"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

vendredi 20 juillet 2018

Géronda Aimilianos: "Remerciez Dieu pour tout ce qui arrive"



Par-dessus tout, 
priez sans cesse 
et 
remerciez Dieu 
pour tout ce qui vous arrive.

(Règle de saint Antoine le Grand) 

Antoine le Grand est un réaliste. Ses règles ou ses canons ne sont pas une formule qu'il a trouvée et qu'il nous a lancée. Chacun d'eux [canon de prière] a quelque chose d'unique concernant la vie du moine et, si l'on manque l'un d'eux, tout s'écroule. Il dit que nous devons prier sans cesse mais en même temps remercier Dieu pour tout ce qui nous arrive. Il utilise une conjonction de coordination parce que ces deux choses ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Nous remercions Dieu pour des choses agréables, mais encore plus pour autre chose : dans la vie, les choses ne se déroulent pas toujours comme nous le voudrions. Nous prions, par exemple, et il semble que Dieu n'écoute pas. Nous demandons notre santé, et notre maladie s'aggrave. Nous demandons à Dieu de nous accorder certaines choses et Il ne nous donne rien. Tout est à l'envers.

Les gens qui n'apprennent pas à remercier Dieu pour tout, surtout pour l'adversité, n'avanceront jamais d'un pouce au-delà de l'endroit où ils se trouvaient lorsque leur mère les a mis au monde. Ils ne feront aucun progrès. Et, bien sûr, quand leurs mères les portaient, ces gens étaient des bébés innocents, ils avaient une sainteté naturelle, alors que nous avons la cruauté, et la connaissance qui nous rend coupables. 

Nous devons donc apprendre à remercier Dieu. Quand nous avons de mauvaises pensées, quand notre frère dit quelque chose et que nous ressentons de la haine en nous, nous devons, à ce moment-là, remercier Dieu et sourire à notre frère. Si nous ne le faisons pas, il est impossible d'avancer d'un pas, parce que tout nous semblera pervers. Et puis, en particulier, les autres et nos circonstances nous feront avoir de mauvaises pensées, des tentations, des passions et des contrariétés.

La prière incessante et la gratitude envers Dieu pour tout ce qui nous arrive sont les conditions nécessaires à une vie naturelle. Si les gens ne remercient pas Dieu pour tout, ils ne peuvent même pas prier, ni vivre dans l'état monastique. 

Les gens doivent être reconnaissants pour tout ce qui leur arrive dans le monastère, que cela vienne de leur monde intérieur ou de la fraternité, des ennemis ou des démons. 

Par exemple, un moine a de mauvaises pensées qui le tourmentent. Il ne devrait pas s'inquiéter, mais devrait se réjouir et remercier Dieu. Il devrait dire au démon : "Arrière Satan!" et le chasser, ou, s'il refuse de partir, le moine devrait pouvoir dire : "Le lit est assez grand pour nous deux. Couche avec moi. Tourne-toi de l'autre côté pour que je n'aie pas à supporter ta mauvaise haleine". Le démon partira alors comme l'éclair.

La prière incessante et la gratitude pour tout sont directement liées à notre règle personnelle. En d'autres termes, n'importe qui peut accomplir sa règle quand il apprend à prier sans cesse. 

Et quiconque accomplit sa règle [de prière] peut avoir une prière incessante. S'il veut séparer sa règle de la prière incessante, toutes deux vont s'écrouler. C'est fondamental et nous devons nous en souvenir. Manquez votre règle pendant deux jours et vous verrez que vous oublierez de dire "Gloire à toi, notre Dieu" même une fois par jour. C'est une loi.

 Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 19 juillet 2018

Père Aimilianos: La connaissance de la méchanceté des autres...


La connaissance 
de la méchanceté des autres,
 c'est-à-dire du mal 
qu'ils font,
 grand ou petit,
 diminue nos pouvoirs,
 parce qu'elle n'est pas en phase  
avec Dieu.

*

Si je fais du bien
à ceux qui me font du mal, 
cela m'apporte la paix. 

Car à la fin, 
tout le monde 
a des pierres d'achoppement pour nous.

 Par une parole, un regard,
 leur manière de marcher,
 leur joie, leur chagrin, 
elles interfèrent avec notre propre progrès. 

C'est pourquoi il faut avoir peur
 et trembler 
pour ne pas réagir 
à ces pierres d'achoppement
 qui perturbent la paix 
de notre esprit et de notre cœur,
et
qui pourraient devenir
 la cause
de notre séparation d'avec Dieu.

*
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 18 juillet 2018

Père Johannes L. Jacobse: Un miracle de Père Païssios

Je n'ai pas parlé de ce miracle de Géronda Païssios publiquement jusqu'à ce que le miracle soit complet, ce qui est presque le cas. On m'a demandé d'écrire un récit du miracle à inclure dans les documents envoyés au Patriarcat œcuménique où une décision sera bientôt prise sur la glorification du staretz Païssios en tant que saint. Je l'offre ici pour la gloire de Dieu et l'édification du lecteur. 
Père Johannes
*
Saint Païssios l'Athonite

18 décembre 2013
Naples, Floride USA


Tôt le matin du 2 avril 2013, j'ai regardé mon téléphone et j'ai vu un texte de Patti, la mère de Jérémie, "Jérémie a eu un grave accident de voiture. Nous sommes en route pour l'hôpital." Jérémie avait 23 ans à l'époque. Elle venait de recevoir la nouvelle de la police qui s'était présentée à sa porte pour le lui dire.

Je me suis précipité à l'hôpital. Bientôt, le reste de la famille de Jérémie est arrivé et nous avons appris la nouvelle. Ça n'avait pas l'air bon. La voiture de Jérémie a heurté le trottoir, roulé trois fois, et les ambulanciers l'ont trouvé assis à l'extérieur de la voiture à peine conscient. Il avait de multiples fractures du crâne, avait glissé dans l'inconscience et était allongé sur la civière de la salle d'urgence.

J'ai dit à la famille que c'était une période désespérée, mais dans les périodes désespérées, nous priions et nous allions demander à Dieu de sauver Jérémie. Puis nous avons prié et j'ai oint Jérémie d'huile. Il y avait du brouillard ce matin-là, de sorte que l'hélicoptère ne pouvait pas transporter Jérémie au centre de traumatologie de Fort Myers, à proximité. Au lieu de cela, ils y sont allés en voiture.

Les trois jours suivants ont été avec des hauts et des bas. Nous ne savions pas si Jérémie allait vivre. Pendant ce temps, Dimitri, un ami de Jérémie en Grèce a entendu parler de l'accident et a parlé à Emily, la sœur de Jérémie, de Géronda Païssios, en particulier de la façon dont le staretz a aidé de nombreux jeunes qui avaient subi des lésions cérébrales dans des accidents de voiture en Grèce.

Dimitri a dit à Emily quoi faire. Prenez une photo de Géronda Païsssios (Dimitri en a envoyé une par courriel) et mettez-la dans sa chambre d'hôpital et demandez son intercession directe. J'ai épinglé la photo sur le lit près du côté de la tête de Jérémie qui avait été blessé. Nous avons commencé à demander à Dieu l'intercession du staretz pour Jérémie. Une semaine plus tard, l'huile d'onction arriva que Dimitri envoya du monastère où le staretz avait passé ses derniers jours en Grèce et nous en avons oint Jérémie. Par Dimitri, Géronda Païssios est venu à nous.

