituel fréquenté, et elle même s'acquit la rénommée d'Ancienne expérimentée et remplie de sagesse, capable de procurer repos et soutien à beaucoup de croyants qui la sollicitèrent. 

La brochure, traduite du grec par les moniales de Solan, contient une courte biographie et une présentation de l'Ancienne, suivies d'un recueil des propos et conseils spirituels que l'Ancienne adressa à sa communauté pendant les 34 années de son higouménat.

*

Ayons de la compassion et de l'amour pour nos frères, de sorte que, s'ils ont commis quelque erreur et qu'ils nous disent." Pardonne-moi" nous nous demandions pourquoi ils nous disent cela, car nous ne nous serons même pas aperçues de leur erreur.

*

Qu'il est effroyable de dilapider les charismes de l'âme!

*

Si nous aimons le Christ et si nous L'avons en nous, nous n'avons besoin de rien d'autre.

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Quoi qu'il arrive, ce n'est pas notre frère qui est en faute, c'est notre état spirituel, c'est nous qui nous troublons, qui jugeons, qui nous mettons en colère. N'essayons pas de trouver la cause chez les autres. Les causes sont en nous.

*

Le blâme de soi guérit les blessures de l'âme.

*

Ne vous attendez pas à ce que le Christ vienne vous réveiller pour prier. Réveillez-vous toutes seules et attirez-Le par vos prières en L'appelant.

*

La prière de la nuit est très pure. Tous les saints priaient la nuit.

*

Confions-Lui tout sans angoisse. Soyons simples. Dites " Seigneur Jésus-Christ, illumine-moi, illumine mes ténèbres" et votre cœur s'ouvrira au Christ.

*

D'après 
MERE THEOSEMNI,
Higoumène du saint Monastère de Chrysopigi
Publié par
Monastère saint-Antoine-le-Grand
et
Monastère de Solan
d'après l'édition Grecque 
du Monastère de Chrysopigi,
La Canée, Crète,
2004.

Ce petit livret comportant la vie et les enseignements de Mère Théosemni, peut être commandé au Monastère de la Transfiguration (5 Euros)
Lien pour le commander:

mercredi 2 septembre 2015

Staretz Cléopas Ilie de Sihastria/ Enseignements (2/2)



Fr. Cleopa reading a prayer in his cell (38)

- Généralement nos gens prient peu, mais avec beaucoup d'humilité. Peuvent-ils espérer le salut grâce à leur petite quantité de la prière? Et comment devraient prier les malades ou ceux qui ne peut pas lire les prières?

Notre Sauveur Jésus-Christ a dit: En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le Lui demandiez. (Matt 6: 7-8.). Puis Il nous a enseigné le '' Notre Père.'' Par conséquent, notre Sauveur Lui-même nous a enseigné une prière brève. Quiconque dit de courtes prières, mais avec humilité et un sentiment aimant, sera sauvé. Rappelons-nous le saint staretz qui a prié pendant quarante ans avec la même prière: "Seigneur, j'ai péché comme homme; Toi comme Dieu pardonne-moi."

- Comment peut-on accomplir le commandement de l'apôtre Paul, "Priez sans cesse?"

Tout le monde peut prier sans cesse s'il marche toujours devant Dieu avec son esprit et son cœur. Il peut travailler avec ses mains tandis que son esprit et son cœur sont élevés vers Dieu. La seule chose que je doive ajouter, est que la chose la plus importante dans la prière spirituelle est que notre esprit et notre coeur soient inséparables de Dieu, peu importe l'heure et le lieu où nous sommes. Nous devons toujours être conscients de la Présence de Dieu. "Ce travail s'applique à toutes sortes de prières, et il est considéré comme une prière ininterrompue," dit saint Théophane le Reclus. Ceci est le sentiment et la contemplation spirituelle de Dieu que le Saint Prophète David avait quand il a dit: "Je voyais constamment le Seigneur devant moi, parce qu'Il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé..." (Ps 15: 8). Donc, nous devons comprendre que la vie d'un homme fidèle est une prière incessante si son esprit est toujours avec Dieu.

- Quand Nous faisons de bonnes œuvres, est-ce aussi une sorte de prière à Dieu?

Oui, ça l'est! L'apôtre Paul nous le dit, quand il dit: "Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par Lui des actions de grâces à Dieu le Père." (Col. 3:17). Chaque fois que l'on fait une bonne action pour la gloire de Dieu, ou que l'on parle pour le bénéfice des autres pour la gloire de Dieu, on a la prière des œuvres. C'est pourquoi saint Théodore le Studite, conseillant ses disciples, leur dit: "Celui qui fait de bonnes actions et obéit avec humilité et sans protestation, accomplit la Liturgie et la prêtrise."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 1 septembre 2015

Staretz Cléopas Ilie de Sihastria/ Enseignements (1/2)





- Quel genre de paroles sont les plus puissantes au service des autres?

La parole la plus puissante pour édifier les autres est la pratique: l'exemple de nos vies. Saint Isaac le Syrien dit la même chose: "Le discours sur les œuvres est une chose; les belles paroles sans actes, autre chose." Il ajoute ensuite:" Beaucoup de paroles sans les œuvres sont comme un artiste qui peint des images de l'eau sur le mur, mais ne parvient pas à étancher sa soif.''

