"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 2 juin 2008

Staretz Jean de Valaam: Le Christ est parmi nous!


Staretz Jean

Ivan Alexeyevitch ALEKSEYEV est né en 1873 au Nord de Moscou. Il entra à 16 ans au monastère de Valamo. Après 4 ans, il en sortit pour effectuer son service militaire. Il passa ensuite deux ans avec sa famille et six ans après l’avoir quittée, il retourna à Valamo (1900). Il devint moine en 1910 sous le nom de Iakinf.
En 1921, il fut ordonné diacre puis prêtre et fut envoyé comme higoumène du monastère de saint Tryphon à Petsamo dans le Cercle Arctique. 11 ans plus tard, il retourna à Valamo et fut placé à la tête de la petite communauté monastique qui vivait sur l’île Saint-Jean-Baptiste. Il y prit le grand schème sous le nom de Jean.
Il fut choisi par les moines comme confesseur en 1938.
Le monastère de Valamo fut abandonné pendant la dernière guerre et il dut fuir avec les autres au Nouveau Valamo en Finlande. Il naquit au ciel paisiblement en 1958.

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Ses conseils et instructions spirituels sont écrits dans une langue très simple et sont le miel venu tout droit des enseignements des saints pères théophores.

Je ne suis pas allé beaucoup à l’école et j’écris comme je parle.

La prière est le plus difficile de tous les exercices spirituels et elle demande jusqu’à notre dernier souffle, l’énergie nécessaire pour un dur combat... Pourtant le Seigneur dans sa Miséricorde accorde aussi de temps en temps un répit à celui qui prie, afin qu’il ne soit pas affaibli. Établis toi-même le temps de ta règle de prière personnelle, sa durée selon le temps dont tu disposes, il n’y a là rien d’arbitraire : sois modeste afin d’éviter la hâte et afin de n’être pas esclave de la règle.

Les saints pères appellent la prière la reine des vertus, car elle attire les autres vertus. Saint Agathon disait : la prière est combat jusqu’au dernier souffle.

Ne sois pas déconcerté si ton cœur est sec pendant la prière, continue, garde l’attention sur la partie supérieure de ta poitrine comme je te l’ai dit. Au travail et devant les autres, essaie de te tenir l’esprit devant Dieu, c’est-à-dire en te souvenant de Dieu et du fait qu’Il est toujours présent.

Le Seigneur accorde la prière à ceux qui prient.

La prière et le souvenir de Dieu sont équivalents : on peut marcher ou travailler et penser à Dieu, c’est aussi une prière.


Tu écris que tes maladies t’ont été envoyées par Dieu pour tes péchés. Non, tu ne dois pas penser ainsi. Les voies du Seigneur sont insondables et nos esprits limités ne peuvent comprendre quelles différentes sortes de maladies et de chagrins sont envoyés par Dieu aux différents pécheurs que nous sommes.


Il a pris chair humaine et a souffert comme un homme, non pas pour les saints, mais pour les pécheurs comme toi et moi.

Tu ne dois pas désespérer car il n’existe pas de péché qui soit plus grand que la Compassion de Dieu.


La caractéristique de l’homme est de tomber, celle du diable est de ne jamais se repentir.

Quand tu es dans les tourments, attends la paix, quand tu es dans la paix, attends les tourments.


Accorde-nous, Seigneur, de vivre selon ta Volonté, car nous pécheurs ne savons ce qui est bon pour nous.

L’attention est l’âme de la prière.


