"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 31 juillet 2018

Interview de la Grande Duchesse Elisabeth Féodorovna avant son martyre (1)

Mrs Rheta Childe Dorr
Ste Elisabeth
Voici le texte d'une interview réalisée en 1917 par la journaliste américaine Rheta Childe Dorr avec la Grande Duchesse Elizabeth, - un an avant son martyre à Alapaevsk.
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La Maison de Marie et Marthe
L'après-midi du jour où Nicolas II, empereur destitué et autocrate de toutes les Russies, avec sa femme et ses enfants quitta Tsarskoe Selo et commença le long voyage vers leur lieu d'exil en Sibérie, je me suis assis dans une chambre de couvent paisible à Moscou et j'ai parlé avec presque le dernier membre de la famille royale qui restait en toute liberté dans l'Empire. 

Il s'agit d'Elizabeth Féodorovna, sœur de l'ancienne impératrice et veuve du Grand-Duc Serge, oncle de l'empereur. Le Grand Duc Serge fut assassiné, réduit en pièces par une bombe, presque sous les yeux de sa femme, par un révolutionnaire le 4 février 1905 -ancien style. Il fut tué en allant rejoindre la Grande Duchesse dans l'une des églises du Kremlin à Moscou. Elle se précipita et vit ses restes mutilés gisant dans la neige. La Grande Duchesse  était connue depuis longtemps comme une femme noble et sainte, et sa conduite après la mort horrible de son mari illustre parfaitement son caractère. 

Elle demanda au tsar de commuer la peine de mort prononcée contre l'assassin, et quand il refusa, elle se rendit à la prison où le misérable attendait sa mort, obtint l'admission dans sa cellule, et presque jusqu'à la fin pria avec lui et le réconforta. Aucun enfant ne lui était jamais né, et après l'événement qui a coupé le dernier lien qui la liait à la vie de la pompe et des paillettes royales, elle se retira de la société et se livra à la religion. 

Dès que possible, elle devint moniale. Sa fortune privée, jusqu'au dernier rouble, les investissements, les palais, les meubles, les trésors d'art, les bijoux, les voitures à moteur, les sables et autres beaux vêtements furent transformés en argent comptant et l'argent utilisé pour construire un couvent et pour fonder un ordre dont elle devint l'higoumène. La Grande Duchesse obéit littéralement à l'édit du Christ au jeune homme riche : "Vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres."

Le couvent de Marie et Marthe, de l'Ordre de la Miséricorde à Moscou, est un témoignage vivant de son grand sacrifice. Au cours des huit dernières années, elle vécut et œuvra parmi ses moniales, dont au moins une dame de la cour, et beaucoup d'entre elles qui sont des femmes de la classe intellectuelle. Certaines moniales venaient de familles modestes, car l'ordre est parfaitement démocratique. 

Tous ceux qui entrent dans la Maison de Marie et Marthe le font avec la compréhension que sa vie doit être consacrée au service, au service spirituel tel celui de Marie des Évangiles, et au service matériel tel que celui que Marthe a rendu à son Seigneur. Les Russes un peu rêveurs et passifs vous diront que le couvent d'Elizabeth Féodorovna est l'une des institutions les plus efficaces de l'Empire, et ils ajoutent généralement : "On dit qu'elle fait travailler ses moniales terriblement dur."

Quand les jours de révolution sont arrivés, en février 1917, une grande foule s'est rendue à la Maison de Marie et Marthe, a défoncé les portes et a envahi les marches du couvent pour demander l'admission. La porte s'ouvrit et une grande femme grave, au costume gris argenté pâle et au voile blanc, sortit dans le porche et demanda à la foule ce qu'elle voulait.

"Nous voulons cette Allemande, cette sœur de l'espion allemand à Tsarskoe Selo, cria la foule. "Nous voulons la Grande Duchesse, femme de Serge."

Grande et blanche, comme un lis, la femme se tenait là. "Je suis la Grande-Duchesse, femme de Serge, répondit-elle d'une voix claire qui flottait au-dessus de la clameur. "Que voulez-vous de moi ?"

"Nous sommes venus vous arrêter", crièrent-ils. 

"Très bien", ce fut la réponse calme qu'ils reçurent. "Si vous voulez m'arrêter, je devrai venir avec vous, bien sûr. Mais j'ai une règle selon laquelle avant de quitter le couvent pour quelque raison que ce soit, je vais toujours à l'église et je prie. Venez avec moi dans l'église, et après avoir prié, j'irai avec vous."

Elle se retourna et traversa le jardin jusqu'à l'église, avec la foule qui la suivait. Tous ceux qui pouvaient s'entasser dans le petit bâtiment la suivirent. Devant la porte de l'autel, elle s'agenouilla, et ses moniales vinrent s'agenouiller autour d'elle en pleurant. La Grande-Duchesse ne pleura pas. Elle pria un moment, s'e signa, puis se leva et tendit les mains à la foule silencieuse et immobile.

"Je suis prête à partir maintenant", dit-elle.

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Mais pas une main ne se leva pour saisir Elizabeth Féodorovna. Ce que Kerensky n'aurait pas pu faire, ce qu'aucune force de police en Russie n'aurait pu faire avec ces hommes ce jour-là, son courage parfait et son humilité le firent. Ce courage effraya et conquit l'hostilité, il dispersa la foule. Cette grande foule d'hommes, ivres de liberté et de sang, rentra tranquillement chez elle, laissant un garde pour protéger le couvent. 

C'est probablement le seul endroit en Russie aujourd'hui où l'on peut dire qu'il existe une inviolabilité absolue pour tous les membres du "bourju"[id est des bourgeois] détesté, comme les bolcheviks appellent les classes intellectuelles.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Rheta Childe Dorr
Inside the Russian Revolution
(Chapter XV)
New York, 
The MacMillan Company
1918 

lundi 30 juillet 2018

Jean-Claude Larchet: Recension / Jean Chrysostome, Panégyriques de martyrs, tome I





Jean Chrysostome, Panégyriques de martyrs, tome I. Introduction, texte critique, traduction et notes par Nathalie Rambault, avec la collaboration de Pauline Allen, Collection « Sources chrétiennes » n° 595, Cerf, Paris, 2018, 384 p
Saint Jean Chrysostome (v. 349-407) a composé une vingtaine de panégyriques – c’est-à-dire d’éloges – de saints martyrs. Ce nouveau volume de la collection « Sources chrétiennes » en présente cinq, prononcés à Antioche – dont l’illustre prédicateur était alors l’évêque –  entre 386 et 397, dédiés à saint Juventin et saint Maximin, saint Romain, saint Julien, saint Barlaam, et des saints martyrs égyptiens.

Le culte des martyrs a connu un important développement au IVe siècle, et Antioche était alors la deuxième ville après Rome pour le nombre des martyrs vénérés ; saint Jean Chrysostome note même que les tombeaux des martyrs formaient une véritable « ceinture autour de la ville ». Beaucoup de tombeau de martyrs se trouvaient aussi dans la campagne environnante. Certains étaient locaux, d’autres venaient d’ailleurs et leurs reliques avaient été transférées dans ce qui était alors un centre majeur du monde chrétien. Le culte des martyrs est devenu très populaire du fait que de nombreux miracles s’accomplissaient par l’intermédiaire de leurs reliques, et il est intéressant de noter que de ce fait les fêtes en leur honneur attiraient non seulement des chrétiens orthodoxes, mais des hétérodoxes païens et juifs et déplaçaient ainsi des foules immenses.