Des milliers de prières ont été dites pour Jérémie et nous y avons ajouté les nôtres. Je pourrais dire le jour où Géronda Païsssios s'est joint à nous, ou du moins quand j'ai appris qu'il était avec nous. C'était comme si le poids des prières s'élevait d'une manière ou d'une autre, ce que j'appelle "l'appel à la cavalerie" - un terme américain qui signifie que nous sommes rejoints par des combattants à cheval qui siègent plus haut et voient le champ de bataille plus clairement et rendent tangible la perspective de la victoire. C'est arrivé le troisième jour. Nous pouvions sentir la présence et la force du staretz avec nous. Certaines infirmières ont fait remarquer qu'elles pouvaient sentir un pouvoir dans la chambre de Jérémie.

Nous avons prié et oint Jérémie tous les jours. Ce fut une période particulièrement difficile pour sa famille, mais l'espoir n'a pas faibli, même s'il y eut des moments de doute et d'épuisement. Jérémie fut dans un coma induit pendant cinq semaines pour donner à son cerveau le temps de guérir et nous avons attendu avec beaucoup d'impatience son retour à la conscience afin de pouvoir avoir une idée de l'étendue de ses blessures et de sa guérison.


La première liturgie de Jérémie après l'accident.

Finalement, le moment est venu de le sevrer de ses médicaments. Il fallut trois jours pour que la sédation dégage son corps. Le troisième jour, la conscience de Jérémie revint. Un test de la fonction cérébrale d'une personne après une blessure grave est de savoir si elle peut répondre aux ordres. En entrant dans la pièce, j'ai demandé à Jérémie de me donner un "pouce levé". Il a levé son pouce. Puis je lui ai demandé de faire le signe de croix. Il l'a fait. Nous savions alors que nous pourrions être témoins d'un miracle.

Après quelques mois, Jérémie a été libéré de l'hôpital et s'est rendu au Shepherd Center d'Atlanta, en Géorgie (hôpital spécialisé dans les lésions cérébrales). Là, les médecins ont ouvertement dit que sa survie et l'étendue de sa guérison était un miracle. 

Le 15 août 2013, la partie de son crâne qui avait été enlevée quelques jours après son accident (pour permettre au cerveau de gonfler) a été rattachée de nouveau. Le chirurgien a dit à Jérémie que 95 % de ses patients qui avaient subi le genre de blessure qu'il a subie ne survivent pas. Les 5 % restants, selon un autre médecin, sont habituellement mis en institutions pour le reste de leur vie.


Aujourd'hui (18 décembre 2013) Jeremiah pêche au large du Golfe du Mexique avec ses amis. Sa guérison est presque complète. Nous nous attendons à un rétablissement plein et complet.

Nous sommes remplis de gratitude envers Dieu et Son serviteur le staretz Païssios pour la guérison de Jérémie. Nous sommes reconnaissants pour l'autorévélation de Dieu à la famille et aux amis de Jérémie - un événement qui dépasse notre compréhension pour le saisir entièrement, mais que nous voyons d'innombrables façons. Notre Seigneur a touché des centaines de vies et certaines ont été changées.

Gloire à Dieu en toutes choses!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 17 juillet 2018

Père George Elliot: L'orthodoxie et l'écologie (R)


Tandis que le mouvement humaniste continue de croître dans notre monde mourant, en mettant l'homme au centre de l'univers, indépendant de Dieu, c'est notre attitude qui est responsable du viol de la nature. C'est de notre exploitation de la Création.

Dans les Vies des Saints, nous voyons que toute la création n'est possible que par Dieu. Les Saints, dans leurs écrits et enseignements, sont conscients de leur position dans la Création et ils ont compassion et amour pour toute la création. Ils nous enseignent que les hommes et les femmes qui reconnaissent la suprématie de Dieu, peuvent avoir le même amour pour Sa Création.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
icône: 

Ceci est l'introduction d'un posdcast ( en anglais) de Père George Elliot, ceux qui désirent l'écouter, peuvent le faire sur le lien suivant:

lundi 16 juillet 2018

Jean-Claude LARCHET: Recension/ Ancien Joseph de Vatopaidi, « Papa Ephrem de Katounakia »



Ancien Joseph de Vatopaidi, Papa Ephrem de Katounakia. Traduit du grec par les sœurs de Solan, préface de l’higoumène Éphrem de Vatopaidi, introduction de Jean-Claude Larchet, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Age d’Homme, Laudanne, 2018, 150 p.

Le Père Éphrem de Katounakia – que ses proches appelaient « Papa », nom couramment donné à tout prêtre (papas) en Grèce – fut l’une des figures les plus marquantes du Mont-Athos dans la seconde moitié du XXe siècle. La collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » lui avait consacré un premier volume, écrit par son premier disciple, le Père Joseph de Katounakia (L’Ancien Éphrem de Katounakia, 2012). Elle lui en dédie ici un second, qui n’est nullement une répétition du précédent, mais vient plutôt le compléter. Moins détaillé quant à la vie du grand spirituel, il est d’une certaine manière plus personnel, puisqu’il témoigne avant tout de l’amour fraternel qui l’a étroitement uni, pendant plusieurs décennies, avec l’auteur, le Père Joseph de Vatopaidi (1921-2009). Tous deux furent d’abord très liés au sein de la petite communauté de l’Ancien Joseph l’Hésychaste, dont le Père Éphrem fut le prêtre desservant avant que d’autres prêtres ne fussent ordonnés en son sein, tandis que le Père Joseph était un disciple de l’Ancien. Lorsque la communauté fut dispersée après la dormition de ce dernier, le Père Joseph, son disciple, fonda sa propre communauté à Néa-Skiti, avant qu’elle ne se transplante au monastère de Vatopaidi pour en assurer le renouveau sous la conduite de l’actuel higoumène l’archimandrite Éphrem, tandis que le Père Joseph, devenu « l’Ancien Joseph de Vatopaidi », en assurait la paternité spirituelle ; dans le même temps, le Père Éphrem de Katounakia vécut de longues années comme ermite dans le désert des Katounakia, avant d’accepter un, puis plusieurs disciples. Tous deux gardèrent cependant des relations suivies, se rendant visite et s’écrivant régulièrement.

Outre le témoignage d’une relation personnelle d’amitié et de fraternité spirituelles intenses, ce livre veut avant tout mettre en valeur les charismes de celui que tous appelaient familièrement « Papa Éphrem », et avant tout sa vertu qui en a été la source principale de ces charismes : l’obéissance (l’ouvrage est d’ailleurs sous titré « L’obéissant charismatique »).

Un deuxième point sur lequel insiste ce livre est la prière. De son vivant le Père Éphrem avait la réputation d’être, avec l’Ancien Charalampos, l’un des deux plus grands hésychastes du Mont-Athos. La Prière de Jésus, qu’il avait appris à pratiquer avec attention et vigilance sous la direction spirituelle de l’Ancien Joseph l’Hésychaste, était devenue pour lui « prière du cœur », spontanée et continue, si bien qu’il mettait parfaitement en pratique le conseil de l’Apôtre « Priez sans cesse » (1 Th 5, 17).

Il avait expérimenté l’un des fruits les plus élevés de la Prière : la connaissance surnaturelle des mystères divins, et c’est par une expérience identique à celle d’Évagre (qui affirmait : « est théologien celui qui prie vraiment ») qu’il pouvait dire et redire : « la prière engendre la théologie ».

On trouvera dans ces pages un résumé des riches enseignements du Père Éphrem sur la Prière de Jésus : ses conditions, ses moyens, son but, ses effets.

On trouvera aussi dans ce livre beaucoup de conseils utiles pour faire face aux épreuves et aux tribulations de la vie, en particulier aux maladies et aux souffrances, par lesquelles Papa Éphrem ne fut pas épargné, mais qu’il apprit à traverser et à surmonter dans l’esprit qui convient à un disciple du Christ.