Tu écris : le Seigneur me pardonnera-t-Il ? Tu t’es confessé et repenti, le Seigneur t’a pardonné et ne se souvient plus de tes péchés (cf Ézéchiel) Sois-en sûr ! L’apôtre Carpe (cf. 2 Tm 4,13) priait le Seigneur de punir deux pécheurs. Un hérétique avait attiré un orthodoxe dans son hérésie et maintenant l’apôtre priait le Seigneur de les punir. Le Seigneur lui montra cette vision : le ciel s’ouvrit, une lumière brillante resplendit. L’apôtre leva les yeux et vit le Seigneur. Le Seigneur lui dit : baisse ton regard maintenant. L’apôtre regarda et il vit ces deux pécheurs au bord d’un ravin et au-dessous, il y avait un énorme serpent effrayant. Le Seigneur lui a dit : veux-tu que Je punisse ces pécheurs ? L’apôtre se réjouissait de ce qu’ils allaient être punis. Alors le Seigneur envoya deux anges pour sauver les pécheurs et Il dit à l’apôtre : frappe-Moi etcrucifie-Moi une seconde fois ; Je suis encore prêt à souffrir pour les pécheurs. La vision prit fin. Tu vois comme la Compassion de Dieu est grande : Il est prêt à souffrir à nouveau pour nous pécheurs et toi tu doutes que le Seigneur te pardonne tes péchés.

N’aie pas confiance en toi de ce côté-ci de la tombe.

Sache que nous ne pouvons traverser cette vie sans tribulations. (Le Seigneur l’a dit : dans ce monde vous aurez des tribulations. (Jn 16,23)

Les saints pères disent : cache les péchés de ton prochain et les tiens seront cachés.

Il est bon quelquefois de se remémorer ses péchés passés car cela donne naissance à l’humilité, mais quand le souvenir des péchés passés conduit au désespoir, il est clair que l’ennemi essaie de troubler l’âme. Ne l’écoute pas, calme-toi, ne sois pas anéanti, déprimé, essaie de chasser de telles pensées par la prière.

Tu m’écris que spirituellement tu ne vas pas bien, que quelque chose manque,probablement la foi et l’amour du Seigneur. L’ennemi te trouble, mon enfant. Ne l’écoute pas. Tu as la foi et tu aimes Dieu. Ta crainte est vaine parce qu’elle vient de l’amour-propre. Vis comme tu le fais ; ne réfléchis pas trop. Après tout tu t’observes et tu désires progresser et ce désir est la moitié du salut. Que veux-tu de plus ?

Si une âme pécheresse tombe en enfer, la sainte Église prie pour cette âme et le Seigneur la libère des chaînes de l’enfer. Moi qui suis pécheur, je crois en la prière de l’Église.

Ne sois pas surpris qu’il y ait en toi des passions : elles sont là pour nous rappeler que nous ne sommes que des êtres humains et pour nous enseigner l’humilité.
Répète chaque jour la prière à la Mère de Dieu (Vierge Marie ô Mère de Dieu, Réjouis-toi,pleine de grâce) douze fois et trente-sept fois la prière de Jésus.

Les saints pères comparent l’obéissance au martyre.

Il est triste d’entendre que des prêtres enseignent à leurs enfants spirituels de se faire des images mentales du Sauveur, de la Mère de Dieu et des saints quand ils prient. Cette manière de prier est incorrecte et même dangereuse. Je vais te dire brièvement comment prier d’après les saints pères. L’intellect devrait être enfermé dans les paroles de la prière et l’attention portée sur la partie supérieure de la poitrine, car l’attention est l’âme de la prière. L’attention ne doit pas être « pressée » sur le cœur. Si l’attention se porte sur la poitrine, le cœur s’y joindra par « sympathie ». Quand un sentiment de tendresse et une sensation de chaleur apparaissent, ne crois pas avoir reçu quelque chose de grand. C’est le résultat naturel de la concentration et non une illusion du malin. Le Seigneur par Sa Grâce, donne la consolation à celui qui prie.

Les saints pères disent que même chez les saints, des défaillances de la nature humaine subsistent, ceci pour qu’ils gardent l’humilité.

Être au Thabor avec le Sauveur est une chose très joyeuse, mais quand il s’agit d’être au Golgotha, sois patient.

Cela ne sert à rien de se contenter de lire et de demander comment être sauvé. Il faut s’exercer, travailler, purifier notre cœur des passions. Tu sais maintenant ce qu’est la vie spirituelle. Le temps est venu, commence le combat.Que le Seigneur soit ton Maître et ne m’oublie pas dans tes saintes prières.

Même s’il est difficile pour toi de développer ta vie spirituelle dans le monde, sache que le Seigneur aide ceux qui essaient de le faire.

