"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 2 janvier 2002

Saint Païssi [Vélitchkovsky]: Six Chapitres sur la Prière Mentale


Saint Païssy Velitchkovsky:





Le Parchemin :
Six Chapitres sur la Prière Mentale









Publié pour la première fois dans la Revue orthodoxe
du Monastère Saint-Nicolas
de la Dalmerie
en France
dans les années huitante
  


Graphisme de Dominique Aymonier-Lopez

PREFACE DU STARETZ PAÏSSY

Il m'a été dit, à moi le dernier des derniers, que certains moines osent blasphémer contre la prière de Jésus, créée par Dieu, à jamais mémorable et divine, accomplie par l'intellect dans le cœur. Ces moines fondent leur bavardage à ce sujet sur le sable de la vaine sagesse, sans aucun étai. En cela ils sont armés par l'Ennemi, de sorte que par la langue en guise d'arme, il puisse trouver une faille dans cette œuvre infaillible et divine et que par l'aveuglement de l'entendement de ces moines, il puisse obscurcir ce soleil spirituel. De ce fait, me lamentant d'une telle sagesse diabolique chez ceux qui furent égarés au sortir des entrailles de leur mère et diseurs de mensonges (Psaume 57 :4) et craignant pour ceux dont l'entendement n'est pas encore affirmé et qui, à l'écoute de telles fables pourraient tomber comme ces moines dans l'abîme du blasphème et pécher mortellement contre Dieu, blasphémant ainsi l'enseignement de nos très nombreux pères théophores qui ont rendu témoignage et enseigné cette prière divine, étant alors illuminée par la grâce divine; et de plus, ne supportant plus les paroles blasphématoires contre cette œuvre sans tache, et plus encore, étant persuadé par les supplications des zélateurs de cette œuvre salvatrice des âmes, j'ai résolu - bien que cela soit au-delà de mon esprit infirme et de mes faibles pouvoirs - d'appeler à l'aide mon très doux Jésus, - sans Qui nul ne peut rien faire -, afin de réfuter la fausse raison de ceux qui ont l'esprit vain, et afin de fortifier le troupeau des frères choisis par Dieu dans notre monastère au Nom du Christ, et d'écrire quelques lignes sur la divine prière du cœur, sous la forme d'extraits des enseignements des saints Pères, afin d’en donner un témoignage sûr, ferme et indubitable.
N'étant que poussière et cendres, je m'agenouille mentalement en mon cœur devant l'inaccessible grandeur de Ta divine gloire et je Te supplie, ô mon très doux Jésus, Fils Unique et Verbe de Dieu, rayonnement de la gloire et image de l'Hypostase du Père! Illumine mon esprit et ma pensée enténébrés et accorde Ta grâce à mon âme misérable, de telle sorte que ce mien travail puisse servir la gloire de Ton très Saint Nom, et puisse être bénéfique à ceux qui, par cette œuvre mentale et sacrée de la prière du cœur, souhaitent s'unir mentalement à Toi notre Dieu, et Te porter sans discontinuer dans leur cœur et leur âme, Toi la perle de grand prix, et pour la correction de ceux qui, dans leur extrême ignorance, ont osé blasphémer Ton œuvre Divine, afin de les remettre dans le droit chemin.









CHAPITRE PREMIER

De la prière du cœur qui fut l'œuvre des saints Pères de l'Antiquité; et contre les blasphémateurs de cette prière sacrée et immaculée.

