"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

vendredi 1 août 2008

Moine Vsevolod:L'île de l'Amour Divin/ Patéricon de Jordanville


De droite à gauche: P. Alipy (futur Archevêque de Chicago and Detroit),
P. Flor (plus tard archimandrite), archimandrite Cyprien (Pijov),
P. Laure (avant-dernier Métropolite de L'Eglise Russe A l'Etranger)
de bienheureuse mémoire!
Portrait spirituel de Jordanville ( 12)
La capacité de travail de Père Cyprien était étonnante. Il pouvait passer toute la journée à peindre l'église depuis le haut d'un échaffaudage sous la coupole, dans la chaleur étouffante de l'été, alors que ses jeunes assistants n'y pouvaient tenir une seule heure. Il faisait cela même lorsqu'il était déjà âgé de plus de huitante ans. Un jour, Père Cyprien a dit que lorsqu'il grimpait sur l'échaffaudage, tous ses maux et toutes ses douleurs disparaissaient et il en vint immédiatement à la conclusion suivante: "Cela signifie que ma mission devant Dieu est de peindre des églises." Et il en arriva à cette conclusion après avoir peint plus d'une dizaine d'églises de l'Eglise Russe à l'Etranger. Agé de huitante ans, Père Cyprien participait encore aux obédiences collectives comme la cueillette des pommes de terre ou le travail dans la cuisine les dimanche et jours de fête.. Il était souvent de service à la cuisine, et habituellement son menu comprenait de la "kacha gouriev" ( crême de sarrasin préparée avec une épaise crême, des noix moulues, des raisins de Corinthe et de la confiture.) et du chtchti ( soupe de chou traditionnelle) aigre. Il se mettait lui-même à ce service de la cuisine, car c'était lui qui établissait la liste des obédiences collectives, même quand il approchait déjà l'âge de nonante ans.
Il avait une attitude particulière vis-à-vis de la critique de son travail. Il acceptait la critique lorsqu'elle était fondée, mais lorsqu'elle venait d'un désir de briller, il n'avait aucune pitié. Une fois, je montrai une faute quelconque que Père Cyprien corrigea immédiatement. Inspiré par cela, je décidai de trouver d'autres corrections à effectuer et en réponse, j'entendis une des épigrammes d'Alexandre Pouchkine, dans l'artiste et le cordonnier: " Ami, ne songe pas à juger de choses plus hautes qu'une botte."
Les travaux des autres, il les critiquait d'une manière quelque peu directe, sans tourner autour du pot. Si des iconographes débutants n'acceptaient pas ses commentaires, il disait d'eux: " Ils ne grandiront pas. Quand un homme ne peut accepter la critique, cela signifie qu'il est un talent mort." Quand les gens lui montraient les peintures ornant les murs maisons des laïcs et lui demandaient son opinion, si le tableau était sans mérites, Père Cyprien répondait: " Le cxadre est beau!" Il ne faisait pas l'hypocrite.
Il restait toujours lui-même et disait la vérité sans prêter attention à la personne à laquelle il parlait. peu importait que ce fût le Métropolite Philarète ou Vitaly ou le célèbre violoncelliste Mtislav Rostropovitch- tous devaient entendre les paroles de Père Cyprien, sans aucune forme de censure. Si quelqu'un l'appelait "staretz", il répondait " Je ne suis un staretz, je suis un vieil homme ( jeu de mot sur la racine commune en russe à ces deux mots, que l'on pourrait rendre en français par Ancien et vieux!). Père cyprien détestait aussi les diminutifs affectueux. Un jour une dame vint vers lui pour une bénédiction et lui dit " Père Cyprien, puis avoir votre petite main?" " Ce sont seulement les portes qui ont de petites mains, des "poignées" fut la réponse d'un ton tranchant reçue de Père Cyprien. Une autre fois, "Père, aimeriez-vous un goûter?" Et la réponse fut: " Ce sont les enfants qui prennent un goûter, les adultes mangent." 
Père Cyprien était par-dessus tout respectueux de la langue russe. Au réfectoire, il s'asseyait près du lecteur. Combien de séminaristes et de moines  furent interrompus pendant lecture des "Vie des Saints", quand Père Cyprien corrigeait leur mauvaise prononciation de mots russes; combien d'entre eux grâce à lui eurent l'occasion d'améliorer leur russe pendant leur cinq années passées au séminaire.
