"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 27 février 2017

Sainte staritza Sophie de Kleisoura (1)


Le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique a approuvé le 4 octobre [2011] la glorification de la sainte ascète Sophie, du monastère de la Toute Sainte à Kleisoura, qui est consacré à la Nativité de la Génitrice de Dieu. […]

En l'honneur de cette merveilleuse nouvelle, le Monastère de la Nativité de la Mère de Dieu de  Kleisoura le dimanche 27 novembre 2011 a célébré cette fête en menant en procession les saintes reliques et l'icône sacrée de sainte Sophie pendant le service de Matines et avant la Divine Liturgie où étaient présents des milliers de personnes venues vénérer la sainte nouvellement glorifié.

Son jour de fête sera le 6 mai chaque année,  jour de son natalice en 1974.

La vie



Sophie Saoulidi, «ascète de la Toute Sainte», est née d'Amanatiou et de Maria Saoulidi dans un village de Trebizonde dans la région du Pont (Asie Mineure) en 1883. Elle y a également été mariée trois ans plus tard en 1907 à Jordan Hortokoridou, mais après sept ans son mari disparut (probablement pas de par sa propre volonté) en 1914, et elle est restée avec un fils nouveau-né qui est bientôt mort. Ces tragédies ont contribué à façonner sa piété et son esprit repentant, en la faisant dépendre uniquement de Dieu. Son ascèse commença au Pont sur une montagne loin de ses parents. C'est là qu'un jour Saint-Georges lui apparut et l'avertit d'informer les villageois d'une persécution à venir et de fuir, et ainsi elle sauva le village.

Son âme respirait le Christ et la Toute Sainte avec son amour simple et humble. «Un est le Seigneur et  autre est la Dame», disait-elle du Christ et de la Toute Sainte, «le reste d'entre nous sont tous frères et sœurs».
Elle enseignait ceux qui étaient simples, surtout les femmes, et chaque parole qui venait de ses lèvres était dite avec humilité et amour. Comme pour beaucoup de «fols-en-Christ Christ» du passé, les orgueilleux et les éduqués ne reconnaissaient pas sa valeur autant que ceux qui possédaient des cœurs simples et humbles.

Elle vint en Grèce en 1919 comme exilée. Le nom du navire qui l’amenait était le Saint-Nicolas, et lorsqu'ils arrivèrent en Grèce, la Toute Sainte lui apparut et dit: «Viens chez moi. »  Sophie demanda: «Où es-tu et où est ta maison? » La Toute Sainte répondit: «  Je suis à Kleisoura. »

Elle est allée s'installer au monastère de la Nativité de la Génitrice de Dieu de Kleisoura de Kastoria quand elle avait 44 ans. Là, l'higoumène du monastère était Grégoire [Magdalis], un moina athonite de grande vertu. Sophie apprit beaucoup de lui et elle prononçait toujours son nom avec le plus grand respect.
Sur ordre de la  Toute Sainte, Sophie vivait près de  la cheminée de la cuisine du monastère qui servait également à cuire la nourriture. Elle y dormait deux heures par nuit et le reste de la nuit, elle priait à genoux.

En hiver, il y faisait particulièrement froid, alors que l'eau de pluie coulait sur elle. Parfois, elle allumait un petit feu, mais cela n'aidait pas beaucoup. A la fenêtre, elle avait toujours un cierge allumé devant la fresque de la Toute Sainte. C'est là qu'elle mangeait et passait son temps, et quand les visiteurs venaient la voir, elle disait leurs noms, avant même qu'ils se présentent à elle.
Les gens venaient de Thessalonique et des environs, même depuis Athènes, juste pour la voir. Elle disait aux gens leurs noms et leurs problèmes familiaux sans qu'on les lui dise auparavant. Parmi ceux qui sont venus était Père Léonidas [Paraskevopoulos], qui devint plus tard métropolite, et qui dirait  parlant d’elle: «Vous avez un grand trésor là-haut».

