"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 12 janvier 2010

Fols-en-Christ: saint Procope de Vyatka (21 décembre)


Прокопий Устюжский, Христа ради юродивый

Saint Procope de Vyatka (21 décembre)


Le petit village de Koryakinsk est situé à six verstes de Khlynovo, appelé aujourd’hui Vyatka. Là, en 1578, la stérile Irène Pliouchkov fut guérie par la grâce de Dieu et un fils lui fut donné ainsi qu’à son époux Maxime. Ils le nommèrent Procope.
Agé de douze ans, Procope alla un jour travailler aux champs et, sur le chemin, il fut pris par l’orage. Avec un grand coup de tonnerre, un éclair frappa près du garçon et le blessa, le laissant inconscient. Il resta ainsi un certain temps et ses parents l’emmenèrent au monastère de la Dormition à l’higoumène saint Tryphon. Saint Tryphon pria pour Procope et le garçon fut guéri. Procope fut très ému par cette guérison miraculeuse.
Peu de temps après avoir été rétabli, Procope quitta la demeure de ses parents et alla servir dans l’église de Sainte-Catherine, à Slobodskoï. Il vécut là pendant plusieurs années auprès du prêtre Hilaire, mais quand il atteignit l’âge de vingt ans, ses parents commencèrent à faire des projets de mariage pour lui. Procope partit en secret pour Vyatka où il commença son combat spirituel de folie pour le Christ. A Vyatka, Procope fut considéré comme un sourd-muet fou. On crachait sur lui, il souffrit de la dérision, de la faim, d’être nu sous les durs hivers de Vyatka et, surtout, de la colère de ces gens qui n’étaient pas chrétiens. Tout ceci accrut sa patience. Le bienheureux Procope allait d’église en église. Nul ne l’entendait prononcer un mot. Il cheminait à travers les rues et les marchés, dans un silence absolu.
A cause de telles privations et de sa patience, Procope épuisa sa chair et le Seigneur le glorifia dès cette vie en lui donnant le don de prophétie.
Une fois, avant un grand incendie, Procope alla quotidiennement, pendant plusieurs jours, dans le clocher de l’église pour y sonner l’alarme en cas d’incendie. Une autre fois, quelque temps avant que le Tzar n’envoie ses perceptions pour de lourds impôts à Vyatka, Procope installa des chiens sur la place du marché et se mit à les battre. Une autre fois, il alla dans un bureau de l’administration et il enleva le chapeau de l’uniforme de la tête du gouverneur militaire Jemchoujnikov et il le mit sur son propre chef. Le voïvode offrit avec un sourire de donner à Procope son propre siège. Procope le prit par le bras et le conduisit en prison. Plusieurs jours passèrent et un ordre fut envoyé par le Tzar, demandant que ce voïvode soit arrêté et emprisonné pour négligence dans son service.
Voyant la vie vertueuse du bienheureux Procope, le voïvode et prince Rostovsky et son épouse Nathalie le prirent chez eux, le lavèrent, lui mirent une chemise propre et l’emmenèrent à l’église avec eux. Le bienheureux se soumit à leur gentillesse afin que pour leur sincère compassion à son égard, ils soient récompensés par Dieu. Très vite cependant, il se remit à courir les rues, déchira sa chemise et se salit à nouveau, devint noir à force de se vautrer dans les ordures, la suie, les cendres des poêles de la maison de bain, des relais routiers interdits, des cuisines où l’on buvait et des marchés.
On offrait souvent au bienheureux des chaussures, des vêtements, de l’argent et du pain. Il acceptait rarement et s’il le faisait, il le donnait vite aux pauvres.
Procope aimait particulièrement aller à l’église de l’Ascension qui était érigée parmi les rangées d’échoppes, en face de la cathédrale du Christ Sauveur. Là, il se confessait au prêtre et recevait les Saints Mystères tous les dimanches. Avec son père spirituel, le Père Jean, il parlait comme tout un chacun, abandonnant son personnage de sourd-muet, mais seulement après avoir fait faire le serment à celui-ci de ne le dire à quiconque avant qu’il ne soit parti de ce monde.
Michel Tatichtchev, noble en exil à Vyatka, était en prison. Procope commença à lui rendre visite. Le fol-en-Christ venait et frappait le verrou, cognait à la porte et faisait mine de tirer le prisonnier à l’extérieur par la fenêtre. Quelque temps plus tard, il fut libéré.
Une fois, le saint vint chez son père spirituel pendant le dîner. Assis à la table, il prit un couteau et commença à l’agiter au dessus de la tête du fils de son confesseur, un prêtre également nommé Jean. Puis il partit soudain. Un an plus tard, quelqu'un assaillit le jeune père Jean et le tua avec un couteau.
L’épouse du vieux père Jean souffrait terriblement d’un mal de dent. Le prêtre rencontra le saint à l’église du Prodrome et lui dit : «Serviteur de Dieu, prie le Seigneur pour qu’Il accorde à mon épouse la guérison car elle souffre d’un mal de dents». A ces paroles, Procope arracha une de ses propres dents et la donna au prêtre en disant tranquillement : «Prends-là» ! (Le père Jean était le seul à entendre Procope parler). Le père Jean prit la dent et la plaça sur la dent malade de son épouse. La matouchka1 fut immédiatement guérie.
Un jour, Procope était dans la ville de Slobodskoï, à l’église du Prodrome. Le jeune Corneille Karaskov chantait au kliros2. Soudain, Procope prit le jeune homme par le bras, le tira vers l’ambon et le fit entrer par les Portes royales1 dans le sanctuaire. Six ans plus tard, Corneille fut ordonné prêtre et, quand il fut veuf, il devint l’higoumène Cyprien.
Le saint fol-en-Christ reposa dans le Seigneur le 21 décembre 1627 et fut enterré au monastère de la Dormition à Saint Tryphon où ses reliques se trouvent à présent. Il est commémoré le jour de son natalice.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lev Puhalo & Vasili Novakshonoff
God's Holy Fools
Synaxis Press,
Montreal, CANADA
1976

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