Père Cyprien vénéra toujours profondément le hiérarque Jean ( Maximovitch9 et il fut proche de lui. Vladika John voulait que Père Cyprien devienne Evêque, mais ce dernier refusa toujours. Un jour, ils fixèrent même une date pour son ordination au synode, mais Père Cyprien ne vint pas au rendez-vous! Un jour, nous commençâmes à parler de Vladika Jean et de la manière avec laquelle il fut persécuté. " Oui, beaucoup de gens ne comprenaient pas Vladika Jean," dit Père Cyprien. Imaginez: J'arrive au Synode, il est assis profondément endormi, sa soutane légèrement entrouverte laissant voir ses ses pieds nus avec des bandages. Quel Prince de l'Eglise était-ce là pour ses ennemis?" Il faut dire que les bleus sur les jambes du hiérarque sont dues à son exploit ascétique constant de rester éveillé. Je me souviens d'un autre incident le concernant qui m'a été relaté par Père Cyprien. Un jour, alors qu'il était à New York, il alla avec Vladika rendre visite à un prêtre qui s'occupait beaucoup de teintures à base d'alcool. Il commença à leur montrer les différentes teintures expliquant avec ferveur quelle teinture était utilisée pour chaque maladie. Vladika l'écouta jusqu'au bout et puis il dit. " Je vois que vous avez des teintures pour toutes les maladies sauf une!" " Laquelle ?" demanda le prêtre avec intérêt. "L'alcoolisme," répondit Vladika.
Le saint hiérarque Jean resta proche de Père Cyprien même après sa mort. Père Cyprien avait pris l'habitude laïque de s'asseoir jambes croisées. Un matin, je m'arrêtai à sa cellule et il me dit: " J'ai rêvé de Vladika Jean aujourd'hui, c'était comme si nous étions assis ensemble sur un banc et que nous parlions. Soudain, il croisa ses jambes. Je sentis aussitôt combien cela était inapproprié pour qulequ'un de son rang, et il me regarda d'un air taquin et c'est alors que je compris qu'il me reprenait pour mon geste."
Père Cyprien était un cueilleur de champignons passionné; il avait commencé à ramasser des cahmpignons enfant dans son Bejetsk natal. Dès que commençait la saison des champignons, il prenait son panier et partait dans les bois. Il ramassait toutes sortes de champignons et, comme il n'y avait aucun champignon de cette région qui lui était familiers, à l'exception de deux, il leur donna lui-même des noms de son invention. Par exemple " cascade", était le nom d'un étrange champignon qui ressemblait à une cascade gelée. Quelquefois, il essyait de savoir si les champignons étaient comestibles en les goûtant. un jour, je passai près de sa cellule et je le vis allongé sur le lit et fixant le plafond. " Qu'est-ce qui ne va pas Père Cyprien, vous ne vous sentez pas bien?" " Eh bien j'ai mangé un champignon bizarre et maintenant j'attends les résultats..." me répondit-il. Une autre fois, il m'offrit une cuillère avec un morceau de champignon déjà cuit, m'assurant que c'était un régal!" Je le regardai, cétait un agaric tue-mouches bouilli. "Non," Dis-je" Père Cyprien, jamais de la vie, c'est un agaric tue-mouches!" " Ce n'est pas un agaric tue-mouches, c'est un régal, mange-le!" dit-il. "Non, Père, excuse-moi!" "Mange-le par obéissance!" Je dus le manger et il se trouva que ce n'était pas un agaric tue-mouches, mais un champignon très savoureux, même s'il était rose avec des points blancs.
 Père Cyprien gardait son sens de l'humour même dans les situations les plus tragiques. Un jour il tomba malade, si malade que Père André l'iconographe et moi-même, pensions aller appeler une ambulance. En derniers recours, cependant, nous décidâmes d'emprunter un livre de doagnostic et conseils médicaux  à Père Michel Pomazansky, pour déterminer ce qu'il avait d'après ses symptômes. Nous entrâmes avec le livre dans la cellule de Père Cyprien, l'air triste. Depuis son lit Père Cyprien leva les yeux sur nous et demanda: " Vous êtes déjà venus pour lire le psautier pour moi?" " Non, c'est un livre d'automédication; nous voulons seulement savoir ce qui ne va pas." Nous commençâmes à discuter à haute voix pour savoir par où nous commencerions. Et venant de son lit sa voix se fit entendre à nouveau: " Lisez simplement tout depuis le début jusqu'à la fin comme vous lisez le psautier."
Et le Père Benjamin termine ici ses réminiscences de Père Cyprien en disant: "La porte de sa cellule était toujours ouverte à quiconque voulait lui parler, qu'il soit évêque, ou seminariste de première année. Sa chaleureuse affection, exempte de toute sorte d'onctuosité, faisait toujours vibrer une corde  dans les âmes de nombreux visiteurs qui venaient vers lui."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après le texte du site Rousky Inok
( Le Moine Russe) de Jordanville

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