"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 30 avril 2019

Staretz Cléopa-Ilie: POURQUOI DIEU PERMET-IL LE MAL?


A la question : "Pourquoi le Seigneur permet-il le mal ?" Père Cléopa répondit à cette question en racontant l'histoire suivante.

*

Il y a longtemps, un moine, ermite, vivait dans le désert égyptien. Parfois, il allait à Alexandrie pour vendre les paniers qu'il fabriquait. Presque tout l'argent reçu pour les paniers, l'ermite distribué aux pauvres et acheté seulement l'essentiel.

Un jour, allant à la ville, il se demanda : "Pourquoi le Seigneur permet-il le mal dans la vie des gens, s'Il est bon, juste et tout-puissant ? Son esprit n'aimait pas le fait qu'il avait vu tant de misère et de chagrin la dernière fois qu'il était en ville.

En chemin, il rencontra un autre moine, qui se rendait aussi à Alexandrie. Ils parlèrent, et il parla à son compagnon de ses tourments. Voyant à quel point l'ermite était troublé, le moine le réconforta et lui dit que le Seigneur lui révélerait la vérité quand ils arriveraient à la ville, mais que lui-même devrait prier continuellement et ne rien demander, peu importe ce qui leur arriverait.

L'ermite promit de faire ce que le moine demanda, et ils continuèrent leur chemin. Ils passèrent la nuit dans la même maison. Les maîtres les reçurent gracieusement et les traitèrent avec générosité. Il y avait un beau vase en argent sur la table. Avant d'aller se coucher, le moine prit lentement le récipient et le mit dans son sac. L'ermite voulut le reprocher à son compagnon, mais il se souvint de sa promesse et ne dit rien.

Le matin, ils arrivèrent à la rivière. Le moine sortit le vase du sac, fit dessus un signe de croix et le mit à l'eau.

À l'heure du déjeuner, les voyageurs avaient atteint un autre village. Ils furent invités à un repas dans l'une des maisons. Quand ils partirent, un chien aboya dans la cour. Le moine le tua. Puis un garçon sortit de la maison en courant et commença à crier. Le compagnon de l'ermite le saisit par la main droite, la tira et la brisa, puis poursuivit tranquillement son voyage. L'ermite indigné voulait lui dire ce qu'il pensait, mais il se souvint de sa promesse et il garda le silence.

La nuit tombée, le moine et l'ermite décidèrent de passer la nuit dans une maison délabrée, mais il s'avéra que des enfants y vivaient. Leurs parents étaient morts et il n'y avait personne pour s'occuper d'eux. Les compagnons y passèrent la nuit, et le matin, avant leur départ, le moine prit une bûche en feu du poêle et mit le feu à la maison. Une fois de plus, l'ermite fut outré, mais il dut se taire.

Ils arrivèrent au troisième village. Il y avait un temple qui s'effondrait, mais il était encore possible d'y entrer pour prier. Le moine prit la pierre et la jeta par la fenêtre de l'église, qui se brisa. Puis il emmena son collègue surpris au cabaret. Après être entré, le moine fit trois métanies. L'ermite avait déjà accepté les actes étranges de son compagnon et se contentait de prier.

La dernière nuit, les voyageurs furent invités à passer la nuit dans la maison à l'orée de la forêt. Il y avait là une jeune famille qui n'avait pas d'enfants. Le matin, les hôtes allèrent travailler dans les champs et les voyageurs continuèrent leur chemin. Mais soudain, le moine revint et mit le feu à cette maison.

Ils arrivèrent enfin à Alexandrie. L'ermite était impatient de comprendre le sens de ce qui leur était arrivé sur le chemin de la ville. Et il demanda à son compagnon :

- Dis-moi, qui es-tu enfin ?

- Je suis un ange ! - lui répondit-il.

- Quel genre d'ange es-tu ? - Dit l'ermite outragé. - Tu es un diable ! Seul un démon peut commettre toutes les abominations que tu as faites. Tu répondais tout le temps à l'hospitalité de ces braves gens avec une ingratitude noire. Tu étais voleur, incendiaire, meurtrier, sacrilège. Tu portais aussi des vêtements monastiques !

Je suis un ange, et j'ai été envoyé pour répondre à la question qui te tourmente: pourquoi le Seigneur fait-Il le mal.

- Tu as tort, dit calmement le compagnon de voyage. - Je suis vraiment un ange. Je t'ai été envoyé parce que le Seigneur a vu ton tourment et a voulu répondre à tes questions. Je sais que tu veux savoir pourquoi j'ai fait tout cela. Je vais commencer par le début.

Pourquoi as-tu volé le vase ? Je te répondrai : Il a été volé par le grand-père du maître de maison dans un temple monastique, et à cause de ce sacrilège, trois générations de ce genre ont été punies par des maladies et autres maux. En gage de ma gratitude pour leur hospitalité, j'ai décidé de les débarrasser de cette punition. J'ai béni le vase d'un signe de croix et je l'ai jeté dans la rivière. Les moines y viendront laver leur linge, le trouveront et le rendront à leur monastère.

Je savais que le chien était déjà en colère. Il mordrait ses maîtres, alors je l'ai tué. J'ai cassé le bras de leur fils parce que je l'ai vu devenir voleur. Et avec une main aussi malade, on ne vole pas.

Pourquoi ai-je mis le feu à la maison des enfants ? Ces enfants seraient bientôt morts sans aucun soin pour eux, et maintenant ils trouveront de l'argent caché par leurs parents dans le feu et ils pourront aller à Alexandrie chez leur oncle évêque - il prendra soin d'eux. Quand ils seront grands, les garçons deviendront prêtres et les filles se marieront.

Les gens perçoivent les oeuvres de Dieu comme des afflictions, et le Seigneur ne le fait que pour le bien et leur correction.

Je sais que tu te demandes pourquoi j'ai jeté une pierre sur une église et me suis prosterné dans un cabaret. J'ai vu des démons danser près de la fenêtre de l'église, et je les ai chassés avec cette pierre. Ce temple sera bientôt réparé. Juste au cabaret, un riche marchand a promis à un prêtre qu'il paierait tous les frais de rénovation du temple. Alors je me suis prosterné devant lui.

Enfin, la dernière maison. J'ai mis le feu pour débarrasser la jeune famille de la malédiction du manque d'enfants. Auparavant, le mari avait conclu une entente malhonnête et construit sa maison avec l'argent qu'il avait recueilli. C'est pour ça qu'ils n'ont pas d'enfants. Je vois qu'il se repent de son acte et ne sait pas comment se débarrasser de sa maison. Maintenant, il va construire une maison plus modeste, mais avec de l'argent honnêtement gagné. Et Dieu les bénira avec des enfants.