L’édition critique du texte grec a été réalisée par Nathalie Rambault au Centre for Early Christian Studies de Brisbane (Australie) dirigé par Pauline Allen, bien connue pour ses divers travaux d’édition de qualité et l’une des meilleurs patrologues actuels, qui a également contribué à ce volume en dehors de la partie consacrée à l’histoire du texte et de la traduction. Dans leur introduction, les deux auteures analysent brièvement les cinq homélies du point de vue de leur contenu et des circonstances de leur composition, et présentent le genre littéraire de l’éloge selon lequel elles sont élaborées. Elles expliquent savamment que ce genre emprunte à une forme profane codifiée, mais l’adapte aux spécificités chrétiennes, Jean Chrysostome prenant à cet égard des libertés plus grandes que ses prédécesseurs Basile de Césarée et Grégoire de Nysse.

Le but de ces homélies n’est pas seulement de faire l’éloge des saint martyrs en mettant en évidence leurs vertus, en particulier celles qui sont nécessaires pour supporter paisiblement, voire avec joie, d’atroces souffrances et jusqu’à la mort, en gardant envers le Christ une espérance et une foi intactes. Il est aussi de présenter les martyrs comme des modèles de vie chrétienne, et des réflexions et conseils d’ordre spirituel habitent de ce fait ces éloges.

Ces homélies conservent de ce fait un caractère toujours actuel, mais aussi du fait que l’Église catholique préserve la mémoire des saints, et plus encore l’Église orthodoxe à travers ses vastes services liturgiques et commémoratifs journaliers et sa vénération toujours vivace des reliques. Cette vénération occupe dans la piété une place analogue à celle des icônes, et se trouve pleinement justifiée par la tradition ancienne toujours préservée et la définition de foi du concile de Nicée II. Elle démontre sa pertinence dans les miracles nombreux qui s’accomplissent de nos jours encore en relation avec le fait que les reliques continuent à porter et à faire rayonner les énergies divines incréées dont les saints étaient imprégnés.

Parmi les réflexions et conseils spirituels inspirés à saint Jean Chrysostome par les vies de ces martyrs, on peut en citer trois qui sont caractéristiques :


1) Le martyre ne se limite pas à des souffrances et à une mort physiques endurées pour la foi, mais peut prendre aussi une forme spirituelle dans le combat ascétique et les peines qu’il implique :

« Et comment, va-t-on me dire, est-il possible d’imiter les martyrs puisque ce n’est aujourd’hui plus un temps de persécution ? Oui, je le sais bien moi aussi. Ce n’est pas un temps de persécution, mais c’est un temps pour le martyre. Ce n’est pas un temps pour ce genre de luttes, mais c’est un temps pour les couronnes. Ce ne sont pas des hommes qui persécutent, mais des démons. Ce n’est pas un tyran qui pourchasse, mais c’est le diable, plus cruel que tous les tyrans. Tu ne vois pas devant toi des charbons ardents, mais tu vois brûler la flamme du désir. Les martyrs ont foulé aux pieds les charbons ardents, toi, foule aux pieds le brasier de la nature. Eux ont combattu des bêtes à mains nues, toi, mets une bride à ta colère, cette bête qui n’est ni apprivoisée ni domestiquées. Eux ont résisté à d’insupportables douleurs, toi, rends-toi maître des pensées déplacées et mauvaises qui fermentent dans ton cœur.
Ainsi, tu imiteras les martyrs, car maintenant il ne s’agit pas pour nous de combattre le sang et la chair, mais les autorités, les pouvoirs, les dominateurs du monde des ténèbres, les esprits du mal. Le désir issu de la nature est un feu, un feu inextinguible et permanent. C’est un chien enragé et plein de fureur, et même si mille fois tu le repousses, mille fois il te saute dessus sans lâcher prise. La flamme des charbons ardents est douloureuse, mais celle du désir est plus terrible. Jamais nous n’avons de trêve dans cette guerre, jamais nous n’avons de répit au long de l’existence présente, mais le combat est permanent, afin que la couronne ait de l’éclat. Voilà pourquoi Paul nous donne des armes, puisque c’est toujours le temps de la guerre, puisque l’ennemi est toujours en éveil. »

2) Il est plus difficile de s’affliger avec ceux qui souffrent que de se réjouir avec ceux qui se réjouissent :

« Puisque [les martyrs] souffrent avec nous en raison de nos péchés, de même nous, nous nous réjouissons avec eux en raison de leurs hauts faits. C’est ainsi que Paul lui aussi a enjoint d’agir lorsqu’il dit : ”Se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui pleurent”. Or pleurer avec ceux qui pleurent est simple, mais se réjouir avec ceux qui se réjouissent n’est pas particulièrement facile. Oui, nous souffrons plus facilement avec ceux qui sont dans le malheur que nous ne partageons le plaisir de ceux qui jouissent d’un bon renom. Pourquoi donc ? Parce que là, la seule nature du malheur suffit à incliner même une pierre à la compassion ; ici en revanche, la jalousie et l’envie face à la réussite ne permettent pas à celui qui ne s’adonne pas beaucoup à la philosophie de partager leur plaisir. De même en effet que l’amour rassemble et joint ce qui est séparé, de même l’envie sépare ce qui est rassemblé. C’est pourquoi, je vous en prie, exerçons-nous à nous réjouir avec ceux qui jouissent d’un bon renom, afin de purifier notre âme de la jalousie et de l’envie. Non, rien ne chasse autant cette maladie pénible et difficile à guérir que de partager le plaisir de ceux qui vivent dans la vertu. »

3) Le martyre n’a de valeur que par l’amour :

« [Saint Paul] sait, il sait bien qu’il n’y a rien de plus grand, rien qui n’égale l’amour, pas même le martyre lui-même, qui arrive en tête de tous les biens. Et comment ? Écoute : alors que l’amour sans le martyre produit des disciples du Christ, le martyre sans l’amour ne saurait faire de même. D’où vient cette évidence ? Des paroles mêmes du Christ. Il disait en effet à ses disciples : “À ceci, tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres”. Voilà : l’amour, sans martyre, produit des disciples. Et non seulement le martyre sans amour ne produit pas de disciples, mais il n’est même d’aucune utilité à celui qui l’endure ; écoute Paul le dire : “Si je livre mon corps aux flammes, mais qu’il me manque l’amour, cela ne m’est d’aucune utilité.”
C’est surtout pour cette raison que j’aime ce saint gui aujourd’hui nous a rassemblés, le bienheureux Romain : parce qu’il a montré avec son martyre beaucoup d’amour. »

Jean-Claude Larchet

dimanche 29 juillet 2018

Libby Emmons : La révolution du transhumanisme… L'oppression déguisée en libération

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Le transhumanisme est une idéologie selon laquelle les humains doivent exploiter les progrès technologiques pour jouer un rôle actif et intelligent dans notre propre évolution et l'évolution de notre espèce. Quand nous pensons à ces développements en tant que société, nous avons tendance à les considérer en relation avec l'amélioration de la race humaine dans son ensemble. Cependant, nous devons commencer à considérer les implications profondes en jeu pour la souveraineté de l'individu et la question primordiale de ce que signifie être humain.