Il faut savoir que cette œuvre divine de la prière sacrée du cœur, fut l'occupation incessante de nos Pères Théophores de l'Antiquité, en plusieurs endroits du désert, aussi bien que dans les monastères cénobitiques. Elle brillait comme le soleil parmi les moines : au Mont Sinaï, à Scété en Egypte, sur la montagne de Nitrie, à Jérusalem et dans les monastères qui sont autour de Jérusalem, et en un mot dans tout l'Orient, à Constantinople, sur le Mont Athos et sur les îles de la mer ; et dans ces derniers temps, par la grâce du Christ dans la Grande Russie également. Par la garde mentale de la prière sacrée, plusieurs de nos Pères Théophores, étant enflammés d'une flamme d'amour séraphique pour Dieu et, après Dieu, pour leur prochain, devinrent les stricts gardiens des Commandements divins, et ayant purifié leurs âmes et leurs cœurs de toutes les fautes du vieil homme, ils furent à même de devenir les réceptacles choisis du Saint Esprit. Etant comblés de ses divers dons Divins, leurs vies furent comme des lampes et des piliers ardents pour le monde, et ayant accompli d'incommensurables miracles, en action et en paroles, ils amenèrent au salut une multitude incalculable d'âmes humaines. Beaucoup d'entre eux, étant mus par une secrète inspiration Divine, écrivirent des livres sur leurs enseignements concernant cette Divine prière mentale, livres en accord avec les Saintes Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont les livres sont emplies de la sagesse du Saint Esprit. Et ceci arriva par la Providence particulière de Dieu, de telle sorte que dans les derniers temps ce travail Divin ne sombre pas dans l'oubli. Beaucoup de ces livres, - avec la permission divine due à nos péchés, furent détruits par les Sarrasins qui s'emparèrent du Royaume Grec, mais quelques-uns d'entre eux furent préservés jusques à nos jours par la Providence de Dieu.
Contre ce divin labeur spirituel déjà cité, et la garde du paradis du cœur, personne parmi ceux qui ont la vraie foi, n'a jamais osé prononcer de blasphème, mais tous ont montré un grand respect et une extrême vénération pour cette prière qui est pleine de bienfaits spirituels. Mais la source de malice et l'Ennemi de toute bonne œuvre, le Diable, voyant que tous ceux vivant dans l'état monastique dans cette œuvre de la prière du cœur, choisissaient la meilleure part, assis avec un amour non troublé aux pieds de Jésus, prospérant dans la perfection de Ses Divins Commandements, et partant, devenaient une lumière et une illumination pour le monde, le Diable commença à se consumer de jalousie et à utiliser tous ses pièges afin de critiquer et de blasphémer cette œuvre salvatrice et si possible de l'éradiquer complètement de la surface de la terre. Ainsi il détruisit à la fois les livres - comme je l'ai déjà dit par les Sarrasins ses semblables, et de même il sema des ivraies corruptrices d'âmes, au sein du blé pur et céleste de cette œuvre, afin de commettre un blasphème contre cette œuvre salvatrice à travers des hommes insensés, de telle sorte que les obstinés qui entraient en contact avec cette œuvre pour leur seule exaltation égoïste, moissonneraient de l'ivraie à la place du blé, et trouveraient la perdition au lieu du salut. Et de cela même, le Diable ne se contenta pas, mais il trouva dans les terres d'Italie le serpent calabrais, annonciateur de l'Antéchrist, l'hérétique Barlaam tout à fait semblable au Diable en son orgueil; et prenant place en lui avec toute sa puissance, il l'amena à blasphémer notre Foi Orthodoxe, comme cela est écrit en détail dans le Triode du Carême, dans le Synaxaire du Second Dimanche du Saint et Grand Carême. Entre autres choses, il osa de diverses façons, à la fois par la parole et par la plume, blasphémer et dénoncer mêmement, la sainte prière du cœur, dont il est fait mention au chapitre 31 du livre sacré, de notre Père parmi les Saints, Siméon, Archevêque de Thessalonique, dont je transcris ici les paroles exactes :
"Barlaam cet impie, blasphéma et écrivit beaucoup à la fois contre la prière sacrée et contre la Divine grâce et lumière qui furent sur le mont Thabor (Mat 17:5). Ne comprenant pas et n'étant pas même capable de comprendre (car qui pourrait comprendre en étant devenu vain en esprit et fier de la vanité de ses pensées?) la signification des paroles suivantes "Priez sans cesse!" (1 Thes 5:18) ou de ces paroles "Je prierai avec l'esprit, et je prierai avec l'intelligence aussi" (1 Cor 14:15) ; ou "chantant des hymnes et des cantiques dans votre cœur pour le Seigneur" (Col. 3 : 16) ; ou "Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils, c'est-à-dire la grâce, dans vos cœurs, criant Abba, Père!" (Gal. 4 : 6) ; ou "Il vaudrait mieux que je dise cinq mots avec mon intelligence plutôt que dix mille mots en langue" (1 Cor 14:19) il [Barlaam] renonça à la prière du cœur elle-même, ou plutôt à l'invocation du Seigneur qui est aussi la confession de Pierre quand il dit. "Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant" (Mat. 16:16) et la tradition du Seigneur lui-même quand Il dit dans l'Evangile : "Quoi que vous demandiez au Père en Mon Nom, Il vous le donnera !" (Jean 15 : 16) et de même : "En Mon Nom ils chasseront les démons" (Marc 16 : 17) et ainsi de suite. Car "Son nom est la vie éternelle" (Jean 17 : 3) : "Mais ceci, - est-il dit -, est écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant, vous aviez la vie par Son Nom (Jean 20 : 31) ; et le Saint Esprit est donné à travers l'invocation du Christ : "Nul homme ne peut nommer Jésus Seigneur, si ce n'est par le Saint Esprit" (1 Cor. 12 : 3). Ceci est écrit en des myriades de passages."
Et quel succès le serpent, fontaine du mal, obtint-il par l'entremise de son fils de perdition, l'hérétique trois fois maudit Barlaam, à qui il apprit à blasphémer, comme je l'ai dit, contre la sainte prière du cœur ? Pouvait-il par son blasphème obscurcir la lumière de cette œuvre spirituelle, et comme il l'espérait la déraciner complètement ? Pas du tout mais son mal lui fut retourné. Car à ce moment-là, le grand champion et le grand avocat de la piété, le très radieux parmi les Saints, notre Père Grégoire Palamas, Archevêque de Thessalonique, en accord complet avec elle et dans l'exercice constant de la prière du cœur, se mit à briller comme le soleil sur la Sainte Montagne de l'Athos, avec les dons du Saint Esprit. 
Avant son élévation au Trône hiérarchique de cette Eglise, sous le règne du très divin empereur Andronique Paléologue, dans la très célèbre grande église de la sagesse de Dieu (Sainte Sophie) en la ville impériale, au grand conseil qui était assemblé contre l'hérétique Barlaam déjà mentionné, étant (Palamas) rempli de l'Esprit de Dieu et revêtu de l'invisible pouvoir d'en Haut, il ferma la bouche qui était ouverte contre Dieu, et lui fit grande honte et par ses paroles et ses écrits inspirés de feu, il brûla ses hérésies, qui n'étaient destinées qu'au feu, et tous ses blasphèmes et les réduisit en cendres. Et cet hérétique de Barlaam avec Acindynus et tous ceux qui pensaient comme eux furent anathématisés trois fois par toute l'Eglise Catholique de Dieu. Et même maintenant, une fois par an, le dimanche de l'Orthodoxie, lui-même et les autres hérétiques sont anathématisés par la même Eglise de cette façon : "Sur Barlaam et Acindynus et leurs disciples et successeurs, anathème trois fois".
Méfiez-vous, ô amis qui osez blasphémer contre la prière du cœur, et voyez qui fut le premier blasphémateur : ne fut-ce point l'hérétique Barlaam, qui fut anathématisé trois fois par l'Eglise et qui doit être maudit à jamais ? Par vos blasphèmes, n'entrez-vous pas aussi en communion avec cet hérétique et avec ceux qui pensent comme lui ? Vos âmes ne tremblent-elles point, à l'idée que pareillement vous tombiez sous la malédiction de l'Eglise, et que vous soyez séparés de Dieu ? En vous élevant contre une tâche aussi sacrée et en scandalisant par vos blasphèmes les âmes de vos proches qui sont d'un entendement instable, ne craignez-vous pas la terrible menace que Dieu a promis pour une telle chose dans l'Evangile ? N'avez-vous point crainte des paroles de l'Apôtre qui disent "c'est une chose terrible que de tomber dans les mains du Dieu vivant" (Heb. 10 : 31), et pour cela vous pourriez tomber, si vous ne vous repentez, à la fois dans un châtiment temporel et éternel ? Quelle raison plausible avez-vous trouvée pour proférer des blasphèmes à l'encontre de cette très pure et très sainte chose ? Je suis dans une perplexité totale.
Imaginez-vous que l'invocation du nom de Jésus soit sans bénéfice ? Mais il n'est pas possible d'être sauvé par tout autre nom que celui de Jésus-Christ, notre Seigneur.
L'intellect humain par lequel agit la prière est-il défectueux ? Mais ceci est impossible, car Dieu créa l'homme à Son image et à Sa ressemblance ; et l'image et la ressemblance de Dieu est l'âme de l'homme, qui suivant la création de Dieu est pure et immaculée: de ce fait l'intellect, étant le principal sens de l'âme, comme la vue pour le corps, est pareillement sans défaut.
Le cœur, sur lequel comme sur un autel l'intellect offre à Dieu, d'une manière sacrée, le sacrifice mystique de la prière mérite-t-il le blasphème ? En aucune façon ! Etant la création de Dieu, comme l'est le corps humain tout entier, il est très bon. Et si l'évocation de Jésus sauve l'âme, et que l'intellect et le cœur de l'homme sont l'œuvre des mains de Dieu, alors qu'en est-il d'un homme pécheur s'il fait s'élever avec son intellect des profondeurs de son cœur, la prière au très doux Jésus et Le supplie de lui faire miséricorde?