De nombreux autres sujets encore sont abordés, à propos desquels l’Ancien Éphrem témoigne de son expérience et dispense ses recommandations : la façon, pour chacun, d’observer fidèlement son programme spirituel et de mener avec constance le combat spirituel intérieur ; la nécessité de surveiller ses pensées et de les soumettre à un examen de conscience régulier ;  l’importance de la confession et de la sainte communion, etc. De nombreux témoignages et anecdotes constituent autant d’apophtegmes riches d’enseignement.

On procurer ce livre sur le site Internet de L’Age d’Homme.
Jean-Claude Larchet

dimanche 15 juillet 2018

Archimandrite Aimilianos: Montrez le paradis par ce que vous dites et faites...

Archimandrite Aimilianos

En conclusion, je voudrais lire quelques lignes d'un discours de saint Basile le Grand : "Que les paroles de consolation arrivent avant le reste de votre discours, confirmant votre amour pour votre prochain."

St. Basile le Grand

Vous qui êtes dans le monastère, quand vous approchez votre frère ; vous qui êtes mariés, quand vous approchez votre conjoint ; vous qui êtes père ou mère, quand vous approchez votre enfant : "Que les mots de consolation arrivent avant le reste de votre discours." 

Quoi que vous disiez, quoi que vous pensiez dire, dites-le seulement après avoir dit un ou deux mots qui donneront aux autres de la joie, de la consolation, un souffle de vie. Faites-leur dire : "Je me sens soulagé, je ressens de la joie." 

Rendez les autres fiers de vous, vous aimer, danser de joie quand ils vous voient. Parce que chacun dans sa vie, dans sa maison, dans son corps et dans son âme, a des douleurs, des maladies, des difficultés, des tourments, et chacun les cache dans la bourse secrète de son cœur et de sa maison, afin que les autres ne le sachent pas. 

Je ne sais pas dans quelle sorte de douleur vous êtes, et vous ne savez pas dans quelle douleur je suis. Je peux rire, crier et paraître heureux, mais au fond de moi, je souffre et je ris pour cacher mon chagrin. Et donc avant toute chose, saluez l'autre personne avec le sourire.



Et Saint Basile ajoute ceci : "Que ton visage soit lumineux, afin de donner de la joie à celui qui parle avec toi." Une fois que vous avez fait sourire l'autre personne, n'arrêtez pas de sourire. C'est ce que signifie avoir un "visage radieux." Que votre visage soit un soleil radieux, afin que tout au long de la conversation, l'autre continue à ressentir le même bonheur. 

"Prenez plaisir à chaque réussite de votre prochain." En ce qui concerne les réussites de votre prochain, réjouissez-vous avec lui. "Car ses réussites sont les vôtres, et les vôtres sont les siennes." Que l'un partage la joie de l'autre.



De cette façon, il peut y avoir une rencontre, une vraie relation sociale, des moines et des personnes mariées, de tous les gens, des saints et des pécheurs, nous donnant à tous le droit et la capacité de prier. 

Et quand on dit : "Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi", tout le monde est inclus : mon époux, mon épouse, mes frères et sœurs, mes enfants, le monde entier. 



Quand Dieu voit un tel amour, quand Il voit le paradis dans mon cœur, que mon cœur a de la place pour tout le monde, alors il lui sera impossible de ne pas trouver de la place dans Son paradis pour moi et pour vous.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

samedi 14 juillet 2018

Prêtre Andrei Chizhenko: LE PLUS IMPORTANT MIRACLE DES APÔTRES PIERRE ET PAUL




    
Le mot "apôtre" traduit du grec signifie "émissaire". Les apôtres du Christ ont été envoyés dans le monde pour apporter la bonne nouvelle de l'Évangile, pour apporter le témoignage du Christ, et pour fonder et confirmer l'Église.

Un groupe d'hommes, une centaine, a pris le monde entier dans les filets du Christ. Et c'est un miracle absolu et merveilleux ! C'est la preuve la plus importante que Dieu était avec eux et que Dieu est avec nous, qui sommes leurs disciples et leurs enfants. Après tout, toute la puissance de l'Empire romain, enflammée par la colère des Juifs, était contre eux. Quatre-vingt-dix pour cent de tous les Romains aristocratiques civilisés, les Grecs intellectuels raffinés et des centaines de tribus barbares et grossières d'Europe et d'Asie n'avaient jamais entendu parler du Christ. De plus, ils ne voulaient pas entendre parler de Lui, et ils ont pris une position agressive contre les apôtres. Le paganisme officiel romain, centré autour de la figure déifiée de l'empereur, semblait être une puissance solide et invincible.

Mais comme on le chante dans la vieille chanson rock and roll (en russe), "Une petite pousse a fendu le rocher." Un peu plus de 300 ans passèrent et le colosse de la religion païenne s'écrasa, et à sa place bourgeonna l'arbre vivant de l'Orthodoxie.

N'est-ce pas un miracle ? Il semblait que tout était contre lui. Il semblait que toutes les conditions terrestres existantes n'étaient rien d'autre que mortellement dangereuses pour le christianisme. En termes biologiques, il s'agissait d'un environnement agressif et hostile.

Mais la vigne du Christ s'épanouit et porte du fruit...

L'infatigabilité des apôtres est aussi stupéfiante au-delà de toute imagination. Lisez simplement ce qu'ils ont atteint aux extrémités de la terre et à quelles tribus hostiles ils sont allés pour prêcher l'Evangile : Rome, la Grèce, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Afrique, l'Iran, l'Inde, le Caucase ?

Et partout cette vigne plantée par la main droite de Dieu a pris racine. C'est parce que l'homme ne l'a pas plantée ; le Seigneur l'a plantée.

Et nous devons probablement aussi comprendre que nous sommes les descendants directs et les héritiers des apôtres, que le monde, qui est resté païen à bien des égards - ou plutôt qui conserve l'inclination à revenir au paganisme - exige de nous le zèle apostolique et le témoignage du Christ. Dans nos familles, au travail, dans les transports publics, le chrétien est un apôtre, c'est-à-dire un émissaire du Christ.

En passant devant une église orthodoxe dans le bus, on peut se signer ou se retourner honteusement. A la maison, fatigués après le travail, nous pouvons soit enseigner à notre enfant le "Notre Père", soit lui donner une tablette avec internet, et nous plonger dans l'internet ou la télévision...

Il y a énormément de possibilités pour le chrétien moderne d'être apôtre. Il est important que le cœur brûle de foi et de recherche de Dieu et de soif de Sa connaissance. Il est important que nous soyons à la fois le rocher (Pierre) et le petit (Paul, Paulos en latin, signifie "moindre, petit") - c'est-à-dire que nous soyons à la fois un rocher indestructible de la foi orthodoxe et rempli de cette petitesse, nous percevant comme petits, pauvres en esprit ; c'est-à-dire, ayant œuvré avec l'aide de Dieu pour posséder la vertu de l'humilité, sans laquelle il n'y a pas de salut. 

En attendant, bien sûr, ne pas oublier la vertu de l'amour. Et nous attendent nos propres Corinthiens, Romains et Thessaloniciens dans nos familles, dans le métro et les bus, et au travail. Et le Seigneur est le même pour nous que pour les apôtres.

Saint chef des apôtres Pierre et Paul, priez Dieu pour nous !

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 13 juillet 2018

Père Artemy: Conseils pour guérir la dépression


Le Père Artemy parle très doucement, phénomène assez inhabituel en Russie, où les prêtres puissants qui parlent souvent sans détour et directement sont plus la règle que l'exception. Entre-temps, il utilise souvent un langage symbolique et poétique, trahissant sa formation littéraire (Dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires !). 

Ici, il parle de la Dépression, le fléau du monde riche et prodigue... comment renverser les ténèbres et les transformer en lumière. 



Chers amis !