Lorsque le mouvement transhumaniste a commencé il y a quelques décennies, ses idées avaient plus de choses en commun avec la science-fiction spéculative qu'avec la réalité. Mais, inspirée par la théorie darwinienne, la notion d'évolution intelligente dirigée par l'homme s'est épanouie parallèlement aux récents développements technologiques. La perspective transhumaniste insiste sur le fait que les humains ont un esprit et un corps distincts, et que ce qui arrive à l'un n'a pas besoin d'affecter l'autre. Ainsi compris, des mouvements apparemment sans rapport entre la biotechnologie, la technologie et la justice sociale se révèlent faire partie du même projet transhumaniste et visent le même objectif : libérer l'être humain des limites du corps.

Pour séparer la conscience du cerveau, il faut bien comprendre ce qu'est la conscience et avoir la certitude qu'elle peut fonctionner indépendamment de l'esprit d'où elle émerge. Les philosophes et les scientifiques s'entendent pour l'instant sur le fait que ces conditions préalables sont hors de notre portée. Cependant, la recherche progresse rapidement. Des expériences de réanimation de cerveaux de porcs abattus sont menées par des neuroscientifiques à Yale. Des recherches visant à créer un diagramme complet des signaux et des connexions du cerveau, dans le but de coder la mémoire et l'identité personnelle et de copier cette information dans un réseau neuronal artificiel, sont en cours. Avec le temps, on espère que cela permettra à une copie des souvenirs et des expériences d'une personne de survivre à la mort de son corps matériel.

Tout cela semble bien tiré par les cheveux - et ça l’est. Mais il en va de même pour toute grande innovation humaine au départ. Il n'est pas surprenant que nous appliquions enfin notre technologie à nous-mêmes. Tant de choses sont déjà possibles ou sur le point de le devenir : contrôler mentalement des membres artificiels prothétiques qui ne sont pas reliés à son corps, recevoir des messages texte directement dans son cerveau, la recherche sur les cellules souches et l'ADN mitochondrial en vue de l'extension de la durée de vie, les organes imprimables en 3-D, les chatbots de Turing [1], les nanorobots faits de brins d'ADN pliés conçus pour réparer le corps d'une manière peu invasive, l'édition de gènes, et tant d'autres exemples.

Toute cette technologie semble très cool et passionnante, et c'est le cas. Elle est imaginative, créative et puissante, mais nous devons accepter la profondeur de ses implications. Si les progrès passés sont une indication quelconque, nous sacrifierons volontiers une partie de notre autonomie au nom cet avancement. Ceux qui veulent copier et télécharger leurs esprits neurologiques dans un système nerveux synthétique et biotechnologique sont peu susceptibles d'être dissuadés par la perspective de renoncer à certaines de leurs capacités existantes. Au service d'une impulsion qui aspire à l'immortalité, nous avons des enfants, nous développons des idées religieuses qui promettent la vie éternelle et recherchons le genre de reconnaissance qui maintient nos noms en vie longtemps après notre mort. Mais avec chaque liberté que nous gagnons grâce à la technologie, nous sacrifions une certaine autonomie. Les téléphones intelligents nous donnent accès à un monde de cartes routières et évitent le besoin d'auto-orientation. La mémoire humaine n'est plus nécessaire pour stocker ou se rappeler beaucoup de choses maintenant que de vastes ressources d'information ne sont plus qu'à un clic de souris. Nous avons déjà volontairement renoncé à tant de choses au nom de l'accès et de la commodité, que nous le remarquons à peine chaque fois que l'on nous demande de renoncer un peu plus.

La poussée transhumaniste vers une réimagination de l'humain, de l'humanité et de notre avenir commun est une composante primaire de trois tendances culturelles croissantes : l'intelligence artificielle, l'augmentation du potentiel humain et le phénomène transgenre. Les moyens de réaliser ces développements transformateurs sont entièrement techniques et promettent la libération de la reproduction, la libération de la maladie et de la mortalité, et la libération du corps lui-même.

Théoriquement, l'intelligence artificielle (IA) fournira le dépôt d'une conscience libérée. Bien que nous n'ayons pas encore bien compris ce qu'est la conscience, cela n'empêchera pas les tentatives expérimentales pour l'isoler et la transférer, l'utiliser pour contrôler des corps qui ne sont pas les nôtres, et l'augmenter avec des biotechnologies ou des technologies dures.

Une fois ces objectifs atteints, l'IA sera le moyen de mise en œuvre. L'IA ne consiste pas seulement à créer des fac-similés d'êtres cognitifs, il s'agit d'augmenter et de compléter la forme humaine originale. L'ajout d'éléments humains à la technologie et de la technologie aux humains fait partie du même projet. On espère que l'IA créera des voies pour relier l'esprit au cloud [2], pour donner à un cerveau augmenté par l'IA un accès instantané à de vastes réserves d'information. Inversement, cela permettra aussi à l'esprit d'être accessible aux autres, permettant l'expérience de la télépathie mentale et l'émergence d'une conscience collective.

L'IA fait déjà des progrès rapides dans la compagnie humaine. Les personnes âgées seules adorent les animaux robotiques, les utilisant comme un réceptacle pour l'amour et l'affection qu'aucun compagnon humain ne souhaite recevoir régulièrement, et sans aucune responsabilité pratique. La demande de robots sexuels continue de croître, car les gens qui manquent d'intimité ou qui veulent poursuivre d’obscurs fantasmes réclament que leurs désirs soient assouvis. Les aides cybernétiques peuvent aider à résoudre les pénuries de personnel infirmier. L'armement militaire renforcé par l'IA peut s'étendre en territoire dangereux, et ainsi de suite.

L'augmentation du potentiel humain, également connu sous le nom de " biohacking"[3], s'est développée à partir d'une combinaison de l'esthétique de la modification du corps et des développements biomédicaux émergents. Sur le visage, le biohacking ressemble à une mode de la contre-culture, née de tendances telles que le tatouage, le piercing ou le dédoublement de la langue. Mais les implications ne se limitent pas à la profondeur de la peau, car les biohackers s'efforcent « d'augmenter » leur corps de manière proactive grâce à la technologie.

Les puces d'identification par radiofréquence (RFID) peuvent maintenant être implantées par voie sous-cutanée et utilisées pour l'identification, les paiements électroniques, l'ouverture des portes de sécurité ou le déchargement d'informations telles que les dossiers médicaux. De cette façon, le corps devient la clé, la carte de débit et le réceptacle d'information que l'esprit ne peut pas retenir. Les implants magnétiques donnent au porteur la perception extra-sensorielle des champs magnétiques, ou la capacité d'exécuter des tours de magie comme attirer les trombones et les capsules de bouteilles au bout du doigt. La communauté des " broyeurs [grinders] ", comme ils se nomment eux-mêmes, favorise l'auto-expérimentation et l'essai de nouveaux hacks corporels sur des participants volontaires, tout comme Jonas Salk a testé sur lui-même pour la première fois son vaccin antipoliomyélitique qui a changé le monde.

Il y a des possibilités illimitées dans ce domaine de recherche et d'application ; le remplacement des membres sains par des prothèses plus performantes, ou des organes par des cœurs, des poumons, des foies, des foies artificiels, au lieu de greffes venant de cadavres. Contrairement aux membres charnus et aux organes avec lesquels nous sommes nés, ces prothèses et remplacements pourront être connectés à une surveillance sans fil, de sorte que leur efficacité pourra être revue et gérée. Lorsque ces dispositifs sont interconnectés, le corps humain fait partie de l'Internet des objets. Tout comme les êtres artificiellement intelligents seront interconnectés, les corps humains seront interconnectés avec d'autres humains et machines.