Tu as compris ? La miséricorde de Dieu pour les hommes apparaît en tout, mais ils ne la voient pas et ne peuvent la comprendre. Le Seigneur ne fait jamais le mal. Mais les gens perçoivent Ses œuvres comme des malheurs et des peines, et le Seigneur ne le fait que pour le bien et leur correction. Ne regarde donc pas à l'extérieur, mais essaies de voir la justice de Dieu en tout.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

lundi 29 avril 2019

"NOUS AVONS BEAUCOUP DE CONVERTIS DE L'ISLAM À L'ORTHODOXIE" (Notes sur la vie des chrétiens orthodoxes en Albanie)

La nuit pascale en Albanie

Tirana est une ville complexe. Comme beaucoup d'autres villes du Sud, elle se caractérise par la diversité des couleurs. Les mandarines sont vendues sur des branches à feuilles, et même les légumes et les fruits ont l'air plus frais et plus juteux que ceux du Nord. Les commerçants de rue font rôtir le maïs sucré en amateur, de sorte que certains épis de maïs sont presque brûlés, tandis que d'autres ne sont que légèrement grillés. Les routes sont très fréquentées et bruyantes, le code de la route n'est pas toujours respecté et les conducteurs laissent les piétons traverser de temps en temps. A en juger par les vêtements des habitants et les affiches publicitaires "gratuites", Tirana est une ville très laïque - un héritage logique du régime communiste totalitaire qui a fièrement annoncé l'éradication de la religion dans ce petit pays des Balkans.

J'ai assisté à une conférence universitaire en Albanie et j'y ai passé seulement trois jours. Malheureusement, je n'ai pas réussi à sortir de la capitale pendant ce temps. Le deuxième jour de ma visite, j'ai été reçu par L'évêque Anastase (Yannoulatos), primat de l'Église orthodoxe albanaise. Sa Béatitude approche de sa quatre-vingt-dixième année, mais elle est toujours en pleine forme malgré son âge avancé et son intelligence et sa capacité de travail ne peuvent qu'être admirées. C'est l'archevêque Anastase (Grec de naissance qui a travaillé à l'Université d'Athènes pendant de nombreuses années) qui s'est chargé des travaux de restauration de l'Eglise en Albanie. Il y a trente ans, presque toutes les églises d'Albanie étaient fermées, et il y avait un peu plus de vingt prêtres dans le pays, dont près de la moitié ne pouvaient servir en raison de leur âge avancé ou de maladies. Bien sûr, l'atmosphère de désolation, caractéristique de tous les pays post-communistes, y régnait : des églises en ruines ou délabrées, utilisées "pour servir l'économie populaire" comme entrepôts, blocs d'étables, et parfois (dans des circonstances favorables) comme centres culturels. L'archevêque Anastase a assumé l'autorité sur une église locale qui avait été pratiquement détruite et en ruines. Aujourd'hui, trente ans plus tard, il est à la tête d'une Église locale qui compte jusqu'à 400 paroisses et environ 160 clercs.

J'ai parlé avec l'archevêque Anastase pendant plus d'une heure. Cependant, j'avais été averti à l'avance qu'aucune partie de notre conversation ne devrait être publiée dans la presse ou sur Internet. Je peux seulement dire que nous avons longuement discuté de la situation en Ukraine, et mon rapport à la conférence internationale de Tirana a été consacré précisément aux questions religieuses en Ukraine (j'ai ensuite donné le texte de ce document à Sa Béatitude). Le primat m'a posé des questions et j'ai essayé d'y répondre dans la mesure du possible, en lui posant de temps en temps des questions en retour. Son ouverture, son accessibilité aux gens, sa modestie et son érudition, qui étaient particulièrement remarquables pendant notre entretien, sont devenues pour moi les meilleures caractéristiques de l'archevêque. Ce hiérarque, qui joue un rôle important dans le monde orthodoxe, théologien de renom, brillant organisateur et administrateur, ne montrait absolument aucun signe d'orgueil ou d'arrogance, ce qui, hélas, se voit souvent chez ceux qui occupent diverses positions dans les structures ecclésiales.

En me serrant doucement la main, le hiérarque Anastase s'est dit heureux que la nouvelle génération vienne à l'Église et a exprimé l'espoir qu'elle apporte plus de justice. D'ailleurs, à la Liturgie de la cathédrale, l'archevêque Anastase a donné la Communion aux paroissiens sans aide, sans protection ou surveillance.

Evêque Astios : "La plupart de nos paroissiens sont albanais"

L'auteur de l'interview avec l'évêque Astios (Bakalbashi)

L'évêque Astios (Bakalbashi) est l'un des plus jeunes dirigeants de l'Église orthodoxe albanaise (il a été consacré en 2012). Albanais de naissance, il est vicaire évêque du diocèse de Tirana. J'ai eu l'occasion de lui parler à son bureau au siège de l'Archevêché après ma rencontre avec l'archevêque Anastase. Notre conversation a été lente, mais nous avons abordé les questions les plus brûlantes de l'heure, y compris les questions nationales et ethniques.

"La plupart de nos croyants orthodoxes sont albanais, a dit l'évêque Astios. "Il y a aussi des représentants des minorités ethniques - par exemple, les Serbes et les Monténégrins. Une majorité écrasante de notre clergé est Albanaise de souche."

En écoutant l'évêque Astios, je me disais qu'en termes politiques, l'Albanie a toujours soutenu les séparatistes kosovars, ce qui explique les relations tendues entre Tirana et Belgrade. Et la Serbie est un pays orthodoxe. Je me suis donc demandé si les Albanais considéraient l'Orthodoxie comme une foi "étrangère", "la foi des Serbes" et donc "la foi de nos adversaires et ennemis".

"Notre Église locale orthodoxe est albanaise, a noté l'évêque Astios. "Nous en parlons toujours, et les Albanais le comprennent très bien. Certes, il y a quelques difficultés dans les relations entre nos Etats (et certains de nos politiciens l'ont exprimé), mais il s'agit de contradictions inter étatiques et non de notre attitude envers l'Eglise".

"En même temps, l'Albanie reste un pays à prédominance musulmane, bien qu'avant l'invasion ottomane, ces terres étaient habitées principalement par des chrétiens. Les Albanais sont-ils prêts à retourner à leurs racines chrétiennes aujourd'hui ?" demandai-je.

"Nous avons beaucoup de convertis de l'Islam à l'Orthodoxie pour diverses raisons. Les gens viennent nous voir et nous écoutent, et ils aiment ce qu'ils voient et entendent ici. Certains d'entre eux se rendent compte que leurs ancêtres lointains étaient chrétiens et ce facteur influence aussi leur choix. Nous n'avons pas de programme de travail avec les musulmans, cependant, nous essayons juste d'être ouverts à tous, répondit l'évêque.

La Cathédrale de la Résurrection du Christ à Tirana

"Mais comment la société albanaise traite-t-elle ceux qui se convertissent de l'islam au christianisme orthodoxe ?"

"Pour autant que je sache, ces gens ne rencontrent pas de problèmes particuliers ici. En tout état de cause, la situation en Albanie est différente de celle d'un certain nombre de pays arabes. Dans l'ensemble, nous entretenons de bonnes relations inter religieuses."