Le Seigneur nous garde dans la vertu, non pas en réponse à nos efforts, mais en réponse à notre humilité. Là où il y a eu une chute, elle fut précédée par l’orgueil, dit saint Jean Climaque.

Les saints pères, par leur propre expérience, ont étudié en détail les subtilités de la nature humaine et ils nous consolent, nous offrant des écrits détaillés sur la manière de combattre le péché.
Lis chaque jour un chapitre de l’évangile et des épîtres.

Dans le choix d’une voie spirituelle, on doit être guidé par la sainte Écriture et non par l’instinct.

Un certain staretz a dit : si l’âme n’a que des paroles et aucune action, elle est comme un arbre qui fleurit sans porter de fruits. Les fleurs ne font qu’attirer l’œil et quand on les quitte on les oublie, mais le fruit de l’arbre satisfait la faim de l’homme et lui donne la force de vivre sa vie.

Tu écris que quelquefois, pendant la prière tu es très perturbé par des penséesblasphématoires. Elles sont si viles que tu as honte de regarder les icônes ou de parler au prêtre. Ne sois pas embarrassé. De telles pensées ne sont pas nôtres mais viennent de l’ennemi du genre humain, le démon. N’y prête pas attention et essaie de tourner tes pensées vers quelque chose d’extérieur.

Il y a des gens, qui par ignorance du sens de l’Écriture, se sont attachés à l’enseignement déplacé selon lequel certains sont prédestinés au salut et d’autres à la destruction…Comme si notre Seigneur, dans sa Grâce et son Amour de l’homme voulait que quiconque périsse.

Les démons de la vaine gloire sont les prophètes de nos rêves.

Ta santé n’est pas très bonne, ne sois pas désespéré : soumets-toi à la Volonté de Dieu. Nous mourrons tous demain, si ce n’est aujourd’hui déjà.

Voici ce que j’ai observé, c’est une très grande faute et une faiblesse que d’être anxieux de prolonger notre vie. De toutes façons, la vie et la mort sont entre les Mains de Dieu et le Seigneur a dit : cherchez d’abord le royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît.

Les afflictions ont deux vertus : la première est de développer notre zèle envers Dieu et de faire naître en nous une gratitude qui vienne du fond du cœur. La seconde est de nous délivrer des vains soucis et des choses secondaires.

Saints pères, priez Dieu pour nous pécheurs et ouvrez nos esprits étroits afin que nous comprenions vos écrits.

Tu écris que tu n’as pas encore commencé (ta vie spirituelle), ce sentiment est bon car il conduit à l’humilité.

Plus l’homme s’approche de Dieu, plus il voit ses fautes et son état pécheur.

Le Seigneur connaît notre faiblesse et Il nous a accordé le repentir quotidien, jusques au jour de notre mort.

Le souvenir de la mort est un don de Dieu. Il est dit : souviens-toi de ta fin et tu ne pécheras plus.

La chose la plus profitable est de considérer les autres comme bons et toi-même comme le pire de tous. Observe-toi et tu verras que tu es pire que quiconque.

La prière d’un enfant est prompte à atteindre Dieu. (Le Seigneur nous a demandé d’être semblables aux petits enfants.)

Nous devrions nous souvenir que notre vie passe très rapidement et qu’elle est une préparation pour la vie éternelle à venir.

Les oiseaux sont si petits et leurs pattes sont pareilles à des allumettes et ils se débrouillent pour trouver leur nourriture pendant la saison froide. Gloire à Ta Sagesse, Seigneur, gloire à Ta création !

Tu aimes à lire les vies des saints, continue à le faire, elles sont une grande source d’inspiration pour les pécheurs que nous sommes.

Souviens-toi de l’heure de la mort et ne condamne jamais plus personne pour quoi que ce soit, ce que tu condamnes chez les autres te fera tomber dans les mêmes péchés, il ne peut en être autrement.

(À une femme qui devant s’occuper de plusieurs choses dans l’église, et qui se plaignait de ne pouvoir suivre les offices), saint Macaire a dit : le travail est pour ceux qui prient et la prière pour ceux qui travaillent.