Ou bien blasphémez-vous et dénigrez-vous la prière du cœur parce qu'il vous semble que Dieu n'entend pas la prière mystique accomplie dans le cœur mais seulement celle qui est prononcée par les lèvres ? Mais ceci est un blasphème contre Dieu : car Dieu connaît les cœurs et connaît exactement les pensées les plus subtiles du cœur, même les pensées à venir, et Il les connaît toute comme Dieu, Omniscient. Et il recherche lui-même comme un sacrifice pur et immaculé, une telle prière mystique élevée depuis les profondeurs du cœur, ayant ordonné : "Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et quand tu as fermé ta porte, prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui te voit en secret, te récompensera au grand jour (Matt. 6 : 6). Ces paroles, les lèvres du Christ, la Lumière du monde et le maître universel Saint Jean Chrysostome, dans sa 19ème Homélie sur l'Evangile de saint Matthieu, avec la sagesse divine de l'Esprit Saint, les attribue non pas seulement à la prière prononcée avec les lèvres et la langue, mais à la très secrète prière sans voix prononcée depuis les profondeurs du cœur.
Il apprend à l'accomplir sans actions du corps et sans le son de la voix, mais avec la plus fervente volonté, en toute quiétude, avec la contrition des pensées et les larmes intérieures, avec la peine de l'âme et la fermeture des portes de l'intellect. Et il avance l'Ecriture Sainte comme preuve de cette prière, Moïse celui le théopte (qui a vu Dieu), et sainte Anne et le juste Abel, parlant ainsi : 
"Mais as-tu de la douleur en ton âme? Tu ne peux te contenter de crier seulement, car prier et supplier de la manière que j'ai mentionnée, est caractéristique de l'homme qui a beaucoup de douleur. Moïse aussi étant dans la peine, pria de cette manière et sa peine fut entendue, car à ce moment-là aussi, Dieu lui parla : "Pourquoi cries-tu vers moi?" (Ex. 14 : 15). Et Anne, de même, accomplit tout ce qu'elle souhaitait sans que sa voix ne soit entendue, parce que son seul cœur criait. Et Abel, ne priait-il pas en silence, même en mourant ? et son sang fit entendre une voix plus forte que celle de la trompette. Gémis-tu aussi alors, tout comme Moïse le saint ? Je ne le défends pas ! Déchire ton cœur et non tes vêtements, comme le recommanda le prophète. Appelle Dieu du fond des abîmes : "Des profondeurs, dit-il, j'ai crié vers Toi, ô Seigneur" (Ps 129 : 1) ; du fond du cœur prenez voix, faites de votre prière un sacrement". Et plus tard : "Car vous ne priez pas un homme, mais Dieu Qui est partout, Qui vous entend avant que vous ne parliez et Qui connaît les pensées qui ne passent point par les paroles ; si vous priez de cette façon, vous recevrez une grande récompense: Ton Père, dit-Il, qui te voit secrètement, te récompensera au grand jour. Et plus tard : "De même qu'Il est invisible, Il désire que Ta prière le soit pareillement."
Voyez-vous, ô Amis, comment par le témoignage de cet invincible pilier de l'Orthodoxie, [il est établi qu']il existe une prière autre que celle prononcée par les lèvres : une prière secrète, invisible, muette, offerte du fond du cœur à Dieu, laquelle, en tant que pur sacrifice, est acceptée par Dieu comme un parfum de spirituelle fragrance, et dont Il se réjouit et est heureux, voyant que l'intellect, qui plus que tout devrait être consacré à Dieu, Lui est uni par la prière. De ce fait, pourquoi armez-vous votre langue de blasphèmes contre cette prière à laquelle "les lèvres du Christ" - c'est-à-dire Saint Jean Chrysostome - ont rendu hommage. Pourquoi la calomniez-vous, la haïssez-vous, pourquoi vous moquez-vous d'elle, la dénigrez-vous et la fuyez-vous comme une chose répugnante, et en un mot, pourquoi ne supportez-vous même pas d'en entendre parler ? La crainte et les frissons m'envahissent en songeant à votre action irrationnelle.
Pourtant, cherchant la cause de votre blasphème, je vous demande : la raison pour laquelle vous proférez des blasphèmes contre cette prière salvatrice de l'âme, n'est-elle pas due au fait qu'il vous soit arrivé de voir ou d'entendre dire que quelques-uns de ceux qui la pratiquaient étaient devenus fous, ou avaient rencontré l'illusion au lieu de la vérité, ou avaient souffert de quelque atteinte de l'âme, et de ce fait, vous fûtes amenés à croire que la prière du cœur était la cause d'un tel mal. Mais il n'en est rien, non, ce n'est pas du tout le cas. 
La sainte prière du cœur, selon les écrits des Pères Théophores, œuvrant dans la grâce de Dieu, purifie l'homme de toutes passions, le stimule pour qu'il garde avec ferveur les commandements de Dieu, et le préserve des flèches et des duperies de l'Ennemi. Si, cependant, quelqu'un ose entreprendre cette prière avec sa seule volonté, et non en accord avec l'enseignement des saints Pères, sans questionner et prendre conseil auprès de ceux qui en ont l'expérience, s'il est hautain, passionné et infirme, qu'il vit sans obéissance et soumission, et que de plus il cherche à mener une vie d'ermite sans en être digne à cause de son orgueil : un tel homme, en vérité, - je l'affirme aussi -, tombera dans les ruses et erreurs du Diable. Mais la prière est-elle la cause de la illusion précitée (slavon. prelest)? Non ! Et si vous trouvez une faute dans cette prière mentale, alors vous devriez considérer aussi qu'un couteau est en faute si un jeune enfant, à cause de l'insouciance de ses jeux, en venait à se couper avec lui. 
De même, selon vous, on devrait interdire aux soldats de se servir de l'épée que leur donne l'armée pour combattre l'ennemi si un soldat insensé en vient à se blesser avec sa propre épée. Mais, tout comme le couteau et l'épée ne sont pas fautifs, mais démontrent seulement la sottise de ceux qui se blessent avec, ainsi l'épée spirituelle, la sainte prière mentale, est dénuée de faute. Ce sont plutôt l'orgueil et l'égoïsme des orgueilleux qui sont la cause des illusions démoniaques et de tout mal spirituel.
Mais pourquoi, vous demandè-je, la cause de votre blasphème contre cette sainte prière, comme si je ne le savais pas ! Je la connais cette cause, ô mes amis ! Je connais la cause de vos babillages : premièrement, votre lecture des Saintes Ecritures n'est pas en accord avec le commandement du Christ, c'est-à-dire que vous n'appliquez pas ce que vous lisez. Deuxièmement, vous vous méfiez des enseignements de nos Saints Pères qui enseignèrent cette divine prière mentale par la sagesse que leur conférait l'Esprit donné par Dieu, en accord avec les Saintes Ecritures. Troisièmement, il y a votre extrême ignorance : il se peut que vous n'ayez jamais vu ou entendu parler des écrits de nos Pères Théophores sur ce sujet ; ou si vous en avez eu connaissance, alors vous ne comprenez pas du tout le pouvoir de leurs paroles divinement sages - et voilà la cause essentielle de votre sagesse maligne.
Si seulement vous vouliez lire, avec crainte de Dieu, avec une attention stricte et une foi inébranlable, en œuvrant à leur accomplissement avec Amour, et avec l'humilité de la sagesse, les livres patristiques qui plus que tous autres conviennent pour la lecture des monastères et qui contiennent la signification totale de la vie selon l'Evangile!... Ces livres patristiques sont aussi nécessaires aux moines pour le bénéfice de leurs âmes, et pour la correction de celle-ci et pour l'acquisition d'une compréhension vraie, correcte et humble, comme l'est la respiration pour la vie physique. 
Si vous lisiez ces livres de cette façon-là, Dieu ne permettrait pas que vous tombiez dans un tel abîme de blasphème. Il vous illuminerait plutôt, à travers cette œuvre par Sa Grâce divine, avec Son amour ineffable, afin qu'avec l'Apôtre vous disiez : "Qui pourra nous séparer de l'Amour du Christ ?" (Rom. 8 :35) que nous avons été capables d'atteindre par le labeur spirituel de cette prière. Et non seulement vous ne blasphèmeriez plus, mais vous seriez même zélés au point de donner votre vie pour elle, percevant en chaque action et expérience un bénéfice pour votre âme, - bénéfice indicible -, par cette attention mentale. 
Mais puisque vous ne lisez pas les livres des Saints Pères avec une foi inébranlable, ou que vous les lisez sans y croire, comme en témoignent les fruits de votre blasphème, ou bien que vous dédaignez totalement leur lecture, de ce fait vous êtes tombés dans des sophismes impies tels que, comme si vous n'aviez jamais entendu parler des écrits chrétiens, vous blasphémez et vous dénigrez cette prière sacrée dont toute l'Ecriture rend témoignage, selon l'interprétation divinement sage des saints Pères.
Mais afin que vous-mêmes et tous ceux qui doutent à ce propos, soient délivrés d'une telle maladie de l'âme, je ne vois de meilleur traitement que celui-ci : Je vais m'efforcer, pour autant que le Seigneur par sa Grâce me favorise et m'aide, de vous montrer que nos Pères Théophores, illuminés par la Grâce de Dieu, ont établi la construction de cet enseignement profitable à l'âme, concernant cette très sainte prière accomplie secrètement par l'intellect dans le cœur, sur le roc immuable de la Sainte Ecriture. Et si, ayant été amenés à voir comme une évidence et clairement la vérité de l'enseignement des saints Pères, avec la coopération de la grâce de Dieu touchant secrètement vos âmes, et ayant été guéris de l'infirmité de votre âme, vous offrez à Dieu, une repentance très sincère, vous deviendrez dignes de Sa Divine miséricorde et du pardon complet de votre péché.