Il y avait une autre question que je ne pouvais pas passer sous silence, à savoir la question de l'argent et des biens. J'ai demandé à Son Éminence comment leurs paroisses parviennent à continuer à fonctionner, qui paie les salaires des prêtres et si l'État rend les églises et les monastères qui avaient été confisqués.

"C'est à notre archevêque Anastase lui-même de décider du financement. Grâce à ses contacts, il trouve les fonds dont nous avons besoin. Nous ne recevons aucune aide financière de l'État ; de plus, nous n'avons pas encore récupéré les biens confisqués auparavant. Il est vrai que nous avons le droit de pratiquer le culte dans les églises qui sont propriété publique. Mais certaines d'entre elles ont été converties en musées, qui sont visités par des touristes qui peuvent même entrer dans les sanctuaires et toucher les autels. Nous sommes autorisés à servir dans de tels "musées d'église" en de rares occasions, plusieurs fois par an au maximum."

A la fin de notre conversation, j'ai demandé à l'évêque Astios ce qu'il pensait de la crise actuelle en Ukraine. Sa réponse a été très diplomatique, sans évaluation ni détails :

"Nous suivons l'évolution de la situation en Ukraine mais, à notre avis, il s'agit d'un conflit entre les Russes. Nous n'intervenons pas et supposons que Moscou et Constantinople doivent trouver la meilleure solution."

À la liturgie de la cathédrale de la Résurrection du Christ

"Pensez-vous que ce sont les actions de Constantinople qui ont déclenché les problèmes actuels en Ukraine ?" J'ai demandé.

"J'ai déjà exprimé mon point de vue. Actuellement, nous ne pouvons pas juger qui a raison et qui a tort ".[1]

Le lendemain, j'ai assisté aux vêpres à la cathédrale de la Résurrection du Christ. Le service s'est déroulé en albanais. Après les Vêpres, j'ai parlé avec un prêtre local, le P. Grégoire Pelushi. De souche albanaise, c'est un ancien musulman qui s'est converti à l'Orthodoxie.

Prêtre Grégoire : "J'ai réalisé que la Bible était pour moi"

Le P. Grégoire est prêtre depuis 2014. Il est né dans une famille musulmane du sud de l'Albanie. Mais il n'a jamais été un musulman pratiquant. Dès l'école, il a essayé de trouver les réponses aux questions essentielles liées au but de la vie et a fait connaissance avec l'Orthodoxie. Bien sûr, il lui a fallu du temps pour embrasser le christianisme, mais c'était une démarche consciente d'une personne qui comprenait son choix.

"J'ai d'abord étudié le Coran, puis je me suis mis à étudier la Bible ", raconte le prêtre. "Il s'est avéré que la Bible était facile à comprendre pour moi ; je me suis retrouvé à chaque page. J'ai réalisé que la Bible était pour moi. Malheureusement, certains membres de ma famille désapprouvaient fortement ma décision de devenir chrétien, mais mes parents m'ont encouragé. Le soutien de mes parents était extrêmement important pour moi. Gloire à Dieu, après ils ont été baptisés eux aussi."

"Mais, comme vous l'avez dit, vous ne pouviez pas éviter les problèmes avec votre famille..."

"C'est ainsi. Mais, en même temps, nos musulmans sont différents de ceux de Tchétchénie ou du Daghestan. Après tout, le sang chrétien coule dans nos veines depuis la nuit des temps. Les ancêtres de beaucoup d'entre nous étaient chrétiens jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Il se peut qu'ils soient restés chrétiens au plus profond de leur cœur, bien qu'ils soient passés à une autre foi sous la pression et les menaces. Ces gens ont beaucoup souffert pendant l'occupation ottomane."

"Supposez-vous que la radicalisation de l'islam albanais est impossible ?" demandai-je.

"Nous devons nous préparer à cette radicalisation, d'autant plus que nos jeunes peuvent suivre les exemples négatifs que nous avons vus chez les musulmans au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et dans d'autres pays européens. Malheureusement, certains Albanais se rendent dans ces pays, s'associent à des musulmans locaux et se retrouvent plus tard contaminés par les idées de l'islamisme."

"Peut-être l'Eglise orthodoxe pourrait-elle organiser une mission parmi les musulmans ? Par exemple, vous pourriez écrire un article sur votre conversion à l'Orthodoxie. Ce serait une bonne décision missionnaire."

"J'y ai réfléchi, mais ce n'est pas le moment de le faire, dit le P. Grégoire. "Permettons d'abord aux musulmans (ceux qui le souhaitent) de venir dans notre église. Au cours des trois dernières années, j'ai baptisé 500 personnes, et environ soixante-quinze pour cent étaient musulmans. Ils aiment sincèrement le christianisme malgré les tentatives des nationalistes de créer une image négative de l'Église. Les nationalistes affirment que les orthodoxes sont grecs, tandis que les Albanais doivent être musulmans."

Prêtre Grégoire Pelushi

"Oui, j'ai entendu parler de la prétendue domination grecque dans l'Église orthodoxe albanaise..."

"Les gens qui en parlent n'appartiennent pas à l'Église et ne la connaissent pas. On m'accuse de "ne pas être patriote" et de "servir en grec". Comment osent-ils dire de telles choses ?! J'officie en albanais et de nombreux membres de ma famille ont souffert du régime communiste. Ces accusateurs ne sont probablement pas très honnêtes. Je n'exclus pas la possibilité qu'ils soient payés pour la diffusion de fausses accusations. J'apparais souvent dans les médias et j'essaie d'expliquer toutes ces choses. C'est dommage que peu de nos prêtres travaillent avec les médias. À mon avis, ils ont tort de refuser cette coopération. Après tout, nous parlons à la télévision et à la radio et traitons avec la presse pour proclamer la vérité de la foi orthodoxe et non pour devenir des stars des médias."

"Je suis d'accord : c'est d'une importance vitale pour toute société, notamment laïque, car dans une telle société, les enfants et la génération montante peuvent facilement adopter des idées qui sont loin d'être chrétiennes...".

"Oui, mais un exemple personnel est crucial ici," dit le prêtre. "Je crois que le facteur déterminant est la famille dans laquelle l'enfant vit plutôt que l'environnement. Si les enfants voient que leurs parents sont honnêtes et sincères, comme il sied aux chrétiens, ils suivront probablement l'exemple de leurs parents et non le monde qui les entoure. Un exemple personnel au niveau de la famille joue ici un rôle crucial."