Beaucoup d'entre vous savent que dans la plupart des pays européens prospères, par exemple en Suède, les gens souffrent de dépression et de dépression inexplicable. La même situation se retrouve dans les villes qui offrent la vie la plus confortable tant pour les autochtones que pour les soi-disant réfugiés qui obtiennent 1000 euros par mois avec un logement gratuit.

Aux Etats-Unis, connus pour la plus forte consommation d'énergie par tête (plus élevée qu'en Europe, sans parler des pays du Tiers Monde), on ne peut se passer de psychologues, de psychanalystes, d'astrologues et de psychiatres. Et presque tout le monde prend des antidépresseurs.

Il est raisonnable de prendre des médicaments dans certains cas, mais lorsqu'il s'agit de la majorité de la population, il y a là quelque chose de louche, n'est-ce pas ?

Il s'avère que le niveau de prospérité et les exigences croissantes n'apportent pas le bonheur à l'âme. Ils ne donnent pas la vivacité, la joie et l'hilarité au cœur. Au contraire, les adolescents chéris et suralimentés qui reçoivent de la nourriture et un logement ne savent pas comment gérer leur vide intérieur et comment le combler. Ils souffrent d'un manque de sens de la vie. A la recherche d'adrénaline, ils font parfois des choses terribles, extrêmes ou suicidaires. D'autres s'adonnent à une agressivité irrationnelle, ils aiment faire souffrir les autres. Qu'est-ce que cela montre clairement ? Cette vie sans Jésus-Christ est vide.

Ceux qui n'ont pas gagné une fondation en Jésus-Christ et ne connaissent pas le Dieu vivant et qui se sont retirés de la grâce de Dieu ne sont pas complètement des gens, mais des créatures intelligentes à deux pattes souffrant de douleurs intérieures sans fin. Ce n'est pas le corps qui souffre, mais l'âme, notre moi éternel.

C'est pourquoi l'acathiste à  Notre très doux Seigneur Jésus (un type d'hymne récité par des chrétiens orthodoxes orientaux ou catholiques orientaux, dédié à un saint, un événement saint ou à l'une des personnes de la Sainte Trinité) que nous lisons avec un sentiment spécial et une pensée profonde, contient de tels mots :

Jésus, joie de mon cœur !

Comme cette phrase semble inattendue et étonnante ! Pour la personne éloignée de l'Eglise et de tout sentiment religieux, la religion et la foi ne sont qu'un ensemble de règles, principalement des interdictions et des tabous. On ne peut pas faire ceci et cela - quelle vie ennuyeuse ! De telles personnes peuvent penser que ces règles ne doivent être suivies que parce que " la plus haute autorité continue de nous surveiller..."

Naturellement, l'âme qui n'a aucune raison d'être joyeuse évite désespérément de telles leçons de morale ennuyeuses.

Pendant ce temps, le roi David, parent éloigné du Dieu incarné, prévoyant la venue dans le monde de Notre Seigneur Jésus-Christ, Lui adressait à Lui, le Fils de Dieu, de telles paroles mystérieuses :

Tu es mon refuge contre la tribulation qui m'enserre; ô ma joie, délivre-moi de ceux qui me cernent. (Psaume 31:7)

Dieu est la plénitude qui remplit tout en tout. Il est le Sauveur, Alpha et Oméga, le Début et la Fin, la Fontaine, la Raison et la Destination de l'existence humaine. Il est la fontaine qui coule abondamment. Ce n'est que par l'unité vivante avec Jésus-Christ et le contact mystérieux avec Lui par la foi, la repentance, la prière et en suivant Ses commandements que nous pouvons sentir que notre cœur prend vie après la mort. L'espace du cœur est rempli d'une eau mystérieuse, joyeuse et vivifiante - la grâce de l'Esprit Saint.

Ainsi, la foi, l'espérance et l'amour sont des qualités très justes, vitales et inspirantes. Paul l'Apôtre, en pensant aux fruits de la foi, met la joie de l'existence comme l'une des joies principales. Jésus-Christ s'adresse à ses disciples :

"Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux." (Matthieu 18:3)

Et le Royaume des Cieux n'entrera pas en vous.

Souvenons-nous des jours dorés de notre enfance. A l'âge de 3, 5, 6 ans, nous avons pu être heureux avec chaque jour à venir. Le monde, étonnant et éternellement diversifié, nous attirait. Notre âme innocente fut émerveillée par les couleurs de l'été et de l'automne. Chaque son, chaque ligne ou forme, chaque petite pierre et chaque brin d'herbe étaient des objets de notre longue contemplation et peut-être même de réflexion (si les enfants réfléchissent lorsqu'ils sont seuls...). C'est le signe d'une âme chrétienne juste, douce, humble de cœur, orante et sage, qui perçoit le saint don de la vie comme précieux. Si notre courte vie sur terre est si belle, alors quoi et Qui l'âme trouve-t-elle " le plus beau des enfants des hommes" (Psaume 44:3) ?

Il témoigne de lui-même : "Je suis le chemin, la vérité et la vie " (Jean 14:6). La vie en abondance. Il est Lumière (1 Jean 1:5), et il y a de la vie pour tous les gens dans cette Lumière. Ainsi, la vraie foi en Christ ressuscité, la foi voyant et chaude, par-dessus tout, tinte dans un cœur comme une joie mystérieuse. "Eurêka ! On m'a montré quelque chose ! J'ai trouvé quelque chose que mon âme cherche depuis ma jeunesse."

Le Christ Sauveur est vraiment la raison vivante de notre être. Il est l'exemple parfait, l'idéal Que nous pouvons et devons nous efforcer d'atteindre. Il n'est pas un Absolu froid, caché quelque part au loin. Mais Il est le Dieu vivant, qui nous voit, nous entend et nous aime, Qui étend Ses bras jusqu'à nous depuis la Croix. De plus, Il nous offre son aide à chaque minute ou seconde de notre vie. Il nous soutient et nous fortifie, nous tient à l'écart des tentations, nous tend Sa main secourable dans notre lutte contre le mal qui frappe à la porte de notre cœur.  

"Jésus, joie de mon cœur !"

Les chrétiens vraiment croyants commencent et finissent leur journée en remerciant Dieu.

"Ô Seigneur, merci pour la nuit. Bénis mon jour à venir."

Souvenons-nous de notre ancêtre, le Prince Vladimir le Soleil Radiant, Monomaque qui était le descendant du Saint Prince Vladimir le Grand. Il a participé à plus de 44 batailles au cours de sa vie, riche en événements. Le Prince Vladimir Monomaque adorait la nature, la chasse, le confort de sa maison. Il fut un mari fidèle à son épouse et avait un caractère paisible et ne recherchait pas la guerre. Comment commençait-il sa journée ? Il se levait avec le soleil (et c'est pourquoi il reçut un surnom si inhabituel) et adressait immédiatement une prière glorieuse au Créateur.

"Merci Seigneur, de m'avoir donné de voir Ta fabuleuse Lumière. Ajoute-moi un mois ou une année de vie pour que je puisse me repentir de tous mes péchés et louer Ton Saint Nom."

Ainsi, le meilleur remède à la douleur et à la détresse, au blues de Pouchkine et à la mélancolie, au désespoir, qui parfois claque à nos talons, c'est l'amour et la foi en Christ. Non pas le genre de foi que les méchants montrent (car ils croient aussi et tremblent devant Sa présence), mais la foi qui fait que notre cœur remercie Dieu et qui laisse un beau sourire sur notre visage. 

Nous sommes appelés à accomplir une juste alliance dans notre vie courte, et pour cette raison si belle, une vie de prière à Dieu et d'amour pour les gens.

Alors, n'oublions pas les premières paroles du Christ adressées aux Apôtres et aux femmes myrrhophores juste après Sa résurrection d'entre les morts :

"Réjouissez-vous. Et je le redis : "Réjouissez-vous!"