Elle s'habillait mal et avait une couverture avec des trous. Ses sandales avaient des trous aussi. Les visiteurs voyaient comment elle souffrait dans le froid et l'humidité et lui donnaient des vêtements, mais elle les prenait d'une main et les donnait aux pauvres de l'autre main. Elle portait toujours une écharpe noire, et depuis ses jours au Pont, elle ne se baignait jamais. Son jeûne était constant et elle ne se permettait de l’huile que le week-end. Elle se souciait peu de ce qu'elle mangeait, ne mangeait que pour survivre, et s'inquiétait moins de la propreté, de sorte qu'elle pouvait même manger de la nourriture sans la laver. Et malgré les germes et les vers, elle est toujours restée en bonne santé.



Les visiteurs lui donnaient souvent de l'argent, qu'elle cachait partout où elle pouvait. Et quand quelqu'un en avait besoin, elle allait le chercher et donnait l'argent immédiatement.

Elle vit beaucoup de choses scandaleuses faites par des prêtres et des laïcs, mais ne critiqua jamais personne. «Couvrez les choses, pour que Dieu vous couvre», disait-elle.

Sa popularité s'est rapidement manifestée, de sorte que les gens sont venus non seulement de toute la Grèce, mais même de lieux comme la France et Israël pour la voir. Certains villageois se sont moqués d'elle cependant, l'appelant " Sophie la folle." Pour beaucoup, elle ressemblait à sainte Marie d'Égypte, mince comme un os et toute desséchée. Cependant elle possédait la même beauté que sainte Marie d’Egypte.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Jean-Claude LARCHET/ Recension: Bertrand Pinçon, « Le livre de Job »


Bertrand Pinçon, Le livre de Job, collection « Mon ABC de la Bible », Cerf, Paris, 2016, 146 p.

Le livre de Job est sans doute le plus fascinant des livres de la Bible, premièrement par sa force intrinsèque et le destin extrême de son héros (un homme au plus haut point prospère devenu au plus haut point miséreux), deuxièmement parce qu’il renvoie à l’expérience de la souffrance et du sentiment d’abandon que chaque personne peut éprouver, troisièmement parce qu’il représente le paradoxe, a priori incompréhensible, voire révoltant, du juste souffrant. Sa rédaction comportant plusieurs couches, la difficulté de sa forme s’ajoute à celle de son contenu, raison pour laquelle il a suscité à diverses époques de nombreux commentaires proposant à chaque fois une approche exégétique renouvelée.
Ce petit livre, dû à Bertrand Pinçon, docteur en théologie biblique de l’Université de Strasbourg, professeur d’exégèse de l’Ancien Testament et doyen de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, est le bienvenu malgré l’abondante littérature déjà existante. Écrit dans un style simple, il aborde les aspects relatifs à la composition du livre: l’identité de son héros, la date et le lieu de la rédaction, le contexte historique et le message général du livre, son style en forme de drame et de tragédie, le détail de sa structure et le résumé de son contenu, avant d’en proposer une analyse répartie en ses différents thèmes : 1) La foi à l’épreuve du mal ; 2) Sens et non-sens de la souffrance ; 3) La survivance de l’espérance ; 4) Le lieu de la vraie sagesse ; 5) Dieu plus grand que notre mal ; 6) La création et son Créateur. Les deux derniers chapitres concernent la réception du livre de Job dans différents contextes religieux et non religieux, et les œuvres qu’il a inspirées dans l’art, la littérature et la musique.