En conclusion, le P. Grégoire a dit qu'en général, le gouvernement albanais essaie de mener une politique réfléchie envers la religion sans donner la préférence à l'un ou l'autre groupe religieux. Selon lui, lors de la visite du Patriarche Cyrille en Albanie en avril 2018, tant les médias que le pouvoir semblaient disposés favorablement à son égard. Selon toute apparence, le Tirana officiel est bien conscient du danger qu'un conflit interreligieux potentiel présente dans cette région instable et tente ainsi de résister à la pression de groupes plus radicaux, malgré le fait que ces groupes reçoivent parfois un soutien puissant à l'intérieur et à l'extérieur de ce pays.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
ORTHOCHRISTIAN

NOTE: Cet entretien a eu lieu avant que le métropolite Anastase n'envoie et ne rende publique sa lettre au patriarche Bartholomée, disant ne pas reconnaître le schisme, et appelant à un Concile panorthodoxe pour régler le problème.

dimanche 28 avril 2019

Le Christ est ressuscité! En Vérité Il est ressuscité!




Grec




Χριστὸς Ἀνέστη ἐκ νεκρῶν 

θανάτῳ θάνατον πατήσας 

καὶ τοῖς ἐν τοῖς μνήμασι 

ζωὴν χαρισάμενος. 




Slavon




Хрїсто́съ воскре́се из ме́ртвыхъ, 

сме́ртїю смерть попра́въ, 

и сȣщимъ во гробѢхъ 

живо́тъ дарова́въ.




Arabe





المسيح قام من بين الأموات
و وطئ الموت بالموت
و وهب الحياة
للذين في القبور




Roumain




Hristos a înviat din morţi, 

Cu moartea pre moarte călcând, 

Şi celor din morminte 

Viaţă dăruindu-le!




Allemand




Christus ist auferstanden von den Toten, 

durch den Tod hat er den Tod zertreten 

und denen in den Gräbern 

das Leben geschenkt. 




Italien




Cristo è risorto dai morti, 

con la morte calpestando la morte,

e a coloro che giacevano nei sepolcri

donando vita.




Castillan




Cristo ha resucitado de entre los muertos,

con su muerte ha vencido la muerte,

y a los sepultados ha dado la vida.




Anglais




Christ is risen from the dead,

trampling death by death,

and bestowing life

to those in the tombs.















samedi 27 avril 2019

P. James Guirguis: COMMENT NE PAS PERDRE LES BÉNÉDICTIONS DE LA SEMAINE SAINTE


Lecture du Saint Evangile selon saint Jean. (12:1-18)


Alors que nous entrons dans la Semaine Sainte, nous verrons rapidement que les cris des gens qui sont venus saluer le Seigneur Jésus le dimanche des Rameaux, ont changé. Ils sont sortis par centaines et peut-être par milliers pour dire "Hosanna ! Béni estt celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d'Israël !" Ils ont salué le Seigneur comme un roi victorieux, mais quelle grande différence quelques jours seulement peuvent faire. Dans moins de 5 jours, il sera trahi. En moins d'une semaine, la même foule qui est venue le saluer et l'appeler "roi", le reniera et criera d'une seule voix "Crucifie-le !"

On nous rappelle qu'il ne faut pas se fier à nos sentiments. Les gens n'étaient pas vigilants, mais passionnés. Ils étaient facilement influençables et n'étaient pas fermes dans leur foi et leur croyance en Jésus-Christ. Nous sommes étonnés de leur rapide changement d'attitude et nous sommes encore plus étonnés de l'humilité du Seigneur Jésus. Combien de patience et de miséricorde Il a envers nous. Sa propre création -les œuvres mêmes de Ses propres mains- avait achevé sa rébellion et s'était retournée contre Lui. Pourtant, Il n'a pas répondu avec colère. Il a répondu avec humilité, afin de transformer sa malédiction en notre bénédiction. C'est l'image d'un amour inimaginable. L'amour sans limites. L'amour sans conditions préalables. Aimez sans hésiter ou faillir. L'amour pur de l'Unique Pur.

Et rien de tout cela n'a surpris Notre Seigneur. Il a prédit et connu à l'avance toute la situation. Il comprit à quel genre de souffrance Il allait être confronté lorsqu'Il entra dans Jérusalem. Pendant qu'ils acclamaient et chantaient "Hosanna !" Il savait déjà comment ils changeraient leurs acclamations en railleries, comment ils grinceraient des dents pendant qu'ils mendiaient pour que le criminel Barabbas soit libéré et que le Christ soit crucifié à sa place.

Nous nous disons probablement : "Dieu merci, je ne suis pas comme ces gens stupides qui ont trahi le Christ." Mais en fait, nous sommes les mêmes personnes ! Nous trahissons le Christ chaque fois que nous ignorons Ses enseignements et que nous faisons notre propre volonté. Nous trahissons le Christ quand nous péchons. Nous trahissons le Christ quand nous n'aimons pas notre prochain. Nous trahissons le Christ quand nous déshonorons et négligeons la vie qu'Il nous donne dans Son Église, qui est en vérité Son corps mystique. Mes frères et sœurs, nous ne sommes pas si différents de ceux qui sont venus saluer le Seigneur ce jour-là à Jérusalem. Nous célébrons Dieu quand les choses vont bien pour nous. Mais nous pourrions nous retourner contre Lui si notre vie devenait inconfortable ou si nous étions malades ou si les gens nous attaquaient ou nous punissaient à cause de notre foi en Lui.

Pourquoi les gens étaient-ils changeants et lunatiques dans leurs changements d'attitude ? Parce que leur foi était basée sur des signes extérieurs et non sur la personne du Christ. La Mère de Dieu connaissait très bien son Fils, et elle ne l'a pas trahi. Elle est restée là, à regarder et à souffrir du traitement que son Fils bien-aimé recevait. Sa foi était constante, parce que c'était la foi en Christ et pas seulement en Ses miracles. La foi en la personne du Christ peut nous soutenir, parce qu'elle est un fondement solide sur lequel nous pouvons bâtir nos vies.

J'aimerais changer un peu de rythme au moment où nous nous préparons à entrer dans la Semaine Sainte. C'est la seule semaine de l'année où nous passons le plus de temps à l'église et je veux prendre quelques instants pour parler de ce que nous pouvons faire pour tirer le meilleur parti de ce temps, pour obtenir de grands avantages. Je veux aussi parler de ce que nous faisons qui nous enlève la Grâce de Dieu et la joie de cette semaine sombre mais belle.

Voici quelques choses qui volent notre joie et diminuent notre sens de la Grâce de Dieu : Les discussions et les plaisanteries après l'office. J'ai remarqué qu'après chacun de nos services, nous sommes heureux de nous voir, heureux d'être ensemble. Mais essayons de garder un peu de cet enthousiasme et de cette joie. Ce devrait être une semaine pleine de réflexion tranquille et un temps pour nous de laisser les prières trouver une place au plus profond du cœur. Si nous parlons dès que nous quittons les sombres offices de la Semaine Sainte, nous perdons une partie de cette Grâce, nous la chassons avec des bavardages oisifs ou des rires bruyants. Au lieu de cela, essayez de vous retenir et de protéger cela comme un trésor qui gagnera de l'intérêt avec le temps. C'est beaucoup plus difficile que vous ne le pensez, si ce n'est pas devenu une habitude.