Ces deux concepts témoignent d'un changement radical dans notre relation avec notre corps et nos enfants. Libérer le corps de la reproduction libère l'humanité de sa propre continuation physique. À première vue, les défenseurs de la reproduction peuvent présenter cela comme un progrès, mais le fait de nous retirer la reproduction de notre corps ne nous libère pas seulement du corps, mais nous soumet aussi à la tyrannie de l'esprit. Retirer au corps la reproduction est avant tout l'élimination des femmes du processus de création de l'être humain. La libération de la reproduction est la libération du sexe, tant dans l'acte que dans la biologie. À ce moment-là, le genre devient vraiment une mode, sans qu'il ne reste de fondement dans l'histoire des origines humaines.

Les défenseurs des transgenres répondront que nous sommes plus l'esprit que le corps, et c'est ce qui fait de l'idéologie transgenre une composante essentielle du mouvement vers l'acceptation transhumaniste, que les défenseurs des transgenres réalisent ou non ce lien (une recherche sur Twitter révèle que beaucoup le font). L'effort en cours pour changer de langage et redéfinir les termes " masculin " et " féminin " pour qu'ils se réfèrent à autre chose que le dimorphisme sexuel, vise à établir un dualisme cartésien corps-esprit dans lequel l'esprit peut dominer le corps à tel point que la subjectivité personnelle peut contredire de manière décisive la réalité biologique. La pratique transgenre est le biohack ultime. L'affirmation selon laquelle une personne est née dans le " mauvais " corps est un rejet total de l'unification corps-esprit, et une affirmation selon laquelle l'esprit et le corps peuvent être si disparates que le corps doit être complètement modifié pour correspondre à la perception que l'esprit a de ce qu'il devrait être.

Contrairement à la perception populaire et à la rhétorique du mouvement transgenre, l'activisme transgenre n'est pas une question de compassion et de dignité. Bien que la défense des transgenres soit formulée dans le langage de l'oppression et de l'identité, l'idée qu'il s'agit simplement de la dernière facette d'une lutte permanente pour les droits civils est une idée fausse. Dans le climat culturel actuel, remettre en question le concept de transgenre, c'est remettre en question le droit des personnes transgenres à exister. Il s'agit d'une stratégie extrêmement efficace qui dissuade les sceptiques de s'enfoncer dans une idéologie en les qualifiant de bigots. Mais les implications de ce transgenre sont si graves et d'une telle portée qu'il faut se poser des questions. L'enjeu n'est pas seulement l'acceptation par la société de personnes ayant des points de vue ou des modes de vie différents, mais les aspects les plus fondamentaux de ce que signifie être humain.

Ce n'est pas une anomalie que le mouvement atteigne son rythme culturel dans le débat sur l’utilisation des pronoms. La première étape pour changer la façon dont nous pensons à notre corps et ce que signifie être humain est de changer la façon dont nous parlons de ces choses. Les codes du langage transgenre exigent que nous renoncions aux fondements de notre corps en biologie et que nous les considérions plutôt comme des constructions d'attentes sociétales arbitraires (et quelque peu injustes). Nous ne devons pas considérer la " mère " et le " père " comme des termes reproductifs, mais comme des relations culturellement spécifiées. Cet effort agressif pour changer et contrôler l'utilisation du langage, et pour redéfinir des termes comme " mâle " et " femelle " pour nier la différence sexuelle caractéristique de tous les mammifères, est conçu pour découpler l'esprit du corps et des humains de la logique évolutionnaire et reproductrice. Au lieu de cela, une idéologie de l'émotion doit dominer la réalité biologique.

Avec l'acceptation généralisée de l'augmentation du potentiel humain, de la biotechnologie, de l'IA et du mouvement transgenre, nous retirons le facteur du corps humain et l'accordons entièrement à l'esprit. Mais notre humanité n'est pas dans notre conscience, mais dans les corps biologiques d'où provient cette conscience.

Ce sont nos corps qui souffrent de douleurs et de sensations spectaculaires, et qui alimentent nos esprits avec des données sur le monde extérieur et sur notre relation avec lui. Sous ses différentes formes, le transhumanisme est une tentative de réifier un dualisme illusoire entre le corps et l'esprit qui a des conséquences bien au-delà de ce que l'on peut imaginer aujourd'hui. C'est une idée qui progresse sans être circonscrite. Tant que les transhumanistes sont les seuls à se concentrer sur la question, ils peuvent effectuer d'énormes changements en l'absence d'une large base constituante, parce que les conversations sur l'éthique sont à la traîne par rapport aux énormes progrès de la technologie et de la politique identitaire.

Mais les préoccupations que nous percevons comme étant en marge de la culture, ou ésotériques et vaguement pertinentes pour un avenir lointain, font en fait partie d'une redéfinition idéologique géante de l'humanité.

Si nous n'assistons pas à ces débats et à leurs implications, nous allons nous réveiller un jour pour constater que les développements nous ont dépassés, qu'il est trop tard, et que nos corps n'ont aucune importance.

Ce que nous oublions, c'est que l'esprit doit servir l'humanité du corps - dans la souffrance, la joie, le plaisir, la douleur, les chatouilles, les démangeaisons, voire la mort. Sans cette soumission, le mental n'est rien d'autre que l'ego, sans aucun contrôle sur son pouvoir ou son influence. Etre un esprit sans corps, c'est n'avoir aucune relation avec le monde physique, et aucun enjeu dans ce monde.

Si nous nous percevons nous-mêmes et les autres comme des esprits désincarnés pilotant des machines à viande - des corps de simple matière qui n'ont pas d'importance - quelle horreur serons-nous capables d'infliger aux corps des autres ? Quand nous renonçons à notre humanité, nous oublions ce que signifie infliger de la douleur et souffrir.

Le choix, le facteur déterminant, réside dans chaque individu seul. Les transhumanistes ont raison sur au moins un point : la responsabilité de l'humanité n'incombe pas à l'État, ni à aucune ONG, mais à chacun d'entre nous.

En accordant à l'esprit le pouvoir complet et l'autorité sur la chair, nous ne nous libérons pas nous-mêmes, mais nous nous soumettons à l'oppression d'une conscience que nous ne comprenons pas encore correctement. Le risque est que nous ne réalisions que tardivement que le transhumanisme est une oppression déguisée en libération.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
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NOTES :
[1] Chatbots : Il s’agit  de robots qui peuvent converser (to chat :bavarder) et sont programmés pour le faire. La question est de savoir si la question de Turing, un robot peut-il être aussi intelligent qu’un être humain ?
Le brillant mathématicien britannique fit un test pour vérifier la présence d'esprit, ou de pensée, ou d'intelligence dans une machine. En termes plus simples, il s'agit d'un test pour vérifier si une machine peut imiter l'intelligence humaine. En d'autres termes, si une machine peut tromper un humain et faire croire aux humains qu'il s'agit d'un humain, la machine réussit le test (un ordinateur a ainsi battu le champion d’échec Kasparov en 1997).

[2] Pour le cloud voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing

[3]Les biohackeurs cherchent à optimiser leur cerveau, leur concentration, à avoir une santé optimale et ils désirent éviter ou guérir de maladies de civilisation (alzeihmer, cancer, maladies auto-immmunes… ) par des moyens non-conventionnels.