Citons l’introduction de l’auteur, qui fait bien apparaître les enjeux, toujours actuels, de ce grand texte biblique:
« Ne dit-on pas “pauvre comme Job”? La formule est connue pour désigner une personne en situation de précarité extrême et à qui la vie n’a pas réussi. Cette expression trouve son origine dans un des livres de la Bible qui met en scène le personnage de Job, un homme soudainement affecté par une souffrance inexpliquée et qui, pourtant, tient bon dans l’épreuve. Par la gravité du sujet qu’il aborde, le livre de Job ne laisse personne indifférent. En le lisant, on ne manque pas d’être tout à la fois séduit et dubitatif par l’intrigue qui se déploie au long des quarante-deux chapitres du livre. On est séduit par les réactions humaines de cet homme affronté au désarroi le plus total et par les questions existentielles qu’il pose au fil de l’œuvre: à quoi bon vivre si c’est pour vivre ainsi? Face à un tel drame, à quoi peut servir le réconfort des proches? Et Dieu dans tout cela? Où est-il? Et que fait-il? Cependant, à y regarder de près, on ne manque pas de s’interroger aussi sur la manière dont ce livre traite de l’expérience du mal: en dépit du malheur qui le ronge jusque dans son corps, et malgré les révoltes qu’il exprime, Job tient bon dans la foi. À aucun moment il ne rejette Dieu. Au contraire, il s’adresse à lui et l’interpelle, parfois vigoureusement. Il en vient même à le mettre en demeure de s’expliquer ouvertement. Si bien que malgré le désespoir qui le gagne, Job persiste à afficher une apparente sérénité enracinée en son Dieu qui ne peut pas l’abandonner, malgré son silence.
Le livre aborde un sujet universel sans référence explicite à un quelconque fait historique, ni même à l’histoire biblique de l’alliance de Dieu avec son peuple Israël. Le thème de l’œuvre est, principalement, le problème du mal et, avec lui, celui de l’énigme de la souffrance des êtres innocents. À partir de ce thème central, le livre traite de quelques-uns des grands sujets de l’existence humaine: le caractère aléatoire de notre existence, les inégalités constatées entre les situations personnelles, le silence persistant de Dieu et sa souveraine liberté, le sens de la vie en ce monde quand elle doit intégrer son lot de souffrances et la mort… À travers ces sujets qui nous concernent tous, c’est essentiellement la relation tumultueuse que l’homme blessé entretient avec son Dieu qui est envisagée comme fil rouge de cette œuvre de la Bible. Dans le livre de Job, il ne s’agit donc pas seulement d’une méditation sur la souffrance imméritée d’un innocent mais, bien davantage, d’une réflexion de fond sur le drame de la foi en Dieu vécue par un juste qui souffre.

Jusque-là, la justice et la droiture étaient considérées par les sages de la Bible comme des vertus à promouvoir parce qu’assurant le bonheur sur terre des êtres humains. Le juste et le sage sont récompensés par Dieu pour leur conduite tandis que le méchant et l’impie sont réprouvés. C’est ainsi qu’était présentée jusque-là la sagesse traditionnelle d’Israël dans le livre des Proverbes: “L’homme de bien attire la faveur du Seigneur mais l’homme malintentionné, celui-ci le condamne” (Pr 12, 2). Mais qu’en est-il du juste terrassé par le mal? Telle est la question posée au fil du livre de Job. Cette problématique n’est pas nouvelle dans la Bible. D’autres livres de l’Ancien Testament avaient déjà eu à traiter de cette question en reconnaissant un rôle positif joué par la souffrance comme valeur de purification chez le prophète Isaïe: “Je tournerai la main contre toi, j’épurerai comme à la potasse tes scories, j’ôterai tous tes déchets” (Is 1,25) ou bien comme appel à la conversion, telle celle de l’épouse infidèle selon les belles paroles du Seigneur par l’entremise du prophète Osée: “C’est pourquoi je vais obstruer son chemin avec des ronces, je l’entourerai d’une barrière pour qu’elle ne trouve plus ses sentiers; elle poursuivra ses amants et ne les atteindra pas, elle les cherchera et ne les trouvera pas. Alors elle dira: je veux retourner vers mon premier mari, car j’étais plus heureuse que maintenant” (Os 2,8-9). Il est toutefois des cas où, dans l’Ancien Testament, la souffrance humaine est prise en compte pour elle-même. Ainsi sont reconnus quelques renversements de situations: les puissants qui chutent et les pauvres qui sont relevés; le Seigneur qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au Shéol et en ramène, qui appauvrit et qui enrichit (cantique d’Anne, mère Samuel en 1 S 2, 4-7) sans oublier le thème du prophète incompris et du serviteur souffrant (ls 52, 13 – 53, 12).