Ensuite, faites très attention à la façon dont vous passez votre temps libre. Ce n'est pas un temps pour la musique bruyante, les jeux et  la télévision. Mais c'est un grand moment pour un jeûne de lélectronique et des médias. C'est un meilleur moment pour terminer les livres que vous avez commencés au début du Carême et même pour étudier le livre de la semaine sainte que nous utilisons quotidiennement pendant cette semaine. Il est plein de cantiques étonnants, de lectures bibliques et de prières.

Enfin, ne vous concentrez pas prématurément sur Pâques. Ne vous concentrez pas trop tôt sur vos plans de repas ou vos célébrations. C'est le jour que le Seigneur a fait. Ne perdez pas les bénédictions de chaque jour de la Semaine Sainte en rêvant à l'avenir. Le samedi après le service du matin, vous aurez tout le temps de réfléchir et de vous préparer pour le samedi soir. Rappelez-vous seulement que Pâques n'est PAS une question de nourriture et de boisson mais de Lumière, de joie et de vie ! C'est l'office le plus spécial de toute l'année, où nous entrons plus profondément dans la résurrection du Seigneur Jésus.

La dernière chose que je voudrais mentionner qui vole notre joie et nous prive de la Grâce de la Semaine Sainte : ne pas assister délibérément aux offices. Le Carême était un temps pour commencer à réorienter nos vies autour du Christ et de Son Église. Si le Carême était le début, la Semaine Sainte est le point culminant. C'est le moment où chaque chrétien est appelé à mettre de côté les choses du monde et à faire une pause dans sa vie extérieure. Le monde est en train de disparaître. Seul le royaume du Seigneur subsistera ! Voici une règle simple pour la semaine : Si cela peut être reporté ou remis à plus tard pour que vous puissiez venir prier, alors, par tous les moyens, faites-le. Ou que donnera un homme en échange de son âme ?

La Semaine Sainte n'a pas été instituée pour que vous vous sentiez coupable en n'assistant pas à tous les offices. Elle a été instituée par l'Église pour vous aider à entrer dans la beauté profonde de tout ce que le Seigneur Jésus a fait pour nous. Afin de vous donner une expérience profonde de la rédemption qui nous a été conférée par notre Seigneur, à travers Sa vie Ses souffrances et Sa passion. Et tout cela nous aide à entrer pleinement dans la joie de vivre en Christ ressuscité.

Que le Seigneur vous donne la force pour ce saint marathon et vous rende digne de célébrer sur les traces de la tombe vide ! AMEN.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


vendredi 26 avril 2019

Andreï Gorbatchev: Que signifient les paroles du Christ "Ce que tu fais, fais le promptement! (Jean 13: 27) ?


Dans le texte de l'Évangile de Jean, qui décrit la dernière Cène, le Christ dit à Judas des paroles dont l'évangéliste lui-même témoigne qu'aucun de ceux qui étaient assis là, n'a compris ce qu'Il lui a dit" (Jean 13: 28), à savoir : "Ce que tu fais, fais-le promptement " (Jean 13:27). Bien que près de deux mille ans se soient écoulés depuis cet événement marquant dans l'histoire de l'Evangile, beaucoup de chrétiens conviendront que, du moins psychologiquement, cette phrase reste incompréhensible pour nous.

De nos jours, il y a beaucoup de gens qui, à partir de cette brève phrase prononcée par le Sauveur, concluent que "Judas Iscariote n'était pas traître à Jésus Christ, mais un interprète dévoué de la prophétie", "Judas a simplement accompli sa mission, son rôle dans la série des événements," etc.

Mais si nous voulons rester dans les limites de la foi orthodoxe, nous ne pouvons être d'accord avec l'interprétation selon laquelle l'histoire évangélique est traitée comme une déclaration grandiose, et chaque acteur a son propre rôle à jouer, en apportant sa contribution personnelle au salut de l'humanité.

Voici ce que dit saint Jean Chrysostome, réfutant ces vues :

"Mais d'autres diront : s'il est écrit que le Christ souffrira tant, pour quoi Judas est-il condamné ? Il n'a fait qu'accomplir ce qui était écrit. Mais il ne l'a pas fait avec cette pensée, mais avec colère. Si vous ne faites pas attention à vos intentions, vous libérerez le Diable de sa culpabilité. Mais non, non ! Tous deux [le Diable et Judas] sont dignes d'innombrables tortures, même si l'univers a été sauvé. Ce n'est pas la trahison de Judas qui nous a sauvés, mais la sagesse du Christ qui a tourné la méchanceté des autres en notre faveur. Si Judas ne l'avait pas trahi, n'aurait-il pas été trahi par un autre ? Qu'est-ce que cela a à voir avec le sujet véritable? Si le Christ devait être crucifié, il devait être trahi par quelqu'un; il est évident qu'il devait l'être par quelqu'un d'autre. Si tous étaient bons, la construction de notre salut n'aurait pas été achevée. Que ce ne soit pas le cas ! Le Tout-Puissant Lui-même a su organiser notre salut, même ainsi, parce que Sa sagesse est grande et incompréhensible. C'est pourquoi, afin que ceux qui pensent que Judas était un serviteur de notre salut, le Christ l'appelle l'homme le plus malheureux"[1].

Le même maître de l'Eglise nous révèle le sens des mots "Quoi que tu fasses, fais-le promptement" comme suit :

Les mots : "Fais-le promptement" n'a le sens ni d'un ordre, ni d'un conseil ; au contraire, avec ces mots (le Christ) le reproche et montre qu'Il veut le corriger (le traître) , et qu'Il le quitte seulement parce qu'il était incorrigible"[2].

Ainsi, le discours du Seigneur à Judas lors de la dernière Cène est un nouvel appel à la repentance. Le Seigneur révèle au disciple infidèle que ses plans sont connus du Maître. Selon saint Jean, les saints Pères et les exégètes, qui prêtent attention à la phrase mentionnée, l'interprètent ainsi.

Le discours du Seigneur à Judas à la dernière Cène est un appel à la repentance.

Exprimant notre plein accord avec l'interprétation des Pères, nous voudrions tenter de la poursuivre et de l'élargir quelque peu. Ainsi, les disciples interrogent le Sauveur sur le traître :

"Seigneur, qui est-ce ? [id est qui va Te trahir?] Jésus répondit : "Celui à qui je donnerai un morceau de pain après l'avoir trempé. Et, après avoir trempé le morceau, il le donna à Judas  Iscariote. Et après avoir mangé ce morceau de pain, Satan entra en lui. Jésus lui dit : "Quoi que tu fasses, fais-le promptement" (Jean 13:25-27).

Tous les commentateurs considèrent que les paroles du Christ s'adressent à Judas. C'est sans aucun doute vrai. Mais le texte grec (ainsi que les traductions russes, slaves et autres) de l'Evangile de saint Jean nous donnent l'occasion de penser que le discours du Seigneur s'adresse non seulement à Judas, mais aussi à... Satan[3].