CHAPITRE II

Le Commencement de cette divine Prière du Cœur, et les témoignages de l'Ecriture la concernant, suivant les Pères Théophores.

Avant d'indiquer d'où vient cette Divine prière, je dois présenter quelques points, à titre d'information générale. Il faut savoir que, selon les écrits de nos saints Pères Théophores, il y a deux sortes de prières mentales: l'une pour les débutants, liée à l'activité habituelle, l'autre pour ceux qui sont avancés, liée, elle, à la vision. L'une est le commencement, l'autre la fin, car l'activité est le chemin vers la vision
Et on devrait savoir que, selon Saint Grégoire le Sinaïte, il y a huit visions préliminaires, qu'il énumère ainsi "Nous disons que les huit visions préliminaires sont premièrement la vision de Dieu, divinité invisible, sans origine et Incréée, cause de tout, Une dans la Trinité et au-dessus de tous les êtres ; deuxièmement la vision de la hiérarchie des puissances mentales, troisièmement la vision de la composition des êtres (visibles) ; quatrièmement, la vision de la condescendance du Verbe qui nous observe ; cinquièmement, la vision de l'universelle résurrection; sixièmement, la vision du Second et Terrible Avènement du Christ, septièmement la vision du tourment éternel; huitièmement, la vision du Royaume de Dieu qui est sans fin ! Ayant présenté ceci, Je vais parler selon la pauvreté de ma raison infirme de la manière selon laquelle l'activité et la vision doivent être comprises.
Il faut savoir que tout le labeur monastique (je parle à ceux qui sont simples comme moi) par lequel quiconque peut être passé, avec l'aide de Dieu, l'amour du prochain et de Dieu, dans la douceur et l'humilité et la patience, et tous les autres commandements de Dieu et des Saints Pères, en parfaite soumission de corps et d'âme selon Dieu, en jeûnes, veilles, larmes, prosternations et autres méthodes pour contraindre le corps, dans l'accomplissement fervent des règles de l'Eglise et du monachisme, dans l'exercice secret de la prière mentale, en lamentation et réflexions sur la mort - un tel labeur, si tant est que l'esprit soit encore guidé par sa propre autorité humaine et sa volonté propre, peut être appelé précisément activité ; mais en aucune façon il ne peut être appelé vision. Et si un tel labeur mental d'oraison peut être appelé vision dans les écrits des saints Pères, c'est seulement une manière de parler, de même que l'intellect, comme œil de l'âme est appelé vision.
Mais quand, avec l'aide de Dieu et le labeur déjà mentionné, et par-dessus tout par une profonde humilité, l'homme purifie son âme et son cœur de toute souillure des passions de l'âme et du corps, alors la grâce de Dieu, mère commune de tous, prend l'âme purifiée comme on prendrait un petit enfant par la main, et la conduit selon son degré de purification par paliers aux visions spirituelles déjà signalées, lui révélant les indicibles mystères Divins auxquels l'intellect n'a point d'accès. 
Et c'est en vérité ceci qui peut être appelé la véritable vision spirituelle, qui est la prière de la vision, ou selon saint Isaac, la prière pure d'où surgissent la vision et une crainte mêlée d'admiration. Mais il n'est possible à personne d'atteindre cela par le labeur de sa seule volonté, à moins que Dieu n'intervienne et n'y conduise par la Grâce. Si quiconque essaie d'accéder à de telles visions sans la Lumière de la Grâce de Dieu, comme le dit saint Grégoire le Sinaïte (130ème Homélie), qu'il sache qu'il se forge lui-même des images et non des visions, les imaginant et ces images étant présentées à lui par un esprit imaginatif. Et maintenant qu'une idée claire de la prière active et contemplative a été présentée, le temps est venu d'indiquer l'origine de la divine prière mentale.
Il faut savoir que, selon le témoignage de notre divinement sage, saint Père Théophore Nil, le jeûneur du Sinaï, la Divine prière mentale qui convient aux parfaits, fut déjà donnée par Dieu lui-même au Paradis, au premier homme créé. Car saint Nil dit (49ème Homélie) à ceux qui prient avec ferveur, afin qu'ils puissent hardiment préserver le fruit de la prière et que leur labeur ne soit pas vain : "Ayant prié suivant la règle, attendez ces choses qui ne sont pas selon la règle, et restez hardiment là pour préserver votre fruit. Car c'est à cela que vous fûtes assignés dès le commencement : faire et préserver, de peur que ce qui ait été fait ne soit pas préservé; sinon il n'y a pour vous aucun bénéfice venant de votre prière."
Interprétant ces paroles, saint Nil, le luminaire Russe, habitant du désert de Sora, qui, comme cela apparaît dans son livre divinement sage brillait comme un soleil en Russie par le labeur mental de la prière, dit ce qui suit "A présent ce saint ramène à l'antiquité le fait que l'homme doive faire et préserver; car l'Ecriture Sainte dit que Dieu créa Adam et le plaça en Paradis afin qu'il y œuvre et préserve le Paradis. Car ici, saint Nil du Sinaï appelle la prière le façonnement du Paradis, et la garde contre les pensées impies après la prière, il l'appelle préservation". De même saint Dorothée dit aussi que le premier homme créé, étant mis en Paradis par Dieu, resta en prière, comme il le dit dans sa Première Instruction. De ces témoignages, il est clair que Dieu ayant créé l'homme à Son image et à Sa ressemblance, Il le conduisit dans un paradis de douceur pour travailler dans les jardins immortels, c'est-à-dire, dans les plus pures, les plus exaltées, les plus parfaites pensées divines, selon saint Grégoire le Théologien. Et ceci ne veut dire rien d'autre que le fait qu'il resta, pur d'âme et de corps, en prière contemplatrice, remplie de grâce, et qu'il préserva hardiment ceci, comme la prunelle de ses yeux, - ceci étant le labeur du Paradis -, de peur que cela ne décroisse un jour dans son âme et dans son cœur. De ce fait, grande est la gloire de la sainte et divine prière mentale, dont le bord et le sommet, c'est-à-dire, le commencement et la perfection, furent donnés à l'homme par Dieu en Paradis, et ainsi, c'est de là qu'elle a son commencement.
Mais elle acquit une gloire plus incomparablement grande lorsque Celle plus Sainte que tous les saints, plus honorable que les Chérubim et incomparablement plus glorieuse que les Séraphim, la Très Sainte Vierge Mère de Dieu, demeurant dans le Saint des Saints, accéda au sommet même de la vision Divine, au moyen de la prière mentale, et fut rendue digne d'être le magnifique réceptacle de Dieu le Verbe, Lui que toute la création ne peut contenir, Lui qui fut contenu en Elle par hypostase, et naquit d'elle sans semence pour l'amour du salut des hommes. De ceci, témoignage est donné par le pilier invincible de l'Orthodoxie, notre Père parmi les saints Grégoire Palamas, Archevêque de Thessalonique, dans son Homélie sur l'Entrée au Temple de notre Très Sainte Dame, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie; car il dit que la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu, logeant dans le Saint des Saints et arrivant à comprendre parfaitement d'après les Saintes Ecritures qui étaient lues à chaque Sabbat, que la race humaine était en train de périr à cause de sa désobéissance, en conçut une extrême pitié et accepta la prière mentale à Dieu, afin qu'Il prenne bientôt pitié de la race humaine et la sauve. Je dois citer ici les paroles mêmes de saint Grégoire, quelques-unes parmi toutes celles qu'il a dites, et qui sont dignes d'un esprit angélique : "Car cette divine Jeune Fille, la Vierge, entendant et voyant cela, prit pitié de la race commune et chercha comment obtenir une guérison et un traitement équivalents à une telle souffrance. Elle découvrit qu'Elle devait se tourner immédiatement avec tout son intellect vers Dieu, et Elle prit sur Elle cette prière pour nous, afin de forcer Celui qu'on ne force pas et de L'attirer plus vite vers nous, de telle sorte que Lui-même puisse déraciner la malédiction à son origine, puisse faire cesser le feu qui dévorait le champ de l'âme et lier à Lui la créature, après avoir guéri son infirmité. Puis, ],a Vierge pleine de grâce, ayant ainsi examiné ce qui, selon Elle, convenait le mieux à chaque nature, plaça la prière mentale au-dessus de tout, la jugea meilleure que n'importe quelle parole à cause de son caractère merveilleux et glorieux. Et cherchant comment Elle pourrait converser avec Dieu d'une manière appropriée et habile, Elle alla à Lui comme intercesseur volontaire ou plutôt comme intercesseur choisi par Dieu."
Et plus loin il dit : "De ce fait, quand Elle vit qu'il n'était rien de meilleur pour l'homme parmi les choses existantes, Elle se dirigea Elle-même, avec crainte, vers la prière, renouvela dans l'humaine nature la grandeur et la perfection. Elle fit une découverte et agit en conséquence, et pour tout cela, Elle donna l'action comme l'ascension suprême, vers la vision; mais la vision est plus grande que les choses qui ont été mentionnées, tout comme la vérité est plus grande que l'imagination. Mais vous, vous concentrant en vous-mêmes, et ayant purifié vos intellects, écoutez maintenant la grandeur du mystère… car, saisissant l'occasion fournie par cette assemblée réunie au nom du Christ, je veux dire quelques mots avant tout, à ceux qui ont renoncé au monde. Celui qui, par esprit de renonciation, a déjà goûté aux délices à venir, qui est avec les Anges et qui obtient une demeure en Paradis, qu'il ait le désir d'imiter, selon sa force, Celle qui la première et unique renonça au monde dès l'enfance pour l'amour de la paix : l'Epouse Toujours Vierge."
Et plus loin, saint Grégoire dit : "De là, cherchent ce qui était le plus nécessaire à un intercesseur pour converser (avec Dieu) - ce en quoi consiste la prière - la Vierge parvint à obtenir le silence sacré, le silence de l'intellect, la séparation d'avec le monde, l'oubli des choses d'ici-bas, et la Connaissance exaltée d'une auditrice de choses secrètes, jusqu'à la transformation de l'être en ce qu'il peut être de meilleur. Cette activité, en vérité ascension vers Celui Qui Est en Vérité, ou plus exactement, vers la vision Divine, est comme une brève indication pour l'âme qui a obtenu cette activité en Vérité. Toute autre vertu est comme un traitement médical applicable aux infirmités de l'âme et aux passions mauvaises qui se sont enracinées à cause de l'acédie; mais la vision Divine est le fruit d'une âme saine, en tant qu'ultime perfection et image de l'activité Divine. Donc, un homme devient "participant à Dieu", non en paroles ou en une modération judicieuse vis-à-vis des choses visibles, car ceci est terrestre, bas et humain, mais plutôt en demeurant dans le silence, car c'est ainsi que nous sommes séparés et libérés des choses d'ici-bas, et que nous montons vers Dieu. 
Et ainsi, passant jour et nuit en prières et supplications dans la chambre supérieure d'une vie de silence, nous allons en quelque sorte vers cette Nature Inaccessible et Sainte nous nous en rapprochons dans une certaine mesure. Et ceux qui endurent cela, et sont ainsi dissous dans la Lumière qui Existe d'une manière ineffable au-delà des sentiments et de la pensée, voient Dieu en eux-mêmes, comme dans un miroir, parce qu'ils ont déjà purifié leur cœur par un silence sacré. Et ainsi le silence est un guide rapide et court, couronné de succès qui unit l'homme à Dieu, lorsque l'on s'y tient entièrement. Et la Vierge Qui s'y maintint même depuis l'enfance, - qui est-Elle ? Elle vécut dans le silence d'une manière surnaturelle depuis Son Enfance même, et à cause de cela, Elle seule parmi toutes les femmes donna naissance - sans époux - à l'Homme-Dieu, le Verbe",