- Un autre homme a demandé à Père Cléopas: "Père Cléopas, un chrétien vertueux peut-il sauver sa famille et son village par la sainteté de sa vie?"

Comment ne peut-il pas le faire? Plus il y a de chrétiens vertueux dans le monde, dans un pays, dans une communauté, plus ce pays ou cette communauté seront préservés des dangers, des guerres, des troubles, des famines, et de toutes sortes de maux. D'autre part, moins il y a d'élus de Dieu, plus sévère sera le châtiment de Dieu. Quelqu'un a demandé un certain saint: "Un homme peut-il sauver une ville?'' ''Il le peut," répondit le saint. ''Le prophète et roi David en est un exemple. Écoutez ce que Dieu a dit: Pour l'amour de David, mon serviteur, je ne vais pas abandonner la ville de Jérusalem.''

- Un laïc en visite lui a demandé: "Père Cléopas, je me suis disputé avec quelqu'un et j'ai demandé son pardon à plusieurs reprises, mais il ne veut pas me pardonner. Que puis-je faire pour être réconcilié avec lui? "

Ne lui dis rien de plus, ne parle pas mal de lui aux autres, mais prie Dieu pour lui et pardonne-lui de tout ton cœur. Avec le temps la colère sera éteinte, comme un feu qui manque cruellement de bois.

- Comment Les chrétiens devraient se tenir à l'église pendant les offices, comment doivent-ils prier, et quels devoirs ont-ils quand ils vont à l'église?

Les chrétiens devraient se tenir à l'église avec foi, crainte de Dieu, et attention. Ils devraient se forcer autant que possible à prier sans distraction et avec le sentiment du cœur. En outre, les chrétiens ont les devoirs suivants: aller régulièrement à l'église, car celui qui manque souvent les offices, sauf pour les malades, sont exclus des Saints Mystères; se réconcilier avec tous les hommes et demander pardon à ceux à qui ils ont fait du mal; préserver leur pureté au moins deux jours avant d'aller à l'église et au moins un jour après; venir tôt pour les offices divins afin d'avoir le temps de vénérer en paix et d'entendre les matines. 

Chaque chrétien devrait offrir quelque don au Seigneur selon sa capacité, même s'il est très modeste, comme un sacrifice de l'œuvre de ses mains. Il devrait donner des noms pour la commémoration, et demander au prêtre de prendre des parcelles [de la prosphore] pour les vivants et les morts de leurs familles. Les chrétiens devraient se tenir à l'église modestement et en bon ordre, les hommes à droite et les femmes à gauche. Ils doivent porter des vêtements propres et modestes, et les femmes devraient avoir des foulards sur la tête. Il est interdit de parler pendant les offices sans grande nécessité. Après que la Divine Liturgie ait commencé, tout le monde doit rester à sa place et ne pas se déplacer pour vénérer les icônes. Ils doivent suivre la Liturgie avec une attention pieuse, et écouter les prières et les chants du chœur, les lectures de l'Epître et de l'Evangile, et le sermon. Personne ne devrait quitter l'église avant la fin de la Liturgie sans grande nécessité. Ceux qui se sont confessés et préparés pour la Sainte Communion devraient lire les prières appropriées avant la Communion à l'avance, et avant d'approcher les Saints Dons ils devraient demander pardon à tous les fidèles. Après la Liturgie, ceux qui ont reçu la Communion devraient lire les prières d'action de grâces, passer ce jour-là dans la joie spirituelle et se garder de toutes les tentations. 

Les parents doivent régulièrement amener leurs enfants à l'église, en veillant à ce qu'ils reçoivent la Communion au Corps et au Sang du Christ. Après la fin des services divins, les chrétiens devraient retourner avec révérence dans leurs foyers, passer le reste du jour dans la pensée de choses saintes, la lecture de livres spirituels, et la visite des malades. Ils sont également tenus de dire à ceux à la maison qui ne sont pas venus à l'église ce qu'ils ont entendu et appris à l'église, les tropaires, les lectures, et le sermon. Ce sont les devoirs les plus importants de chrétiens quand ils vont à l'église le dimanche et les jours de fête.

- Qu'est-ce que la prière, et quels types de prière existent, selon les Pères de l'Église?

Évagre le Pontique dit: ''La prière est conversation de l'esprit avec Dieu. La prière est une émanation de la douceur et de l'absence de colère." "La prière est un fruit de la joie et de la gratitude. Elle est le bannissement de la tristesse et du  désespoir,'' selon Évagre le Pontique. Et les Pères disent qu'elle est l'union et elle joint l'homme avec Dieu, la force du monde, la réconciliation avec Dieu, la mère et la fille des larmes. La prière est la clé du royaume des cieux, et selon Théophane le Reclus, elle est l'ascension de l'esprit et les pensées vers Dieu. La prière a trois degrés: le premier, parlé ou prière lue, effectuée par le corps; deuxièmement, la prière des pensées, ou oraison mentale; et la troisième, la prière des sentiments, ou du cœur.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après