Le contexte même du récit confirme la validité de cette pensée. "Satan" ici n'est pas seulement un nom auquel le pronom "à lui" peut se référer, mais aussi la personne qui, après le morceau de pain pris au Sauveur par Judas, entre dans le traître, c'est-à-dire saisit complètement son esprit, ses sentiments et sa volonté. Et comme dans les temps anciens, le Diable a utilisé le serpent pour séduire Ève, ainsi il utilise à présent Judas comme un moyen par lequel il cherche à blesser le Christ - le Second Adam. On peut rappeler que dans le cas du péché de l'homme primordial, il est dit qu'Eve a été séduite par le serpent, mais puisque "l'ancien serpent, appelé le Diable et Satan," a travaillé à travers l'animal (Apocalypse 12.9), il est également dit qu'Eve a été tentée par Satan.

C'est aussi le cas de Judas : le Seigneur lui parle, mais puisque Satan a le plein pouvoir sur les actions de Judas en ce moment, le Sauveur dit aussi cette phrase paradoxale à Satan lui-même.

Les saints pères distinguent l'entrée de Satan en Judas de l'obsession, de la possession démoniaque, mais ils disent :

"Satan est entré en lui, c'est-à-dire qu'il a pénétré au plus profond de son cœur et possédé son âme"[4],
"Satan devint le maître parfait de Judas et en fit son esclave,
"il possédait son esprit et sa volonté, unis à lui en esprit."
Pour cette raison, il semble acceptable de comparer la parole du Seigneur à Judas avec les conversations du Christ.[6] 

Il semble acceptable de comparer la parole du Seigneur à celle de Judas avec les conversations du Christ avec les possédés démoniaques.

Comme ce fut le cas, par exemple, avec l'homme possédé par le démon Gadarénien :

Jésus lui demanda : "Quel est ton nom ? Il dit : "Légion", parce que beaucoup de démons étaient entrés en lui. Et ils demandèrent à Jésus de ne pas leur ordonner d'aller dans l'abîme. Un grand troupeau de cochons paissaient immédiatement sur la montagne, et les démons lui demandèrent de les laisser y entrer. Il le leur permit" (Luc 8: 30-32).

(Luc 8 : 30-32.) Nous voyons ici que le Seigneur parle à la fois à l'homme et aux hommes possédés de démons en même temps, surtout aux démons, parce que l'homme possédé de démons n'a aucun contrôle sur lui-même.

Ainsi, comme l'homme possédé par le démon l'a dit, comme le serpent dans le jardin du paradis, Eve a été tenté par le Diable, et par Judas, après avoir reçu un morceau de pain du Sauveur, Satan œuvre déjà. C'est pourquoi le Seigneur dit aussi à Satan lui-même en Judas : "Quoi que tu fasses, fais-le promptement" (Jean 13:27).

La lecture proposée de ce passage nous permet de comprendre cette brève phrase comme une continuation du dialogue entre le Christ et Satan pendant la tentation dans le désert, dont la description par l'évangéliste se termine par les mots : "Après l'avoir tenté de toutes ces manières, le diable s'éloigna de lui jusqu'à un moment favorable." (Luc 4:13).

Sans aucun doute, Satan ne le quitte pas pendant tout le service du Seigneur. Il essaie d'influencer le Christ à travers ses voisins, ses ennemis et ses disciples, ses pharisiens et ses parents. Mais l'expression "avant le temps" se réfère directement au dernier jour de la vie du Sauveur, à la trahison, aux coups et à la mort. Comme l'atteste le Seigneur lui-même : "Mais c'est ici votre heure, et la puissance des ténèbres." (Luc 22 : 53), - dit-Il à ceux qui sont venus pour le capturer dans le jardin de Gethsémani.

C'est ainsi que sont interprétés les mots "avant l'heure" de Maximus l'Inquisitrice :

"Jusques à quand ? Jusqu'au temps des souffrances sur la croix, afin que, comme il le croyait, il puisse trouver dans le Seigneur, par la tentation [liée] à la souffrance, une sorte de passion humaine [manifestation]"[7].

Et maintenant ce temps est accompli. Satan vient au Seigneur par l'un de Ses disciples les plus proches, entre en Judas, et devient son maître à part entière. Mais le Christ connaît cette terrible métamorphose qui est arrivée à l'un des douze. En même temps, Il ne se cache pas et montre non seulement qu'Il connaît tous les plans sataniques, mais Il se dépêche aussi, montrant que toutes les intrigues sataniques sont prises en compte dans Son plan divin et ne sont pas capables de Le troublerer. C'est comme si le Seigneur disait à Satan :

"nEt toi, fils d'homme, prophétise contre Gog et dis : Ainsi parle le Seigneur l'Éternel : Voici, c'est à toi que j'en veux, Gog, prince de Rosh, de Méshec et de Tubal.  Et je te ferai retourner, et je te conduirai, et je te ferai monter de l'extrême nord, et je te ferai venir sur les montagnes d'Israël. Et j'abattrai ton arc de ta main gauche et je ferai tomber tes flèches de ta main droite. " (Ézéchiel 39:1-3).

Un homme appelé à être un temple de Dieu (1 Corinthiens 3:16,17) devient un instrument de Satan.

Le triste exemple de Judas nous montre que l'amour des biens matériels, qui envahit de plus en plus le monde, devient peu à peu une passion qui ouvre une libre entrée au prince de ce monde. En conséquence, un homme appelé à être un temple de Dieu (1 Corinthiens 3:16,17) devient une demeure et un outil de Satan, lui fermant le chemin pour retourner à Christ.

Dans l'histoire de l'humanité, il viendra un temps où le monde, qui s'est retiré de Dieu, sera dirigé par l'Antéchrist, qui apparaîtra comme une personnalisation du Christ renié, qui est tombé complètement sous la puissance de Satan de l'humanité. Le Seigneur n'a plus rien à dire au monde et à son prince, si ce n'est les paroles déjà dites en son temps à Judas et à son chef le Diable : "Ce que tu fais, fais-le promptement. Fais-le plus vite pour rapprocher le second, glorieux et final, Avénement du Seigneur et Sauveur Jésus Christ et la résurrection invincible par la victoire sur les forces du mal. Et seulement une poignée de chrétiens persécutés pourra alors, à la suite de l'apôtre, s'exclamer: «Viens Seigneur Jésus!» (Apoc. 22, 20).


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

NOTES:
[1] St Jean Chrysostome, Commentaire sur Saint Matthieu, XXXI ( Nous adaptons le texte de la traduction d'après la version de M. Jeannin, Saint Jean Chrysostome, Œuvres complètes (Tome Huitième), Bar-le-Duc 1865.

Les autres notes concernent les versions slaves des œuvres citées par l'article

[2] Evfimy Zigaben. Interprétation de l'Evangile de Jean. Ch. 13, 27.