Et c'est pourquoi l'acathiste nous fait penser aux paroles :

"Jésus, joie de mon cœur !"

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 12 juillet 2018

Sur orttodossiatorino.net: Les sacrements catholiques sont-ils valides ?


La question sur la validité des sacrements catholiques ouvre un débat qui fait trembler de peur (1) beaucoup plus les théologiens que moi-même, auteur de ces lignes... Je peux comprendre que la réponse d'un simple pasteur orthodoxe peut ne pas être satisfaisante.

Le concept même de " validité " doit être défini de manière très précise et sans ambiguïté pour tout le monde, ce qui n'est pas toujours possible. 

Un jour, on m'a demandé si pour moi, un prêtre anglican est un vrai prêtre. J'ai été forcé de répondre que pour moi, un prêtre anglican est un vrai prêtre anglican! En d'autres termes, tant qu'il exerce son ministère dans la Communion anglicane, il ne devrait pas y avoir de problème avec sa "validité", mais s'il décide de passer le Rubicon (ou plutôt le Tibre, ou peut-être la Moscova...) alors il devrait s'adapter à la vision de l'Église dans laquelle il cherche refuge. Si ceci "valide" ses ordres, tant mieux, si ce n'est pas le cas (peut-être en disant au prêtre anglican que je ne peux pas accepter sa prêtrise parce que le prêtre en question est une femme!...), alors il devra accepter le jugement, ou se préparer à passer un autre fleuve.

En soi, je pense qu'il est inutile de se demander si un sacrement réalisé en dehors de la communion de l'Église est "valide" ou "authentique". Il sera tout au plus possible de parler de son "authentification" au moment où la communion est rétablie. Jusque-là, débattre de sa validité est une question dépourvue de pertinence (2) qui n'apporte aucun bienfait.

Il est plutôt inutile d'argumenter sur la "validité" d'un sacrement à partir d'un seul cas miraculeux, non seulement parce que cela ne tient pas compte du fait que le miracle pourrait se produire même sans appareil sacramentel, mais parce que tous les cas similaires devraient être authentifiés. 

Un exemple : nous voyons un cas de miracle eucharistique dans l'Église romaine (par exemple une hostie sanglante, mais il y a des dizaines de miracles similaires) et nous concluons que l'Eucharistie de l'Église romaine est "valide" : bien, mais nous devons aussi examiner les nombreux cas dans lesquels les miracles eucharistiques se produisent dans les "petites églises" séparées de Rome, et souvent avec des théologies plutôt aberrantes : toutes "valides" même dans ces parties ?

En fin de compte, j'ai l'impression que l'on parle de "validité" davantage pour se sentir plus sûr de soi. Je ne pense pas que cet attachement ait une vraie valeur, dans un contexte de foi.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



(1) Allusion à l'expression utilisée par Dante dans son premier chant de l'Enfer pour indiquer une grande peur (Cf. Vedi la bestia per cu'io mi volsi;aiutami da lei, famoso saggio,ch'ella mi fa tremar le vene e i polsi.)
(2) L'expression italienne, plus savoureuse parle d'une question de laine caprine ( una questione di lana caprina)

Sur Parlons d'Orthodoxie

Une nouvelle édition du "Petit Chaperon rouge"  de Charles Perrault  illustrée par Xenia Krivochéine
"Le Petit Chaperon rouge'' de Charles Perrault, richement illustré par Xenia Krivochéine et mis en page par Daria Aleks, vient d’être publié sous les auspices de la cathédrale de la Sainte Trinité à Paris

Les dessins originaux se trouvent au Japon dans une collection particulière.

Nous espérons que ce beau livre fera la joie des enfants ainsi que de leurs parents. On peut l'acheter à la librairie de Centre spirituel orthodoxe, 1 quai Branly, Paris 7e 

Une nouvelle édition du "Petit Chaperon rouge"  de Charles Perrault  illustrée par Xenia Krivochéine
XENIA KRIVOCHEINE (Ershova) née à Saint-Pétersbourg, elle est diplômée de l'Institut du Théâtre, de la Musique et du Cinéma. Xenia Krivochéine est parisienne depuis 1980.

À partir de 1969, elle commence à travailler d'une manière professionnelle, illustrations de nombreux livres et albums pour enfants, essentiellement des contes populaires russes. Ces livres sont connus à l'Occident, ils ont été édités en France ( L'École des Loisirs, Flammarion, etc. ), en Allemagne, en Finlande, en Australie.

Artiste peintre, elle a publié plusieurs textes littéraires et historiques Les originaux des illustrations « Petit Chaperon Rouge » se trouvent au Japon, dans une collection particulière. 

Une nouvelle édition du "Petit Chaperon rouge"  de Charles Perrault  illustrée par Xenia Krivochéine
Под покровительством Свято-Троицкого кафедрального собора в Париже вышло подарочное издание сказки Шарля Перро "Красная Шапочка"

Иллюстрации Ксении Кривошеиной, графическое оформление Daria Aleks "Teremok/Design". Оргиналы этого издания находятся в частной коллекции в Японии.

Надеемся, что эта богато иллюстрированная книга порадует как детей, так и родителей. Ее можно приобрести в книжном отделе церковной лавки в Троицком соборе: 1 Quai Branly 75007 Paris.

Ксения Игоревна Кривошеина /Ершова/ - художник и писатель. В СССР была членом Союза Художников, иллюстратор детских книг, имеет многочисленные публикации, организует выставки в различных странах мира. В частности, Ксения занимается живописным и литературным наследием монахини Марии (Скобцовой).

Une nouvelle édition du "Petit Chaperon rouge"  de Charles Perrault  illustrée par Xenia Krivochéine
Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 9 Juillet 2018 à 12:32 0 commentaire Permalien

mercredi 11 juillet 2018

Père Lazare Moore et la présence du Saint-Esprit



Au cours d'une de nos dernières soirées avant qu'il ne subisse la dernière série d'attaques, je lui ai demandé de me pardonner et de prier pour moi quand il arriverait au Ciel.  Je me souviens qu'il répondit : "Tu pries pour moi... Dieu pardonne tout."

C'était un jour de novembre très froid.  Je n'avais pas pu me réchauffer de toute la journée.  Je me suis assis à son chevet.  Nous sommes restés assis en silence pendant un moment.  Alors je lui ai demandé : "Père Lazare... comment sais-tu que le Saint-Esprit est présent ?"

Il était allongé là, silencieusement.  Je croyais qu'il ne m'entendait pas.  Il s'est alors retourné et m'a regardé directement et m'a demandé : "As-tu froid maintenant ?"

Je ne lui avais pas dit que j'avais froid.... mais je me suis soudain rendu compte que j'étais merveilleusement réchauffé et paisible.  Je n'étais pas au courant du changement jusqu'à ce qu'il me le demande.  C'est un peu la même chose à présent que je raconte à nouveau cette histoire...

Je suis toujours impressionné.  La paix semblait rayonner de lui.  Nous nous sommes de nouveau assis en silence... Je ne voulais pas que ce moment se termine.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 10 juillet 2018

Jean-Claude LARCHET: Recension/ Patrick Koelher, Sainte-Odile. Le mont et les grâces


Patrick Koelher, Sainte-Odile. Le mont et les grâces, Éditions du Cerf, Paris, 2018, 240 p.

Le Père Patrick Koehler, recteur depuis 2010 du Mont Sainte-Odile, vient de publier un livre pour introduire le Jubilé qui, en 2020, célébrera le 1300e anniversaire de la mort de sainte Odile, patronne de l’Alsace.