Et plus loin, il dit : "De ce fait aussi, la Très Pure, renonça en quelque sorte, aux logis et paroles terrestres, s'éloigna des gens et s'étant mise à l'écart d'une vie pleine de reproches, Elle choisit une vie invisible et sans communication avec quiconque, vivant en un lieu où nul n'avait le droit d'entrer. Là, libre de tout lien matériel, et renonçant à tout contact et à tout amour envers qui que ce soit, et ne montrant nulle pitié pour le corps, Elle concentra tout son esprit vers Lui, dans cette divine prière incessante, demeurant en Lui, avec attention. Et par ce moyen, repliée sur Elle-même et se plaçant au-dessus de tout tumulte, au-dessus de toute pensée et simplement au-dessus de toutes apparences et choses, Elle ouvrit ce nouvel accès ineffable vers le Ciel, qui est, je le dirai,  le silence des pensées. Et s'appliquant avec courage à ceci, et s'y efforçant en Son intellect, Elle S'éleva au-delà de toutes les créatures et vit bien mieux que Moïse la gloire de Dieu et Elle vit aussi que la gloire Divine n'était en aucune façon liée au pouvoir des sens - sainte et joyeuse vision des âmes et des intellects purs - dont Elle est, selon les Divins chantres - partageant une nuée véritable d'eau vive, et l'Aube du jour de l'intellect, et le chariot de feu du Verbe.
Par ces mots du divin Grégoire Palamas, celui qui est intelligent peut comprendre, aussi clairement que le soleil brille, que la Très Pure Vierge Mère de Dieu, demeurant dans le Saint des Saints, par le biais de la prière mentale, accéda aux suprêmes sommets de la vision Divine. Et, renonçant au monde pour l'amour de la paix, par le silence sacré de l'intellect, des pensées, en concentrant Son intellect dans l'incessante Divine prière et l'attention et en accédant par l'activité à la Divine vision, Elle S'offrit au Divin et Angélique ordre monastique comme exemple de vie attentive à l'être intérieur, de telle sorte que, ayant renoncé au monde et considérant Sa très fervente lutte, selon leur force et Ses prières, ils puissent l'imiter pendant les labeurs et les tâches de la vie monastique déjà mentionnés. Mais qui pourrait d'une manière digne louer la divine prière du cœur, dont la Mère de Dieu Elle-même, instruite par le Saint Esprit fut l'artisane, pour le bénéfice et l'avancement (spirituel) des moines !
Pour confirmation (de ce que je viens d'avancer) et pour donner une assurance indubitable à ceux qui auraient encore un doute à ce sujet, comme s'il s'agissait d'une chose inconnue et dont personne n'ait témoigné, il est temps maintenant de montrer quels témoignages sont apportés dans l'Ecriture Sainte, selon les œuvres des Saints Pères qui ont écrit sur l'illumination de la Grâce
La Divine prière mentale a sa fondation inébranlable dans les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ : "Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre et quand tu as fermé ta porte, prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui te voit secrètement te récompensera ouvertement" (Mat. 6:6). Ces paroles comme nous l'avons déjà dit dans le premier chapitre, sont interprétées avec l'aide de la sagesse de Dieu par le flambeau du monde, saint Jean Chrysostome, comme faisant allusion à une prière non vocale, secrète, prononcée des profondeurs du cœur, apportant comme témoignage de la Sainte Ecriture, Moïse le théopte, et sainte Anne mère du prophète Samuel, et le Juste Abel et son sang qui criait des profondeurs de la terre - disant que dans leurs prières sans paroles, ils furent entendus par Dieu. Ce Grand Maître de l'Univers, ces lèvres du Christ, je veux dire saint Jean Chrysostome a aussi donné séparément, en trois homélies un enseignement concernant cette Divine prière, comme cela est indiqué dans le témoignage sincère du Bienheureux Archevêque de Thessalonique, dans le chapitre 294 de son livre que toute l'Eglise Catholique Orientale tient en vénération comme un pilier et une confirmation de la vérité.
Le pilier et les lèvres de feu du Saint Esprit, l'œil de l'Eglise, Basile le Grand, en expliquant le passage de la Sainte Ecriture : "Je bénirai le Seigneur en tous temps, Sa Louange sera toujours sur mes lèvres" (Ps 33: 1) nous enseigne d'une manière excellente ce que sont les lèvres spirituelles et les activités de l'intellect, c'est-à-dire de la prière mentale, apportant pour ce fait des témoignages de l'Ecriture Sainte, et je présente ici et maintenant ses propres paroles, remplies de Sagesse Divine : "Sa louange sera toujours sur mes lèvres. Il semble que le Prophète parle de quelque chose d'impossible: comment la louange de Dieu peut-elle être toujours sur les lèvres humaines ? Quand un homme parle au cours de conversations terrestres ordinaires, il n'a pas sur les lèvres la louange de Dieu ; quand il dort, il est totalement silencieux; et aussi quand il mange et boit, comment ses lèvres peuvent-elle prononcer une louange ? A ceci nous répondons qu'il existe certaines lèvres spirituelles de l'homme intérieur par lesquelles il est nourri, participant à la vie du Verbe, qui est "le pain qui descend du ciel" (Jean 6 : 33). C'est précisément de ces lèvres que parla le prophète: "J'ouvris mes lèvres et j'invoquai l'Esprit" (Ps. 118. 131). C'est à cela que le Seigneur nous éveille, afin que nous tenions ces lèvres ouvertes assez grandement pour recevoir la nourriture véritable, quand Il dit : "Ouvre tes lèvres et je les emplirai", (Ps. 80 : 11). De là, la pensée de Dieu une fois gravée sur ces lèvres et confirmée par l'entendement de l'âme, peut être appelée la louange de Dieu qui est toujours dans l'âme. Et selon la parole de l'Apôtres quelqu'un qui est vigilant peut tout faire pour la gloire de Dieu, de telle sorte que toute action et toute parole et toute activité de l'intellect est assimilée par sa signification à la louange. Que l'homme vertueux mange ou boive et quoi qu'il fasse, il le fait entièrement pour la gloire de Dieu (1 Cor. 10 : 31). Ainsi même quand il dort, son cœur reste vigilant." Ainsi parle saint Basile. Et dans ses paroles, il est clair qu'à côté des lèvres du corps, il y a aussi les lèvres de l'intellect, et il y a un labeur et une louange mentales incessantes dans l'homme intérieur.
Le très semblablement Bienheureux, le soleil égyptien - on plutôt universel - qui a brillé de tout l'éclat des dons inexprimables du Saint Esprit, l'homme céleste -, je veux dire Macaire -, dans ses paroles célestes concernant cette sainte prière parle ainsi : "Un chrétien doit toujours se souvenir de Dieu", car il est écrit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu avec tout ton cœur" (Matt, 22 : 37). Il doit aimer Dieu non seulement quand il entre dans le temple de prières, mais aussi quand il marche, quand il parle, quand il mange, et boit, qu'il se souvienne de Dieu, de l'amour et de la prière; car Il dit : "Là où est votre trésor, votre cœur sera lui aussi" (Matt. 6 : 21), etc.
Le saint Père théophore de jadis, Isaïe l'ermite, à propos de cet enseignement caché, c'est-à-dire celui de la prière de Jésus, apporte ce témoignage tiré des paroles de la Sainte Ecriture : "Mon cœur brûlait en moi et dans ma méditation surgit une flamme" (Ps. 38 : 4).
Saint Siméon dont il est question dans le livre déjà mentionné du très Bienheureux Siméon de Thessalonique, et qui au sein de la cité impériale (Constantinople), brillait comme un soleil par la prière mentale dans les dons ineffables du Très Saint Esprit, et en conséquence est appelé par l'Eglise entière le Nouveau Théologien, dans son Homélie sur les trois formes de la prière, écrit ceci à propos de la prière mentale et de la vigilance : "Nos Saints Pères, entendant le Seigneur dire "Du cœur procèdent les pensées mauvaises, les meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, blasphèmes et ce sont ces choses qui souillent l'homme" (Matt 15: 19-20) ; et aussi l'entendant enseigner qu'il faut nettoyer ce qu'il y a à l'intérieur de la coupe et du plat, pour que l'extérieur en soit propre aussi (Matt. 23 : 26), ils abandonnèrent tout autre tâche et œuvrèrent seulement à cette garde du cœur, sachant d'une manière indubitable que par cette pratique, ils garderaient également toute autre vertu sans difficulté - Sinon, il est impossible qu'il existe une seule vertu". - Ces paroles du saint, indiquent que les Saints Pères considéraient les paroles déjà citées du Seigneur comme un témoignage et une fondation pour eux mêmes de la garde du cœur, qui est l'invocation mentale de Jésus [avec l'intellect dans le cœur]. Ce saint avance aussi d'autres passages de la Sainte Ecriture comme témoignages en faveur de cette Divine prière mentale, en disant : "L'Ecclésiaste parle ainsi : "ô Jeune Homme, dans ta jeunesse réjouis-toi et va sans souillures selon ton cœur, et extirpe la colère de ton cœur (Eccl. 11 : 9-10) et : "si l'Esprit du Seigneur vient sur toi, ne quitte pas ta place" (Eccl. 10 : 4). Par place, il entend le cœur, comme l'a aussi dit le Seigneur "Du cœur procèdent les pensées mauvaises" (Matt. 15. 19). Et encore : "Ne sois pas hautain" (Luc 12: 29) (c'est-à-dire ne dissipe pas ton esprit). Et encore : "Etroite est la porte, et resserré le chemin qui conduit à la vie" (Matt. 7 : 14) de même : "Bienheureux les cœurs purs" (Matt. 5 : 8) c'est-à-dire ceux qui n'ont pas une seule pensée terrestre". Et l'Apôtre Pierre dit : "Sois sobre, sois vigilant, parce que ton adversaire le démon comme un lion rugissant, marche à l'entour, cherchant quelqu'un à dévorer" (1 Pier. 5 : 8). Et l'Apôtre Paul écrit clairement aux Ephésiens à propos de la garde du cœur : "Nous ne nous battons pas contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les dirigeants des ténèbres de ce monde, contre les esprits malins des régions célestes" (Eph. 6: 12).
Saint Hésychius le Presbytre, théologien et maître de l'Eglise de Jérusalem, ami et intime de notre Père Théophore Euthyme le Grand, qui disserta avec une sagesse divine sur l'illumination de la grâce divine, en un livre de 200 chapitres à propos de cette invocation mentale sacrée de Jésus de l'intellect dans le cœur, c'est-à-dire à propos de la prière mentale, avance encore à ce sujet les témoignages suivants de l'Ecriture Sainte "Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu" (Matt. 5 : 8) de même "Prends garde qu'il n'y ait en ton cœur une parole inique cachée" (Deut. 15 : 9) de même : "Le matin je me tiendrai devant Toi et Tu me verras" (Ps. 5: 4) ; de même : "Bienheureux celui qui saisit et fracasse tes petits enfants sur le roc" (Ps 136: 9) ; de même : "Chaque matin j'anéantirai tous les méchants du pays pour retrancher de la ville du Seigneur tous ceux qui commettent l'iniquité" (Ps. 100 8), de même : "Sois préparé, ô Israël à prononcer le Nom du Seigneur ton Dieu" (Amos 4 : 12) ; et l'Apôtre "Priez sans cesse" (1 Thes. 5 : 17) ; et le Seigneur Lui-même dit : "Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits. Si un homme ne demeure pas en Moi, on le jette comme un sarment" (Jean 15 : 5-6) de même "du cœur procèdent les pensées mauvaises, meurtres, adultères... Ce sont ces choses-là qui souillent un homme" (Matt. 15: 19) ; de même : "Je me réjouis d'accomplir ta volonté, ô mon Dieu, oui, Ta loi est dans mon cœur" (Ps. 39 : 9) ; et d'autres citations encore que j'omets à cause de leur multitude.