[3] «Ἀποκρίνεται ὁ ’Ιησου̃ς ἐκει̃νός ἐστιν ὡ̨̃ ἐγὼ βάψω τò ψωμίον καὶ δώσω αὐτω̨̃ βάψας οὐ̃ν τò ψωμίον λαμβάνει καὶ δίδωσιν ’Ιούδα̨ Σίμωνος ’Ισκαριώτου καὶ μετὰ τò ψωμίον τότε εἰση̃λθεν εἰς ἐκει̃νον ὁ Σατανα̃ς λέγει οὐ̃ν αὐτω̨̃ ὁ ’Ιησου̃ς ὃ ποιει̃ς ποίησον τάχιον» (Ин. 13, 26, 27).

[4] Théophylacte de Bulgarie, BLG, Interprétation de l'Evangile de Jean 13, 27.

[6]  Ignace (Briantchaninov), De la Prière de Jésus.

[7] Maximus le Confesseur, Questions et perplexités...

jeudi 25 avril 2019

Père Andrew Phillips: Questions Réponses d'actualité

Père Andrew Phillips
Notre Dame

Q : Que penser de l'incendie ?

R : À mon avis, il s'agit d'un jugement sur le gouvernement et le peuple athées de France. Attention : ce sera peut-être ici (id est au Royaume Uni) la prochaine fois.

La Pâque hétérodoxe

Q : Pourquoi y a-t-il une différence d'une semaine entre Pâque [Orthodoxe] et Pâques catholique et protestante cette année ? Et pourquoi leurs Pâques tombent-elles souvent une semaine ou beaucoup plus tôt ?

R : Il y a parfois une différence de plusieurs semaines entre la Pâque chrétienne orthodoxe et la laïque ; c'est parce que le monde catholique-protestant prend la mauvaise pleine lune et il est donc un mois ou plus en avance. Cette année, la différence n'est que d'une semaine. C'est parce que le monde catholique-protestant a sa Pâque en même temps que les Juifs ont leur Pâque. Pour les Juifs, la Pâque de cette année commence le vendredi 19 avril au soir et, comme d'habitude, durera une semaine jusqu'à l'aube du vendredi 26 avril. Notre Pâque est donc le 28 après la fin de leur Pâque.

Tout cela parce qu'au XVIe siècle, le pape de Rome de l'époque, Grégoire XIII, a décidé d'ignorer le canon des Saints Apôtres qui dit que la Pâque chrétienne ne doit pas coïncider avec la Pâque juive, puisque la résurrection du Christ a eu lieu le lendemain de la Pâque juive de cette année-là, le dimanche, qui est devenu le Jour du Seigneur. En tant que chrétiens, et ne nous plaçant donc pas au-dessus des apôtres et de l'Église, l'Église orthodoxe adhère à ce canon.

Q : Beaucoup de gens semblent dire que le christianisme occidental est mort parmi les natifs d'Europe occidentale. Êtes-vous d'accord avec cela ?

R : Je peux donner une illustration de la ville où je vis. Sur une population de 25.000 habitants, cette année, environ 200 personnes âgées se sont rassemblées pour un "office" du Vendredi Saint, qui devait unir tous les chrétiens occidentaux de la ville, pour un "service" joyeux de musique pop. C'est moins de 1% de la population qui se rassemble pour ce qui est pour eux le moment clé. Car dans leur religion, ils ne crient pas 'Le Christ est ressuscité', mais 'Jésus est mort'. On voit que d'ici 20 ans, il ne restera plus personne. Il est vrai que certaines églises catholiques survivent grâce aux Polonais et à d'autres immigrants catholiques, y compris des prêtres polonais, principalement d'Europe de l'Est, du Portugal ou du Malabar en Inde. Il est vrai que certaines églises protestantes survivent grâce aux Afro-Caribéens. Il est vrai qu'il reste des zones de piété, principalement dans le sud de l'Europe de l'Ouest. Mais, dans l'ensemble, le jeu est terminé. Oui, je suis d'accord.

L'Ukraine

Q : Pensez-vous que la nouvelle église schismatique en Ukraine a un avenir ?

R : Oui, mais seulement tant que les gens continuent à mettre leur pays (fictif ou non fictif) à la place du Christ - comme toute autre organisation politique, nationaliste et xénophobe. Tant d'églises et de paroisses de chaque diocèse se sont éteintes dans la Diaspora pour exactement cette raison, parce qu'elles ont mis leur nationalité en premier - et beaucoup d'entre elles n'étaient même pas schismatiques mais, sur le papier, canoniques ! Ce n'est pas seulement dans des endroits comme l'Ukraine. La Macédoine et le Monténégro ont également de tels mythes nationalistes qui remplacent le Christ par leurs " nations " provinciales.

Cependant, dans ce pays aussi, il y a des convertis non enracinés qui proposent une "orthodoxie britannique (c'est-à-dire un adjectif décrivant un pays fictif et politiquement construit, tout comme l'Ukraine)". Le nationalisme américain figure également en bonne place parmi certains groupes de convertis et, en France, le nationalisme français de certains dans l'ancien groupe de la rue Daru, qui est en train de s'effriter et qui va bientôt disparaître en tant que tel, joue également un rôle important. Si c'est d'abord la gloire de votre nation, alors la mort spirituelle vous attend, inévitablement. J'ai vu cela dans l'ancien diocèse de l'ERHF [Eglise Russe Hors Frontières] dans ce pays qui s'est complètement éteint à cause de son racisme nationaliste et de la politique de la guerre froide. Que les morts enterrent les morts. C'est la loi spirituelle de la branche desséchée.

L'Église contemporaine

Q : Un archimandrite expérimenté m'a dit qu'à son avis, la plus grande faiblesse de notre Église orthodoxe est le manque de leadership de la part de l'épiscopat. Êtes-vous d'accord avec cela ?

R : Je suis d'accord que c'est un problème, mais je pense que le vrai problème est plus radical que cela. Je pense que le manque chronique de leadership est un résultat plutôt qu'une cause. En réalité, le manque de leadership est causé par le manque d'amour (parfois même le mépris et la haine) de nombreux évêques pour le clergé et le peuple. D'où toutes les injustices, le favoritisme et le fait que tant de gens quittent l'Église avec dégoût ou rejoignent d'anciens schismes calendaristes : Pourquoi rester dans l'Église quand les évêques se comportent d'une manière si mondaine et si peu aimante ? Composez plutôt votre propre Église - tout comme les protestants.