Sur l’auteur de l’article
Libby Emmons

Libby Emmons Elle est une dramaturge qui a obtenu de nombreux prix, qui a publié ses écrits chez Quillette, Smith & Krause, Applause Books, New York Theatre Review, Narratively, The Federalist, Spill, Liberty Island et elle publie semi-régulièrement dans le blog li88yinc.com.

samedi 28 juillet 2018

La Toute Sainte Mère de Dieu et le clown



Petros Goueren était un grand clown. Mais les années passaient, il vieillissait et il ne pouvait plus trouver de travail. Désespéré et pour ne pas mourir de faim, il prit la route d'un monastère dédié à la Toute Sainte [Mère de Dieu]. Peut-être que les moines l'accueillieraient quelque temps. En effet, l'higoumène le garda pour qu’il accomplisse quelques tâches.
Petros était content. Et il voulait remercier la Toute Sainte pour cela. Mais il était illettré, alors il ne pouvait lire les gros livres [à l’église] et chanter des hymnes, comme les moines. Mais il pensa faire quelque chose lui aussi... Et un après-midi, quand les moines étaient tranquilles dans leurs cellules, Petros était introuvable.
L'higoumène, voulant l'envoyer accomplir quelque tâche, tenta de le trouver.
Il le chercha partout mais ne le vit nulle part. Peu après, il passa devant la grande porte de l'église et, par la grande vitre, il jeta un coup d'œil dans l'église. Et que vit-il! Pierre était devant la grande icône de la Tozute Sainte, et il faisait des galipettes et mille acrobaties. Il marchait sur les mains, se tenait  sur une main, et faisait la roue. L'higoumène fut bouleversé par ce qu'il voyait. Il trouva que c’était faire preuve d’un très grand irrespect et il était prêt à crier.
Ce fut précisément le moment où... Petros, en équilibre sur la tête, jonglait avec ses pieds, avec son vieux bâton de clown.
Et son vieux visage était rouge, et les veines de son cou étaient gonflées, et une rivière de sueur coulait de son front.
L'higoumène était prêt à donner de la voix. Mais à ce moment-là, apparut la Toute Sainte de la grande icône tendant la main en s’inclinant  pour essuyer avec le bord de son manteau la sueur du visage de Petros. L'higoumène frémit. Il s’agenouilla, se signa et murmura en tremblant: "Pardonne-moi, ma Toute Sainte. Tu sais qui t’honore et te glorifie le mieux... "

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Video de la Famille Impériale russe en couleur!

vendredi 27 juillet 2018

Sur Parlons d'Orthodoxie: Starets Serge

Icône de Père Serge par Georges Kordis


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Extraits des lettres du père Serge (Chévitch) à l’une de ses filles spirituelles


1. Tous les saints et les justes ne prêtaient aucune attention ni à la sécheresse, ni aux pensées, ni aux combats, pas plus qu’à la joie, à la douceur ou à la consolation spirituelle. Ils n’aspiraient qu’à une seule chose : être fidèles au Seigneur, dans un accomplissement de chaque instant de Ses commandements, dans le service du prochain, dans la garde du cœur et dans tout ce qui s’y rattache.

2. La seule et unique cause de tous nos désordres intérieurs et extérieurs est l’abandon de la prière ! Prier, prier, prier, et tout sera harmonieux. Voilà la recette générale et universelle. Il n’y en a pas d’autre. Nous sommes faibles parce que nous sommes seuls. Nous sommes seuls parce que le Seigneur est absent ! Le Seigneur est absent parce que nous ne Lui demandons pas d’être avec nous ! Tout est là. Plus nous prierons avec ferveur, sans interruption, avec attention, plus s’ouvrira au-dedans de nous, vite, véritablement, le Royaume de Dieu ; voilà le bonheur et la félicité ! Rien de plus ne nous est nécessaire ici bas. Et celui qui [demeure] dans le Royaume, il règne !

3. La vie spirituelle véritable c’est la paix et la joie dans le Seigneur. Pour construire la paix du cœur, il faut, de notre côté aussi, y consacrer tous nos soins et toutes nos peines, tout en sachant que la paix intérieure véritable est un don de Dieu. Pour cela, il faut extirper du cœur tout ce qui peut troubler cette paix intérieure, c’est-à-dire les sentiments mauvais, l’irritation, l’envie, la convoitise, les vains soucis, etc. Tout cela nous ravit la paix intérieure et le repos [spirituel]. Ayez la paix en vous-même et le but est atteint. Tel est l’état bienheureux (благобытие)  et la béatitude. Ne vous souciez que de cela. Dès que vous voyez que la paix est endommagée par quelque chose, tout de suite rétablissez-la, et cela du matin jusqu’au soir. Vous avez péché ? ne vous découragez pas, mais avec simplicité demandez au Seigneur de vous pardonner, invoquez de nouveau son saint Nom, et vous goûterez alors une douce paix du cœur. Voilà quelle est la vie spirituelle véritable – ce ne sont ni les prosternations, ni les exploits ascétiques, ni les jeûnes, mais la paix et la joie dans le Saint-Esprit. Cela est parfaitement adapté, facile et accessible, à tous et à chacun. « Prends et garde ! » – Il suffit de le vouloir!

4. La confession est uniquement l’énonciation de ce qui est conçu clairement par le cœur comme enfreignant la Volonté de Dieu.

Lorsqu’on a le désir de s’entretenir d’un sujet spirituel, il est tout à fait possible soit d’échanger avec des amis spirituels ou par correspondance avec des gens qui ont une expérience spirituelle, des Anciens à Valaam, à l’Athos – je peux vous communiquer des adresses –, ou enfin par la lecture d’ouvrages spirituels. Il est nécessaire de lire sans interruption. Ce que vous lisez aujourd’hui, demain, tout d’un coup, jettera la lumière sur une quelconque difficulté spirituelle ; [lisez] principalement l’évêque Théophane [le Reclus], l’évêque Ignace [Briantchaninof], la Philocalie.

La prière de Jésus, c’est l’amour pour Dieu et le premier commandement, aussi bien de l’Ancien que du Nouveau Testament : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » (ce qui veut dire : pratique la Prière de Jésus qui est justement amour de Dieu). Grâce à cette prière, sans l’avoir cherché, le cœur s’enflammera d’amour pour le prochain et pour toute créature de Dieu. Il n’est pas possible d’aimer sincèrement le Créateur sans aimer l’œuvre de Ses mains. Aimez ceux qui vous entourent : c’est cela aussi la Prière de Jésus. À chaque effort dans cette direction, de votre cœur jaillira aussitôt « la source d’eau vive jaillissant jusque dans la vie éternelle », c’est-à-dire l’amour de Dieu, la toute-allégresse du Saint-Esprit, c’est-à-dire la prière incessante.