C’est sur cet arrière-fond de remise en cause d’une justice automatiquement récompensée que le livre de Job apporte l’originalité d’une pensée critique renouvelée. C’est la raison pour laquelle cette œuvre de sagesse, qui ne répond à aucune catégorie connue de la littérature biblique, mérite d’être parcourue. »
Il est regrettable que l’auteur n’ait pas vu en Job, comme l’ont vu les Pères de l’Église, une préfiguration (typos) du Christ, qui fut par excellence le Juste et l’Innocent souffrants, et qu’il n’ait pas montré non plus comment le message du livre de Job préfigure aussi la rupture que le Nouveau Testament introduit par rapport à l’Ancien en ce qui concerne le lien entre la vertu et la prospérité matérielle, ou entre le péché et la souffrance ou d’autres misères liées à l’existence terrestre (voir notamment Jn 9, 1-3). Selon la logique de l’Ancien Testament, il y a un lien de cause à effet : l’homme juste, vertueux, est récompensé par Dieu par une prospérité qui s’étend à tous les domaines (de la santé, de la réussite sociale, de la richesse, de la fécondité et de la prospérité familiales), tandis que l’homme injuste reçoit dans les malheurs qu’il subit le juste salaire de son injustice. Le Nouveau Testament rompt avec cette logique, soulignant que les fruits de la justice et de la vertu ne se mesurent pas en biens de ce monde, mais sont de nature purement spirituelle et peuvent s’acquérir en Christ, qui nous en a acquis la grâce, à travers l’expérience même de la maladie, de la souffrance, de la pauvreté, du mépris par les autres, et même de l’apparent abandon de Dieu (déréliction) dont la plupart des saints ont fait l’expérience. J’ai développé tous ces points, en m’appuyant aussi sur une analyse du livre de Job, dans mon livre Dieu ne veut pas la souffrance des hommes.
Jean-Claude Larchet

dimanche 26 février 2017

Archiprêtre Michael GILLIS: Disciplines spirituelles (7 et fin)









Avant de terminer, quelques mots sur la dîme [Participation financière à la vie de l'Eglise] sont de mise. Sous l'Ancienne Alliance, il y avait un système de dîmes (totalisant environ 30% si vous les additionnez toutes ensemble, sans compter les offrandes volontaires), mais sous la Nouvelle Alliance, la dîme est remplacée par le Nouveau Commandement selon lequel nous «vendons tout et suivons [le Christ]." 

"De même que la loi interdisant l'adultère et le meurtre a été remplacée par les Nouveaux Commandements selon lesquels nous ne regardons même pas une femme pour la convoiter ou même nous ne pouvons être en colère contre un frère (voir Matthieu 6), de même la dîme a été remplacée par le commandement de Tout donner

Maintenant, Dieu nous a donné des appels différents. Certains d'entre nous «donnent tout» en entrant dans une communauté monastique. 

D'autres «donnent tout» en gérant leurs ressources en tant qu'intendants pour le Maître. 

Cependant, de même que les Nouveaux Commandements «ne regardez pas une femme pour la convoiter» et «ne soyez pas en colère contre votre frère» incluent les Anciens Commandements «tu ne commettras pas d'adultère» ou «tu ne tueras pas», tout cela inclut la dîme. 

Il a souvent été dit, et cela a été mon expérience, que parfois l'exercice le plus spirituellement engageant (la discipline ou la pratique ascétique) que les gens rencontrent dans un mois est d'écrire leur chèque pour la dîme. Tenant la plume dans ma main, je dois me demander à nouveau qui possède les ressources que je gère. La dîme, comme la prosternation dans la prière ou même le lavage du plancher dans la cuisine de la salle de la confrérie, est la manière concrète dont je manifeste une réalité spirituelle: que toutes les choses, les richesses et les ressources que je gère ne m'appartiennent pas, mais elles appartiennent à Dieu.