Notre divin Père théophore Jean Climaque, apporte, lui, ce témoignage de l'Ecriture Sainte concernant cette prière sacrée et le silence véritable de l'intellect : "Le grand habitué de cette prière grande et parfaite a dit : "Je préfèrerais dire cinq paroles avec mon intellect"* (1 Cor. 14 : 19) etc... et encore : "Mon cœur est prêt, ô mon Dieu, mon cœur est prêt" (Ps. 56 : 8) et de même : "Je dors mais mon cœur veille" (Cantique des Cant. 5 : 2) de même : "Je criais de tout mon cœur" (Ps. 118 : 145), c'est-à-dire avec le corps et l'âme ; etc."
Notre divin Père Philothée, higoumène du Monastère du Buisson Ardent de la Très Sainte Mère de Dieu qui est sur le Sinaï, qui compila un petit livre de chapitres sur la garde mentale du cœur, perles inestimables de sagesse divine remplies de la douceur ineffable et céleste du Saint Esprit, indique comme fondement inébranlable de ses paroles, les paroles mêmes de la Sainte Ecriture : "Au matin je mets à mort tous les méchants de la terre" (Ps. 100 : 8) et aussi pareillement "Le Royaume de Dieu est en vous" (Luc 17 : 21) et : "Il compara le Royaume de Dieu à une graine de moutarde, à une perle et à un levain", et encore "Avec une grande vigilance garde ton cœur" (Prov. : 4 : 23) et "Purifie d'abord l'intérieur de la coupe et du plat, pour que l'extérieur soit propre aussi" (Matt. 23 : 26) et "Nous ne nous battons pas contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les dirigeants des ténèbres de ce monde, contre le mal spirituel dans les lieux très hauts", (Eph 6: 12), de même "Soyez sobres, soyez vigilants, car votre adversaire le démon, comme un lion rugissant rôde, cherchant qui dévorer; résistez-lui avec une foi ferme" (1 Pierre 5 : 8-9), de même "Je me réjouis de la loi de Dieu sur l'homme intérieur, mais je vois une autre loi dans mes membres, combattant la loi de mon esprit et m'apportant la captivité" (Rom. 7 : 22-23), etc...
Notre divin Père Diadoque, évêque de Photicée, dont le témoignage est donné dans le livre du hiérarque du Christ déjà mentionné, Siméon de Thessalonique, place la fondation de la prière de Jésus, accomplie d'une manière sainte dans le cœur, dans la Sainte Ecriture (dans un des 100 chapitres de son livre) : "Personne ne peut dire Seigneur Jésus si ce n'est par le Saint Esprit" (1 Cor. 12 : 3) et à partir de la parabole néotestamentaire du marchand qui cherchait de bonnes perles, il en déduit : "C'est une perle de grand prix que celle qui peut être obtenue par celui qui vend sa propriété et aura une joie inexprimable a l'obtenir".
Notre Saint Père Nicéphore le Jeûneur, dont le témoignage est donné par le même livre du hiérarque déjà mentionné Siméon, dans son homélie pleine de profit spirituel sur la garde du cœur, compare cette prière de l'intellect dans le cœur au trésor caché dans un champ et l'appelle une lampe allumée, avançant les passages de la Sainte Ecriture : "Le royaume de Dieu est en vous" (Luc 17 : 21) et "Nous ne nous battons pas contre la chair et le sang (Eph. 6 : 12) de même : "pour le cultiver et le garder" (Gen. 2 : 15), etc...
Notre bienheureux Père Théophore, Grégoire le Sinaïte, qui par cette divine prière monta jusques aux sommets de la vision divine, et resplendissait comme un soleil avec les dons de l'Esprit Saint sur la sainte montagne de l'Athos et en d'autres lieux, (il composa les Hymnes à la Sainte Trinité qui sont chantées pour les Vêpres dans la Sainte Eglise Catholique Orientale, partout dans le monde, et il composa aussi le Canon de la Croix Vivifiante), ayant assimilé les écrits de tous les Pères théophores, rédigea un livre plein de profit spirituel, dans lequel il enseigne avec force détails, plus que tous les autres Saints, ce qui concerne cette divine prière accomplie d'une manière sacrée par l'intellect dans le cœur, et il étaye ses dires par les passages suivants de la Sainte Ecriture : "Souviens-toi toujours de ton Dieu" (Deut. 8: 18), de même : "Au matin sème ta graine et que ta main ne s'arrête pas au soir" (Eccl. 11: 6), etc... ; de même "Si je prie avec la langue - c'est-à-dire avec les lèvres - mon esprit prie, - c'est-à-dire ma voix (car les lèvres et la langue et l'esprit et la voix - sont une seule et même chose) mais mon intelligence ne porte pas de fruits. Je prierai avec l'esprit et je prierai avec l'intelligence aussi et je ferais mieux de dire cinq mots avec mon intelligence, (1 Cor. 14: 14-15, 19), etc... il cite également comme témoin Saint Jean Climaque qui assimile ces cinq mots à la prière (du cœur). De même "Le Royaume des Cieux souffre violence et les violents le prennent par la force" (Matt. 11: 12) de même : "Nul ne peut dire Seigneur Jésus si ce n'est par le Saint Esprit" (1 Cor. 12 : 3), etc...
Celui qui suivit les pas des Apôtres, l'invincible pilier de la Foi Orthodoxe, lui qui par le glaive farouche de l'Esprit et la Vérité des dogmes orthodoxes annihila les hérésies des Latins pneumatomaques (qui luttent contre l'Esprit) comme s'il s'était agi de toiles d'araignées au Concile de Florence - Marc dis-je, le bienheureux, très sage et très éloquent Métropolite d'Ephèse au commencement de son commentaire sur les offices religieux de l'Eglise, écrivit sur la Divine Prière accomplie secrètement dans le cœur par l'intellect, faisant usage du témoignage de la Sainte Ecriture. Ses paroles, divinement sages, les voici : "Nous devrions suivant le commandement, prier sans cesse et offrir des louanges à Dieu en esprit et en Vérité; mais l'attention pour les pensées terrestres et les entraves causées par l'attachement au corps peuvent en égarer beaucoup et en détourner beaucoup du Royaume de Dieu qui est en nous, comme le proclame la parole de Dieu, et tout cela nous empêche de rester à l'autel spirituel et d'offrir de nous-mêmes des sacrifices rationnels et spirituels à Dieu, selon le divin Apôtre qui dit que nous sommes le temple de Dieu qui habite en nous avec le Saint Esprit. Et il n'est pas étonnant qu'une telle chose arrive à ceux qui vivent selon la chair, quand nous voyons que certains moines qui ont renoncé aux choses terrestres, en raison de l'agitation mentale employée à maîtriser les passions et la grande perturbation qui s'ensuit de ce fait et qui assombrit la partie rationnelle de l'âme, ils ne peuvent pas encore atteindre la prière pure bien qu'ils le désirent fortement. Doux est le souvenir pur et incessant de Jésus dans le cœur et l'ineffable illumination qui en découle !
Notre saint Père russe, Nil de la Sora, qui composa son livre sur la garde du cœur d'après les enseignements des Pères théophores, et de Grégoire le Sinaïte en particulier, fait usage des témoignages suivants tirés de la Sainte Ecriture : "Du cœur procèdent toutes les pensées mauvaises et ce sont ces choses qui souillent l'homme" (Matt. 15 : 19-20) et "Purifie ce qui est à l'intérieur de la coupe et du plat" (Matt. 23 : 36) ; de même : "Il est juste d'adorer Dieu en Esprit et en Vérité", (Jean 4 : 23) ; de même "Si je prie avec la langue, etc..." , et "Il vaudrait mieux que je dise cinq mots avec mon intelligence, que dix mille mots en langue" (1 Cor. 14 : 14, 19), etc...
De même le luminaire russe, le hiérarque du Christ Dimitri, Métropolite de Rostov, qui, avec le glaive spirituel du Verbe, annihila comme s'il s'agissait de toiles d'araignées, les erreurs des sectateurs et de leur entendement corrompu et résistant à Dieu (ce qui est contraire à l'Ecriture Sainte) et écrivit pour le bénéfice de la Sainte Eglise plusieurs enseignements qui sont remplis de la sagesse du Saint Esprit, et composa une homélie sur l'accomplissement intérieur de la prière mentale qui déborde de profit spirituel, fait usage des témoignages suivants dans l'Ecriture Sainte : "Toi, quand tu pries, entre dans ta chambre" etc… et de même "Mon cœur te dit : je chercherai le Seigneur - Mon visage t'a cherché ; je chercherai Ta Face, ô Seigneur; de même que le daim a soif des sources vives, de même mon âme a soif de Toi, ô Dieu" ; de même "Priant toujours et suppliant l'Esprit" (Eph. 6 : .18) et "Si je prie avec la langue, mon esprit prie, mais mon intelligence est stérile" ; et aussi "Je prierai avec l'intelligence" aussi, etc... Ces paroles, en accord avec saint Jean Climaque, Grégoire le Sinaïte et Nil de la Sora, il les comprend comme se référant à la prière du cœur.
En effet le Typicon de l'Eglise lui-même, qui fut imprimé dans la grande cité Impériale de Moscou, et qui présente la loi de l'Eglise concernant les prosternations et la prière, avance ces passages de la Sainte Ecriture : "Dieu est Esprit et ceux qui l'adorent, doivent l'adorer en esprit et en vérité" (Jean 4 : 24) ; de même, "Si je prie avec la langue, mon esprit prie, mais mon intelligence est stérile. Que dois-je faire alors ? Je prierai avec l'esprit, et je prierai avec l'intelligence aussi" (1 Cor. 14 : 14-15) et aussi : "A l'église il vaut mieux que je dise cinq paroles avec mon intellect que dix mille mots en langue "(1 Cor. 14 : 19). Et il avance le témoignage des Saints Pères : saint Jean Climaque et le divin Grégoire le Sinaïte et saint Antioche et il dit "Et ainsi, nous achevons ces propos sur cette prière mentale sacrée à jamais mémorable". Et puis ensuite il parle aussi de la sainte prière commune à tous qui s'accomplit pendant les offices religieux de l'Eglise.
Et ainsi, par la grâce de Dieu, il a été démontré que les Pères Théophores, rendus sages par l'illumination du Saint Esprit, plaçaient la fondation de leurs enseignements concernant cette activité sacrée de la prière secrètement accomplie par l'homme intérieur, sur le roc inébranlable de la Sainte Ecriture de l'Ancien et du Nouveau Testament, y trouvant comme dans une source inextinguible, une multitude de témoignages.
Et qui parmi les chrétiens orthodoxes voyant cela, pourrait en concevoir le moindre doute ? Seul celui qui se soumet à l'esprit d'insensibilité, qui entend et voit mais ne désire pas comprendre et savoir pourrait avoir un doute. Mais ceux qui craignent Dieu et ont un esprit sain, en voyant de tels témoignages et de tels témoins, confesseront unanimement que ceci est une chose divine, plus naturelle et plus adaptée à l'ordre monastique angélique que toutes les autres œuvres monastiques. A propos de cette œuvre, les divins pères déjà mentionnés et d'autres encore offrent dans leurs écrits plusieurs paroles dignes d'intérêt, qui sont plus douces que le miel et remplies de sagesse spirituelle, donnant des instructions à propos du labeur de l'oraison contre les ennemis intérieurs invisibles ; ils indiquent comment on doit se servir contre ces ennemis de cette épée spirituelle et de cette arme invincible et flamboyante du Nom de Jésus qui garde les portes du cœur, c'est-à-dire qu'ils indiquent comment cette divine prière de Jésus doit être accomplie avec l'intellect dans le cœur.
A propos de l'accomplissement de cette prière sacrée, et plus spécialement de son début et de la manière selon laquelle les débutants devraient apprendre à la pratiquer, moi, le moindre des hommes, pour autant que me le permette le pouvoir de mon esprit infirme, m'appuyant sur les enseignements des Saints Pères et Dieu m'en donnant la force, je vais écrire quelques lignes à ce sujet.
Et il doit d'abord être mentionné que cette divine prière est un art spirituel et quelle préparation il doit y avoir pour la pratiquer, selon l'enseignement des Saints Pères.