5. Toi seul sais, Seigneur, l’Unique et le seul Sage, « les temps et les moments ». Et nous, non pas comme des démons ingrats, mais comme des enfants de Dieu reconnaissants, aimants et bien-aimés, nous supporterons tout avec patience, avec reconnaissance dans le cœur, avec action de grâce sur les lèvres. Réjouissez-vous dans le Seigneur et que votre âme brûle incessamment de cette joie salvatrice. Restez fermement attachée au Seigneur par la pensée : « Je Te rends grâce pour tout ! Je Te rends grâce, à Toi le Sage, Toi le Tout-Bon, Toi le Seul-Aimant et Bien-aimé ! Tu m’as donné de connaître la voie de la Vie. Tu m’as abreuvée à la coupe de Ton Amour. Tu m’as conduite dans Ton Temple ! Tu m’as fait communier à Ta Souffrance et à Ta Gloire ! »

Je voudrais toujours vous apaiser complètement, afin que vous suffise pour longtemps cette réserve de quiétude. Il ne faut pas exiger beaucoup du Seigneur – [sinon] c’est le signe d’une relation à la vie spirituelle qui n’est pas juste. Le Seigneur enverra tout ce qui est utile, mais quand ce sera le moment et quand ce sera nécessaire. Il ne faut pas que la vie spirituelle soit seulement la soif de consolation et de plaisir [spirituel]. Le Seigneur veut de notre part la fidélité, le dévouement, la constance dans la patience, et la reconnaissance. C’est cela qui a du prix ; tout le reste n’a aucune valeur dans la vie spirituelle. Ceux qui sont expérimentés dans la vie spirituelle n’accordent aucune signification ni aux consolations, ni à leur arrêt, ni à leur absence. Dans le livre La lutte invisible, l’évêque Théophane [le Reclus] dépeint très bien tout le chemin de la vie spirituelle, et il y a des chapitres tout à fait compréhensibles sur la prière et sur la Prière de Jésus. Essayez donc de vous procurez cet ouvrage quelque part et lisez-le soigneusement, repassez dans votre mémoire tout ce qui se rapporte au chemin spirituel et discernez ce qui vous est profitable et ce qui ne l’est pas.

Par-dessus tout, luttez contre l’acédie. C’est votre combat principal. Si vous avez le dessus sur l’ennemi, le reste sera pour vous simple et facile. L’acédie a pris de la force en vous à la suite des épreuves de votre vie, d’où la nécessité pour vous de beaucoup vous battre contre elle ; mais vous la vaincrez ; mettez seulement du cœur à la lutte ! Montrez-lui que vous êtes un lutteur et un combattant valeureux, et elle n’osera plus s’approcher de vous.

N’attendez aucun succès facile et rapide dans la vie spirituelle – c’est d’abord l’indice d’un manque de fermeté. D’ordinaire, celui qui cherche à réussir vite et facilement dans la vie spirituelle, se refroidit et se détache du Seigneur. Mais si nous sommes prêts à peiner toute notre vie, afin de récolter, à la fin, des fruits bons et murs, tout cela aussi nous le recueillerons en son temps. Il ne faut pas non plus se comparer avec qui que ce soit. C’est un terrain favorable aux tentations de l’Ennemi. Le dicton « qui va lentement, va sûrement » se vérifie largement dans la vie spirituelle.
Que brûle toujours en vous le désir d’être ferme, reconnaissante à Dieu – les démons sont orgueilleux et ingrats – et répandez sur les autres une gaîté chaleureuse, la joie, la vaillance, la consolation !

6. Je vous félicite à l’occasion de la merveilleuse fête de la Protection de la Mère de Dieu ! Que nuit et jour la joie et l’amour inextinguible du Christ réchauffent votre cœur et votre esprit ! Je vous félicite également pour votre participation au Mystère le plus doux au monde de l’Amour de Jésus, pour l’Union Très Douce et Très Vivifiante ! Quel Trésor ! Et combien notre négligence nous éloigne de nouveau de cet Amour ! Si nous étions toujours, à l’avenir, [recueillis] en nous-mêmes, dans la divine garde du cœur, il nous réjouirait de l’intérieur, nous réchaufferait et nourrirait avec une grande douceur notre esprit, nos sens et notre corps !

Seuls ceux qui n’ont pas connu ni goûté l’Amour de Dieu peuvent accorder du prix à tout ce qui est extérieur ; mais pour ceux qui sont intérieurement réchauffés par l’Amour du Christ, il est irrésistiblement doux de demeurer au-dedans du cœur et là, de se délecter de la Joie et de l’Amour de Dieu ! Voilà la Vie ! « La Joie en Dieu est plus forte que la vie d’ici-bas », selon les paroles de saint Isaac le Syrien. Et toute la vie consiste à rechercher et à acquérir cette Joie salvatrice et vivifiante ! Et qu’importe où nous recueillons des miettes de cette Joie, de ce Bien ! Dans le désert, dans un skit, ou dans une famille – c’est égal ! Pour ceux qui aiment Dieu sincèrement, ni le lieu ni l’heure, ni la condition n’ont d’importance ! Où que nous nous trouvions nous sommes bienheureux et très bienheureux, que ce soit dans des palais, ou dans des taudis, ou dans « des antres de la terre ». Tout le mystère réside dans le fait d’aimer le Seigneur de tout son cœur ; et cela, qu’est-ce qui peut l’empêcher ? Daniel dans la fosse aux lions, les Trois Enfants  dans la fournaise de feu, les Apôtres à toutes les extrémités du monde, n’ont pas laissé s’éteindre cette flamme. Mais elle brûlait en eux et par eux enflammait les autres ; tels de grands Flambeaux de Dieu, ils ont glorifié Son Nom !

7. « N’éteignez pas l’Esprit ! » Ce commandement a une grande signification et requière de nous, en toute situation et toute condition, un travail spirituel intense sur nous-mêmes... C’est pourquoi il ne faut pas accorder d’attention à notre situation extérieure. Être mère et aimer le Seigneur de tout son cœur est bien plus élevé que de vivre au monastère sans amour pour le Seigneur... J’ai vécu dans deux monastères et j’y ai trouvé même presque moins de compagnons de route spirituels que dans le monde... L’amour de Dieu et la prière accomplie de tout son cœur peuvent acheter partout une réussite unique – tout dépend du zèle et de notre intention.

8. C’est toujours avec la joie du cœur dans le Seigneur que je reçois vos lettres. Je m’étonne toujours de voir que vous souffrez, que vous êtes dans l’acédie. Mais pourquoi ? D’autres peut-être, mais vous, vous ne devez agir ainsi ! Vous qui avez connu toute la profondeur de l’Amour de Dieu (ou bien ne l’avez-vous pas encore totalement perçue ???). D’autres peut-être mais vous, vous ne devez pas agir ainsi ! Car il n’y a rien en dehors de cet Amour.

De la nécessité de combattre nos passions, non seulement il ne faut pas se décourager, mais au contraire se réjouir ! C’est en effet l’indice qu’à l’intérieur il y a la vie, la mêlée, la lutte ! Quand au dedans tout est mort, l’homme alors ne s’inquiète de rien ; il ne sent rien en lui-même, il ne remarque rien. Prenez le cadavre d’un mort : même si vous le coupez, si vous le brûlez, rien ne troublera sa quiétude glacée ! Mais quand il y a de la vie à l’intérieur, immanquablement, c’est ou l’envie qui surgit au-dehors, ou l’irritation, ou l’intempérance, ou l’impatience, etc., etc.

C’est en cela que consiste la vie. Voilà ce qu’est la vie : c’est essentiellement la lutte contre ces états! Retrousse seulement tes manches, jette-toi dans la bagarre – c’est à qui battra l’autre !