Mais nous ne devons jamais oublier que Dieu ne nous jugera pas sur la base de notre dîme ou de son absence (ou toute autre discipline spirituelle). Dieu nous jugera par notre repentir, par la vie de Dieu en nous, par l'acquisition du Saint-Esprit, par le fruit de la sainteté et de l'amour de Dieu et du prochain qui est produit dans nos vies. 

La dîme est un outil: elle détruit l'illusion que nous avons tout donné à Dieu quand en fait nous ne pouvons même pas laisser aller,  dix pour cent de notre revenu. Elle ferme la porte aux démons de la cupidité et de l'amour du luxe. 

La prière, le jeûne et l'aumône sont nos armes pour acquérir la Vie de Dieu et détruire la présomption sans force des démons. Ils révèlent comment nous avons réellement revêtu le Christ.



·      Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Funérailles du staretz Cyrille



Staretz Cyrille [Pavlov]
Mémoire Eternelle!

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

13/26 février

Dimanche de l’abstinence des laitages, mémoire de l’exil d’Adam du paradis – dimanche du Pardon

Saint Martinien, saintes Zoé et Photine (Claire) de Césarée de Palestine (Vème s.) ; saint Euloge, archevêque d'Alexandrie (vers 607) ; saint Syméon le Myroblite de Serbie (1200) ; saint Séraphim (Sobolev), archevêque de Bogoutchar (1950) ; saints martyrs de Russie : hiéromartyrs Basile (Trioumfov) et Gabriel (Preobrajensky), prêtres (1919) ; saints hiéromartyrs Sylvestre, archevêque d’Omsk (1920) ; saints hiéromartyrs Zosime (Troubatchev), Nicolas (Dobrolioubov), Basile (Gorbatchev), Jean (Pokrovsky), Léonce (Grimalsky), Vladimir (Pokrovsky), Parthène (Grouzinov), Jean (Kalaboukhov), Jean (Kosinsky), Michel (Popov), prêtres et Eugène (Nikolsky), diacre, Anne (Korneev), Vera (Morozov) et Irène (Khvostov), moniales, martyr Paul (Sokolov) (1938).
Lectures: Rom. XIII, 11-XIV, 4 ; Маtth. VI, 14-21 