Ce manque d'amour est lui-même dû précisément à la mondanité de nombreux évêques, à leur vision de l'Église, à sa " bureaucratisation ", la considérant comme un simple culte de la personnalité (comme l'ancien diocèse de Souroge, disparu dans le schisme après la mort de sa personnalité adorée), comme une simple institution administrative (la tentation du Moscou contemporain et pré-révolutionnaire) ou comme un empire personnel du réseau des bâtiments spirituellement vides (la tentation du Constantinople contemporain et de l'Ukraine schismatique). Tous ces exemples piétinent la réalité de l'Église en tant qu'organisme divino-humain et les besoins spirituels du clergé et de son troupeau. Cette mondanité, vue par exemple dans l'étroitesse ethnique, est le déni de l'unité, de la sainteté, de la catholicité et de l'apostolicité de l'Église. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un épiscopat qui soit ecclésial et non mondain. Tous nos problèmes sont causés par le manque de l'Église, de la véritable Église, c'est-à-dire de l'Amour.

Par exemple, à l'ERHF, nous n'oublierons jamais (bien que les triomphalistes stupides, les sectaires bigots et les "autojustificateurs" pharisiens l'oublient) comment ce sont les évêques de l'ERHF à l'esprit politique qui ont jugé saint Jean de Changhaï. Ce fut un événement dont, 55 ans plus tard, l'ERHF est encore en train de se remettre et par lequel elle a été presque spirituellement détruite.  Dans l'Église grecque, vous avez l'exemple similaire de saint Nectaire de Pentapolis (+ 1920), rejeté par son propre Patriarcat et les ambitions intrigantes de ses évêques pseudo-chrétiens. Son Patriarcat d'Alexandrie n'a commencé à se remettre spirituellement de ce scandale qu'après la canonisation de saint Nectaire, 41 ans après son repos en 1961, lorsque les intrigants étaient morts et que les missions auprès des indigènes africains ont enfin commencé, avec environ treize cents ans de retard ! Cette situation est exactement parallèle à celle de saint Jean : l'ERHF et l'Eglise en Russie ont été réunies en 2007, exactement 41 ans après le repos de saint Jean en 1966. C'est spirituellement significatif.

Nous sommes toujours persécutés par de faux frères, qui sont faux précisément parce qu'ils n'ont pas d'amour. Cependant, il faut ajouter que le manque d'amour est parfois affiché par tout le monde. Nous sommes tous pécheurs, pas seulement les évêques, et nous sommes tous crucifiés pour nos péchés et ceux des autres. Mais cette crucifixion s'appelle le salut.

Le chef et le centre de l'Église

Q : Où se trouve le centre de l'Eglise, Constantinople ou Moscou ? Et qui en est donc le chef [sa tête] ?

R : Le centre administratif de l'Église change avec le temps. Cependant, le centre spirituel de l'Église est pour toujours Jérusalem, le lieu de la Crucifixion et de la Résurrection, et nulle part ailleurs. Sa Tête est le Christ, le Dieu ressuscité, et personne d'autre. Toute autre opinion est un non-sens théologique, historique et raciste.

Civilisation orthodoxe

Q : Les gens parlent de " civilisation chrétienne orthodoxe ou de civilisation laïque occidentale ". Mais quelle est la différence dans la pratique ?

R : La civilisation chrétienne (orthodoxe) proclame les paroles de l'Évangile, à savoir que nous devons " chercher d'abord le Royaume des cieux ", car c'est notre destinée après notre mort inévitable. En d'autres termes, nous mettons Dieu en premier. En conséquence, la vie des hommes et des femmes doit être consacrée aux églises et aux monastères et élever dans la vie familiale des enfants, la génération montante, pour les nourrir. Les hommes sont programmés pour être des pourvoyeurs, pour se sacrifier pour prendre soin de leurs femmes et de leurs enfants (cela s'appelle être époux et père), les mères sont programmées pour se sacrifier pour mettre les enfants au monde et les élever.

La civilisation occidentale séculariste (anti-chrétienne) est une civilisation anti-chrétienne parce qu'elle n'est pas fondée uniquement sur des valeurs spirituelles. Elle met l'argent (le Mammon sous forme de dollar ou de capital, vénéré dans l'idolâtrie et l'idéologie du capitalisme) et le bien-être matériel en premier. Le résultat est qu'il détruit et pollue la planète en violant ses ressources naturelles par des guerres incessantes au nom de la consommation capitaliste. Quant à la vie des hommes et des femmes, elle est soumise à l'individualisme, un autre terme pour nommer l'égoïsme narcissique, qui est la malédiction de la société occidentale moderne, avec ses indulgences et sa permissivité, qui entraînent la débauche et les maladies sexuelles et des maladies mentales et physiques très courantes, résultant de la consommation de drogues comme l'alcool, le tabac, les antidépresseurs et les narcotiques. Au diable l'éducation des enfants ; la vanité du narcissisme n'a pas sa place pour eux - d'où l'avortement. C'est pourquoi les sociétés occidentales (et occidentalisées) s'éteignent littéralement, les populations diminuent et la fécondité des femmes et le nombre de spermatozoïdes diminue rapidement.

Néophytes

Q : Pourquoi une telle proportion de convertis devient-elle caduque ?

R : Simplement parce que beaucoup n'embrassent l'Orthodoxie qu'avec leur tête et non avec leur cœur. Embrasser l'Église de la tête, intellectuellement, signifie que dès qu'un problème apparaît, vous tombez dans l'oubli. Embrasser l'Église avec son cœur signifie que l'on surmonte les problèmes parce que l'on est là pour le Christ, et non pour de simples idées ou de simples personnalités.


Q : Les laïcs devraient-ils prendre des noms monastiques lorsqu'ils sont reçus dans l'Église ?

R : Je suis contre cela. Au cours des 45 dernières années, j'ai remarqué à maintes reprises que ceux qui prennent des noms monastiques, comme Séraphim ou Silouana, expirent souvent plus tard. C'est parce que prendre un nom monastique sans l'humilité qui vient de la discipline monastique et l'obéissance est toujours un signe d'illusion spirituelle ('prelest'). Les mêmes personnes ont aussi tendance à s'habiller en moines et moniales, prétendant qu'elles sont ce qu'elles ne sont pas ; elles disparaissent généralement assez rapidement parce qu'elles ont fait l'erreur d'associer l'extérieur et l'intérieur ; elles ont construit leur maison sur le sable et elle s'écroule quand la tempête arrive. Comme disent les Français : " L'habit ne fait pas le moine. "

Bonheur

Q : Le bonheur personnel est-il possible dans ce monde ou est-ce un péché ?

R : Bien sûr, il est possible - et souhaitable - mais vous devez vous battre pour cela. Vous n'obtiendrez rien par le fatalisme passif. C'est le fatalisme passif qui est le péché. Satan veut que vous soyez malheureux, pas Dieu. Croire autrement, c'est croire comme les Juifs en Dieu, qui a été mal compris par eux dans l'Ancien Testament et qui est mal compris par ces autres fatalistes, les musulmans. (En effet, le mot même " Islam " signifie " soumission "). La vie est trop courte pour ne pas se battre même pour le bonheur relatif que nous pouvons avoir dans cette vie. N'abandonnez pas dans le désespoir et  luttez pour le bonheur même ici-bas !


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après