Les ascètes expérimentés se réjouissent de ce temps de lutte et de combat. Alors seulement, c’est l’occasion d’obtenir des couronnes et des victoires. Moments ardents, bons, bénis ! C’est le signe que la vie va de l’avant, que la libération de toutes les passions, que la paix et la joie de demeurer éternellement aux doux pieds du Maître sont de plus en plus proches ! Ce n’est pas le moment de tomber dans l’acédie mais de se réjouir, de rendre grâces ! Voilà l’ordre et l’obédience que je vous donne : rendre grâce, rendre grâce et être dans la joie !!!

9. Je suis profondément touché par l’envoi des prières des startsi d’Optino et du métropolite Philarète (Drozdov). Elles m’ont plu extraordinairement – en elles souffle un esprit de profond amour et de consécration au Seigneur. C’est le balbutiement d’un cœur aimant, reconnaissant et fidèle au Seigneur. Puissions-nous, nous aussi, atteindre à ce balbutiement, car c’est cela la perfection de la prière et de toute la vie spirituelle. Plus élevé, plus spirituel est l’homme, plus il est simple, aimant, doux, plus il acquiert une absence de malice, une pureté, une limpidité d’esprit, un esprit pacifique enfantins, et ce qui est le plus élevé que tout : l’amour, l’élargissement du cœur, brûlant pour tous de compassion, d’affection, de sympathie, de tendresse...
C’est cela que nous chercherons à obtenir dans toutes nos prières et c’est pour ces fruits que sont indispensables toutes les prières, c’est-à-dire pour les fruits de l’Amour de Dieu, qui est Dieu Lui-même. Et là où est Dieu, là est aussi l’amour.

La Prière de Jésus est une prière parmi toutes les autres prières, son but est le même. Cependant elle est plus commode, elle unit ensemble plus facilement et plus rapidement la pensée et le sentiment. Quant à dire sa forme brève ou complète, ce n’est qu’une question de commodité et n’a pas de signification. Comme l’âme s’habituera à la dire, c’est cela qui sera bien. La force n’est pas dans les mots mais dans le sentiment de la présence du Seigneur, de Sa proximité, de Son très doux amour pour nous.
Moi-même, je ne vaux rien en tant qu’homme de prière et ne considérez pas mes conseils comme expérimentés, etc. Priez comme c’est le mieux et le plus facile pour vous – le principal est que vous stimuliez en vous-même l’amour pour le Seigneur comme vous savez le faire : lectures, action de grâces pour tout, repentir dans les péchés et les fautes, miséricorde et sympathie pour tous les hommes et même pour les créatures de Dieu. Sur ce chemin-là, on ne peut s’égarer... Donnez-vous des ailes par la pensée que vous êtes aimée du Seigneur, en qui j’ose vous convaincre et vous persuader que vous n’avez rien fait de mal, car rien n’était selon votre volonté mais selon Sa Sainte Volonté... Et tout est extrêmement sage et admirable au plus haut point ! Enflammez-vous d’amour et de reconnaissance envers Lui pour tout. Brûlez devant Lui comme le cierge de Jérusalem – du feu pur de l’amour, de la douceur et de l’espérance !
Tous vos proches, à leur tour, s’enflammeront à votre contact. L’amour appelle l’amour. L’amour vient de la prière, de la lecture, de l’effort de purification de soi. Confessez plus souvent toutes les mauvaises herbes – cela fait monter dans le cœur de douces larmes devant le Seigneur... La confession peut être journalière, comme dans les bons skits et les bons monastères, auprès de startsi expérimentés ; c’est le moyen le plus sûr pour réchauffer en soi l’amour pour Dieu. Que le Seigneur Dieu vous aide et vous garde. Qu’Il fortifie en vous la joie, l’amour, la paix.

10. Réellement il y a beaucoup de choses que je ne sais pas et sur beaucoup de points je peux me tromper, mais je ne pense pas me tromper en ceci : il faut aller vers Dieu avec légèreté, avec une grande simplicité et une grande espérance. Son Amour est sans limite et les signes de cet Amour, nous les trouvons autour de nous dans la vie de tous les jours. Alors pourquoi se décourager ou de quoi nous attrister ? Consacrons-nous entièrement à Lui et marchons à Sa suite. Comme Il l’a dit à l’apôtre Pierre : « Suis-Moi ! » Et nous aussi, suivons-Le.

Et tout sera pour nous léger, il n’y aura aucune difficulté. Il y a des difficultés là où règne ce qui est humain, mais là où est le Seigneur, là sont la joie et la liberté. Et vous êtes libre, vous n’êtes la servante de personne, hormis celle de Dieu. Allez à Sa suite, aimez-Le de tout votre cœur, avancez-vous vers Lui légèrement, avec plus de simplicité. Il n’y a aucune raison de souffrir ou d’être dans l’amertume, sinon pour nos péchés et nos transgressions ; mais cela aussi, Il nous l’a pardonné ; de quoi donc pouvons-nous nous attrister ? Nous aimerons Dieu et nous porterons tous nos désirs vers Lui ; nous regarderons les gens, comme les choses terrestres, avec paix et indulgence, sans nous attacher à rien ni à personne et nous ne souffrirons de rien ni de personne.
Sa Résurrection a changé nos lamentations et nos pleurs en joie. Nous irons à la rencontre de Sa Résurrection, et tout ce qui est humain s’enfuira devant nous « comme se dissipe la fumée, comme fond la cire devant la face du feu ». Notre cœur goûtera à la Joie éternelle de la Résurrection et jamais nous ne mourrons... Là où est le Seigneur, il n’a pas de difficulté. Toutes les difficultés fuient devant Sa face. Rien ne peut résister devant la lumière de Sa Face ! Nous ne sommes esclaves de personne, sinon de Lui. Certes les hommes restent les hommes et ce qui est humain reste humain. Mais nous avons été baigné dans Son Sang et nous avons été libérés de tout. Son Amour nous a baigné ! De quoi donc avoir peur ? À propos de quoi se décourager ? Sa Résurrection a changé nos larmes en joie !...

Son amour est plus élevé que tout, la joie en Lui est plus forte que la vie d’ici-bas... Regardez les choses avec calme, allez vers Lui avec légèreté. Il vous aime, et rien ni personne ne peut vous séparer de Son amour... Allez librement. Sachez que c’est Lui notre Guide principal, notre Directeur et notre Maître, que tous les directeurs et les conducteurs d’ici-bas ne sont que des compagnons de route sur le chemin et des conseillers, rien de plus. Nous ne sommes en rien obligés vis-à-vis d’eux ni eux vis-à-vis de nous. Un vrai père spirituel se contente d’apporter son soutient, de consoler sur le chemin et de redonner courage... N’en cherchez pas qui donne des ordres, car il n’y en a pas – s’il y en eu jamais, ce fut rare et où, et quand ?...

À présent c’est le Seigneur Lui-même qui est le Guide, mais les écrits des saints anciens nous expliquent où, quand et comment il convient de nous comporter. Ne vous confiez à la conduite de personne sinon au Seigneur et, dans les circonstances difficiles, réfugiez-vous vers celui, à cette minute, que le cœur vous indique, évidemment vers quelqu’un de digne et d’expérimenté par la vie comme par la sagesse.

Réjouissez-vous davantage. Souvenez-vous des paroles de saint Séraphim : « La tristesse en a tué beaucoup et elle n’apporte rien de bon. » Mais nourrir l’âme de joie lui redonne de la force et la rend courageuse et invincible au péché.