Adam chassé du Paradis
DIMANCHE DE L’ABSTINENCE DES LAITAGES
E
n ce dimanche, la sainte Église fait mémoire de l’exil du paradis de nos premiers parents en raison de leur désobéissance et leur absence de tempérance. Par cela est soulignée toute l’importance du labeur du carême qui va commencer. En outre, dans la perte de la béatitude paradisiaque, l’Église veut montrer ce qui est digne de la pénitence et des larmes. « Voici le temps opportun, voici le temps du repentir, écartons les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière : afin qu’en traversant l’océan du carême, nous atteignions la Résurrection du troisième jour de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ qui sauve nos âmes ». Par ces mots, nous sommes appelés à oublier dès ce jour tout ce qui jusqu’à présent occupait nos pensées et nos sentiments et les détournait « de l’unique nécessaire » (Lc X, 42). Dans les lectures de l’épître et de l’Évangile, la sainte Église nous présente ses dernières instructions concernant particulièrement l’ascèse du carême. Le jeûne doit commencer par le pardon aux hommes de leurs transgressions et la renonciation aux œuvres des ténèbres.  Autrement dit, il convient d’accomplir de façon non hypocrite les prescriptions du jeûne et d’adopter une attitude non condamnable à l’égard du prochain. La réconciliation avec tous, le pardon à tous de leurs péchés commis à notre égard, constitue la condition première, principale et indispensable à notre réconciliation avec Dieu. Sans cette réconciliation avec tous, on ne peut s’approcher du Seigneur et s’engager sur le stade du carême et du repentir. De là vient l’usage orthodoxe de demander le pardon mutuellement à la veille du Grand Carême. St Jean Chrysostome enseigne : « nous devons pardonner aux autres non seulement en paroles, mais aussi d’un cœur pur, afin de ne pas, par la mémoire des offenses, diriger le glaive contre soi. Celui qui nous afflige ne nous fait pas autant de mal que nous-mêmes, en nourrissant en soi la colère et nous exposant ainsi à la condamnation de la part de Dieu. Si nous aimons celui qui nous offense, ce mal retombe sur la tête de celui-ci, et il souffre ; mais si nous nous indignons, nous souffrons nous-mêmes et ce à cause de nous-mêmes ».
Tropaire du dimanche, 3ème ton
Да веселя́тся небе́сная, да ра́дуются земна́я; я́ко сотвори́ дeржа́ву мы́ш-цею Cвое́ю Го́сподь, попра́ cме́ртiю cме́рть, пе́рвенецъ ме́ртвыxъ бы́сть, изъ чре́ва а́дова изба́ви на́съ и подаде́ мípoви ве́лiю ми́лость.
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande miséricorde.
Kondakion du dimanche de l’abstinence des laitages, ton 6
Пpeму́дpocти наста́вниче, смы́сла пода́телю, нему́дрыхъ наказа́телю, и ни́щихъ защи́тителю, yтвepди́, вpaзyми́ cépдце моé Bлады́ко : Tы́ да́ждь ми́ cло́во, Óтчее cло́во, cé бо ycтнѣ́ мои́ не возбpaню́, во éже зва́ти Тeбѣ́ : Mи́лостивe, поми́луй мя́ па́дшаго.
Guide de sagesse, Donateur de l’intelligence, pédagogue des insensés, protecteur des pauvres, affermis et instruis mon cœur, Maître; accorde-moi la parole, ô Parole du Père. Car voici, je n’empêcherai pas mes lèvres de Te crier : Miséricordieux, aie pitié de moi qui suis tombé !
Homélie de Saint Jean Chrysostome sur l’épître du jour
Après leur avoir donné tous les préceptes convenables, l’apôtre Paul incite à la pratique du bien par la considération de l'urgence. Le jugement, dit-il, est à nos portes; c'est ainsi qu'il écrivait aux Corinthiens : « Le temps est court » (I Cor. VII, 29), et aux Hébreux : « Encore un peu de temps, et Celui qui doit venir, viendra et ne tardera pas ». (Hébr. X, 37.) Mais, dans ces lettres, il ranimait les fidèles au milieu de leurs épreuves; ses paroles avaient pour but de rafraîchir les combattants inondés de sueur, de les consoler des persécutions qu'ils subissaient coup sur coup; ici, au contraire, l'apôtre réveille des endormis; car voilà la double utilité que nous pouvons retirer de ses réflexions. Mais que signifie ce qu'il dit : « Que c'est l'heure de nous réveiller de notre assoupissement? » Cela veut dire, la Résurrection approche; le jugement redoutable approche; le jour approche qui sera comme un four embrasé, il faut enfin secouer notre engourdissement. « Puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi ». Voyez-vous comme il leur montre déjà la Résurrection? Le temps marche, dit-il, la vie présente se consume, la vie à venir se rapproche de nous. Si donc vous êtes prêt, si vous avez accompli toutes les prescriptions, voici le jour du salut; si vous n'en avez rien fait, il n'en est pas de même. Mais, jusqu'à ce moment, ce ne sont pas les pensées tristes, mais les pensées riantes qui lui fournissent ses exhortations; et, par ce moyen, il les affranchit de tout regret des choses présentes. Ensuite, comme il était à croire qu'ils avaient été plus ardents au commencement, quand leur ferveur était dans toute sa force; qu'à la longue leur zèle s'était refroidi, l'apôtre leur dit que c'est une disposition toute contraire qu'ils doivent faire paraître; qu'ils ne doivent pas se relâcher au fur et à mesure que le temps avance, mais bien plutôt montrer plus d'ardeur que jamais. C'est en effet quand le roi est sur le point d'arriver qu'il convient de faire de plus grands préparatifs; c'est quand l'heure des prix approche, qu'il convient de s'animer le plus aux combats; ainsi font les coureurs; c'est vers la fin de la course, au moment de recevoir les prix, qu'ils s'animent le plus. Voilà pourquoi l'apôtre dit : « Puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi. La nuit est déjà fort avancée, et le jour s'approche ».