Reprenant au début des chapitres des extraits de la Vita sanctæ Odiliæ virginis et se référant aussi aux scènes d’une tapisserie du XVe siècle située dans les bâtiments qui conservent les reliques de la sainte, l’auteur se sert de situations qu’ils évoquent pour faire part de ses expériences pastorales ayant un rapport avec eux, au Mont Saint-Odile et dans les lieux où il a exercé précédemment son sacerdoce. Il s’agit, dans le style catholique, d’un livre rempli de témoignages et « d’émotions » comme l’a noté un critique, qui fait une lecture de la vie de la sainte à la lumière d’expériences actuelles.

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Ce livre nous donne l’occasion de rappeler l’importance qu’a sainte Odile, une sainte orthodoxe du premier millénaire, dans le monde orthodoxe. Le Père Macaire de Simonos Pétra lui a consacré une notice sans son Synaxaire en date de sa commémoration le 13/26 décembre. Sa Vie et son tropaire ont été publiés en russe, à l’intention des nombreux pèlerins venus de Russie qui se rendent de nos jours au Mont Saint Odile, lieu où a été bâti le monastère fondé par la sainte, pour vénérer les reliques de celle-ci. Ce lieu magnifique, situé près de la ville d’Obernai sur une hauteur qui domine la plaine d’Alsace, attire aussi des pèlerins orthodoxes venus de France, de Suisse, et d’autres pays d’Europe, y compris la Grèce où un service liturgique complet (Petites Vêpres, Vêpres, Matines, Liturgie) a été composé à l’intention de sainte Odile, que l’on trouvera ici en pdf. Des reliques de la sainte sont vénérées dans plusieurs églises orthodoxes, dont celle du monastère de Pantocrator au Mont-Athos, et des icônes qui la représentent figurent dans de nombreuses sanctuaires orthodoxes. Beaucoup de fidèles orthodoxes ont été guéris de maladies ophtalmiques parfois très graves par l’intercession de la sainte qui, née aveugle, a elle-même recouvré la vue dans son enfance grâce à un miracle. Ces miracles sont souvent liés à l’application de l’eau qui coule d’une source miraculeuse située en contrebas du sanctuaire, au bord d’une route forestière qui mène à un second monastère fondé par la sainte, celui de Niedermunster, aujourd’hui en ruine. En relation avec l’un de ces miracles, un très bel acathiste à la sainte a été composé par Claude Lopez-Ginisty.


Nous donnons ci-dessous le texte de la Vie de sainte Odile, extrait des Petits Bollandistes, ainsi que son tropaire et son kondakion.


Jean-Claude Larchet


VIE DE NOTRE MÈRE SAINTE ODILE (VERS 662 – VERS 720


Sainte Odile

Du temps de l’empereur Childéric II (650-675), vivait un duc illustre nommé Adalric, aussi appelé Ethic. Il était d’origine noble. Son père Liuthéric avait exercé la fonction d’intendant au palais du susdit empereur. Le fils était honnête et voulut, quoique laïc, mener une existence spirituelle. Ce pourquoi il s’enquit d’un endroit favorable au culte divin. Adalric confia son dessein à ses fidèles, et un jour ceux‑ci purent lui signaler que des chasseurs avaient découvert sur la hauteur d’une montagne un site appelé Hohenburg [aujourd’hui le Mont-Saint-Odile, près d’Otrott dans le Haut-Rhin] en raison de la disposition des hautes fortifications : celui‑ci paraissait convenir au vœu du duc. Au temps du roi Marcellin la hauteur devait avoir été fortifiée à cause des nombreuses incursions guerrières. La situation plut au duc. Peu après il y ordonna la construction d’une église ainsi que l’édification des autres bâtiments nécessaires aux « soldats du Christ » (moines),
Adalric avait pour épouse une femme de noble lignée, du nom de Persinde, qui était la tante maternelle de saint Léger. Elle était pieuse, distribuait de larges aumônes et écoutait volontiers les Écritures Saintes. Selon la volonté de Dieu, il leur naquit une fille aveugle. Le père en conçut du désarroi car il croyait que Dieu voulait ainsi le punir d’un délit, Rien de tel, pensait‑il n’était jamais arrivé à quiconque de sa famille. C’est pourquoi il donna l’ordre de se débarrasser de l’enfant. La mère plaida la cause de l’enfant. Elle s’appuya particulièrement sur ces paroles que le Christ adressa un jour à ses disciples alors qu’ils le questionnaient à propos de l’aveugle-né : «Ni celui‑ci ni ses parents n’ont péché, mais Dieu veut manifester en lui son œuvre » (Jean 9, 3). Celle référence à l’Écriture ne consola aucunement le duc. Il se répétait que c’était pour lui une grande honte d’avoir une fille aveugle. Conformément à son ordre, la mère devait trouver une homme de confiance qui tuât l’enfant ou l’exilât en un lieu où personne ne pût l’apercevoir.

Apeurée la mère ne sut que faire de sa fille. Finalement, éclairée par l’Esprit Saint, elle trouva une solution. Elle se souvint d’une certaine femme qu’elle avait élevée depuis l’enfance dans sa maison comme l’une des leurs. On l’avait congédiée à cause d’une faute. Elle était mariée et avait un fils. Persinde fit appeler la femme et lui exposa son affliction. Touchée, celle‑ci déclara qu’elle nourrirait et élèverait la fillette jusqu’à la maturité, ce qui consola 1a duchesse Elle prit l’enfant aveugle et la posa dans les bras de la servante avec ces mots : « Je te la remets afin que tu la nourrisses, et qu’elle soit recommandée à mon Seigneur Jésus-Christ. »

La domestique accepta l’enfant avec joie, l’emmena dans sa maison et la nourrit presqu’une année entière. Des racontars commencèrent à circuler parmi les voisins au sujet de cet enfant qui recevait des soins si particuliers. De peur que le secret ne fût découvert, la servante envoya un messager à la duchesse pour l’en informer. Persinde lui donna la consigne de s’enfuir furtivement en un autre endroit nommé Balme [aujourd’hui Baume-les-Dames, situé entre Besançon et Montbéliard], et d’y cacher l’enfant ; et elle ajouta qu’elle avait là‑bas une amie qui pourvoirait à son entretien. La servante obéit et fuit avec l’enfant vers le lieu désigné. Là, elle éleva la fillette au monastère, jusqu’à ce que le Seigneur apparût en songe à un évêque nommé Erhard [évêque irlandais d’Ardagh, alors itinérant en Bavière] et lui ordonna : «Va dans un certain couvent, qui s’appelle Balme ; là tu trouveras une fillette aveugle de naissance ; tu la baptiseras au nom de la Sainte Trinité et lu l’appelleras Odile, et immédiatement après le baptême elle recouvrera la vue. » Erhard se mit aussitôt sur le chemin du monastère et baptisa la fillette par immersion dans l’eau bénite. Lorsqu’il la sortit du baptistère et oignit ses yeux du Saint Chrême, le bandeau de ses yeux se délia et elle éleva un regard clair sur l’évêque. Puis il exhorta les moniales rassemblées à s’occuper avec le plus grand empressement de la vierge consacrée au Christ. Après qu’il eût donné le baiser de paix à sa filleule, il retourna dans son pays.

Les pieuses religieuses élevèrent avec amour la vierge chrétienne et la maintinrent dans la méditation fervente des Saintes Écritures. Elle était studieuse, vigilante à la prière, rigoureuse dans l’abstinence, distribuait l’aumône autant que faire se peut, et méprisait totalement les vanités terrestres pour être plus libre de servir Celui qu’elle avait choisi.

Une révélation du Ciel informa le père que sa fille, dont il avait conclu à la mort, vivait encore et avait retrouvé la vue lors du baptême par un évêque. L’évêque ignorait celle vision. Sur le chemin du retour il fit annoncer par un messager au duc ce qui était arrivé à Balme, et le pria de se réconcilier avec sa fille.