11. La vie spirituelle est la lutte contre le péché. C’est un combat à mort même, entre la Lumière du Christ et les ténèbres du péché. Et les jours de notre vie sont les pages où s’écrivent ces batailles. Il est absolument sans importance qu’elles soient menées dans un monastère où dans le monde. Pour le Seigneur c’est absolument égal. Que dix fois vous preniez l’habit monastique et que dix fois vous retourniez dans le monde, cela n’a absolument aucune importance. Ce qui a un sens, c’est uniquement la lutte et, à la fin, la victoire finale : « Le jour de la Résurrection ! »... Et arrivent là, non pas ceux qui ne sont jamais tombés mais tous ceux qui, même s’ils ont été blessés de nombreuses fois dans cette lutte, jusqu’à la fin, n’ont jamais baissé les bras. Personne n’y arrivera sans blessure ni plaie... Mais tous y goûteront la Joie qui leur est préparée.

Rendez de plus en plus grâce au Seigneur pour l’art avec lequel Il a purifié si merveilleusement votre cœur, pour lui confier désormais un trésor de grand prix : votre amour pour Lui ! Que fuient loin de vous tout découragement et toute crainte... Que seules la gratitude et la joie rayonnent dans votre âme ; tout cela vous mènera à un plus grand amour encore pour Lui et à plus de reconnaissance...

Mais maintenant, à l’œuvre ! Lancez-vous dans le combat contre le péché... Luttez, mettez-le à mort en vous – ces péchés mesquins de tous les jours : jugements, irritation, envie, paresse, scepticisme, froideur... Et voilà l’arme qui triomphe de tout : le Nom de Jésus ! En pénétrant dans le cœur, il y installera un paradis permanent, d’une douce chaleur et qui embaume la lumière de l’Amour de Dieu. Et alors, votre ennemi perfide n’osera plus s’approcher de vous, même de loin. Considérez les épreuves vécues comme les pages merveilleuses d’un combat parfait pour la Lumière, pour le Bien ! Et gloire à Dieu pour tout ! Gloire à Sa Lumière, sage, bien-aimée, instructrice, directrice, conductrice ! Épanchez-vous devant Lui dans votre plus profonde gratitude pour tout, tenez vous devant Lui pendant des heures et versez de votre cœur de la reconnaissance envers Lui pour tout, peu importe les mots que vous emploierez...

Dites : « Je Te rend grâce pour tout ! Je Te rend grâce pour le jour de ma naissance à cette vie merveilleuse ! Pour la grâce du Baptême que je porte ! Pour la foi admirable à laquelle Tu m’as attirée ! Pour Ton Amour, que Tu m’as donné de connaître et de goûter ! Pour les conducteurs et les directeurs rencontrés sur le chemin ! Pour les ami(e)s spirituel(le)s ! Pour Ton Évangile admirable, Livre de Vie et d’Amour ! Pour le glorieux et redoutable Mystère qui nous fait goûter à Ta Vie, unissant notre petite vie avec Ta Vie vivifiante, éternelle, incorruptible ! Je Te rends grâce pour toute ma vie, pour ce combat pour Toi, afin que je n’aime que Toi seul, Toi l’unique, et personne ni rien d’autre au monde ! » Voilà quelle sera la prière incessante de votre cœur et, avec elle dans votre cœur, la Vie incorruptible !

12. Cherchez toujours le Seigneur et vous Le trouverez. Frappez aux portes du Royaume par la miséricorde, l’amour du prochain, la prière de tout votre cœur, et elles s’ouvriront ! Même si une montagne de péchés pesait sur vous, ils seraient dispersés par le vent de l’amour et de la miséricorde. Devant la puissance de la miséricorde, rien ne peut résister ni sur la terre ni au ciel. Sa puissance est invincible...

13. En aucun cas ne vous épuisez plus ainsi. Cela n’est pas juste du tout. Il n’y a d’ascèse utile que celle qui est accomplie régulièrement. En toute chose, il faut commencer avec peu, et non avec beaucoup pour abandonner ensuite. Une heure est tout à fait suffisante pour votre règle de prière du soir. Et je voudrais vous conseiller de limiter la lecture des prières à une, ou au plus à deux courtes prières : « Notre Père » ou « Roi Céleste », et de consacrer le reste du temps aux prosternations accompagnant la prière « Seigneur Jésus aie pitié ! » Saint Isaac le Syrien parle de cela en ces termes : « Ne considère pas comme de la paresse, parce qu’il t’amène à abandonner la récitation des psaumes, le fait de prolonger une prière recueillie et sans distraction. Plus que la pratique de la psalmodie, aime les prosternations durant la prière. Quand la prière te sera donnée, elle tiendra la place de ta liturgie.. » [Discours ascétiques, 34].

Le principal, c’est l’attention. Mais si l’intellect s’est fatigué pendant la règle [de prière], il ne peut soutenir l’attention durant la Prière de Jésus. Priez avec le sentiment vivant de la présence du Seigneur, sans vous dépêcher, en concentrant votre attention sur les mots de la prière, et avec le temps viendra à vous sans aucun doute la chaleur du cœur, mais alors entretenez-la seulement, comme vous savez et comme vous pouvez le faire...

14. Soyez avec le Seigneur simplement, comme avec l’air : respirez-Le et vivez : voilà toute la science de la vie spirituelle. Chacun y va par les chemins qui lui sont propres, mais le but est unique : s’unir à Lui. L’avoir dans le cœur.

15. Voilà que le Seigneur, pour votre foi et votre patience, vous a envoyé la brise légère du sud, tiède et douce, de Sa miraculeuse bienveillance. Il en est toujours ainsi pour ceux qui font patience avec sagesse et ne perdent ni l’espoir ni l’espérance.

Ainsi à l’avenir persévérez dans votre course, sans trop de réflexion, sans créer de difficultés – en fait elles n’existent pas; ce sont les fruits de notre état de pécheur et des suggestions du Malin. Aimez Dieu simplement, non d’une manière sentimentale mais en Lui obéissant constamment dans les moindres détails, avec humilité devant Lui.

Son Amour parfait et prévenant n’oubliera rien, ne méprisera rien ! Soyez consolée! Dieu vous aime! Aussi souvent que possible ramenez à Lui par la pensée le regard de votre cœur, et votre cœur sera submergé de vagues de joie et d’espérance !

Priez pour le misérable que je suis, je ne cesse de prier pour vous.

SOURCE

RAPPEL
Aux Editions du Cerf: 
Jean-Claude LARCHET/Le starets Serge



Correspondant de saint Silouane et du célèbre Higoumène Chariton de Valaam, ami de Jacques Maritain, Louis Massignon, Olivier Lacombe, Charles du Bos, Emmanuel Mounier et Gabriel Marcel, père spirituel de Nicolas Berdiaev, de Vladimir Lossky et du grand iconographe Grégoire Kroug, le Starets Serge Chévitch (1903-1987) fut l'une des figures les plus charismatiques et les plus lumineuses de l'émigration russe et de l'Eglise orthodoxe en Occident. 

Cet ouvrage présente la vie, la personnalité et l'enseignement de ce grand spirituel. Un enseignement simple, très concret, proche des sources évangéliques et patristiques, et profondément ancré dans l'expérience intérieure de " la vie en Christ ", dont pourront tirer profit tous les chrétiens soucieux d'approfondir au quotidien leur vie spirituelle.
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