Donc si la nuit s'en va, si le jour approche, faisons désormais les oeuvres du jour, non celles de la nuit. C'est la conduite que nous tenons dans la vie ordinaire; quand nous voyons venir le point du jour qui hâte le départ de la nuit, quand nous entendons chanter l'hirondelle, chacun de nous réveille son voisin, quoique la nuit n'ait pas encore disparu; quand elle a tout à fait cédé la place au jour, alors nous nous empressons tous en répétant les uns aux autres : Il est jour, et nous entreprenons toutes les oeuvres qui se font le jour, nous passons nos vêtements, nous secouons nos songes, nous chassons le sommeil, pour que le jour nous trouve préparés, nous voulons avant que les rayons du soleil aient brillé, être sur pied et à l'ouvrage. Ce que nous faisons dans ces circonstances, faisons-le ici : rejetons nos visions, débarrassons-nous des songes de la vie présente, secouons l'assoupissement profond; en guise de vêtements, revêtons-nous de vertu, c'est tout ce que veulent dire ces paroles : « Quittons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière ». Car c'est à la mêlée, à la bataille que le jour nous appelle. Mais ne vous troublez pas à ces mots d'armes et de mêlée. Les armes matérielles sont pesantes et pénibles à porter, nos armes à nous sont désirables et dignes d'envie, ce sont des armes de lumière; elles vous rendent plus éclatant que le soleil, elles vous font resplendir au loin d'une éblouissante clarté; elles sont pour vous un solide rempart: car ce sont des armes, et elles vous font rayonner, parce que ce sont des armes de lumière. Quoi donc? Ne faut-il pas combattre? Sans doute il faut combattre, c'est une nécessité; mais il n'y a ni fatigue ni peine à supporter; car notre guerre à nous c'est une danse, c'est une fête. Telles sont nos armes, telle est la puissance de Celui qui commande nos légions. Beau comme l'époux qui sort de la chambre nuptiale, tel est celui qui se munit de ces armes; car c'est tout ensemble un soldat, un époux. Maintenant, quand l'apôtre dit que « le jour approche », il n'entend pas dire seulement qu'il va venir, mais qu'il reluit déjà; en effet, il ajoute : « Marchons avec honnêteté comme on marche pendant le jour ». Car il fait jour déjà. Le motif qui ordinairement a le plus de puissance auprès du grand nombre, lui sert ici à entraîner les fidèles, la bienséance : attendu qu'ils sont fort jaloux de bonne renommée. L'apôtre ne dit pas : Marchez, mais : « Marchons », afin de mieux faire accepter L'exhortation et d'adoucir la réprimande. « Point de débauches, d'ivresses ». Il ne défend pas de boire, mais de dépasser la mesure; il ne proscrit pas l'usage, mais l'abus du vin; c'est avec la même modération de langage qu'il continue. « Point d'impudicités, de dissolutions ». Il ne supprime pas la fréquentation des femmes, mais la fornication. « Point de querelles, ni d'envie ». Il veut éteindre les foyers où s'allument les passions mauvaises, étouffer la concupiscence et la colère. Il ne suffit pas à l'apôtre de combattre ces passions en elles-mêmes, il en tarit les sources. Rien n'embrase la concupiscence, rien n'enflamme la colère comme le vin et l'ivresse. Aussi, est-ce après « Point de débauches, d'ivresses », qu'il dit: « Point d'impudicités, de dissolutions, point de querelles ni d'envie ». Et il ne s'arrête pas là; mais, quand il nous a débarrassés de nos mauvais vêtements, écoutez de quelle parure il nous embellit par ces paroles : « Mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». II ne parle plus d'œuvres à faire, mais il s'exprime d'une manière plus propre à encourager. Quand il s'agissait du vice, il parlait d'oeuvres; mais maintenant qu'il s'agit de la vertu, il ne parle plus d'oeuvres, mais d'armes, afin de montrer par cette expression que la vertu orne en même temps qu'elle protège celui qui la possède. Et l'apôtre ne s'arrête pas là; il élève beaucoup plus haut son discours, il conçoit une image d'une redoutable grandeur; c'est le Seigneur même qu'il nous donne pour vêtement, le Roi des rois. Celui qui en est revêtu possède la vertu parfaite dans son intégrité. Ces paroles : « Revêtez-vous », nous prescrivent de nous en envelopper complètement. C'est la même pensée que l'apôtre exprime ailleurs : « Si Jésus-Christ est en vous » (Rom. VIII, 10); et encore : « Que dans l'homme intérieur habite le Christ ». (Ephés. III, 16, 17.) Ce qu'Il veut en effet, c'est que notre âme soit Son domicile, c'est que le Christ soit pour nous comme un vêtement, c'est qu'Il soit tout pour nous, et au dedans, et au dehors.
LES RÈGLES DU JEÛNE
Le typicon – livre qui détermine l’ordo des offices et les règles du jeûne - prescrit pour le Grand Carême l’abstinence de viande, du lait, des œufs et poisson. Il autorise le vin et l’huile le samedi et le dimanche, le jeudi du grand Canon de St André de Crète  et le Jeudi Saint. Le poisson est permis le dimanche des Rameaux et le jour de la fête de l’Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu Le samedi de Lazare, les œufs de poissons sont permis. En tout état de cause, il convient de jeûner avec discernement, selon ses forces, ayant en vue que, selon les Pères de l’Église, il faut tuer les passions et non point le corps. St Païssy Velitchkovsky écrit à ce sujet : « chacun a sa conscience pour mesure et maître intérieur. Il ne peut y avoir une seule règle et une même ascèse pour tous, parce que les uns sont forts et les autres sont faibles, les uns sont comme le fer, les autres comme le cuivre, d’autres encore comme la cire... Un jeûne modéré et raisonnable, c’est là le fondement et le chef de toutes les vertus ». Le carême n’est pas seulement l’abstinence de certaines formes de nourriture, son but est la purification de l’âme. C’est à cela précisément qu’il doit servir.