CHAPITRE III

Cette sainte prière du cœur est un art spirituel.

Il faut savoir que nos divins Pères appelaient cette activité sacrée de la prière mentale un art. Saint Jean Climaque dans son 27ème degré sur le Silence (27 : 21-23), enseignant le mystère de cette prière mentale dit : "Si vous avez bien étudié cet art, vous ne pouvez ignorer ce dont je parle. Assis en un lieu élevé, observez, si seulement vous en êtes capables, et alors vous verrez comment, quand et d'où et combien de voleurs de toutes sortes viennent pour voler vos grappes de raisin. Ce gardien, quand il devient las, se lève et prie ; et puis à nouveau il s'assied et résolument il entreprend ce qu'il faisait auparavant". 
Saint Hésychius, le Presbytre de Jérusalem, dit à propos de cette sainte prière "la sobriété est un art spirituel qui, avec l'aide de Dieu, délivre complètement un homme des pensées et des paroles passionnées et des mauvaises actions" (Centurie 1, chapitre 1).
Saint Nicéphore le Jeûneur, enseignant sur le même sujet dit : "Venez et je vous enseignerai un art, ou plutôt une science située dans l'éternité, ou plutôt dans les demeures célestes, qui conduit celui qui s'y adonne sans labeur et sans danger au port de l'absence de passion".
Les Saints Pères déjà mentionnés, comme je l'ai déjà indiqué, appellent cette sainte prière un art, je le pense, pour la raison suivante: de même qu'un homme ne peut apprendre un art par lui-même, n'ayant pas d'artiste expérimenté pour le lui enseigner, ainsi, il est aussi impossible d'apprendre cette activité mentale de la prière, sans un instructeur averti. Mais ceci est le lot de la plupart ou même qui apprennent par l'instruction, selon Saint Nicéphore. Rares sont ceux qui l'ont reçue de Dieu sans instruction, en s'efforçant avec peine et dans l'ardeur de la foi.
La règle de prière de l'Eglise suivant le Typicon et les livres de la Sainte Eglise, que les chrétiens orthodoxes, à la fois laïcs et moines, doivent offrir chaque jour comme un tribut au Roi des Cieux, peut être accomplie et lue oralement par quiconque sait lire et écrire, sans instruction. Mais offrir à Dieu le sacrifice mystique de la prière avec l'intellect dans le cœur, puisque ceci est un art spirituel, est impossible sans instruction comme nous l'avons indiqué plus haut.
Etant un art spirituel, il comprend aussi le travail incessant des moines, de telle sorte que, non seulement par le renoncement du monde et de ce qui s'y trouve, par un changement de nom après la tonsure, et par des vêtements distincts, par une vie de célibat virginal, une vie pure de pauvreté volontaire, par une nourriture distincte et une demeure distincte - mais aussi par leur vigilance de l'intellect et de l'esprit selon l'homme intérieur et par la prière, les moines pourraient accomplir une tâche distincte et qui surpasse celle des gens dans le monde.





CHAPITRE IV

Quelle préparation est nécessaire pour ceux qui désirent entreprendre ce travail divin.

De même que cette divine prière est plus grande que tout autre labeur monastique et qu'elle est selon les Saints Pères, le pinacle des travaux de purification, la source des vertus, le plus raffiné et le plus invisible des labeurs dans les profondeurs du cœur,  de même l'Ennemi invisible de notre salut, déploie contre elle les filets invisibles les plus raffinés de ses déceptions et imaginations diverses, qui sont difficilement compréhensibles pour l'esprit humain. 
De ce fait, celui qui est zélé pour apprendre ce labeur divin doit, selon saint Siméon le Nouveau Théologien, se donner corps et âme en obédience selon la divine Ecriture ; c'est-à-dire se donner en  coupant totalement sa volonté propre et sa propre compréhension, à un homme qui craint Dieu, un gardien fervent de Ses Divins Commandements et expérimenté dans ce divin labeur, à quelqu'un qui peut, selon les écrits des Saints Pères, montrer à celui qui se soumet à lui un chemin droit vers le salut, le chemin de l'activité mentale de la prière, accomplie secrètement par l'intellect dans le cœur. Ceci est essentiel afin que, au moyen de l'obédience véritable suivant la raison, il puisse devenir libre de tous les bruits et de tous les soins et attachements du monde et du corps. Et comment quelqu'un pourrait-il ne pas être libre, s'il a placé tout souci pour son âme et son corps en Dieu, et après Dieu en son père spirituel ? Par l'humilité qui est née de l'obédience, selon le témoignage de Saint Jean Climaque et de beaucoup d'autres Saints Pères, il peut échapper à toutes les déceptions et à tous les filets du démon, Paisiblement, calmement, sans mal, et il peut constamment, s'adonner à ce labeur de l'oraison hésychaste, avec une grande prospérité de l'âme.
Et si quelqu'un s'est mis sous obédience, mais n'a pas trouvé en son père spirituel, un instructeur très profond et expérimenté, pour cette divine prière mentale (en ce moment hélas, - ce qui est triste à pleurer - les instructeurs expérimentés disparaissent complètement) - il ne doit pas sombrer dans le découragement à cause de cela; mais en restant sous la véritable obédience, selon les commandements de Dieu (et non pas par sa propre volonté et séparé des autres sans obédience - car l'erreur suit cela ordinairement) et ayant placé toute son espérance en Dieu, qu'il se soumette, en plus de la soumission à son père et pour remplacer un instructeur véritable, en amour et en foi, aux instructions de nos Saints Pères, qui ont énoncé en détail l'enseignement de cette divine activité d'après l'illumination de la divine Grâce. A cette source qu'il prenne des instructions concernant cette prière. En tout cas, la grâce de Dieu, par les prières des Saints Pères, l'aidera et l'éclairera pour que sans doute aucun, il puisse apprendre ce divin labeur.









CHAPITRE V

Le caractère et les effets de cette sainte Prière de Jésus.

Ayant posé comme fondation ferme et inébranlable de cette prière divine, une telle préparation, c'est-à-dire la divine obédience, il est temps maintenant de montrer d'après les enseignements des Saints Pères ce qu'est cette sainte prière, son caractère et ses effets. Et ceci, afin que celui qui désire être instruit dans ce labeur spirituel puisse voir à quel grand et ineffable avancement en toutes vertus, il conduit l'ascète, et afin qu'il désire avec une grande ferveur et un zèle divin, s'adonner au très saint accomplissement de cette prière mentale.
Saint Jean Climaque, dans son 28ème degré, sur la Prière, dit au commencement : "La prière, est intrinsèquement, la communion et l'union de l'homme avec Dieu; et ses effets sont la confirmation de la paix, la réconciliation avec Dieu, la mère et la fille encore des larmes, la purification des péchés, un pont qui conduit à travers les tentations, un mur contre les afflictions, l'annihilation des combats, une action angélique, la nourriture de tous les êtres incorporels, la joie future, l'action sans limite, la source des vertus, la cause des dons, l'invisible avancement, la nourriture de l'âme, l'illumination de l'intellect, une hache pour briser le désespoir, la preuve de l'espoir, la cessation de l'affliction, la prospérité des moines, le trésor de ceux qui gardent le silence, l'amoindrissement de la colère, le miroir du progrès spirituel, la manifestation de la paix, la découverte de sa condition propre, le héraut des choses futures, le signe de la gloire. La prière, pour celui qui prie véritablement, est un tribunal et le jugement, le trône du Jugement du Seigneur, avant le Jugement à venir."
Saint Grégoire le Sinaïte dans son 113ème chapitre dit : "La prière chez les débutants est comme un feu de joie qui sourd depuis le cœur, tandis que chez l'être parfait, elle est comme une lumière active qui répand sa fragrance". Ou encore : "La prière est la prédication des Apôtres, l'acte de foi, ou plutôt, la foi sans mélange, la confirmation des choses espérées, l'amour en action, le mouvement angélique, la force des incorporels, leur labeur et leur joie, les bonnes nouvelles de Dieu, la confirmation du cœur, l'espoir de salut, le signe de la sanctification, la formation de la sainteté, la connaissance de Dieu, la manifestation du baptême, la purification des fonts baptismaux, les fiançailles du Saint Esprit, la réjouissance de Jésus, la joie de l'âme, la pitié de Dieu, le signe de la réconciliation, le sceau du Christ, le rayon du soleil spirituel, l'étoile matinale du cœur, la confirmation du Christianisme, la manifestation de la divine réconciliation, la grâce de Dieu, la sagesse de Dieu, ou plutôt, le commencement de la connaissance de soi, une manifestation divine, le labeur des moines, la demeure de ceux qui gardent le silence, ou plutôt la cause du silence, un signe de séjour angélique."
Et le Bienheureux Macaire le Grand dit : "Le sommet de tout bon effort et le pinacle de toutes perfections est de persévérer dans la prière, par laquelle nous pouvons obtenir à jamais, avec des supplications à Dieu, toutes les autres vertus également. Par la prière, ceux qui en sont dignes participent à la sainteté de Dieu et à l'activité spirituelle et à l'union de l'intellect avec le Seigneur dans un amour ineffable. Celui qui constamment s'efforce de rester dans la prière, est élevé par l'amour spirituel à une ferveur divine et à un désir enflammé envers Dieu, et il reçoit selon sa mesure, la grâce de la perfection spirituelle et sanctifiante" (40ème homélie, Chapitre 2).
Saint Hésychius le Presbytre de Jérusalem dit : "La garde de l'esprit peut être correctement et proprement appelée porteuse de lumière et de l'éclair, génératrice de lumière et porteuse de feu. Car en vérité elle surpasse les multitudes incommensurables des vertus du corps. Donc cette vertu devrait être appelée des noms les plus honorables, en raison de la lumière brillante qu'elle engendre. En parvenant à l'aimer, les pécheurs, les indignes, ceux qui sont vils et irrationnels, les insensés et les injustes peuvent devenir justes, utiles, purs, saints et sages par Jésus-Christ. Et de plus, ils peuvent aussi contempler les divins mystères, et faire de la théologie. Et étant devenus contemplateurs, ils vont aller jusques à cette lumière pure et sans limite, et ils y accèdent en contacts ineffables, et ils vivent et se conforment à Lui. Comme ils ont goûté que le Seigneur est bon (Ps. 33:8) ainsi sont accomplies manifestement les paroles de David : "Sûrement les justes confesseront ton Nom et les hommes droits habiteront devant Ta Face" (Ps. 139 : 14). En vérité ceux-ci seulement, font vraiment appel à Dieu et confessent Dieu, avec Qui ils aiment à jamais converser, et ils L'aiment". (Seconde Centurie, Chapitre 71).
Et saint Siméon, Archevêque de Thessalonique, dit de cette prière : "Cette divine Prière, cette invocation de notre Sauveur : "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi" est en même temps une prière et une supplication, une confession de foi, un, dispensateur du Saint-Esprit, une consécration de la grâce divine, une purification du cœur, le bannissement des démons, la demeure de Jésus-Christ, une source de pensées spirituelles et de divines réflexions, la délivrance des péchés, la guérison des âmes et des corps, un dispensateur d'illumination divine, une source de miséricorde divine, un dispensateur de révélations et de mystères divins, et le salut même, car ceci porte le Nom Salvateur de notre Dieu. C'est l'appel en nous du Nom même de Jésus-Christ, "Fils de Dieu". (Chap 296).
D'autres Saints Pères parlent de même quand ils dissertent sur cette prière sacrée, dans leurs enseignements remplis de divine sagesse, qui déclarent à propos de son action, du bénéfice ineffable qui en résulte et du progrès que cette prière procure par les dons divins du Saint Esprit.
Et qui, voyant que cette prière sacrée conduit les ascètes à de tels trésors célestes de vertu, ne sera pas enflammé d'un zèle divin pour l'accomplissement constant de la Prière, afin de garder toujours dans l'âme et le cœur, le Très Doux Jésus, en se remémorant toujours son Nom très cher, étant ainsi empli du feu de Son amour ineffable. Ne fera pas cela, celui-là seul qui s'en tient aux pensées terrestres, et s'est attaché par les entraves des soucis du corps. Ceci en conduit beaucoup à s'égarer et à se couper du Royaume de Dieu qui est en nous. Celui-là seul qui ne s'adonnera pas avec ferveur à l'accomplissement de la prière mentale, celui qui n'a pas en vérité pratiqué cette prière, n'a pas goûté au fond de son âme l'ineffable douceur de cette pratique très bénéfique, et ne sait pas quel profit spirituel caché se trouve dans cette prière. Mais ceux qui désirent s'unir en amour avec le Très Doux Jésus, ayant craché sur toutes les beautés de ce monde, sur toutes les joies et aises du corps, désireront ne faire rien d'autre dans cette vie que de s'adonner constamment à l'accomplissement paradisiaque de cette prière.