Odile était donc au couvent et se distin­guait par son zèle à servir Dieu. Cela excita la jalousie de quelques moniales. Toutes les offenses qu’elles lui firent subir, elle les supporta par amour pour Dieu et s’efforçait de progresser quotidiennement dans la vertu. Elle avait au pays un frère de belle figure et de haute culture, que le père aimait également beaucoup. Elle lui écrivit une lettre dont elle confia l’acheminement à un pèlerin. Elle le conjura au nom de l’amour fraternel de se souvenir d’elle. Il s’en ouvrit à son père. Mais ce dernier ne voulut rien entendre du retour de sa fille et interdit à son fils d’évoquer ce sujet à l’avenir. Cependant, le jeune homme avait pitié de sa sœur minée de nostalgie ; à l’insu du père il lui envoya une voiture pour la ramener à la maison.

Alors qu’un jour le duc était assis sur une hauteur de Hohenbourg en compagnie de son fils et de ses gens, il se trouva qu’Odile, la fiancée du Christ, approcha assise dans une voiture et escortée d’une foule. Adalric leva les yeux, aperçut cet attroupement et demanda ce que cela signifiait. « C’est Odile » répliqua le jeune homme. Mais le père dit : « Qui a eu la témérité de la rappeler sans mon ordre ? » L’adolescent répondit qu’il avait fait ce geste pour sa sœur qui vivait dans une grande pauvreté. Qu’il se rendait compte à présent combien sottement il avait agi et qu’il en implorait le pardon. Saisi de fureur, le duc, du bâton qu’il tenait à la main, battit son fils avec une violence qui dépassa son intention. Il en résultat que celui‑ci contracta une maladie qui eut une issue fatale. Alors le père comprit le crime commis sur son fils. Pour celle raison il termina sa vie au monastère de Hohenbourg et s’efforça, par de nombreux actes de pénitence, par des pèlerinages à des lieux saints, d’apaiser la colère du Justicier.

Alors le père se souvint du discrédit de sa fille et la fit venir. Il avait l’intention de la traiter avec plus de bienveillance et lui confia le soin d’une religieuse britannique. On lui accorda ce qu’on octroie quotidiennement à l’entretien d’une servante. Odile l’accepta avec reconnaissance et passa un long temps au monastère d’Hohenbourg sans posséder autre chose que l’ordinaire d’une domestique.

Sur ces entrefaites sa nourrice décéda. Odile n’avait pas oublié la sollicitude avec laquelle celle‑ci l’avait nourrie autrefois. Elle ordonna de creuser une tombe et s’occupa elle‑même de son inhumation.

Quelque quatre‑vingts ans plus tard, on ouvrit la sépulture pour y adjoindre une autre dépouille. Le corps entier de la nourrice était réduit en poussière, seul le sein droit qui avait jadis alimenté l’enfant aveugle, était resté intact.

Odile vécut longtemps au monastère, satisfaite de la subsistance qu’on lui avait concédée. Son père ne l’appelait pas. et elle n’avait pas non plus l’envie de paraître devant lui sans y être convié. Alors qu’un jour Odile portait un récipient de farine sous son manteau, elle rencontra son père dans l’enceinte du couvent. Et voici que, mû par une inspiration divine, il abandonna son caractère rébarbatif et l’aborda ainsi avec douceur : « Ma très chère fille, d’où viens‑tu ? Où veux‑tu aller ? Que portes‑tu donc ? » Elle s’arrêta et répondit : « Je porte un peu de farine, seigneur, pour préparer de la nourriture et rassasier les pauvres. » Mais il lui dit : « Ne t’afflige pas d’avoir vécu jusqu’à cet instant dans la pauvreté. Grâce à la Providence tu en es dorénavant délivrée. Et le jour même il lui remit le couvent avec toutes ses dépendances et la chargea, elle et sa compagnie, de prier ardemment Dieu pour le pardon de son méfait. Peu après le duc rendit l’âme.

Comme Odile savait, par l’opinion générale et aussi par une révélation divine, que son père n’avait pu entrer au Paradis, elle implora Dieu en sa faveur en veillant, jeûnant et priant. Sa prière ne fut pas vaine.

Un jour, elle priait en toute ferveur pour la rédemption de son père en un endroit caché de la montagne sur laquelle s’étendait le monastère. Voilà que le ciel s’ouvrit, et une lumière inonda l’orante tandis qu’une voix retentit : « Odile, aimée de Dieu, ne sois plus triste, car tu as obtenu du Seigneur la délivrance de ton père ! Vois, sauvé des enfers il est conduit dans le chœur des Patriarches par des anges. » Par une prière à Dieu elle Le remercia de ce gracieux exaucement.

Odile avait environ cent trente moniales sous sa direction. La sainte mère était doublement leur guide : elle les instruisait en paroles et les stimulait par son exemple. Elle était zélée dans la prière, dans la méditation de la Parole Divine, s’exerçait à mesurer ses discours, était un modèle de sobriété à tel point qu’en dehors des jours de fête elle n’absorbait d’autres mets que du pain d’orge et des légumes. Une peau d’ours lui servait de couche, une pierre d’oreiller. Elle ne recherchait cependant pas la louange des hommes mais ne souhaitait qu’attirer l’attention de son Sauver, et pour cela elle s’acquittait de son devoir envers Dieu dans la plus grande discrétion.

Le couvent que dirigeait la vénérable abbesse s’étendait sur une haute montagne. Ainsi il était vraiment difficile d’y accéder non seulement pour les malades et les faibles, mais aussi pour les bien portants. La sainte servante de Dieu était affligée de ce que pour cette raison ils ne vinssent que rarement au monastère et qu elle ne pût leur prodiguer une réelle hospitalité. Elle rassembla donc la communauté des sœurs pour s’en ouvrir à elles, ainsi que de son dessein de construire un hospice pour l’accueil de chrétiens sur le versant de la montagne. Les compagnes approuvèrent ce projet à l’unanimité. Cependant la Sainte érigea d’abord une église qu’elle fit consacrer à saint Martin. Ensuite elle édifia également un gîte pour les pauvres. Ce logis, qui était joliment implanté et abondamment irrigué plut tant aux moniales qu’elles réclamèrent à Odile d’y construire aussi un monastère, car l’abbaye sur la montagne manquait d’eau. Elle adhéra au souhait des sœurs et bâtit un monastère qui existe encore aujourd’hui.

Alors qu’on était occupé à la construction du monastère, un homme lui apporta trois rameaux de tilleul et lui dit de les planter afin que plus tard ils soient considérés comme arbres du souvenir. Odile fil creuser trois trous. Une sœur craignit que dans ces arbres aussi, comme souvent dans de tels arbres, des vers malins ne s’installent. Toutefois l’abbesse la soulagea en l’assurant que rien de contrariant n’adviendrait jamais à ces arbres. Ensuite elle planta les trois rameaux au nom de la Sainte Trinité. Ces arbres s’épanouirent largement et dans la chaleur de l’été offrirent jusqu’à aujourd’hui une ombre rafraîchissante aux servantes du Christ.

Odile avait coutume d’accueillir la vie monastique des pèlerines tant d’Irlande que d’Angleterre. Elle recevait également avec plaisir des religieux venant de diverses régions, et demanda que quelques-uns d’entre eux lui fussent attachés comme prêtres. Puis elle acheva les deux monastères et y installa des sœurs. Pour le choix de la règle elle convoqua toutes les moniales. À la question de savoir si elles voulaient mener une existence canoniale ou régulière, elles répondirent toutes qu’elles préféreraient la vie régulière. Mais Odile n’approuva pas ce désir. Elle appuya son refus sur le fait que le site inhospitalier et pauvre en eau était impropre à la vie régulière. Les moniales se rangèrent unanimement à son avis et optèrent pour la règle canoniale. L’abbesse remercia Dieu d’une courte prière tout en implorant la bénédiction sur la communauté religieuse.