Le livre « LE GRAND CARÊME, lectures orthodoxes pour chaque jour (Éditions des Syrtes) présente un choix de textes tirés des Saintes Écritures, du Triode, des Saints Pères pour chaque jour de la Sainte Quarantaine.

samedi 25 février 2017

Archiprêtre Michael GILLIS: Disciplines spirituelles (6)


Le troisième domaine de la discipline spirituelle est l'aumône. 

De toute évidence, cela implique de donner de l'argent à ceux qui en ont besoin. Cela inclut de donner de l'argent aux pauvres (ou aux organisations qui soutiennent les pauvres), mais cela inclut également le soutien de l'Église. 

L'aumône, cependant, est beaucoup plus que l'argent; Il s'agit de nous consacrer à d'autres. 

L'hospitalité, le bénévolat, le tutorat, l'encouragement, la cuisine, le nettoyage et toutes les façons que nous trouvons de prendre soin des besoins et de soutenir les faiblesses des autres, peuvent être considérés comme des types d'aumônes. 

Souvent, l'aumône est faite dans le secret -sans en faire étalage - voir un travail qui doit être fait et le faire, voir un besoin qui doit être considéré et s'en charger. Ici, comme dans les autres disciplines spirituelles, chaque forme de don ne produit pas le même fruit spirituel en chacun. Chacun doit trouver un moyen de donner qui apporte la Vie; Cependant, tous doivent servir, tous doivent donner l'aumône. En outre, il convient de souligner que, simplement parce qu'on trouve la Vie dans un type particulier de service (disons l'enseignement de l'école du dimanche), cela ne signifie pas qu'il est hors question quand vient le temps de laver la vaisselle de s'en dispenser. 


Le travail fait partie de la vie, même un travail que nous n'aimons pas; Mais quand il s'agit d'aller plus loin ou de donner au-delà de ce qui est attendu, c'est là que nous trouvons la Grâce et le fruit de l'Esprit, en servant de manière à bénir les autres et à manifester la joie et la paix dans nos propres vies.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après