En fait, le moine diffère du laïc seulement par le fait qu’il n’est pas marié e tainsi les laïcs devraient — et doivent en fait — vivre la même vie que les moines dans l’accomplissement des commandements.

Que le Seigneur t’accorde la sagesse. Il est inutile pour toi de te tourmenter et de penser que tu as oublié certainement de confesser un péché, les péchés qui conduisent à la mort, sont ceux dont tu es conscient et dont tu ne te repens pas.

Ne sois pas troublé si des pensées charnelles t’attaquent. Quelquefois, il est naturel qu’il en soit ainsi. La seule Grâce de Dieu peut nous en délivrer, mais je sais pourtant qu’elles reviendront en nous jusqu’au dernier jour. Même la vieillesse n’est pas exempte de leurs attaques.

Aucune maladie ne nous vient sans la Volonté de Dieu.

Ne sois pas abattu si tu es distant pendant la prière. Continue à te forcer à prier.

Bien sûr, il est assez effrayant de mourir, la crainte de la mort est caractéristique de tous, dit saint Jean Climaque, mais le désespoir et la tristesse viennent de l’ennemi.

Tu as commencé à avoir une mauvaise santé. Que faire ? Soumets-toi à la Volonté de Dieu : les maladies nous rappellent notre passage dans l’éternité. Je te souhaite santé du corps et salut de l’âme. Que le Seigneur te garde.

(À quelqu’un dont l’époux n’était pas orthodoxe) Sois fidèle à ton époux, ne sois pas fausse avec lui et obéis-lui en tout, excepté en ce qu’exige l’Orthodoxie. Il n’est pas nécessaire de parler de sujets religieux, mais si lui-même vient à aborder le sujet, réponds-lui ce que tu sais, mais prie Dieu intérieurement. Enseigne, non pas par la parole mais par l’exemple d’une vie chrétienne vertueuse. Ne le force pas à aller à l’église. S’il veut y aller c’est une autre chose. Sois satisfaite et reconnaissante de ce qu’il ne t’empêche pas d’y aller. Prie pour lui simplement, comme un enfant : Seigneur, sauve et aie pitié de mon époux, préserve-le et enseigne-lui la vérité. Laisse le reste à la Volonté de Dieu et sois en paix.

Les Saintes Écritures nous disent qu’il y aura la vie éternelle et l’éternelle souffrance : nous devons y croire fermement et ne pas nous engager dans des discussions théologiques ardues avec nos petits esprits limités et nos cœurs qui ne sont pas purifiés des passions.

Saint Isaac le Syrien dit : fuis les raisonnements sur les dogmes comme tu fuirais un lion furieux.

S’il n’y avait pas d’afflictions, il n’y aurait pas de salut.

Il est un remède aux afflictions, dit saint Marc l’Ascète : la patience et la prière.

Notre grande erreur est de ne pas assez penser à notre passage dans l’autre monde.Notre vie dans cette vallée de larmes n’est après tout rien qu’un chemin vers l’éternité et une préparation. Ô éternité, éternité sans fin ! Bien qu’ici-bas il y ait la douleur et que la vie soit quelquefois très dure et les peines lourdes et que les maladies frappent, il y a la pensée réconfortante quej e mourrai et que tout cela cessera. Mais qu’est-ce qui nous attend après ? Seigneur, par les décrets que Tu connais, sauve-nous pécheurs, amen!

La Compassion de Dieu envers nous les pécheurs est incroyable : Il a pris chair et Il est devenu vrai homme (sans le péché). Je ne te cache pas que je pleure en écrivant.

Comprends cependant que sans les humiliations, on ne peut pas devenir humble.

Mon enfant spirituel, ne sois pas déprimé, ne désespère pas du salut de ton âme,ces pensées viennent du démon, ne les accepte pas.

Traduction française Claude Lopez-Ginisty
d'après: 
Father John: Christ Is in Our Midst: Letters of a Russian Monk
SVS Seminary Press, USA, 1996

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