Odile s’élevait dans la sainteté comme le sapin qui aspire à la hauteur. Bien qu’invoquant de toute sa force l’aide de tous les saints, elle honorait pourtant particulièrement les reliques de saint Jean‑Baptiste parce qu’elle avait recouvré la vue grâce au baptême. C’est pourquoi elle songea aussi à édifier une église en son honneur. Comme elle souhaitait connaître le lieu où devrait être érigée l’église par l’inspiration du saint, elle se leva avant les offices nocturnes et se rendit à l’endroit qu’elle avait choisi pour la prière, et pria étendue sur un énorme rocher qui en souvenir porte encore aujourd’hui une haute croix de bois. Pendant qu’elle se livrait à l’oraison, le Baptiste lui apparut selon la tradition, nimbé d’une grande clarté, dans le vêtement avec lequel il avait baptisé le Seigneur dans le Jourdain. Une sœur, qui était chargée de donner le signal des matines, observait habituellement les étoiles pour savoir l’heure. C’est ainsi qu’elle aperçut une grande lueur. Elle s’approcha de l’endroit et vit Sainte Odile dans la lumière, mais elle ne vit pas saint Jean‑Baptiste. Alors le Baptiste révéla à sainte Odile l’emplacement de l’église et lui en indiqua aussi les dimensions. Après matines, Odile pria la sœur qui avait été témoin de l’apparition, de n’en rien trahir jusqu’à sa mort. Odile se mit immédiatement à l’ouvrage commandé par Dieu,

Un miracle se produisit au début de la construction. Les bœufs, qui tiraient vers le chantier un chariot rempli de pierres, tombèrent du haut de la montagne, d’environ soixante‑dix pieds. Tous accoururent pour achever les bœufs au cas où ils vivraient encore. On désirait en effet savourer leur viande. Par suite de l’intercession de saint Jean‑Baptiste ils trouvèrent les bœufs saufs et la voiture encore chargée. Les bœufs hissèrent ensuite de nouveau le chariot vers la construction sur un étroit sentier à peine praticable par des chevaux. Lorsque la chapelle fut terminée, Odile fit élever à côté un dortoir et les autres bâtiments et y mena avec quelques religieuses une existence retirée,

Odile avait un frère, nommé Adalbert. Celui‑ci avait trois filles appelées Eugénie, Attale et Gundelinde. Elles se sentirent poussées à quitter le monde pour se placer sous l’autorité de leur tante. Instruites par son exemple, elles voulurent servir dignement le Seigneur Jésus-Christ pour obtenir avec elle l’impérissable récompense de la vie éternelle. Odile les accueillit avec joie, les initia consciencieusement et les voua ensuite au service du Seigneur.

Plus fard il advint qu’un domestique du couvent tua son frère. Cette mort l’attrista beaucoup, ainsi que toute la communauté, C’est pourquoi elles prièrent le Seigneur de venger le méfait de telle façon que le meurtrier subît la punition méritée non dans l’au‑delà, mais dans ce monde. Leur prière fut exaucée, comme la suite le démontra, car dans sa famille aucun enfant ne naquit qui ne souffrît d’une calamité.

Au monastère il était d’usage de jeûner et psalmodier quotidiennement. Un jour de jeûne où les religieuses chantaient les psaumes dans le chœur, une servante avertit la maîtresse que le vin destiné à la communauté ne suffisait plus. Odile la consola et raffermit sa confiance dans le Christ qui nourrit des milliers de gens avec cinq pains et deux poissons. Celui‑ci pouvait aussi intervenir favorablement dans ce cas. Lorsqu’arriva l’heure de la distribution de vin, la servante se dirigea vers le tonneau qui contenait encore un petit reste – que l’on appelle « Wogin » en gaulois – et le trouva plein. Devant cette preuve des bontés de Dieu la joie régna parmi les sœurs.

À la suite de beaucoup d’exercices de mortification et de la progression constante de la vertu, la sainte vierge récolta en son âme les fruits de la sainteté. Alors le Seigneur décida que sa sainte se reposerait du travail et de la lutte et recevrait la récompense qu’elle avait méritée en ce avec une grande ardeur. Lorsqu’Odile sut que sa délivrance approchait, elle se rendit dans la chapelle de Saint Jean, y réunit toutes les sœurs et les exhorta d’aimer le Seigneur dans l’observance de ses commandements, et leur demanda aussi instamment de prier ardemment pour elle comme pour son père et sa parenté. Ensuite elle envoya les sœurs à l’église Sainte‑Marie y chanter les psaumes. Elle, cependant resta seule. Pendant qu’elles récitaient les offices des heures, son âme quitta son corps. Un parfum suave se répandit dans toute la maison. Quand les religieuses revinrent de la prière, elles trouvèrent leur mère morte. La tristesse les submergea, parce qu’elles n’avaient pas été présentes à la mort d’une âme si sainte, et que leur mère bien-aimée avait rendu son esprit sans avoir communié. En grande affliction elles supplièrent 1e Seigneur de la ressusciter. Et voyez, l’âme retourna dans le corps. La sainte servante de Dieu se redressa et réprimanda maternellement les sœurs pour leur manière d’agir. Elle avait été placée dans la compagnie de sainte Lucie par la grâce de Dieu et savouré une grande joie qu’aucun être humain ne pourrait décrire. Mais maintenant le poids de l’imperfection reposait de nouveau sur elle. Pour se justifier, les sœurs avancèrent qu’elles avaient procédé de la sorte pour qu’on ne les accusât pas de négligence si elle avait expiré sans la communion. Elle la prit de ses propres mains, se l’administra elle-même et rendit l’âme devant toutes. Ce calice est toujours conservé au couvent en souvenir de cet événement.

Les servantes de Dieu inhumèrent alors avec grand respect le saint linceul dans cette chapelle sur le côté droit devant l’autel de saint Jean Baptiste. Le doux parfum qui s’était déjà répandu persista encore huit jours. De même l’on parla de plusieurs miracles qui survinrent là après sa mort, On ne doit pas s’étonner que sainte Odile ait voisiné avec la sainte vierge et martyre Lucie, comme elle le dit elle-même ; car au temps des persécutions elle n’aurait pas soustrait sa tête au glaive. Elle mourut, ou plutôt échangea la vie terrestre contre une vie meilleure, le treize décembre.



Sainte Odile

Tropaire, ton 4 :

Comme l’aveugle de naissance dans la piscine de Siloam,* tu as trouvé la vue dans les fonts baptismaux. * Tu as vu par les yeux corporels et spirituels,* tu as voulu servir le seul Seigneur,* tu as acquis la grâce par la sagesse en Dieu * et par de nombreux labeurs.* Aussi, nous te louons comme une fille de la lumière, vénérable Mère Odile,* afin que par tes prières, le Christ, la Lumière véritable,* illumine nos âmes et nous conduise dans les tabernacles célestes.


Kondakion, ton 3 :

Ton père, ignorant la puissance de Dieu qui s’accomplit dans la faiblesse,* fut rempli de colère et de fureur et souhaitait te livrer à la mort.* Pourtant il connut dans des grands signes la volonté du Seigneur,* et t’installa dans le monastère sur la montagne élevée.* Et toi, comme un luminaire radieux,* tu as éclairé tous ceux qui cherchaient le salut,* et tu rassemblas une multitude de vierges sages.* Maintenant, alors que tu te tiens dans les cieux, glorieuse Odile,* tu abreuves d’abondants flux de grâce ceux qui accourent à tes reliques.