CHAPITRE VI

Le commencement de l'apprentissage de la divine prière de l'intellect dans le cœur.

Jadis, cette très sainte activité de la prière mentale, rayonnait en plusieurs endroits où les Saints Pères avaient leurs demeures. De ce fait, en ce temps-là, il y avait aussi beaucoup de maîtres experts en cette activité spirituelle. Pour cette raison aussi, nos Saints Pères, quand ils écrivaient à ce sujet, ne parlaient que du bénéfice spirituel inexprimable qui en procédait, n'ayant nul besoin, comme je le pense, de disserter sur l'expérience de cette activité qui convient aux débutants. Et même si certains ont écrit à ce sujet quelquefois, cela était très compréhensible seulement pour ceux qui avaient l'expérience de cette activité, car pour ceux qui n'en avaient pas l'expérience, c'était tout à fait incompréhensible. Mais certains des Saints Pères, quand ils virent que des instructeurs véritables et confirmés de cette activité commençaient à être peu nombreux, et craignant que les premiers pas de cette prière mentale ne soit perdus, décrivirent, aussi le commencement et l'expérience de cette prière, la manière selon laquelle un débutant devrait l'apprendre, comment il devrait entrer avec son intellect dans le pays du cœur puis y former là cette prière avec l'intellect en vérité et sans erreur. Le divin enseignement des Pères concernant ce sujet, est exposé ici.
Saint Siméon le Nouveau Théologien parle ainsi à propos du commencement de cette activité : "L'attention vraie et détrompée, et la prière consiste en ceci que durant le temps de la prière l'intellect garde le cœur et demeure toujours en lui, c'est-à-dire que, depuis les profondeurs du cœur, le cœur doit envoyer une prière au Seigneur. Et quand il goûte avec le cœur que "le Seigneur est bon" (Ps. 33 : 8) et se réjouit avec douceur, l'intellect ne sort plus du lieu du cœur. Et avec l'apôtre, il dit : "Il est bon pour nous d'être ici" (Matt. 17 : 4). Et examinant sans cesse les lieux du cœur, il acquiert une certaine moyen de chasser toutes les pensées de l'Ennemi qui y ont été semées". Et plus loin il parle encore plus clairement de cela : "Assis dans une cellule silencieuse dans un coin choisi, fais en sorte de faire ce que je te dis : Ferme la porte et élève ton intellect au-dessus de tous soucis, et presse ton menton sur ta poitrine, mouvant l'œil des sens en harmonie avec l'intellect. Retiens l'inspiration par le nez afin de ne pas expirer trop fort, et efforce-toi de trouver mentalement l'endroit où est le cœur en toi, où il est naturel que tous les pouvoirs de l'âme soient situés. 
D'abord tu trouveras là, ténèbres et rude grossièreté. Mais, si tu continues à faire cela nuit et jour, tu obtiendras - ô merveille - la joie incessante"*. Et plus loin il parle plus clairement de ceci comme suit : "Aussitôt que l'âme a trouvé le lieu du cœur, immédiatement elle voit ce qu'elle n'a jamais vu auparavant : elle voit de l'air au milieu du cœur et celui-ci est entièrement brillant et rempli de discernement. Et à partir de ce moment-là, peu importe d'où vient une pensée, avant qu'elle n'entre et ne prenne forme, elle est immédiatement bannie et détruite par l'invocation de Jésus-Christ. De là, l'intellect, se souvenant du mal fait par les démons, élève contre eux une colère naturelle, les poursuit et jette à terre les adversaires spirituels. Et vous apprendrez aussi d'autres choses avec l'aide de Dieu, en gardant l'intellect et en gardant Jésus dans le cœur. (Homélie 68 "Sur les trois formes de l'attention et de la prière") 
Saint Nicéphore le Jeûneur, enseignant avec encore plus de clarté ce qui concerne l'entrée de l'intellect dans le cœur dit : "D'abord, que ta vie soit une vie de silence, sans soucis, et en paix avec tous. Puis en entrant dans ta chambre, enferme-toi et assis dans un coin, fait ce que je te dis : tu sais que ce que nous inspirons, n'est autre que cet air; nous ne l'expirons que par le cœur. Et c'est la cause de la vie et de la chaleur du corps. Le cœur draine l'air, afin de laisser partir sa chaleur par la respiration et d'avoir de la fraîcheur. La cause de cette activité, ou plutôt son serviteur est quelque chose de léger, qui, créé très infime par le Créateur, comme une sorte de soufflerie, aspire aisément et expire ce qui l'entoure, c'est-à-dire, l'air. De cette manière, le cœur, tirant sa fraîcheur, à l'aide de l'air et laissant sortir la chaleur, accomplit sans discontinuer la fonction pour laquelle il fut établi au sein de la vie. 
Alors, étant assis et concentrant ton intellect, force-le à entrer dans le cœur avec la respiration. Et quand il entre là, ce qui s'ensuit ne sera pas sans joie et sans bonheur". Et plus loin : "De ce fait, ô Frère, entraîne ton intellect à ne pas sortir trop vite de là; car il trouvera cela très ennuyeux à cause de la claustration et du confinement intérieur. Mais quand il s'habituera il ne supportera plus de s'aventurer ailleurs à l'extérieur, car le Royaume des Cieux est en nous, et quand nous l'examinons là, et que nous le cherchons par la prière pure, alors tout ce qui est extérieur devient vil et haïssable. Si immédiatement comme je l'ai dit, tu entres avec l'intellect dans le lieu du cœur que je t'ai indiqué, alors remercie Dieu et glorifie-Le, réjouis-toi et continue cette activité sans discontinuer et tu apprendras ce que tu ne sais pas. Et tu dois savoir aussi que l'intellect ne doit pas rester silencieux et oisif, mais doit avoir comme activité et labeur incessant ces paroles : "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi" ; et il ne doit jamais cesser cette activité. Cela empêche l'intellect d'être étouffé et le préserve de l'atteinte et des pensées de l'Ennemi, et l'élève chaque jour dans l'amour et le désir divin. Mais si, ô Frère, après avoir œuvré longtemps, tu ne peux pas entrer au pays du cœur, comme nous te l'avons ordonné, fais ce que je te dis et avec l'aide de Dieu tu trouveras ce que tu cherches."


Fin des six chapitres
de notre Père parmi les saints
Païssi [Vélitchkovsky]
et
Gloire à Dieu !

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Au Dieu Très Miséricordieux 
est la gloire, 
l'honneur, 
la louange et l'action de grâce
 dans les siècles des siècles. 
Amen.

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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 
THE SCROLL 
Containing 
SIX CHAPTERS ON MENTAL PRAYER
By Our Father of Blessed Memory [saint] 
STARETZ PAISIUS VELITCHKOVSKY
Orthodox Word
Saint Herman of Alaska Brotherhood,
Platina, California, USA
1972
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Saint staretz Païssi
Prie Dieu pour nous !
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